—Donc, ouais, c’est pour ça qu’Arara en veut à Arnold, dit Rock.
Pendant qu’il parlait, Rock n’arrêtait pas de se lever, de s’asseoir, de faire les cent pas, et plus généralement d’avoir l’air hyperactif. Et il y avait aussi ses cheveux qui pointaient vers le ciel. Comment faisait-il pour les maintenir ainsi ? Utilisait-il du gel ou quelque chose pour les rendre rigides ? Quoi que cela puisse être, cela lui donnait l’impression qu’il avait plus d’énergie qu’il ne pouvait en dépenser.
Il y avait cette créature qui avait une grande bouche et une fourrure comme celle d’un tigre qui se tenait sur l’épaule de Rock, enroulée autour de son cou, mais c’était assez impressionnant qu’elle ne tombe pas. On appelait cette créature un mirumi, et elles étaient relativement communes en Grimgar. Il se trouvait que celle-ci était la mascotte de Rock, et elle s’appelait Gettsu.
—En gros, elle cherche à se venger, dit Rock. En même temps, qui peut lui en vouloir ? Si j’étais dans son cas, je ferais pareil. L’amour de sa vie s’est fait buter par ce type. Vous d’vez comprendre ça au moins. Pas vrai ? Haruhiro ? Yume ?
Haruhiro pencha sa tête vers le sol et fronça les sourcils avant se soupirer.
—Eh bien, ouais…
—Hrm… Yume gonfla l’une de ses joues en penchant dangereusement sa tête sur le côté.
La brume s’était bien éclaircie, mais à la place une ambiance maussade et sinistre s’était installée. La nuit prenait rapidement du terrain. Cependant, et depuis un moment déjà, de petites lumières vertes avaient commencé à danser autour d’eux. Ces insectes, qui étaient apparemment désignés sous le nom de rurakas, avaient pour habitude de produire de la lumière en début de soirée jusque tard dans la nuit. C’était un spectacle qui avait une sorte de beauté illusoire.
À dire vrai, la vue de ce spectacle ne faisait seulement penser à Haruhiro,
Ouais, mais alors quoi ?
Ce qui le rendait un petit peu triste.
Triste ? À dire vrai, et pour être tout fait honnête, Haruhiro se sentait irrité.
Alors que Rock avait porté une Arara blessée, tout le monde s’était enfui pour leur vie et avait fini par se regrouper ici. Haruhiro n’avait pas la moindre idée d’où « ici » pouvait bien être, mais ils s’étaient apparemment mis d’accord avant pour ce regrouper ici si quelque chose devait arriver.
Le grand gaillard chauve, Kajita, avait son épée champignon massive plantée dans le sol et était assis les jambes croisées. Il n’avait même pas ne serait-ce que bouger un orteil depuis un moment maintenant. S’était-il endormi en s’asseyant ? Comme il portait des lunettes de soleil, c’était difficile à dire.
Le plus puissant des chevaliers noirs en activité, Moyugi, était assis sur une motte de terre avec l’une de ses jambes se reposant sur l’autre, et il était en train de boire quelque chose dans une tasse. Pas que cela avait de l’importance, mais n’était-il pas un peu trop à l’aise ? Il donnait même l’impression qu’il était en train d’assister à un élégant dîner.
Moira le démon n’était pas à ses côtés. Il y avait un « Noooooon… » qui apparaissait une fois de temps en temps, donc elle ne devait pas se cacher bien loin.
Pourquoi est-ce que Sakanami le voleur était-il allongé face contre terre ? Allait-il bien ? Haruhiro était un petit peu inquiet, mais puisque tous les autres avaient l’air de l’ignorer, cela voulait sûrement dire que tout allait bien. Qui plus est, ce type n’allait probablement pas bien de base. Comme il n’avait jamais était bien, le fait qu’il ne soit pas bien devait être une bonne nouvelle.
Quand Tsuga, le prêtre avec les cheveux rasés, eut fini de soigner Arara, il commença à méditer en prenant la position du lotus. Depuis, ses yeux étaient restés clos, il n’avait pas bougé.
Et enfin, Kuro, l’ancien chasseur, n’était pas là. Il devait avoir des affaires à régler, alors il était parti de son propre chef.
—Nous avons échoué à venger Tatsuru-sama.
Arara se tenait assise sur une souche d’arbre et avait la tête baissée de honte.
—Tout est de ma faute. C’est parce que j’ai été blessée !
—Ne te laisse pas décourager, Arara. Rock s’accroupit juste en face d’elle. Il y aura d’autres occasions. Nous en créerons pour toi. D’accord ?
