Qu’ils puissent continuer ou non, ils n’avaient d’autres choix que d’essayer.
En plus du 1 wen qu’ils avaient déjà, ils avaient 1 ruma et 2 wens qu’ils avaient trouvés dans le Marécage Mortuaire, plus 2 wens qu’ils avaient obtenus en vendant les deux épées au forgeron pour qu’il s’en fasse de la ferraille, pour un total de 1 ruma et 5 wens. Ils étaient un peu loin des 2 rumas qu’il leur faudrait pour avoir deux repas, mais s’ils arrivaient à négocier avec le crabe géant qui gérait l’épicerie pour qu’il leur donne ce qu’il pouvait, cela leur serait probablement possible d’obtenir un autre repas. Bien entendu, l’épicier ressemblait à un crabe, mais il (elle ?) était une bonne personne. Probablement.
Haruhiro ne savait pas quelle heure il était, donc il ne pouvait se fier qu’à la crête au loin et en jugeant l’ardeur des flammes qui s’éteignaient à petit feu il pourrait déterminer si la nuit venait ou non. Sinon, il ne pouvait se fier qu’à son estomac et son intuition pour déterminer ce paramètre. Comment les habitants du Village du Puit se faisaient une idée de l’heure qu’il était ? Ils pourraient lui dire s’il demandait, mais ce n’était pas quelque chose qu’il pouvait exprimer seulement avec des gestes et un vocabulaire limité.
Bien qu’ils aient mangé, on aurait dit qu’il restait encore un peu de temps avant la nuit. S’ils se décidaient à juste s’asseoir par terre en silence, ce serait difficile d’une certaine manière. Shihoru était silencieuse, et il voulait faire quelque chose par rapport à ça, mais il ne savait pas comment.
—Bingoooooo ! Yume laissa soudainement échapper un étrange cri et elle sauta en l’air. Écoutez, Yume, elle a eu une idée. Et si on faisait un p’tit feu de camp ?
C’était le plan de Yume. La forêt ne se laissait pas faire, et ce ne serait probablement pas facile de s’y frayer un chemin, mais ils pourraient au moins y trouver du bois séché. S’ils pouvaient en rassembler suffisamment, ils pourraient se créer un feu de camp juste à côté du Village du Puit. Cela les réchaufferait. Et quand la nuit serait proche, ils pourraient se précipiter à l’intérieur du village. Ce n’était probablement pas dangereux dans les environs du village, donc ils pourraient dormir près de ce feu.
Ce fut un oui unanime, Faisons ça.
Ils quittèrent le village et rassemblèrent des branches tombées à l’orée de la forêt. Yume indiqua celles qui étaient probablement sèches tout en mettant celles qui l’étaient pratiquement de côté.
Ils s’installèrent un petit peu à l’écart du pont. Ils placèrent les branches épaisses à la base, puis ils empilèrent les plus fines dessus. S’ils faisaient comme ça, les plus épaisses à la base brûleraient comme du charbon.
Yume était douée pour allumer des feux. Comment on pouvait s’y attendre d’une chasseresse. Une fois que le feu étincelant de Yume fut parti, elle garda un œil dessus, et elle y balançait de temps en temps des branches et elle soufflait dessus pour le renforcer. S’ils laissaient les branches à moitié sèches près du feu, cela allait les assécher, et ils seraient capables de les utiliser plus tard.
—C’est chaud… Ranta s’assit les genoux près de son torse en tendant ses mains vers le feu. Vraiment, vraiment chaud… C’est putain d’apaisant… Le feu c’est la vie… Meilleure invention de l’histoire… Oh, les avantages de la civilisation…
—Um, Ranta. Kuzaku était assis avec ses jambes croisées. Est-ce que tu pleures ?
—Mais non. C’est pas des larmes, c’est de la morve…
—De la morve sort de tes yeux, huh… Shihoru était elle aussi assise près du feu. Dégueux…
—Ferme-là ! Quand un type prend son pied, venez pas tout gâcher, bande d’abrutis !
Merry s’accroupit en tournant les paumes de ses mains vers le feu, et elle ferma ses yeux. Ses lèvres se relâchèrent légèrement, et elle avait l’air en harmonie.
