—Merci, Tory. Tu peux faire une pause pour manger.
—Merci.
Il s’était écoulé plusieurs mois depuis que les attaques ennemies s’étaient soudainement arrêtées. Les soldats sabatiens avaient solidement renforcé leurs défenses, et il ne semblait pas qu’ils aient l’intention de bouger aujourd’hui non plus.
À côté des lits vides, je prenais un thé noir avec Gale et le responsable de l’infirmerie.
—C’est vraiment paisible en ce moment. J’aimerais que la guerre soit enfin terminée, soupira Gale.
—De toute façon, mon service militaire sera bientôt terminé, dit le responsable. Qu’il s’agisse de la fin ou non, je quitte cet enfer pour de bon.
—Je suis jalouse…
Rien ne s’était produit au cours des derniers mois. Si je devais citer un fait, c’était le rejet de la demande formulée par Gale pour que je rejoigne le Département médical, ce qui l’avait furieusement irritée. Elle m’avait expliqué que, puisque j’avais sauvé la vie du commandant Gabak, on avait commencé à envisager qu’il y eût peut-être un intérêt à affecter un médecin de combat à une unité d’élite. En bref, mes propres actions me revenaient en pleine figure.
—Je suis jalouse que tu puisses rentrer dans ta ville natale, dis-je.
—C’est exact ; puisque tu t’es engagé, Tory, cela ne signifie-t-il pas que ton service militaire n’a pas de date de fin ? demanda le responsable.
—C’est vrai.
J’avais récemment entendu circuler une sombre rumeur au sein du Département médical. Apparemment, c’était bien Gale elle-même qui avait recommandé mon affectation à l’escouade de Gabak. Elle s’attendait à ce qu’une fille aussi petite et frêle que moi meure immédiatement dans les rangs de l’infanterie d’assaut, et comme j’étais orpheline, cela ne causerait aucun problème. Ensuite, Gale pourrait dire à Gabak qu’il avait fait une erreur en envoyant un médecin de combat au front.
Si cette rumeur était vraie, alors cela signifiait que Gale était une personne terriblement méchante.
—J’ai demandé à quelqu’un de nous acheter ce thé noir en ville. Sers-toi, Tory.
—Merci, Mademoiselle Gale.
Mais les rumeurs n’étaient que des rumeurs. La Gale qui se tenait devant moi en ce moment était aussi bienveillante et belle qu’à l’accoutumée. J’essayai de ne pas y penser trop. Et même si les rumeurs étaient vraies, ce plan avait peut-être été la seule résistance qu’elle pouvait lui opposer.
—Je peux en avoir un peu aussi ?
—Oui. Vas-y.
Au cours des derniers mois, l’hôpital de campagne avait été le parfait reflet de la paix. Nous avions même eu le luxe de profiter d’une pause thé raffinée. Nous pouvions compter nos patients actuels sur les doigts d’une main, et les passages à l’infirmerie étaient généralement dus à des maladies contagieuses plutôt qu’à des blessures externes. C’était le jour et la nuit par rapport à ces jours si chargés, le travail était désormais un véritable paradis. Certes, j’étais encore assez occupée, car le commandant d’escouade m’avait imposé des entraînements.
—Regarde, Tory. C’est ma fille, dit le responsable en me montrant une photo.
—Oh, mon Dieu. Je ne savais pas que vous étiez marié, répondis-je.
—Si je le suis. Si je bosse encore dur pendant deux mois, je pourrai la revoir. Elle avait environ deux ans la dernière fois que je l’ai vue ? Je me demande si elle a oublié le visage de son papa ?
De bonne humeur pour une fois, le responsable se mit à parler tendrement de sa fille.
—Je la verrai pour la première fois depuis trois ans. Il faut que je lui trouve un bon souvenir avant de rentrer chez moi. Si je me souviens bien, il y a un magasin dans la ville voisine célèbre pour ses poupées.
—Oui, j’en ai entendu parler moi-même. C’est une boutique de marionnettes.
—Je toucherai une belle indemnité de départ et je ramènerai une jolie poupée pour ma fille. Je suis sûre qu’elle sera contente.
