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Chapitre 7

La fin des vacances

Traduction · Angeloids, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~21 min

Après le retour au village, nous passâmes trois jours à nous détendre en paix. Notre but initial était de venir nous reposer, on n’était donc pas obligés de faire du tourisme.

Au lieu de ça, on se levait le matin, on prenait un bain, on déjeunait, on allait se promener dans les environs, on bricolait et on se détendait.

Sylphy rencontrait de temps en temps les anciens pour parler de commerce, mais il n’y avait aucun intérêt à ce que je l’accompagne. Si on y allait ensemble, ils se mettaient à la taquiner et les discussions n’aboutissaient à rien.

Quant à Grande, elle faisait des allers-retours entre son nid et le village. Parfois, ses frères l’accompagnaient, et dans ce cas je les nourrissais. En fait, ils m’apportaient des monstres puissants chassés dans les bois, alors c’était un plus quand ils venaient.

Je demandais aux elfes de démanteler les monstres et je leur donnais quelques restes pour leur peine. J’échangeais le reste des matériaux contre de la farine, des légumes, du miel et bien d’autres choses. Avec la viande, je mettais la main sur des matériaux bien supérieurs aux hamburgers et à l’hydromel que je donnais aux dragons. Au fond, on ne faisait qu’échanger des matériaux en cours de route.

Bien sûr, le village des elfes ne pouvait pas produire assez de légumes et de céréales pour nourrir deux dragons entiers, et le processus ne pouvait pas durer indéfiniment. Les elfes seraient trop sollicités. Je pourrais toujours créer un bloc agricole et l’utiliser pour produire des denrées et régler le problème.

Ces trois derniers jours, je finis par fabriquer toutes sortes d’objets. Par exemple, je modifiai et améliorai la nacelle de transport de Grande. Je retouchai aussi le modèle nº05 (la version balançoire) en ajoutant des ressorts aux chaînes qui retiennent les sièges. Ça lui permet d’absorber correctement les secousses dans toutes les directions. À l’essai, les secousses étaient nettement réduites, ce qui la rendait idéale pour les longs trajets.

Grande passa son temps à réapprendre à voler et à contrôler sa force. Elle s’entraînait aussi à passer du dragon à l’humanoïde. Elle devait parler aux anciens chaque fois qu’elle rentrait chez elle.

—Je n’arrive toujours pas à changer de forme, mais je crois avoir acquis une certaine maîtrise de la sensation.

Les lèvres de Grande étaient couvertes de miel collant tandis qu’elle grignotait des crêpes. Elle n’avait pas encore réussi, mais j’étais sûr qu’elle finirait par y arriver.

Sylphy n’avait pas besoin d’entraînement, alors elle se contenta de se détendre.

Ça faisait sans doute un moment qu’elle n’avait pas eu droit à un peu de calme, alors elle était d’une humeur exceptionnellement bonne. Le moment où elle s’était le plus approchée d’un entraînement, c’est quand je l’avais invitée à s’exercer au tir avec mes armes.

Non seulement sa posture et sa prise étaient quasi parfaites, mais sa vue était excellente. Elle maîtrisait si bien le revolver que je lui avais donné qu’elle n’avait pas besoin de s’entraîner, mais…

Sérieux. À 10 mètres, elle a placé les six balles dans le mille. C’est pas dingue, ça ?

—Je crois que je pourrais manier un revolver plus puissant.

—Pour de vrai ?

—Oui.

Puisque Sylphy le mentionnait elle-même, je décidai de fabriquer des revolvers de plus gros calibre. Le sien tirait des balles de .357 Magnum, alors j’en fabriquai un en .44 Magnum, un en .454 Casull, puis un autre en .500 Magnum, juste pour le plaisir.

—Fais attention avec ce revolver, celui-là et surtout celui-ci, lui dis-je. Le recul de chaque tir peut te blesser si tu ne prends pas garde.

—D’accord.

Sylphy saisit soudainemebt le revolver de calibre .500 et murmura pour elle-même.

