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Chapitre 11

Tard Dans la Nuit

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~16 min

…Calme-toi. Je dois me reprendre, pensa Haruhiro.

Moyugi leur indiqua qu’il était temps de partir.

Rock, avec Gettsu le Mirumi sur ses épaules, et le reste de son groupe foncèrent tous dans la direction que Moyugi leur avait indiquée. Cela incluait Nigi Arara, l’aînée des filles de la Maison Nigi, Haruhiro et Yume.

Peu de temps après dans cette direction, ils détectèrent quelque chose qui sortait de l’ordinaire. On aurait dit que Forgan était engagé dans un combat avec quelqu’un. L’ennemi de leur ennemi n’était pas nécessairement leur ami, mais le but d’Arara et des Rocks était la vengeance, et leur cible était Arnold de Forgan. Si Arnold était l’un des ennemis ici présent, ils pourraient réussir à l’attraper par surprise. Pour ce qui était d’Haruhiro et Yume, ils avaient un autre objectif. Et si Ranta et les autres étaient ceux qu’étaient en train d’attaquer les Forgan ? Cela semblait être une possibilité tout à fait plausible. Si c’était ce qui était en train de se passer, ils devaient intervenir.

Haruhiro partit devant avec son confrère voleur Sakanami, ainsi qu’avec Kuro l’ancien chasseur.

Sakanami fut celui qui fut trouvé par les nyaas. Ou plutôt, pour une raison encore à ce jour inexplicable, Sakanami avait trouvé un nyaa et avait essayé de l’attraper, ce qui les révéla aux nyaas et leva l’alarme par la même occasion. Cela dit, bien que Sakanami n’arrêtait pas ses singeries, Kuro et Haruhiro purent être en mesure de se s’approcher de l’ennemi.

On aurait dit que trois humains étaient encerclés par des loups et des orcs. L’un d’eux lui était inconnu, mais Haruhiro connaissait les deux autres. C’étaient Shihoru et Kuzaku. Ils allaient bien. Soyons rassurés.

Mais pourquoi n’y avait-il qu’eux deux ? Où étaient les deux autres ?

La moitié de cette question fut résolue un instant plus tard. Non, peut être que résoudre n’était pas le mot adéquat. Il y avait des humains parmi les ennemis. Deux, même. Et l’un des deux était Ranta.

Pour ce qui s’est passé après ça, pour être honnête, il ne savait plus vraiment. Haruhiro n’arrivait pas à mettre les événements dans l’ordre.

Il se rappelle de Rock s’attaquant aux Forgan, et il se rappelle avoir été soulagé que, pour le moment du moins, Shihoru et Kuzaku allaient bien.

Shihoru et Kuzaku avaient crié quelque chose à Ranta. Haruhiro avait poursuivi Ranta. Il lui était sauté dessus, et l’avait bloqué au sol. Il lui avait dit quelque chose comme,

Qu’est-ce que tu fous mec, ou, A quoi tu penses, ou, C’est bon on rentre.

Ça et, Merry, qu’est-il arrivé à Merry ?

L’homme qui n’avait qu’un bras l’avait attaqué avec son katana. Si Haruhiro ne s’était pas écarté, il avait pressenti que non seulement lui mais aussi Ranta allaient se faire couper en deux. Cet homme ne plaisantait pas. Il devait s’écarter.

Il se souvint ce que Ranta lui avait dit en partant, mot pour mot.

—Cette femme m’appartient ! Si tu veux la revoir, essaie donc de venir me la voler !

Mais que voulait-il dire par là exactement ? Qu’est-ce que ça signifiait.. ? « Cette femme » devait être Merry. Pas besoin de se poser la question.

Elle lui appartient ? Essaie donc de me la voler ?

Mais qu’est-ce qu’il racontait ? Était-il idiot ? Il l’était. Haruhiro le savait déjà. Mais il n’avait jamais pensé qu’il était ce genre d’idiot. Il n’avait jamais envisagé qu’il traite Merry comme sa propriété, ou qu’il les trahisse.

