Paramètres

Lecture personnalisée

CompactLarge

TransparentOpaque

Thème
Police d’écriture

ÉtroiteLarge

Accessibilité

Raccourcis clavier

←
Chapitre précédent
→
Chapitre suivant
S
Ouvrir ces paramètres
Échap
Fermer sans enregistrer

Inactifs pendant la saisie dans un champ (recherche, commentaire) et tant que ce panneau est ouvert.

Aperçu en direct. « Valider » enregistre sur cet appareil (connectez-vous pour les retrouver partout), Échap annule.

Chapitre 10

Un De Ces Jours, Avec Des Sentiments Honnêtes.

Lecture ~42 min

J’ai quelques problèmes avec ce qu’a fait Haru, mais je ne pense pas qu’il ait eu d’autres choix étant donné la situation, pensa Merry. Ou plutôt, il n’avait probablement pas d’autres choix… donc…

Personne n’aurait pu y changer grand-chose. Qui plus est, Merry ne pouvait pas voir avec ses deux yeux ce que ces deux-là étaient en train de faire. Haruhiro et Shuro Setora marchaient côte à côte, derrière eux se trouvait le golem Enba, et Merry était toute à la fin pour fermer la marche.

Enba n’était pas si grand que ça. Il devait faire dans les 1,70m, environ. Cependant, ses bras étaient bizarrement longs. Sa partie supérieure était musclée, avec des épaules outrageusement développées, et, honnêtement, il la gênait. Elle ne pouvait pas bien voir devant elle.

Haruhiro n’avait eu d’autres choix que d’accepter les conditions que Setora lui avait imposées. Si Merry avait été à sa place, elle aurait fait le même choix, peu importe à quel point cela devait la déchirer de l’intérieur. Elle le comprenait. Elle pouvait l’accepter.

Cependant, ce n’était pas vraiment le moment…. C’était un sentiment qu’elle n’arrivait pas à enterrer au plus profond d’elle-même. Ils ne faisaient rien de bien extravagant, mais c’était énervant, et plus que vexant. Setora lui avait ordonné de se comporter comme son amoureux, ou quelque chose comme ça, mais en quoi cela consistait-il ? Est-ce qu’elle voulait dire, vous savez… ?

Ce n’est pas comme si c’étaient mes affaires, s’était-elle dit avec conviction.

À dire vrai, Merry ne le savait pas. Elle n’était jamais sortie avec un garçon, ou une fille, peu importe. Du moins, pas depuis qu’elle était arrivée en Grimgar. Elle ne se souvenait pas d’avant cette époque, donc elle ne pouvait pas vraiment le savoir, mais elle avait la sensation qu’elle n’avait jamais eu ce genre de relation.

Et quand elle pensait à sa personnalité, même si elle s’était décidée à aimer quelqu’un, elle se disait qu’elle aurait un grand mur à franchir avec de vouloir passer le restant de ses jours avec cette personne.

Elle serait probablement prudente. Elle se dirait simplement, Hé, il est plutôt sympa, sans pour autant en perdre la tête. Elle ne deviendrait pas folle. Elle essayerait de garder son sang-froid.

Considérant tout ça, elle avait dû être du genre timide pour tout ce qui gravitait autour de l’amour. Et cela ne devait pas avoir changé, même maintenant.

—Haru. Setora appela son nom avec une voix pas particulièrement sirupeuse.

—Uh, oui, md’ame ? répondit Haruhiro. Il avait l’air si distant.

—Est-ce que tu viens de m’appeler m’dame ?

—Oh, désolé… Ouais. Qui a-t-il ?

—Je voulais juste essayer de t’appeler par ton prénom. Est-ce que c’est mal ?

—Ce n’est pas mal… ok ?

—Je vois.

—Ouais.

—C’est agréable, dit Setora.

—Huh ? De quoi ?

—D’avoir quelqu’un à je peux m’adresser sans arrondir les bords.

—Ohh. Erm… Si tu le dis. Haruhiro eut un rire creux.

Enba devait être délibérément en train de jouer le rôle de mur entre Merry et ces deux-là, pour que Merry ne les dérange pas. On aurait dit qu’il ne faisait que parler de temps en temps pendant qu’ils marchaient, donc elle ne pouvait pas s’empêcher de se demander en quoi elle allait bien pouvoir les déranger.

Ou alors Merry ne pouvait pas le voir, et ils étaient collés l’un contre l’autre, main dans la main, avec leurs bras croisés ? Ou peut-être qu’ils étaient engagés dans une sorte de contact physique un peu plus intime ?

Quoi qu’il en soit, à cause d’Enba, Merry ne pouvait pas le voir depuis sa position à l’arrière. Bien qu’elle ne pût rien affirmer, cela ne semblait pas être particulièrement le cas. Elle pouvait plus ou moins le confirmer grâce à leur conversation.

Alors qu’est-ce qu’ils font tous les deux ?

Ils étaient censés être des amoureux ? Comme, ça… ?

On aurait dit que c’était comme ça que Setora imaginait le comportement de deux amoureux qui étaient ensemble. Haruhiro ne faisait que suivre le rythme. En doutant, probablement. En pensant :

Ce n’est pas vraiment ce à quoi je m’attendais.

Après tout, quand on pensait au mot « amoureux », on s’attendait plus à quelque chose comme…

Plus comme… Comme quoi exactement ? Quelque chose de plus étroit, de plus intime ? Mais que pouvait bien signifier quelque chose de plus intime ?

Merry n’était pas vraiment la meilleure personne à qui demander des conseils là-dessus, donc elle ne le savait pas, mais dans tous les cas, ils n’étaient pas comme ça. On n’aurait pas du tout dit deux amoureux. Ou peut-être qu’elle serait surprise d’apprendre que la plupart des couples se comportaient comme eux ? Peut-être étaient-ils comme ça en public ?

Même si Merry se retrouvait avec ce genre de relation, elle se restreindrait dans des endroits publics, là où tout le monde pouvait la voir.

Se restreindre de quoi ? Eh bien… De flirter ? Bien qu’elle dût d’abord se poser la question de si elle voulait flirter pour commencer. Peut-être qu’elle n’en avait pas vraiment envie ? Ou alors c’était ce qu’elle ressentait parce qu’elle n’avait personne avec qui le faire, et son état d’esprit changerait au moment où elle trouverait cette personne.

Mais elle était certaine qu’elle ne pourrait jamais le faire. Elle ne le voulait pas, et elle n’en avait pas besoin.

Ce n’était pas comme si Merry n’avait pas été consciente de l’affection que lui portait Kuzaku. Cependant, elle en avait aussi douté, se disant qu’elle était bien orgueilleuse. Qui plus est, Kuzaku avait rejoint le groupe après tous les autres, donc il s’était senti à l’écart. Son désir d’être gentille avec son camarade, de lui être utile comme une personne qui était arrivée depuis plus longtemps avait été bien plus grand.

Quand il lui avait avoué ses sentiments, elle avait pensé, Je le savais. Elle avait espéré se tromper, mais Kuzaku l’avait considéré comme ce genre de personne.

Elle s’y était préparée, donc elle lui avait donné une réponse directe.

—Je ne peux pas, avait-elle répondu immédiatement.

Merry ne pouvait pas penser à sortir avec quelqu’un. Ils avaient été camarades dans un même groupe jusque-là, et camarades ils resteraient. C’était comme ça qu’elle voulait que ça se passe. Si possible, elle voulait que Kuzaku le voie du même œil.

Ce n’était pas qu’elle le détestait. Si on lui demandait entre si elle l’aimait ou si elle le détestait, eh bien, elle l’aimait. Il était grand, et son visage ne devait pas être si mal non plus. Il s’entendait bien avec les autres, bien qu’elle ressentît quelques faiblesses en lui, et il n’était pas égoïste ou rentre-dedans comme Ranta, donc elle pouvait se permettre de dire que c’était quelqu’un de bien.

Elle ne le détestait pas. Ce ne serait même pas entièrement impossible qu’elle puisse tomber amoureuse.

Mais elle ne le ferait pas.

Parce que c’était Kuzaku.

Non, ce n’était pas pour ça.

