Même en s’étant dit ça, après avoir passé dix jours à travailler à la Cité de Ceux qui font parties des morts, Haruhiro commença à se demander si les choses étaient convenables telles quelles. Et ce n’était pas juste lui ; apparemment tout le monde pensait la même chose.
Pendant qu’ils chassaient des proies dans la Cité de Ceux qui font partie des morts, il y avait des fois où ils n’étaient pas tous entièrement concentrés sur le travail. Évidemment, quand ils étaient en combat contre un mort, tout le monde se reprenait, mais ils avaient clairement du mal à s’y mettre sérieusement. C’était la même chose pour Haruhiro, donc il comprenait plus ou moins ce qu’ils étaient en train de traverser.
Cela lui prit du courage, mais en tant que leader, il suggéra que peut-être il était temps pour eux de rentrer. Personne n’objecta.
Cette fois-là, ils se préparèrent pour un voyage de quinze jours. Cela pourrait être raccourci ou étendu selon les circonstances, donc ils firent les préparations nécessaires dans l’optique que ça pourrait arriver. Une fois qu’il fut décidé que ça n’allait pas être une reconnaissance sur le long terme, il se sentit soudainement plus motivé.
C’est vrai, pensa-t-il. Inutile de se forcer. Rester concentrer sur une courte période est la meilleure chose à faire.
Leur deuxième voyage vers Waluandin se déroula pratiquement sans accrocs, sachant qu’ils n’avaient pas M. Unjo avec eux.
On s’est habitué à Darunggar, était quelque chose qu’Haruhiro devait éviter de penser. S’habituer à des choses était quelque chose d’effrayant. Il était probablement mieux de s’attarder sur chaque petit détail, et de ressentir une vive douleur dans l’estomac.
Haruhiro partit seul en reconnaissance dans Waluandin. C’était particulièrement plus efficace, et c’était aussi moins dangereux.
Après le quartier animé, il trouva une zone concentrée avec des maisons igloo comme celles qu’il avait vu dans les villages. C’était là que les orcs de bas rang vivaient apparemment. Les bas quartiers, pourrait-on dire. Même sur les collines escarpées, il y avait des igloos construits comme si on les avait enfoncés dans la roche. Il se devait d’admettre que c’était assez impressionnant.
La Montagne du Dragon de Feu se trouvait de l’autre côté de Waluandin. Il y avait un passage là-bas, quelque part, qui était supposé mener à Grimgar.
Pour la faire courte, il y avait deux façons d’atteindre la Montagne du Dragon de Feu. La première était de traverser Waluandin. La seconde était de contourner Waluandin et de prendre par les montagnes.
S’ils décidaient de prendre les montagnes, ils allaient devoir passer à côté des mines et des bas quartiers. Les deux zones étaient assez dangereuses, donc ils auraient besoin d’équipements spéciaux pour y arriver.
Malheureusement, si on demandait à Haruhiro s’il avait besoin d’équipements spécialisés, il ne saurait quoi répondre. Il n’était pas un spécialiste après tout. Même leur spécialiste nature, Yume la chasseresse, n’avait aucune expérience en escalade de montagne. S’ils voulaient essayer de traverser les montagnes, cela allait leur demander de précautionneuses préparations. Ce ne serait pas la prochaine chose qu’ils feraient, mais sans aucun doute la chose après la prochaine chose.
S’ils voulaient passer par Waluandin, ils allaient devoir attendre le moment durant lequel les orcs étaient le moins actifs, et choisir un endroit où les orcs ne les trouveraient pas.
Ils savaient que les orcs des villages semblaient dormir la nuit, donc cela allait de soi que les orcs de Waluandin faisaient de même. En utilisant Furtivité à son paroxysme pour mener son enquête, Haruhiro avait pu être témoin que les orcs de Waluandin, les waluos pour faire court, faisaient une distinction entre la jour et la nuit dans leurs vies.
Le quartier animé débordait de waluos à toute heure. Cependant, on aurait dit qu’il y avait plus de waluos l’après-midi et la nuit, et moins tôt le matin et avant midi. Pour les établis et la mine, personne n’y travaillait la nuit. Les bas quartiers conservaient un brouhaha constant.
Ceci dit, à l’instant présent, Haruhiro ne pouvait savoir seulement ce qu’il arrivait à distinguer de son côté de la rivière de lave qui servait de délimitation à la ville. Même s’ils arrivaient à se faufiler à la mine ou dans le quartier des artisans durant la nuit, il pourrait y avoir des obstacles au-delà qui pourraient les empêcher d’aller plus loin.