—Hm… Celui-ci est assez lourd.

—Celui-là est sérieusement dangereux, alors s’il te plaît, sois…

Une énorme détonation résonna dans la zone, manquant de me crever les tympans. À dix mètres de là, la brique-cible s’effondra dans le néant.

—Hm…

Kaboom ! Kaboom !

Les tirs successifs ressemblaient plus à des cris de bêtes sauvages qu’à des coups de feu, mais à chaque tir une brique s’écroulait.

Attends, elle est aussi précise en tir rapide ? Sérieux ?

—Le recul est un peu brutal.

—Un peu… ? haletai-je.

Dans mon monde, on disait que les caractéristiques de ce revolver poussaient jusqu’aux limites naturelles de ce qu’un être humain pouvait gérer de façon réaliste.

—Je vais essayer celui qui est en dessous, dit Sylphy en ramassant le gros revolver en .454 Casull.

C’était une vedette des animes et des romans du monde d’où je venais. Sylphy se remit à enchaîner les tirs. Je ne lui avais pas dit que ce truc était dangereux !

—Hm, c’est parfait, dit-elle.

—Pour de vrai… ?

—Laisse-moi essayer encore une fois.

Elle saisit ensuite le revolver .44 Magnum et se mit à tirer.

C’est quoi ce bordel ? Elle tirait par rafales de trois. Les revolvers ne sont pas faits pour ça !

—Hm, des trois, c’est le deuxième que j’ai essayé qui m’a paru le meilleur, trancha-t-elle.

—Oh, euh, d’accord. Tu veux le personnaliser ou un truc dans le genre ? Je pourrais ajouter une baïonnette de courte portée, par exemple.

—Pas besoin de ce genre de choses, dit-elle. Ça ne ferait que l’alourdir, non ? Tant qu’il est solide, je le prends tel quel.

—Oui, oui, madame.

C’est ainsi que Sylphy troqua son fidèle revolver contre une arme encore plus puissante. Pourquoi pas de personnalisation ? Eh bien, la carcasse et le canon étaient déjà en mithril.

Voilà comment on passa nos journées jusqu’à ce qu’il soit temps de rentrer. Le fait qu’Arichburg n’ait pas pris contact avec nous signifiait qu’on pouvait espérer qu’il n’y avait pas de problèmes sur le front.

—Ne manquez pas de revenir nous voir, les jeunes !

—Et la prochaine fois, amenez votre bébé avec vous !

—Je veux voir le visage de mon petit-fils !

—Hé, mon mari, vas-y vraiment ! Continue à travailler !

L’elfe âgée qui ressemblait à une petite fille me tendit un objet enveloppé dans un tissu. Je crus à une boîte-repas ou à un casse-croûte.

—Tiens, c’est un aphrodisiaque pour les elfes ! Emporte-le !

Donc, pas de casse-croûte. Ces gens sont fous.

—Je suis content d’être arrivé à temps ! Tiens, c’est le bracelet de protection spécial que tu voulais.

L’artisan elfe avait des poches sous les yeux. Il me tendit un bracelet d’argent qui semblait presque luire à la lumière. Il était gravé d’un motif complexe et, franchement, il était magnifique. Un joyau magique de la taille du bout de mon doigt reflétait le soleil, sa teinte dorée évoquant un œil de dragon.

—Merci beaucoup. Je n’ai plus qu’à le donner à Grande maintenant.

Si je le lui donnais à ce moment-là, ça l’empêcherait de voler.

Je jetai un coup d’œil à Sylphy et Grande : toutes deux discutaient avec les femmes du village de choses et d’autres. J’en profitai pour sortir la nacelle modifiée de mon inventaire. En la voyant, Grande s’approcha de moi.

—C’est la nouvelle ? demanda-t-elle.

—Ouais. Elle devrait être bien plus confortable et bien moins terrifiante que la dernière fois.

—Vous avez été malades tous les deux la dernière fois, dit-elle.

—Sylphy a tout juste réussi à tenir le coup.