—Si seulement on pouvait attraper du poisson… Yume était assise entre Shihoru et Yume avec ses jambes en w en observant le feu qu’elle avait allumé. On pourrait l’cuisiner, et l’manger.
—Pêcher, huh… Haruhiro était, bien évidemment, assis en face du feu comme les autres. Tu penses qu’il y a du poisson dans la Rivière Tiède ? Je veux dire, elle est tiède…
—Bah, ce serait pas bizarre si c’était le cas, dit Ranta en renâclant. Genre, il pourrait y avoir des poissons-mangeurs d’hommes. Tu crois pas ?
—Si on allumait un feu près du lit de la rivière, commença à dire Merry. Ça pourrait éloigner les ennemis, et du coup on pourrait se baigner en paix, peut-être ?
—Non, on serait capable de tout voir alors. Kuzaku abaissa le regard pour on ne sait quelle raison. C’est pas bon, si ?
—Oh. Merry se tint la tête. … C’est vrai.
—Ça me dérangerait pas. Ranta dilata ses narines. Même si on peut y voir. Je suis généralement ok avec la nudité. En vrai, est-ce qu’on devrait s’en inquiéter ? Genre, qu’on soit vu, ou pas. Ça n’a pas d’importance. Si ça signifie pouvoir prendre un bain, soyez prêts à faire quelques sacrifices. C’est un échange. En vrai, allez-y et montrez-vous. Je m’en fiche si vous me voyez. Donc, laissez-moi tous vous voir. c’est équitable. Y’a pas de problèmes. C’est une affaire parfaitement résolue, huh ? Ok. Faisons ça maintenant.
—Pourquoi tu le ferais pas tout seul ? dit froidement Shihoru.
Mais je veux vraiment prendre un bain, pensa Haruhiro. Comme Kuzaku le disait, un feu illuminerait tout, donc c’est pas bon, mais y’aurait un moyen de rendre tout ça sûr ? Peut-être qu’on devrait vraiment considérer de creuser un tube sur le lit de la rivière du côté du Village du Puit. Voilà quoi, rien ne nous dit que les résidents vont se mettre en colère. Ils pourraient se montrer curieux. Ils pourraient même n’en avoir rien à faire. Peut être que je vais essayer de demander au crabe épicier, au forgeron et au garde du puits. Quoi que je vais avoir du mal à leur expliquer ce qu’est un bain…
Haruhiro n’avait pas la volonté pour combattre la fatigue qui était doucement en train de le bercer. Il s’allongea et s’endormit. Et si une bête sauvage les attaquait ? Il y réfléchirait quand cela arrivera. C’était une mauvaise et peu rigoureuse manière de penser, mais il était fatigué, et le feu le réchauffait.
S’il vous plait. Juste pour aujourd’hui. Juste pour aujourd’hui, ne—
—…ro-kun… ruhiro-kun… Hé… Haruhiro-kun…
Quelqu’un était en train de le secouer pour le réveiller.
Shihoru. C’était Shihoru.
—Huh… ? Qu’est-ce qui se passe ? Haruhiro s’assit en regardant vers la crête au loin. Huh ? La nuit n’est pas encore finie ?
—Regarde. Shihoru désigna quelque chose vers le pont.
—…Um, oh.
Dire qu’Haruhiro était choqué aurait été un doux euphémisme.
—Quooo ?!
Là. Il était juste là. Quelque chose, devant le pont.
Un cheval ? Était-ce ça ? N’était-il pas beaucoup trop touffu, et gros pour être ça ? L’espèce de créature cheval était en train de tirer une charrette. En était-ce une ? Un wagon. Il était gigantesque. Mais qu’est-ce qu’il pouvait bien contenir ? Tout était couvert, donc il ne pouvait pas dire. Il y avait une créature humanoïde accroupie à côté du wagon.
Cette créature, elle me rappelle quelqu’un, pensa Haruhiro.
Il avait une partie supérieure terriblement musclée, mais des jambes extrêmement petites.
Oh. Le forgeron. Il avait exactement la même structure de corps que le forgeron du Village du Puit. Peut-être que ce type à qui appartenait le wagon et le forgeron étaient de la même race ?
Ce type portait une capuche qui recouvrait pratiquement l’intégralité de son visage, et il avait quelque chose ressemblant à une pipe dans sa bouche qui émettait de la fumée. Il fumait du tabac, apparemment.