Il voulait infiltrer Waluandin pour en apprendre plus d’une manière ou d’une autre, mais il ne pouvait vraiment pas amener ses camarades avec lui. S’il devait s’exprimer et le dire franchement, pas qu’il dirait quelque chose comme ça, quiconque l’accompagnerait serait un point mort pour lui. C’était une chose qu’Haruhiro allait devoir faire seul.
Maintenant la tâche suivante. Cette fois-ci, ils décidèrent de ne pas être trop gourmands, et quand la période de quinze jours prédéterminée toucha à ce fin, Haruhiro et les autres rentrèrent gentiment au Village du Puit. Ils passèrent le jour d’après à se balader dans la Cité de Ceux qui font partie des morts pour se faire de l’argent.
Pendant le jour d’après, et le jour d’après après, et le jour d’après après après, et le jour d’après, après après après, et le jour d’après après après après après, et le jour d’après après après après après après, et le jour d’après après après après après après après, ils travaillèrent dur dans la Cité de Ceux qui font partie des morts.
Chasser était un travail de soldat volontaire, mais ils ne pouvaient se laisser emporter dans la routine. Haruhiro et le groupe avaient obtenu le titre de Tueurs de Gobelin, donc ils étaient habitués à passer une quantité abrutissante de temps à fréquenter les mêmes terrains de chasse — ils étaient même assez bons pour ça— mais ils savaient aussi qu’ils étaient effrayés à l’idée de s’habituer à quelque chose.
—Urgh !
Kuzaku donnait tout son être pour essayer de résister à l’assaut violent d’un lion mort. Pas juste son bouclier. Il utilisa aussi son épée longue pour se défendre. Il abaissa son centre de gravité tout en faisant attention à ne pas se retrouver dans une position déséquilibrante, et il tint bon. Il était en train de le retenir.
Il garda une distance entre lui et le mort lion. Kuzaku faisait de minutieux ajustements sur son positionnement en fonction des mouvements de son adversaire. Il fit un travail splendide en restant à cette distance, et le mort lion semblait avoir du mal à se débarrasser de lui. En un contre un, Kuzaku pouvait garder le mort lion occupé. Il était arrivé à niveau où il pouvait le faire.
Tout le monde reconnaissait que Kuzaku s’améliorait en tant que Tank. Ils lui faisaient confiance aussi. C’était pour ça que Merry pouvait se mettre en action dans des moments comme celui-ci et viser les jambes du mort lion avec son bâton de combat.
Kuzaku ne laisserait pas le mort lion s’échapper. Si elle ne pensait pas ça, Merry ne serait pas capable de laisser Shihoru seule.
Par ailleurs, Merry n’était pas extrêmement forte ou quoi que ce soit, mais les techniques de self-défense des prêtres avaient été créées pour aider les faibles à se défendre eux-mêmes, et s’étaient développées en partant de ce principe. En faisant usage de la force centrifuge, ou quelque chose dans le style, elle amplifia ses maigres assauts pour les transformer en de redoutables coups contre ceux qui voudraient lui faire du mal. Si le coup était bien placé, celui-ci pouvait s’avérer être plus puissant que ceux de Ranta.
Le mort lion trébucha. Kuzaku ne perdit pas de temps pour lui sauter dessus… ou pas.
—Gwahahaha !
C’était Ranta. Ranta, qui avait attendu patiemment sa chance, utilisa Jaillissement et se lança à l’assaut du mort lion. Sa volonté de vouloir rentrer dans le tas dans des moments pareils était sa seule et unique qualité. Sa lame noire plongea dans l’œil droit du mort lion.
—Prends ça !
—Reste pas là! cria Haruhiro.
Ranta sauta en arrière et mit de la distance avec son adversaire, possiblement avant même qu’il n’entende ces mots. Sa lame noire resta plantée dans l’œil de la chose. Alors même qu’il se tordait de douleur, la chose avait essayé de faire un câlin plein d’amour à Ranta. En d’autres termes, Ranta s’était échappé avant que son dos ne soit réduit en mille morceaux par cette étreinte mortelle.
—Eheh… Que le malheur s’abatte…
Zodiac-kun, qui était en train de flotter dans les parages, dit quelque chose bon ou de mauvais augure, et il était dur de dire laquelle des deux était la bonne.
Le mort lion se releva. Yume décocha une flèche, mais il se tordit et il l’esquiva. Juste après ça, Shihoru cria, « Obscur ! » et envoya son élémentaire.
