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Chapitre 8

Pas Bizarre

Lecture ~16 min

Sa patte avant était probablement cassée, ou quelque chose qui devait s’en rapprocher. C’était pour cela que Garo gardait sa patte avant gauche levée, et qu’il essayait d’éviter tout contact avec celle-ci.

Comme il était dans cet état, Garo ne pouvait pas grimper les pentes, donc ils ne pouvaient qu’avancer sur des espaces plats. Onsa utilisait une branche qu’il avait ramassée comme d’une béquille. Il semblait être blessé quelque part.

Yume était la seule à aller bien… ou du moins, c’était ce qu’elle aurait voulu dire, mais elle était complètement épuisée. On aurait aussi dit qu’elle s’était coupée avec quelque chose d’assez tranchant pendant sa glissade, et elle avait plusieurs hématomes sur son bras droit, sa jambe gauche, et sur son flanc gauche en général. Cependant, rien de tout cela n’était sérieux. Ou c’était ce qu’elle s’était dit, mais on aurait dit que cela commençait à s’infecter.

Elle était certaine d’avoir de la fièvre.

Yume avait décidé que si Garo et Onsa essayé de se reposer, elle aussi en ferait de même pour reprendre son souffle. Ce n’était pas comme s’ils avaient décidé de voyager ensemble, et ils ne pouvaient pas se comprendre quand ils parlaient de toute façon. Mais, du point de vue de Yume, du moment qu’ils ne se battaient pas, ils n’avaient aucune raison de se séparer. Il était évident que deux personnes valaient mieux qu’une seule, et deux personnes et un loup était encore mieux.

Si Yume faisait une pause, qu’allaient faire Onsa et Garo ? Allaient-ils la laisser derrière ? Elle ne voulait pas qu’on l’abandonne.

C’était juste une simple impression, mais Yume avait la sensation que c’était la même chose pour Onsa et Garo. Donc elle pouvait s’attendre à ce que Garo et Onsa s’arrêtent pour l’atteindre. Mais elle ne pouvait pas en être certaine.

C’est l’heure de faire une pause pour Onsan et Garon aussi.

S’ils le faisaient, alors Yume pourrait se reposer sans s’en inquiéter.

Où se trouvait cet endroit ?

Cela faisait un moment déjà que les derniers rayons du soleil étaient tombés.

Les pas d’Onsa et de Garo étaient faiblards, mais ils n’étaient jamais hésitants. Ils devaient connaître le chemin. C’était juste qu’ils ne pouvaient avancer qu’à un rythme limité, donc cela leur prenait du temps pour atteindre leur destination.

Où se dirigeaient Garo et Onsa ? Ils allaient rejoindre leurs camarades ?

—…Forgan, c’est ça ? Elle n’avait pas voulu le dire à haute voix, mais les mots sortirent par eux même.

Onsa grogna gravement. Était-ce une réponse ?

Yume pressa ses mains contre ses joues.

J’arrive pas à savoir si elles sont chaudes ou pas. Elles le sont, mais Yume a vraiment la tête qui tourne et tourne. Il s’passe quoi ?

—Hurmmm…. marmonna-t-elle.

Forgan, huh.

Soudainement, quelque chose lui vint à l’esprit.

Il va se passer quoi si Yume va chez Forgan ? L’impression que c’est pas la meilleure chose à faire. Ranta va être là-bas lui aussi ?

Abruti de Rantaaaaa.

Mais Haru-kun, il…

Il a fait quoi Haru-kun déjà ?

C’était quoi ?

Yume s’en souvient pas bien.

Ça pourrait être…Yume réfléchit, malgré le fait qu’elle ne voulait pas, et elle était pratiquement à l’arrêt.

C’est à ce moment que ça arriva. Garo, qui était devant eux, tomba sur le côté.

—Garo !

Onsa se précipita à ses côtés.

Yume oublia complètement sa fièvre, et elle essaya elle aussi de courir à ses côtés.