Mais pas moi, évidemment. Ouais.

—Tiens, prends ça, dis-je à Grande.

—Oooh, c’est magnifique ! C’est le bracelet dont on a parlé ?

—Oui. Essaie de le mettre une fois qu’on sera rentrés à Arichburg.

—Pourquoi pas maintenant ? demanda-t-elle.

—Je n’y vois pas d’inconvénient particulier, mais j’imagine que ça te gênerait pour voler, expliquai-je en lui tendant le bracelet.

Je dis bracelet, mais ce n’était pas tout à fait rond. Ça ressemblait plutôt à un brassard. C’était aussi assez souple au toucher, si bien que Grande pouvait facilement l’attraper et l’enfiler de ses grosses griffes de dragon.

—Whoa… !

Grande contempla le bracelet brillant qu’elle portait au bras. Aimait-elle vraiment ce genre d’accessoires ?

—Tu aimes les accessoires de ce genre ? lui demandai-je.

—Hm ? Hm… Les dragons adorent tout ce qui brille, et je n’avais jamais eu l’occasion d’en porter avant. Les corps humanoïdes, c’est plutôt agréable…

—Je vois. Alors, à notre retour, je te fabriquerai toutes sortes d’accessoires. Une bague ne conviendra peut-être pas, mais je te ferai des bracelets, des bracelets de cheville, des colliers et d’autres choses.

—Vraiment ?

—Bien sûr, dis-je. Tu as un corps humanoïde maintenant, alors pourquoi ne pas essayer toutes sortes de choses ?

Les yeux de Grande étincelèrent tandis qu’elle hochait la tête à répétition. Les harpies aussi aimaient les accessoires ; elles s’entendraient sans doute très bien. J’aimerais bien que tous les ailés soient copains.

—Mmm, maintenant j’ai vraiment hâte de rentrer.

Grande se mit à frapper le sol de sa queue, mais à cause du bracelet à son bras, la puissance de sa queue semblait nettement réduite. Le sol se tordait toujours, mais quand même. Le bracelet n’altérait pourtant ni la force ni le poids de sa queue.

Finalement, Sylphy mit fin à sa conversation et se dirigea vers nous.

—Désolée pour l’attente, dit-elle.

—Non, tout va bien. Grande ?

—Mm.

Elle retira son bracelet et me le tendit, ce qui poussa Sylphy à le regarder.

—Alors c’est ça, le produit fini ? demanda-t-elle.

—Oui, c’est ça. Mais on n’a pas encore eu l’occasion de le tester à fond.

—Alors faisons-le ce soir, proposa Sylphy.

—Euh, ce n’est pas un peu soudain ?

Après tout, Ira, les harpies et Melty l’attendaient à la maison.

Pendant ce temps, Grande écoutait, totalement inconsciente. Elle n’avait pas la moindre idée de ce dont on parlait.

Quelle âme pure… Si seulement tu pouvais rester comme ça.

—Traversons ce pont quand on y sera, d’accord ? dis-je.

—D’accord.

Désarmés par le regard et le langage corporel innocents de Grande, on détourna les yeux et on monta dans la nacelle. Une fois assis, on boucla nos ceintures.

—On y va, alors ! annonça Sylphy.

—S’il se passe quelque chose, contactez la forteresse !

—Merci pour tout ! criai-je.

—Adieu, les elfes ! dit Grande.

Après les adieux, Grande attrapa la poignée de la nacelle et on s’éleva, faisant quelques tours dans les airs. Le village en dessous rapetissait peu à peu, jusqu’à se perdre complètement dans les bois.

—Très bien, allons-y ! Vous êtes tous attachés ?

—Oui, parés.

—De même.

—Mm, alors envolons-nous ! annonça Grande avant de filer vers le nord.

Elle est rapide. Peut-être même plus rapide que sous sa forme de dragon.

Zut.

Je me retournai vers Sylphy, à côté de moi, qui semblait un peu triste. Je pris sa main dans la mienne et m’approchai de son oreille.

