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Chapitre 18

Prélude Au Festival

Lecture ~21 min

—… Oh. Deux cents, huh. dit Haruhiro.

Alors qu’il était en train d’infiltrer Waluandin, il réalisa que c’était leur deux centième nuit depuis leur arrivée en Darunggar. Pas que cela avait particulièrement de l’importance. Évidemment. Que ce soit leur deux centième, leur trois centième, ou même leur six cent soixante-sixième nuit, cela ne changeait rien pour les habitants de ce monde.

Par ailleurs, il y avait quelque chose de bizarre avec Waluandin ce soir. À vrai dire, cette chose bizarre semblait elle aussi toucher les villages environnants.

Les villages orc avaient tendance à se coucher tôt, et à se lever tôt. Plus tôt que les orcs de Waluandin, ou les waluos pour la faire courte.

Haruhiro avait pour habitude de ramper à travers ces villages quand ils étaient endormis, puis d’entrer en Waluandin en passant par le quartier des artisans quand les forgerons orcs partaient. Il y avait pléthore d’endroits où se cacher dans le quartier des artisans, donc même s’il y avait des waluos là-bas, il pouvait les passer sans grande difficulté.

Cependant, cette nuit, les villages orcs restèrent éveillés un peu plus longtemps. Il y avait de la lumière qui s’échappait des maisons igloo, et il entendait les orcs parlaient aussi. Il remarqua même une bonne poignée d’orcs qui étaient dehors en train de faire ceci et cela. Il ne se sentait pas en danger vis-à-vis de les esquiver avec Furtivité, mais cela l’embêta évidemment un petit peu.

Dans le quartier des artisans de Waluandin, le travail était fini pour la journée, comme d’habitude, et c’était silencieux. Cependant, tout ce qui se trouvait après ça était différent.

Après le quartier des artisans se trouvait un quartier résidentiel mixé. Il n’y avait pas beaucoup de personnes—non, beaucoup de waluos— qui marchaient dans les rues la nuit. C’est comme ça que cela avait été jusqu’à présent, mais cette fois, il y avait des waluos turbulents ici, là, et partout. Toutes les maisons étaient allumées.

Certains waluos se trouvaient dans les maisons, bougeant dans tous les sens, tandis que d’autres parlaient dehors. Ce n’était probablement pas seulement la zone résidentielle. Tout Waluandin débordait d’activité. Ce n’était pas vraiment festif, mais c’était presque comme s’ils étaient en train de préparer une sorte de festival.

Il y avait un bon nombre de waluos qui se baladaient un peu partout, donc c’était dangereux. Cependant, en se basant sur son expérience passée, ils ne semblaient pas être sur leur garde quant à la potentielle présence d’un étranger. Il y avait une sorte de place en forme de colisée dans le quartier animé, et ils faisaient souvent des paris sur des combats là-bas. Haruhiro avait assisté à certains combats époustouflants, et les waluos adoraient montrer leurs compétences martiales, mais cette cité n’avait pas vraiment de défenses qu’on pourrait appeler défenses.

Ils n’avaient probablement jamais entrevu l’idée que des ennemis extérieurs puissent les attaquer. Ils n’auraient jamais imaginé que des humains comme leur groupe pouvaient être dans leur cité. Du moment qu’Haruhiro était prudent, et qu’il ne faisait rien qui pourrait attirer l’attention, il ne se ferait certainement pas remarquer.

Étant le lâche qu’il était, Haruhiro se sentait effrayé, mais il resta calme et observa l’ensemble de la zone résidentielle. Durant leur deux centième nuit en Darunggar, Waluandin avait effectivement quelque chose de différent. Qu’est-ce qui était en train de se passer ? Il voulait plus de détails. Se préparaient-ils pour un festival ? Pourquoi était-ce cette idée qui était venue à Haruhiro ? Il alla d’allées en allées, monta occasionnellement sur les toits pour les observer, et il rassembla progressivement les éléments.

À cause de la lave en fusion qui s’écoulait à proximité, les ténèbres de la nuit ne s’abattaient jamais sur Waluandin. Et pourtant, dans cette cité qui était encore plus lumineuse que d’habitude, les waluos semblaient être en train de construire quelque chose. Plusieurs choses, à vrai dire.

