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Chapitre 3

Année 1938, été 2

Traduction · Angeloids, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~4 min

—La nuit est déjà tombée, hein.

Sans m’en rendre compte, j’avais déjà passé près d’une demi-journée plongée dans ce journal exhumé. En relevant la tête, le ciel se teignait des lueurs du crépuscule, baignant de rouge la terre noire du champ de bataille.

—Je me suis laissé porter par la lecture…

C’est exactement ce que je cherchais. Le contenu de ce journal m’excitait terriblement. Il s’agissait indéniablement du journal d’un médecin de combat mobilisé lors de la Guerre Est-Ouest. Il regorgeait d’expériences réelles de soldat qui n’avaient pas été consignées dans les livres d’histoire.

—Quelle découverte incroyable…

Ce qui m’intéressait le plus était la date de rédaction de ce journal. Malheureusement, seuls les jours et les mois y étaient indiqués, et je ne connaissais pas vraiment l’année précise. Cependant, la description des attaques ennemies s’intensifiant avait retenu mon attention.

—Les attaques successives enregistrées ici… Ne parle-t-il pas des Aggressions d’avril de l’armée de Sabat ?

Les entrées du journal étaient datées d’avril, ce qui rendait cette hypothèse fort probable.

Les Aggressions d’avril constituaient une série d’attaques à grande échelle menées par le gouvernement sabatien. L’auteur n’avait probablement aucun moyen de savoir que ces offensives étaient des attaques absurdes, dénuées de toute signification réelle. À cette époque, dans l’Union Sabat, la population organisait des manifestations anti-guerre répétées pour exprimer son mécontentement face à la prolongation du conflit. En lançant cette série d’attaques, Sabat tentait de prouver sa supériorité et d’apaiser ses citoyens en affirmant que la fin de la guerre était proche. Les Aggressions d’avril étaient essentiellement des manœuvres politiques plutôt que des opérations dotées d’un quelconque mérite stratégique.

—Dans ce cas, ce journal a été rédigé l’année du tournant historique…

Je connaissais déjà la véritable histoire derrière ces événements, grâce aux journaux et aux sources primaires. Sabat avait sacrifié les vies de plus de dix mille jeunes soldats, simplement parce que les politiciens avaient voulu afficher leur supériorité. Ceux qui avaient combattu lors des Aggressions d’avril firent face à de vives critiques dans la période d’après-guerre. J’avais aussi entendu dire qu’il avait fallu un temps considérable pour apaiser la colère des familles endeuillées.

—C’est incroyable.

Je me sentais mal pour la propriétaire de ce journal, mais je l’avais lu jusqu’au bout. S’il s’agissait bien des Aggressions d’avril, le nom de cette jeune fille devait bientôt apparaître. Celle qui était la plus notoire de toutes, une demoiselle arrogante et stupide, officière commissionnée raillée comme la pire commandante de l’histoire. La soldate la plus stupide et pathétique qui soit — Sylph Nova.

Je voulais vivre l’impact de cette jeune fille durant la période où elle avait acquis sa notoriété, à travers les yeux d’un soldat.

—Mais il fait trop sombre dehors. Je ne peux pas continuer à lire.

J’allais tourner la page suivante lorsque je me rendis compte que le soleil était déjà couché. Lire avec si peu de lumière s’avérerait difficile.

Il semblait que l’heure à laquelle j’avais prévu de faire route vers le retour était également passée. Je m’étais simplement trop absorbée dans la lecture de ce journal. C’était une mauvaise habitude chez moi que d’être aveugle à tout le reste lorsque l’excitation me prenait.

—Je devrais retourner à l’hôtel.

J’étais vraiment investie dans la suite du journal, mais il serait dangereux à plus d’un titre de rester plus longtemps sur ces ruines de champ de bataille. À contrecœur, je fermai le journal et pris la route du retour sous la lumière qui pâlissait.


—Écoutez ! J’ai déterré quelque chose d’incroyable aujourd’hui !

Ce soir-là, je me rendis fièrement auprès des autres clients de l’hôtel austinien pour leur vanter le journal que j’avais exhumé ce jour-là, autour de la table du dîner.

—C’est le journal d’un soldat qui a servi lors de la Guerre Est-Ouest, dis-je. C’est un souvenir qui pourrait devenir un document historique.

—Si quelque chose comme ça devient un document historique, vous pourriez aussi bien mettre le journal de mon grand-père au musée pendant que vous y êtes.

Cependant, personne ne comprit sa valeur. L’Empire d’Austin avait connu de nombreuses guerres, si bien que les journaux de militaires n’avaient rien d’exceptionnel.

—Plus important encore, vous feriez mieux de le remettre à un bureau gouvernemental. Qui sait depuis combien de temps leurs proches le recherchent ?

—Je sais. Mais qu’y a-t-il de mal à vérifier le contenu moi-même en premier ? demandai-je. Je suis venue dans cette ville espérant avoir un aperçu de la réalité vécue par ces soldats qui ont servi durant la guerre.

—Bon sang… Je ne comprends vraiment pas les passionnés d’histoire.

Déçue par les réactions de chacun, je regagnai ma chambre. Il semblait que personne d’autre dans cet hôtel ne comprenait à quel point ce journal était formidable.

J’allumai une bougie et, dès que j’eus assez de lumière, je rouvris à nouveau ce journal.

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