Haruhiro ne savait pas vraiment si désigner ce que venait de faire Ranta comme de la trahison était la bonne chose à faire, mais il leur avait planté un couteau dans le dos. C’était la sensation qu’il avait. Ranta avait poignardé Haruhiro et les autres dans le dos.

À cause de Ranta, bien qu’il ait pu se réunir avec Shihoru et Kuzaku, Haruhiro n’arrivait pas à en être heureux, peu importe à quel point il se forçait. Même quand il apprit que l’homme qui les accompagnait était l’oncle d’Arara, « Oh » fut la seule réaction qui sortit.

Moyugi semblait avoir une sorte de plan, donc les Rocks, avec Arara et son oncle, dirent qu’ils allaient se diriger vers le village caché. L’idée de se séparer d’eux ne lui traversa même pas l’esprit, donc ils les suivirent.

Après avoir passé un grand nombre de pièges, de fortifications, de trous et plus encore, ils donnèrent un mot de passe au garde pour qu’il les laisse entrer. Quand ils arrivèrent au village, une escouade d’une dizaine d’hommes armés de katanas vinrent emporter Arara quelque part. Rock semblait vouloir s’en plaindre, mais Arara l’en empêcha.

D’après Arara et son oncle Katsuharu, elle allait probablement voir ses parents. Enfin, elle allait plus se faire traîner devant eux plutôt que les voir, mais, eh bien, elle était l’héritière d’une grande maison. Ils avaient probablement beaucoup de choses à lui dire.

Les Rocks, Haruhiro et le reste furent menés à la retraite de Katsuharu au bord du village. C’était gentil à eux de leur montrer le chemin et tout ça, mais la « retraite » de Katsuharu n’était qu’un taudis sans sol. On ne pouvait y entrer qu’à cinq, voire six maximum. Cela étant le cas, cela leur sembla approprié de laisser la priorité à leurs aînés, Haruhiro ne voulait pas vraiment y entrer de toute façon, donc lui et les trois autres décidèrent d’attendre dehors. Ils étaient habitués à ce mode de vie avec leur périple en Darunggar.

Ce n’était pas vraiment le moment pour se la couler douce ou dormir, mais ils ne pouvaient aller nulle part avant l’aube. Qui plus est, même s’ils pouvaient aller quelque part, il n’avait pas la moindre idée d’où ce quelque part devrait être.

Katsuharu leur avait dit qu’ils pouvaient utiliser son bois, donc Haruhiro et Yume allumèrent un feu. Le feu était agréable. Quand les quatre s’assirent tout autours, il avait presque le sentiment qu’ils pourraient ne pas se déchirer de l’intérieur.

Sur la droite d’Haruhiro, Yume et Shihoru étaient assises épaule contre épaule. Elles avaient l’air toutes les deux lessivées. Kuzaku, sur sa gauche, était assis sur les genoux de manière formelle pour on ne sait quelle raison, poussant ses genoux avec ses deux mains.

—Kuzaku, commença Haruhiro.

—Ouiff.

—… C’est quoi ce « ouiff » ?

—Désoléééé.

—… Tu pleures ?

—Je pleure pas. Dit Kuzaku en se mettant sur la défensive. Moi, pleurer ? Pleurer ne va pas arranger les choses de toute façon.

—Bah, non, t’as raison.

—Qu’est-ce qu’y a ? demanda Kuzaku.

—Oh, je me demandais juste pourquoi tu étais à genoux comme ça.

—…Je sais pas, j’en avais envie ?

Grimgar of Fantasy and Ash, Tome 8, Chapitre 11 — illustration

—Très bien, si tu le dis.

Ouais, ça n’allait pas.

C’est pas bon, pensa Haruhiro. Si je me relâche, mon esprit va s’envoler. Je dois réfléchir, mais rien ne me vient à l’esprit. Et puis, réfléchir ? À quoi ? Ranta nous a planté un couteau dans le dos. On sait pas si Merry est en sûreté ou pas. Non, Ranta a dit qu’elle lui appartenait. Ça veut dire qu’elle est encore en vie. J’aimerais penser ça. Je peux partir du principe qu’elle est en vie, non ?