Tout le monde sauf Haruhiro et Shihoru était endormi. Le feu s’était éteint. Le wagon avait des sortes de lanternes accrochaient sur ses côtés, donc c’était un petit peu lumineux.
—… Depuis combien de temps il est là ? demanda Haruhiro à Shihoru en chuchotant.
—Um… er… Shihoru se rapprocha d’Haruhiro. Elle avait dû être effrayée. Le bruit du wagon qui approchait m’a réveillée… On dirait qu’il est arrivé de la forêt…
—De la forêt ? Une grosse charrette comme ça a pu la traverser ?
—Là-bas au loin… Shihoru indiqua le nord-ouest avec son menton. Il y une route ou quelque chose d’autre là-bas, on dirait. Le chariot est venu de là après tout…
—Hmm… Une route, huh.—Donc ? Ça fait combien de temps ?
—Je pourrais pas dire… Je pensais avoir fait un mauvais rêve en premier…
—Ohh… Ouais, logique. Je comprends. Tu pouvais pas t’attendre à ce qu’un truc comme ça débarque de nulle part.
—Donc, le chariot s’est arrêté ici. Cette personne… est sortie. Puis, un peu après, je t’ai réveillé.
—Tu penses qu’ils sont qui ?
Au bout d’un moment, le poulet géant du Village du Puit cria, Boweeeeeeeeeeeeeeeh, et le reste de leur camarade se réveillèrent. Il y eut un esclaffement de surprise en direction du wagon, mais cela fit tourner le propriétaire du wagon dans leur direction, donc ils se turent tous et ils se raidirent.
—T-T-Tu cherches les embrouilles, poto ? dit Ranta avec une voix incroyablement petite.
Peut-être cette personne les avait entendus. Quand le propriétaire du wagon se leva, Ranta s’inclina au sol.
S’il vient jusqu’à nous, offrons-lui Ranta comme sacrifice, pensa Haruhiro. Ouais, bonne idée.
Malheureusement, ce ne fut pas nécessaire. Quand le veilleur de la Tour de Garde C ouvrit la porte, le propriétaire du wagon retourna à l’intérieur de celui-ci. Le cheval poilu secoua sa tête, puis il commença à tirer le wagon. Le wagon avança.
Pouvait-il traverser ce pont ? Il y arriva, mais de justesse. Le pont semblait juste assez résistant pour le supporter, et à chaque fois que les roues du wagon tournaient, les planches du pont grinçaient. Le pont n’allait pas céder, n’est-ce pas… ?
Quand le wagon arriva finalement à traverser le pont, cela donna envie à Haruhiro de l’applaudir. Bien qu’il n’allait pas le faire.
Haruhiro et les autres cachèrent tous leurs visages et suivirent le wagon pour entrer dans le village. Le wagon s’arrêta devant le forgeron. Comme ils s’y étaient attendus, le propriétaire du wagon et le forgeron discutaient comme de vieux amis.
—Ces deux types, ils doivent être frères, pas vrais ? Ranta commença à paniquer tout seul en s’expliquant franchement devant Haruhiro et les autres. Qu-Quand j’ai dit « ces deux types », c’est juste sorti comme ça ! J-Je ne voulais absolument pas paraître irrespectueux ! Laissez-moi vous dire, je les respecte ! Pour de vrai !
—Comme si j’en avais quelque chose à faire… soupira Haruhiro. Mais ils ont vraiment l’air d’être des frères, ou de la même famille du moins, huh. Vous pensez que la cargaison a un rapport avec le forgeron ?
—On dirait qu’ils ont commencé à décharger, dit Kuzaku.
Ce n’était pas juste le propriétaire du wagon, le forgeron aussi aida. Ils enlevèrent la toile qui recouvrait le wagon. Le propriétaire se plaça à l’arrière du wagon pour former une chaine avec le forgeron. Le forgeron porta la marchandise en dessous du toit de sa forge et posa la cargaison au sol.
—Hé, les gars. Ranta leva son pouce et désigna la forge avec. Et si on allait leur filer un coup de main ? On pourrait avoir des réductions dans le futur, vous savez ?
—Avec une motivation ultérieure aussi évidente…
Yume semblait exaspérée, mais ce n’était pas une mauvaise idée, pour quelque chose qui venait de Ranta.