Gettsu le mirumi couina bruyamment. On aurait dit que le maître et la mascotte essayaient d’encourager Arara en même temps.
—Je te remercie. Arara soupira avant de lever les yeux. J’ai une dette envers vous, Rock. Comment pourrais-je un jour vous la rendre ?
—Pauvre Arara, tu n’as pas besoin de t’inquiéter pour ça. On fait ça parce que c’est ce que nous voulons faire.
—Mais….
—Je t’assure, c’est cool ! Concentrons-nous seulement sur ce Arnold et sur comment le battre pour le moment. Moyugi va nous trouver un truc. On va suivre le plan de Moyugi. Si on échoue, On aura qu’à recommencer jusqu’à y arriver. Simple, pas vrai ?
—Quand c’est vous qui le dites, étrangement, cela commence réellement à sembler facile.
—Y’a rien de dur là-dedans, dit Rock tout confiant. Laisse-nous faire. Laisse faire les Rocks.
—…Cependant. Arara abaissa le regard à nouveau, attrapant fermement son bras gauche avec sa main droite. Vous n’êtes en aucun cas dans l’obligation de m’aider à trouver vengeance…
Haruhiro et Yume se regardèrent l’un l’autre.
Ouais, ça, pensa Haruhiro. C’est ça. C’est ça le problème.
L’amour d’Arara, Tatsuru a essayé de tuer Arnold, l’ennemi du village, mais il fut vaincu. Arara veut venger la mort de l’homme qu’elle aimait. Je comprends tout ça. Mais à quel moment Rock et les Rocks interviennent dans cette histoire ? Ce sont des soldats volontaires. Il ne font évidemment pas parti du village. C’est pas vraiment leurs affaires, si ?
—Arara. Arara. Hé, Arara !
Rock se leva soudainement en écartant ses bras. Gettsu faillit tomber de ses épaules, mais il arriva à se maintenir.
—Pourquoi tu nous traites comme si on se connaissait pas ? Bien sûr qu’on est obligé de t’aider ! C’est même évident !
—Vous dites ça, mais nous ne nous sommes rencontrés que récemment… commença Arara.
—Et alors ?! Le temps n’a rien à voir avec ça !
—Si je ne vous avais pas expliqué la situation à ce moment- là, vous ne seriez pas ici embarqués dans ce pétrin…
—On a pas eu l’impression de s’être fait embarquer dans quoi que ce soit ! Pas vrai, Moyugi ?!
—Au contraire. C’est exactement ce que je ressens.
—Quoiiiii ?! Cria Rock.
—Pas que cela soit bien étonnant, ajouta Moyugi. Aussi longtemps que je travaillerai avec vous messieurs, je continuerai à me faire prendre dans ce genre de galère.
—Ha ! Et t’es avec les Rocks parce que tu ne peux pas t’en passer, pas vrai ?
—Je dois bien te l’accorder, dit Moyugi. La vie est trop courte pour s’attarder sur des choses ennuyantes.
Kajita leur fit un pouce en l’air.
—En effet.
—Urgh… grogna Sakani en se tortillant sur le sol. Il avait l’air d’être dans le mal.
Tsuga était en train de méditer, le sourire aux lèvres. Etait-il sur le point d’avoir une révélation ?
Il y avait… une quantité effrayante de problèmes qu’Haruhiro aurait pu prendre avec humour ici. À vrai dire, il avait le sentiment que, il n’y avait pas une seule chose avec laquelle il ne pourrait avoir de problème. S’il devait résumer avec simplicité la raison qui poussait les Rocks à se battre, il dirait qu’ils faisaient ça sur des coups de tête. C’était ce qu’avait dit Moyugi.
Ohh, pensa Haruhiro. Je vois, je vois. Ces types sont tous bizarres. Une bande de dégénérés.
Il avait le sentiment que c’était ce qu’ils étaient. Ils n’étaient pas ordinaires comme l’étaient Haruhiro et son groupe, donc ils n’étaient en aucun cas normaux. Par ailleurs, cela ne devait pas du tout les préoccuper le moins du monde qu’un type médiocre comme Haruhiro pense qu’ils n’étaient pas normaux.
Les personnes qui n’étaient pas normales et ordinaires avaient toujours un côté extrême en eux. Étaient-ils extrêmes de base, et c’était ça qui leur avait fait surmonter la médiocrité ? Ou alors en perçant le plafond de la médiocrité, cela rendait une personne un petit peu extrême ? Ou alors, peut-être, était-ce impossible de s’échapper de la médiocrité sans devenir extrême ? Haruhiro ne le savait pas vraiment.