Elle ne tomberait pas amoureuse de qui que ce soit. Il n’y aurait pas d’histoire d’amour pour elle.

C’était impossible pour elle de ressentir de l’amour pour autrui.

Merry avait quelque chose de bien plus important que ça. Elle avait des camarades, et elle devait protéger leurs vies. Elle ne pouvait pas se permettre de se laisser distraire par d’autres problèmes. Elle n’avait pas de temps à perdre avec des choses futiles comme la romance et l’amour. Ce n’était que sa personnalité.

Même pour ce qui était des membres de son groupe, elle n’avait pas l’intention de jeter ses sentiments sur eux. Si l’un d’eux tombait amoureux d’un autre, elle se disait que ça ne la dérangerait pas.

Pas que cela semble d’actualité dans notre groupe.

Même quand elle était avec les autres filles, Yume et Shihoru, le sujet était très rarement abordé. Non, pas « Très rarement »… jamais en fait. C’était toujours des discussions sur des choses mignonnes, ou sur la nourriture. Grâce à ça, elle s’était sentie incroyablement à l’aise, et cela la faisait aimer Shihoru et Yume encore plus.

Il n’y avait aucune règle pour la romance au sein du groupe, mais elle pensait qu’ils auraient dû en instaurer une. S’ils le faisaient, Merry pourrait se sentir encore plus à l’aise. Elle voulait interagir avec ses camarades comme avec des personnes normales. Même si elle pouvait être leur amie, elle ne pourrait jamais être la copine ou la femme de quelqu’un. Elle ne voulait même pas considérer la possibilité qu’elle puisse finir dans une relation similaire.

—D’ailleurs, Haru, dis Setora avec le même ton, pas vraiment familier.

—Uh, oui… Ouais.

—Combien d’enfants désires-tu ?

—Bwuh… ! cracha Haruhiro, et Merry toussa étrangement elle aussi.

—Hm ? Que se passe-t-il, Haru ? demanda Setora.

—…Non. C-C’est juste un peu soudain… Erm, on est des amoureux, pas vrais ?

—Oui. Toi et moi sommes amoureux.

—…Jusqu’à ce que tu en as marre et que tu en décides autrement.

—Tu pourrais être surpris de découvrir que je ne m’en lasserai jamais.

—Huh… ?

Haruhiro semblait surpris, mais les conditions de Setora avaient fait réfléchir Merry depuis le tout début.

« Jusqu’à ce que je me lasse de toi, et que je te dise de faire autre chose. » Ce n’était pas impossible de l’interpréter comme, « Je vais finir par m’en lasser », alors « fais de ton mieux jusque-là ». Est-ce que Haruhiro avait été assez optimiste pour le prendre dans ce sens ? Il avait une opinion étrangement basse de sa personne, donc il avait dû sous-estimer son potentiel dans bien des domaines. Il avait dû se dire que Setora faisait ça sur un coup de tête, ou par erreur, et alors il s’était dit que non seulement elle allait se lasser rapidement de lui, mais aussi qu’elle allait le lâcher avec cette histoire d’œil.

Mais personne ne peut savoir ce qui nous attend, pas vrai ? pensa Merry.

On aurait dit que Setora avait eu le béguin pour Haruhiro depuis le début. Peut-être qu’elle ne s’en lassera jamais, et qu’elle décidera de le garder comme son amoureux.

Haruhiro le réfuterait, clamant que ça n’arriverait jamais, mais c’était entièrement possible. Même s’il n’était pas vraiment le type populaire avec les filles, il y avait déjà eu une première approche avec Mimori des Tokkis. Il y avait des femmes là dehors qui trouvaient Haruhiro attirant. À dire vrai, cela ne surprendrait pas Merry qu’il y en ait beaucoup.

Haruhiro avait toujours l’air endormi, mais cela signifiait qu’il n’était pas bruyant, et bien qu’il n’eût pas une présence imposante, cela signifiait que c’était relaxant de l’avoir proche de soi. Il était attentionné envers ses camarades, avait le sens des responsabilités, et il était patient. Ça, et il disait ce qui devait être dit. Il semblait timide, mais pouvait parfois se révéler étonnamment courageux.

Il n’avait pas de compétences qui le faisaient sortir du lot, ou de traits particuliers qui le mettaient sur le devant de la scène. Malgré tout, il faisait son travail en tant que leader, et il le faisait bien, et il n’avait jamais essayé de se défiler de ce poste. Qui sait combien de crises Haruhiro avait dû traverser jusqu’à présent ?

Même si Haruhiro était trahi, lui ne trahissait pas les autres. C’était un leader dont elle pouvait être fière, un en qui elle pouvait avoir confiance, et en un qu’elle pouvait respecter en tant que personne. Bien qu’elle ne lui dirait jamais tout ça en face. Même si elle encensait Haruhiro, cela ne lui monterait pas à la tête.

—Ha…

Merry avait été sur le point de l’appeler, mais toussa hâtivement pour se couvrir.

Pourquoi maintenant ? Même si je le lui dis, ce n’est pas le moment. Évidemment. Qu’est-ce qui me pousse à le faire ?

—Hm ?

Setora s’était-elle arrêtée ? Enba, qui était juste devant elle, s’arrêta, et Merry faillit lui rentrer dedans.

—As-tu dit quelque chose, femme ?

—…Pas vraiment.

Merry baissa la tête, et elle se mordit faiblement la lèvre. On aurait dit qu’elle parlait avec le dos d’Enba. Setora avait pratiquement ignoré Merry. Pourquoi, malgré tout, avait-elle répondu à un moment pareil ?

—Je n’ai rien dit.

—Je vois, dit froidement Setora. J’ai eu l’impression qu’une personne ô combien impolie m’ignorait moi, son amoureuse, et qu’elle s’adressait à Haru avec Haru.

—Je suis libre de l’appeler Haru quand je veux, s’énerva Merry.

—Oh non je ne crois pas. Nous sommes amoureux désormais, et je vais donner naissance aux enfants de Haru. Naturellement, je ne laisserai pas d’autres femmes poser la main sur lui.

—Des enfants ?! cria Haruhiro.

Merry dit, « Poser la main sur lui, tu dis ? » Puis elle fut prise par un petit mal de tête mineur.

—Erm, t-t-tu veux avoir des enfants ?! hurla Haruhiro. Aussi vite ?!

—Naturellement. Y’a-t-il quelque chose d’autre qu’un homme et une femme qui se soient épris l’un pour l’autre devraient faire ?

—Je… Haruhiro semblait être dans les étoiles. Je ne sais pas vraiment…

—I-Il y un ordre pour ce genre de chose ! Merry passa devant Enba et se plaça à l’avant. V- Vous devez faire les choses dans l’ordre, quand même ! P-Pas juste y aller et faire un b-b-b-bébé…

Grimgar of Fantasy and Ash, Tome 9, Chapitre 10 — illustration

—Un ordre ? Setora fronça les sourcils. Tu veux dire comme quand on se rencontre la nuit, que l’on s’embrasse langoureusement, et que l’on touche le corps de l’autre ? Je ne pense pas que cela soit convenable de discuter de ce genre de chose ici.

—O-Ouais… bégaya Haruhiro.

—Comment ça, ouais, Haru ?

—N-N’est-ce pas ?! Désolé…

—Ne t’excuse pas auprès de cette femme, Haru ! cria Setora. Tu es mon amoureux, je ne permettrai pas que tu t’excuses à quelqu’un d’autre que moi !

—O-Oui, m’dame !

Non, il ne faut pas répondre « Oui m’dame », à ça !

Avalant les mots qui léchèrent ses lèvres, Merry posa ses mains sur son torse. Même maintenant, les nyaas de Setora étaient étendus tout autour d’eux, à la recherche de leurs camarades. Haruhiro ne pouvait pas se retourner contre Setora. Pragmatiquement parlant, il n’avait d’autre choix que de faire ce qu’on lui disait de faire. Si Setora ordonnait quelque chose, Haruhiro n’aurait d’autre choix que de lui obéir. Donc, pour faire simple… Ils vont se rencontrer durant la nuit ? S’embrasser langoureusement ?

