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Chapitre 10

Plus et Moins

Lecture ~20 min

Non seulement la Cité de Ceux qui font partie des morts était plus grande que le Village du Puit, mais elle était aussi sûrement plus grande qu’Alterna. Cela avait dû être une cité assez imposante avant qu’elle ne soit réduite en ruine. Naturellement, cela signifiait que beaucoup de personnes avaient vécu ici. Cela avait dû être plus que quelques milliers. Peut-être même que des dizaines de milliers de personnes avaient vécu ici.

Il y avait une grande structure en forme de château au centre de la cité. Haruhiro se disait que ça ressemblait à un château, mais, eh bien, c’en était probablement un. De ce qu’il avait pu voir, le château était composé d’une tour principale entourée de huit autres tours, mais trois de ces huit s’étaient complètement effondrées, et deux autres étaient à mi-chemin. La tour principale était pratiquement intacte, mais ouvrir ses portes de métal rouillé et mettre un pied à l’intérieur demanderait beaucoup de courage. En plus, comment allaient-ils ouvrir ces portes quand elles ne bougeaient pas d’un centimètre quand ils la poussaient ou la tiraient ?

En faisant le tour du château, ils trouvèrent deux entrées à l’arrière, mais ils n’arrivèrent tout de même pas à se convaincre d’aller l’explorer. C’était tout simplement trop effrayant.

Il y avait trois routes pavées qui sortaient du château et qui allaient au nord, au sud et à l’ouest. Chacune d’elles avait une place tout du long. Ces routes principales et ces places étaient étrangement vides, et ils ne trouvaient que rarement des morts là-bas. Pour le dire dans l’autre sens, les routes principales et les places étaient des zones sûres.

Dans la partie nord de la cité, il y avait beaucoup de bâtiments qui étaient soit détruits soit à moitié détruits. Qui plus est, plus ils s’approchaient de la Rivière Tiède, plus les bâtiments avaient l’air en mauvais état.

Au sud du château, les rues étaient en grande partie intactes. Dans le Quart Sud-Ouest tout particulièrement, l’endroit avait l’air presque vivable si les morts n’y déambulaient pas. Bien que, en toute franchise, le groupe n’avait nullement l’intention de venir y vivre. S’ils tombaient sur un bâtiment en relativement bon état, il serait juste de se dire qu’il était habité par des morts. On aurait dit qu’ils avaient eux aussi besoin de se reposer, et le groupe trouvait parfois des morts en train de faire la sieste dans les petites rues ou derrière un mur de gravas. Cependant, les morts se réveillaient à la moindre perturbation sonore, donc c’était difficile de les attaquer dans leur sommeil.

Que faisaient les morts à l’intérieur de ces bâtiments ? Ils ne le savaient pas vraiment, mais même s’ils étaient endormis, le moindre bruit les réveillerait. Et puis ils attaqueraient vicieusement les intrus. Si le groupe voulait éviter toutes mauvaises surprises, ils feraient mieux de rester à l’extérieur des bâtiments de la Cité de Ceux qui font partie des morts.

La brume provenant de la Rivière Tiède était très épaisse dans la partie Est de la cité, ce qui rendait la visibilité là-bas incroyablement mauvaise. C’était pour ça qu’Haruhiro et les autres se baladaient dans la moitié ouest de la cité à la recherche de morts.

Ils restaient en particulier dans la place du marché dans le Quart Nord-Ouest, ou le District Marchand, là où se trouvaient les restes de très larges bâtiments qui ressemblaient à des entrepôts, ce qui en faisaient de bonnes cibles

On aurait dit aussi qu’il y avait une sorte de système de classe, ou plutôt de rangs, parmi les morts. Le Quart Nord-Est n’avait rien d’autre que des morts faiblards, suivi par le Quart Nord-Ouest, suivi par le Quart Sud-Est, et enfin le Quart Sud-Ouest étant le plus dangereux. Leur nombre suivait l’ordre opposé, donc les morts étaient plus nombreux dans le Sud-Ouest, et leur nombre diminué dans le Sud-Est, le Nord-Ouest, et enfin dans le Nord-Est.

