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Chapitre 10

Pour Quelle Raison ?

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~17 min

C’en était devenu aveuglant. Les innombrables lumières qui transperçaient les ténèbres s’agitaient dans tous les sens, et c’en était devenu aveuglant. À chaque fois que Shihoru trébuchait sur quelque chose, ou qu’elle marchait dans un trou et manquait à peu de chose près de tomber, Kuzaku la rattraper. Elle avait arrêté de s’excuser à chaque fois que ça arrivait. Elle n’avait plus assez de force pour former les mots dans sa bouche.

J’en peux plus. Je ne peux pas aller plus loin. Cela faisait un moment déjà qu’elle pensait ça.

J’aimerais juste qu’ils me laissent ici.

Mais même si elle leur disait cela, Kuzaku n’abandonnerait pas Shihoru, et il en était probablement de même pour Katsuharu. Et comme elle le savait, elle ne pouvait pas leur dire ça.

—Katsuharu-san ! Kuzaku interpella l’homme qui se trouvait devant eux. Qu’est-ce que vous en dites ?! Vous pensez qu’on peut les semer ?!

—Qui peut le dire ? Katsuharu était à bout de souffle. Il nous reste encore pas mal de chemin avant d’atteindre le village, donc ça va dépendre de vous deux.

—Et merde ! C’est à cause de moi, j’ai été trop bruyant, les nyaas nous ont trouvés, et… !

—Ça ne sert à rien de se le reprocher. C’est moi qui vous ai invités à me suivre après tout. C’était imprudent de s’approcher aussi près d’eux. La faute me revient.

—Attendez, pourquoi vous avez l’air si calme ?!

—Quand je paniquerai, là on sera vraiment mal, dit Katsuharu.

Les nyaas. Il y avait des nyaas derrière eux, évidemment, mais aussi sur leur droite et sur leur gauche. Même avec ces insectes luminescents appelés rurakas qui volaient autour d’eux, il faisait sombre. C’était donc pour ça que, malgré qu’ils ne puissent pas voir les nyaas, ils pouvaient les entendre.

Nyaa… Nyaa… Nyaa… Nyaa… Nyaa… Nyaa… Nyaa… Nyaa… Nyaa…

Des miaulements qui provenaient de toutes les directions.

Les nyaas étaient-ils proches ? Ou l’inverse ? Combien étaient-ils ? Shihoru n’en avait pas la moindre idée. De ce que leur avait dit Katsuharu, les nyaas apprivoisés prenaient parfois leur temps, poussant lentement leur cible dans un coin comme ici. Et c’était vrai, ils commençaient à se sentir cernés. Ou du moins, c’était le cas pour Shihoru et Kuzaku.

—Bon, dit Katsuharu avec une voix beaucoup trop décontractée pour quelqu’un en train de courir. Pour le moment, il semblerait qu’il n’y a que les nyaas qui nous poursuivent. Vu comment ça a l’air de se dérouler pour l’instant, on pourrait éventuellement arriver jusqu’au village. Donnez tout ce que vous avez.

Donnez tout ce que vous avez, avait-il dit.

C’était ce que pensait être en train de faire Shihoru. Elle était en train de donner le maximum d’elle-même. Mais, aussi persistante soit-elle, il y avait des limites à ce qu’elle pouvait faire. Une fois qu’elle serait épuisée et qu’elle ne pourrait pas faire un pas de plus, elle deviendrait un fardeau pour Kuzaku et Katsuharu.

Attendez.

Soudainement, elle perdit toute la force dans ses jambes, et elle ne pouvait plus faire avancer ses pieds. Shihoru se rattrapa rapidement sur son bâton. Cela lui évita de tomber, mais elle ne pouvait plus courir. Elle croyait ne pas pouvoir marcher non plus. La voilà donc. Sa limite.

—Shihoru-san ?! Kuzaku s’arrêta. Qu’est-ce qu’y a ? Pourquoi tu t’es arrêtée ?

—Bon sang. Katsuharu fit demi-tour et alla s’accroupir devant Shihoru avec son dos tourné vers elle. Allez. Je vais te porter sur mon dos. Monte.

—N-Non, je ne peux pas vous demander de…

—Shihoru-san, laisse-le te porter ! Cria Kuzaku. Si nécessaire, je prendrai les ennemis pour vous deux !