Toucher le corps de l’autre ?

Et ensuite… faire quelque chose pour faire un bébé ?

—Heh…

Merry rigola. Pourquoi avait-elle ri ? Merry ne le savait pas elle-même. C’était un mystère.

Était-ce parce que c’était plus soudain que ce à quoi elle s’était attendue ?

Vous allez aussi loin aussi vite ? Wow, vous perdez pas de temps c’est sûr, était quelque chose qu’elle était certaine de ressentir. Alors c’est avec ça que tu vas le faire ? Vraiment ? Wow.

Mais est-ce que tu es d’accord avec ça, Haru ?

Voulait-elle demander, mais elle ne pouvait pas. C’était quelque chose qu’elle ne pouvait pas demander.

Il n’y avait pas de s’il était d’accord ou pas. Il n’avait pas le choix. Si elle désirait le faire, alors il le ferait. Il devrait le faire. Ouais, « ça ».

Quel est le problème, me diriez-vous ? Cela ne brisait aucune règle sur une quelconque romance au sein du groupe, n’est-ce pas ? Si tentait que cette règle existait. Donc, elle n’avait rien à voir avec ça ? Ce n’était pas un problème ?

Ouais. Pourquoi était-elle si troublée par ça ? Il n’y avait pas de vrai problème là-dedans, si ? C’était quelque chose que non seulement les humains, mais aussi tous les êtres vivants qui se reproduisaient sexuellement faisaient. Même si Haruhiro le faisait avec Setora, en quoi cela pourrait être un problème ? Du moins, ce n’était pas les affaires de Merry. Si Haruhiro ne voulait pas le faire, elle se sentirait quand même mal pour lui. Mais c’était pour leurs camarades. Haruhiro était le leader, alors il devait supporter ce genre de chose. C’était de Haruhiro qu’on parlait, alors il allait faire ce qui devait être fait, et il le ferait bien, elle en était certaine.

Il n’était même peut-être pas contre cette idée, d’ailleurs. Si elle observait Setora avec deux yeux objectifs, c’était une belle femme. Ça, et elle lui ressemblait.

Cette fille.

Choco.

Peut-être qu’il n’était pas entièrement contre ?

Alors c’est ça. Cela devait être la raison qui avait poussé Merry à rire.

Haruhiro ne laissait rien transparaître en disant, Oh, malheureux que je suis, je suis dans un pétrin sans pareil désormais, mais au fond de lui, il se disait que c’était une occasion en or, et peut être qu’il était ravi que cela se soit fini de cette façon. Si elle se souvenait bien, cet idiot de Ranta avait dit quelque chose sur ça. Les hommes avaient des besoins, apparemment. Pour Merry, c’était quelque chose qui concernait le sexe opposé, donc elle ne comprenait pas vraiment, mais cela voulait grosso modo dire qu’ils voulaient faire ce genre de chose, n’est-ce pas ? Haruhiro était un homme lui aussi. S’il se trouvait une bonne partenaire pour ça, évidemment qu’il ne refuserait pas.

Ce n’était pas grave, se dit-elle. D’une certaine manière. S’ils se trouvaient un endroit où elle n’avait pas à regarder, cela ne la dérangeait pas.

Il y avait eu ce bruit, Pigyahh, Pigyahhhh, depuis un moment déjà, mais elle s’était un peu laissée aller à ses sentiments.

Merry soupira…

—Et donc, c’est quoi ce bruit au fait ?

—C’est le cri d’une wyverne, dit Setora en regardant le ciel en plissant les yeux comme si elle était aveuglée par le soleil. Les Milles Vallées ont une relation indissociable avec la brume. Cependant, il existe quelques jours dans l’année, environ une dizaine, durant lesquels la brume est complètement absente comme aujourd’hui. Pendant ces journées, elles volent jusqu’ici depuis les Montagnes Kuaron à l’est. Les créatures qui vivent ici ne sont pas habituées aux wyvernes, après tout. Pour elles, ce doit être un terrain de chasse avec des proies faciles.

—Huh ? Une seconde, att…, demanda Haruhiro en panique. Ces wyvernes, c’est quoi au juste ? Quel genre de… ?

Pigyahhhhhhh ! Le cri de cette wyverne résonna à nouveau dans toute la zone.

Il était différent des précédents. Assez fort pour que Merry plisse les yeux malgré elle. Cela voulait-il dire qu’elle se rapprochait ?

—Une sorte de dragon, explique nonchalamment Setora. Elles ont des ailes, et peuvent voler comme des oiseaux. Un dragon volant, en quelque sorte. Il en existe de différentes couleurs et tailles, mais on raconte que les wyvernes bleues sont les plus grandes, et les plus vicieuses. Elles ne mangent que de la viande. Que ce soit humains ou orcs, elles mangent tout ce qu’elles trouvent.

Merry leva les yeux vers le ciel. Il était clair. Quand elle y repensait, cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait pas vu un ciel aussi magnifiquement bleu.

Non, ce n’est pas le moment d’être sentimentale.

—Elles sont… dangereuses, n’est-ce pas…? demanda-t-elle.

—Naturellement, nous ne sommes pas en sûreté. Setora souffla du nez. Le village doit être plongé dans une panique sans nom à l’heure qu’il est, j’en suis certaine. Pendant les jours de beau temps, plutôt que de profiter de ces précieux rayons de soleil, ils sont occupés à se préparer pour les wyvernes. Le village fut déjà attaqué par une horde consistante de plusieurs dizaines de wyvernes. Après ça, ils envoyèrent une expédition vers les Montagnes Kuaron pour brûler leurs nids, et il n’y eut plus d’incident majeur depuis. Cependant, ces créatures construisent leurs nids à très haute altitude, sur des falaises escarpées, alors c’est impossible de toutes les éliminer. Elle se nourrissent jusqu’à plus faim, et quand le brume revient, elles retournent chez elles. Ceux qui vivent ici sont forcés d’accepter ce fait dans leur vie.

—On pourrait… commença à dire Haruhiro, puis il se couvrit la bouche avec ses mains. … essayez de courir, mais ça marchera pas. Uh, alors quoi ? Si l’une d’elles vient, et qu’il n’y a rien qu’on puisse faire ?

—Bien sûr que non. Setora donna un petit coup sur le front d’Haruhiro avec son index. Tiens.

—Ow ! Haruhiro posa ses mains sur son front. Non, ça fait pas mal, mais…

On aurait dit qu’ils passaient du bon temps. S’amuser. Ça faisait un peu couple, peut-être ? Si cela avait été à n’importe quel autre moment, elle n’aurait rien trouvé à redire, mais la situation ne le permettait pas.

—Donc ? demanda Merry. Tu as quelque chose qu’on pourrait faire pour se préparer ? Tu sais, pas vrai ?

—C’est un ton effroyablement suffisant que tu emploies là, femme. Si cela devait arriver, je pense que je choisirai de t’abandonner.

—Setora, um… Merry est une camarde importante à mes yeux, dit Haruhiro en hésitant.

—Je ne sais pas si elle est une camarade ou je ne sais quoi, mais une femme reste une femme. Elle pourrait porter tes enfants. Cela rend sa présence dérangeante à mon égard. Je vois. Serait-ce de la jalousie, peut-être ?

—Je suis… ! Merry ne put s’empêcher de lever la voix. La camarde de Haru, rien de plus, et rien du tout de moins ! Je ne vais jamais tomber enceinte des enfants de Haru, et le fait que tu sois jalouse n’est rien de plus qu’un mal de tête pour moi, alors, s’il te plaît, arrête !

Une fois qu’elle eut dit tout ça, elle revint à elle, et elle regarda Haruhiro pour voir sa réaction. Haruhiro avait le regard baissé, et il avait un sourire forcé sur le coin de ses lèvres.

—Si tu le dis avec autant de conviction, eh bien… Setora haussa les épaules. Contrairement à tout ce que tu as dit, je pensais que vous étiez proches tous les deux, ou que vous aviez une relation qui s’en rapprochait. Il semblerait que je me sois fourvoyée. Où, peut-être, avais-tu des sentiments unilatéraux à son égard, Haru ?