Pour des cannibales comme les morts, les zones les plus peuplées rendaient la chasse plus facile. Cela signifiait qu’il y avait beaucoup de compétition entre eux. C’était une bataille à mort géante, donc cela pouvait signifier que seuls les plus forts survivaient.

Bien que, les faibles aussi avaient leur propre moyen de combattre. S’ils connaissaient leur limite et qu’ils ne cherchaient que des proies qu’ils pourraient tuer, les morts de faibles rangs se retrouveraient dans le Quart Nord-Est. Là-bas ils ne trouveront que des rejetons comme eux. Tandis qu’ils mangeraient et dévoreraient les faibles, ils gagneraient en confiance. Insatisfaits par le manque de proie, ils se dirigeraient vers le Quart Sud-Est. Et enfin, ils se dirigeraient vers le Quart Sud-Ouest là où les morts expérimentés se rassemblaient, se combattaient, et se mangeaient.

Haruhiro et les autres faisaient de leur mieux pour éviter le Quart Sud-Ouest. Cet endroit grouillé de morts à un tel point que cela en devenait ridicule, et leur façon de combattre était féroce, ou plutôt, extrême. Ces morts-ci utiliseraient tout ce qui leur passerait sous la main comme arme de jet, et ils avaient un goût très prononcé pour les attaques furtives. Ils essayeraient de vous abattre en un coup, avant de fuir en cas d’échec. Les morts puissants du Quart Sud-Ouest étaient en règle générale rusés.

Bien entendu, ils étaient eux aussi des morts féroces qui se tenaient au-dessus du lot.

Une fois, ils virent de loin un mort puissant se nourrir. C’était complètement fou. On aurait dit un lion qui se tenait sur ses pattes arrière et qui devait faire dans les trois ou trois mètres cinquante de haut. Il avait frappait un autre mort puissant à l’apparence d’ours qui était plus gros que lui, le faisant tomber à la renverse avec une série de deux coups de pieds, avant de facilement décharner son corps massif.

Au moment d’après, Haruhiro douta de ses propres yeux. Le puissant mort lion déchira aisément l’ours mort en deux. Mais à quel point était-il fort ?

Tout en se baignant dans un bain de sang, il trembla d’une jouissance caractéristique tout en laissant échapper un rire grave. C’était plus que juste terrifiant. S’ils s’en approchaient, ils se feraient décimer en un instant. C’était même presque comme s’il allait les tuer sans même avoir à l’approcher.

Cela étant le cas, le Quart Sud-Ouest de la ville était trop dangereux. Les morts dans le Quart Sud-Est l’étaient aussi. Ils se camouflaient dans la brume épaisse, ce qui les rendait assez embêtants à combattre. Et il y avait juste trop peu de morts dans le Quart Nord-Est. En conclusion, il fut décidé que le Quart Nord-Ouest serait le mieux.

Pour être honnête, le Quart Nord-Ouest de la Cité de Ceux qui font partie des morts n’aurait pas pu être plus parfait pour Haruhiro et le groupe. Ce ne serait pas exagéré que de dire que c’était le terrain de chasse idéal.

Tout d’abord, il éliminait sa présence avec Dissimulation. En deuxième, il bougeait avec sa présence éliminée avec Pas de L’ombre. En troisième, il utilisait tous ses sens pour détecter la présence des autres avec Détection.

En utilisant l’art secret des voleurs, Furtivité, à son paroxysme, Haruhiro se mouva comme une ombre.

Pendant qu’il utilisait Furtivité, les genoux et les coudes d’Haruhiro n’étaient jamais tendus. Ils étaient toujours décontractés. Il abaissait ses hanches, il arquait son dos, et il ne laissait pas sa nuque se raidir. Il était prêt à répondre à n’importe quelle perturbation à n’importe quel moment. Il maintenait une position qui lui permettait de respirer tout en faisant avancer ses pieds sans la moindre hésitation.

