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Chapitre 7

Le Projet Futur

Lecture ~16 min

Bon ou pas, c’était au moins mangeable.

Yume avait appris la compétence de chasse Trou à Rat. Il y avait d’autres compétences de piège comme Crochet et Piège à Cage, mais Yume ne connaissait aucun de ces deux-là. En plus, Crochet demandait un équipement spécial. Cela dit, son maître lui avait montré Piège à Cage une fois, et elle s’était dit qu’elle pourrait essayer d’un faire un elle-même, donc elle décida d’essayer. S’ils mettaient en place plein de pièges de longs de la route du bruleur de charbon, ils pourraient arriver à attraper un inuzaru.

Les serpents venimeux du marécage étaient effrayants. La bête à quatre yeux méritait de l’attention aussi. Mais, pour le moment, le Marécage Mortuaire était le seul endroit où ils étaient sûrs de pouvoir trouver des pièces.

S’il y avait des serpents, ils bougeraient immédiatement ailleurs, et s’ils entendaient les bruits de pas de la bête à quatre yeux, ils fuiraient immédiatement. Avec ces précautions, Haruhiro et les autres décidèrent de continuer de chercher des pièces noires dans le Marécage Mortuaire.

Haruhiro ne pouvait pas se permettre de se décourager et de se morfondre, et ce même s’il y avait beaucoup, d’innombrables choses qui pourraient l’encourager à le faire, et il n’était jamais loin de commencer à se haïr lui-même.

Il ne pouvait rien y faire. C’était toujours comme ça, donc il avait fini par s’y habituer, en quelque sorte. Haruhiro avait découvert quelques astuces pour pouvoir le supporter aussi. S’il abandonnait et qu’il décidait que c’était ainsi qu’était les choses, il pouvait les accepter.

Cela avait toujours était évident qu’Haruhiro n’avait aucune qualité pour être un leader. Il n’avait pas envie d’en être un. Mais il devait l’être, et il n’avait d’autre choix que de se coltiner ce rôle, donc il en était un. C’était pourquoi, naturellement, c’était difficile pour lui, et le stress était en train de s’emmagasiner.

Haruhiro n’était pas un saint, et était dans les faits une personne ordinaire et médiocre, donc c’était plus qu’évident qu’il allait s’énerver contre ses camarades et en désirer certaines d’entre elles.

Ce n’était pas comme s’il n’essayait pas de s’améliorer. Pour ses camarades, et pour lui-même, il voulait devenir un meilleur leader. Si seulement il le pouvait. Mais ce n’était pas si simple. Les progrès n’étaient pas constants. C’était un pas en avant, deux pas en arrière, un autre pas en avant, un autre pas en arrière. Ce n’était pas grave. S’il ne se disait pas ça, il ne pourrait pas avancer.

Un jour, quand ils sont allés au Marécage Mortuaire, il y avait de multiples bêtes à quatre yeux qui trainaient dans le coin, et ils n’eurent d’autre choix que de rebrousser chemin.

Un autre jour, ils changèrent d’endroit plusieurs fois, mais ils n’arrêtèrent pas de tomber sur les serpents venimeux du marécage. Au final, Kuzaku et Yume se firent tous les deux mordre, ce qui leur fit passer un mauvais quart d’heure.

Même quand les inuzarus tombaient dans leurs pièges, ils arrivaient généralement à s’en libérer et à s’enfuir. Cela dit, peut-être que Yume était en train de s’améliorer dans la fabrication de ses pièges, parce qu’ils arrivaient tout de même parfois à en attraper désormais. Ils trouvèrent aussi des façons de les cuisiner. S’ils les saignaient rapidement, qu’ils assaisonnaient la viande avec des herbes aromatiques, et qu’ils saupoudraient le tout de sel, cela pouvait devenir assez appétissant.

L’épicerie vendait du sel, mais un petit sac coutait un ruma entier. C’était cher, donc ils étaient prudents quant à leur utilisation.