Par exemple, les fenêtres de leurs maisons n’avaient généralement pas de volets, donc il était possible de voir à l’intérieur quand les lumières étaient allumées, et il pouvait voir qu’il y avait un bon nombre de femmes waluos qui travaillaient avec un métier à tisser. Qu’est-ce qui nécessitait de faire de la couture si tard dans la nuit ? Elles pouvaient tout simplement le faire pendant la journée. Une chose était sûre, et c’était qu’Haruhiro n’avait jamais vu ces femmes waluos travailler aussi tard la nuit avant aujourd’hui.

Il y avait aussi un grand nombre d’hommes waluos qui décoraient les devantures de leurs maisons avec des bâtons. Ils discutaient avec leurs voisins, et ils partageaient des repas avec eux, mais ils ne le faisaient probablement pas juste pour s’amuser. Il n’avait jamais vu les waluos faire ça avant.

Haruhiro n’avait pas la moindre idée de ce qu’étaient ces bâtons, mais ils devaient avoir une signification pour eux. Là tout de suite, ils devaient tout préparer, et c’était pour ça qu’ils étaient aussi agités.

Les enfants waluos étaient rassemblés et faisaient beaucoup de bruit autour de quelque chose ressemblant à une cage. Les anciens waluos donnaient des directives aux jeunes garçons waluos, et ceux-ci les aidaient dans leur travail.

Des préparations. Il était clair que les waluos se préparaient à quelque chose. Ils étaient tous en train de fabriquer des costumes et des décorations, et ils allaient les porter, les utiliser, ou faire quelque chose avec. Cela devait être un éventement qui touchait toute la cité. Un rituel ? Un festival ? Une attraction ? Quoi que cela puisse être, Waluandin était enveloppée d’une atmosphère qui les sortait de leur routine quotidienne.

Le centre de Waluandin était dominé par un grand bâtiment bien particulier qui ressemblait à un dragon couché. Il n’était pas sûr que les waluos aient un roi ou non, mais Haruhiro avait appelé cet endroit le palace pour que ce soit plus simple.

Le palace était entouré par de larges rues et un grand nombre de rivières de lave, avec une route principale qui s’étendait vers la montagne du Dragon de Feu. Et aussi, il y avait beaucoup de bâtiments impressionnants qui entouraient le palace, il y avait toujours beaucoup de waluos qui y entraient et en sortaient, que ce soit de jour ou de nuit. En plus de tout ça, il y avait des waluos armés qui patrouillaient dans la zone même tard dans la nuit. Cela étant le cas, cette zone était assez difficile à approcher, mais cette nuit il décida de prendre son courage à deux mains et il s’y infiltra.

C’était un risque calculé, bien sûr. Ne faisant pas exception à la règle ce soir, les waluos du quartier du palace étaient bien occupés à préparer quelque chose. C’était un quartier où les waluos avaient pour habitude de profiter d’une petite virée nocturne, mais c’était différent aujourd’hui. La plupart des waluos étaient absorbés dans leur travail, donc si Haruhiro utilisait correctement Furtivité, il ne se ferait pas trouver si facilement.

Mais… Il ne pouvait pas s’empêcher d’y penser.

La vie à Waluandin était vraiment bien structurée. Par rapport à cet endroit, le Village du Puit n’était rien d’autre que des bouts de bois enfilés les uns après les autres, et Herbesit était une cité sans foi ni loi et barbare. Ici, il y avait de l’ordre. Les waluos ne se volaient pas les uns les autres pour la plupart. Ils travaillaient ensemble sur des choses diverses et variées tout en gagnant leur pain, et ils vivaient leurs vies. Ils ne faisaient pas que manger, travailler et dormir. Ils avaient aussi des loisirs. C’était une société hautement stratifiée, mais cela permettait à la moitié… non, à la grande majorité des waluos de vivre en sécurité, et cela leur accordait possiblement une vie plus prospère que ce que pouvait avoir le groupe.

—Un autel… ? se murmura-t-il à lui-même.

Au sommet du toit d’un des bâtiments qui faisaient face à la place en face du palace, Haruhiro fit un effort pour relâcher tout l’excès de tension qui avait envahi son corps. C’était la première fois qu’il allait aussi loin. Cependant, il avait déjà vu cette place de loin. Cette chose n’avait pas été là avant.