—Revenons un de ces jours, lui dis-je

—…Oui, j’aimerais bien, acquiesça Sylphy avec un sourire, en me serrant la main en retour.

La chaleur de sa main était réconfortante. C’était amusant. Elle était si habile avec ses armes, capable d’encaisser le souffle de chaque arme ridicule, et pourtant ses mains étaient si douces. Comment était-ce possible ?

—Les vacances sont terminées, dit-elle. Il est temps de régler les choses avec le Saint Empire.

—Je suis d’accord, mais ça ne va pas être simple.

—Bien sûr que non.

Sylphy porta son regard au-delà des Terres Désolées, vers les grandes terres du nord.

—On doit juste continuer à avancer vers notre objectif. On finira par y arriver.

—Tu sais que je te soutiens, lui dis-je.

—Je te fais confiance.

Sylphy serra de nouveau ma main et sourit, et je fis de même. On n’eut pas besoin d’en dire davantage.


Arichburg était aussi paisible que possible après notre semaine de voyage. Elle semblait même un peu plus animée, avec davantage de marchands, de fermiers et d’aventuriers venus y faire affaire.

—On dirait que tout va bien ici, dit Sylphy.

—C’est vrai ? On a vraiment l’impression que tout le monde maintient la paix.

On se mit dans la file juste devant les portes d’Arichburg et on regarda les autres faire de même. Tout le monde avait l’air enjoué, ce qui laissait penser que la politique de l’Armée de libération n’avait pas trop bousculé les gens.

Environ soixante pour cent de ceux qui faisaient la queue étaient des humains, le reste des demi-humains. La plupart des humains étaient des marchands, avec quelques fermiers dans le lot. À l’inverse, près de la moitié des demi-humains étaient des fermiers, marchands et artisans formant à peu près les dix pour cent restants.

Tous les autres étaient des soldats de l’Armée de libération en armes. Certains d’entre eux étaient sans doute des aventuriers, peut-être venus pour s’enrôler.

—J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de monde ici.

—Arichburg est sur la ligne de front et c’est la plus grande base d’opérations de l’Armée de libération en ce moment.

La ville était aussi un centre d’échanges et de commerce, en plus d’être située à mi-chemin entre le sud et le nord du Royaume de Merinard. Elle était cernée de montagnes dangereuses et de forêts profondes, si bien qu’il était quasiment impossible de gagner le sud sans passer par là.

Melty et moi avions traversé cette chaîne, on s’était fait attaquer par des wyvernes, puis on était tombés sur un grand dragon. Si une force militaire ordinaire tentait de s’y frayer un chemin par la force brute, elle subirait à coup sûr des pertes.

—Kousuke, j’ai un peu faim, dit Grande.

—D’accord, accroche-toi.

La grande dragonne tirait sur mes vêtements en réclamant à manger. Comment en est-on arrivés là ? Elle était censée être mon animal de compagnie. Les voies de Dieu sont vraiment impénétrables.

Je tendis un biscuit à Grande. Elle portait son bracelet, dont la finition argentée reflétait magnifiquement le soleil. Ces biscuits étaient à l’origine des rations d’urgence pour les réfugiés, mais ils étaient aussi savoureux et parfaits pour le goûter.

—Mm, ils sont plus tendres que je ne le croyais, déclara Grande. Ils fondent dans la bouche et sont sucrés.

—Mâcher des trucs durs peut parfois être pénible, dis-je.

—Mais maintenant, j’ai soif.

—Tiens.

J’ouvris une bouteille d’eau et la lui tendis. Après ça, elle devrait se tenir tranquille un moment.

Finalement, la file avança et deux soldats de l’Armée de libération s’approchèrent de nous. Ils patrouillaient pour s’assurer que personne ne causait de problème.

Ils balayèrent du regard les gens de la file et se dirigèrent vers l’arrière. Ils nous jetèrent un coup d’œil et reprirent leur marche, sauf qu’ils n’en firent rien : ils s’arrêtèrent net et écarquillèrent les yeux. Une réaction à retardement parfaite, si je puis dire.