Dans le Village du Puit, bien que ce ne soit pas tous les jours, ils pouvaient apercevoir des visiteurs ici et là. Il y avait beaucoup de races différentes, mais tous se couvraient le visage, donc ils semblaient être conscients de la règle pour avoir accès au village. Peut-être n’était-ce pas seulement le Village du Puit qui faisait ça ; peut-être était-ce une règle qui faisait loi dans ce monde dans son intégralité, ou dans toute la région.

Les visiteurs venaient principalement pour le commerce. Certains venaient pour vendre, d’autres pour acheter, et encore d’autres pour les deux. Les ingrédients de l’épicerie étaient rassemblés par quelques personnes du Village du Puit, ou importer par des chasseurs comme Épouvantail-san.

Les résidents du bâtiment en pierre n’avaient toujours pas montré le bout de leur nez. Haruhiro et le groupe reconnaissaient plus ou moins tous les autres.

Les veilleurs sur les cinq tours de garde et le garde du puits travaillaient tous à tour de rôle, et ils étaient neuf au total, du moins c’était ce qu’avait compté Haruhiro. Ils étaient apparemment autorisés à manger à l’épicerie sans avoir à payer.

Excepté ces neuf-là, le forgeron et tous les autres devaient payer pour manger. Qui plus est, les résidents du Village du Puit ne mangeaient qu’une fois par jour, peut-être deux fois tout au plus.

Bon, dus à une considération budgétaire, Haruhiro et le groupe faisaient de même.

Ils ne pouvaient pas tenir ce que vous et moi considérerions comme une vraie conversation avec les résidents. À cause de ça, ils ne furent pas capables d’obtenir la permission à l’avance, et cela leur demanda pas mal de courage pour se lancer et essayer, mais ils arrivèrent à se baigner en sécurité sur le lit de la rivière dans le Village du Puit. Quand ils avaient pris confiance en eux et qu’ils avaient aussi essayé de démarrer un feu, le garde du puits était venu et l’avait éteint sans même leur demander leur avis, donc apparemment faire ça était contre les règles.

Il faisait froid et c’était déplaisant de dormir sans un feu. Ce qui leur fit dormir à l’extérieur du village.

Et ainsi, tandis qu’ils étaient en train de vivre leur dix-neuvième nuit dans ce monde, leur fortune totale avait atteint plus de 4 rumas, et ils avaient développé un schéma de vie.

4 rumas ne valaient que quatre repas, deux jours de nourriture. Ce n’était pas le début de la richesse, mais rien que le fait d’avoir un peu d’avance leur donner un degré de confort. Pour le moment, c’était Haruhiro qui gardait les pièces noires comme la propriété partagée de tout le groupe, mais quand ils auront assez mis de côté, il avait l’intention de donner sa part à chacun. Et puis il pourrait acheter un petit de ça, et un peu de cela. De petits rêves s’ouvriraient alors à lui.

—Mais, soyons sérieux trois secondes, dit Ranta en se roulant pour se mettre au lit, on peut pas continuer comme ça pour toujours. Je veux dire, j’en ai ma claque de creuser dans la boue.

—Ça n’a pas d’importance si tu en as marre ou pas… Shihoru était blottie près du feu avec Yume et Merry.

Les trois filles s’étaient lavées avant que les portes du Village du Puit ne ferment pour la journée, donc, on pourrait dire… qu’elles avaient l’air étrangement rayonnantes, et Haruhiro ne pouvait pas supporter de les regarder directement. Cerise sur le gâteau, quand il les regardait trop longtemps, son entre jambe commençait à faire des siennes. Mais réprimander les désirs naturels était la spécialité d’Haruhiro.