Presque six mois s’étaient écoulés depuis mon affectation au front. Le champ de bataille était récemment d’une paix inquiétante. Et cette paix ne se limitait pas à notre zone de combat ; elle s’était étendue à l’ensemble du front.
Notre armée avait tenté d’attaquer l’ennemi à plusieurs reprises, mais leurs défenses étaient tout simplement trop solides. Nous n’avions fait que subir des pertes nous-mêmes, aussi nous avions finalement arrêté. Les combats s’étaient tellement apaisés que les soldats commencèrent à se demander si des pourparlers de paix ne se tenaient pas en coulisses.
Tout ce que nous pouvions faire, c’était prier pour que de telles rumeurs soient vraies.
1er août
Une fois de plus, un vent paisible soufflait dans les tranchées.
—Tory. Je lance la première.
—S’il vous plaît, Allen.
Allen lança la grenade avec légèreté dans la tranchée où je me trouvais. Je gardai mon calme et pointai mon arme en bois vers la grenade à main.
—Vent ! criai-je.
—Bien joué. C’était excellent.
Un souffle d’air jaillit de cette arme — communément appelée wind gun — et emporta la grenade à main loin de nous. Allen siffla, impressionné par mes bons résultats, et m’applaudit.
—On dirait que tu as visée pile au centre. Cette grenade n’est qu’une réplique, mais elle pèse autant que la vrai. Elle n’est pas facile à repousser.
—Merci. Vous l’avez lancée avec légèreté, ce qui m’a permis de bien viser.
—Ne t’inquiète pas, c’est généralement comme ça qu’on les lance sur le champ de bataille aussi.
Lorsqu’on lançait une grenade à main sur le champ de bataille, il était recommandé de viser une trajectoire haute en arc. Si on la lançait avec une trajectoire basse, on risquait qu’elle atterrisse accidentellement près d’un allié ou de soi-même et explose. On pourrait penser que cela n’arrivait pas, mais…
—Si tu peux au moins réagir, c’est plus facile de riposter face à une trajectoire basse. On s’entraînera pour ça plus tard, dit Allen.
—Oui.
Dans ce monde, il existait un sort appelé Vent qui créait une rafale extrêmement puissante, repoussant aisément des objets comme les grenades à main. C’était un sort commun, utilisable par quiconque possédait du mana et un outil magique.
—Donc c’est vraiment plus facile de viser une trajectoire basse ? notai-je.
—C’est parce que cela ne demande pas vraiment d’ajuster la hauteur avec précision, confirma Allen. Même si tu paniques et que ta visée est un peu faussée, ça finit par fonctionner.
Grâce à ce sort, si on lançait une grenade à main avec une trajectoire basse, il y avait un risque qu’elle soit repoussée et renvoyée vers soi. C’est pourquoi il fallait lancer les grenades aussi loin des alliés que possible et en suivant la trajectoire la plus arquée possible.
—On ne donne pas les grenades à main aux recrues parce qu’elles finissent généralement par mettre l’unité en danger en les lançant avec une trajectoire basse, expliqua Allen.
—Je vois.
—Même les lancer légèrement comme ça demande de l’entraînement.
Apparemment, il était assez difficile d’atteindre la cible avec une trajectoire en arc. Lorsqu’un fantassin passait du grade de soldat à celui de soldat de première classe, il devait apprendre à manier ces grenades à main.
—Très bien, je te valide. À partir d’aujourd’hui, ce wind gun t’appartiens.
—Compris. Merci pour votre formation, dis-je.
—Bien.
Le wind gun ressemblait à un fusil de signalisation en bois. C’était la seule chose qui m’avait été fournie et qui pouvait être considérée comme une arme. Normalement, un médecin de combat comme moi ne recevait aucune arme du tout. Nous étions interdits d’engagement au combat dans l’armée d’Austin, et nous permettre de tenir des fusils et des grenades à main violait les règlements militaires.