—…Non. Haru se gratta le ventre. C’est pas ça, ok ? Je vois Merry comme une camarade, moi aussi… C’est une camarade précieuse, et les camarades sont importants, ils le sont vraiment, alors…une camarade reste une camarade, on pourrait dire.

—Hmm. Je ne suis pas certaine de comprendre, mais j’ai pris des mesures pour se préparer aux wyvernes. Mes nyaas les surveillent. Ça, et ce n’est pas vraiment une si mauvaise chose. Les wyvernes pourraient aussi nous être utiles.

L’un de ses nyaas sauta de l’un des buissons alentour. Le nyaa gesticula et miaula pour communiquer quelque chose à Setora. Quand Setora acquiesça, puis qu’elle hocha la tête, le nyaa laissa échapper un unique « nyaa » avant de disparaître à nouveau.

Ça me frustre de l’admettre, mais ils sont mignons, pensa Merry.

—Il semblerait qu’ils les ont trouvés. Setora se couvrit rapidement la tête avec les tissus qu’elle avait autour du cou. Ou plutôt, une wyverne les a trouvés pour nous. S’ils ne se sont pas encore fait dévorer, je suis sûre que l’on pourra les revoir.

Alors c’était ça.

Les wyvernes avaient volé jusqu’ici en quête de proies. Quand le ciel était dégagé, les résidents du village caché, et les Forgan aussi, devaient être à l’affût des wyvernes. Mais ceux qui ne savaient rien des wyvernes seraient sans défense, et cela ferait d’eux des cibles faciles.

Setora se mit à courir, et Haruhiro, Enba et Merry la suivirent. Ils entendaient de temps à autre les voix des nyaas. Ils semblaient être en train de guider Setora.

À travers quoi ils courraient, et vers où essayaient-ils d’aller ? Merry n’en avait pas moindre idée. Ils montèrent puis descendirent une colline, donc tout ce qu’elle pouvait faire était de les suivre.

De temps en temps, Haruhiro se retourner pour regarder Merry. Il devait s’inquiéter pour l’une de ses précieuses camarades. Mais tout de même, pourquoi avait-il fallu qu’elle dise tout ça ? Qu’elle ne tomberait jamais enceinte des enfants de Haru ? Pour ne rien vous cacher, Merry le pensait vraiment, mais c’était une façon bien trop brutale de le dire.

C’était inapproprié. Setora l’avait incité à le faire. C’était de sa faute. C’était Setora qui était en tort.

Pigyahhhhhhh, le cri résonna.

Il y avait quelque chose dans le ciel. Elle avait des ailes, mais ce n’était pas un oiseau. C’était probablement une wyverne. Elle était en train de descendre en piquet ?

Setora semblait se diriger vers sa direction. C’était là que se trouvait la proie de la wyverne. Cela devait être Shihoru et les autres.

La wyverne qu’ils avaient brièvement perdue de vue s’éleva à nouveau dans les airs. Elle vira sur le côté, et était-elle en train de préparer sa prochaine attaque ?

Il y avait quelqu’un devant eux. Ils étaient en train de courir vers eux.

—Shihoru ! Haruhiro et Merry l’appelèrent à l’unisson.

Elle ne portait pas son chapeau, et elle avait une cape grise qu’ils ne reconnaissaient pas, mais ils ne pouvaient pas la confondre.

Elle était en train de porter son bâton.

C’était Shihoru. Elle allait bien.

Merry courut de toutes ses forces vers elle. Les coins de ses yeux commençaient à la piquer.

Dieu merci, pensa-t-elle. Shihoru, tu es vivante.

Mais qui était avec elle ? Ses cheveux étaient courts. Il avait la tête rasée, et il portait un uniforme de prêtre. C’était un homme inconnu. Où étaient Yume et Kuzaku ?

Haruhiro cria : « Tsuga-san ! » Et il accéléra, se séparant de Setora.

—Haruhiro-kun !

—Viens ici, Shihoru ! Haruhiro attrapa Shihoru dans ses bras, avant d’immédiatement la mettre derrière lui.

C’était quoi ça au juste ? pensa Merry. C’était plutôt cool.

—Haru ! Ne touche pas une autre femme ! cria Setora.

—La ferme toi ! lui rétorqua Haruhiro sans délai. Merry, surveille Shihoru !

Il donna ses directives, puis il alla plus en avant.

Tsuga. Le prêtre des Rocks. Tsuga était assez loin derrière Shihoru. Haruhiro avait dû vouloir aller l’assister.

La wyverne venait d’entamer une autre descente rapide. Sa cible était sûrement Tsuga. Mais Tsuga avait l’air manifestement épuisé, dégoulinant de sueur tandis qu’il courait vers eux. Il ne pouvait pas se permettre de lever les yeux vers le ciel. Bien que, cela dit, Haruhiro arriverait-il à le sauver même s’il allait le chercher ?

Shihoru était à bout de souffle elle aussi, et s’effondra sur la poitrine de Merry.

—Merry, je suis si…. heureuse. Je….

—Je voulais tellement te revoir !

Merry fut submergée par ses émotions et elle étreignit Shihoru sans même s’en rendre compte. Elle la porta presque dans les buissons qui étaient à côté d’eux.

Haru….

La wyverne se rapprochait de la tête de Tsuga.

Haruhiro abaissa sa posture, il tacla Tsuga, et il continua d’avancer tout en le poussant, en avant puis sur la gauche, diagonalement.

Ce n’était pas passé loin.

Les griffes archées de la wyverne passèrent juste au-dessus d’eux. Mais Setora et Enba étaient sur la trajectoire de la wyverne.

—Enba !

Setora lui donna l’ordre, et Enba le golem se mit en position. La wyverne étendit sa jambe droite, attrapant Enba, puis elle le pressa au sol. Allait-il s’en sortir ? Allait-il se faire tuer ?

Quand Enba vociféra, « GOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON ! », avec une voix grave et menaçante, cela arriva.

Cela avait dû la déstabiliser. La wyverne laissa échapper un cri à percer les oreilles, elle relâcha Enba, et elle commença à battre des ailes. Elle était en train de s’envoler. Impossible… essayait-elle de s’enfuir ?

—Les wyvernes détestent les golems ! Setora se précipita vers Enba. Ils sont construits de telle sorte à faire cet effet ! Cependant, cela les empêche seulement de se faire manger, pas de se faire attaquer ! Il faut fuir, maintenant !

—Tsuga-san ! Haruhiro aida Tsuga à se remettre sur ses pieds. Tu peux courir ?!

—Je vais courir ! Parce que je vais sûrement crever sinon !

—Shihoru ! Merry tint la main de Shihoru. Je suis là, alors ça va aller maintenant !

—Ouais, je compte sur toi !

—Setora, tout le monde va te suivre, alors donne tes directions ! ordonna Haruhiro.

—Tu es bien prétentieux, pour un homme ! Mais elle se mit quand même à courir avec Enba. Bon, pas que cela me dérange ! Je veux ta progéniture encore plus maintenant ! Alors c’est ça l’amour ?! dit Setora.

—P-Progéniture… ?! Les yeux de Shihoru s’écarquillèrent brutalement.

—Il faudra que je te mette à la page ! cria Merry.

D’une certaine façon, elle n’en était plus à ça près. Cela était logique pour elle, en quelque sorte.

Je veux dire, ce que vient de faire Haru était cool. Je ne sais pas trop pour sa progéniture, mais je peux comprendre que quelqu’un puisse tomber amoureux de lui.

Setora était quelque peu extrême, mais elle avait de l’affection pour Haruhiro à sa façon, et elle était amoureuse de Haruhiro en ce moment même. Ça n’avait rien d’étrange du tout.

Pour moi… Il est un camarade important, donc je ne ressens pas vraiment ça, pas du tout même.