S’était-elle prise le pied dans quelque chose ? Où avait-elle trébuché sur quelque chose ? Elle essaya de se rattraper, mais elle tomba quand même.

Une fois au sol, elle avait du mal à ne serait-ce que lever son visage. Avant qu’elle ne le sache, ses yeux finirent par se fermer. Il faisait trop sombre pour voir quoi que ce soit de toute façon. Elle n’avait pas besoin de se forcer à les garder ouverts.

Yume se mit en boule, comme si Yume était une sorte de chenille. Elle se sentait à l’aise dans cette position.

—Tu nous fais quoi là ? Tu veux que les gens se moquent de toi ? Se souvint-elle… que quelqu’un lui avait dit.

—C’est dégueulasse. T’es recouverte de boue.

—Nuhuh. T’sais, c’est juste d’la terre.

—C’est pareil.

—Pas du tout. C’est comme l’eau et la glace.

—L’eau et la glace c’est la même chose en fait.

—Oh, c’est vrai.

—Tu me désespères.

—Oh, c’est bon.

Ces gens aimaient vraiment parler, pensa-t-elle.

Même après qu’elle eut fait un effort et qu’elle soit allée dans les buissons de la cour de l’école, et qu’elle s’était recroquevillée là-bas…

Comment ils ont trouvé Yume ? Yume veut pas qu’on la trouve.

—Hé, toi, pourquoi tu sors pas de là ? s’exclama une fille.

—Tu crois qu’elle a peur de nous ? Demanda une autre fille.

—Wow, c’est méchant. On dirait qu’on l’a harcelé ou je ne sais quoi.

—Tu es méchante par nature après tout, Hii-chan.

—Hé, Kina, va pas dire des trucs comme ça qui me font paraître méchante. Tu vas faire quoi si elle le prend sérieusement ?

—Mais c’est vrai, tu sais.

—Toi aussi, Rucchin ? Fais pas ta suiveuse.

—Tu dis ça, mais si quelqu’un pense qu’elle se fait harceler, alors c’est du harcèlement.

—Je t’ai dit que je ne la harcelais pas !

—Tu dis des choses méchantes quand tu parles, Hii-chan. C’est ta façon de parler.

—Bah, normal, le dialecte du Kansai peut paraître assez rustre de base aussi.

—Évidemment, quand tu n’es pas une Kansairienne native.

—C’est quoi une Kansairienne native ? C’est trop long !

—Kansarraienne native.

—T’arrive même pas à le dire bien ! Tu t’emmêles dans ta propre langue !

Yume essaya de rester recroquevillée en boule et de les ignorer, mais les trois filles essayèrent de la sortir de là. Elle se débattit et essaya de résister, mais c’était inutile.

—Ooh… grogna-t-elle.

—Arrête avec tes bruits bizarres là. Rester là tout l’temps ne va pas te servir à grand-chose. Ça n’a pas de sens.

—Croyez que cette fille est un cas spécial ? Demanda une autre fille.

—Et c’est quoi un cas spécial ?

—Nah, j’sais pas.

—Tu sais pas.

—Mais cette fille, elle parle pas beaucoup.

—C’était quoi son nom déjà ?

—XXX ?

—Ça c’est son nom de famille. Je voulais dire son prénom.

—Elle l’a dit quand elle s’est présentée, je crois.

—Ouais, c’est pour ça que je demande. Elle veut pas le dire elle-même.

—Voyons voir… c’était Yume, je crois.

—C’est vraiment un cas spéciale !

—Comment ça ?!

—Non, je sais pas non plus.

—Toi non plus ?!

—C’est de Kina qu’on parle.

—Hé, Yume ? Demanda une fille.

—Tu t’appelles Yume, n’est-ce pas ? Ajouta une autre.

—…C’est Yume, oui, dit Yume. C’est un problème ?

Elle avait répondu cela car elles étaient énervante, mais elles dirent tous un « Whoa ! » et elles avaient l’air d’avoir été prises de court.

—Elle parle carrément le dialecte normal !

—Qu’est-ce tu m’chantes avec ton dialecte normal, Kina ?