—Euh, vous ne seriez pas par hasard la Princesse Sylphyel et Sir Kousuke… ?

Je ne reconnus pas les gardes. L’un était un homme-loup ou un homme-chien, l’autre un homme-lézard.

—C’est nous. Je suis Sylphyel.

—Et moi, Kousuke !

—Vous n’étiez pas censés rentrer à dos de dragon… ?

—C’est exact. Elle nous a amenés ici.

—En effet, c’est moi !

Les soldats semblaient complètement perdus face aux réponses de Sylphy et Grande.

—Euh, vous voulez dire, euh… Pas besoin de faire la queue !

—Vraiment ? J’imagine que non.

—Oui.

Inutile d’insister pour attendre avec les autres. On avait atteint notre objectif de repérage, alors on se laissa guider par les soldats.

—Tu es sûr qu’on peut doubler la file ? demanda Grande.

—Sylphy est la numéro un de l’Armée de libération et je suis en gros le numéro deux, donc c’est bon, lui dis-je.

—Tu es vraiment sûr ?

—Enfin, sans doute. Tant qu’on n’abuse pas trop du pouvoir.

—Hm…

Grande inclina la tête, mais décida de ne pas insister. Honnêtement, je n’avais pas d’explication valable pour justifier qu’on passe devant.

On pourrait dire que si les dirigeants, les commandants, les nobles, bref, les gens de pouvoir, se faisaient bloquer à la porte, ça ralentirait les communications et tout le reste.

Tous les trois, on franchit les portes, tandis que les autres dans la file nous fixaient. Une fois à l’intérieur, on se dirigea vers le QG, au manoir du seigneur. On dit aux soldats qu’on n’avait pas besoin de guides et ils nous laissèrent continuer seuls.

—Whoa, il y a tellement de monde ici ! s’émerveilla Grande. C’est donc à ça que ressemblent les villes humanoïdes !

—J’avais complètement oublié que tu ne les avais vues que de loin, dis-je.

—C’est exact. Ce serait cruel pour les humains que je m’approche trop, et je ne voulais pas non plus me blesser.

—Même quand tu étais juste à côté de la ville ? demanda Sylphy.

—Ce serait effrayant pour les gens si je jetais soudain un œil à l’intérieur, non ? Je suis une bonne dragonne, alors je ne l’ai pas fait.

—Tu es vraiment un amour, Grande, dis-je en riant.

—Je sais, hein ? N’hésite pas à me complimenter davantage.

Sa tête était pile à la bonne hauteur, alors je passai la main dans ses cheveux et les frottai doucement. Soudain, Sylphy se cogna contre mon épaule. Quand je me retournai vers elle, elle faisait la moue.

Ah, elle est jalouse.

—Tu en veux aussi ? demandai-je.

—…Non, ça va.

Après réflexion, elle réalisa sans doute à quel point il serait gênant de se faire caresser la tête en public comme Grande, car elle se détourna, les oreilles rougeoyantes.

—Kousuke, Kousuke ! dit Grande pour attirer de nouveau mon attention. Où va-t-on ?

—Tu vois ce grand bâtiment droit devant ? C’est le manoir du seigneur. C’est là que Sylphy et moi vivons.

—Ah, c’est chez vous ? Comme c’est excitant !

—On va te préparer une chambre, Grande. Il y a de la place.

—Whoa !

Alors qu’on se dirigeait vers notre destination tout en faisant visiter à Grande, des voix familières nous interpellèrent.

—Oh, mon Dieu ! De retour à la maison, Princesse ?

—Oui, depuis l’arrière, dit Sylphy. On a discuté avec les elfes.

—C’est merveilleux. On va donc recevoir des produits elfiques ?

—Oui, à terme.

—Oh, mais c’est Kousuke ! Ça fait un bail.

—Sylphy et moi sommes retournés à l’arrière un moment. Et toi, comment ça se passe ?