Setora et Enba menaient le groupe. Haruhiro fit passer Tsuga devant lui, et Merry surveillait Shihoru, tout en regardant le ciel fréquemment pour confirmer la position de la wyverne. Dans ces moments-là, Haruhiro pouvait tellement être concentré que ça en devenait effrayant. En dépit de cela, ses yeux étaient plus endormis que d’ordinaire. Ses nerfs étaient tellement à vif qu’on pouvait presque les voir sortir de son corps, et il aurait dû avoir l’air épuisé, mais il semblait à la place, distant, presque froid. Il ne pouvait pas vraiment faire encore mieux, mais il devait quand même se dire qu’il avait encore beaucoup de choses à apprendre, et pour Merry, cela lui faisait penser qu’il les sortirait de là d’une façon ou d’une autre.

Hé, Haru, est-ce que tu réalises ? Pensa-t-elle silencieusement. Tu nous as sauvés tellement de fois comme ça. Si on regarde nos niveaux de puissance individuels, ou en tant que groupe, nous ne sommes peut-être pas des soldats volontaires de premier choix, ni de second choix d’ailleurs, alors comment a-t-on survécu jusque-là ?

Ce n’est pas grâce à quelqu’un d’autre ni grâce à quoi que ce soit, c’est entièrement grâce à toi, Haru. Est-ce que tu en es conscient ?

Probablement pas. Je parie que tu penses que c’est grâce à tout le monde. Grâce à tes camarades qui ont gentiment accepté de suivre et d’aider un leader médiocre.

Je ne peux m’empêcher de te trouver bizarre. Je pense que tu es ce genre de personne. Le genre que tout le monde suit, essaie d’aider, et dont on a envie de marcher côte à côte. Haru…

Je n’ai pas besoin d’être à tes côtés. Ça me va de marcher derrière toi, mais je veux qu’il y ait une place pour moi à cet endroit. Pour autant que je vivrai, je ferai mon travail. Je vais remplir mon devoir.

Setora semblait les guider sur un chemin plus que praticable. On pourrait même dire que c’était l’un des meilleurs possible.

La wyverne faisait des cercles au-dessus d’eux, comme depuis tout à l’heure. Elle les suivait, refusant de laisser ses proies s’échapper. Elle avait fondu sur eux à plusieurs reprises, mais personne n’avait été touché. Le chemin était étroit des deux côtés, parfois que d’un seul, et il y avait souvent beaucoup d’arbres. Il y avait de nombreux obstacles pour la wyverne, et Setora choisissait le chemin sur lequel le groupe pourrait trouver des refuges. Ça, et les nyaas jouaient probablement un rôle ou deux, eux aussi.

Il y avait une grande variété de nyaas. Non, pas juste les nyaas. Shuro Setora. Si elle, la nécromancienne et dompteuse de nyaa, n’avait pas été avec eux, ils n’auraient pu aller nulle part. Merry se devait probablement de reconnaître ce fait. Elle devait être reconnaissante envers Setora. Comme elle venait du village caché, elle manquait peut-être de retenue dans certains domaines. Mais ce n’était pas une mauvaise personne. Qui plus est, la seule raison qui faisait que Merry était là, c’était elle.

Si Haruhiro pensait que c’était une bonne idée, Merry l’aurait encouragé s’il voulait faire un bébé avec Setora, ou avec qui il voulait en faire un. Peut-être était-ce parce que ça avait été aussi soudain, mais il y avait des parties qu’elle avait encore du mal à accepter. Mais cela allait se résoudre avec du temps, elle en était certaine. Bientôt, elle pourrait penser que ce n’était qu’une suite banale d’événement. La raison pour laquelle sa poitrine lui faisait mal était parce qu’elle était en train de courir.

Et honnêtement, elle était proche d’atteindre sa limite.

Non, Merry pouvait encore se dépasser un petit peu plus, si elle le devait. Cependant, le visage de Shihoru était désastreux, et elle se dandinait d’une drôle de façon. Tsuga, qui était devant elles, avait l’air mal en point lui aussi. Il s’était pris ses propres pieds plusieurs fois, et il avait failli tomber au sol. La seule raison pour laquelle il n’était pas encore tombé était qu’Haruhiro l’avait aidé à chaque fois.

—La wyverne arrive ! Tout le monde sur la gauche ! s’exclama Haruhiro.

Des temps en temps, Haruhiro commençait à donner des ordres précis. Tout le monde était complètement épuisé, leur attention était éparse, et leur capacité à prendre des décisions était affaiblie. Haruhiro l’avait réalisé. S’ils faisaient comme il le disait, Shihoru et Tsuga pourraient s’en sortir d’une manière ou d’une autre. Mais ça n’allait pas être long avant que ça ne devienne encore plus compliqué pour eux.

J’en peux plus. Je suis à ma limite.

Ces mots étaient sur le bout de la langue de Merry. Mais elle ne pouvait pas les dire. Haruhiro faisait comme d’habitude, et il donnait tout pour eux. Le fardeau était clairement plus lourd pour Haruhiro, et ça devait être deux fois plus dur pour lui que pour n’importe qui. Merry ne pouvait pas dire qu’elle n’en pouvait plus.

—Setora, on ne peut plus courir ! s’exclama-t-il.

Oh, c’est pour ça.

Haruhiro avait parlé pour eux. Il était le plus en forme de tous, donc même si Haruhiro pouvait encore continuer à courir, il allait réalisait que tous les autres étaient au bord de l’épuisement et qu’ils ne pouvaient pas aller plus loin. Quel qu’en soit le résultat, il allait faire un choix, prêt à en assumer l’entière responsabilité. Haruhiro pouvait faire ça. Ce n’était certainement pas ce qu’il aimait faire, et c’était évidemment un fardeau, mais il n’essayait pas de refiler ce fardeau à quelqu’un d’autre.

Merry avait entendu parler de Manato le prêtre. Lui, et Moguzo. Ranta devait aussi les avoir trahis.

Même après avoir perdu des camarades, Haruhiro avait été capable de rester le leader. À travers épreuves et malheurs, il montrait le chemin à suivre.

Haru, est-ce que tu sais à quel point c’est incroyable ?

Quand je pense à ta douleur, mon cœur se déchire si facilement en deux. Rien qu’en imaginant la solitude que tu dois ressentir, tout mon corps se fige de peur.

Je veux te serre dans mes bras, et te réconforter, mais ce n’est pas grave, je suis sûr que c’est toi qui me réconforterais.

Tu dirais, « Tu n’as pas à faire ça. Je vais bien. On est camarade, mais on est seulement camarade. »

J’aimerais pouvoir t’avoir près de moi, tout en restant de précieux et irremplaçable camarade l’un pour l’autre.

—Même si nous combattons, il y a peu de chance que l’on gagne ! Contre-argumenta Setora en faisant une halte. Rien que d’essayer de la semer ! Nous avons peu d’espoir aussi !

—On le fera ! Haruhiro leva sa voix et dégaina son poignard. Enba et moi nous allons la prendre de front ! Merry, Tsuga-san, soyez prêts nous soigner à n’importe quel moment ! Shihoru, disperse Obscur sur toute la zone ! Que personne ne meure ! Je ne vous laisserai pas mourir ! On va vivre !

—D’accord ! répondirent Merry et Shihoru à l’unisson.

Tsuga était en train de tenir sa masse, mais il ne semblait pas avoir la force nécessaire pour le tenir et se battre.

Quand Setora donna l’ordre, « Assiste Haruhiro ! » Enba alla se placer à ses côtés. Merry, Shihoru et Tsuga se jetèrent dans les buissons sur leur droite. Qu’allait faire Setora.

Elle était diagonalement derrière Haruhiro et Enba, ses yeux fixés sur la wyverne dans le ciel. Cela signifiait qu’elle n’avait pas l’intention de ne laisser que ces deux-là risquer leurs vies seuls, semblerait-il. Elle était respectable.

La wyverne bleue entama sa descente. Naturellement, elle ne tombait pas. Elle était en train de fondre vers le sol. Mais on aurait dit qu’elle fonçait tête la première vers le sol. C’était effrayant. Merry voulait crier.

Haru, non ! Cours ! C’est trop dangereux !

Naturellement, elle ne fit rien. Maintenant qu’ils en étaient arrivés là, elle ne pouvait que regarder. Elle allait devoir lui faire confiance.

Shihoru cria, « Obscur ! » et elle appela son élémentaire. Merry ouvrit ses yeux aussi forts que possible, et elle s’arrêta de respirer.