—Ok. Acquiesça Haruhiro. Allons aider. Juste nous les trois gars, pour le moment. Si on ne reste pas prudent, ils pourraient s’énerver et nous battre à mort, donc Yume, Shihoru et Merry, vous restez toutes les trois ici.
Les craintes d’Haruhiro se réalisèrent pratiquement. Le forgeron leva sa masse pour essayer de les intimider et de les chasser, mais quand Ranta s’inclina et essaya désespérément d’expliquer, le forgeron sembla comprendre. Bien qu’il avait l’air abasourdi par leur comportement, le forgeron les laissa les aider à décharger.
La cargaison était du charbon. Haruhiro avait entendu dire quand il était encore à Alterna, que pour faire son travail, un forgeron avait besoin de charbon ou de coke. De ce qu’il savait, la coke devait être utilisait avec un autre combustible, mais le charbon pouvait être utilisé comme tel pour obtenir de très hautes températures. Il pouvait aussi être utilisait pour purifier de l’eau.
On aurait dit que le propriétaire du wagon n’avait pas seulement servi de courtier, mais qu’il avait aussi fait le charbon. Il y avait un grand nombre de grandes haches épaisses au fond du wagon, et Haruhiro s’était dit qu’elles ne pouvaient servir qu’à abattre des arbres, donc le propriétaire du wagon était aussi bûcheron. Il était un brûleur de charbon.
Quand le déchargement fut terminé, le brûleur de charbon commença à aider le forgeron. Le brûleur de charbon semblait vraiment aimer aider, mais le forgeron se plaignait de toutes les petites choses qu’il faisait. De ce qu’il pouvait voir, le forgeron était-il le grand frère, et le brûleur de charbon le petit frère ? Peut-être le plus jeune frère aurait aimé devenir un forgeron comme son ainé, mais il n’avait pas le talent nécessaire, donc il était devenu un brûleur de charbon pour aider son frère. Enfin, ce n’était que l’imagination d’Haruhiro, donc tout ça avait de grandes chances d’être complètement faux.
Peut-être comme un moyen de les payer pour leur aide, le forgeron demanda à voir les armes d’Haruhiro et du groupe, puis lui et son petit frère travaillèrent dessus ensemble. Le groupe leur était vraiment reconnaissant pour ça.
Et ensuite le forgeron sortit une épée. C’était une magnifique épée qui avait des reflets bleutés, et il y avait des pictogrammes complexes gravés sur la lame, et il y avait aussi beaucoup de détails sur la garde et le pommeau. Le forgeron la fit essayer à Kuzaku.
Au moment où il l’a prise…
—Oh… ! s’exclama Kuzaku sous la surprise.
Elle était vraiment légère. Il se mit en posture de combat, il lança un coup dans le vent, et puis Kuzaku haussa les épaules sous l’excitation.
—Ce truc est dingue. Complètement dingue. Je déconne pas. Même un gars comme moi peut le dire. C’est une épée tout bonnement incroyable…
Le forgeron reprit l’épée de Kuzaku, leur montra une grande pièce, puis il leva cinq doigts, suivis par huit doigts. Quarante pièces larges… en d’autres termes le forgeron voulait leur dire que cette épée leur couterait 40 rou. Haruhiro ne pouvait pas s’imaginer cette valeur, mais en utilisant les standards de Grimgar, ce serait dans les 40 ors ? Les pièces larges semblaient avoir une très grande valeur, donc ça devait même être plus que ça. Quoi qu’il en soit, il savait que c’était assez cher pour que ses yeux en sortent de sa tête. Cela devait être l’objet le plus précieux qu’avait le forgeron, ou quelque chose comme ça.
Plus tard, alors qu’Haruhiro et les autres étaient en train de déguster leur modeste repas à l’épicerie, le wagon du bruleur de charbon commença à bouger. Celui-ci allait à la même vitesse qu’une personne qui marchait. Haruhiro et les autres essayèrent de le suivre. Ils avaient l’intention de revenir sur leurs pas si le brûleur de charbon avait l’air énervé, mais on aurait dit qu’il ne faisait pas attention à eux.