C’était une plateforme qui devait faire dans les deux mètres carrés, et trois mètres de haut. Il y avait une autre plateforme au-dessus, et sur cette plateforme— il y avait une cage… probablement. Juste recouverte de quelque chose de doré, décorée, et vraiment tapageuse. Normalement, les cages étaient utilisées pour détenir des criminels ou des prisonniers, mais on n’aurait pas dit que c’était le cas pour celle-ci.

La femme waluos enrobée dans la cage n’avait pas l’air d’une prisonnière. Les tissus enroulés autour de sa tête et de sa poitrine ainsi que la jupe qu’elle portait autour de la taille étaient tout ce qui avait de plus banal pour une femme waluos, mais tous ses autres vêtements étaient clairement d’une catégorie au-dessus. De fins et vifs motifs y étaient brodés, et ils étincelaient. On aurait dit que des gemmes y étaient incrustées. C’était tellement décoré qu’on aurait dit que sa peau verte brillait, comme si elle émettait de la lumière. Et est-ce qu’elle était maquillée ?

De la façon dont cette femme waluos qui devait faire partie de la haute société se comportait, on n’aurait pas dit qu’elle était prisonnière. Elle était calme, voire même distinguée.

Qui plus est, bien qu’elle était dans la cage, elle n’était pas seule. Beaucoup de waluos venaient sur l’estrade, les uns après les autres, pour la saluer. Ils se parlaient à travers les barreaux de la cage, et se tenaient parfois les mains, donc peut-être qu’ils étaient des connaissances à elle. Mais la femme était clairement mieux habillée que tous ceux qui passaient devant elle.

Haruhiro inspecta plus minutieusement la cage tapageuse. Les décorations sur les quatre angles étaient— des dragons ? Il y avait aussi d’autres décorations aux allures de dragons éparpillées sur le reste de l’autel. Cela s’appliquait aussi avec les vêtements de la femme waluos. Le motif sur sa jupe était un dragon, non ? Sur sa tête enroulée de tissus, elle portait une sorte de couronne. Elle représentait aussi un dragon.

Les décorations que les hommes waluos dans les quartiers résidentiels n’étaient-ils pas dans le même thème ? Des dragons. C’était des dragons. Maintenant qu’il y pensait, le palace ressemblait lui aussi à un dragon. Pourquoi ne l’avait-il par remarqué plus tôt ? Waluandin était submergé de décorations aux allures de dragons. Il y avait des dragons partout.

Haruhiro tourna ses yeux vers la Montagne du Dragon de Feu, qui semblait être sur le point d’entrer en éruption à tout moment. Comme son nom le suggérait, il y avait au moins un dragon qui s’y trouvait. Le dragon de feu.

Les waluos avaient bâti leur cité et vécu au pied de cette montagne. Le dragon de feu mangeait des salamandres, et M. Unjo leur avait dit qu’il avait aussi mangé ses camarades. Se pourrait-il que les orcs de soient pas à son goût ? C’était dur à imaginer. Le dragon de feu devait être une créature dangereuse. Haruhiro ne savait pas pourquoi, mais pour on ne sait quelle raison, les waluos vivaient à côté de cette créature. Ne serait-il pas de trop de dire qu’ils prospéraient à ses côtés ?

Les waluos devaient sûrement vénérer le redoutable dragon de feu. Le dragon de feu devait être un dieu pour eux. Ou plutôt, il se pourrait que ce soit un dieu.

Là tout de suite, ils remplissaient la cité de dragons pour préparer quelque chose. Cela devait être une sorte de festival qui incluait un rituel. Alors qu’était le rôle de la femme waluos dans la cage ?

—Non, elle ne peut pas être un sacrifice… si ? murmura Haruhiro.

La waluos continuait d’affluer devant la femme dans la cage. Peut-être venaient-ils lui offrir leurs adieux. Nul n’en semblait chagriné, donc peut-être était-ce un honneur de devenir un sacrifice. Non, enfin, ce n’était pas encore sûr qu’elle soit un sacrifice, et il n’y avait pas non plus de preuve accablante qui prouvait qu’ils vénéraient le dragon de feu. Est-ce que l’imagination d’Haruhiro était en train de prendre le dessus… ?

Il ne pouvait pas s’empêcher de penser qu’il y avait nombre de possibilités à débattre, mais s’il spéculait trop tout en étant en infiltration, il se risquait à faire des erreurs d’inattention. Il allait devoir partir quand la nuit arriverait éventuellement à son terme. C’était un bon moment pour se retirer, alors c’est ce qu’il fit.

