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Chapitre 6

La naissance d'une dragonne à la sonorité ancienne

Traduction · Angeloids, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~33 min

La Traduction fut un vrai calvaire. Inutile de préciser que Sylphy déballa toute ma vie amoureuse aux dragons. Tout fut mis à nu. Devant tous les grands dragons femelles présents dans la salle de banquet. C’était nul.

Les dragonnes s’en donnaient à cœur joie, tandis que les mâles grognaient et ricanaient. Papa Dragon, lui, était en pleine crise.

—Est-il encore en vie ?

—Sa queue semble s’agiter, alors j’imagine que oui… ?

Devant nous se trouvait Papa Dragon, la tête écrasée contre la paroi rocheuse. Il avait l’air méga mort.

Comment en était-on arrivés là ? Eh bien… Après avoir entendu ma traduction, il avait perdu son sang-froid.

—Je ne laisserai jamais ce démon sexuel s’approcher de ma fille !

C’était gênant. Les femelles l’avaient un peu corrigé. Oh, et si sa tête était enfoncée dans le mur, c’est parce que Maman Dragon l’y avait plantée d’un coup de queue. Je ne désobéirais jamais à la moindre de ses paroles, jamais.

Encore un dragon qui avait perdu son sang-froid.

—…

Après avoir été libérée des griffes des autres femelles, Grande se mit en boule près du mur.

Elle avait l’air d’avoir perdu toute sa force. Compréhensible. Les sentiments romantiques qu’elle nourrissait secrètement à mon égard avaient eux aussi été étalés. Directement devant moi, en plus. La pression du groupe, et la pression physique, de ces dragonnes, ça valait le coup d’œil.

—Oh, je n’ai jamais vu un joyau magique aussi gros…

—Hm, le monde est vraiment vaste et plein de merveilles ! Quoi qu’il en soit, on peut utiliser ceci pour accomplir le rituel.

Les anciens m’entourèrent en observant le joyau magique que j’avais sorti de mon inventaire, puis se mirent à discuter entre eux. Il semblait y avoir quelques jeunes dragons dans le groupe, alors peut-être profitaient-ils aussi de l’occasion pour transmettre les détails du rituel à la génération suivante.

—Très bien, on a discuté la marche à suivre pour le rituel, annonça un dragon plus âgé. Commençons. Fille de Delgis, Grande. Viens !

Les dragonnes tirèrent Grande par la queue.

Allons, traitez-la au moins un peu plus gentiment que ça !

—Maintenant, Grande, fille de Delgis. Nous allons commencer le rituel pour te transformer en femme humaine.

—…

—Oh, Grande, ma chère. Combien de temps vas-tu bouder ?

—Qu’y a-t-il de mal à bouder ?! Pourquoi tous mes secrets ont-ils été dévoilés devant tant de monde ? Et devant Kousuke, en plus !

—Parce que c’est amusant pour nous ? S’il fallait une autre raison : parce que tu es faible, j’imagine !

—Qu’est-ce que j’étais censée faire ? se lamenta Grande. J’étais entourée de ma mère et de toutes les autres !

Dans le monde des dragons, le pouvoir était tout. Je ne pouvais rien faire pour l’aider à ce moment-là, alors je me concentrai sur Sylphy.

—Hé, Sylphy, ça te va vraiment, tout ça ? lui chuchotai-je.

—Ça me va, dit-elle. J’ai été très surprise d’apprendre que Grande éprouvait ce genre de sentiments pour toi, malgré la différence d’espèce. Mais… après l’avoir entendue, j’ai compris. En fait, j’ai des questions à te poser, vu que tu as conquis son cœur sans même t’en rendre compte.

—Ce n’était pas voulu, je le jure. C’est vrai que je la trouvais mignonne, mais à la manière d’un animal de compagnie. Je la voyais comme une amie, malgré nos différences, tu vois… ?

Je racontai tout ça à la mère de Grande, mais il m’était tout bonnement impossible d’éprouver des sentiments romantiques pour un vrai dragon. Je la trouvais mignonne, la façon dont elle mangeait des hamburgers avec son visage terrifiant, ou dont elle se roulait dans le sable au soleil.

Comment en était-on arrivés là ? Si je disais non, je serais transformé en tas de viande. J’avais été surpris d’apprendre qu’elle ressentait ça pour moi, mais j’imagine que ça m’avait aussi fait plaisir ?

Honnêtement, je suis tout simplement abasourdi.

—Nous allons maintenant accomplir le rituel sur Grande, fille de Delgis. Commençons !

Les dragons entourèrent Grande et se mirent à rugir de concert, comme s’ils entonnaient un chant. Au centre, Grande tenait le joyau magique sans bouger. Le joyau, de la taille d’un poing humain, paraissait aussi petit qu’une perle dans ses griffes.

J’avais l’impression que les chants des dragons résonnaient dans toute la grotte et dans ma tête. Honnêtement, ce n’était qu’un grand vacarme, et pourtant, j’avais envie de continuer à l’écouter.

Finalement, le joyau dans la griffe de Grande commença à changer. Il se mit à rayonner d’une lumière éclatante.

Alors que je me demandais ce qu’elle allait en faire, Grande avala soudainement le joyau.

Est-ce vraiment sans danger ? Elle ne va pas tomber malade ?

Nerveux comme tout, je regardai le corps de Grande se mettre à émettre de la lumière et à se transformer physiquement. Ça avait l’air douloureux… J’espérais qu’elle allait bien.

La lumière se mit à briller plus fort, rendant difficile de regarder directement ce qui se passait. Tout était blanc. Ça me rappelait la lumière qui apparaissait quand j’améliorais mon établi ou autre.

—Est-ce que ça a marché… ?

Une fois la lumière éteinte, il y avait sans aucun doute une fille au centre du cercle de dragons. Elle était loin, donc je ne la distinguais pas en détail, mais je voyais qu’elle avait des cornes sur la tête, des ailes de dragon, des mains et des pieds de dragon. Et aussi qu’elle était nue.

—Hmm, on s’est trompés ?

—Je dirais qu’on peut compter ça comme une victoire.

—Au lieu de devenir pleinement humaine, n’est-il pas mieux qu’elle ait des qualités uniques ?

Les anciens discutaient tous entre eux de la transformation de Grande.

Vous n’avez pas foiré, hein ? Pourquoi avez-vous l’air si peu sûrs de vous ?

—Mon corps est bizarre… Je me sens faible.