Quand le wagon traversa le pont, il prit la direction du nord pendant un moment, puis il tourna vers l’ouest. Shihoru avait vu juste. Une route. Il y avait une route qui traversait la forêt. Les arbres avaient été abattus par ici, et il y avait des rails sur le sol. Les roues du wagon s’y engouffrèrent parfaitement.
Le wagon allait à une bonne allure. La route serpentait légèrement, mais c’était majoritairement droit.
Ils entendirent des oiseaux, ou d’autres sortes d’animaux. Sur le chemin, Yume fit remarquer que le wagon émettait un drôle de bruit. Il y avait des sortes de cloches qui pendaient du siège du cocher là où le brûleur de charbon était assis. Elles faisaient un grave et lourd bruit de cloche. Avaient-elles une utilité ? Comme écarter les bêtes ?
Ils arrivèrent dans une zone dégagée. Il y avait une petite cabane qui ressemblait à un refuge de montagne. A côté se trouvait un fourneau avec un toit et une réserve de charbon. Il semblerait que ce soit là que le charbon était brûlé.
Le brûleur de charbon gara son wagon et alla à l’intérieur de l’abri.
Haruhiro et les autres firent le tour du site, puis ils essayèrent d’aller dans la forêt. Dans cet endroit beaucoup des arbres avaient été coupés et les quelques restants étaient bien éloignés, ce qui rendait la progression bien plus facile.
En plus de la route vers le Village du Puit, il y avait une autre route qui s’étendait dans une autre direction. Les rails du wagon étaient bien usés de ce côté aussi. Où cette route menait-elle ? Y’avait-il d’autres villages que le Village du Puit ?
Quand ils revinrent au site du brûleur de charbon, celui-ci se trouvait devant son abri et il était en train de fumer. On aurait dit qu’il prenait du bon temps. Il ne jeta même pas un regard en direction d’Haruhiro et des autres.
Le cheval poilu avait été détaché, et il était en train de manger l’herbe. Si cette chose leur donnait un coup de pied, ils mourraient sur le coup. Rien que le fait d’être balayé par sa queue devait infliger de sérieux dégâts. Ils feraient probablement mieux de ne pas l’approcher impunément.
—On dirait que notre monde vient juste de s’étendre un peu… peut-être ? dit Shihoru.
—Ouais. Kuzaku hocha la tête pour confirmer.
—C’est pas ça qui va nous rapporter de la thune. Ranta s’accroupit, arracha une touffe d’herbe et joua avec entre ses doigts. Oh, ouais, j’ai oublié d’invoquer Zodiac-kun. Bah, pas grave…
—Il y a plus important que l’argent dans la vie, non ? Yume baissa la tête. … Yume a faim cela dit.
—Voulez rentrer ? demanda Merry, hésitante.
Haruhiro lui en était reconnaissant. Ils étaient venus ici sur l’impulsion du moment, mais il serait difficile de dire que cela leur ait rapporté. Il ne voulait pas dire que cela avait été inutile, mais la vérité s’en approchait dangereusement. Il ne voulait pas rentrer les mains vides. Mais que pouvaient-ils faire d’autre ?
—Rentrons ! Haruhiro essaya de faire en sorte que ce soit une déclaration forte, mais tout le monde le regarda d’un air moqueur, donc il ajouta un … peut être ? et il essaya de noyer le poisson.
Tu fais pitié… pensa-t-il.
Ouais, il faisait vraiment pitié. Il avait toujours été déplorable, mais il avait la sensation d’avoir explosé son record ces derniers temps. Manato les aurait menés mieux, et plus intelligemment. Tokimune aurait remonté le moral des troupes avec ses encouragements désinvoltes.
Et pour Haruhiro ? Il ne pouvait faire que des choses à sa manière. Mais en fait, qu’est-ce qu’était sa manière ? Non, qu’est-ce que c’était tout court ? Que devrait-il faire ?
Maintenant qu’ils étaient tombés sur une situation ridicule comme celle-ci, ses défauts commençaient à se montrer au grand jour. Il était si incompétent que, honnêtement, cela déprimait Haruhiro lui-même, et il n’avait pas la moindre idée de quoi faire.
Il voulait quelqu’un sur qui se reposait. Désespérément. Il ne pouvait pas mettre son devoir de côté. Il le savait, mais il voulait en toute franchise abandonner. Tout foutre en l’air, et fuir.