—Voudrais-tu te dépêcher ? Demanda Kastuharu. Vois-tu, cette position me fait mal aux lombaires.

—D-Désolée. Bon, e-excusez-moi… !

Le dos de Katsuharu était plus large que ce à quoi s’attendait Shihoru, et cela lui donnait une impression de soulagement. Être capable de porter Shihoru, qui était assez lourde, et sans que cela n’empiète sur sa course, cet homme était décidément plus en forme qu’il n’en avait l’air.

—Désolé, mais est-ce que tu pourrais t’accrocher un petit peu plus fort ? Demanda Katsuharu.

—…D-D’accord !

—Oui, je suis effectivement un homme chanceux.

—…Huh ?

—Rien, je me parle tout seul. Oublie ça. Cependant, j’aurais dû faire ça depuis le début. Heh… Je plaisante, bien sûr. J’essaie de détendre l’atmosphère, tu vois ?

Peut-être était-il quelqu’un de fiable, mais il avait aussi l’air de quelqu’un de dangereux.

En parlant du danger, qu’en était-il des nyaas ? Shihoru avait fait du bon travail en les ralentissant tous, donc il était difficile de se dire que la situation s’était améliorée. Si on le prenait rationnellement, ça devrait être pire.

Un loup hurla au loin.

—C’était quoi ça, à l’instant… ?! Kuzaku regarda derrière lui sans s’arrêter.

—Pas bon. Dit Katsuharu à voix basse en regardant rapidement à droite puis à gauche.

Le côté gauche était plat, mais le côté droit était légèrement incliné vers le haut. Le chemin devant et derrière eux était étriqué.

—L’endroit est mauvais. Je pense que je le ferai quand on aura atteint un meilleur endroit. Je vais en massacrer quelques-uns, et vous deux vous allez courir.

—Non, Katsuharu-san, vous n’avez aucune raison de faire ça pour nous ! Cria Kuzaku.

—Si vous aviez été plus vieux que moi, je vous aurais sacrifié pour sauver ma peau, mais voir des jeunots mourir me dégoutte au plus haut point. Oh, mais vous faites pas de biles, je vais pas me laisser faire facilement. En fait, j’ai pas mal d’années derrière moi si vous voyez ce que je veux dire.

—Je ne pourrai pas courir bien loin, de toute façon… Shihoru serra les dents. Bien qu’il l’ait aidé en la portant, elle était toujours essoufflée. Je me battrai avec vous. C’est mon devoir. Je vous aiderai avec ma magie.

—Je voulais me la jouer, mais je suppose que c’est comme ça que ça devait être.

Peu de temps après, quand ils entrèrent dans une zone plate avec beaucoup d’arbres, Katsuharu déposa Shihoru et dégaina son katana. Kuzaku prépara sa lame noire et son bouclier et il se positionna devant Shihoru.

Il n’y avait pas beaucoup de rurakas ici.

Nyaa… nyaa… nyaa…. nyaa…

D’après les miaulements, les nyaas ne devaient pas être bien loin. Les loups étaient en train de hurler.

—Obscur…

Quand Shihoru concentra sa volonté et appela son nom, l’élémentaire Obscur apparut comme s’il sortait d’une porte qui menait à un monde invisible. Les filaments d’Obscur de tortillèrent pour se regrouper en spiral avant de prendre une forme humaine. Obscur se déposa délicatement sur l’épaule de Shihoru.

Katsuharu jeta un coup d’œil à Obscur, puis il dit « Oh », d’admiration.

—‘En voilà un sort que je ne connais pas.

—C’est un original, celui de Shihoru-san. Tout en faisant attention aux alentours, Kuzaku prit une profonde inspiration. Vous pensez que les nyaas vont nous attaquer directement ?

—Non, ils ne se battent pas souvent. Quand l’un d’eux se fait tuer, ils ont tendance à devenir très peu coopératifs. C’est pour ça que les dresseurs de nyaas n’aiment pas les faire combattre.

—Donc, ceux qui vont venir… commença à dire Kuzaku, puis il s’arrêta de parler.

Il y a eu un bruit. Des pas ? Ça nous charge dessus. De la gauche. Un loup. Un loup noir, huh ?

Shihoru allait envoyer Obscur pour le réceptionner, mais elle ne fit finalement rien. Il n’allait pas arriver à temps.

