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Chapitre 5

Année 1938, été 3

Traduction · Angeloids, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~8 min

Cette attaque consignée dans le journal correspondait à ce que je savais de la fin des Aggressions d’avril ; bien qu’initiée par l’armée de Sabat, elle s’était soldée par un échec cuisant. Attaquer plusieurs jours d’affilée avait épuisé leur puissance défensive, et une contre-attaque avait repoussé le front sur une distance significative.

Lorsque les nouvelles du combat atteignirent le pays de Sabat, l’insatisfaction du peuple grandit. De violentes manifestations anti-guerre commencèrent à apparaitre, et l’ordre public se détériora rapidement.

Ces Aggressions d’avril constituèrent la première bourde de Sabat.

—Il y aura des jours de paix qui dureront un moment après cela. Comme je le pensais, ce jour-là fut le tournant où l’armée de Sabat cessa ses attaques.

Après les Aggressions d’avril, l’armée de Sabat cessa de lancer des attaques. Cela était dû au fait que le commandant de l’armée de Sabat à l’époque, Alex Evert, avait mené un coup d’État contre le gouvernement.

La contre-attaque d’Austin fut si dévastatrice qu’il ne leur aurait peut-être fallu qu’un seul pas pour percer les lignes du front.

Et pour commencer, les soldats sur le champ de bataille proprement dit en avaient assez d’être ballotés par les caprices du gouvernement. À la suite de l’échec qu’avaient constitué les Aggressions d’avril, Alex estima que les exigences déraisonnables du gouvernement conduiraient leur patrie droit vers la ruine.

—Le journal commence à parler de ses plaintes concernant l’entraînement et de ses amitiés avec ses camarades, notai-je.

Pendant environ six mois, le Front de l’Ouest aurait dû devenir paisible. Même dans ce journal, la bataille défensive du 19 avril avait été la dernière, et des jours de paix se poursuivirent par la suite.

Alex rejeta tous les ordres d’attaque du gouvernement et déploya de solides camps défensifs sur le Front de l’Ouest. L’armée d’Austin observa également le réseau défensif renforcé que l’armée de Sabat avait mis en place et ne put attaquer non plus. Ainsi, il n’y eut aucune hostilité pendant environ six mois.

—Hum… Ce qui est écrit dans ce journal doit concerner cette terrible année.

Après avoir lu jusqu’ici, je fus convaincu. Le contenu de ce journal correspondait à l’histoire que je connaissais. Et à partir de cette année-là, l’histoire commença à changer radicalement.

Apparemment, les politiciens de l’Union Sabat à cette époque estimaient qu’avec presque le double des effectifs, ils pouvaient gagner par la force brute en faisant abstraction des sacrifices.

Avant la Guerre Est-Ouest, il était d’usage de se battre au corps à corps sur les plaines sans armes à feu. Les politiciens qui avaient vécu ces époques critiquaient toujours les autorités militaires, s’étonnant qu’ils ne pussent forcer le passage alors qu’ils disposaient presque du double d’effectifs. Cependant, si l’on savait quelque chose de la guerre de tranchées, cette critique donnait envie de rétorquer : « c’est une suggestion stupide ».

Lors de combats dans les tranchées, le camp à l’offensive subissait des pertes effroyables. Il était courant que le camp défensif reste relativement épargné tandis que seules les forces d’infanterie d’assaut étaient anéanties. Dans une guerre de tranchées, disposer du double d’effectifs par rapport à l’ennemie ne faisait guère de différence.

Le commandant Alex, qui connaissait la réalité du champ de bataille, insistait pour un plan exploitant cette différence d’effectifs et prenant le temps d’avancer méthodiquement. Cependant, les politiciens sabatiens ne purent accepter un projet aussi lent.

L’agitation parmi le peuple de Sabat montait d’intensité jour après jour, et il ne semblait qu’une question de temps avant que tout n’éclate. Et toutes ces belles paroles pour apaiser leurs citoyens — promettant que la guerre prendrait fin bientôt et qu’une vie de luxe les attendait après la victoire — atteignaient également leur limite.