Le sombre élémentaire en forme d’humanoïde, ou plutôt d’étoile, s’enfonça dans le torse du mort lion. Il commença immédiatement à convulser et à poser un genou à terre.
—Hah !
Kuzaku lança son épée de loin pour accentuer sa force et il l’enfonça sur le côté de la tête de la chose. Il enchaina ensuite avec des coups dans le menton à l’aide de son bouclier.
—Ouais !
Merry frappa sa nuque avec son bâton.
—Là !
Ranta sauta sur la chose. Il libéra sa lame noire, puis il l’attaqua. Il le trancha. Même s’il ne pouvait pas le découper, il le trancha comme un fou. Quand Ranta prenait une courte pause, Kuzaku et Merry lui donnaient un ou deux coups, et puis Ranta y retournait et réitérait sa pluie de coups.
Haruhiro surveillait ses camarades alors qu’ils se battaient en faisant attention aux alentours. Yume, qui était juste à côté de Shihoru, avait encoché une flèche et était aussi sur ses gardes.
Haruhiro et les autres avaient relocalisé leurs terrains de chasse dans Cité de Ceux qui font partie des morts du Quart Nord-Ouest, où se trouvait les restes de la place du marché et des Entrepôts, vers un endroit très proche de l’entrée du Quart Sud-Ouest. S’ils avaient continué à progresser par niveau, le Quart Sud-Est aurait été leur prochaine étape après le Quart Nord-Ouest, mais la partie est était en grande partie recouverte par la brume.
Les morts du Quart Sud-Ouest étaient intelligents et vicieux, mais Haruhiro et les autres avaient découvert que dans une zone proche du Quart Nord-Ouest, des morts relativement faciles à abattre étaient à même de se montrer.
La plupart était comme ce mort lion qu’ils étaient en train de combattre. Nul besoin de préciser qu’ils étaient de puissants ennemis. Et pourtant, s’ils se concentraient tous sur ce qu’ils avaient à faire, ils étaient arrivés à un point où ils étaient pratiquement sûrs de l’abattre.
Les ennemis de ce niveau étaient bons. Même s’ils voulaient se relâcher, ils ne pouvaient pas. Ce n’était pas impossible, mais ils ne pouvaient pas simplement les éliminer en se comportant comme d’habitude. Plutôt qu’une tension modérée, c’était juste un tout petit plus que ça. Ils devaient s’améliorer, ajuster des choses jour après jour, ou ils ne survivraient jamais. Mais du moment qu’ils faisaient les choses biens, ils pouvaient y arriver.
—Haru-kun. Yume désigna un bâtiment au sud avec son menton.
—Hm ? Haruhiro plissa les yeux en direction du bâtiment.
Il y avait quelque chose qui les observait depuis le deuxième étage effondré. Non, on aurait juste dit qu’il y avait quelque chose. Rien de plus.
Haruhiro secoua sa tête.
—Non. Ce n’est rien.
—Yume s’est trompée, huh. Déso pour ça.
—Hé, t’inquiète pas.
—Prends ça ! Laisse Skullhell t’étreindre ! Ranta asséna le coup de grâce au mort lion. Bwahahahaha ! Je vais bien boire ce soir aussi !
—Tu te prends pour qui, un bandit de montagne ? marmonna Haruhiro avec un soupir.
Haruhiro était un voleur lui-même, mais il ne voulait pas se penser de la même trempe que Ranta. Il ne l’était absolument pas.
Ils chassèrent dans la Cité de Ceux qui font parties des morts dix jours durant, puis ils s’engagèrent à nouveau dans une expédition de plus ou moins quinze jours. Quand ils le faisaient comme ça, ils pouvaient passer leur journée à attendre le jour d’après.
Ce n’était pas une bonne chose que de trop penser au futur, mais s’ils n’avaient d’yeux uniquement pour ce qui se trouvait en face d’eux, cela en deviendrait suffocant. Trouver un équilibre était important. Si tout ce qu’ils faisaient était de foncer aveuglément vers un futur rayonnant, ils négligeraient leurs pas et se retrouveraient en danger. À l’inverse, s’ils continuaient de baisser les yeux de désespoir, ils finiraient par s’épuiser et ne pourraient plus marcher.
Ils ne pouvaient pas supporter seuls les moments difficiles, et les bons ne dureraient pas pour toujours. Il était préférable de pleurer quand ils en avaient envie, et sourire parfois quand l’occasion se présentait.