Grande, quant à elle, inspectait son nouveau corps. Elle ouvrait et fermait les mains, sautillait timidement. Son nouveau corps semblait plus faible que l’ancien.

—Allez, Grande, ma chère. Vas-y, montre-toi à Kousuke.

—Très bien ! dit Grande.

Elle déploya ses ailes et vola vers moi.

—Whoa !

Elle finit par foncer comme un boulet, s’écrasa contre le plafond et s’y retrouva coincée.

Hum…

Grande parvint à dégager sa tête du plafond de pierre et tomba juste devant moi. Elle n’avait pas l’air blessée, au moins. Elle devait être sacrément résistante pour tomber de si haut sans une égratignure.

—Tout semble si différent ! dit-elle. Mon corps est si léger, et contrôler ma magie est plus difficile qu’avant…

—H-hé, ça va ? demandai-je.

—Je n’en suis pas sûre. M’habituer à ce corps va demander quelques efforts.

Grande frotta ses fesses pâles avant de se lever et de s’approcher de moi. Je la détaillai longuement, de la pointe des pieds au sommet de la tête.

Deux cornes incurvées d’aspect effrayant dépassaient des côtés de ses cheveux blonds mi-longs. Dans son dos, elle portait des ailes de dragon de la même couleur que ses cheveux. De ses coudes à ses mains, tout était recouvert d’écailles de la couleur de ses cheveux blonds. Le bout de ses doigts s’ornait de griffes d’aspect robuste. Au centre de sa poitrine se trouvait ce qui ressemblait à un joyau magique brillant. Plus bas, sous ses genoux, des écailles comme celles de ses bras. Ses pieds aussi étaient munis de griffes acérées.

Mm-hm. Elle était un mélange d’humaine et de dragon.

Hm ? C’est quoi, cette histoire de seins ? Plus gros que ceux d’Ira ou des harpies, ça c’est sûr. Pas énormes, mais peu importe.

—K-Kousuke, de quoi ai-je l’air ?

—Laisse-moi te regarder de près. Approche.

—O-okay…

Grande s’approcha de moi en trottinant et je lui pris les mains pour les tâter. Ses griffes étaient chaudes, mais bel et bien dures comme celles d’un dragon. Et tranchantes. Je détachai mon regard de ses griffes et la regardai dans les yeux.

Ils étaient dorés, mais ses pupilles différaient de celles d’un humain ; elles ressemblaient à celles d’un serpent.

Grande commença à virer au rouge vif sous tous ces regards.

—Dis quelque chose.

—Tu es vraiment mignonne, dis-je. Qu’en penses-tu, Sylphy ?

—Je suis tout à fait d’accord. Elle est adorable. J’ai du mal à croire qu’un si gros dragon puisse devenir une si jolie fille. Et puis, on dirait que tu sais parler notre langue, maintenant.

—Maintenant que tu le dis, on dirait que oui. Je comprends ce que tu dis, Elfe noire.

—Je m’appelle Sylphy, pas Elfe noire. Appelle-moi comme ça à partir de maintenant, d’accord ?

—Oh, d’accord, d’accord ! Compris, Sylphy. Tu peux m’appeler Grande ! Ravie de faire enfin ta connaissance.

Grande bomba fièrement la poitrine.

Ton expression est excellente, mais cachons cette poitrine, veux-tu ?

Survival in Another World with My Mistress!, Tome 4, Chapitre 6 — illustration

Alors que je m’apprêtais à sortir quelque chose de mon inventaire pour qu’elle se couvre, Maman Dragon tendit le cou pour intervenir.

—Alors ? Grande n’est-elle pas adorable ?

—Elle l’est, acquiesçai-je.

—Ce qui veut dire que tu peux t’accoupler avec elle, n’est-ce pas ?

—Vous ne pourriez pas être plus subtile ?! hurlai-je. Et euh, on va prendre notre temps et faire ça correctement. Grande doit s’habituer à son corps, déjà.

—Awww, tu es sûr que tu ne veux pas le faire maintenant ?

—Non ! dis-je, catégorique. Ce n’est pas mon genre !

Faire l’amour devant tous ces dragons, c’est bien trop pour moi. Et arrêtez d’essayer de faire faire ce genre de choses à votre fille en public ! C’est quoi, le problème de ces dragons ?

—Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda Sylphy.

—Maman Dragon veut que je fasse l’amour avec Grande ici même, pour montrer.

—Qu… ?

Même Sylphy resta bouche bée.

La pauvre Grande était devenue rouge vif, se protégeant le visage de ses deux griffes.

—Hum, changeons de sujet, voulez-vous ? dis-je. Oh, je sais ! Maintenant que Grande a une forme humaine, peut-elle se retransformer en dragon ?

—Hrm… Je me le demande. Dans les vieilles légendes, le dragon devenu humain pouvait se transformer à volonté.

D’après les anciens, elle devrait pouvoir passer de l’un à l’autre après de l’entraînement.

—Non pas qu’on ait la moindre idée de comment ça marche ! Hah hah hah !

—Après tout, ça fait un millier d’années que personne n’a pratiqué ce rituel.

—On n’a jamais eu d’intérêt pour ce genre de chose.

—En ce qui nous concerne, nous les dragons, tomber amoureux d’un humain est une forme assez singulière de- GYAH !

L’un des dragons anciens fut propulsé dans les airs par les dragonnes. Voilà qui plombait l’ambiance.

—Nous soutenons ton amour, Grande !

—Je trouve qu’un amour qui transcende les espèces est tout simplement merveilleux !

—C’est tellement romantique !

Grande recula un peu quand les dragonnes s’approchèrent d’elle avec enthousiasme. Elle se sentait déjà perdue parmi elles auparavant, mais maintenant que leurs tailles étaient totalement différentes, elle était submergée. J’imagine que ça avait dû être assez effrayant pour elle.

—Grande, si tu t’entraînes suffisamment, tu devrais pouvoir te transformer complètement en humaine.

—Mm, travaille dur pour absorber ton joyau magique. Une fois ta transformation achevée, tu deviendras un être plus grand qu’un grand dragon. Un être qui surpasse notre race. Veille à ne pas te laisser dominer par ton immense pouvoir.

—Je comprends, dit Grande.

Les dragons les plus âgés, y compris celui qui avait été propulsé en l’air, avaient tous redressé le dos et faisaient soudain leur âge.