La wyverne cria Pigyahhhhhhhhhhhh, battant puissamment des ailes tout en faisant demi-tour.

Ces jambes. Ses deux jambes étaient pointées vers eux. Et pourtant, cela ne brisa pas l’inertie de sa descente. Elle allait plus s’écraser sur le sol qu’atterrir. Est-ce que cela voulait dire qu’elle allait écraser Haruhiro et Enba en dessous d’elle ?

Haruhiro, Enba et Setora sautèrent sur le côté pour esquiver. La première fois, évidemment.

Ça n’allait pas se finir avec une seule fois. La wyverne écrasa le sol avec son pied droit, puis avec sa gauche, et elle sauta.

Pigyahhhh, pigyahh, pigyahh, brailla-t-elle, en dansant dans les airs alors qu’elle battait des ailes.

Les vibrations qu’elle produisait étaient intenses. On se serait cru à l’épicentre d’un tremblement de terre. Est-ce qu’Haruhiro, Enba et Setora allaient bien ? Un nuage de poussière s’était élevé, rendant la visibilité très pauvre.

—Haru ! Haru ! Haru ! Merry appela son nom à plusieurs reprises. Elle ne put s’en empêcher.

Le dragon de feu de Darunggar avait été à un tout autre niveau, et la wyverne ne valait rien face à l’hydra des Étendues Crépusculaires, mais elle possédait tout de même une aura assez intimidante qui pouvait rivaliser avec un géant blanc, et un de ceux qui faisaient huit mètres de haut. Elle était bien plus petite qu’eux, mais son envergure, la taille de ses ailes quand elles étaient dépliées, n’était à prendre à la légère.

La wyverne cria Piiigyahhhhh, et elle battit des ailes. Allait-elle s’envoler ?

Merry vit une silhouette humanoïde dans le nuage de poussière. Qui cela pouvait être ?

—Vas-y ! Shihoru envoya Obscur devant. Disperse-toi !

La forme humaine, ou plutôt la poupée, qu’était Obscur explosa dans un bang. Mais il ne fit pas qu’exploser. Il se dispersa. Obscur se présentait désormais sous la forme d’une épaisse et sombre brume qui enveloppa toute la tête de la wyverne. La wyverne s’enfuit.

Pigyahhh, pigyahhhh, brailla-t-elle, en agitant furieusement ses ailes de haut en bas pour gagner de l’altitude. Le brumeux Obscur ne la lâcha pas. Il la poursuivit, et… n’arriva pas à la suivre, huh. Quand la wyverne avait pris à peu près trois mètres de hauteur, la sombre brume devint soudainement plus fine et disparut. S’en était-elle débarrassée ?

Ou…

—Shihoru ?!

Merry se précipita de rattraper sa camarade. Shihoru avait été sur le point de s’effondrer. Elle n’était en aucun cas en état d’utiliser la magie. En dépit de cela, elle avait invoqué Obscur.

Qu’est-ce que je peux faire ?! Est-ce que je peux faire quoi que ce soit ?!

—Haru ! L’appela Merry.

Il y eut un immédiat, « Ouais ! » en guise de réponse.

Elle ne pouvait pas confirmer sa localisation, mais Haruhiro était en vie.

Qu’est-ce que je devrais faire là tout de suite ?!

—Ô Lumière, puisse la divine protection de Lumiaris te protéger, Halo !

Un éblouissant anneau de lumière apparut, et il entoura Merry et Shihoru. La lumière de Lumiaris allait soigner ceux qui étaient dans le cercle. Elle pouvait maintenir le cercle pendant un certain moment. Parce qu’elle était une prêtresse.

—Ô Lumière, puisse la divine protection de Lumiaris te protéger. Protection ! Assistance !

Deux hexagrammes de différentes couleurs apparurent sur le poignet gauche se Shihoru. L’un des deux apparut aussi sur le propre poignet de Merry, et sur celui de Tsuga parce qu’il était proche. Le sort n’atteignit ni Haruhiro, ni Setora et ni Enba.

En y réfléchissant, elle aurait dû poser Protection sur eux à l’avance. Elle ne faisait que répéter l’erreur qu’elle avait faite quand elle avait perdu Moguzo. Elle se sentait négligente, et comme une piètre prêtresse, mais… Je reste une prêtresse !

—Shihoru, je vais te protéger ! Tu as utilisé toutes les forces qu’il te restait !

—Merry…

Shihoru lui adressa un sourire épuisé, puis un léger hochement de tête. À cet instant, un éclat plus lumineux que la lumière de Lumiaris apparut.

—Très bien. Je me sens mieux grâce à toi… donc je vais tout donner jusqu’à m’effondrer !

Bien que la lumière de soin pût refermer les blessures, elle n’était pas d’une grande utilité pour restaurer l’endurance ou bien la puissance magique de quelqu’un. Assistance améliorait toutes les sortes de résistances, donc il devait donner un petit coup de pouce à la vitalité, mais ce ne serait pas important. Shihoru avait dû le savoir elle aussi. Il y avait peu de choses que Merry pouvait faire. Vraiment peu de chose, mais c’était toujours mieux que rien. Qui plus est, si elle était là, elle pouvait toujours couvrir Shihoru si le pire devait arriver.

Mon existence n’est pas sans but. Je vais faire tout ce que je peux !

—Peut-être que je vais commencer à prier Dieu. J’en suis pas trop fan, mais bon. Tsuga posa ses doigts sur son front, et dessina le signe de l’hexagramme. Ô Lumière, puisse la divine protection de Lumiaris te protéger. Prière.

Elle n’avait jamais vu ce sort avant. Prière.

Un unique rayon de lumière descendit des cieux pour illuminer Tsuga. Une sorte de phénomène surnaturel avait été rendu possible par la grande puissance du Dieu de la Lumière, Lumiaris. Personne ne savait vraiment ce qui allait se passer. Il pourrait même ne rien se passer du tout. Ou, peut-être que, même si quelque chose se passait, cela pourrait ne pas être reconnaissable ou visible par de simples humains ?

Il était dit que c’était l’un des sorts ultimes de magie de lumière, de pair avec Sacrement, mais il était dit que peu de prêtres avaient tenté de se le procurer. Et pour cause, ce n’était pas juste qu’il n’était pas sûr de fonctionner, ses effets étaient inconnus. Si ça ne procurait rien en retour de temps en temps, ce serait une chose, mais le sort pouvait parfois se retourner contre son lanceur.

Si Tsuga l’avait consulté en amont, Merry aurait probablement refusé qu’il lance ce sort. Mais il n’avait pas attendu et il l’avait lancé. C’était trop tard. Tout ce qu’elle pouvait faire était de prier que rien de désastreux ne se produise.

Peut-être que les prières de Merry furent exaucées. Ou peut-être que c’était la puissance de Prière. La lumière qui illuminait Tsuga disparut, et… c’était tout. On aurait dit que rien ne s’était passé. Tsuga claqua sa langue.

—Quoi, c’est tout ?

—Tsuga… dit Shihoru avec dégoût, en oubliant l’honorifique.

—Huh ? Est-ce que tu viens encore de t’adresser à moi sans honorifique ?

—…Tu te l’es imaginé. C’est ça, ou alors ton audition est lamentablement mauvaise.

Le nuage de poussière commençait à avoir complètement disparu, et Merry put apercevoir Haruhiro et les autres. Ils étaient toujours trois, comme ils devaient l’être.

—Elle arrive ! cria Haruhiro.

La wyverne.

La wyverne tourna en plein vol. Était-elle en train d’essayer de se mettre en position pour une autre plongée ?

—Obscur ! Shihoru invoqua l’élémentaire.

Merry enroula fermement ses bras autour de la taille de Shihoru, et elle serra ses dents. À quoi cela pouvait bien servir ? Elle ne voulait pas penser à ça. Pour le moment, elle allait rester à ses côtés.

Piiiiigyahhhhhhhhhhhiiiiiiiiiiiiiyahhhhhhhhhhhh !

La wyverne agita sa tête tout en hurlant. Elle oublia ses ailes pendant un bref instant et perdit un peu de hauteur. On aurait dit qu’elle allait étrangement lentement, mais c’était son imagination. Elle était presque sur eux.