Cela dit, même s’il ne comprenait pas, cela n’allait pas lui poser le moindre problème. Les dispositions et les motivations d’une bande de décérébrés comme eux n’étaient pas son problème. Ou du moins ça ne devrait pas l’être, à moins qu’il ne se trouve dans une situation où il se retrouverait forcé à collaborer avec eux.
—Murrrrgh… Yume hocha la tête, comme si elle essayait de se convaincre elle-même qu’elle avait compris. En gros, voilà le topo, ouais ? Rockun et ses amis viennent juste de rencontrer Araran y’a pas longtemps, mais ils sont décidés à mort à l’aider, parce que c’est des gens biens, c’est ça ?
—Hm ? Nous ? Des gens bien ?
Rock se tourna vers Yume avec un air renfrogné.
C’est un regard de grand méchant que tu nous fais là.
—Huh ? Ça voulait dire quoi ça ? Demanda Rock. Tu te moques de nous ?
—Pourquoi dire qu’vous êtes des gens bien serait se moquer de vous ? Yume veut savoir.
—Ecoute, Yume, dire qu’on est des gens bien n’est pas un compliment, ou autre chose. En gros, ça signifie que tu considères la personne comme quelqu’un qui n’a pas d’importance pour toi, compris ?
—Yume pensait pas à ça quand elle a dit ça !
—Oh, ouais ? Bah, on est pas des gens bien. On a pas l’air d’en être, si ?
—Ouais, confirma Yume. C’est vrai.
—Ha ha ha ! J’ai raison, pas vrai ? On est pas motivé par la justice, l’équité, la morale ou quoi que ce soit d’autre.
—Alors, qu’est-ce qui vous motive tous, alors ? Demanda Yume.
—Toutes sortes de choses en vrai. Mais cette fois… Rock posa ses mains sur sa poitrine avec un air de fierté. C’est l’amour.
Haruhiro le regarda bouche bée.
—…L’amour ? Demanda-t-il, stupéfait.
—Non, pas l’amour. C’est l’Amour, mec. L’Amour.
Elle est où la différence ? C’est le même mot. Bon sang. Haruhiro sentit un léger mal-être naître en lui. Il raconte n’importe quoi.
—…Huh ? Attends, de l’amour… pour qui ? Demanda Haruhiro.
—Eh bien, pour Arara, bien évidemment.
—Non… M-Mais… ?
Haruhiro faisait des allers-retours entre Rock et Arara avec ses yeux. Rock s’exprimait avec fierté, mais Arara devait se sentir embarrassée, ou alors elle ne savait pas quoi dire, parce qu’elle avait toujours le regard baissé.
—Mais, erm, Arara-san… a un amoureux, non… ? Et c’est pour ce qui lui est arrivé qu’elle fait tout ça non, donc…
—Et quel est le rapport ?
—Est-ce que justement… il n’y en a pas un ? Je veux dire, c’est pas que j’ai de l’expérience avec ce genre de chose, donc je sais pas trop, mais…
—Quand on s’est rencontré pour la première fois, Arara tenait un katana. Elle a surgi de la brume, et elle nous a attaqués.
—C-C’était- ! Bafouilla Arara comme une enfant. … J-J’étais dans la confusion. Venger Tatsuru-sama était la seule chose que j’avais à l’esprit, et j’ai quitté le village en dépit des avertissements de mon oncle, donc j’étais convaincue que tout ce qui bougeait était mon ennemi…
—Elle était resplendissante, dit Rock avec un large sourire. Ses cheveux étaient décoiffés, son visage était un masque de rage, et elle pleurait un petit peu. Elle a les yeux revolver, et elle a tiré la première comme on dit. Tiens, c’est quoi un revolver d’ailleurs ? Bref, peu importe. Tout ça pour dire que c’était un amour au premier regard. « Pourquoi pleure-t-elle ? Que s’est-il passé ? N’y a-t’il rien que je puisse faire pour elle ? » Je ne pouvais pas m’empêcher de me poser toutes ces questions.
—Elle a embrasé le feu dans son cœur, dit Kajita avec sa voix grave.
—C’est ça. Rock tourna ses poings vers Kajita. Avec mon cœur et mon corps qui brûlaient d’un feu d’amour, nul ne pouvait m’arrêter. Je continuerai d’avancer jusqu’à ce que cette flamme ne s’étouffe.