Ouais. Peut être pas ? Peut être pas…

Comment Ranta et Kuzaku faisaient-ils pour tenir ? Est-ce que Kuzaku s’éclipsait parfois pour faire vous-savez-quoi avec Merry ? Bien que, si c’était ce qu’il se passait, même Haruhiro devrait s’en rendre compte. Ouais, on aurait pas dit qu’ils le faisaient. Étaient-ils en train de se retenir ? Ils n’avaient pas à le faire. Il y avait si peu de choses plaisante par ici. Un peu de fun ne leur ferait pas de mal. C’était nécessaire, à dire vrai.

Mais frapper Kuzaku sur l’épaule avec un sourire en lui disant qu’ils pouvaient aller derrière un buisson quand ils le voulaient, et que c’était tout à fait naturel… cela semblait mal, d’une certaine manière. Ou plutôt, Haruhiro ne pourrait jamais le faire…

Allongé sur son dos, Kuzaku renifla légèrement. Il avait apparemment pris froid. …

—J’ai l’impression que notre efficacité diminue. Enfin, c’est juste comme ça que je le vois. On a pas encore tout nettoyé là-bas— mais on dirait qu’on va encore devoir se coltiner des zones infestées de serpents venimeux ou d’autres où les bêtes à quatre yeux se montrent parfois…

—Et si on allait un peu plus loin pour not’e prochaine fois ? Yume avait sa joue appuyée contre la poitrine de Shihoru, et elle étreignait Merry en même temps.

Putain, Haruhiro était jaloux… Non, non, non, non.

—Il y une route qui s’étend derrière le brûleur de charbon.

Merry semblait fatiguée. Elle était somnolente.

—Ça a aussi attiré mon attention, en vrai.

Haruhiro regarda à travers le feu.

Ô flammes, remettez-moi les pieds sur terre. Je vous en prie, pria-t-il. Genre, s’il y a un autre village dans cette direction, ou quelque chose ? Ou une plus grande ville ? Bien que, même s’il y en a une, je suis pas sûr que ça nous soit utile.

—Peu importe, c’est notre candidat numéro un, déclara Ranta en claquant la langue. Ou sinon, on pourrait traversait le Marécage Mortuaire et aller au sud. Descendre la Rivière Tiède est une option aussi. Il y avait quelque chose dans le lit de la rivière, mais si on se concentre un peu, on peut s’en charger quoi que cette chose soit.

Haruhiro continua de regarder le feu, sans jamais détourner le regard.

—Mais c’est pas comme si on en avait quelque chose à faire.

—Est-ce que t’es stupide, Parupiro ? dit Ranta avec mépris. C’est un tout nouveau monde, bordel à queue. Y’a pas moyen qu’on ait rien à faire ici.

—Bah, ouais, mais tu vois pas assez à travers les choses.

—Dis que je suis courageux ou sans-peur, déclara Ranta. Enfin, vous savez comment c’est. Penser à tout ça est ce qu’on fera dans l’immédiat. Mais on a une autre mission à accomplir, non ? Une mission importante.

—J’ai pas envie de l’entendre. Shihoru se boucha les oreilles. Ça ne peut être que mauvais.

Haruhiro tourna son regard vers Shihoru malgré lui, puis il regretta instantanément. Yume avec pratiquement son visage enfoncé dans la poitrine de Shihoru, tandis que Merry était appuyée contre Yume, ses yeux à moitié fermés. Il voulait se punir pour avoir impunément pensé, Hé, partage un peu de cette chaleur avec moi.

—Je dis ça comme ça, mais on pourrait finir par vivre ici pour toujours. Ranta prit un ton sérieux, ce qui ne collait pas du tout au personnage. On doit être prêt pour ça… vous voyez ?

—Hé, là… Haruhiro eut du mal à trouver une réponse. Qu’est-ce que tu nous chantes ? C’est si soudain.

—C’est un fait, et tu le sais, répliqua Ranta. J’ai raison, non ?

—L’espoir—

—N’est pas encore perdu, c’est ça ? Oh, aller, Parupirorin. Commence pas à te prendre pour un preux chevalier sauveur. T’as jamais été ce gars positif et optimiste. Vois la réalité en face. On pourrait ne jamais rentrer chez nous. Et si c’est le cas, on va devoir vivre ici jusqu’à ce qu’on crève.