Si seulement ils s’y étaient mis plus tôt… Vous connaissez l’expression « le silence, c’est la sécurité » ?

—Alors, euh, Grande ? dis-je.

—O-oui ?

—On va vivre des moments heureux.

—Ah… Oui, je m’en réjouis !

Grande sourit largement.


Une fois les dragons quittés, nous sortîmes du nid en rampant pour retrouver la lumière du soleil. Les dragons allaient apparemment se coucher après avoir mangé et bu à satiété.

—Ils dormiront sans doute les prochains jours, déclara Grande.

—Ce n’est pas un peu trop ? demandai-je.

—C’est ainsi que sont les dragons. Contrairement aux humanoïdes, on n’a pas vraiment besoin de travailler beaucoup. On se contente de manger et de dormir. Peu de gens sont assez fous pour s’attaquer à la demeure d’un dragon.

—Je veux bien le croire… Impossible d’échapper à un groupe de dragons comme ça.

—Exactement. Mais j’imagine que tu pourrais provoquer un miracle, Kousuke.

—Non, dis-je. Si autant de dragons m’attaquaient en même temps, je serais condamné. Ces gars pouvaient creuser sous terre, après tout.

Si j’essayais de me frayer un chemin, ils pourraient me suivre. Je ne pouvais pas affronter les ennemis de front, alors je préférais ne jamais me retrouver dans cette situation face aux grands dragons.

—Mais tu pourrais probablement tous les anéantir si tu le voulais, non ? me pressa Grande.

—Jamais je ne ferais une chose aussi horrible, lui dis-je. C’est ta famille.

—J’imagine que c’est vrai.

—En général, je suis un homme de paix, tu sais.

—D’accord…

Quoi, tu as des réclamations ? Prends ça !

Avec un grognement, je lui ébouriffai des deux mains ses cheveux blond doré, ce qui lui fit fermer les yeux et frissonner. La sensation de ses cheveux et de son cuir chevelu lui était toute nouvelle, et elle ne savait manifestement pas comment réagir.

—Il faut que tu t’habitues à ton nouveau corps au plus vite, dis-je.

—Oui… Je me sens bizarre partout.

—Et si tu faisais un peu d’exercice ? Je serais ravie de t’accompagner, ajouta Sylphy.

—Oh, bonne idée. Sauter et voler avec son nouveau corps pour voir ce que ça donne, c’est judicieux.

—Hmm, alors laisse-moi essayer.

Nous décidâmes tous les trois de faire un peu d’exercice ensemble. D’abord, on courut tranquillement.

—Pas de problème, répondit Grande. Même si ça fait bizarre de courir sur deux jambes.

—Eh bien, tu te déplaçais à quatre pattes avant ça.

—Je trouve même impressionnant que tu aies adopté si vite la course sur deux jambes, après tout ce temps, dit Sylphy en complimentant Grande.

—Je suis d’accord.

Ensuite, on lui demanda de courir à pleine vitesse. Elle essaya et finit par pousser un cri d’alarme.

—Elle a carrément volé, commenta Sylphy.

—C’était… horrible.

Dès son premier pas, Grande enfonça son pied dans le sol et se propulsa elle-même à des dizaines de mètres de là.

—Alors, elle décolle si elle s’y met à cent pour cent, hein ?

Peut-être que sa force musculaire est restée la même, alors que son poids et sa taille ont baissé ? me dis-je.

—Hrm… Kousuke, tu peux poser un bloc de briques ?

—No problemo ! répondis-je, et je m’exécutai.

Les blocs de briques étaient faits de briques pleines liées au ciment, ce qui leur conférait une très grande résistance.

—C’était terrifiant…, dit Grande, de retour sur la terre ferme.

—Grande, essaie de frapper ce mur de briques de toutes tes forces, lui dit Sylphy.

—Hrm ? D’accord. Heeyah !

Le poing de Grande pulvérisa le bloc de briques d’un seul coup. Elle ne se contenta pas d’y faire un trou : elle le désintégra complètement. Sa résistance avait dû tomber à zéro, alors il disparut dans le néant.

—C’est de la folie…, dis-je.

—Hrm. Kousuke, pose un autre bloc, dit Sylphy.

—Bien reçu.

—Grande, je veux que tu frappes à nouveau le bloc de toutes tes forces. Mais cette fois, sans utiliser de magie.

—Pas de magie de renforcement de la force ? demanda Grande. D’accord, je vais essayer.

Grande se mit en position et, après avoir pris un peu de distance par rapport au bloc, projeta de nouveau son poing vers l’avant. Fwoop !

Le poing de Grande s’enfonça dans le bloc.

—Quoi ?! Aïe !

Grande retira son poing, les larmes aux yeux, et frotta sa main droite de la gauche. Elle ne saignait pas, mais elle avait l’air de souffrir. Je m’en voulus pour elle, alors je lui fis boire une potion de vie.

—Hrm, je comprends maintenant, dit Sylphy. Ses capacités se sont probablement adaptées à sa taille après le passage à la forme humaine. Son énergie magique, elle, pourrait bien être identique, voire plus puissante qu’avant.

—Alors, en gros… ? Je m’interrompis, incertain.

—Autrement dit, bien que son corps physique soit de taille et de poids moyens pour un humanoïde, sa puissance magique et sa quantité globale restent au niveau d’un dragon, voire plus, expliqua Sylphy. C’est pourquoi, quand elle emploie le renforcement magique comme elle le faisait en tant que dragon, elle produit une puissance phénoménale malgré son corps plus petit. Un corps humanoïde normal ne supporterait sans doute pas une telle puissance ; son corps physique actuel est donc probablement aussi résistant que celui d’un dragon.

Sylphy ferma les yeux pour réfléchir.

Hmm, en gros, c’est comme un gros-porteur transformé en petit Cessna, mais dont la puissance du moteur reste celle du gros-porteur, si bien qu’à plein régime il décolle en trombe ?

Normalement, l’avion lui-même devrait se disloquer, mais le fait qu’il ne se disloque pas veut-il dire qu’il est aussi solide qu’un gros-porteur ? …Bon sang, de quoi je parle ?

—Le problème, c’est que sa puissance magique est telle que si elle se déchaîne, elle risque de provoquer un drame ? demandai-je.

—Exactement, dit Sylphy. Qu’elle emploie inconsciemment la magie pour se renforcer, c’est le genre de chose que j’attendrais d’un dragon, mais ce serait dangereux qu’elle vive parmi les humains en faisant ça.