A la place de concentrer son attention sur un point, Haruhiro observait toute la scène. Il avait la sensation que ses yeux étaient rentrés dans son crâne. Il était en train d’utiliser les mouvements de ses yeux et de légères rotations de sa tête pour étendre son champ de vision. Si cela était fait proprement, il pouvait même voir derrière lui là où c’était normalement impossible de voir.

Il n’écoutait pas seulement avec ses oreilles. Il ressentait le son avec son corps dans son intégralité. Il transforma tout son corps en un gigantesque récepteur, et il ne collectait pas seulement le son, mais aussi tous les stimuli, chaque petites variations dans l’espace.

Il remarqua un mort qui laissait dépasser sa tête des restes d’un bâtiment dans le District Marchand et qui regardait de droite à gauche.

Devrait-on l’attaquer tous en même temps ? Se demanda Haruhiro.

Quoi que, c’était commun pour un mort du Quart Nord-Ouest de prendre ses jambes à son coup au moment où il sentait qu’il était en désavantage. Spécialement un mort comme lui, qui faisait à peu près la taille de Ranta. Il portait un heaume et une armure légère et il transportait une petite hallebarde, mais il y avait quelque chose d’effrayant et de récalcitrant chez lui. Il n’avait pas l’air si fort.

Cela ne garantissait pas qu’il était faible, mais il avait l’air d’avoir la fuite facile, donc Haruhiro décida qu’il allait le prendre par-derrière. S’il était capable de le finir seul, ce serait bien. Si cela avait l’air impossible, il n’aurait qu’à le mener à ses camarades.

Ranta était le seul qui avait été contre ce plan. Ce qui signifiait qu’ils allaient appliquer ce stratagème.

Donc, là maintenant, Haruhiro était en train de se rapprocher du mort dans son dos.

Il était à moins de dix mètres de lui. Huit mètres. Non, même alors qu’il pensait tout cela, Haruhiro était toujours en mouvement, donc il devait déjà être dans les sept mètres. Six mètres.

S’il disait qu’il ne se sentait pas un petit peu tendu, ce serait un mensonge. Mais quand il avait le dos de sa cible en vue, cela le calmait, aussi étrange que cela puisse paraître. Cela devait être une part de sa nature en tant que voleur. Ou peut-être que c’était juste Haruhiro. Il analysait souvent les dos des créatures vivantes. Même dans des situations plus stressantes que celle-ci où il ne pouvait pas se permettre de les observer paisiblement, leurs dos procuraient à Haruhiro beaucoup d’information.

La chose la plus simple à déceler était de savoir s’ils étaient des menteurs ou non. De savoir s’ils étaient honnêtes ou malicieux pourrait être une meilleure façon de le dire. Étaient-ils candides ou manipulateurs ? Étaient-ils dignes de confiance ou pas ?

Ce mort était un menteur sans honneur, le genre à ne pas faire confiance qui essayait d’amener ses adversaires dans des pièges. Haruhiro pouvait sentir cela à travers sa posture, cette manière courbée qu’il avait de se tenir. Mais le mort était aussi dupe. Il racontait des mensonges évidents. Il se reposait sur son nez pour repérer des proies stupides qui tomberaient dans ses facéties. S’il ne pensait pas pouvoir gagner, il n’hésiterait pas un seul instant pour prendre la fuite.

Désolé, pensa Haruhiro, mais je vais pas te laisser faire ça.

Il dégaina silencieusement son épée courte. Son fourreau était bien huilé et entretenu.

Il n’était plus qu’à trois, deux, un pas de lui. Il ne pouvait pas se permettre de penser que ces pas étaient différents des autres. S’il y plaçait une importance futile, sa cible le trouverait.