Au milieu de leur troisième expédition, bien qu’Haruhiro n’en ait vu la couleur qu’après vu qu’il était parti en reconnaissance seul, Ranta et les autres s’étaient fait attaquer par des orcs. Il y avait eu deux orcs, et bien qu’ils soient arrivés à les tuer, Kuzaku et Yume avaient reçu tous les deux des blessures sérieuses.
Les deux orcs étaient fins, et avaient l’air jeune. Ils n’avaient pas porté d’armure, mais des arcs et des flèches, des épées, et des couteaux.
Ils avaient été habillés comme des chasseurs. Ils avaient sûrement dû sortir chasser, et la malchance les avait conduits à Ranta et aux autres.
Après cet incident, ils décidèrent de changer leur campement où les cinq étaient restés en stand-by pendant les quatre expéditions vers un endroit près de la Rivière Chaude. Haruhiro avait envoyé Ranta et les autres chasser des gujis, qui ressemblaient à des blaireaux, tandis qu’il poussait toujours plus son exploration de Waluandin. Il était arrivé à un point où il pouvait se faufiler dans la ville la nuit, s’il était seul.
Durant leur cinquième expédition, ils trouvèrent une petite tablette de pierre dans les ruines d’Alluja. Quand ils la ramenèrent au Village du Puit et qu’ils la montrèrent à Oubu le Sage Œil-main, celui-ci leur acheta pour une grande pièce, 1 rou.
Plus tard alors qu’ils étaient en train de camper à l’extérieur du village, Ranta dit, « Vous savez… » et commença à parler avec degré de sincérité qui n’était pas naturel chez lui.
—Je peux un peu comprendre pourquoi les gens ici sont attachés à Skullhell. Quand il fait sombre, n’importe qui voudrait se faire étreindre par Skullhell.
—C’est plus facile de comprendre pourquoi ils s’attachent à Lumiaris, contra Merry. Quand il fait sombre, la chose normale à faire et de rechercher la lumière.
—Je suis sûr que c’est normal pour toi, rétorqua Ranta. Mais écoute, toi là, ce qui est normal est différent pour tout le monde, tu le sais ça ?
—Toi là ? répéta-t-elle.
—… Je suis vraiment désolé, dit Ranta sans la moindre émotion. Merry-san, s’il te plait, pardonne-moi.
—Il ne mettait aucun sentiment du tout dans son excuse… dit Shihoru.
Ranta se jeta au sol et s’inclina.
—Je suis désowé ! J’avaiw tort ! Pardowe-moi !
—Il n’y a rien de plus inutile qu’une excuse de ta part, dit Haruhiro avec un sourire ironique alors qu’il jouait avec le feu avec son bout de bois. … Les dieux, huh. Pour moi ça a juste pas l’air réel. Je veux dire, il y a vraiment des dieux. Ils existent. J’ai toujours pensé qu’ils étaient, genre, fictionnels ? Ou dans le style…
—S’ils n’étaient pas réels, je ne pourrais pas utiliser la magie de lumière. Merry lui montra la paume de sa main. Mais avant d’arriver ici, je pourrais bien moi non plus ne pas y avoir cru de tout mon être.
—Oh, ouais. acquiesça Kuzaku. Je peux voir ce que tu dis. Les dieux sont comme des exemples pour nous, savez. Ou la source d’une ? La raison ? La base ? Quelque chose comme ça. Genre, il y a Lumiaris, et si on assume qu’elle nous observe tout le temps, on doit se comporter vertueusement, truc comme ça ?
—Elhit-chan le Dieu Blanc est réel. Yume avait sa tête déposée sur les cuisses de Shihoru tout en ayant Merry attachée à ses jambes. Elhitchan se montre dans les rêves de Yume et tout ça. Yume voudrait rencontrer Elhit-chan un jour…
—Bon, parlons sérieusement là. Ranta annula son mode excuse pour finalement s’asseoir en croisant ses jambes, et il croisa ses bras fièrement. En vrai, tout le monde a peur de mourir et tout le tralala, pas vrai ? Vu qu’on est en vie, on veut pas mourir. Mais tout de même. On va mourir. Un jour, pour sûr, on va finir par mordre la poussière. Personne ne peut y échapper. C’est la conclusion de nos vies, on pourrait dire. Quand on y repense, j’sais pas… j’ai l’impression de suffoquer, pas vous ? J’ai du mal à le supporter, peut-être.
