- U naa ? = Combien ?
- Faa noo = Bonjour / Zee naa = Au revoir.
- A=1 Muu=2 Son=3 Jo=4 Do=5 Kua=6 Shi=7 Zaa=8 Zama=9 Zamu=10 Zan=11 Zaji=12
Yume et Ranta avaient essayé plein de choses différentes avec le forgeron et le crabe géant épicier, et ils étaient relativement sûrs de toutes ces choses.
Les nombres étaient un petit peu compliqués. Haruhiro et les autres utilisaient des maths sur une base de 10, probablement parce que, en tant qu’humains, ils avaient dix doigts. Les résidents du Village du Puit, cependant, avaient un nombre varié de doigts. Donc ceux avec huit doigts utilisaient une base de 8, et ceux qui avaient un total de douze doigts avec leurs deux mains utilisaient une base de 12. C’est comme ça que cela semblait fonctionner. S’ils montraient leurs doigts et qu’ils demandaient U naa ? le gérant du magasin lèverait un nombre de doigts pour indiquer le prix. Cependant, s’ils ne savaient pas combien de doigts avaient le marchand, cela pouvait conduire à des malentendus.
Il y avait trois tailles de pièce noire. Celles qu’Haruhiro et les autres avaient pensées être plus grosses étaient les moyennes, et les petites étaient tout juste plus petites qu’elles. L’épicier avait été assez sympa avec eux pour leur montrer une grande pièce. Elle était notablement plus grosse que les pièces moyennes, plus épaisses, et avait des lignes argentées qui l’entouraient.
Les grandes pièces étaient appelés rou, les moyennes étaient appelées ruma, et les petites étaient appelés wen. On aurait dit que les rous avaient une assez grande valeur, donc la plupart des échanges se faisaient avec des rumas et des wens. Donc, combien de wen fallait-il pour avoir un ruma ? C’était aussi problématique, et on aurait dit qu’il n’y avait pas une valeur propre définie.
Maintenant, pour ce qui était de comment ça fonctionnait, avec le forgeron et l’épicier, 8 wens valaient 1 ruma. Cependant, au magasin de vêtements et de sacs, 12 wens valaient 1 ruma, et au magasin de masques, 5 wens valaient 1 ruma. Cela variait de magasin en magasin, ou plutôt de personne en personne.
—Cela étant le cas, quand le forgeron disait, Son zaa, qui correspondait à un trois suivis d’un huit en levant trois doigts, puis en levant huit doigts, cela voulait dire trois fois huit, ce qui faisait 24 wens, ou 3 rumas.
—Si le vendeur du magasin de vêtements et de sacs disait Jo zaji, ce qui était quatre suivi par douze en levant quatre doigts, puis tous ces douze doigts de ses deux mains, cela voulait dire quatre fois douze, ce qui faisait 48 wens ou 4 rumas.
C’était une situation bizarre où la différence de valeur entre 3 rumas et 4 rumas pouvait presque doubler en wen. Mais, c’était apparemment complètement normal pour les affaires dans le Village du Puit.
La pièce qu’ils avaient trouvée sur le corps et celle qu’ils avaient trouvée dans le lit de la rivière étaient toutes deux des pièces de tailles moyennes. L’épicier crabe géant était assez généreux sur ses prix, et s’ils le payaient 1 ruma, il les laisserait manger jusqu’à ce qu’ils soient repus. Il en était de même pour l’eau, après le ruma qu’ils avaient payé la première fois, personne ne leur avait demandé de payer encore une fois. Ce n’était probablement pas un tarif à chaque passage, mais plus un paiement initial pour avoir accès au puits.
Uh huh, ouais, ce n’était pas plausible du tout. Il y a des humains qui utilisent une base de 27 sur Terre actuellement. Il y a eu dans l’histoire de l’humanité des bases de 60, et tout un tas d’autres. C’était bien plus plausible qu’ils aient décidé une base mathématique commune pour faciliter la communication, et cela n’avait pas dû nécessairement être basé sur les doigts.
Ils rassemblèrent leur courage pour aller demander au forgeron ce que cela leur coûterait de faire affuter l’épée courte. Il indiqua un prix de 3 wens. Ranta fit tout son possible pour essayer de faire baisser le prix, mais ce ne fut pas suffisant. N’ayant d’autres choix, ils ignorèrent les véhéments de Ranta qui protestait et ils payèrent les 3 wens pour le que le travail soit fait.