C’est ça le truc, lui avait dit Barbara-sensei. Quand il faut se cacher, ou voler, ou tuer, il faut tout faire de la même manière. Dans ce monde, et dans n’importe quel monde, rien n’est spécial. Tu ne peux pas penser que des choses sont intéressantes, ou qu’elles sont ennuyantes. Tu dois tout faire de la même manière, sans aucun attachement particulier.

Je peux pas faire ça, Barbara-sensei, s’était-il plaint, mais aussi mystérieux cela soit-il, quand tout se passait bien, il arrivait parfois à faire les choses comme si elles étaient toutes pareils.

Haruhiro s’approcha du mort par-derrière comme s’il allait lui sauter dessus, puis il enroula son bras gauche autour de sa tête. Avec une prise à revers, il enfonça son épée courte dans sa nuque, puis il l’agita, tordant tout son corps pour lui briser la nuque.

S’il laissait échapper un soupire de soulagement à cet instant, Barbara-sensei le réprimanderait. Non, elle ne lui crierait pas seulement dessus, elle le ferait tomber, elle l’immobiliserait, et puis elle le ferait souffrir jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Fais tout de la même manière ! Combien de fois je vais devoir te le dire pour que tu comprennes, Vieux Chat ?!

Cette voie était précaire. C’était une sorte de colline escarpée où, s’il baissait sa garde, il ne ferait pas que s’arrêter, mais il redescendrait tout en bas en roulant. Il ne savait pas s’il reverrait Barbara-sensei un jour, mais les enseignements de son maître continuaient à vivre en lui.

Probablement. Non, c’était certain. Il était toujours en train de persévérer sur ce chemin dangereux et étroit, non ?

Oui, sur la voie des voleurs !

—Hééééé. j’ai fini, s’exclama Haruhiro.

Alors qu’il appelait ses camarades à lui, Haruhiro pensa qu’il était un petit peu trop détaché.

Je suis en train de me laisser emporter, peut-être ? Genre, tout se passe vraiment bien avec les morts du Quart Nord-Ouest. Ce terrain de chasse est bien trop lucratif. Je peux travailler dur en tant que chef du groupe, tout en avançant sur la voie du voleur, bien que je fais juste tout de la même manière. Je peux le voir comme ça aussi. Dans les faits, je fais tout de la même manière. Mais, en quelque sorte… ouais. Ça me fait peur. Tout ce passe trop bien. C’est pas à ça que ressemble la vie, n’est-ce pas ?

—Hé, Parupironnosuke ! Ranta rentra dans le lard et alla dépouiller le mort tombé. En finir un tout seul c’est beaucoup trop pour une tapette insignifiante comme toi !

—Kehe… Zodiac-kun se joignit à la conversation. Te parler comme à un humain est beaucoup trop gentil pour toi, Ranta… Kehe…

—Non, Zodiac-kun, je suis un humain honnête et bien trop bon, ok ?! Je veux dire, je suis un homme humain respectable, pas vrai ?!

Suivant de très près Ranta et Zodiac-kun, Yume, Shihoru, Merry et Kuzaku arrivèrent. Ils firent tous une halte, puis ils s’écartèrent de lui.

—Huh ? Ranta regarda Yume et les autres. Quoi les gens ? Qu’est-ce qui va pas ? Est-ce mon aura bien trop respectable, spéciale et mature qui vous a intimidés ?

—… Mature ? Shihoru pouffa comme si l’idée était ridicule. … Comment ça ?

—Respectable ? Yume fronça ses sourcils, fit ressortir sa lèvre inférieure, et exagéra son haussement d’épaules. Comment ça ?

Merry secoua sa tête.

—Dire que tu es enfantin serait une insulte pour les enfants.

—Vous être toutes synchros, huh ? Parfaitement en plus ! Un vrai trio ! C’est quel genre de triplette ça, huh ?! leur cria Ranta tout en fouinant dans les possessions du mort. Bah, ça me dérange pas ! Dites ce que vous voulez ! J’ai mon frère de sang, Zodiac-kun, après tout ! Huh… ?