—Dangereux… ? dit Grande. Vraiment ?

—Oui, vraiment. Par exemple, imagine que Grande dort et balance la queue. Si le renforcement magique se déclenche inconsciemment pendant son sommeil, quiconque se trouve au bout de sa queue serait taillé en pièces.

—C’est terrifiant.

—Toi, tu es encore plus en danger, Kousuke, dit Sylphy. Imagine que vous êtes tous les deux en pleine intimité, les émotions à fleur de peau, et qu’elle t’étreint de toutes ses forces…

—…Oh.

Mes os seraient brisés ou, dans le pire des cas, je serais écrasé.

C’est terrible ! Sa queue pourrait être dangereuse dans ce cas aussi. Je ne dirai ni comment ni pourquoi.

Tandis que Sylphy énumérait les risques de catastrophe, le visage de Grande passa du rouge à la pâleur, puis aux larmes. C’est vrai que ça pourrait poser un gros problème à l’avenir.

—K-Kousuke m’a offert un de ses précieux joyaux magiques, j’ai enfin un corps humain, et maintenant tout ça… ? dit Grande.

Les larmes coulaient sur les joues de Grande.

Aw, ça va. Ne pleure pas.

—Sylphy, tu as de bonnes idées ? demandai-je.

—Eh bien… On pourrait l’entraîner à utiliser consciemment le renforcement magique au lieu de le faire inconsciemment.

—Oh, c’est vrai. Le grand dragon ancien a parlé de s’entraîner à maîtriser ses pouvoirs. Autre chose ?

—Il te faudrait un collier d’esclave, dit Sylphy.

—Pardon ?

Tu veux dire, comme mettre un collier d’esclave à Grande ? Enfin, attends, si je me souviens bien, on m’a dit qu’ils agissaient sur l’énergie magique du corps. C’était quoi, déjà ?

—Les colliers d’esclaves sont des outils magiques qui utilisent l’énergie magique du porteur pour créer des circuits magiques et limiter ses actions, expliqua Sylphy. En partant de ce principe, on pourrait peut-être fabriquer un outil capable de contrôler le renforcement magique inconscient de Grande.

—Alors, une sorte de limiteur réservé à Grande ? Si c’est ça, je ne voudrais pas y inclure de fonctions superflues comme l’empêcher de l’enlever ou la forcer à obéir aux ordres. Ce serait dangereux qu’elle ne puisse pas le retirer elle-même, dis-je.

Sylphy acquiesça.

—Bien sûr. Au village des elfes, il y a un artisan spécialisé dans la fabrication d’outils magiques. Je pense qu’on peut trouver une solution.

—Génial. Grande, on dirait que tout va bien se passer.

—…Ouais… Merci, Sylphy.

—Hihi, tu es plus pleurnicheuse que je ne le pensais, dit Sylphy avec un sourire.

Elle sourit chaleureusement en sortant un mouchoir de nulle part pour essuyer le visage de Grande.

Je suis content qu’elles s’entendent bien.

J’attendis patiemment avant de tapoter doucement la tête de Grande.

—Si l’artisan n’y arrive pas, je me servirai de mes compétences pour fabriquer un truc qui marchera. Ne t’en fais pas, tout va bien se passer.

Grande sourit, les yeux encore rouges.

Oui, elle est mignonne. D’ailleurs, maintenant que j’y pense…

—Euh, on ne devrait pas lui acheter des vêtements ? demandai-je.

—…C’est un bon point.

—Des vêtements, hein ? J’avais oublié que les humanoïdes en portaient.

Depuis sa transformation, Grande s’était promenée sans se plaindre, et Sylphy et moi n’y avions pas prêté attention non plus.

—Mais j’imagine que des vêtements normaux ne m’iront pas, dit Grande. Pas avec la forme de mes bras et de mes jambes.

Grande regarda ses pieds et ses mains de dragon. Chemises et pantalons ne feraient pas l’affaire. En plus, elle avait des ailes dans le dos.

—On fait avec pour l’instant, dis-je.

J’avais encore l’armure-bikini que j’avais fabriquée pour rire quand Sylphy, Ira, Melty et un tas d’autres demi-humaines avaient organisé leur petit défilé de mode. Je la sortis pour Grande. Pour le moment, c’était la seule chose que j’avais qui pouvait lui aller.

Une fois rentré à Arichburg, ou même à la base arrière, je pourrais peut-être lui trouver un haut qui conviendrait à d’autres races ailées. D’ailleurs, je pourrais peut-être utiliser mon établi pour lui en fabriquer un ?

…Non, l’armure-bikini fera très bien l’affaire pour l’instant.

—C’est…, dit Sylphy, laissant sa phrase en suspens.

—Oui. Je l’ai gardée dans mon inventaire depuis.

—Hm… Ça a l’air léger et facile à porter. Comment ça se met ? demanda Grande.

—Sylphy, à toi.

Elle me prit l’armure et aida Grande à l’enfiler. Elle était rouge. La seule couleur possible pour une armure-bikini, évidemment.

—Cette armure est toujours aussi stupide et inutile, dis-je. Mais c’est ce qui fait son charme.

—Elle ne couvre quasiment rien de ce qu’on voudrait voir couvert, déclara Sylphy.

—Moi, je ne la déteste pas du tout ! ajouta Grande.

Comme c’était sa première tenue, je me trompe peut-être, mais il est possible que Grande n’ait guère envie de porter des vêtements. Après tout, elle avait passé toute sa vie de dragon entièrement nue, alors c’est logique qu’elle ne soit pas emballée à l’idée d’en mettre davantage.

—Assure-toi d’essayer toutes sortes de vêtements, l’encourageai-je. Je suis sûr que tu serais magnifique. Toi aussi, Sylphy.

Sylphy portait toujours sa tenue de combat en cuir noir, alors ce serait bien qu’elle mette quelque chose de mignon de temps en temps. Un pull en tricot, par exemple ? Peut-être même des lunettes tendance ?

—Hrm, si tu le dis, Kousuke, j’essaierai d’autres vêtements moi aussi, dit Grande.

—Ha ha, tu es un client difficile, dit Sylphy. Mais j’imagine que désormais, je vais essayer d’être un peu plus à la mode.

—Ce serait formidable. Je vous ferai tous les vêtements que vous voudrez, mesdames. En fait, j’imagine que c’est mieux pour l’économie qu’on les achète, hein ?