—On les appelle les dialectes d’Osaka et de Kyoto, alors pourquoi pas dire que les leurs en sont aussi ?

—Kina marque un point.

—D’accord, d’accord, j’ai tort.

—T’es le faire-valoir, Hii-chan. T’y peux rien.

—Yep, yep.

—Vous dites n’importe quoi !

Vous dites vraiment n’importe quoi. C’était pour cela que Yume n’avait pas voulu bouger. C’était toujours comme ça.

Elle savait qu’elle ne pouvait rien y faire. C’était à cause de ses parents. Elle s’était résignée à cause de ça. C’était comme ça tout le temps.

—Yume est pas un cas spécial, dit-elle avec insistance.

—Oh ! Elle a encore parlé !

—Bah, ouais, elle est humaine, t’sais.

—Humaine ? Sérieux, Hii-chan, je suis assez intelligente pour le voir.

C’était assez drôle, et elle se repassa leurs mots dans sa tête, ce qui rendait la chose encore plus drôle, et elle se mit à rigoler. Cela rendit les trois filles heureuses.

—Pourquoi z’êtes aussi contentes ? Demanda Yume. Elle essaya d’imiter leur façon de parler, mais elles se mirent à rire en se tenant les côtes.

—« Z’êtes », qu’elle a dit !

—Je crois qu’il un gros malentendu !

—Quelle fille bizarre !

Yume pense pas qu’elle est une fille bizarre. Mais on le dit souvent à Yume.

Pourquoi ?

Pour quelle raison ?

Yume se comporte comme Yume.

Et alors que le temps passait, elle avait parfois des moments d’hésitation, et il y avait des fois où elle avait du mal à rentrer dans le moule, mais ce n’était pas comme si elle ne faisait pas d’efforts du tout.

Yume est pas bizarre, pensa Yume. Elle l’est pas.

—…Ungh.

Yume ouvrit les yeux et essaya de se lever. Mais son corps était affreusement lourd, et elle ne pouvait absolument pas se relever.

Il y avait un gobelin penché sur elle.

—…Onsan, murmura-t-elle.

Seule une voix effroyablement cassée en sortit.

Onsa était en train de regarder Yume avec ses yeux marron clair. Son visage de gobelin n’avait pas vraiment une expression à proprement parler. Mais à quoi pouvait-il bien passer ? Yume n’en avait pas la moindre idée.

—Où est Garon ? Demanda-t-elle.

Onsa désigna quelque chose derrière lui avec son menton. Garo était assis juste derrière Onsa. Avec sa jambe gauche légèrement relevée, bien évidemment. Mais il avait l’air d’être en assez bonne forme, même si elle s’était souvenue qu’il s’était évanoui.

—Yume est encore plus mal en point, huh ?

Yume appuya le dos de sa main droite sur son front. Il était froid. Sa fièvre s’était-elle calmée ?

Le ciel était légèrement éclairé.

—Yume s’est endormi pendant longtemps ?

Il n’y eut aucune réponse. Onsa était toujours en train de scruter Yume.

—Vous attendiez Yume, c’est ça ? Demanda-t-elle.

Onsa releva les coins de sa bouche et il renâcla.

—…Merci. Si vous l’aviez laissée là, Yume aurait vraiment été délouté sur quoi faire. Huh… ? C’est pas délouté, dénouté ? Non ? Hm… ?

« Quelle fille bizarre. »

Elle avait la sensation que quelqu’un lui avait dit ça. Quand cela avait été, et qui le lui avait dit ?

Elle ne le savait pas.

Elle n’arrivait pas à s’en souvenir.

Ou alors ce n’était qu’une impression ?

—Bon, c’est vrai, mais Yume pense pas qu’elle est bizarre, dit Yume.

Onsa agita sa tête de droite à gauche et il claqua sa langue. Était-il en colère ? Ça ne semblait pas être ça.