Merry prit une profonde inspiration, la retint, puis la relâcha gentiment. Son regard absent était tourné vers le feu.

Shihoru commença à ouvrir la bouche, mais elle ne dit rien.

Yume laissa échapper un étrange grognement.

—Tu dis qu’on pourrait ne jamais rentrer chez nous. Kuzaku se leva. Mais c’est où ça ? Grimgar ?

—Huh ? Ranta leva un sourcil et regarda Kuzaku. C’est censé dire quoi ça, Kuzacky ?

—Nah, j’étais juste en train d’y penser. On dirait qu’on a pas toujours été à Grimgar, après tout.

—Ça c’est sûr, mais on se souvient de rien avant ça, dit Ranta.

—Bah, ouais…

—Parle pas de trucs débiles, rétorqua Ranta. Qui plus est, le problème que je pose ici n’a rien à voir avec ça. Achète-toi un cerveau. Putain d’abruti…

—T’avais pas à aller jusque-là, cela dit.

—Huh ?! Tu veux te battre, fry ?! Je te prends quand tu veux !

—Ça suffit. Merry les arrêta.

Ça aurait été normalement le job d’Haruhiro, mais ses pensées étaient ailleurs.

—Nous sommes à la recherche d’un moyen pour revenir dans notre monde originel, lui avait murmuré Shima.

Revenir, pensa Haruhiro. Revenir dans notre monde originel. Mais qu’est-ce que ça pouvait bien signifier ?

Haruhiro toucha le receveur qui était accroché à sa nuque à travers ses vêtements. Avec tout ce qui était arrivé, cela serait étrange que Soma les contacte. Il espérait secrètement qu’il le fasse. Mais le receveur n’avait pas montré le moindre signe d’une quelconque vibration. Il ne fonctionnait pas à travers les mondes, peut-être ?

Haruhiro secoua sa tête. Inutile de penser à ça. Lui et les autres étaient ici. Ici, et nulle part ailleurs. Ils étaient dans un autre monde, pas Grimgar, ni les Étendues Crépusculaires.

Ils pourraient passer leurs vies entières ici. Cette possibilité avait, bien évidemment, déjà traversé son esprit.

—Ranta, dit Haruhiro, Je le savais sans que t’es à me le dire. C’est… complètement possible que ça arrive. Je le sais ça. Mais alors quoi ? Même si on se prépare à accepter ça, rien ne changera, tu sais. Ce qu’on va devoir faire ne changera pas. Ça revient au même.

—Abruti. Est-ce que t’es débile ? Y’a pas moyen que ça revienne au même. Ranta se leva et frappa son poing droit dans sa paume gauche. On doit se reproduire, bordel ! En d’autres termes, faire des gosses ! Des Go-sses !

—Quooooooooooo… Shihoru agrippa fermement à Yume.

—Toi…

Haruhiro ne savait plus quoi dire.

Merry secoua sa tête comme pour dire, Impensable.

Yume avait tout simplement l’air abasourdie.

—Le truc avec toi Ranta-kun, marmonna Kuzaku, Quoi qu’il se passe, tu resteras toujours Ranta-kun.

—Donc, maintenant que c’est décidé ! Ranta s’excita et les regarda tous. Décidons des couples ! Ce qui est pratique, c’est qu’on a trois gars et trois filles ! Avec trois paires, si on sort chacun dix bambins, on aura une population de trente-six personnes en un rien de temps ! Qu’est-ce z’en dites ?! Et pour moi— Eh bien, c’est juste que, vous savez, vu que c’est dans l’optique de laisser une descendance derrière, donc je serai pas capricieux, mais, ouais, si je devais choisir, je voudrais… Hm…

—Je refuse. Shihoru leva sa main.

Sans perdre une seconde, Merry l’imita.