A ce stade, la fortune totale du groupe était de 1 ruma. C’était tout juste assez pour nourrir tout le monde. Ils négocièrent avec l’épicier crabe en demandant à manger n’importe quoi d’autre que des bols d’insectes, et ils mangèrent jusqu’à plus faim.
Le forgeron avait fini d’affuter l’épée tandis qu’ils ripaillaient. C’était de l’excellent travail, mais la nuit était venue et les portes étaient fermées. Avec la sortie inaccessible, ils n’allaient pas pouvoir aller dehors à moins de défoncer la porte.
Ils ne se sentaient pas de se trouver un endroit au hasard pour s’allonger et dormir, alors ils décidèrent de faire un petit tour dans le Village du Puit. Accessoirement, Épouvantail-san n’avait pas quitté le village et était affalé près de la Tour de garde A.
En plus de la forge, du magasin de vêtements et de sacs, du magasin de masques, de l’épicerie et du fourre-tout qui faisaient tous face à la place centrale, le village comportait neuf autres bâtiments. Ils pouvaient voir le plus large d’entre eux de l’autre côté de la place. Il était fait de pierres pilées, et aussi incroyable que cela puisse paraître, il avait des fenêtres en verre, même si elles avaient l’air un peu poussiéreuses. Il y avait de la lumière qui s’échappait des fenêtres, donc on aurait dit que quelqu’un vivait ici, mais ils n’avaient pas vraiment envie de lui rendre visite.
Et pour le reste, à gauche de la place, au nord, il y avait quatre édifices. Et à l’opposé de ceux-ci, au sud, il y avait aussi quatre bâtiments. Ceux-là étaient toutes des cabanes faites de bois ou de terre, avec de la paille tressée ou des bardeaux de bois en guise de toit. S’ils avaient le matériel nécessaire, le groupe pourrait probablement les imiter et construire un cabanon simple comme ceux-là.
Ils croisèrent un bon nombre de résidents. Certains étaient humanoïdes et d’autres ne l’étaient pas, mais ils avaient tous le visage caché. Le groupe essaya de les saluer avec un Faa noo pour voir leur réaction, mais ils se firent ignorer.
Il y avait un quai d’installé dans le lit de la rivière à l’intérieur du fossé. Cependant, il était sérieusement âgé, et même pourrissant par endroit. Il n’y avait pas le moindre signe d’un quelconque bateau.
Peut-être auraient-ils pu se baigner en toute sécurité s’ils avaient utilisé le lit de la rivière à l’intérieur du village. C’était une idée qui lui était venue à l’esprit comme ça, mais ils n’étaient pas sûrs qu’ils les autoriseraient à simplement creuser comme ça. Haruhiro et les autres étaient des nouveaux arrivants et des étrangers après tout. Ils ne voulaient pas faire quelque chose de stupide qui offenserait les habitants. S’ils allaient devoir le faire, ils avaient décidé que ce serait après avoir eu une meilleure vue d’ensemble de la situation.
Ils décidèrent de camper sur un lopin de terre où il n’y’ avait pas de bâtiments dans l’idée de ne pas déranger les résidents. Il faisait froid, mais s’ils s’enroulaient dans leurs capes, ils pouvaient tout de même arriver à trouver un peu de sommeil.
Les filles se serrèrent les unes contre les autres pour partager leur chaleur. Pour être honnêtes, les gars étaient jaloux, mais ils n’allaient en aucun cas s’emmitoufler comme ça. C’était mieux de prendre sur soi. Du moment qu’ils pouvaient continuer à penser ainsi, ils pourraient s’en sortir d’une manière ou d’une autre.
Il ne fallut pas attendre longtemps pour entendre les ronflements harassants de Ranta. Les filles étaient aussi en train de murmurer entre elles. En jugeant les agitations répétitives de Kuzaku, lui non plus n’arrivait pas à dormir. Enfin, bien sûr qu’il ne pouvait pas. Ranta était le gars bizarre dans cette histoire.