Pour le retour, il passa par le quartier des artisans comme il l’avait décidé en amont. Sur le chemin du retour, il se répéta, « Y entrer c’est facile, mais en sortir c’est flippant, » dans sa tête. Il était facile de se laisser emporter par sa vitesse sur le chemin du retour, et donc de baisser sa garde. Mieux valait rester plus que prudent.

Alors qu’il traversait le quartier des artisans, il sentit ses cheveux à l’arrière de sa nuque de redressaient. Haruhiro s’empressa de se cacher à l’intérieur de l’un des ateliers proches. Il avait senti quelque chose, bien qu’il ne pouvait pas confirmer ce que c’était. Devrait-il rester caché ici et attendre de voir ce que c’était ?

Non… il décida de bouger.

Haruhiro garda sa posture basse et marcha tout en continuant d’utiliser Furtivité. Il ne pouvait pas entendre ses propres pas, les frottements de ses vêtements, ou même sa respiration. C’était comme si Haruhiro n’était pas là. Y’avait-il quelqu’un d’autre qui bougeait ? Il ne vit personne. L’avait-il imaginé ? Pas nécessairement.

Il faisait de son mieux pour rester concentré. Il n’y avait aucune faute dans sa façon de marcher.

Il sentit quelque chose.

Est-ce qu’il y a quelqu’un, quelque chose, là dehors ? Est-ce qu’on m’observe ? Bah, on s’en fout, décida-t-il.

S’ils ne faisaient qu’observer, alors que grand bien leur fasse. S’ils allaient venir à lui, alors qu’il en soit ainsi. S’ils se rapprochaient, il était assez confiant quant à sa capacité à les détecter. Il serait en mesure de réagir. Il s’était entrainé durement pendant ses investigations en solitaire durant ces expéditions. Il n’était pas resté un simple spectateur.

Ne deviens pas prétentieux, se prévint-il immédiatement. Ne te laisse pas emporter. Ne pense pas que tu te débrouilles bien. Pense que tu dois en faire toujours plus. Donne toujours tout ce que tu as.

Haruhiro en était déjà convaincu. Il y avait quelque chose dans les environs, et cette chose était en train d’observer Haruhiro. Le suivant à distance. Il ne pouvait la décrire que comme une présence pour l’instant, mais il la sentait. Elle était là constamment.

Pas seulement ça, il n’y avait pas qu’une seule présence. Habituellement derrière lui, parfois à droite, parfois à gauche, il y avait une présence. La présence juste derrière lui demeurait inchangée. Elle observait Haruhiro depuis une distance fixe. L’autre présence se rapprochait, puis s’écartait. Elle disparaissait aussi parfois, mais elle finissait toujours par revenir.

Ce n’était pas comme si cela ne le dérangeait pas. Il était effrayé aussi. Cependant, ils ne l’avaient pas encore attaqué. En avoir peur ne lui apporterait rien de bon à ce stade. Il le comprenait, donc il gardait son sang-froid.

Il sauta par-dessus la rivière de lave depuis le quartier des artisans, laissant ainsi Waluandin derrière lui. Il s’arrêta un instant, puis il se retourna.

Les présences s’étaient évanouies. Étaient-ils partis ? Non, il ne pouvait pas encore en être certain. Haruhiro s’était arrêté, donc ils avaient fait de même. À cause de ça, il était devenu plus difficile pour Haruhiro de les détecter. Ou alors ils n’étaient plus là. Il était encore trop tôt pour se sentir soulagé.

Les villages étaient enfin couchés à cette heure-ci, donc il prit le risque de foncer à travers eux.

Qui étaient ses poursuivants ? Des waluos ? Cela semblait être l’hypothèse la plus probable. Les humains avaient des voleurs comme Haruhiro, donc ce ne serait pas étrange que des orcs soient aussi spécialisés dans certains domaines relevant de la furtivité. Est-ce qu’une paire de voleurs waluos avait détecté un intrus, Haruhiro, dans Waluandin et donc ils avaient décidé le suivre pour déterminer son identité et ses motivations ? Eh bien, c’était probablement quelque chose comme ça.