Haruhiro et le groupe étaient en train de suivre la route qui traversait la forêt pour renter au Village du Puit. Que devrait-il faire là maintenant ? Que devrait-il remarquer, et qu’est-ce qu’il devrait en conclure ? Haruhiro avait besoin de penser à ça. Il le devait, mais… ses pensées étaient dominées par son insatisfaction, son mécontentement, sa médiocrité, ainsi que par son mal-être, ses peurs et son désespoir.
Peut-être devrait-il simplement s’ouvrir à eux et tout leur dire ? Et s’il leur disait, Là tout de suite : C’est comme ça que sont les choses, vous voyez, et je suis le leader, ouais, mais je ne me comporte pas comme un vrai meneur, désolé, et qu’ils s’excusaient comme ça ? Si le faisait, il pourrait se sentir mieux.
Haruhiro serait le seul à se sentir mieux. Qu’en penseraient ses camarades ? Ranta s’énerverait contre lui pour sûr.
Comme s’il en avait quelque chose à faire de Ranta.
Est-ce que les filles seraient plus attentionnées avec lui ? Il pourrait bénéficier de cette sympathie. Il voulait qu’elles soient un peu plus douces avec lui. Il voulait être libéré de cette tension, de cette pression.
La route était large, et c’était facile d’y progresser, mais ils n’y voyaient pratiquement rien, donc Yume était en train de porter une lanterne. Haruhiro se retourna et vit le visage de Yume, puis il vit Shihoru qui était en train de marcher à côté d’elle, et ses yeux furent attirés par une certaine partie de son anatomie. Il se retourna immédiatement.
Oh, merde.
Il avait pensé à quelque chose de vraiment bizarre à cet instant. Non, ça n’avait pas été une pensée. C’était une impulsion. Haruhiro était troublé désormais. Il était dégoutté par lui-même.
Il avait ressenti un désir soudain, et cela c’était dirigé on ne sait pourquoi vers Shihoru. Peut-être parce que la poitrine de Shihoru avait attiré son attention, et c’est ce qui avait provoqué cette soudaine montée de sa libido ? Non, la relation de cause à effet entre les deux n’avait pas d’importance. Ce qui importait c’était qu’il l’avait ressentie. En plus de ça, sa partie inférieure était maintenant dans un état qu’il trouvait difficile à décrire.
Oh, non, oh, non, oh, non, oh, non, oh, non…
Le fait étant, Haruhiro, comme n’importe qui, avait du désir sexuel. Cependant, il se sentait comme si le sien n’était pas si développé, et il préférait prendre tout cela avec modération. Il se disait qu’il l’avait fait, du moins le plus possible. Je suis un homme jeune et en bonne santé, donc je peux rien y faire était quelque chose qu’il ne voulait pas penser. Il ne voulait pas y croire.
Je suis un homme jeune et en bonne santé, donc je peux rien y faire…
Et maintenant, il devait utilisait cette réplique qu’il n’aurait jamais voulu utiliser pour se consoler.
Pas que ça m’ait consolé du tout, ok ? Qu’est-ce qui va pas chez toi, Haruhiro ? Tu perds la boule, Haruhiro. T’es fatigué, Haruhiro. Me dis pas que t’es en train de devenir un espèce d’animal en chaleur ? Ici ? Dans un moment comme celui-ci ? Stooooooooop…
Tandis qu’il faisait de son mieux pour réprimander son envie d’enfouir sa tête entre ses mains et de hurler…
—Meow ? Yume fit un son étrange. Là j’crois, vous savez, pourrait y’avoir un truc par ici ?
—Un truc ? Comment ça ? Ranta avala sa salive. C’est quoi ?
—S-S-Stop. Haruhiro leva rapidement sa main, mais tout le monde s’était déjà arrêté. Yume, où ça ?
—Par là, peut-être ? Yume désigna la forêt derrière eux sur la droite. Il y a eu un bruit. Une présence, peut-être ?
Kuzaku laissa échapper une profonde respiration, il dégaina son épée, et il prépara son bouclier. Je devrais reculer ?