Quant à la raison de l’existence de ces règlements, elle remontait à plus d’un siècle auparavant, lorsque la cavalerie lourde était considérée comme la branche militaire la plus puissante grâce à sa capacité défensive qui limitait les blessures mortelles au minimum. Le commandant en chef d’Austin de cette époque ne formait que des utilisateurs de magie de soin pour la cavalerie lourde, dans une tentative de créer une troupe immortelle.
Cependant, les résultats furent désastreux. Les utilisateurs de magie de soin n’étaient pas faits pour le combat ; ils désertaient sous le feu ennemi, rataient leur cible lorsque l’ennemi fuyait, et ne réalisaient aucun exploit militaire significatif. De plus, lors des évacuations du front, la majorité d’entre eux, manquant d’endurance, échouaient à s’échapper et étaient tués.
Ayant perdu un grand nombre d’utilisateurs de magie de soin, déjà précieux à l’époque, l’armée d’Austin subit un coup dur. Depuis, Austin prit cet échec comme leçon et interdit aux médecins de combat de s’engager dans les combats. Cet impact durable était la raison pour laquelle on ne pouvait pas me donner une arme.
Cependant, le wind gun n’était qu’un outil magique projetant du vent. Son but principal étant d’intercepter les grenades à main, il était classé comme armement défensif, en quelque sorte. Les médecins de combat en avaient apparemment reçu par le passé, c’est pourquoi j’obtins également l’autorisation d’en utiliser un.
—Maintenant, je n’aurai plus à être le seul que le commandant d’escouade réprimande.
En même temps, j’endossais désormais une certaine responsabilité face aux attaques de grenades à main. Je serais battue sans pitié comme Allen si je manquais de remarquer une grenade ennemie. Je travaillais dur et accumulais l’entraînement, mais j’avais augmenté mon risque de me faire taper dessus…
—Mais je suis surpris par tes progrès en si peu de temps. Peut-être es-tu vraiment faite pour l’infanterie, dit Allen.
—Une soldate aussi petite et maigre que moi ? Qu’est-ce que vous dites ?
Au fait, le commandant d’escouade Gabak m’avait ordonné de suivre cet entraînement au wind gun. J’étais apparemment plutôt bonne pour réagir aux grenades à main, alors le commandant d’escouade avait estimé qu’il était bon d’avoir le plus d’utilisateurs de wind gun possible et m’avait ordonné de le faire.
C’était ainsi que le commandant d’escouade avait abusé de son autorité sur moi la semaine dernière.
Les grenades à main me rappelaient de nombreux souvenirs douloureux. La perte de Salsa, la façon dont le commandant d’escouade m’avait battue sans pitié, le moment où je portais Gray sur mon épaule… ce furent autant d’instants où j’avais frôlé la mort à cause d’une grenade. Et sans Rodrey, j’y serais passée. Ce genre d’expériences avait peut-être contribué à me mettre en état d’alerte maximale face aux grenades à main.
—Ah, et ne vise jamais personne avec ton wind gun, même en plaisantant. Cette déflagration d’air peut percer un tympan si elle atteint les oreilles.
—Compris.
Les wind gun ne possédaient essentiellement aucun pouvoir létal, il projetait seulement une rafale de vent. Ils avaient assez de force pour potentiellement déséquilibrer un ennemi si on les tirait à bout portant, mais si l’on cherchait délibérément à tirer sur un adversaire avec un wind gun, un vrai fusil était cent fois plus efficace.
3 septembre
Enfin, j’avais des juniors. Deux nouvelles recrues avaient été affectées à l’escouade de Gabak. Ils s’appelaient Zoid et Kelvin, deux jeunes garçons du même âge que Rodrey. Rodrey prit ses tout premiers juniors sous son aile et s’efforça de les aider partout où il le pouvait.
—Hé, demi-portion, tu peux te joindre à l’entraînement des recrues ? demanda-t-il.
—Moi ?