Mettant de côté la question de savoir si oui ou non elle allait bien, Merry ne s’était pas fait tuer. En partant de ce principe, quoi que puisse leur avoir dit Ranta, le groupe se devait de la récupérer. Ils devaient la sauver.

Ranta semblait avoir rejoint les Forgan. Merry avait dû être faite prisonnière par eux.

Espérons qu’elle ne se faisait pas trop maltraiter par eux.

…Ou peut-être que si ? C’était difficile d’être optimiste. Il y avait cet humain, Takasagi, qui était avec eux, mais leur chef était un orc nommé Jumbo.

C’était un groupe indépendant et pluriracial composé majoritairement d’orc et de mort- vivant. Cela allait sans dire que les orcs et les morts-vivants étaient des ennemis de l’humanité. En dépit de cela, Takasagi et Ranta travaillaient avec eux.

Haruhiro n’arrivait pas à les comprendre, mais il était dur d’imaginer qu’ils traitaient Merry avec le respect qui lui était dû. En fait, il se disait que ça ne prendrait que peu de temps avant qu’il ne se montre violent avec elle. Était-ce juste le préjudice d’Haruhiro ? Il espérait tellement que ce soit le cas. Ils pourraient contre toute attente être attentionnés et un groupe de bonnes personnes, l’un de ceux qui ne feraient pas de mal à Merry ou qui feraient quelque chose de déplaisant à son égard. Si ce n’était pas le cas, c’était un problème.

—Croyez qu’elle va bien ? Demanda soudainement Yume. Merry-chan.

—Ouais…

Shihoru caressa le dos et les épaules de Yume, probablement pour essayer de la rassurer, mais elle était elle-même en train de pleurer.

—Je crois qu’elle va s’en sortir…

—Arghhhhhhhh ! Kuzaku frappa le sol. Rantaaaaaa ! Cet enfoiré, il nous l’a mis à l’envers, qu’il aille se faire foutre ! J’ai jamais pensé qu’il pourrait faire ça !

Ouais, ça. C’est vraiment ça qui fout les nerfs, huh.

Ce n’était pas comme si Haruhiro était fermement convaincu qu’il les avait trahis, et il n’avait de toute façon pas assez de preuves pour le prouver, mais il n’était pas encore prêt pour décider si Ranta les avait effectivement trahis. Mais s’il leur avait fait un sale tour, il aurait très bien pu se retrouver dans une situation où il n’avait pas d’autres choix.

Merry, pensa Haruhiro. Je suis inquiet pour Merry, je suis inquiet pour elle, évidemment, et il y a quelque chose qui me dérange dans la façon qu’a eue Ranta de parler d’elle.

Tout d’abord, la façon dont il avait dit, « Cette femme m’appartient ». En le prenant au sens strict, il déclarait que Merry était sienne. Il était difficile de se dire que le sentiment était mutuel. Ranta déclarait sans l’accord de l’autre parti que Merry était sa femme.

Pourquoi Ranta dirait ça de Merry ? D’accord, Merry était magnifique, et pouvait être attentionnée, donc ce ne serait pas étrange que Ranta développe secrètement des sentiments pour elle. Mais il n’en avait jamais montré le moindre signe. À dire vrai, du point de vue d’Haruhiro, Merry n’était pas le type de Ranta. Pour être encore plus précis, ce serait plus vers Yume qu’il en pinçait. Et pour parler franchement, Haruhiro suspectait que Ranta aimait vraiment Yume.

Ranta n’était qu’un beau parleur. Il avait toujours dit comme quoi il voulait un femme, ou qu’il voulait faire ceci ou cela, mais il n’avait jamais agi directement.

Une réplique comme « Cette femme m’appartient » ne convenait pas du tout à Ranta. En plus de ça, il avait dit, « Si tu veux la récupérer, essais donc de me la voler ! ». Il y avait là aussi quelque chose d’anormal. Pourquoi Ranta se serait senti obligé de dire ça ? Pour provoquer Haruhiro ? Bon, ce ne serait pas nouveau de sa part, mais quelque chose était quand même bizarre là-dedans.