C’était quelque peu gênant. Il avait été inquiet avant, quand ils avaient tué les chasseurs waluos, mais heureusement pour eux cela ne leur était jamais retombé dessus. Mais si les waluos étaient conscients de l’existence d’Haruhiro, ils pourraient se montrer plus prudents à l’avenir. S’ils mettaient en place de la vraie sécurité, il ne pourrait pas être en mesure de faire des allers-retours comme il l’avait toujours fait jusqu’à présent.

Il était préférable d’assumer que, s’ils le voulaient vraiment, les waluos pouvaient se préparer à affronter des ennemis venus de l’extérieure. Cela s’était avéré vrai pour les orcs en Grimgar, mais les orcs de Waluandin étaient plus ou moins aussi intelligents que les humains. Bien qu’ils étaient différents, et qu’il y avait un tas de choses que chaque côté ne pouvait pas accepter chez l’autre, on ne pouvait pas dire qu’un tel était supérieur à un autre. En Grimgar, les humains avaient été vaincus par l’Alliance des Rois, qui incluait les orcs, et ils avaient été forcés de se retirer au sud des montagnes Tenryu. Pour les humains, les orcs étaient des ennemis plus qu’égaux à eux.

Il fit de son mieux pour ne pas pénétrer dans les champs des villages. Il ne pouvait pas dire que sol y était régulier, donc cela aurait pour conséquence de le ralentir. Cela le rendrait plus lent pour réagir. Il bougea rapidement en suivant les étroits chemins qui avaient été créés entre les champs.

Sur son chemin, il sentit à nouveau les présences. Comme il s’y était attendu. On aurait dit qu’ils n’avaient nullement l’intention de le laisser partir.

Il n’avait pas encore peaufiné tous les détails, mais il avait décidé d’un plan. Tout d’abord, il allait sonder les présences tout en sortant aussi vite que possible des villages. S’ils lançaient une attaque, il devrait s’enfuir immédiatement. Pouvait-il s’échapper ? Il y avait beaucoup trop d’inconnus, pour être tout à fait honnête, et il ne pourrait pas le savoir avant d’avoir essayé, mais si cela lui tombait dessus, il n’aurait pas d’autre choix que d’essayer.

Ohh, ça fait peur.

Il identifia des ombres qui bougeaient deux fois. Il arrêta de détecter leurs présences une fois qu’il était entré dans le passage sinueux à travers la faille, mais il garda en tête qu’ils n’avaient vraisemblablement pas abandonné. C’était incroyablement dur de garder son calme dans cette situation. Ouais, ça n’allait pas arriver.

Mais tout de même, on ne sait comment, il arrivait à ne pas paniquer. C’était plutôt bon signe, pas vrai ? Il voulait se féliciter lui-même pour ça. Enfin, non, pas vraiment. Il n’était pas encore sorti d’affaire. Il allait devoir attendre avant de chanter secrètement ses propres louanges.

Il sortit de la faille et arriva sur les terres planes. Il était pratiquement arrivé au point de rendez-vous à la Rivière Chaude.

La nuit n’était pas encore finie. Ses camarades étaient probablement endormis avec l’un deux qui montait la garde. Si cela avait été le jour, ils seraient en train de chasser des gujis, ou peut-être en sortie à Alluja. Cela aurait rendu leur réunion difficile dans les deux cas, donc peut-être était-ce mieux de penser que c’était une chance dans la malchance.

L’était-ce vraiment ?

Mon ventre me fait mal, pensa Haruhiro. Rien de nouveau ici. Peut-être que je vais finir par avoir un ulcère ? Si ça arrive, je suppose qu’on pourra tout simplement le soigner avec la magie de lumière. Est-ce que ça fonctionne sur les maladies internes comme ça ? J’sais pas. Je vais devoir demander à Merry quand j’en aurai l’occasion.

Il était en train de penser à des choses qui n’avaient pas d’importance. C’était la preuve que sa concentration était en train de flancher.

Haruhiro se re-concentra sur la tâche qu’il avait devant lui. Il pouvait voir l’endroit où les autres étaient en train de l’attendre.

Qui était de garde ? Shihoru, semblerait-il. Tous les autres étaient couchés. Shihoru était la seule assise.

Pas bon.

Haruhiro eut des sueurs froides, et il sentit une déplaisante sensation envahir sa poitrine. Avait-il fait une erreur ? Il avait pratiquement mené ses poursuivants jusqu’à ses camarades.