—Ils n’ont presque aucune endurance. Ils ne peuvent même pas gérer le genre d’entraînement qu’une demi-portion comme toi peut faire. Tu vois ce que je veux dire…
Ce jour-là, Rodrey m’invita à leur entraînement. Lui et moi devions nous entraîner chaque jour sur les ordres du commandant Gabak. On m’avait dit que les périodes de calme étaient le moment idéal pour s’entraîner, donc après avoir continué à courir, j’avais l’impression d’avoir gagné pas mal d’endurance au cours des six derniers mois.
—On fait les exercices de d’habitude, dit Rodrey.
—Compris. Je demanderai à Gale de me laisser un peu de temps libre pour m’entraîner.
—Merci.
Ces temps-ci, je pouvais facilement obtenir du temps libre si je le demandais. Particulièrement dans un cas comme le mien, en tant que personne affectée aux troupes de première ligne, on me laissait généralement du temps pour m’entraîner si je le sollicitais. Le nombre de patients blessés avait significativement diminué récemment, donc il n’y avait pas grand-chose à faire à l’hôpital.
—Euh, voici le soldat Zoid. Je m’entraînerai avec vous aujourd’hui.
—Oh, elle va se joindre à nous ? Elle en est capable ?
—Hé, montre un peu de respect. Cette petite est médecin de combat de première classe. Elle vous surclasse.
C’est ainsi que, pour la première fois depuis un moment, je m’entraînai avec mes camarades de l’escouade. Les deux recrues eurent l’air perplexes en apprenant que je me joignais à leur entraînement. Leurs visages semblaient demander : pourquoi un médecin de combat s’entraîne-t-il ?
—Je ne suis pas soldat d’infanterie, donc je ne participerai pas aux entraînements qui impliquent des armes à feu. Je me joindrai uniquement aux exercices de conditionnement physique, dis-je.
—Travaillons dur ensemble.
—Oh, oui. Exact.
Zoid semblait poli, mais Kelvin était plutôt malpoli. Même quand Kelvin me parlait avec politesse, j’avais l’impression qu’il me regardait vraiment de haut.
—Très bien, l’entraînement commence maintenant. D’abord, on court, annonça Rodrey.
—Ouaaaais.
—Roger.
À juger par l’attitude de Kelvin, je pouvais imaginer en partie pourquoi Rodrey m’avait appelée à l’entraînement. Bon, je devais beaucoup à Rodrey, alors je gardai le silence et me contentai de les suivre.
—Après la course, on fait du renforcement musculaire ! Faites-moi deux cents extensions dorsales ! aboya Rodrey.
—O-Oui !!!
—Ne te fatigue pas maintenant ! Zoid, tu ralentis ! Accélère !
—Désolé !
—Tu n’as pas la tête droite, Kelvin ! Recommence !
—Pas possible !
Il existait un programme fixe pour l’entraînement des fantassins : course à pied, musculation, exercices de progression au sol et combat rapproché, ainsi que tir au fusil. Le commandant d’escouade supervisait les entraînements utilisant des armes à feu et le combat rapproché, mais pour le reste, nous étions seuls. Nous accomplissions nos quotas d’entraînement fondamentaux le matin, puis le commandant Gabak nous entraînait à partir de l’après-midi. Bon, j’étais médecin de combat, donc on ne me faisait faire que de la course et du renforcement musculaire.
—Hé, vous les sales recrues ! Si vous avez le temps d’être essoufflé, dépêchez-vous de remplir votre quota !
—Eeeek…
—Regardez à côté de vous ! Cette pauvre médecin de combat termine son quota sans même transpirer !
—Vous plaisantez !
C’était probablement la raison pour laquelle Rodrey m’avait invitée à l’entraînement. Il cherchait sûrement à motiver les recrues en leur démontrant qu’une petite chose enfantine comme moi pouvait achever son entraînement. Honnêtement, je peinais aussi pas mal, mais apparemment je dégageais une impression de nonchalance — peut-être parce que je n’étais pas très expressive.
—J’ai terminé mon quota du jour, dis-je.
—Bien joué. Mais désolé, demi-portion, les recrues n’ont pas rattrapé leur retard, alors attends un peu.
—Compris… Erodrey.