Haruhiro eut plusieurs fois l’envie de commencer une conversation avec Kuzaku, mais à chaque fois, il s’arrêta net. Au bout d’un moment, les filles se turent et Kuzaku arrêta de bouger dans tous les sens.
Je devrais dormir, je vais dormir, allez, dors.
Haruhiro essaya de se forcer à dormir, mais plus il en faisait, moins il avait envie de dormir. Il ne pouvait que penser à plein de choses plus inutiles les unes que les autres, et rester allongées ici découragées par l’effroyable désespoir de leur situation.
C’est pas bon, pensa-t-il. Je dois faire des choix. Il y a des choses sur lesquelles je peux réfléchir, et des choses sur lesquelles je ne peux pas. Remémore-toi ce qu’on a fait aujourd’hui. Prends des notes de ce que j’ai appris. Ensuite, demain. Contente-toi de penser à ce qu’on va faire demain. Avant que demain ne vienne. C’est mieux de juste oublier tout ce qu’on a fait jusque là. Je veux dire, même en y réfléchissant, j’ai pas la moindre idée de ce qui va arriver. Non, je suppose que j’en connais une petite partie. On va mourir un de ces jours. Ça c’est un certitude. Ouaip, on va bien crever un jour. Quoi qu’il arrive. Enfin, est-ce que ça rend pas tout ce qu’on fait un peu vide de sens ? Tôt ou tard, je vais mourir. Mes camarades vont mourir. Je me demande comment. Ce sera douloureux ? Ce sera effrayant ?
Manato. Moguzo. C’était comment quand vous êtes morts les gars ? Est-ce que vous avez pensé, Non, je ne veux pas mourir, ou quelque chose comme ça, peut être ? Est-ce que je pourrais mourir en étant au moins un minimum satisfait ? Si je devais mourir là tout de suite, je sais que j’aurais des regrets. Je ne veux pas encore mourir. Je veux pas voir plus de visages privés de vitalité. Je ferais mieux de pas penser à ce genre de truc. C’est trop horrifiant. Qu’est-ce qu’on a fait hier et aujourd’hui ? Qu’est-ce qu’on fera demain ? Si je me concentre uniquement sur ça, tout pourrait bien se passer, et…
—Boweeeeeeeeeh !
—Whuh… ?
Haruhiro sauta sur ses pieds et regarda frénétiquement autour de lui. On aurait dit que ses camarades s’étaient eux aussi réveillés.
Yume se frotta les yeux.
—On va faire une crise cardiaque, dit-elle.
—C’était un coq… vous croyez ? Shihoru se tenait la poitrine.
—Ça m’a surprise… murmura Merry.
—Nngh… ! Ranta s’étira. Bah, c’est un son rafraichissant pour se réveiller !
—D’où ? grogna Kuzaku.
Tu peux redire ça, pensa Haruhiro.
En regardant autour d’eux, ils virent qu’au sommet de la barre à laquelle pendait le seau du puits, il y avait une sorte de poulet marron— mais ce n’était probablement pas un poulet. Il était affreusement gros pour en être un après tout.
—Boweeeeeeeeeeeeeeeh !
Le terrifiant hurlement venait apparemment de cette créature. Quelle façon terrible de se réveiller.
—Bon, faisons de notre mieux aujourd’hui encore.
Haruhiro essaya de les encourageait dans un élan de devoir, mais sa voix semblait incroyablement faible.
—Bien qu’on y aille toujours sans petit déjeuner ! dit Ranta, puis il laissa échapper un rire caquetant.
—C’est pas grave, dit Yume en gonflant ses joues sous son masque. Faut juste s’dire qu’on fait un régime.
—Si tu perds encore plus de chaires sur ta petite poitrine, qu’est-ce que tu vas faire ? demanda Ranta.
—Les seins de Yume n’ont pas changés tant que ça !
—Bon, alors laisse-moi les toucher ! Je vais vérifier pour toi !
—Un peu trop direct là, non ? Kuzaku avait l’air horrifié. Avec tes demandes, et tes désirs…
—Je crève la dalle là ! hurla Ranta sur Kuzaku. Je prendrais des petits seins, ou tout ce que je peux trouver ! Je veux juste peloter quelque chose ! Avec tous les dangers qu’on affronte, ma libido est en train d’exploser ! Ohhhhhhhhhhh ! Je veux procréer !