—Catégoriquement.

Yume lui tira la langue.

—Yume dit pas moyeeeeen !

—Hééééé, allons, allons. Ranta plaça sa main gauche sur sa hanche et il fit un mouvement de balancier avec son index vers eux pour les désapprouver. Y’a pas de refus ou de non ici. C’est un projet avec notre future en tête. Soyez pas égoïstes. Les gars et meufs peuvent pas faire de gamins sans l’aide de l’autre, donc vous allez devoir coopérer que vous le vouliez ou non. C’est votre devoir, bordel.

—Essaie pas de leur imposer ce projet tout seul, mec… marmonna Haruhiro.

—La ferme, Parypyuronosuke. Je fais ça parce que tu ne sers à rien. Oh, j’ai compris, j’ai compris ! Ce n’est pas comme si je pense que tout le monde m’aime ici, ok ? On peut rien y faire pour ça. Je ferai avec les restes. Ok, premier en liste, Kuzacky.

—… Huh ? Moi ? Quoi ?

—Tu as une quelconque préférences ? Tu veux laquelle des trois ?

—Quoo…

Kuzaku plaça sa grande main à l’arrière de sa tête en abaissant le regard.

—Uh…

Il n’avait pas besoin de répondre. Mais, honnêtement, Haruhiro était assez curieux quant à ce qu’il allait répondre. Il savait ce que ressentait Kuzaku, mais comment l’exprimerait-il en face des autres ? Peut-être ne le ferait-il pas. Essaierait-il de détourner la chose en blaguant ?

—Qu’est-ce qui va pas ? Bouge ton gros cul ! cria Ranta en postillonnant partout. Vite ! Fais vite ! Bouge-toi ! Bouge-toi ! Bouuuuuuge-toi !

—Hmm…

Kuzaku croisa les bras et ferma les yeux.

Ne les faisait-il pas attendre trop longtemps? Haruhiro se tourna vers Merry pour jauger sa réponse.

Huh ? C’est pas à ça que je m’attendais, pensa Haruhiro.

Il avait pensé qu’elle se comporterait bizarrement, ou qu’elle serait anxieuse en attendant la réponse de Kuzaku. Mais ce n’était pas cas. A la place, elle était en train de tenir fermement ses genoux avec ses deux mains, avec une expression qui avait l’air de dire qu’elle allait s’excuser dans la seconde. Mais pourquoi ça ? Était-ce un, Désolée de te laisser tout faire, Kuzaku, ou quelque chose comme ça ?

Enfin, peut être l’était-ce, mais c’était louche. Ça ne ressemblait pas à Merry. Ressembler à Merry ? Haruhiro connaissait-il assez Merry pour dire ce qui lui ressemblait et ce qui ne lui ressemblait pas ? Ce n’était pas comme il ne la connaissait pas du tout…

—Tu es tellement indécis ! Ranta frappa du pied. Allons droit au but ! Pour les seins, Shihoru ! Pour le visage, va pour Merry ! Si t’as des penchants de merde, va pour Yume ! C’est à ça que ça se résume, pas vrai ?!

—… Est-ce qu’on peut enterrer ce type ? demanda Shihoru avec un ton si sombre que cela vous ferez trembler. Tous ensemble.

—Je vote oui. Merry se leva en écartant toutes les émotions de son visage.

—J’serai la première à creuser le trou. sourit Yume en dégainant sa machette.

—Attendez, quoi ?! Ranta tomba sur ses fesses et recula. Arrêtez de parler de mon enterrement, et discutons de comment le faire, ok ?! Ok ?! Arrêtons ça ! S’il vous plait ?! J’ai pigé, je vais arrêter ! Ok ?! Je serai plus prudent dans là l’avenir ! Voilà quoi, c’est juste une blague, ok ?! Pas besoin de le prendre comme ça, si ?! J’étais pas sérieux, alors pardonnez-moi, je vous en supplie ! Sérieusement, sérieusement… !