Qu’est-ce qui avait été bizarre, et comment ? Réfléchir. Il devait réfléchir.

—Ranta a dit que Merry lui appartenait, dit lentement Haruhiro. Il a aussi dit que si on veut la récupérer, « essaie donc de me la voler ». Avant ça, je lui ai demandé, « Qu’est-il arrivée à Merry ? » Et c’est ce qu’il m’a répondu. Haruhiro mordilla ses lèvres. Tout d’abord, on peut en tirer une conclusion. Merry est vivante. Si elle ne l’était pas, elle ne pourrait pas lui appartenir. Je ne pourrais pas non plus la lui voler.

—Ranta-kun… Shihoru se força à parler. … Essayait-il de nous dire ça ?

—J’sais pas. Haruhiro secoua sa tête. Je ne peux pas vraiment te le dire. Mais peut-être. En termes de probabilités, je pense que, grossièrement parlant, il y en a deux. Soit Ranta nous a planté un couteau dans le dos, ou, pour on ne sait quelle raison, il prétend l’avoir fait. Dans tous les cas, dans cette situation, il ne pouvait pas juste nous dire que Merry allait bien, et qu’il ne fallait pas s’inquiéter. Ranta était de leur côté après tout. Mais quand même. Le « Si tu veux la récupérer, essais donc de me la voler » est un petit peu étrange. Je veux dire, pourquoi me dire tout ça ? Si c’était un « Elle a moi maintenant, abandonne », ou quelque chose comme ça, j’aurais compris. Mais « Essais donc de me la voler »… peut-être nous dit-il de venir la prendre. Peut-être que ça veut dire que Merry est là où il se trouve, et il veut qu’on vienne la sauver. C’est la seule possibilité, mais…

—Écoutez, Yume s’appuya contre Shihoru. Yume, elle a toujours pensé que Ranta était un grand idiot, et elle le pense toujours, mais lui trahir Yume et tout le monde, faire que’que chose comme ça, c’est pas le Ranta qu’on connaît, si ?

—Nah, chais pas pour ça… Kuzaku était en train d’appuyer sur ses genoux. Là-bas dehors, il était sérieux. Il s’est jeté sur moi près à tuer. Si Haruhiro et les autres ne s’étaient pas montrés, je pense que ça aurait pu très mal se finir pour nous. Ils n’étaient pas loin, donc ils nous ont sauvés, et tout a bien fini, mais si ça n’avait pas été le cas, Ranta, cet enfoiré, je pense qu’il nous aurait tués moi et Shihoru.

—Eh bien… Haruhiro se gratta l’arrière de la tête. Parfois il se met bizarrement à fond, tu sais…

—J’ai pas envie de me faire buter parce qu’il joue un peu trop bien son rôle, dit Kuzaku. Tu comprends ?

—Bah, ouais…

—…Um. Shihoru leva sa main.

Haruhiro n’avait pas l’impression qu’elle avait vraiment besoin de lever sa main pour demander la permission avant de parler, mais il dit,

—Vas-y

Shihoru hocha la tête, puis elle s’éclaircit légèrement la voix.

—Si y réfléchir ne nous donne pas la moindre réponse, je pense qu’on devrait revenir sur ça plus tard. Au final, Ranta-kun est le seul qui sait quelles sont ses véritables intentions. Avant, que devrions-nous faire à partir de maintenant ? Quelle devrait être notre priorité ? Je pense que ce sont les questions les plus importantes.

—Dans ce cas, c’est Merry-chan la priorité, croyez pas ? Proposa Yume.

—…Elle a pas tort, dit Kuzaku.

—Ouais. Haruhiro soupira, puis il regarda Shihoru.

Quand elle souriait ne serait-ce qu’un petit peu, Shihoru avait l’air incroyablement adulte. Dépourvu de talent et immature qu’il était, Haruhiro devait réfléchir, et réfléchir, et réfléchir jusqu’à ce qu’ils s’en sortent, mais il n’était pas obligé d’être le seul à se retourner le cerveau. Parfois, il fallait se reposer sur la sagesse de ses camarades.