—T’es beaucoup trop dangereux, mec…
Haruhiro était en train de s’inquiéter pour Ranta.
—Si seulement il pouvait mourir… dit Shihoru.
Elle était probablement à moitié sérieuse.
—Parce que c’est le matin… ? la réponse de Merry demeurait un mystère. Elle avait dû être à moitié éveillée.
—Ranta. Yume recula tout en restant assise. T’es super déplaisant.
La façon dont elle avait dit ça avec autant de sérieux avait au moins dû frapper une (sombre) pourriture comme Ranta. Ranta fit comme s’il balayé quelque chose dans les airs sur le côté.
—Ok, mettant la blague de côté, bougeons.
—Tu penses que tu peux tout annuler comme ça ? répondit Shihoru ne le supportant pas.
—Ouais, je pense que je peux ! Fais-moi une faveur, et fous-moi la paix ! dit Ranta.
—Pourquoi on devrait te faire une faveur ? soupira Haruhiro. Peu importe, partir sans petit déj va être difficile. On doit au moins gagner 3 rumas aujourd’hui pour que ça ne se reproduise plus jamais.
—Ok, Parupiro, donne-nous une explication précise de comment on va faire pour gagner assez dans le but que ça ne se reproduise pas. Je suis tout ouïe. Tu ferais mieux de m’être reconnaissant.
Ce n’était pas comme si Haruhiro avait un plan de génie.
—Chercher dans le Marécage Mortuaire des pièces noires et d’autres choses de valeur. Rester attentif à la bête à quatre yeux et aux autres créatures.
—Ranta beugla, Ennuyaaaaant ! et était véhément contre, mais le reste du groupe était pour.
Ils quittèrent le Village du Puit et se dirigèrent vers le Marécage Mortuaire.
C’était bien d’essayer et de rester sur leur garde, mais qu’est-ce que, concrètement, pouvaient-ils faire si la bête à quatre yeux se montrait ? Il pourrait aussi y rencontrer d’autres menaces encore inconnues. Pourraient-ils les gérer ? Il y avait tout un tas de choses sur lesquelles s’inquiéter, mais c’était la façon la plus sûre d’obtenir de l’argent pour le moment. Ils devaient le faire.
Ce jour-là ils trouvèrent 1 ruma, 5 wens et une épée rouillée, et la hampe d’une lance. Heureusement, la bête n’avait pas montré le bout de son nez.
Quand ils revinrent au Village du Puit, ils amenèrent l’épée, la hampe de la lance et leurs autres trouvailles de la veille au forgeron, l’épée courte de Yume et l’épée de Kuzaku. Le forgeron leva quatre doigts. Cela voulait apparemment dire qu’il paierait 4 wens pour le tout. Pour la plupart, il allait les utiliser comme de la ferraille, donc il les évaluait sûrement à 1 wen pièce, pour un total de 4 wens.
Ils y réfléchirent un petit peu, mais le forgeron n’était pas du genre ouvert à la négociation, et trimbaler avec eux les épées ne serait que du poids supplémentaire sur leur dos. Ils les vendirent, et avec les 4 wens qu’ils avaient obtenus grâce à leur vente élevaient le total à 1 ruma et 9 wen. Ils pourraient nourrir tout le monde à l’épicerie pour 8 wens ou 1 ruma, donc ils avaient plus qu’assez pour deux repas. Ils pouvaient manger avant d’aller se coucher, puis encore en se relevant le matin suivant !
Cela faisait du bien de se remplir l’estomac après avoir travaillé. La faim les poussait toujours à bout.
Faisons plus aujourd’hui que ce qu’on a fait hier, pensa Haruhiro. Notre objectif est de 3 rumas.
La bête à quatre yeux était effrayante, mais il ne la sentait pas proche d’eux. Yume, Merry et Haruhiro trouvèrent 1 pièce de taille moyenne, 2 petites pièces et deux épées tout ça en succession rapide. Tout avançait à un bon rythme.
—Hm ? Ranta ramassa quelque chose de long d’une flaque d’eau. C’est quoi ça ?
—Myeeek ! Yume sauta en arrière. Ça bouge dans tous les sens !