Avec les excuses de Ranta, la conversation mourut immédiatement, et tout le monde alla dormir. Haruhiro avait du mal à trouver le sommeil.

Beaucoup de pensées s’entrechoquaient dans sa tête.

Et pour Kuzaku et Merry ? Se demanda-t-il. Est-ce que tout se passe bien entre eux ? Je veux dire, dans cette situation, ils ont pas vraiment de temps pour eux, huh ? Mais s’ils y arrivent malgré tout, je veux qu’ils soient heureux ensemble…

Il essayait de prétendre à l’image du bon gars, mais cela ne lui apporta qu’une vive douleur dans la poitrine.

Mais en fait, qu’est-ce que c’est le bonheur au juste ? Je ne le sais même pas…

Ils dormirent, et se réveillèrent avec le cri du poulet géant qui annonçait le début de la matinée. Un nouveau jour venait de débuter.

Pour le moment, ils traversèrent le pont pour rejoindre le Village du Puit et ils allèrent boire au puits. Une fois qu’ils eurent lavé leurs visages dans la rivière, il était l’heure de déguster un bon petit encas.

Ça avait été le plan, mais il y avait déjà quelqu’un à l’épicerie. Bien entendu, ce n’était pas étrange qu’il y ait un client, mais celui-ci attira leur attention.

—… Ce type. Ranta désigna le client. Il est pas un peu trop humain ?

Le client qui venait tout juste d’accepter un bol de soupe d’insecte de la part du crabe géant avait deux bras, deux jambes, une seule tête, et pas de queue. Il devait faire dans les 1,80 m. Plus grand qu’Haruhiro, plus petit que Kuzaku. Il portait un chapeau avec des bords larges, ou plutôt, un chapeau tressé avec de l’herbe sèche tissée pour former un cône, ainsi qu’un foulard pour couvrir la partie inférieure de son visage, et un long manteau qui descendait jusqu’à ses genoux. En plus de l’espèce de hache qu’il avait à sa hanche, il avait un grand sac à dos rempli d’épées, d’une arbalète, et de tout un tas d’autres choses. On aurait dit un arsenal vivant.

Le client abaissa son foulard et amena le bol jusqu’à sa bouche en relevant légèrement son visage et engloutissant la soupe d’insecte. Quand le bouillon fut terminé, il prit les ingrédients solides— qui étaient, cela va sans dire, des insectes— avec ses doigts et il les jeta dans sa bouche avant de les mâcher et de les avaler avec appétit.

Y’a pas moyen qu’il soit humain, pensa Haruhiro pendant une seconde, mais ce ne serait pas étrange qu’un humain puisse apprécier le goût des insectes.

—Le client dit Ruo keh, et rendit son bol au crabe géant avant de se tourner vers le groupe.

—Oh ?!

Ranta sauta en arrière en prenant une posture qui lui permettrait de s’incliner immédiatement si nécessaire. Cette pourriture (et ordure) aurait dû arrêter de se dire chevalier noir et plutôt commencer à se dire chevalier incliné.

Quoi qu’il en soit, il était vrai que la posture du client était intimidante. Même avec tous les équipements lourds qu’il se trimbalait, il se tenait là comme s’il n’avait rien sur le dos. Sa façon de se tenir, son centre de gravité était stable. Il n’y avait aucune tension inutile dans son corps. Il n’avait aucune ouverture, on pourrait dire.

Ça pourrait faire penser, Ce gars est bon, peut-être… ?

Kuzaku posa sa main sur le pommeau de son épée, avant le lentement lâcher prise tout en expirant.

—Est… dit Shihoru.

Est quoi ? Voulait demander Haruhiro, mais il ne pouvait pas.

L’atmosphère était suffocante.

Yume grogna et Merry essaya de dire quelque chose. Ce fut à ce moment que ça arriva.

—Vous là. Le client parla. Ce pourrait-il, vous êtes humains ?

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