—… Même pour toi ? demanda Haruhiro, frappait par un sentiment inattendu.
Ranta souffla du nez et se mit à rire. Mais c’était un rire qui semblait forcé.
—Je te parle en général, mec, en général. Je suis au-dessus et bien au-delà de ces conneries. En plus, mourir c’est juste une part de ma vie, pas vrai ? Même si la mort des autres est assez, bah …t’vois. Tu dois accepter ta propre mort, ou tu ne peux pas vivre. Tu es né, et puis tu meurs, et c’est la vie. En gros, c’est un cycle, mec, un cycle. Ranta fit tournoyer son index pour former un cercle. Je suis sûr que vous pigez pas, mais les apprentissages de Skullhell nous inculquent ces pensées sur la vie et la mort.
—Nous avons ça aussi avec les apprentissages de Lumiaris, bien entendu, dit doucement Merry en caressant les jambes de Yume. Au commencement, il y a la lumière. Toute vie est née de cette lumière, et y retournera. C’est pourquoi nous voyons la lumière quand nous mourrons.
—Quand on meurt, on tombe dans les ténèbres, sûr et certain, renâcla Ranta.
—Non ce n’est pas ça. Les ténèbres ne sont qu’un effet secondaire produit par l’absence de lumière à un endroit. Si tu détournes tes yeux de la lumière, tu seras noyé par les ténèbres. C’est tout.
—Tu te goures. Les ténèbres sont l’origine, et la lumière est arrivée après ça. Je te le dis, la racine de toutes choses sont les ténèbres.
—C’est pour ça que je ne pourrai jamais m’entendre avec un chevalier noir qui suit aveuglément Skullhell, marmonna Merry.
—J’ai pas besoin de bien m’entendre avec toi ! J’ai aucunement l’envie d’avoir à faire avec un de ces lâches qui suivent Lumiaris !
—Arrêtez de vous battre pour des broutilles.
Haruhiro essaya de s’imposer en tant que leader pour calmer le jeu, mais Merry et Ranta se tournèrent vers lui.
—Des broutilles ?!
—Qu’est-ce tu m’chantes là, des broutilles ?! hurla Ranta. Je… Je suis désolé.
—Les deux… Shihoru l’aida. Ça ne pourrait pas être les deux ? Au commencement, il y avait la lumière et les ténèbres. Je pense que ces éléments sont contraires et à la fois complémentaires…
—Comment tout le monde ici, huh. dit Yume avec un ton relaxé en se frottant la joue contre la cuisse de Shihoru. C’est pa’ce que tout le monde est là pour elle que Yume est capable de vivre, v’savez.
Tout le monde se tut sur ses mots.
Eh bien, vu qu’ils étaient tout le temps ensemble, les conversations comme celle-ci étaient assez fréquentes. Les gars parlaient plus ou moins tout le temps de choses débiles, mais comment cela se passait pour les filles ? Peut-être parlaient-elles d’amour et de romance ? Peut-être pas ? Ou peut-être que si ? Bien qu’Haruhiro était curieux, il ne pouvait pas leur demander, donc ce mystère allait demeurer un mystère pour lui jusqu’à la fin des temps.
Ranta utilisa une somme équivalente à 10 rou qu’il avait économisée pour s’acheter une épée à deux mains auprès du forgeron du Village du Puit. C’était une épée à deux mains, donc la garde était longue, mais la lame elle-même n’était pas particulièrement large, ce qui la rendait surprenamment légère.
La plupart des épées possédaient une partie non affutée juste au— dessus de la garde qui s’appelait un ricasso. Le ricasso de l’épée que Ranta avait achetée était longue, et avait une protubérance à son extrémité. Quand il l’utilisait pour asséner le coup fatal, le fait de pouvoir attraper le ricasso lui rendait apparemment la vie plus facile, et il y avait d’autres utilisations à ça aussi. Connaissant Ranta, il allait trouver toutes sortes de combinaisons à force d’essais et d’erreurs.
Il nomma son épée Faucheuse, et il s’acheta une paire de gantelets renforcés pour pouvoir tenir fermement le ricasso. Entre parenthèses, il avait emprunté de l’argent à ses camarades pour s’acheter les gantelets. Sa lame noire était robuste et toujours en état, alors il la refila à Kuzaku qui réalisa un rituel paladin en gravant un hexagramme dans la lame et en la marquant avec son sang. En faisant ainsi, il pouvait utiliser le sort de magie de lumière Sabre qui imprégner la lame avec la bénédiction de Lumiaris.