—Ohh ?! T-T’as raison ! Ça bouge, huh ? Ranta voulut s’en débarrasser. Cependant, la chose s’enroula autour de son bras droit et ne voulait pas le lâcher. Qu-Qu-Qu-Quoi ?! C-C-C’est un serpent ?!
—Ah… Kuzaku baissa les yeux. I-Il y en a un sur ma jambe aussi…
Quand ils se tournèrent vers lui, il y avait en effet une chose longue qui était en train de s’enrouler autour de la jambe gauche de Kuzaku.
Un serpent ? Était-ce que c’était ? Était-il dangereux ? Venimeux ? Comment pourraient-ils le savoir ?
—N-Ne bouge pas, Kuzaku, bégaya Haruhiro. Non, peut-être que tu devrais bouger… ?
—Je fais quoi ?
—Gwahhhhhhhhh ! Ranta essaya désespérément de se débarrasser de l’espèce de serpent en s’agitant dans tous les sens, mais la créature ne voulait pas le lâcher. C’est quoi cette merde, c’est quoi c’est merde, c’est quoi ce putain de truc ?! C’est flippant, flippant, flippant !
—Ah… ! Shihoru se cryogénisa. I-I-Il pourrait… y en a-a-a-avoir tout un tas… juste en dessous de nous…
—Huh… ? Merry leva son bâton court comme s’il était devenu lourd. Pourquoi ferait-elle ça ?
Il y avait un autre truc-serpent enroulé autour de son bâton.
—C-C-C-Calmez-vous. Haruhiro prit une profonde inspiration. CCe n’est pas comme s’ils nous attaquaient. Et on dirait qu’ils ont pas l’intention de le faire non plus. Tout va bien. J’en suis sûr. Faut pas s’en faire. Probablement.
—Kehe… Zodiac-kun avait été juste à côté de Ranta il y avait de cela quelques instants, mais il était maintenant très éloigné d’eux pour on ne sait quelle raison. Croire sans preuve… n’est que pure folie… Kehehe…
—Zodiac-kun est en train d’essayer de m’abandonner ?! C’est vraiment pas bon signe ! Ranta essaya de se débarrasser du serpent avec sa main gauche. Cependant, la créature ne semblait pas du même avis que lui. Nnnngh ! A-A-Aidez-moi ! Que quelqu’un me sauve ! Sauvez-moi, bande d’idiots !
—Noooooooon ! Merry était en train d’agiter son bâton sauvagement. Même avec tout ça, l’espèce de serpent se maintenait fermement.
—Uwahhhhhh. Kuzaku ne savait pas quoi faire.
Quoi, quoi, quoi ? Ce n’était pas seulement sa jambe gauche ? Il y avait un autre serpent truc sur sa jambe droite aussi ? Non, il y en avait deux, trois de plus qui serpentaient sur les jambes de Kuzaku et qui étaient en train d’essayer de le prendre au piège ?
—O-Ohm, rel, ect, del, brem, darsh…
Shihoru lança Gardien de l’Ombre pour se protéger avec un élémentaire d’ombre. Cela avait dû être la chose calme et rationnelle à faire. Cependant, pour être tout à fait honnête, Haruhiro n’était pas entièrement d’accord sur le fait qu’elle le fasse.

—H-Haru-kun ?! Yume regarda hâtivement vers Haruhiro.
« Non, me demande pas » était quelque chose qu’il ne pouvait pas dire. Haruhiro était le leader après tout.
C’est vrai. Je suis le leader. Mais, leader ou pas, il y a des choses que je peux faire, et des choses que je peux pas faire, tu sais ? Mais quand même, si je ne fais pas quelque chose, c’est carrément évident que ça va mal finir, ouais ?
—S-Sortez de l’eau ! ordonna Haruhiro. C’est la première chose ! C-Ce serait un peu bizarre de vouloir s’en débarrasser ici !
Yume et Shihoru prirent leurs jambes à leurs cous. Ranta et Merry leur emboitèrent le pas, l’un en agitant son bras et l’autre son bâton en courant. Haruhiro tira Kuzaku par le bras et courut.
Alors qu’ils étaient en train de fuir, Ranta cria de douleur. On aurait dit qu’il s’était fait mordre quelque part.
—Ç-Ça va, Ranta ?! cria Haruhiro.
—Espèce d’abruti ! Y’a pas moyen que j’aille bien ! Vas crever ! Putain, ça fait mal !