Si je fabriquais tout moi-même, les pauvres boutiques de vêtements feraient faillite. Sauf pour ce qu’on ne peut pas trouver autrement, on devrait acheter sur le marché autant que possible.

—Alors, on retourne au village des elfes ? dis-je.

—Ça me va, mais… Comment ?

—Hein ? On peut juste monter sur le dos de Grande et…

Je me tournai vers Grande, qui se tenait là, dans son armure-bikini rouge, dans un silence gênant.

—Hum, qu’est-ce que tu dois faire pour te retransformer… ? lui demandai-je.

—…Je ne suis pas sûre.

—Tu peux voler comme ça ? demanda Sylphy.

—Je peux, mais… je ne sais pas si c’est sans danger.

Après quelques tentatives infructueuses, on lui demanda de s’entraîner à voler sous sa forme humaine. Si elle apprenait à voler en toute sécurité, je m’occuperais du reste.

—J’ai une bonne idée, dis-je.

—Pourquoi est-ce que je me sens soudain concernée… ? répondit Sylphy.

Quelle impolitesse ! Tout ira bien ! Je m’en occupe ! Fais confiance à Kousuke !


—GAAAGH !

Tout en écoutant les cris venant de loin, j’installai un établi à golem devant le grand nid de dragons et me mis au travail avec ma création d’objets.

—C’est quoi, le plan ? demanda Sylphy. Une selle ne marchera pas avec un corps aussi petit.

—Je vais faire quelque chose d’encore mieux, lui dis-je.

Mais qu’allais-je adopter comme conception ?

J’essayais en réalité de créer une nacelle pour Grande. Je pourrais la concevoir comme un télésiège, jambes pendantes dans le vide, ou plutôt en forme de panier. Le plus simple et le plus léger à porter serait le télésiège, alors je commençai par là.

Pour le cadre, j’optai pour de l’acier en raison de sa solidité. Je créai ensuite des pieds d’atterrissage à chacun des quatre coins. Pour les sièges, je les rembourrai pour qu’ils soient aussi confortables que possible. J’ajoutai ensuite des ceintures de sécurité et une poignée sur le dessus pour que Grande puisse la porter facilement. Voilà qui devrait suffire !

Nacelle exclusive de Grande — Matériaux : Ressort en acier × 6, Tissu × 4, Fibre × 20, Cuir × 3

Bam, réussi. Je mis la commande dans la file d’attente de l’établi à golem.

Depuis que j’avais amélioré mon établi, presque tous les temps de fabrication avaient été considérablement réduits. Ça dépendait de ce que je fabriquais, mais la plupart étaient divisés par deux, voire par dix dans le meilleur des cas. Ça valait vraiment le coup de s’être battu pour améliorer l’établi.

C’est ainsi que, peu après avoir passé commande, l’ensemble fut achevé, cadre en acier et banquette compris.

—Qu’est-ce que c’est ? demanda Sylphy.

—C’est une nacelle transporte pour Grande. Toi et moi, on s’assoit dedans, on boucle les ceintures pour s’arrimer, puis Grande attrape la poignée au-dessus de nous et s’envole.

—Je vois… Pour la sécurité, n’aurais-tu pas dû en faire une boîte fermée ? J’y ai pensé, mais je me suis dit que ça ajouterait trop de résistance à l’air.

—Waouh, c’est un bon point.

Une nacelle en forme de caisse subirait sans doute une forte pression du vent de plein fouet. Du coup, les mains de Grande seraient repoussées vers l’arrière, l’obligeant à fournir plus d’efforts.

—Mais il faudra sans doute un certain temps à Grande pour s’habituer à cet engin, dis-je. Je pense que je vais fabriquer d’autres types de nacelles aussi, puisque j’en ai le temps.

—Rien de mal à avoir beaucoup d’options, acquiesça Sylphy.

Nous réfléchîmes tous les deux, en partant de la Nacelle exclusive de Grande nº01, et proposâmes d’autres variantes. Je finis par fabriquer la nacelle en forme de caisse, idée de Sylphy, une nacelle façon montgolfière, une nacelle en forme de cage à oiseaux entourée de barreaux métalliques, et une nacelle façon balançoires reliées à un cadre métallique par des chaînes.

Elles furent baptisées nº02, nº03, nº04 et nº05.

—Bon, j’ai fini de les fabriquer… Laquelle te semble la meilleure ?

—Eh bien, on devrait sans doute donner la priorité à la facilité de vol pour Grande, non ?

—Ouais… Je pense que le plus rapide pour le savoir, c’est de lui demander de les essayer. Grande !

La dragonne passa au-dessus de nos têtes, aussitôt suivie du bruit de quelques rochers qui se brisaient, puis du cri d’une jeune fille.

Je me retournai pour trouver la tête de Grande coincée dans un rocher, sa queue se balançant d’avant en arrière dans un mouvement de panique. Ça faisait mal à voir.

Grande se dégagea et secoua la tête, des cailloux roulant le long de son corps. Un humain normal aurait été tué par une telle collision, mais elle allait très bien. Les dragons étaient vraiment coriaces.

—Grrr… J’arrive pas à savoir jusqu’où me pousser, dit-elle. Tu as appelé, Kou… Euh, c’est quoi, ça ?

—Je me suis dit qu’on pourrait s’asseoir dedans et que tu nous porterais en volant, expliquai-je.

—Ah, je vois. Je n’ai qu’à attraper la poignée du haut, c’est ça ?

Grande examina les différentes nacelles avec beaucoup d’intérêt.

—Tu pourrais les essayer et voir laquelle est la plus facile à piloter ?

—Mm-hm, laisse-moi faire !

Grande déploya ses ailes et se mit à flotter, attrapant d’abord la poignée de la nacelle en forme de panier, la nº03. Comme il n’y avait rien dedans, elle était bien trop légère, donc difficile à piloter. Je rappelai Grande et mis des choses à l’intérieur pour lui donner du poids, puis la fis remonter.

Elle parut plus à l’aise à ce moment-là. J’allai ajouter du poids aux autres nacelles, environ 80 kg pour chacun d’entre nous, puis verrouillai le tout avec les ceintures. Sylphy et moi étions tous deux plus légers, mais il était possible qu’elle transporte Danan ou Sir Leonard à l’avenir.

À force de s’exercer avec les nacelles, le vol de Grande commença à se stabiliser, petit à petit.

—Celle-ci, celle-là et celle-ci sont les plus faciles à piloter, déclara-t-elle.