—Pas mal, pas mal. La demande de viande a grimpé, alors je me suis fait pas mal d’argent. Mais je commence à me demander si je suis aventurier ou chasseur. Et toi ? Je ne crois pas avoir déjà vu cette race.

—Voici Grande. Elle a l’air petite, mais elle est incroyablement puissante. Dix comme moi ne pourraient pas la battre.

—T’es pas inutile dans une bagarre, toi ?

Après avoir un peu discuté avec les gens, on arriva devant le manoir où nous attendaient Melty, Ira, Danan et Madame Zamil. Sir Leonard n’était pas là, sans doute encore en train de se battre dans les régions du sud.

—Bienvenue à la maison, dit Danan. Comment s’est passée l’inspection ?

—On a eu d’excellents entretiens avec les elfes. Vous avez revu le réseau de communication, n’est-ce pas ?

—Absolument, dit Melty.

Elle se tourna vers Grande, accrochée à mes vêtements.

—Et qui est-ce ?

Pourquoi tu te caches ? Tu es si timide…

—Voici Grande, la présentai-je.

—En effet, c’est moi.

—…Tu veux dire le dragon ?

Ira pencha la tête tandis que Danan et Madame Zamil lançaient des regards dubitatifs.

J’ai compris. Vous ne l’avez tous vue que sous les traits d’un dragon géant.

—Un objet magique de dragon a fait passer Grande de sa forme de grand dragon à cette forme humanoïde, expliquai-je. Incroyable, non ?

—…

Tout le monde, Melty comprise, avait l’air exaspéré.

—Ce n’est pas de ma faute, dis-je. C’est de la vraie magie de dragon. Je n’ai rien fait… ! Enfin, j’y suis un peu pour quelque chose. Mais je leur ai juste fourni du matériel. Ça ne compte pas, d’accord ? Je me suis fait menacer par une bande de grands dragons, voilà ! Ce n’est pas de ma faute.

Alors que je m’efforçais désespérément de trouver des excuses, tout le monde se tourna vers Sylphy.

—Eh bien, euh, oui, dit-elle. Je dirais qu’il est responsable à 50 %.

—Ah, sérieux ? geignis-je. C’est pas très cool.

—Bon, peu importe comment c’est arrivé, on te souhaite la bienvenue ! dit Melty en souriant à Grande.

—Bien sûr qu’on te souhaite la bienvenue ! Maintenant, on peut communiquer et tout le reste.

Grande se cacha derrière moi. Elle tremblait à peine de peur.

—Elle a peur de toi, dis-je.

—H-hein… ?

—Sa première impression était la pire, alors…

—Allez, devenons amies, tenta Melty. D’accord ?

—Grr…

—Maintenant, elle est sur ses gardes, dis-je.

—Bouh…

Grande frappa brutalement le sol de sa queue. Ce n’est pas tant qu’elle était sur ses gardes ou qu’elle avait peur, je crois. J’étais sûr que le temps finirait par arranger les choses. Il fallait juste être patients.

—Quoi qu’il en soit, je vais m’informer, dit Sylphy. Et toi, Kousuke ?

—Je devrais sans doute en faire autant. Si on n’a pas besoin de moi, je peux montrer sa chambre à Grande.

—Je pense qu’on se contentera de la princesse pour l’instant, dit Danan.

—Je suis d’accord, dit Madame Zamil.

Tous deux avaient décidé que ma présence n’était pas nécessaire, et après réflexion, Melty acquiesça.

—Alors c’est la princesse qu’il nous faut, dit-elle.

—Bien reçu. Je vais montrer sa chambre à Grande, alors.

—Je viens avec vous.

Ira se rangea tranquillement à mes côtés. Elle allait m’accompagner dans cette aventure.

—Alors c’est réglé ! dis-je. On va se détendre, donc quand tu auras fini, rejoins-nous.

—Je le ferai. À tout à l’heure.

Sylphy déposa un baiser sur ma joue et emmena Melty et les autres dans le bureau du deuxième étage.

—Je m’appelle Ira. Enchantée.