Katsuharu se dirigea vers la gauche en utilisant une méthode unique de déplacement avec laquelle ni sa tête si ses hanches ne se levaient ou descendaient. Avant que le loup noir ne pût sauter sur lui, Katsuharu était déjà en train de porter un coup vers le bas avec son katana. Il ouvrit la tête du loup en deux, et celui-ci s’effondra. Katusharu utilisa ensuite la même technique pour aller se replacer à sa position originelle.

—Le prochain arrive.

—Uragh… !

Kuzaku repoussa quelque chose avec son bouclier. Est-ce qu’un autre loup noir l’avait taclé ?

—Si vous essayez de le suivre avec vos yeux, ce sera déjà trop tard.

Katsuharu porta un coup avec son katana. On aurait dit qu’il avait fait mouche.

—Ne regardez pas. Ressentez.

Shihoru ne pourrait jamais faire ça. C’était une mage. Non, dire qu’elle ne pourrait pas le faire parce qu’elle était une mage était juste de la couardise.

Par derrière, l’un d’eux approché. Alors qu’elle se tournait dans cette direction, elle donna l’ordre.

—Vas-y !

À l’instar de la magie que Shihoru avait apprise durant son séjour à la guilde, Obscur ne volait pas en ligne droite. Il était guidé, d’une certaine façon.

Il y avait un loup noir. Ce n’était pas comme si elle avait pu être en mesure de voir le loup noir se tapir derrière elle dans les ténèbres. Ce que Katsuharu avait dit s’était montré immédiatement utile.

Ne regarde pas. Ressens.

Quelque chose fonçait vers Shihoru, et elle eut le souhait qu’Obscur entre en collision avec.

Uniquement ça. Obscur protégea Shihoru.

Le loup noir aboya, puis il tourna les talons et s’enfuit.

Shihoru invoqua immédiatement Obscur une nouvelle fois.

—Viens, Obscur !

—Désolé, Shihoru-san !

Kuzaku était en train d’utiliser son épée et son bouclier pour repousser les loups noirs, et il essayait tant bien que mal de protéger Shihoru.

—Est-ce qu’il y en a pas genre beaucoup trop ?!

—Dans les moments comme celui-ci, vaut mieux se dire qu’il y en a plus que ce que tu peux vraiment voir.

Katsuharu se déplaçait avec cette particulière technique de marche, comme avant, balançant son katana pour infliger des coups chirurgicaux dans les têtes des loups noirs. Ce n’était pas extravagant d’élégance, mais même une mage comme Shihoru pouvait dire qu’il était doué.

—Il va y avoir une petite pause.

Tout se passa comme Katsuharu l’avait dit. Les loups noirs s’arrêtèrent soudainement de les charger, préférant les grogner à une certaine distance. Shihoru faillit sortir un soupir de soulagement sans le faire exprès.

—Maintenant ! Katsuharu se mit à courir. Suivez-moi !

—Shihoru-san ! S’exclama Kuzaku.

—D-D’accord ! Répondit-elle.

Elle s’était perdue dans ses pensées. Était-ce la bonne chose à faire, ou non ? Elle n’avait juste pas le temps d’y réfléchir. Shihoru se lança à la poursuite de Katsuharu.

Katsuharu abattit l’un des loups noirs pour ouvrir une brèche dans leur formation, puis il se mit à courir. Les loups noirs essayèrent de se ruer sur Katsuharu, comme s’ils se faisaient aspirer par lui. Il lança de puissantes attaques sur sa droite et sur sa gauche, ouvrant un passage.

Kuzaku et Shihoru s’engouffrèrent dans ce passage. Kuzaku aida aussi, distrayant deux ou trois loups avec son épée et son bouclier. Shihoru ne voulait pas conserver la puissance d’Obscur, mais elle avait de plus gros problèmes. Elle fut rapidement à court de souffle. Son cœur battait à cent à l’heure et était sur le point d’exploser. C’était peut-être déjà trop pour elle.

Et puis Katsuharu s’arrêta.

Kuzaku et Shihoru dépassèrent Katsuharu avec leur inertie. Après avoir fait un demi-tour qui avait manqué de peu de le faire tomber, Katsuharu regardait les loups noirs en tenant son épée un petit peu en dessous de son centre de gravité. Les loups se dispersèrent à droite et à gauche tout en restant attentifs au moindre de ses mouvements. Essayaient-ils de l’encercler en groupe à nouveau ?