Après environ une heure d’essais, le modèle télésiège (nº01), le modèle cage à oiseaux (nº04) et le modèle balançoire (nº05) se révélèrent les meilleurs pour Grande. La caisse et la nacelle-montgolfière créaient trop de traînée, difficiles à utiliser en sécurité.

—Et qu’est-ce que ça donne, niveau vol ? demandai-je.

—Ça devrait aller, dit-elle. Une fois habituée à voler avec, c’est devenu un jeu d’enfant. Aucun souci si je vole normalement.

—Comment ça ?

—Eh bien, si j’étais prise dans un combat aérien, je finirais par aller trop vite pour elles.

—Ah, je vois. Eh bien, tu ne vas pas te lancer dans un combat aérien tout en nous transportant, donc ça devrait aller.

—Je l’espère, acquiesça Grande. De toute façon, je peux aller plus vite qu’avant, alors si ça tourne mal, je pourrai accélérer et distancer l’ennemi.

—Ça ne nous mettrait pas en danger… ? grimaça Sylphy.

Les forces G nous feraient sans doute perdre connaissance à un moment donné. Un vrai red-out. La pression du vent était aussi un souci. Je devrais compter sur la magie de protection de Grande et de Sylphy pour y remédier.

—Quoi qu’il en soit, on peut essayer ? Laquelle veux-tu prendre ?

—Personnellement, je préfère la nº04, c’est la plus sûre…, dit Sylphy.

—Alors, va pour la nº04.

Le modèle nº04 était la cage à oiseaux. Elle avait été renforcée pour nous protéger des collisions d’oiseaux. Elle nous éviterait d’être heurtés de plein fouet par un oiseau, mais ne nous protégerait certainement pas du sang et des tripes. Au final, je me dis qu’on serait de toute façon protégés par la magie du vent, alors ça allait.

Une fois Sylphy et moi montés dans la nacelle et nos ceintures bouclées, j’appelai Grande.

—D’accord, on est prêts à partir.

—Mm, entendu. Attention à ne pas vous mordre la langue !

Grande s’éleva dans les airs et s’agrippa à la poignée de la nacelle, montant toujours plus haut dans le ciel. De magnifiques panoramas, le vent, les forces G qui nous plaquent au siège ! Que demander de plus… ?

—Uggh…

—Aaagh…

Après avoir atterri dans la clairière juste à l’extérieur du village des elfes, Sylphy était livide et je finis par vomir.

C’était clair, ça ne marcherait pas. Les mouvements de haut en bas, les secousses, la vitesse… impossible. Sylphy s’appliqua une légère magie des esprits pour se remettre, et m’en lança aussi.

Ah, c’est ça qui fait du bien… Je me sens beaucoup mieux.

—Je suis désolée…, dit Grande.

—Non, ce n’est pas du tout ta faute, la rassurai-je.

—Il a raison, Grande, dit Sylphy. Ces sièges ne fonctionnent pas. La nº05 aurait peut-être été la meilleure.

Comme les sièges de la nº04 étaient fixés au cadre de façon très rigide, la moindre oscillation de Grande nous secouait. Sur le modèle nº05, façon balançoire, les sièges auraient pu bouger indépendamment pour compenser. Cela dit, il y avait sans doute beaucoup à améliorer là-dessus. Je pourrais rendre les chaînes un peu plus élastiques et travailler aussi le mouvement horizontal.

Une fois remis, j’enterrai mon vomi avec ma pelle.

Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas senti aussi mal. Ugh… Rien que d’y penser, ça me donne envie de recommencer à vomir.

—Une fois un peu reposés, allons voir l’elfe dont tu as parlé pour qu’il fabrique un limiteur pour Grande, dis-je à Sylphy. On n’a pas beaucoup de temps devant nous.

C’était le quatrième jour de nos petites vacances. Techniquement, on avait une semaine complète, mais ça voulait dire qu’il ne restait plus que trois jours. Il fallait régler vite la question de Grande.

—C’est vrai, c’est vrai. Le plus tôt sera le mieux. Espérons qu’on pourra terminer cette commande tant qu’on est encore là, approuva Sylphy.

—Sinon, il faudra que je le fasse fabriquer sur la ligne de front. Ira et les autres pourraient sans doute produire ce qu’il nous faut sans problème.

Je sortis une bouteille d’eau potable de mon inventaire, en bus une gorgée, puis en passai une à Sylphy.

—Tu veux de l’eau, Grande ? demandai-je.

—Mm, avec plaisir !

Elle ne pouvait sans doute pas ouvrir le bouchon toute seule, alors je le fis pour elle avant de lui donner la bouteille. À ma grande surprise, Grande était plutôt habile de ses griffes. Elle n’eut aucun mal à saisir la bouteille et à boire.

—Mm, dans ce nouveau corps, cette petite bouteille d’eau est plus que satisfaisante.

—Je veux bien le croire, dit Sylphy en riant. Tu es des dizaines de fois plus petites, peut-être des centaines, non ? Beaucoup de choses vont changer pour toi, mais je suis sûre que tu t’y habitueras.

—Tu as raison, Sylphy, acquiesçai-je. J’imagine que je vais fabriquer un lit et l’ajouter au salon ce soir.

—Hm ? Ça ne me dérange pas de dormir à même le sol.

—Si tu veux vivre comme l’un d’entre nous, tu dois changer un peu tes habitudes. Crois-moi, un lit chaud et moelleux, c’est la règle.

—Hm, ah bon… ?

Grande pencha la tête, réfléchit un instant, puis hocha la tête, satisfaite de mon explication.

—Je mentirais si je disais que l’expérience de la vie d’humanoïde ne m’intéresse pas.

Voilà. Je vais t’habituer à notre mode de vie. Honnêtement, l’image de Grande dormant à même le sol me fait penser à de la maltraitance, et ça ne me va pas. C’est pénible à voir, tout simplement.

—Tu te sens mieux ? dit Sylphy. On devrait se dépêcher d’aller parler à l’artisan.

—Oui, madame !

—Excellent ! Je vais suivre votre exemple.

C’est ainsi que nous entrâmes tous les trois dans le village des elfes.


—Qui est cette jeune fille ?

—Vous vous souvenez du grand dragon qui nous a amenés ici à notre arrivée ? C’est elle. Elle s’appelle Grande.

—Mm, je suis Grande. Enchantée.