—Um—er— Haruhiro se secoua la tête pour se remettre les idées en place. Bah… Voyons voir. Kuzaku, toi tu vas dans la direction que Yume a indiquée. Ranta, tu vas… sur la gauche de Kuzaku. J’irais à droite. Merry, protège Shihoru. Yume, couvre l’arrière.
Ses camarades se mirent en formation en un rien de temps. Il fut le seul à être un petit peu lent. Haruhiro ne pouvait s’empêcher de le ressentir comme ça. Ses décisions, et ses actions, elles étaient lentes.
Je ne suis plus en érection, n’est-ce pas ? Il se désespérait lui-même pour avoir pensé ça. Je suis débile ? C’est pas le moment, si ?
Pendant un moment, il retint sa respiration et il s’immobilisa. Rien ne se passa. Il n’entendit rien non plus.
—T’es sûre que tu t’imagines pas des trucs ? demanda silencieusement Ranta.
—Peuuuuut être ?
Yume n’écarta pas cette possibilité.
—On va rester en alerte pour le moment,
Haruhiro fit le tour de la zone.
Rien ici, pensa-t-il, et il était sur le point de faire un demi-tour.
—On rentre au Village du Puit…
Il y eut une série de Kohh, et quelque chose apparaissait ici et là. Ils étaient en train de se rapprocher d’eux.
Des créatures ? Pas si grosses cela dit. Plus que une ou deux. Cinq, peut être six ? Plus ?
Kohh. Kohh. Kohh.
Était-ce eux qui produisaient ces aboiements ? Ces hurlements ?
—Ça arrive ! hurla Haruhiro en disant ce qu’ils savaient déjà.
Immédiatement, Kuzaku utilisa Heurt en envoya quelque chose dans les airs avec son bouclier.
—Des singes ?!
Ranta balança son Epée Foudroyante du Dauphin dans tous les sens. Il ne toucha pas.
Des singes. Ils ressemblaient vraiment à des singes. Leurs corps étaient couverts de fourrure noire et marron, et ils avaient des queues. Ils frappaient le sol avec leurs pattes avant et arrière pour sauter sur eux, mais ils ne courraient pas comme des bêtes à quatre pattes. Ils attrapaient les arbres avec leurs pattes avant, et ils écartaient les branches devant eux avec. Mais leurs visages étaient plus proches de celui d’un chien que d’un singe. Ils pouvaient être nommés inuzarus, chien-singe, peut-être.
Haruhiro repoussa un inuzaru avec sa matraque dans sa main droite, puis il essaya d’asséner un coup de pied sur un autre, qui esquiva. Bien qu’il ait fait mouche sur le premier, son coup était faible. L’inuzaru sauta sur lui une nouvelle fois. Il s’abaissa et porta un coup avec son épée courte, mais celui-ci esquiva.
—Ils sont rapides les petits bâtards ! Jaillissement ! Ranta se jeta vers l’avant en dessinant un 8 avec son Epée Foudroyante du Dauphin. Suivi par Découpe !
L’inuzaru qui fut découpé laissa échapper un Kohhhh… en mourant et il s’effondra. Ranta leva son Epée Foudroyante du Dauphin bien haut.
—Qu’est-ce tu dis de ça ?! Je suis incroyable !
Oui, oui, oui, oui, on a compris, maintenant arrête de perdre du temps et bats-toi, ok ?
Était-ce qu’Haruhiro voulait dire, mais avant qu’il ne le fit, les inuzarus hurlèrent kohh, kohh, kohh, et commencèrent à battre en retraite.
—Vous croyez pouvoir m’échapper, huh ?! Ranta était sur le point de se lancer à leur poursuite, mais il s’arrêta immédiatement. Bah, on va dire que ma présence leur a glacé le sang. Je suis le chevalier noir ultime, Ranta, après tout ! En passant, l’ultime ici est pour le fait que je sois ultimement terrifiant, pas que je suis ultimement puissant. Bien que je le sois aussi ! Gahahahaha !
—E-Est-ce que tout le monde va bien ? Haruhiro regarda chacun de ses camarades. Tout le monde va bien, n’est-ce pas ?
—Ouaip. Kuzaku abaissa son épée.
—Meow. La réponse de Yume était toujours aussi incompréhensible, mais il pouvait sûrement comprendre par là qu’elle allait bien.
—Ça m’a surprise… Shihoru laissa échapper un profond soupir.