—Est-ce qu’on va juste continuer à faire ça ? Dis Kuzaku en grimaçant. C’est tellement stressant. Mais bon, dirait qu’on n’a pas le choix.

Shihoru voulait dire quelque chose, ma sa voix la trahit.

Katsuharu commença à se retirer, donc Kuzaku et Shihoru reculèrent avec lui. C’était vraiment stressant. Mais combien de fois allaient-ils devoir répéter ça avant d’atteindre le village ?

Nyaa.. nyaa… nyaa…

Les nyaas miaulaient.

On est là. On est juste là. Nous sommes si nombreux. Nous vous suivrons où que vous alliez, ces miaulements étaient intimidants.

Si Shihoru était restée celle qu’elle était, son cœur se serait déjà brisé. Mais désormais, elle pouvait tenir un petit peu plus longtemps. Même si, dans le pire des scénarios, elle devait laisser Katsuharu et Kuzaku partir et rester ici toute seule, elle n’allait pas simplement atteindre que la mort l’emporte en se résignant. Elle ne pensait pas être devenue forte, mais elle voulait devenir forte.

—Tout va bien se passer, Shihoru hocha la tête. Je dois revoir tout le monde. … Parce que je veux les revoir.

—Ouais. Kuzaku esquissa un petit sourire. On va pas s’laisser tuer pas un petit rien du tout comme ça, si ?

—C’est ça que j’aime voir. Katsuharu se tourna et se remit à courir. En avant !

Shihoru et Kuzaku essayèrent de le suivre. Mais peu de temps après Katsuharu fit un arrêt brusque. Il n’avait pas d’autre choix que de le faire.

Il y avait quelque chose de gros qui lui barrait la route. Elle n’avait pas été là de base. Sinon, Katsuharu n’aurait jamais pris ce chemin.

Pendant un moment, Shihoru pensa que c’était un tigre, un lion, ou une sorte de gros chat.

Mais elle avait tort.

D’après ses formes, cette chose était-ou plutôt, cette chose était aussi– un loup. Il était bien trop grand pour n’être qu’un simple loup. Et en plus, sur son dos, il y avait quelque chose… qui le montait ?

—Ow…. Katsuharu se claqua le front avec sa main gauche. Le maître des bêtes est là, huh ? Désola de vous dire ça, mais on peut pas se sortir de ça.

—Ce n’est pas juste le maître des bêtes, répliqua la voix d’un homme.

Elle venait de derrière eux. En d’autres termes, la zone dans laquelle ils se trouvaient était complètement encerclée par les loups noirs.

Quand Shihoru se retourna, elle vit une silhouette humanoïde qui se tenait derrière les loups noirs aux dents acérées. Pas juste une. Il y en avait plusieurs.

Mais un humain… ?

—Je suis là aussi, intrus. Je vous punirai pour passer le temps.

Il n’y avait pas le moindre doute. C’était une voix humaine, celle d’un homme. Ce fait seul aurait déjà été un choc, mais il y avait quelque chose d’encore plus, bien plus choquant que ça.

Les silhouettes s’approchaient. Le leader était un humain, comme elle l’avait pensé. L’homme humain avait cinq ou six orcs à ses côtés. Cependant, l’un d’entre eux était anormalement petit.

—Tu te… fous de moi…, bafouilla Kuzaku. Qu’est-ce que ça veut dire… ?

Shihoru cligna des yeux en se secouant la tête.

—…. Pourquoi ?

—Hé, Ranta. L’homme de tout à l’heure lui fit un signe avec son menton. Déchaîne-toi pour nous maintenant. Je vais pas te demander de prouver ta loyauté, mais si t’es notre camarade, tu peux au moins te joindre à nos combats.

—Cela va de soi. Le petit homme abaissa la visière de son heaume, et il dégaina son épée Faucheuse. Ça me dérange pas de me battre. Regarde bien, vieux Takasagi. Dans peu de temps, tu vas me supplier de me prendre comme disciple, je te le garantis.

—…Ranta-kun, murmura Shihoru.

Elle eut l’impression que le sol se mit à trembler violemment. Il devait y avoir une erreur quelque part. Ça, ou un mauvais rêve.