Les gardes elfes nous arrêtèrent à l’entrée du village. Après les explications de Sylphy, ils restèrent bouche bée.

—C’est un dragon ?

—En effet. Dois-je vous montrer mon souffle ardent ?

—Euh, tu peux le faire sous ta forme actuelle ? demandai-je.

Eh bien, ce fut une surprise. Sous sa forme humanoïde, elle faisait à peu près la même taille qu’Ira. Je n’osais même pas imaginer ce que donnerait son souffle de dragon.

—Mm, je n’ai pas encore essayé depuis que j’ai pris cette forme, dit Grande. Voyons voir…

Grande tourna le dos à l’entrée du village et leva les yeux vers le ciel.

Un vacarme énorme jaillit d’elle et s’éleva dans les airs. Un rayon blanc et épais sortit de sa bouche et monta vers le ciel en hurlant. Je sentis la température de la zone grimper aussitôt.

Survival in Another World with My Mistress!, Tome 4, Chapitre 6 — illustration

Bon sang, mes joues sont brûlantes !

—Ouf, j’ai réussi.

—C’était… ça ?

Des sueurs froides roulèrent sur le visage de Sylphy tandis qu’elle cherchait confirmation. Ce « souffle de dragon ardent » ressemblait davantage à un canon laser, à mon sens. Le « canon KaBOOM », peut-être ? Allait-elle creuser un trou géant dans une montagne ?

C’était très spectaculaire, mais j’étais curieux de sa puissance. Un mur de briques de trois mètres d’épaisseur pourrait-il l’arrêter ? … Sans doute pas.

Quand je me retournai, je trouvai les gardes figés sur place, livides, le visage en sueur. Compréhensible. Les dragons étaient dangereux, mais ce que Grande venait de faire la rendait encore plus terrifiante que le dragon moyen.

—Quoi qu’il en soit, voilà ce qu’il en est, dis-je aux gardes.

—Je comprends maintenant… Elle n’est pas dangereuse, n’est-ce pas ?

—Je suis un dragon intelligent et raisonnable ! insista Grande. Jamais je ne me déchaînerais dans le village des elfes.

—Bien sûr que non. Tu es raisonnable.

Il n’y avait vraiment aucune raison de douter d’elle. Elle pouvait être un peu têtue, mais elle était intelligente, compatissante et pacifique. On pourrait même la qualifier de chat apeuré.

—C’est vrai, c’est vrai ! ajouta-t-elle en hochant joyeusement la tête.

Oui, l’envoyer au combat n’arriverait pas. Le jour où je le ferais, je mourrais de culpabilité. Au moins, je devais travailler dur pour ne jamais en arriver là.

—D’accord, mais soyez prudents, dit le garde.

—Voilà, pas de problème, dit Sylphy. Maintenant, on y va, vous deux. Bien reçu.

—J’arrive !

Nous suivîmes Sylphy dans le village elfe et nous dirigeâmes vers les ateliers, en son centre.

Aux alentours, on entendait sans cesse quelqu’un cogner quelque chose, ou un bruit mécanique. Certains elfes faisaient une pause entre deux tâches, d’autres bavardaient entre eux.

—Salut, Sylphy, lança l’un d’eux. Comment c’était, dans les bois ?

—Beaucoup de choses à voir, ça c’est sûr, leur dit Sylphy. Il y avait une magnifique cascade qui faisait des arcs-en-ciel, et un arbre à fées géant, encore plus grand que celui de la salle de réunion.

—Waouh. Et qui est cette jeune femme ? Je ne crois pas avoir déjà vu une espèce comme la sienne.

—Je suis le grand dragon, Grande ! Le même qui a amené ces deux-là ici il y a quelques jours.

—Attends, les dragons peuvent prendre forme humaine ?!

—Je n’avais jamais entendu ça.

—Désolé, mais je peux faire un croquis vite fait ?

Les divers artisans commencèrent à s’agiter autour de nous. Quant à moi, je me tenais un peu à l’écart, accroupi derrière un tonneau en mode furtif. Si ces gens me trouvaient, ils allaient m’encercler et me soutirer gemmes et mithril !

—Et où est passé Sir Kousuke ?

—Il doit être quelque part par ici.

—Le voilà ! Encerclez-le !

—NOOON !!!

Comme Grande et Sylphy étaient toutes deux présentes, ils supposèrent évidemment que j’étais là aussi. Je fus immédiatement encerclé, même si je n’essayais pas vraiment de me cacher.

—En fait, il y a quelque chose que j’aimerais que vous fassiez pour moi, dis-je aux artisans.

—S’il vous plaît, nous sommes tout ouïe.

—Vous avez besoin d’un aphrodisiaque ? J’en ai un qui marche très bien.

—Si vous offrez un cadeau à une femme, je recommande les pierres précieuses.

—Non, non, mieux vaut quelque chose en or ou en argent.

—Que diriez-vous d’une belle étoffe ou d’un ensemble de vêtements ?

—Ce sont de bonnes idées, mais pas pour aujourd’hui, leur dis-je. Sylphy ?

—Oui. On veut que vous nous fabriquiez un outil magique.

Sylphy demanda ensuite si les artisans pouvaient fabriquer un outil magique inspiré du collier d’esclave, qui limiterait le renforcement magique involontaire et dangereux du corps de Grande.

—Hmmm, je vois.

—Quelque chose basé sur les colliers d’esclaves, dites-vous… ? Non, attendez. On ne pourrait pas utiliser un bracelet de protection ?

—Ooh, c’est un bon point ! Ils répartissent les circuits magiques à l’intérieur du corps. Mais des matériaux ordinaires ne résisteront pas à la puissance magique d’un dragon.

—Alors, côté matériaux…

Les elfes tournèrent leurs regards vers moi. Je m’en doutais.

—Je vous apporterai tout ce qu’il faut, tant que c’est dans mes cordes, leur dis-je.

Les elfes eurent un sourire diabolique.

Ils me donnent la chair de poule !


Au final, je leur fournis une quantité assez importante de mithril, de pierres précieuses brutes et d’éclats de joyaux magiques. J’essayai d’abord de leur faire utiliser de la magicite, mais les elfes mesurèrent la puissance magique de Grande avec un outil magique et découvrirent que, pour l’absorber, il fallait soit un morceau de magicite de la taille de la tête de Grande, soit quatre-vingts morceaux de magicite standard.