—Il n’y en a pas d’autres qui viennent ? Merry avait toujours son bâton court sur le qui-vive.
Pour le moment, on aurait dit que personne n’était blessé.
Ranta marcha jusqu’au corps sans vie de l’inuzaru. Non, il n’était pas encore mort. Il avait des entailles sur tout le corps et il tremblait. Cela dit, il était clairement sur le point de rendre son dernier souffle. Sans hésiter un seul instant, Ranta appuya son épée contre l’arrière de la nuque de l’inuzaru et il l’écrasa, tuant ainsi la créature.
Hé, t’es sérieux là ? pensa Haruhiro.
Mais comparé à le voir souffrir pendant ses derniers instants, cela devait être plus gentil de le finir rapidement.
Ranta s’accroupit au sol en inspectant l’inuzaru avec de se tourner vers Haruhiro.
—Donc, c’truc, t’penses qu’il est mangeable si on le cuisine ?
Ranta ne se proclama l’ultime chevalier noir pour rien, apparemment. C’était un titre qu’il s’était octroyé lui-même. Et pourtant, ce à quoi il pensait était terrifiant.
Naturellement, le reste de leurs camarades ne donnèrent pas un avis favorable. Tuer des créatures vivantes et les manger. Cela pouvait sembler cruel parfois, mais il n’y avait rien de plus naturel. Cela dit, même s’ils tuaient des gobelins, ils ne considéreraient jamais d’un manger un. Les inuzarus ressemblaient à des singes, donc ils ressentaient la même aversion à leur égard, la même sensation que c’était un tabou. Cependant, ils étaient aussi affamés, et ils n’avaient pas d’argent pour acheter de la nourriture.
—Penses que tu peux le préparer, peut être ? demanda Haruhiro, avec un léger sens de la détermination cacher au fond de son cœur.
—Unngh… Yume semblait incroyablement triste par rapport à cette idée. C’est pas impossible, non. Yume, elle veut pas vraiment l’faire, mais elle peut…
—Dépèce-le, et retire les organes, huh ? Ranta enroula un bras autour de l’épaule de Yume en se comportant bien trop amicalement. Devrait être du gâteau, huh. Yume, je sais que tu peux le faire ! Lance-toi !
—Bas les pattes, abruti ! Yume balaya le bras de Ranta. Yume veut pas l’faire en plus !
—Je suis pas vraiment disposée à manger ça… blagua Shihoru, puis elle se pencha en arrière.
—Ouais… Merry couvrit sa bouche avec ses mains.
—Si tu me demandes de le manger, je le ferais mais bon… dit Kuzaku d’un ton hésitant.
Kuzaku, t’es un bon gars.
Ouais, il avait raison. Ce n’était pas comme si c’était de la viande humaine. Cela ne venait que d’une créature ressemblant à un singe, c’était tout. Même si ça avait mauvais goût, c’était toujours mieux que de crever de faim. S’ils pouvaient manger, ils devaient manger.
—Yume, je vais t’aider moi aussi. Haruhiro regarda Yume dans les yeux. Est-ce que tu penses que tu peux au moins essayer pour moi ? Si tu ne peux vraiment pas, dis-moi juste comme faire, et je le ferai.
Au final, Yume ne refusa pas.
Haruhiro porta le corps de l’inuzaru sur ses épaules et ils préparèrent un feu de camp près du pont du Village du Puit. Quand le feu fut près, ils commencèrent à le découper. Une fois qu’elle avait décidé de faire quelque chose, on pouvait compter sur Yume. Haruhiro ne fut seulement capable que de le soulever, de le retourner, et de le tenir fermement pour elle. Yume fit le gros du travail. Yume offrit une part de l’animal à la Déesse Blanche Elhit, puis elle commença à cuisiner la viande qu’elle avait soigneusement disposée sur des brochettes au-dessus du feu.
Quand la viande fut prête, personne ne se fit prier pour manger.
Quand ils mâchèrent et qu’ils l’avalèrent, Ranta tourna sa tête des deux côtés.
—Bah, ça a un goût plutôt normal, huh. Pas dégueu, pas incroyable. Ce serait meilleur avec du sel, peut-être…
—Murrgh… Yume fronça les sourcils. P’t être pas si bon que ça…
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