Qui plus est, il était bien conscient de son incompétence et de son immaturité, donc il devrait se reposer sur ses camarades qui eux ne l’étaient pas. S’il pouvait tout faire tout seul, il ne serait pas incompétent et immature.

Donc quelle était l’utilité d’être là, à penser, je dois le faire moi-même, je dois le faire moi- même, quand il ne pouvait pas le faire du tout ? Cela ne servait qu’à le satisfaire.

Shihoru était timide, mais ça la rendait aussi prudente, et ça signifiait qu’elle était très attentive à son entourage, et qu’elle s’en inquiétait beaucoup. La puissance de ses observations et de ses analyses était bien plus élevée que celle d’Haruhiro. Haruhiro devait faire plus confiance à Shihoru.

—Sauver Merry, agréa Haruhiro. C’est notre priorité numéro une. Pour le moment, Ranta vient après. Merry est probablement retenue captive par les Forgan. Ce ne serait pas réaliste de s’attaquer à eux seuls. Si on veut que les Rocks nous aident, vu qu’ils sont à la recherche d’Arnold, on va devoir leur filer un coup de main.

Les sourcils de Shihoru s’écrasèrent sous l’inquiétude, et elle baissa les yeux, mais quand elle remarqua que le regard d’Haruhiro était posé sur elle, elle hocha la tête légèrement.

—Je pense que c’est notre seule option. Si on pouvait faire en sorte que les Rocks attaquent Forgan… puis sauver Merry dans le chaos de la bataille…

—Utiliser les Rocks comme diversion, tu veux dire ? Demanda Kuzaku.

—Kuzaku. Haruhiro baissa sa voix. Ils vont nous entendre…

—Oh, pas faux. Kuzaku jeta un coup d’œil rapide vers la retraite. Mais, basiquement, c’est ce qu’on va faire, pas vrai ?

—Nah, je veux dire, on peut pas faire ça, dit Haruhiro. Les Rocks sont des camarades des Briseurs du Levant. Si on veut obtenir leur aide, il faut qu’on soit ouvert avec eux, s’incliner proprement devant eux, et leur demander. Naturellement, on les remerciera aussi.

—Vous croyez il se passe quoi avec Araran ? Yume regarda dans la direction où Arara s’était fait emporter.

—Ils avaient l’air intimidants. Shihoru se toucha les lèvres.

Elle avait raison. Si Arara devait être punie pour avoir engagé un combat égoïste contre Forgan, et qu’elle se faisait emprisonner, qu’arriverait-il à son désir de vengeance ? Si ce scénario venait à se réaliser, ça deviendrait un problème.

Et pourtant, il n’y avait rien qu’Haruhiro et son groupe puissent faire pour ça. Pour le moment, ils allaient devoir se creuser la tête tout en observant le déroulé des événements.

Et puis, l’estomac de quelqu’un gargouilla bruyamment.

—Whoa ! Les yeux de Yume s’écarquillèrent, et elle posa ses mains sur son ventre. Ça c’est surprenant. Je savais pas qu’il pouvait grogner aussi fort. Croyez qu’y a des genres de créatures qui vivent dans l’coin ?

—…Ah. Kuzaku baissa la tête. Mec, je suis affamé. Et fatigué.

—Ça montre que vous êtes encore en vie… murmura Shihoru. Elle avait l’air au bout du rouleau elle aussi.

Haruhiro leva les yeux vers le ciel et soupira.

Ranta. Est-ce que je peux vraiment te faire confiance, mec ? Ton visage suffisant est la seule chose qui me vienne à l’esprit. Peut-être que je devrais pas te faire confiance, finalement… ?

Quoi qu’il en soit, il devait faire quelque chose pour la nourriture d’abord.

Quand Haruhiro se leva, Katsuharu sortit de la retraite. Il portait une sorte de passoire pleine de quelque chose.