Onsa leva la paume de sa main droite au-dessus d’elle en agitant ses doigts. Bien que ce n’était que les suppositions de Yume, Onsa avait probablement claqué sa langue pour avoir son attention, et maintenant il essayait de communiquer quelque chose avec des gestes. Comme par exemple, « Lève-toi ». Ou peut-être, « Tu peux te lever ? »

Yume s’assit rapidement. Quand elle essaya de se lever, elle tituba.

—Eek !

Si Onsa n’avait pas réagi pour la rattraper, Yume serait sûrement tombée.

—…Ngh. Désolée pour ça, Onsan.

—Kuh.

Tout en la maintenant debout, Onsa se tourna pour regarder Yume.

—Mais t’sais, Yume, elle est peut-être meilleure qu’elle ne l’était avant ? Z’avez l’air d’aller mieux aussi vous deux. T’crois c’est parce qu’on a bien dormi ?

Onsa ne répondit pas, mais Garo éternua.

—Ooooh, dit Yume. Les loups éternuent aussi, huh. Bah oui, huh. C’est évidemment, huh. C’est des animaux eux aussi, huh. Ils sont vivants, après tout, huh ?

Garo pencha sa tête sur le côté, comme s’il pensait, Mais de quoi parle cette humaine ? Mais peut-être que c’était encore l’imagination de Yume.

Yume laissa échapper un soupir, elle hocha la tête :

—Ok ! et elle caressa Onsa dans le dos. Yume s’sent bien maintenant ! Peut-être qu’elle a un peu la tête dans les choux, mais c’est juste un petit proverbe. Pas vrai ?

Avec un « Shh ! » Onsa écarta le bras de Yume, puis il commença à marcher avec une branche en guise de béquille. Garo suivi Onsa. Ses pas étaient saccadés à cause de sa patte gauche avant, mais cela le rendait à la place encore plus mignon. Yume suivit Garo avec un petit rire.

Le ciel devenait de plus en plus clair à mesure qu’elle l’observait.

Toute la zone était densément peuplée d’arbre. À cause de ça, bien qu’il n’y eût pratiquement pas de brume, la visibilité était limitée.

En y repensant, Yume s’est entraînée dans la forêt avec le Maître… songea-t-elle.

Il y a eu des fois où elle s’était dit qu’ils ne reviendraient jamais en Grimgar. Qu’elle ne reverrait jamais son maître.

—Yume pourrait le revoir, huh. Maintenant que tout ça est arrivé, personne peut dire c’qui va se passer. Mais, avant ça, il y a Harukun et tout le monde, t’sais ? Ahhh… !

Quand Yume s’arrêta et cria, Onsa et Garo s’arrêtèrent eux aussi, et ils se retournèrent. Les yeux d’Onsa s’écarquillèrent de surprise.

—Nwuh ?! Onsan, t’en fais une tête choquée ! S’exclama-t-elle.

—Kuh…

—Oh, c’est pas que Yume se moque de toi, c’est juste que Tu sais, Yume, elle n’a plus d’armes ! Elle a quand même un petit couteau, cela dit. Oh, un couteau de lancer aussi ! Peut-être que ça suffit quand même ? Hrmmm. Yume en est pas trop sûre…

Onsa laissa échapper un soupir, puis il commença à se tourner devant lui. Pendant qu’il se retournait, un étrange son retentit.

Pigyahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !

Le son provenait sûrement du ciel. Yume tourna par réflexe ses yeux vers le ciel.

—Kih !

Onsa laissa échapper un court et puissant en cri en agitant ses bras. « Cache-toi », semblait-il vouloir dit.

—Bah d’accord, mais où…

Onsa cria, « Hah ! » et il désigna un endroit devant eux sur la gauche. Cette était dense en arbres qui avaient du lierre et des feuilles qui pendaient à leurs fines branches, et on aurait dit qu’ils pourraient se cacher dedans. Yume et Onsa se positionnèrent et à droite de Garo et ils se dirigèrent vers les buissons.

Pigyahhhhhhhhhhhhhhhhhh !