Cela me gênait un peu que mon apparence enfantine soit utilisée ainsi, mais je l’acceptai si cela permettait de stimuler les recrues. En tant qu’aîné, Rodrey essayait d’augmenter leurs chances de survie au maximum. J’étais disposée à répondre à sa sollicitude envers les autres.
—« Erodrey » ? Monsieur Rodrey, qu’avez-vous fait pour mériter ce surnom ?
—Je m’en souviens encore, dis-je. Le jour où nous avons terminé notre opération de charge, il s’est soudain jeté sur moi tard dans la nuit tout nu, et…
—Hé, sale demi-portion ! Ne va pas répandre des rumeurs stupides !
—Si tu veux que je t’appelle par ton nom, alors utilise le mien aussi.
—« demi-portion » me suffit amplement pour toi !
Quand j’essayai d’expliquer l’origine du surnom de Rodrey, il me couvrit la bouche, le visage écarlate. Avais-je trop exagéré devant ses juniors ?
—C’est incroyable, monsieur Rodrey… Kelvin était sous le choc.
—Waouh… dit Zoid.
—Qu’est-ce que vous regardez, bon sang ?! Je double votre entrainement !
—D-Désolé !
Zoid passa son regard de Rodrey à moi, le visage rouge. Il semblait avoir un gros malentendu en tête. Je songeai que je devrais l’éclaircir plus tard.
—Hé, demi-portion…
—Owah…
Furieux comme il était, Rodrey se mit à me pincer la joue. Je ne le taquinais que pour lui rendre la monnaie de sa pièce après m’avoir appelée demi-portion devant nos juniors, pourtant… Il semblait que les taquineries étaient assez nouvelles pour lui. Je me promis d’être plus prudente la prochaine fois.
—Waouh, Rodrey, je suis impressionné, dit Kelvin.
—Sur quoi ?
—J’ai entendu dire que vous aviez un goût pour les hommes, mais aussi pour les demi-portions ? Quelle est l’étendue de votre terrain de jeu ?
—Qui diable répand cette rumeur ?!
Allen, qui avait terminé son quota et se reposait, éclata de rire en nous regardant créer le chaos. De plus, en punition du fait que Kelvin m’ait appelée demi-portion, j’ajoutai un tour supplémentaire à son exercice. Ce n’était pas que cela me tenait personnellement à cœur, mais je tenais à le punir pour lui faire comprendre notre hiérarchie. Même si j’étais plus jeune que lui, il n’avait pas le droit de parler de haut en bas à une aînée de rang supérieur.
3 septembre, tard dans la nuit
Je me réveillai avec un pressentiment sinistre. Je ne comprenais pas pourquoi moi-même, mais ce sentiment d’inquiétude m’empêchait de respirer correctement depuis un moment. Avais-je fait un cauchemar ? Rien ne me venait vraiment à l’esprit, mais l’anxiété serrait obstinément mon cœur.
—Zzz… Zzz…
Après avoir terminé son entraînement, Rodrey ronflait à côté de moi. Cela avait été une journée paisible. L’entraînement avait été rude, mais j’avais aussi beaucoup progressé. Je pouvais communiquer avec les deux nouvelles recrues, et j’avais l’impression que nous étions devenus assez proches. Alors, qu’était-ce que cette inquiétude ? Le ciel nocturne était si beau et l’air si pur qu’il était difficile de croire que nous étions sur un champ de bataille. Nous n’avions pas connu de combats depuis un moment, donc les tranchées étaient débarrassées de la puanteur des cadavres en décomposition, et on pouvait parfois entendre le rire joyeux des soldats qui s’amusaient. C’était si paisible, alors de quoi avais-je peur ?
—Directeur Isaac.
Pour une raison inexpliquée, je murmurai le nom de mon père de substitution. Je penchai mon poids vers Rodrey qui dormait à côté de moi et fermai les yeux pour dormir. Le lendemain avait lieu la fête d’adieu du responsable des lits d’hôpital, qui avait terminé son service militaire et rentrait chez lui. Il s’était occupé de moi, alors j’étais déterminée à lui offrir un bel au revoir.
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