—Je m’appelle Grande, moi aussi !

Les deux petites se saluèrent, ce qui me réchauffa le cœur. Elles avaient toutes deux l’air jeunes. Pas vraiment comme des enfants, mais jeunes assurément. La combinaison d’une cyclope et d’une dragonne, c’était vraiment digne des livres de fantasy.

—On y va ? dis-je.

—Oui !

Ira prit la main de Grande et se mit à l’entraîner, moi derrière. Le soir approchait ; il faudrait attendre le lendemain pour tout le reste.


—Bienvenue à la maison ! Et bienvenue, Grande !!!

—Ça fait du bien d’être de retour.

—Et comment.

—B-bonjour… Et merci.

Ce soir-là, les harpies organisèrent une fête de bienvenue pour nous et Grande.

L’idée avait germé une demi-heure avant la fête. C’est moi qui fournissais à manger et à boire ; il serait donc plus juste de dire que ce sont elles qui en avaient eu l’idée.

—C’est l’heure des cadeaux !!!

—Youpi !

Les harpies battaient des ailes tandis qu’Ira et Melty frappaient des mains.

—Euh, le premier est pour Ira, dis-je. On t’a trouvé des fleurs rares, avec leur terre et leurs racines, ramenées des profondeurs de la Forêt Noire.

—Wow…

Je sortis de mon inventaire les fleurs de haute altitude avec leurs pots et les alignai devant elle.

—Elles ont poussé à une altitude folle, alors elles ne dureront peut-être pas longtemps ici, prévins-je.

—Ce n’est pas grave, dit Ira. Je suis vraiment contente que tu m’aies rapporté ça. Je pourrai m’en servir comme remèdes, merci.

—Quelles jolies fleurs !

—Je n’en avais jamais vu.

—Comme c’est romantique !

Melty et les harpies furent éblouies par les fleurs. Les femmes adorent vraiment ce genre de choses, hein ?

—Pour mes harpies, je vous ai apporté des fruits cueillis autour du village des elfes, des fruits secs et de la confiture.

—Wow, ça me rappelle des souvenirs !

—On n’avait plus eu l’occasion d’en avoir depuis qu’on a quitté les bois !

—J’avais toujours tellement hâte de manger des fruits sucrés quand on vivait encore là-bas.

Je sortis la corbeille de fruits, le sac de fruits secs et les bocaux en verre remplis de confiture, et les présentai aux harpies, ravies.

—Pour toi, Melty, on t’a apporté du vin du village des elfes. Un bon millésime, paraît-il.

—Merci beaucoup, Kousuke.

Melty me prit le lot de bouteilles de vin rouge et blanc. Ce n’était pas le genre de bouteilles qu’on ouvre lors d’un banquet ou d’une fête endiablée, vu leur millésime.

—Et puis j’ai tout un tas de tissus et d’autres choses des elfes que vous pouvez vous partager, dis-je.

Des étoffes à motifs, des étoffes unies, toutes sortes de choses. Et aussi des pierres précieuses brutes, de la magicite, des matériaux améliorer par la magie. J’avais offert aux elfes les pièces de monstres que les frères de Grande avaient récupérées, et reçu tout ça en échange.

—Wow, quel beau tissu !

—Apportez tout ça au tailleur de la ville pour qu’il nous confectionne des vêtements !

Les harpies se pressaient autour du tissu, tout excitées, tandis que je sirotais un peu d’hydromel à côté. Bientôt, elles déployèrent l’étoffe et entourèrent Grande, la plaquant contre son corps en bavardant. On aurait dit qu’elles réfléchissaient à des modèles de tenues pour elle.

—Le truc qu’elle porte, c’est ton genre ? demanda Melty.

—Non, pas du tout, répondis-je. C’est juste la seule pièce d’équipement que j’avais qui pouvait lui aller, vu ses griffes et tout le reste. Je me suis dit que c’était mieux que de lui faire porter un soutien-gorge et un short.

—Ah bon… ? Aimerais-tu que je porte quelque chose comme ça ?