Cela avait pu être leur objectif depuis le début. Ils avaient découvert un individu suspicieux, Haruhiro, mais ils en avaient déduit qu’il n’était pas seul, et que les autres devaient attendre quelque part. Donc, dans le but de les attraper tous avec un seul grand coup de filet, ou de tous les massacrer, ils avaient suivi Haruhiro. C’était pour ça qu’ils n’avaient délibérément pas choisi de l’attaquer.

Ils l’avaient laissé nager, pour ainsi dire. Maintenant l’ennemi pouvait laisser Haruhiro pour plus tard et prendre en embuscade tous ses camarades autres que Shihoru alors qu’ils dormaient.

Que devait-il faire dans ce cas ? Qu’allait-il faire en conséquence ?

L’heure n’était pas à l’indécision. Haruhiro fonça vers eux.

—Shihoru ! Réveil tout le monde ! Fuyez !

—Huh… Haruhiro-kun ?! Ah ! Dans un moment de panique, Shihoru frappa Ranta à la tête avec son bâton. L-Levez-vous… !

—Ngahh ?! Ranta sauta sur ce pied. Qu-Qu-Quoi ?! Qu’est-ce tu fous ?!

—… Whuh ? Yume se frotta l’es yeux en s’asseyant.

—Gah ?! cria Kuzaku en se relevant rapidement.

—Je vais — Merry essaya de courir alors qu’elle était à peine éveillée, mais elle trébucha.

—Whah !

Oh, putain, pensa franchement Haruhiro. Ça a fait bondir mon cœur. Non, là c’est pas le moment de penser à elle. En vrai, j’ai de plus gros problèmes. Je le pense vraiment. Je pourrais bien avoir de plus gros soucis.

Haruhiro regarda partout autour de lui en courant et en criant :

—On a probablement des ennemis ! Courez ! Ne vous dispersez pas !

—Yoink !

Yume remit Merry sur ses pieds, puis elle la fit s’accrocher dans son dos comme un sac à dos.

Merry dit, « Merci, » et se remit à avancer toute seule. Shihoru était déjà en train de s’enfuir d’ici.

Kuzaku prit les devants, tandis que Ranta dégaina Faucheuse.

—Des ennemis ?! Où ça ? Je vais me les faire… commença Ranta.

Avant qu’Haruhiro ne puisse crier quoi que ce soit…

—Attendez !

Il entendit une voix familière dire ça.

—No…

Haruhiro s’arrêta si brusquement qu’il faillit tomber à la renverse, puis il se tourna vers la voix.

Attendez, c’est quoi un no ? Quoi no ? Elle n’est pas un no, elle est, uh, c’était quoi elle déjà ? En gros…

Elle vint de derrière lui, à sa droite. La femme qui sortit de la pénombre portait un manteau noir et un chapeau à bords larges. Pour on ne sait quelle raison elle jeta immédiatement son manteau et son chapeau, révélant qu’elle était ainsi— quelque puisse être le point de vue— une dominatrice.

Pourquoi devait-elle accentuer ses parties féminines, exposant consciemment tout sauf ce qu’elle ne devrait par leur laisser voir ? Quand elle faisait ressortir sa poitrine, c’était difficile de regarder ailleurs.

Elle c’est pas une No, c’est une La.

—…Lala-san ? dit lentement Haruhiro.

—Ça fait un bail, dit Lala avec un sourire amoureux tout en se léchant les lèvres. Je suis surprise de vous voir en vie.

—Ceux qui me poursuivaient depuis Waluandin… C’était toi et Nono-san ?

—Eh bien, oui, dit Lala. Bien que je ne m’attendais pas à ce que tu nous remarques.

—Nono !

L’homme apparut depuis la direction des failles. Il avait les cheveux blancs, et avait un masque noir qui lui couvrait la partie inférieure de son visage.

Nono s’approcha se Lala et se mit à quatre pattes. Lala s’assit sur le dos de Nono et croisa les jambes.

—Donc ? Qu’est-ce que vous faisiez dans la cité orc, juste avant le Festival du Dragon de Feu. ?

—Festiballe… ?

Yume pencha sa tête sur le côté en signe de confusion.

—U-Une minute ! Ranta avait pratiquement rangé son épée donc son fourreau, mais il la remit en position de combat. Haruhiro, ce sont les ennemis dont tu parlais, pas vrai ?! Juste parce qu’ils sont humains, et qu’on les connaît, ça ne veut pas dire qu’ils sont de notre côté ! Ces types nous ont déjà abandonnés une fois !