Shihoru laissa échapper un cri de surprise. Avait-elle hésité sur le fait de devoir envoyer Obscur ou pas ? Elle semblait s’être arrêtée en pleine hésitation. Cela dit, Shihoru avait atteint un stade extrême d’épuisement, et il n’était pas sûr qu’elle puisse encore utiliser sa magie. C’était pour ça qu’elle avait tout mis sur l’Obscur actuel. Shihoru était en train d’essayer d’en finir.

Et pour accomplir ça, elle devait atteindre le moment parfait. Même avec un danger aussi proche d’elle, elle pouvait rester concentrée sur sa mission. C’était la force de Shihoru.

Merry pensa elle aussi que quelque chose était étrange. Mais qu’est-ce qui l’était ?

La vitesse et l’angle de sa descente.

La différence était minime, mais elle n’allait ni à la même vitesse ni avec le même angle dans sa descente par rapport aux précédentes. La wyverne venait vers eux un peu plus diagonalement. C’était un petit peu plus lent aussi. Cette fois, elle n’avait pas la puissance qu’elle avait eu avant. Et pourtant, Haruhiro et les autres ne pouvaient que l’esquiver. Il n’y avait pas d’autres options.

Haruhiro se jeta sur sa droite, et Setora et Enba se jetèrent sur leur gauche pour esquiver la wyverne. Celle-ci atterrit ensuite sur le sol avec assez de force pour s’écraser – ou pas. Elle ne sortit pas ses jambes non plus.

Elle s’était soudainement redressée juste avant de toucher la surface.

La wyverne ne s’envola pas haut non plus. Elle effectua un virage serré, puis elle redescendit sur eux à nouveau.

—Quoi !

Merry était passée à rien de s’accrocher à Shihoru sans le vouloir, mais elle arriva à se retenir.

Plongeon serré, remonté serré, plongeon serré, remonté serré. La wyverne répéta ces actions comme un pendule.

Bien qu’elle comparât cela à un pendule, ce n’était pas comme si la wyverne prenait toujours le même trajet. Elle prenait toutes les directions possibles. Ses angles et ses vitesses étaient probablement différents à chaque fois. Le nuage de poussière dégagé était époustouflant, mais pas autant que quand la wyverne atterrissait et s’envolait. Elle arrivait à voir, mais faiblement.

Quelqu’un trébucha alors qu’il essayé de s’écarter du chemin de la wyverne. Était-ce Setora ?

Enba alla directement l’aider à se relever. À cet instant, la wyverne changea sa montée en un plongeon, et elle fonça droit sur les deux. Cette fois, ces jambes étaient sorties. Elle avait l’intention de les écraser.

Avec un « Nnnnnnnnnnnnnnnngh ! » Enba jeta Setora hors de danger, et il essaya de se jeter hors de portée lui aussi.

C’était vraiment difficile. Il n’y arriva pas.

Le pied droit de la wyverne érafla la bras droit d’Enba. Et ce fut suffisant pour que le bras droit d’Enba se fasse déchirer, et emporter.

—Ennnnnnnnnnnbaaaaaaaaaaaaaa !

S’étant positionnée pour atterrir en toute sécurité, au moment où Setora s’était relevée, elle essaya de se précipiter vers Enba, mais Haruhiro l’attrapa au passage et il l’a pris avec elle.

La wyverne commença sa menaçante et terrifiante danse. Elle battit des ailes et s’envola.

Enba était introuvable. Que lui était-il arrivé ? Ce n’était pas juste dangereux pour Enba cela dit ; c’était une menace pour Haruhiro et Setora aussi.

—Obscur ! Voilà tout ce que j’ai ! cria Shihoru.

Shihoru avait-elle décidé que ce n’était plus le moment d’attendre pour l’occasion parfaite ? Obscur qui avait flotté au-dessus de son épaule de lança enfin.

Obscur chargea en direction de la wyverne en émettant un son qui donnait l’impression que de l’électricité était en train de parcourir leurs oreilles et leurs peaux. Il n’y aurait pas de seconde chance. Shihoru avait tout mis dans cet Obscur. C’était pour ça que Merry avait naturellement pensé qu’il serait plus gros. Ses attentes furent trahies. C’était l’inverse. Obscur se rapetissait à mesure qu’il avançait. L’étrange bruit se taisait lui aussi.

En partie à cause de ça, la wyverne n’essaya pas d’esquiver Obscur. Il se pourrait qu’elle ne l’ait même pas remarqué. Merry ne pouvait pas le voir. Elle suspecta qu’Obscur avait frappé la wyverne quelque part autour de son torse. Il était devenu trop petit avant de la frapper, alors Merry l’avait perdu de vue.

Mais cela ne faisait aucun doute qu’Obscur avait touché la wyverne. Si ça n’avait pas été le cas, la wyverne n’aurait pas ouvert ses ailes, jeté sa tête en arrière, et son corps n’aurait pas commencé à trembler frénétiquement.

Ça avait fonctionné.

Alors que les yeux de Shihoru roulaient vers l’intérieur de son crâne, qui tomba sur l’une de ses épaules, Merry la prit dans ses bras et laissa échapper une louange silencieuse.

Shihoru ! C’était incroyable. Tu es géniale. C’était plus que magnifique. Je n’arrive pas à croire que tu puisses utiliser une telle magie.

La wyverne se pencha vers l’avant. Elle rendait son dernier souffle, peut-être ?

Non.

Pyohhhhhhhhhhhhhh…. Cria la wyverne tout en commençant à battre des ailes. On aurait plus dit qu’elle était en train de frapper le sol pour s’équilibrer avec ses ailes qu’elle n’essayait de s’envoler. On aurait dit qu’elle avait dû mal à se maintenir, mais elle n’était pas encore à court de force. Elle arrivait.

La wyverne était en train de venir vers eux, même si son approche était chancelante.

Où étaient Haruhiro et Setora ? Merry n’avait pas le temps de les chercher. Tsuga referma sa prise sur sa masse, il expira, et il dit, « Prends soin de cette fille pour moi », dans un soupire.

Shihoru avait perdu connaissance dans les bras de Merry. Merry hocha la tête en se baissant avec Shihoru dans ses bras.

Elle ramassa le bâton de Shihoru. Si elle avait son bâton de mage, elle pourrait l’utiliser pour quelque chose. C’était toujours mieux que d’avoir les mains vides.

La wyverne avait toujours le pas titubant, mais elle se rapprochait de plus en plus. Était-ce à cause d’Halo ? Si la wyverne avait découvert Merry et Shihoru à cause du cercle de lumière, et donc qu’elle les prenait pour cible, c’était une belle façon de se ramasser en beauté. Il était trop tard pour les regrets désormais, mais c’était frustrant.

Je suis tellement…

Tout à coup, quelque chose de lourd arriva derrière elle et tomba à ses pieds avec un bruit sourd. Quand elle se retourna pour voir, elle vit un homme grand qu’elle ne s’attendait absolument pas à voir. Que faisait-il ici ?

Kuzaku releva son visage.

—Ha ha ! Je t’ai trouvé. On a l’air dans la giga sauce, mais… Je suis chaud bouillaaaaant !

Il sauta sur ses pieds.

Des blessures. Kuzaku avait l’air blessé. Il était couvert d’égratignures. Étaient-elles en train de se faire soigner par Halo ? Vous ne savez jamais quand quelque chose va fonctionner en votre faveur.

Kuzaku cria, « Laisse-moi t’emprunter ça ! » Et il arracha le bâton de Shihoru des mains de Merry.

—Même ça c’est mieux que rien ! Merry-san, prends Shihoru et cours !

Merry bougea la tête. Elle voulait juste emporter Shihoru loin d’ici. Elle allait cacher Shihoru quelque part, puis elle reviendrait. Il devait y avoir quelque chose qu’elle pourrait encore faire avec sa magie de lumière. Il devait y avoir quelque chose. Le cercle de lumière était en train de disparaître. Kuzaku et Tsuga se mirent à l’avant. La wyverne fonçait sur eux avec des pas tonitruants qui faisaient trembler le sol.