Quand je demandai s’il existait d’autres matériaux utilisables à la place, les joyaux magiques entrèrent dans la conversation, alors j’en offris quelques-uns. Les choses s’emballèrent quand je fis ça. Je finis par devoir mentir et prétendre n’en avoir qu’un stock limité. Il leur fallut un moment pour lâcher l’affaire.

—C’était horrible, dis-je à Sylphy.

—Même les esprits des morts auraient pâli devant leur soif de joyaux…

De retour chez Sylphy, Grande et moi poussâmes de profonds soupirs. Pendant que je m’occupais des artisans, elle recevait des demandes de croquis de l’artiste elfe locale qui consignait les événements du village. Les elfes versés dans l’alchimie et la création d’outils magiques réclamaient aussi ses cheveux. Les écailles et la peau de dragon étaient des matériaux assez connus, mais les dragons n’avaient généralement pas de poils, ce qui leur ouvrait un tout nouveau champ de possibilités.

Grande n’avait aucun moyen de leur refuser, et finit par donner à chacun quelques mèches de cheveux pour qu’ils lui lâchent la grappe. Croyez-moi, ils étaient ravis. Il s’avère que les savants fous existaient partout.

—Juste pour que tu saches, la prévins-je, quand on rentrera à Arichburg, Ira et les autres feront sans doute pareil.

—J’ai retenu la leçon, déclara Grande. Nourrir une bête enragée est le meilleur moyen de la calmer.

Autrement dit, elle avait déjà appris l’art du renoncement, et son lien avec sa propre tranquillité.

Ha ha ha, elle apprend !

Dans mon cas, ce que je créais était assez révolutionnaire, et tant que j’avais le temps, je pouvais en produire à l’infini. Si je ne posais pas de limites, ça pourrait devenir très dangereux. Surtout avec les joyaux magiques.

Selon l’usage, ils pouvaient devenir des armes destructrices plus dangereuses que les pierres d’esprit. Je ne pouvais pas laisser ces choses circuler librement.

Franchement, si notre objectif était d’anéantir le Saint Empire, il suffirait de fabriquer des bombes en masse avec des joyaux magiques et de réduire leurs territoires en cendres. Ce serait facile, mais ce n’est pas ce qu’on allait faire.

—Je suis content qu’on ait pu commander l’outil magique.

—Pareil, dis-je. Mais c’est quoi, un bracelet de protection ? Je n’avais jamais entendu parler d’un tel objet.

—De temps en temps, des enfants elfes naissent avec d’énormes pouvoirs magiques, dit Sylphy. En pleurant ou en criant, ils peuvent détruire ce qui les entoure, et même blesser ceux qui s’occupent d’eux.

—Whoa… Ça a l’air dangereux.

—Ça l’est. Les bracelets de protection sont les outils qu’on utilise pour ces enfants. Ils sont conçus de sorte que, si la puissance magique de l’enfant dépasse un certain seuil, ils en absorbent l’énergie pour que l’enfant ne se blesse pas et ne blesse personne.

—Qu’advient-il de la puissance magique absorbée ?

—Elle est naturellement libérée. Mais dans ce cas, les artisans pourraient lui donner une nouvelle fonction spéciale. La puissance magique d’un dragon est énorme, alors même sans l’exploiter pleinement, ils devraient pouvoir ajouter un ou deux effets utiles.

—Mais attends, dis-je. L’outil est censé brider les pouvoirs dangereux de Grande. Ne serait-ce pas faire marche arrière que de récupérer ces pouvoirs pour renforcer ses capacités ?

—…C’est vrai.

—…En effet, ajouta Grande.

Sylphy pencha la tête et Grande acquiesça.

—On ne peut que laisser faire les professionnels, dis-je. Pour l’instant, et si on mangeait un morceau léger ?

Le soleil allait bientôt se coucher. J’avais plutôt faim après tout ça.

—Des hamburgers ! s’exclama Grande.

—Tu adores vraiment ça, hein ? Cela dit, je suis d’accord.

Avec un sourire en coin, je sortis un hamburger de mon inventaire, puis le posai sur une assiette sur la table. Grande s’en empara joyeusement tandis que j’en prenais un à mon tour. Sylphy revint de la cuisine avec une bouteille d’hydromel.

—Hihi…

Les yeux de Grande scintillaient littéralement tandis qu’elle mordait dans son hamburger. Elle fit claquer sa queue contre le sol, visiblement ravie qu’on puisse manger les mêmes hamburgers.

…Attends, attends.

—Grande, ta queue, dis-je. Ne frappe pas le sol, sinon tu vas faire un trou.

—Ugh, contrôler ça va être difficile…

—Ce n’est pas grave. Cette maison est vivante, après tout. Elle se réparera d’elle-même si elle est un peu abîmée, expliqua Sylphy avec un sourire.

Toutes les maisons des elfes avaient l’air sculptées par leurs habitants, mais il s’avérait que c’étaient en réalité de simples arbres. Avaient-ils usé de magie pour ça ? J’étais assez curieux…

Grande parut soulagée d’avoir échappé à l’ire de Sylphy. Malgré le ton qu’elle prenait parfois, notre amie dragonne était un chat apeuré sincère, capable d’une grande empathie.

—Je suis vraiment désolée…, dit-elle.

—Ce n’est rien, vraiment, la rassura Sylphy. Beaucoup d’autres demi-humains expriment leurs sentiments avec leur queue. Les hommes-lézards et les lamies, par exemple. Ils frappent le sol de leur queue quand leurs émotions sont fortes. Il leur arrive aussi de faire des trous. Tu n’es pas la seule à faire ce genre de choses, alors ne t’en fais pas. Et je suis la maîtresse de cette maison, alors si moi je ne m’inquiète pas, tu n’as pas à t’inquiéter non plus, d’accord ?

—D’accord… Mais je ferai quand même attention désormais.

—Aw, tu es une si bonne dragonne.

—Mm, je ferai de mon mieux !

Sylphy et Grande se sourirent. Elles allaient bien s’entendre. Tout irait bien avec Ira et les harpies, mais c’est pour Melty que je m’inquiétais. Grande semblait encore avoir un peu peur d’elle.

—Je veux que tu me parles de toi, Grande, dit Sylphy. Jusqu’ici, on n’a pas eu l’occasion de discuter correctement.

—Ooh, avec plaisir. J’aimerais aussi en savoir plus sur toi.

—Absolument.

Les voir sourire et bavarder ensemble me donnait un bon pressentiment pour la suite.

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