—Vous abandonner ? renâcla Lala. On a fait ça ?

—O-O-Ouais ! Vous nous avez laissés derrière et vous êtes partis de votre côté, non ?! Je l’ai pas oublié !

—Ce n’était pas notre intention, et même si c’était le cas, pourquoi ramener ça maintenant ? Tu as vraiment les fesses bien étroites. Je n’ai même pas la motivation pour t’entrainer et l’étendre.

—L-L’étendre… bégaya Shihoru.

Um, Shihoru, pensa Haruhiro. Pourquoi était-elle, de toutes les personnes présentes, celle qui réagit à ça ?

—La ferme ! Ranta était en train de plaindre. Ecoutez, on en a vraiment chié depuis ce jour ! On a traversé tout un tas de trucs ! On savait même plus où étaient notre droite et notre gauche, et c’était vraiment dur !

—C’était la même chose pour nous, dit Lala.

—T-Tout de même ! Je comprends ce que vous dites, mais quand même !

—… Ranta-kun, lui murmura Kuzaku. Poliment. Tu lui parles poliment.

—Tu te fais des idées, abruti ! Tête de gland ! T’es trop grand pour ton propre bien, putain !

Merry était en train de regarder Haruhiro. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Demandait son expression.

Haruhiro se caressa la partie basse de son dos, plaçant subtilement un doigt sur la garde de son poignard.

—Je ne pense pas vraiment que vous nous avez abandonnés. Non, pas juste moi… aucun de nous ne le pense. À part cet idiot-là. C’est probablement une sorte de signe qu’on se rencontre comme ça nouveau. J’aimerais échanger des informations.

Bien entendu, si pour une raison ou une autre Lala et Nono essayaient de nuire à Haruhiro et son groupe, ou qu’ils avaient l’intention de les utiliser, il ne s’arrêterait pas là.

—Nous avons les mêmes intentions, bien évidemment. Lala plissa ses yeux en touchant ses lèvres avec un air joueur. Tu es bien étrange toi. Haruhiro, c’est ça ? Tu as un joli visage.

—On me dit souvent que j’ai les yeux endormis, cela dit.

Haruhiro devait faire de son mieux pour que son expression ne change pas.

Elle voit complètement à travers moi.

—Donc, c’est quoi cette histoire de Festival du Dragon de Feu ?

—Tu les as vus s’y préparer, non ? demanda Lala. On en connaît pas encore la fréquence, mais ils le font relativement souvent. C’est un grand rituel durant lequel ils offrent un sacrifice au dragon de feu. Toute la cité est prise par l’euphorie. En passant, le Festival du Dragon de Feu est juste un nom qu’on lui a donné. C’est bien dommage, n’est-ce pas ? On dirait qu’on ne peut pas faire copain-copain avec les orcs.

—Des sacrifices et des rituels, vous dites… ? Ranta rangea son épée et s’agenouilla. On aurait dit qu’il prenait de l’avance au cas où il devrait s’incliner. C’était quoi le problème avec ce type ?

—… Donc, uh… en gros ils vont, vous voyez, dit Haruhiro. Ils offrent le sacrifice au dragon de feu ? Sérieusement ?

—… C’est ce qu’elle a dit, dit Shihoru avec une voix emplie de dégout.

Tu peux redire ça, pensa Haruhiro.

Donc était-ce vraiment ça ? Le Festival du Dragon de Feu. Le sacrifice. Les rues débordantes de fêtards. Peut-être, juste peut-être, se pourrait-il que ce soit ça ? Que ce soit quoi, exactement ? Se pourrait-il que ce soit leur chance… peut-être ? Leur chance pour faire quoi ?

Ça tombait sous le sens. S’ils prenaient cette opportunité, ça pourrait être possible. Cette pensée lui traversa l’esprit. Elle était maintenant en train de se balader dans sa tête.

Tout le monde pourrait charger à travers Waluandin et atteindre la montagne du Dragon de Feu, peut-être. Ils chercheraient la cave, et alors peut-être ils pourraient rentrer en la traversant.

—On dirait que tu détiens des informations fortes utiles. Lala revêtit un sourire sensuel et indiqua à Haruhiro d’approcher avec un doigt. Dis tout à Lala-sama. Tu pourrais être généreusement récompensé, tu sais ?

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