Même si Kuzaku et Tsuga se battaient de toutes leurs forces, ils ne pourraient jamais faire s’arrêter ce monstre. Mais ils pourraient au moins le faire ralentir pendant quelques secondes. Ils pouvaient gagner du temps. C’était probablement leur intention. Naturellement, Merry allait aider elle aussi.

Mais elle ne s’était jamais imaginé qu’il y aurait un inattendu hurlement de, « Awoooooooooooooooo » qui résonnerait dans toute la zone, avec des dizaines de loups noirs qui se rueraient sur la wyverne.

Si la wyverne avait été au meilleur de sa forme, cela n’aurait pas eu d’importance, mais elle souffrait encore de sa collision avec Obscur. Les loups déchirèrent les jambes de la wyverne, et les extrémités de ses ailes.

La wyverne se débattit, agitant ses ailes pour garder les loups noirs hors de distance. Cependant, les loups noirs étaient vifs et persistent. Quand elle en rejetait un, il y en avait un autre, et quand elle se débarrassait de celui-ci, un autre encore arrivait. Ils attaquaient de toutes les directions, attaquant chacun son tour.

Ils avaient l’habitude d’attaquer en meute pour abattre des créatures qui étaient bien plus grosses qu’eux. Ils étaient organisés. Ils avaient un leader absolu, et ils suivaient les ordres de ce leader.

—Meoooooooooooooooooow !

Cette voix n’était pas celle d’un loup. C’était une voix humaine.

À droite de la direction vers laquelle Merry regardait, il y avait une pente qui remontait graduellement. C’était là qu’elle se trouvait. Il n’y avait pas qu’elle. Il y avait un grand loup noir aussi. Ça, et le gobelin maître des bêtes.

Pourquoi ces trois-là étaient-ils ensemble ?

Yume gonfla ses joues et jeta son poing dans les airs.

—Yume, et Onsa, et Garon sont là pour sauter la situation ! Meoooow !

Yume, tu voulais probablement dire  »sauver » la situation. Et aussi, pourquoi tu miaules ?

Pas que cela avait de l’importance. C’était mignon, après tout. Quelque chose de chaud était en train de bouillonner dans sa poitrine. Sa vision se troubla. Merry se retint. Elle n’allait pas pleurer. Impossible. Les larmes s’envolèrent en un rien de temps.

La wyverne. Quelqu’un avait attrapa la nuque de la wyverne. La wyverne, étant une sorte de dragon, avait son corps couvert d’écailles, mais en y regardant de plus près, elle avait aussi des poils. Quelqu’un était en train de s’accrocher à ses poils, et il n’essayait pas juste de rester accrocher, il était en train de l’escalader.

—Haru ! cria Merry.

À quoi pensait-il ? Quand était-il arrivé là-haut ?

Arrête. C’est dangereux ! Voulait-elle crier, mais sa voix n’allait pas sortir.

Elle savait. Haruhiro n’allait pas s’arrêter. Parce que c’était là que le combat allait se décider. Tout le monde était réuni au bon endroit. Ils pourraient ne pas avoir d’autres occasions.

Haruhiro était en train d’essayer d’en finir. Dans le but de débloquer la situation, il avait tout mis sur cette tentative. Il n’était pas désespéré. Même quand Haruhiro risquait sa vie, il avait un plan solide dans sa tête. Rien ne pourrait l’arrêter désormais. Alors Merry devait croire en lui et espérer. Le regarder. Et être sûre de ne pas le manquer.

Haru va y arriver.

Grimgar of Fantasy and Ash, Tome 9, Chapitre 10 — illustration

Comme pour les oiseaux, les jambes avant de la wyverne s’étaient développées en ailes. Elle n’avait ni bras ni mains. C’était pour ça qu’elle ne pouvait pas se débarrasser de Haruhiro sans effort. Connaissant Haruhiro, il avait probablement pris ça en considération avant de se jeter sur elle. Une fois qu’il fut arrivé à l’arrière de sa tête, le reste fut rapide. Haruhiro sauta sur le visage de la wyverne, puis il planta son poignard dans son œil droit. Il recommença trois fois, puis il fit pareil avec l’œil gauche. La wyverne émit un cri à en faire trembler les cieux et elle se tordit de douleur.

Haruhiro attendit que la wyverne baisse sa tête, puis il sauta pour s’enfuir. Même si ce qu’il venait de faire relevait de tendance suicidaire, il choisissait tout de même de vivre. Naturellement. S’il mourait devant eux, ils auraient des problèmes.

La wyverne battit des ailes. Allait-elle s’envoler ? Elle essayait. Ses yeux avaient été arrachés, donc elle aurait beaucoup de mal à y arriver, même haut dans le ciel. Mais ce devait être toujours mieux que d’être au sol, qui regorgeait d’ennemis qui ne voulaient pas son bien. Ça devait être ce qu’avait décidé la wyverne. Oui. C’était la bonne chose à faire.

—Nous aussi ! Elle entendit la voix de Haruhiro. Courrez ! Tant qu’on le peut !

—Meow ! cria Yume tandis qu’elle dévalait la pente.

Le grand loup noir et le gobelin ne bougèrent pas. Yume leur dit, « Meow voir ! », et on aurait dit qu’elle leur avait fait un signe de la main. Kuzaku arracha Shihoru des mains de Merry et il la porta lui-même.

—Allons-y, Merry-san !

—D’accord !

Si elle devait être honnête, Merry voulait porter Haruhiro. Mais Haruhiro ne le voudrait pas. La chose était que Haruhiro avait la plupart de sa concentration sur ses camarades. Pour que l’esprit de leur leader soit le plus paisible possible, ils devaient se retirer aussi vite que possible. C’était ce qu’il y avait de mieux à faire.

La wyverne était en train de partir, et Haruhiro et Yume allaient bien.

Merry reprit le bâton de Shihoru à Kuzaku, et elle passa devant tandis qu’ils fuyaient. À l’arrière garde, Tsuga, se mit à rire.

Merry n’en croyait pas ses yeux. Était-ce vraiment possible ? C’était de la brume. Soudainement, la brume s’invita.

Qui l’aurait cru ? Elle avait pensé que rien ne s’était passé du tout. Avait-elle eu tort ? Prière. Serait-ce le sort qui avait amené la brume ?

Elle avait entendu dire que les wyvernes volaient depuis les Montagnes Kuaron à l’est les jours de beau temps. Il y avait même eu une fois où plus d’une dizaine d’entre elles avaient attaqué le village caché en même temps. Cela voulait dire que la wyverne bleue ne devait pas être la seule dans les parages. D’autres wyvernes pourraient dans les Milles Vallées à la recherche de proies, et ils auraient pu très bien en rencontrer d’autres.

Avec la brume de sortie, cela dit, ce ne serait plus possible.

Avaient-ils été chanceux ? Merry pensait autrement. La chance avait joué un rôle, sans nul doute, mais il y avait quelque chose d’autre. Comme ils avaient tous fait de leur mieux et qu’ils n’avaient pas abandonné, ils avaient pu arriver à ce résultat.

À cause de la brume, la visibilité se détériora rapidement. Même quand ils levèrent la tête vers le ciel, ils ne pouvaient même plus discerner la silhouette de la wyverne.

—Yume !

—Haru-kun !

Au moment où elle entendit les deux s’appeler par leurs prénoms, elle ne put se retenir plus longtemps. Merry continua de courir, sans même s’embêter à essuyer les larmes qui coulaient.

Quand Setora cria, « Haru ! » et que Haruhiro répondit, « Dieu merci tu vas bien ! » Merry ne ressentit rien d’autre que du soulagement. Elle arrivé à ressentir un soulagement sincère en découvrant que Setora allait bien.

Si Merry restait telle qu’elle était, elle pourrait arriver à continuer sans se haïr. Tout le monde était précieux à ses yeux, elle les aimait, et aussi embarrassant cela soit-il de l’admettre, elle voulait leur dire en toute transparence. Elle voulait leur dire à tous avec un sourire sur les lèvres. Un de ces jours, elle arriverait sûrement à le faire.

C’était ce qu’elle se disait.

Commentaires

Laisser un commentaire