Le son résonna dans toute la zone. C’était un son vraiment déplaisant. Cela la perturba, et ce bruit provenait définitivement d’au-dessus. Cela voulait-il dire que la chose qui faisait ce bruit volait dans le ciel ?

Garo se coucha, avec Onsa sur sa droite et Yume sur sa gauche. Garo haletait et son dos se levait et se baissait au grès de ses respirations. Yume resta proche de Garo, toujours en alerte, et ses yeux s’écarquillèrent frénétiquement.

Pigyahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !

Cette voix. C’était la troisième fois maintenant. On aurait dit un hurlement, mais ce n’était clairement pas humain. C’était probablement d’une créature plus grosse.

Une voix. Mais non. Cela devait être le cri d’une créature. Si elle venait du ciel, alors c’était un oiseau ?

Onsa savait probablement à quoi appartenait cette voix. Cela devait être une créature dangereuse.

Yume leva les yeux vers le ciel. Le ciel bleu apparaissait timidement entre les branches des arbres.

Là, elle avait aperçu une ombre vive… peut-être ?

Onsa avec sa main sur l’encolure de Garo, plus pour le maintenir en place que pour le réconforter.

Pigyahhhhhhhhhhhhhhhhh !

Cette fois, le cri était vraiment fort.

Elle pouvait entendre d’autres bruits aussi.

Fwump, fwump, fwump.

C’était comme le bruit de quelque chose de grand et fin que l’on agiterait le plus fort possible. Des ailes, huh ? Était-ce le bruit d’un battement d’aile ?

Yume retint naturellement sa respiration.

Elle arrivait.

Elle descendait.

Quelque chose de gros.

Elle n’était pas proche. Probablement entre la zone où se trouvait Yume et où elle avait été quand ils étaient tous réunis. Mais, tout de même, elle avait la sensation que ça se rapprochait.

Yume se couvrit la bouche avec ses mains. Pourquoi avait-elle une telle chose ? Ça n’avait aucun intérêt. C’est juste qu’elle n’avait pas pu s’en empêcher.

Il y avait une créature ailée qui était en train de descendre, débroussaillant branches et feuilles sur son passage.

Elle avait atterri. Il y eut un impact une seconde fois, puis une troisième fois.

Elle ne pouvait pratiquement pas le voir. Pas du tout même. Tout ce qu’elle savait c’était qu’il y avait quelque chose de gros, et il qu’il n’était pas loin.

Cette chose était probablement bleue. Elle semblait se déplacer avec assez d’aisance. Le corps de la créature était en train de frapper des arbres et des branches, faisant un boucan infernal. Elle pouvait entendre des bruits de pas aussi.

Était-elle en train de marcher ?

Elle eut, entre autres, le sentiment que ce n’était pas un oiseau.

Yume voulait fermer les yeux. Ce ne serait pas une bonne idée. Elle avait du mal à respirer.

C’était parce qu’elle s’était arrêtée. Elle n’avait pas besoin de retenir sa respiration pendant tout ce temps. Du moins, si elle ne respirait pas, elle allait mourir. Elle devait respirer. Elle n’avait pas le choix. Doucement.

Dedans et dehors, aussi silencieusement que possible.

Respire.

Expire.

Mesure la distance en utilisant les sons et sa présence.

La créature ailée était-elle en train de se rapprocher ? Ou alors elle était en train de s’éloigner ?

Malheureusement, elle était en train de s’approcher. Le bruissement des feuilles et les bruits de pas la forçaient à s’en convaincre.

Son Maître lui avait dit :

—Écoute, Yume, trois fois dans ma vie je me suis dit que j’allais mourir. L’une de ces fois, j’étais au bord du gouffre, et aux portes de la mort. Les deux autres fois, je me trouvais face à un adversaire redoutable. Des adversaires qui transcendent l’imaginaire humain. Il y a des créatures là dehors qui te feront réaliser à quel point on est insignifiant. Ce serait mieux si tu n’en croisais jamais, mais si ça arrive, que crois-tu que tu devrais faire ?