Puis, plusieurs mois s’écoulèrent après la mise en œuvre du coup d’État. Alex fut enfin démis de ses fonctions, et un homme nommé Brewstaf Nova fut envoyé sur le front en tant que commandant de remplacement. C’était un homme brillant et perspicace, fidèle au gouvernement, et il jouissait d’une grande confiance auprès des soldats. Cependant, même un esprit aussi brillant que celui de Brewstaf avait apparemment dû se creuser la tête à la réception de cette demande téméraire du gouvernement : « gagner la guerre en six mois. »

Comment pouvait-il espérer mettre fin à cette guerre en six mois alors qu’elle n’était pas résolue depuis plus de dix ans ? Pour le dire franchement, cette exigence était déraisonnable.

Dans ces circonstances, il se concentra sur les écrits bizarres de Sylph Nova, sa fille. Sylph était une jeune fille géniale qui avait obtenu le premier rang à son académie militaire. Dans un essai, elle affirmait détenir un plan capable de remporter la guerre en moins d’un mois.

Bien sûr, personne ne crut à cette chimère. La dissertation de la jeune fille fut rejetée, et son père la retrouva délaissé dans sa chambre.

Brewstaf la lut d’un œil distrait, sans grande attente, se disant : « Bon, ça pourrait au moins être un point de départ pour trouver une vraie idée. ».

Cependant, une fois qu’il eut terminé la lecture de ce mémoire, il se mit à examiner sérieusement le contenu du projet de sa fille. Elle avait peut-être touché juste ; le document l’avait en tout cas convaincu.

Brewstaf, acculé par les exigences du gouvernement, apporta quelques ajustements au mémoire de sa fille et le présenta à l’État-Major général.

Puis, lorsque l’automne arriva, sous la direction de Brewstaf, l’État-Major général de l’Union Sabat décida de mener à bien l’opération centrée sur le mémoire de cette jeune fille de quinze ans. Sylph elle-même partit pour le front en tant qu’officière commissionnée de l’État-Major.

Quant à ce qu’elle y proposait, une chose qui aurait fait s’évanouir n’importe quel vrai soldat… Il s’agissait d’envahir tous les champs de bataille du Front de l’Ouest simultanément.

Pour une attaque d’une telle ampleur, il n’y avait ni assez de pierres magiques ni assez de soldats d’artillerie magique pour tout couvrir, ce qui rendait un bombardement préparatoire nécessairement très bref. Dans ce cas, le mémoire indiquait qu’ils se contenteraient du strict minimum de tirs préparatoires, puis disperseraient leurs effectifs uniformément sur le champ de bataille avant de l’envahir.

C’était le comble de la folie. Dans une guerre de tranchées, l’attaquant était désavantagé. Et se jeter à l’assaut sans aucun soutien magique vers les tranchées où se cachait l’ennemi relevait de la pure stupidité.

Tous ceux qui se trouvaient au front et entendirent les détails de ce projet pâlirent et s’opposèrent fermement à la décision de l’État-Major général. En larmes, ils affirmèrent que si cela se faisait, les cadavres de cent quatre-vingt mille soldats sabatiens joncheraient le champ de bataille et que l’ennemi capturerait la capitale en un seul coup. Dans un geste de protestation extrême, un commandant de première ligne se trancha le ventre sur place pour avertir Brewstaf contre ce plan.

Cependant, Sylph, l’architecte de cette opération militaire, regarda ces commandants et se mit à rire avec mépris.

—Je parie que la raison pour laquelle vous trouvez cela impossible, c’est que vous n’avez pas donné votre maximum dans vos combats.

Ainsi, la commandante insensée, Sylph Nova, qui laisserait son nom éclatant dans l’histoire, monta enfin sur le devant de la scène. La préparation de l’opération démoniaque qui serait connue sous le nom d’Attaques de Sylph commença durant une période de paix.

—Mais si je me souviens bien, les Attaques de Sylph ont eu lieu en septembre. C’est encore loin, murmurai-je.