—Vous devez tous avoir faim. Je n’ai pas grand-chose à offrir, mon mode de vie rustre oblige, mais mangez ça.

Kuzaku joignit ses deux mains puis il regarda l’homme.

—Merci !

Haruhiro et Shihoru s’échangèrent des regards. C’était mangeable ? Ça devait l’être. Comme disait le dicton : on ne combat pas le ventre vide.

La nourriture que Katsuharu leur avait amenée comprenait des sortes de gâteaux gluants faits à partir de pomme de terre et d’autres légumes, de la viande séchée le tout combiné dans une sorte de ravioli aigre-douce. Tout leur était nouveau, mais rien n’était mauvais. Personne n’allait dire que c’était un délice, mais ils avaient l’air assez nourrissants. Katsuharu alla même leur chercher un seau d’eau. C’était un homme incroyablement attentionné. Et en plus, il s’assit près d’eux en leur souriant et en ayant l’air d’apprécier voir Haruhiro et les autres manger.

—…Um, merci, dit Haruhiro avec une voix bizarre.

—Ce n’est rien, ce n’est rien.

—Erm… Et pour Arara-san ? Que pensez-vous qu’il va réellement lui arriver ?

—Eh bien, ce n’est pas à moi d’en décider.

—Mais si vous êtes son oncle… commença Haruhiro.

—Pour ce qui est d’un humble vagabond comme moi, rien ne change que je sois dans le village ou pas. Je voulais arrêter ma nièce avant qu’elle ne passe à l’action, mais j’ai trop tardé. Maintenant qu’elle a fait ce qu’elle a fait, ça ne relève plus de ma compétence.

—C’est affreux..

—Eh bien, mon frère aîné, l’un des dirigeants de la maison Nigi, n’est pas le genre d’homme impitoyable que ferait commettre le seppuku à sa propre fille parce qu’il n’arriva pas à la contrôler. Donc du moment qu’elle est encore en vie, elle peut faire tout et n’importe quoi. N’est-ce pas ?

—…Et donc ? Demanda Haruhiro.

—Forte heureusement, en tant que vagabond, je peux abandonner ce village n’importe quand, ajouta Katsuharu.

Oh, c’était donc ça.

Ce type a déjà fait son choix. Quoi qu’il arrive, il sauvera sa nièce, et il l’aidera. C’est pour ça qu’il peut se permettre d’avoir l’air aussi décontracté.

—Ces gens. Katsuharu désigna la retraite avec son menton. Il voulait sûrement parler des Rocks. Ils ont dit qu’ils agiront demain matin au premier rayon du soleil. Si vous avez l’intention de les suivre, reposez-vous.

—D’accord.

—Nom d’une pipe, mes lombaires me font mal. Katsuharu se leva et se caressa la partie inférieure de son dos. Avoir à s’inquiéter pour la maison, et tout ça, doit être sacrément fatigant. Même si nous naissons tous pareils, nous rencontrons des personnes, nous nous séparons, nous rions, pleurons et mourons, je ne peux pas m’empêcher de me sentir désolé pour mon frère et sa femme. Bien qu’ils n’ont que faire de l’avis d’un plébéien comme moi.

Yume était déjà en train de souffler gracieusement, elle s’était endormie alors même qu’elle était encore assise, utilisant l’épaule de Shihoru comme d’un coussin. Shihoru avait l’air elle aussi assez fatiguée. Quand Haruhiro vint déposer Yume à côté d’elle, Shihoru alla se placer près d’elle.

—…Merci, Haruhiro-kun, dit Shihoru à moitié endormie.

—Non, c’est moi qui devrais te remercier, dit Haruhiro.

—Je suis sûre. Elle va s’en sortir.

—Ouais.

Kuzaku mit son grand corps en boule et il scella ses yeux, faisant de son mieux pour s’endormir. Il était sans le moindre doute mort d’inquiétude pour Merry, et c’était ce qui le gardait éveillé.

Dans son cœur, Haruhiro murmura :

Je connais ce sentiment. Parce que c’est exactement ce que je ressens.

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