—Ne te concentre pas trop sur eux, l’avait averti le maître de Yume. Leur taille et leur puissance sont démentielles. Si tu te concentres sur un adversaire comme ça, tu seras paralysée par la peur. Tu ne pourras pas être rationnelle. Dans le pire des cas, tu ne pourras même pas bouger. Alors concentre-toi sur toi à la place.

—Chasseur c’est plus qu’une profession, c’est un mode de vie, lui avait souvent dit son Maître. C’est de ne faire qu’un avec ce monde. C’est la voix qu’il faut suivre. Ceux qui vivent en ne faisant qu’un avec le monde se rendront compte qu’ils ne sont rien ici-bas. Même la Déesse Blanche Elhit est insignifiante. Vivre comme une part de ce monde. Voilà ce que c’est d’être un chasseur.

—Mais entends-moi bien, lui avait dit son Maître avec une expression de gentillesse dans ses yeux. Si tu vis comme ça, ça veut dire que tu te feras manger par ceux qui veulent te manger. Cela aussi c’est une vérité. Après tout, c’est comme ça que les êtres vivants passent dans le cycle de la vie et de la mort. Ils abandonnent leurs vies fassent à des existences surpuissantes, et ils se font consumés.

—Ils deviennent chaire et sang. C’est la loi de la nature. Mais si tu fais ça, tu mourras. Quand tu veux vivre, quand tu veux survivre quoiqu’il en coûte – sépare-toi du monde. Yume, deviens une personne seule et unique. Demande-toi « Qu’est-ce que je veux faire ? Qu’est-ce que je devrais faire ? » Si tu fais ça, tu trouveras forcément une réponse. Si tu n’arrives pas à trouver quelque chose, ça veut dire qu’il te manque quelque chose dont tu as besoin. Alors tu ne peux rien faire.

—Mais, Yume, là c’est quelque chose que je veux te dire, pas en tant que chasseur, mais en tant que quelqu’un qui a vécu plus longtemps que toi. : Je crois en toi. Alors toi aussi crois en toi. Dans des moments pareils, tu ne pourras compter que sur toi-même. La personne qui sera là pour te sauver, et sauver ceux qui te sont chères, c’est toi et toi seule.

Qu’est-ce que Yume voulait-elle faire personnellement ? Et qu’est-ce qu’elle devrait faire ?

Ça ne fait pas peur, pensa-t-elle.

Elle ne savait pas pourquoi ; elle pensa seulement, il n’y a pas de quoi avoir peur. Il n’avait pas à être effrayé.

Garo tremblait. Tout son corps convulsait frénétiquement. Onsa était en train d’essayer de le calmer, mais cela ne semblait pas être d’une grande aide. Onsa avait l’air notablement tendu lui aussi. Peut-être que Onsa transmettait son anxiété à Garo.

Yume se posa contre Garo. Plutôt que de l’étreindre trop fort, ou d’essayer de le caresser, elle s’était dit que ce serait mieux. Elle n’utilisa évidemment pas sa voix, mais elle dessina les mots avec sa bouche,

Ça va aller, ça va aller.

Le cœur de Garo était en ébullition.

Ça va aller, ça va aller. Tout va bien aller.

Ce n’était pas qu’elle en était certaine. Mais, au final, la créature ailée ne se rapprocha pas de là où se trouvait Yume, Onsa et Garo.

Ce bruit…

Était-ce le battement des ailes ?

Elle était en train de partir.

Yume faillit dire quelque chose, mais elle se retint. À travers un espace entre les arbres, elle aperçut la créature ailée s’envoler.

Était-ce un oiseau ? Non, pas vraiment. Elle avait une queue en forme de serpent. Elle était bleue. Ses ailes et son corps l’étaient aussi.

—Wyverne… murmura Onsa.

Wyverne ? Pensa-t-elle.

Était-ce le nom de la créature ? Une wyverne

Yume enfonça sa tête dans la fourrure de Garo et prit une grande inspiration.

Y’a des trucs comme ça là dehors, huh. Si elle nous trouve, est-ce que tout le monde va se faire manger ?

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