Il hurle, et il bouge toujours, donc il a l’air d’aller plutôt bien, pensa Haruhiro.
Dans un élan de bonne fortune, une fois qu’ils eurent quitté le Marécage Mortuaire, les serpents truc se retirèrent naturellement. Bien qu’ils ne furent soulagés que pendant seulement un instant, car Ranta s’effondra et commença à convulser.
—Gwah…guhguhguhguhguhguhguhguhguhguh, oughhhhhhhhhhhhhh, gurbbbbbbbbb…
—Ranta ?!
Yume retira l’heaume de Ranta.
—Argh ?!
Rien qu’en regardant de loin, n’importe qui aurait pu dire que ce n’était pas bon. De la mousse s’écoulait de la bouche de Ranta. L’espèce de serpent devait être venimeuse.
Merry incanta immédiatement Purification pour éliminer le poison, mais Ranta resta allongé un moment le regard vide.
—Urgh… Je peux pas y croire. J’ai failli me faire tuer là. Qu’ils aillent tous se faire foutre…
—Ehehe… Pourquoi ne t’es tu pas… juste laissé étreindre par Skullhell… Ehe… Ehehe…
—Sérieux, Zodiac-kun, si tu l’embêtes dans un moment comme ça, alors bam ! Tu vas t’en prendre une ! Yume était anormalement gentille avec Ranta.
À vrai dire, Haruhiro n’était sûr de quand ni comment cela était arrivé, mais Yume laissait sa tête reposer sur ses cuisses. C’était tellement incroyablement inhabituel qu’il n’en croyait pas ses yeux.
—Une minute… Est-ce que le poison est parti au moins? J’ai la sensation que je vais mourir… Désola, Yume… Laisse-moi me reposer comme ça un petit peu plus longtemps… maugréa Ranta.
—Huh ? Bah, s’tu veux, ça dérange pas Yume.
—Pendant une autre heure…
—C’est pas un petit peu long ?
—Très bien, juste trente minutes alors…
—Meow…
—Geh heh… Tu t’es fait avoir… Ranta t’a trompée… Geh heh heh…
—Huh ? Vraiment ?
—B-Bien sûr que non ! cria Ranta. De quoi tu parles Zodiac-kun ? J-Je me sens vraiment, vraiment mal ! G-Genre, j’ai des nausées, mal à la tête et à l’estomac, ok ? Je suis pas en train de simuler !
—Ça a l’air super faux ! T’as l’air d’avoir pas mal d’énergie aussi ! cria Yume.
Bien évidemment, Ranta fut éjecté de force des jambes de Yume. Cela n’avait pas d’importance, mais tout de même, ils se trouvaient dans une impasse désormais. Leur méthode garantie et sûre pour acquérir des pièces noires dans le Marécage Mortuaire venait de voir s’offrir une autre menace en plus de cette bête à quatre yeux : ces serpents choses, les serpents venimeux du marécage. Cela ne pouvait plus vraiment être appelée une méthode sûre désormais.
—Donc ? Qu’est-ce que tu vas faire maintenant, Parupiro ?
Quand Ranta lui demanda ça avec un ton grincheux, Haruhiro faillit s’énerver.
Comment ça, Qu’est-ce que je vais faire ? Tu rejettes toute la faute sur moi ? Demande au moins, Qu’est-ce qu’on va faire ? On va commencer par en discuter tous ensemble, évidemment !
Tandis qu’Haruhiro était en train d’engueuler Ranta dans sa tête, cela l’aida à se calmer. Même s’il s’énervait contre cette (méprisable) (merdique) (inférieure) pourriture et qu’il le faisait avoir tort, ce type était une enflure, donc ce n’était pas comme si cela allait changer grand-chose. Si Haruhiro s’énervait contre lui, cela ne ferait que le fatiguer. C’était un gâchis d’une colère tout à fait parfaite.
—Peut-être qu’on pourrait réessayer d’aller dans cette forêt… commença Haruhiro.
Quand il proposa l’idée, tout le monde accepta avec une aisance déconcertante.
Ça vous convient ? Se demanda-t-il. Est-ce que tout le monde n’y réfléchirait pas assez par hasard ?