—Il s’éprend facilement, dit Moyugi avec dédain. Et c’est toujours pour quelqu’un qu’il ne peut pas avoir. Quelle utilité y’a-t’il a s’éprendre d’une femme avec laquelle tu ne coucheras jamais ? Je ne comprends vraiment pas.
—C’est ça qu’est nul chez toi, Moyugi, dit Rock. Si tu donnes de l’amour en espérant avoir quelque chose en retour, ce n’est pas de l’amour. C’est juste du désir, pas vrai ? Eh bien, ce n’est pas comme ça qu’est mon amour. Mon amour je le donne librement. Je suis tombé amoureux d’Arara. Je l’aime. C’est pour ça que je veux réaliser son souhait. Pour ça, je ferais n’importe quoi. Ça réveille quelque chose en soi, pas vrai ? C’est fun, non ? Pas vrai, Haruhiro ? Tu piges?
—Non, je ne comprends pas.
—C’est vrai ?
—Je, uh, n’ai pas vraiment un grand passif en ce qui concerne la romance, donc…
—Oh, donc t’es puceau !
—Est-ce que c’est vraiment une surprise ?
—Un puceau…
Yume était en train d’acquiescer comme si elle comprenait, mais comprenait-elle vraiment le sens de ce mot ? Connaissant Yume, n’était-elle pas en train de se fourvoyer ?
—Et voilà, il devait forcément être puceau. Rock claqua sa langue. Un puceau, huh. J’sais pas si un puceau peut comprendre…
—Est-ce que tu pourrais arrêter de répéter ce mot… ? Demanda Haruhiro.
—Haruhiro. Kajita le regarda et lui fit un pouce en l’air. La chance du débutant.
—… Je comprends pas.
—Gyahahahahaha ! Sakanami se mit soudainement à rire tendit qu’il se débattait comme une bête à l’agonie. Hilarant ! Un puceau, un puceau, bouc de rose ! S’ils te mettent sur un trône, tu seras l’Empereur de la Rose ! Un titre qui convient à un éjaculateur précoce ! Gyahahahahaha !
—… Je te comprends encore moins.
—Bah, ouais, appuya Rock en grattant la gorge de Gettsu. J’ai pas vraiment compris moi non plus. Sakanami est timbré. Vous devriez éviter de le mettre en rogne, Haruhiro, Yume. Même moi j’ai aucune idée de ce qu’il pourrait faire.
—… Je suis impressionné que tu puisses travailler avec un gars comme ça, dit Haruhiro.
—Cela ne rend-il pas la chose intéressante ?
—Ça me pose beaucoup de problèmes à moi. Moyugi passa sa tasse de sa main droite à sa main gauche pour pouvoir utiliser son majeur droit afin de réajuster ses lunettes. Je dois inclure cet énergumène dans mes calculs quand je mets en place une stratégie.
—N’est-ce pas ça qui rend la chose intéressante ? Demanda Rock.
—Je ne le réfuterai pas.
Pour résumer la situation, voilà ce qu’il en était :
Le groupe avait était motivé par l’amour éclair de Rock pour Arara. Pour le reste, les Rocks aidaient Arara avec sa vengeance parce ça avait l’air d’être intéressant. Ils faisaient vraiment ça sur la base d’un coup de tête.
—Donc, quand vous avez rejoint les Briseurs du Levant, c’était aussi parce que ça avait l’air intéressant ? Demanda Haruhiro.
—En partie oui. Les yeux de Rock se plissèrent, et les deux coins de ses lèvres se tournèrent vers le haut. Mais on a quand même une autre raison. Je ne te dirai pas ce que c’est, Haruhiro.
—Huh ? Pourquoi pas ?
—N’est-ce pas plus intéressant si je ne dis rien à ce sujet ? Oh…
Rock s’arrêta, et avant même que Rock ne le fasse, Gettsu tourna sa tête vers la droite.
—Ne serait-ce pas Kuro ?
Provenant de cette direction, une silhouette humanoïde marchait à travers le lugubre paysage éclairé par les lumières des rurakas qui dansaient. La silhouette s’approchait d’eux. Elle leur fit signe. C’était Kuro.
—Ils n’y étaient pas.
Quand Kuro arriva jusqu’à eux et s’assit à côté d’Haruhiro, l’air exaspéré, ce fut la première chose qu’il dit.
—La caverne que t’as mentionnée. Pas le moindre signe de tes amis.
—Impossible… Haruhiro ne savait pas quoi dire. M-Mais, hé, peut-être que tu t’es trompé d’endroit.