Oh. Connaissant Ranta, ça devait être l’une de ses mauvaises blagues. Il voulait les surprendre et leur jouer un tour.

Mais si ce n’était pas ça…

—Vous le connaissez ?

Demanda Katsuharu à Shihoru et Kuzaku, et pratiquement au même moment, l’ancien Takasagi, ou qui qu’il puisse être, demanda à Ranta,

—Tu les connais ?

—C’est pas juste qu’on le connaît…

Kuzaku serra les dents.

Shihoru ne pouvait qu’acquiescer.

—Eh bah, ouais. Ranta souffla du nez. Pas que ça ait de l’importance. Je suis un membre des Forgan maintenant. Peu importe qui ils sont, j’écraserai quiconque posera la main sur nos gars. On peut pas les laisser se moquer de nous.

—J’espère que c’est pas juste des paroles en l’air.

Takasagi rentra sa main dans son col. Son bras droit était… Apparemment, il n’en avait pas.

—Tu vas vite le savoir. Ranta étira sa nuque d’avant en arrière. Préparez-vous. C’est l’heure du massacre, les gens.

Shihoru n’arrivait toujours pas à y croire.

Il se jeta sur eux. Jaillissement.

C’était Ranta.

Katsuharu se demanda s’il devait l’intercepter ou non, mais il recula. Kuzaku se tenait là, planté presque comme un piquet, au moment où Ranta lui lança un violent coup d’épée.

Kuzaku leva rapidement son bouclier pour se défendre.

—Quo… ?!

—Prends ça !

Ranta ne lui donna pas le temps de reprendre son souffle et il lança une attaque circulaire.

—Espèce de pousse de bambou !

—Urgh ! AH ! Quo.. ?!

Tout ce que pouvait faire Kuzaku c’était de bloquer les attaques de Ranta avec son bouclier. Non, il avait déjà pris un bon nombre de coups. Kuzaku portait une armure lourde, et c’était la seule raison qui lui avait permis de rester en vie.

—Ra-Ranta-kun ?! Whoa, attends !

—Quel genre d’idiot attendrait si on lui demandait d’attendre ?!

Ranta utilisa Jaillissement pour se placer sur le flanc droit de Kuzaku, puis il lança une puissante attaque en tenant Faucheuse avec ses deux mains.

—Oorahhhhh !

Kuzaku était en train de tenir son bouclier avec sa main gauche. S’il se faisait attaquer sur son côté droit, il ne pourrait pas bloquer avec son bouclier. Même s’il allait la dévier avec son épée, la réponse de Kuzaku était trop lente. Kuzaku l’arrêta avec son bras droit.

—Guh… ?!

Son bras était aussi couvert avec son armure, donc il ne fut pas coupé en deux. Cependant, Kuzaku faillit lâcher son épée, et la douleur était assez insupportable.

Katsuharu s’avança instantanément, donc Ranta dut utiliser Épuisement pour sauter en arrière et mettre de la distance.

Dieu merci, pensa Shihrou.

Si Katsuharu ne s’était pas interposé, Kuzaku aurait pu se faire abattre par la prochaine attaque.

La prochaine attaque de Ranta, qui était censé être leur allié.

—… Obscur.

Shihoru donna un ordre à Obscur, qui était assis sur son épaule, pour qu’il fasse quelque chose. Mais qu’est-ce qu’elle devait exactement lui dire de faire ?

—Voyez-vous ça. Takasagi dégaina son katana qu’il portait dans son dos. Peut-être que je vais me joindre à vous moi aussi. Même si vous n’êtes que trois, j’en vois un qui a au moins l’air un minimum intéressant. Essaie de résister un peu, ok ?

Les orcs sortirent chacun leurs armes.

—Reste en dehors de ça, l’ancien. Ranta pencha son corps en entier pour se baisser. Ces deux- là sont à moi. Kuzaku. Shihoru. Vous êtes à moi tous les deux. Voyez ça comme le peu de pitié que je peux offrir. Je vais vous envoyer au dodo les enfants.

—Si c’est ça ton idée de la pitié… !

Kuzaku enfonça ses talons dans la terre et il leva son épée au-dessus de sa tête. On aurait dit qu’il avait encore mal au bras droit, mais il pouvait encore arriver à le bouger.

—… tu peux te la garder ! Ranta-kun, qu’est-ce qui t’es arrivé mec ?!