Il ne pouvait pas s’empêcher de penser ça, mais peut-être était-ce parce qu’ils ne pouvaient pas trouver l’énergie pour le faire. Pour dire la vérité, Haruhiro se sentait pareil parfois. C’était une mauvaise habitude. Cela dit, il ne pouvait tout simplement rien faire. S’ils ne faisaient pas quelque chose, quoi que ce soit, ils ne pourraient pas continuer de vivre.
Pour le moment ils décidèrent d’aller dans la forêt proche du pont du Village du Puit. C’était plus difficile que ce qu’ils s’imaginaient. Les arbres blancs et torturés poussaient si densément que trouver un espace où une personne pourrait passer était dur. Devraient-ils les couper pour pouvoir continuer dans la forêt ?
Kuzaku dit quelque qui redonna espoir.
—Si c’est comme ça, il y probablement pas de grandes bêtes, ou quoi que ce soit de similaire.
Shihoru fit remarquer quelque chose de déplaisant.
—Mais il pourrait y avoir des serpents où des trucs qui leur ressemblent…
—Shihoru— commença à dire Haruhiro, puis il secoua sa tête.
—Huh ? Qu’y a-t-il ?
—N-Non, rien. t’as raison… Il pourrait y avoir des serpents, huh… Des venimeux…
—E-Et si on faisait demi-tour ? Ranta était apeuré.
Ça t’apprendra, pensa Haruhiro. Mais il n’était plus tant que ça motivé à l’idée d’avoir à faire à des serpents. Il ne voulait pas se faire mordre comme Ranta.
—Soyez prudents, les avertit Merry. Je peux seulement lancer Purification autant de fois que Soin.
Yume dit, « Hé, hé », en montrant quelque chose à l’ouest.
—Trèèèès loin là-bas, v’voyez, c’est loin, mais y’a quelque chose qui brille par là-bas, j’crois ?
—Briller… Haruhiro plissa les yeux et regarda dans cettedirection. Hé, t’as raison.
Quoi que cela puisse être, il ne pouvait pas en être certain, mais il y avait définitivement une lumière derrière ces arbres. Ou du moins c’est ce qu’on aurait dit.
—Pensez qu’on peut y aller ? demanda Kuzaku en chuchotant. Arriver jusque là-bas, avant que la nuit tombe ?
—Dur de dire la distance, après tout… Ranta était anormalement timide.
En passant, Zodiac-kun n’était pas entré dans les bois avec eux. Il semblerait que le démon se faisait attraper par les branches et la flore en général, donc peut être avait-il disparu pour cette raison. S’il n’avait pas Zodiac-kun avec lui, Ranta était juste une pourriture, pire qu’un excrément.
Shihoru proposa non sans hésitation,
—Est-ce qu’on devrait rentrer ?
Haruhiro regarda Kuzaku, Yume et Merry. Non seulement aucun d’entre eux ne dit quoi que ce soit, mais en plus leurs expressions ne lui permettaient pas de deviner leurs envies.
—Ouais… dit Ranta, en étant le seul à être d’accord avec Shihoru.
Ce n’était pas bon. L’ambiance n’était pas bonne du tout. Il voulait la changer, mais comment ? Haruhiro n’en avait pas la moindre idée.
Pour le moment, au moins, il voulait du temps pour réfléchir… peut-être ? Mais même s’il y réfléchissait, trouverait-il une réponse ? Il voulait du temps… Non, ce n’était pas ça, il voulait juste s’enfuir de cette situation pour le moment, non ? Cela ne devait pas être simplement Haruhiro ; peut-être qu’ils voulaient tous s’enfuir.
Ouais, c’est pas bon du tout, huh, pensa Haruhiro. Ça va pas fonctionner comme ça. Pas du tout. Y’a pas quinze façons de le dire, c’est pas bon… mais quand même.
—Et si on rentrait, pour l’instant ? proposa Haruhiro.
Il s’était lancé et il l’avait dit. Et pourtant, en tant que leader, il devait les motiver. C’était le moment où il devait réprimander ses camarades, ou les encourager, et il le savait plus que nécessaire que c’était son rôle, mais il ne pouvait pas le faire. Il était pire que désespérant. Ses forces l’abandonnèrent.
Est-ce qu’on va pouvoir continuer comme ça, à partir de maintenant… ?
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