—Pas la moindre chance. Ce truc, c’était quoi déjà ? Cette grotte qui mène à un autre monde, j’avais déjà mon idée d’où elle se trouvait. Il y avait des traces qui trahissaient la présence d’individus qui sont passés par là.
—Hrm.. Yume grimaça et place ses indexes sur ses tempes. Ça veut dire …. ça veut dire quoi ? Yume se le demande…
—Puisque vous ne reveniez pas, ils sont probablement partis à votre recherche, dit Kuro. Puis ils ont eu des ennuis. En tout cas on dirait bien que c’est ça.
—Tu dis ça comme si de rien n’était… marmonna Haruhiro.
—Tu connais même pas le putain de chemin jusque là-bas, et c’est plus facile et plus sûr pour moi d’y aller seul de toute façon, donc je me suis bougé le cul et je suis allé là-bas pour toi. Pour que dalle, j’ajouterai.
—… Désolé. Je…. suppose que tu as raison. Merci, Kuro-san.
—Ouais. Tu m’en dois une. T’as intérêt à me rendre la pareille, pigé ?
Même en mettant de côté la dette qu’il venait d’acquérir, le fait que ses camarades ne soient pas à proximité de la cave de sortie était un énorme choc pour Haruhiro.
Whoa- J’arrive pas à réfléchir à quoi que ce soit là. Non, même si je ne peux pas réfléchir, je dois réfléchir. Est-ce que je devrais y aller moi-même, finalement ? Y aller, et chercher les quatre autres ? Mais il fait déjà sombre. Et puis, il y a les ennemis. Il pourrait y en avoir sur le chemin.
Haruhiro n’avait pas vraiment grand-chose à faire des Forgan, mais ce n’était peut-être pas le cas pour eux.
Bah, j’ai bien tué des membres de ce clan de mes propres mains. S’ils m’attaquent à vue, je n’ai pas le droit de me plaindre.
—Hé, hé !
L’interpella quelqu’un. Stupéfait, Haruhiro se tourna pour voir que Sakanami se trémoussait juste à côté de lui.
—Qu’est-ce que ça fait ? Qu’est-ce que tu ressens ? Hé, dis-moi, qu’est- ce que tu ressens là maintenant ? De la tristesse ? Ou de la douleur ? Ton cœur se déchire ? Comme si t’étais sur le point de pleurer ? Comme si tu allais vomir ? Comment tu te sens la tout de suite ? Alors ? Alors ?
—Pour commencer, je dirais que tu me les brises quelque peu…
—Gyahoh ! Gyahahahahaha ! Hilarant ! J’en peux plus…
—C’est quoi son problème ? Marmonna Haruhiro.
—Oh, lui ? Dit Kuro, comme s’il était ravi de répondre. C’est juste un type avec une personnalité défective.
—C’était méchant ! Sakanami se tourna vers Kuro. Kuro, je ne veux pas entendre ça sortir de la bouche d’un monstre inhumain comme toi ! Tu chasses les autres personnes ! Eh bien, pas moi ! Je ne chasserai pas les gens, mais je mangerai les dieux ! Je suis le Mangeur de Dieux ! Trop cool ! Gyahahahaha !
Je devrais le laisser dans son délire. Ouais. Ignore-le. Je dois ignorer ce type, et réfléchir.
Réfléchis.
—Bon, maintenant. Moyugi se leva. D’après mon diagnostic, ce ne serait pas surprenant que les troupes de Forgan atteignent cette zone générique d’une minute à l’autre. On bouge.
—Ok. Rock fit le tour du reste du groupe avec ses yeux. Allons-y, Arara. Les autres aussi.
Il était clair qu’Haruhiro et Yume faisaient partie de ce « Les autres ». Enfin, Haruhiro ne voulait pas être laissé à l’abandon, donc il devait partir. Il allait devoir réfléchir en se déplaçant.
—Haru-kun…
Yume tira sur le manteau d’Haruhiro. Elle avait l’air inquiète, comme on aurait pu s’y attendre.
—Où tu crois qu’ils sont tous allés ?
—Ils vont bien. Je suis certain.
Même alors qu’il disait cela, il ne savait pas si c’était pour la consoler, ou si c’était pour se convaincre d’y croire.
—Après tout, ils ont Ranta avec eux. Il lâche pas l’affaire facilement celui-là.
—… Si tu l’dis.
Yume lâcha le manteau d’Haruhiro. Puis elle attrapa immédiatement après sa manche.
Il comprit immédiatement ce qu’elle voulait de lui, donc il se devait de lui donner.
Haruhiro prit la main de Yume.
Yume lui serra fermement la sienne en retour.
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