Je tentai de lire le journal jusqu’au jour des Attaques de Sylph, mais le sommeil me gagnait. Lorsque je vérifiai l’heure, il faisait de nouveau jour.

Je n’avais pas besoin de survoler précipitamment ce précieux document que j’avais réussi à obtenir. Il me restait encore beaucoup de temps de congé. Je devais garder un peu de plaisir pour plus tard.

Avec cette pensée, je me laissai aller au sommeil dans mon lit.


—Allez, dépêchez-vous de le remettre.

C’était le lendemain. Alors que je continuais à lire en prenant mon petit-déjeuner, les clients de l’hôtel me réprimandèrent.

—Vous ne savez pas combien de temps la famille endeuillée va encore vivre. Ils pourraient mourir pendant que vous vous y attardez.

—Ça arrive rarement, répondis-je. De toute façon, ça commence à devenir intéressant à partir d’ici.

—Personnellement, je ne voudrais pas qu’un étranger lise le journal d’un membre de ma famille mort au combat juste par curiosité. Ne devriez-vous pas demander la permission à la famille endeuillée en premier ?

Ils avaient raison. En cherchant à satisfaire ma propre curiosité, j’avais perdu tout respect pour les morts.

Ce journal devait être remis au directeur de l’orphelinat qui avait élevé son auteur. Et si je voulais lire la suite, j’avais besoin de son autorisation.

—C’était l’Orphelinat Noelle, dis-je. Noelle est assez loin d’ici.

—Si vous le donnez à un bureau gouvernemental, ils s’en chargeront pour toi.

—C’est vrai…

Ce journal devait être remis au directeur de l’Orphelinat Noelle. C’était même indiqué au début du carnet. Pourrais-je voyager jusqu’à Noelle et revenir dans les temps avec ce qu’il me restait de congés ? Au niveau du planning, je trouvais ça assez serré.

—Vous avez raison. Je vais remettre ce journal au bureau gouvernemental, dis-je. La famille endeuillée devrait le lire avant moi.

—Ouais. Haha, vous comprenez vite.

—J’ai l’intention de rendre hommage aux âmes héroïques qui sont mortes avec noblesse sur cette terre.

Dans ce cas, je remettrais ce journal le cœur lourd à la famille endeuillée. Et j’y joindrais une lettre demandant l’autorisation de le lire. En tant que personne ayant récupéré ce souvenir, c’était la bonne chose à faire.

—Pourriez-vous me dire où se trouve le bureau gouvernemental ?

—Oh, il vous suffit de descendre tout droit par la rue principale.

—Merci.

Malgré ma douleur, je pris le journal et me dirigeai vers le bureau gouvernemental.


Le bureau gouvernemental était un bâtiment en pierre usé par le temps, semblable à une auberge. Il y avait un guichet d’accueil obligatoire près de l’entrée, et c’était étonnamment assez bondé.

Lorsque je balayai des yeux les alentours, je vis des personnes çà et là venir déclarer des objets appartenant aux défunts. Cela semblait être une chose assez courante.

Après que le comptoir d’accueil m’eut fourni des conseils avisés, je signalai le journal.

—Si nous ne parvenons pas à trouver la famille endeuillée, vous pourrez garder cet objet à la place. Si c’est ce que vous désirez, pourriez-vous nous fournir vos coordonnées ? demanda la fonctionnaire.

—Bien sûr.

Je suivis sa suggestion et lui donnai mes coordonnées.

De droit, j’aurais dû espérer que ce souvenir arrive bien à la famille endeuillée, mais au fond de moi, je finis par souhaiter le contraire. Je dus rire de ma propre honte.

—Nous vous remercions de nous avoir aidés à récupérer ces objets.

Je fis un geste de la main vers la fonctionnaire qui inclinait la tête au comptoir, et quittai le bureau gouvernemental. Avec encore beaucoup de temps de congé devant moi, j’avais toujours une chance de trouver d’autres merveilleux objets.

Le lendemain, je me dirigeai à nouveau vers les ruines du champ de bataille avec ma pelle, repensant à cette période de paix dont j’avais lu la description dans le journal.

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