Shihoru eut une révélation soudaine.

—…Où est Merry ?

Il y eut un frisson qui fit trembler la tête et les épaules de Ranta. Et à cet instant, quelque chose arriva. Soudainement, les nyaas se mirent à miauler frénétiquement, et la créature humanoïde sur le loup noir géant cria quelque chose en retour.

Takasagi dit, « Huh ? » et regarda autour de lui.

—Des renforts ennemis tu dis ?

Les nyaas s’éparpillèrent précipitamment. Bien qu’on ne le voyait pas, on pouvait l’affirmer avec leurs miaulements. Les loups noirs semblaient eux aussi agités, mais quand le géant vociféra un hurlement horrifique, ils se reprirent tous. Takasagi cria quelque chose dans une langue inconnue. Les orcs semblaient être en train de renforcer leurs défenses.

—Hé, dit Katsuharu sans regarder Shihoru. C’est notre billet de sortie.

—Mais… ! Kuzaku frappa le sol. Putain de merde ! J’y comprends plus rien !

Il avait raison. Ranta qui devenait leur ennemi… C’était si incompréhensible, elle avait envie de pleurer.

—Ranta-kun !

Cria Shihoru entre deux sanglots. Avant de pleurer, elle devait au moins s’assurer de ça.

—Et Merry ? Que lui est-il arrivé ?!

Kuzaku se tourna sur le moment. Ranta ne dit rien. Ne pouvait-il pas répondre ? Ne pouvait-il pas se permettre de le faire ?

—Aaaaarnoooooold ! Où tu te caches ?!

Une voix effroyablement grave traversa la zone. Le propriétaire n’était pas loin. Il était proche.

Le loup géant sauta et changea de direction. Quelque chose, quelqu’un, avait attaqué le loup géant. Les loups noirs se mirent tous en mouvement au même moment. Essayaient-ils d’aider le loup géant ?

—Oh… ?

Takasagi dévia quelque chose avec son katana.

—Une flèche, huh. On a un sniper sur le dos, à ce que je vois. Je n’ai pas envie d’être blessé. Ça suffit !

Est-ce que « Ça suffit » était le signal qui sonnait la retraite ?

Ils se retirèrent. Ils battirent en retraite sans poser le regard sur Shihoru et les autres. Le loup géant, les loups noirs, les orcs, Takasagi, et même Ranta.

—Attends, Ranta-kun !

Shihoru partit presque à sa poursuite malgré elle, mais Katsuharu la stoppa.

—N’y vas pas ! Ordonna-t-il. Je ne connais pas le pourquoi du comment, mais pas maintenant !

—M-Mais, Merry… !

—Hé ! Ranta-kun ! Kuzaku se mit à courir, mais il s’arrêta rapidement. Ugh ! C’est pas bon, pas contre ce type ! Fais chier, Ranta ! Il est plus que rapide quand il faut s’enfuir !

Shihoru ne pouvait plus tenir une seconde de plus. Elle s’assit là où elle se trouvait, et Obscur disparut de son épaule, l’air renfrogné.

C’est. C’est juste trop. C’est dur. Trop dur.

—Ah ! Cria Kuzaku.

Quand ils le regardèrent, Ranta était à l’arrière du groupe d’ennemi et quelque chose lui sauta dessus depuis le côté. Il y eut une lutte, l’un d’eux se mettant sur l’autre et inversement, se renversant encore et encore. Quand il le remarqua, Takasagi porta un coup avec son katana, mais on aurait plus dit qu’il voulait les couper en deux plus qu’il ne voulait les séparer. Aucun des deux ne voulait se faire tuer, donc ils sautèrent chacun d’un côté.

Ranta se mit immédiatement à courir. Takasagi partit lui aussi. Ils ne laissèrent que le troisième individu derrière eux.

—…Haruhiro-kun, murmura Shihoru.

Même s’il faisait sombre, elle ne pouvait pas se tromper. C’était Haruhiro.

Haruhiro se tenait sur un genou, regardant les ennemis partir.

Mais que pouvait-il bien se passer ici ? Shihoru n’arrivait plus à avoir les idées claires. Même si elle arrivait à réfléchir, c’était comme si elle ne pouvait pas comprendre ses propres pensées.

Je n’ai pas envie de penser à quoi que ce soit là.

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