Melty se servit de ses bras pour presser ses seins l’un contre l’autre.

Urgh, elle m’invite à regarder. Ne sois pas lâche, Kousuke !

—…bientôt.

—Quand on est tous les deux ?

—O-Oui, parvins-je à dire.

Je détournai le regard de la séduisante Melty pour me calmer, mais Ira m’agrippa de l’autre côté.

—Je devrais en porter un aussi ?

Son grand œil me fixa droit dans les yeux.

Ira dans une armure-bikini comme celle-là… Mm, je pourrais apprécier. D’habitude on veut quelqu’un capable de remplir un bikini pareil, mais quelqu’un de plus mince et de plus plat comme Ira aurait son charme aussi.

Survival in Another World with My Mistress!, Tome 4, Chapitre 7 — illustration

—Bientôt.

—Hi hi…

—…

Melty m’adressa un sourire séducteur tandis qu’Ira souriait tranquillement, me palpant de ses mains douces.

Ah ! Ça craint ! Excusez-moi, Chère Cliente ? Chère Cliente, il faut arrêter tout de suite ! Tout de suite !

—Ah ! Melty et Ira essaient de se rapprocher de Kousuke !

—Pas juste !

—Tu ne peux pas doubler.

—Allez, toi aussi, Grande.

—A-ah, c’est vrai, d’accord.

Les harpies se ruèrent sur moi, pressant leurs poitrines contre mon visage, m’embrassant à la volée un peu partout, me suçotant le cou et me frottant de leurs ailes. Grande s’accrocha à mes jambes pendant que je m’asseyais sur le canapé. Ses yeux tournoyaient.

Que faisait-elle au juste ?

—Grrr, je ne céderai pas ma place !

—Moi non plus.

—Ow, ow.

Melty et Ira resserrèrent leur emprise sur moi, ce qui, honnêtement, me fit mal. Sylphy, elle, se contentait d’observer de loin, en silence, en sirotant son hydromel. Elle savait sa position intouchable ; alors ne pourrait-elle pas me consacrer un peu de cette énergie tranquille ?

—Hé, où tu mets cette main… Attends, ne me déshabille pas ! Aïe ! Qui m’a mordu au cou ? On ne laisse pas de marques aux endroits visibles !

—Allons, allons, allons, allons, allons.

—Arrêtez, attendez ! Attendez ! On vient à peine de commencer la fête, non ? On a tout juste mangé… dis-je.

—Ce n’est pas grave. Tu n’as servi que des plats qui ont encore du goût froids. Ne t’inquiète pas, on te nourrira abondamment au fur et à mesure, d’accord ?

—Quoi ? Vous aviez prévu ça quand vous avez passé vos commandes de nourriture, hein ?!

C’est vrai. Elles n’ont demandé aucun plat chaud, ni pizza, ni soupe, ni gratin, rien… J’arrive pas à y croire !

—Vous aviez vraiment planifié ça ?

Euh, excusez-moi, mais c’est un genre de jeu très particulier, d’accord ? Je peux manger tout seul, d’accord ? Vous n’avez pas à me nourrir à la bouche !

—Hi hi, il se trouve qu’on aime ça.

—Tu n’as qu’à avaler !

—Laisse-nous nous occuper de tout…

Les harpies arboraient des sourires charmants et mignons en m’entraînant vers la chambre. Je ne pouvais pas les repousser : si je le faisais, elles seraient toutes tristes.

—Mm, une fois habituée, j’en suis devenue fan, dit Melty.

—De même, acquiesça Ira.

Tous deux suivaient les harpies avec des plateaux de sandwichs, de hamburgers et de fruits. Grande trottinait derrière avec une grande bouteille d’eau. Il est important de s’hydrater, après tout.

Sylphy sourit en nous regardant partir.

—Je vous rejoindrai bientôt, dit-elle en brandissant sa bouteille d’hydromel.

Les harpies répondirent en chœur :

—D’accord !

Et la porte se referma.

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