Le groupe acquit un heaume qui leur rappelait la tête d’un faucon dans la Cité de Ceux qui font partie des morts, et en même temps le heaume de Kuzaku commençait à vraiment faire de la peine, donc il l’échangea avec celui qu’ils avaient trouvé. Ranta le nomma le FauconCasque, mais Kuzaku n’aimait pas vraiment ça.
Yume avait fait de cette épée incurvée qu’elle avait ramassée dans la Cité de Ceux qui font partie des morts, qui faisait à peu près la même dimension que sa machette, l’une de ses armes favorites. Haruhiro l’appelait tout le temps wantou, qui était le mot pour désigner une épée incurvée, donc Yume avait décidé de lui donner le surnom de Wan-chan, ce qui était un nom mignon pour un petit chiot. À vrai dire, Haruhiro se sentait un peu mal à l’aise à cause de ça.
Le bâton de combat de Merry s’était brisé, donc elle acheta un bâton avec une masse au bout auprès du forgeron. C’était probablement parce qu’elle avait plus d’occasions de s’illustrer au combat ces derniers temps. Elle avait clairement dirigé son choix vers de la force destructive. Bien que Shihoru n’ait pas changé son équipement, son élémentaire Obscur devenait de plus en plus fort. Plus Obscur s’attachait à Shihoru, plus il semblait grossir, et aussi… sa forme devenait de plus en plus… mièvre. En plus de ça, il pouvait désormais produire des effets similaires à Ombre Somnolente, Complexe de l’Obscurité et à Lien des Ténèbres. Il n’était tout de même pas tout-puissant, et Shihoru ne pouvait lui insuffler qu’un seul des effets à savoir soit la puissance, soit la confusion, soit la léthargie ou alors un effet immobilisant, mais c’était tout de même incroyable.
D’après Shihoru, elle pourrait arriver un jour à mixer différents effets pour en créer de nouveaux. Si c’était le cas, elle pourrait être en mesure d’infliger des dégâts tout en immobilisant l’ennemi, ou les affaiblir tout en leur faisant subir des blessures, et cela n’était que le début de la longue liste de ces utilités. C’était encore plus incroyable.
Haruhiro finit par utiliser un poignard qu’il utilisait pour les attaques embusquées dans sa main droite, et un couteau avec une garde pour contrer, trancher et planter dans sa main gauche. Il avait trouvé le premier dans les souterrains d’Herbesit, tandis que le second avait été ramassé sur un mort.
Il n’avait pas revu M. Unjo. Il était censé passer de temps à autre aux Village du Puit, mais Haruhiro et les autres passaient le plus clairs de leur temps dehors ou en expéditions, donc ils ne faisaient probablement que se rater à chaque fois.
À chaque fois qu’ils passaient par Herbesit, la tour de Rubicia traverser l’esprit d’Haruhiro. Il s’était dit qu’ils y passeraient un de ces jours, mais ils ne le firent finalement jamais.
Un jour, Ranta l’avait invité à l’épicerie du Village du Puit, où ils burent beaucoup et finirent complètement écrasés sur le parquet. Ce n’était pas juste Haruhiro. Tout le monde se défoula sur la boisson telle des ivrognes un samedi soir, et ils eurent un grand banquet avec le forgeron, l’œuf aplati du magasin de sac, les gardes en permissions, et même avec le crabe géant épicier. Ranta, Haruhiro et Kuzaku tentèrent chacun leur tour un bras de fer contre le forgeron et se firent tous écraser, puis les trois ensemble essayèrent de le prendre mais ils échouèrent tout de même. Ses souvenirs sur la soirée étaient encore vagues.
Alors que ses camarades devenaient de moins en moins lucides, il se rappela s’être assis à côté de Merry et il se rappela avoir eu une discussion avec elle. De quoi avaient-ils parlé ? Il avait la sensation d’avoir passé un bon moment, mais il ne se souvenait pas du moindre mot qu’ils avaient échangé.
M’enfin, du moment qu’il n’avait rien dit de bizarre. Le jour d’après, Merry était la Merry habituelle, donc rien n’avait dû arriver.
C’est pas grave, hein ? Essaya-t-il de se convaincre.
Depuis cette dernière fois, le receveur ne s’était pas remis à vibrer. Personne n’avait soulevé le sujet, mais ce n’était probablement qu’une histoire de timing hasardeux. Il n’y avait sûrement que ça. C’était ce qu’Haruhiro avait décidé de croire.
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