—Juste là. Kuzaku montra quelque chose au-dessus de la tête de Ranta. Il vient de disparaître, mec.

Haruhiro fut surpris par cette nouvelle.

—… Wow, Zodiac-kun. T’as appris un tour comme ça juste pour embêter Ranta.

—N-Non ! Ranta sauta sur ses pieds et fit le tour d’Haruhiro. Aucun de vous n’a pigé, ok ?! Zodiac-kun ne fait pas ça pour m’embêter, ou je sais pas quoi d’autre ! C’est sa façon à lui de me montrer son amour !

—Comment ça « à lui » ? demanda Haruhiro. En vrai, vous avez l‘air assez distants tous les deux.

—B-B-Bien sûr que non ! Y’a aucune distance entre nous. Moi et Zodiac-kun sommes proches. On a toujours était amoureuuuux. Espèce d’abruti, d’abruti, d’abruti !

—J’ai compris, j’ai compris. C’est bon j’ai compris, donc continue, continue de ramasser, ok ? T’aimes çà, non ?

—J’aime pas ça ! Je déteste, déteste, déteste ça ! Toi fais-le, espèce d’imbécile stupide !

—Oh ouais ? Bon, je vais le faire alors.

—Crétin ! C’est moi qui vais le faire évidemment ! Comme si j’allais un jour te laisser le faire, Parupiro ! Je vais tout faire ! Moi ! Ne l’oublie pas, Paruparu !

—C’est quoi ce Paruparu… ?

—Paaaruparuparuparuparuuuuu, caqueta Ranta. Ehehehe !

Il y avait des moments où Haruhiro voulait légitimement assassiner cette pourriture ( et ordure). Bien qu’il ne le ferait pas.

Ranta retourna à son travail et il trouva deux pièces moyennes et trois petites. Il y avait aussi un anneau sur la main gauche du mort. Ils pensèrent qu’ils pourraient le vendre, donc ils décidèrent de le prendre avec le reste. Un autre mort allait venir pour nettoyer le corps pour eux— enfin, pour le manger, à dire vrai, en toute franchise, donc ils pouvaient simplement le laisser là.

—Au suivant, dit Haruhiro.

Quand leur boulot était terminé, il était plus sûr de bouger.

Ses camarades le savaient eux aussi, donc même Ranta fit ce qu’Haruhiro avait dit sans grogner. Ils partirent rapidement à la recherche de la prochaine cible. Ils devaient rentrer au Village du Puit avant que la flamme ne disparaisse, donc ils ne pouvaient pas se permettre de perdre du temps.

On perd pratiquement pas de temps, pensa Haruhiro. Quand tout se passe comme on le souhaite, en vrai, tout semble aller bien. Bien que les bons moments ne durent jamais pour toujours.

Reste concentré,

Haruhiro se devait de se le rappeler à de multiples reprises chaque jour. Reste sur tes gardes.

Il doit y avoir des pièges qui nous attendent partout. C’est juste une coïncidence. Ça va pas durer. On ne sait pas de quoi sera fait demain. Non, même aujourd’hui, là tout de suite, la malchance pourrait être à notre recherche. Quelqu’un peut être même moi, pourrait faire une terrible erreur.

Ses yeux croisèrent ceux de Merry.

Pour on ne sait quelle raison, Merry lui sourit.

Tout va bien, huh ? Pensa Haruhiro. Non, non, non ? Mas à quoi je pense ? Non, non, non. Je ne pense pas du tout. Non, c’est pas que je pense pas, c’est juste que ne pense pas à ça, ou ceci, ou quoi que soit en particulier par rapport à Merry. J’ai pas l’intention de penser à quoi que ce soit.

Mais je ne peux pas m’empêcher de penser à elle. C’est la faute de Kuzaku. Bien entendu, Kuzaku n’a rien fait de mal. c’est pas ça. C’est juste que le discours de Kuzaku a déclenché le truc, c’est tout.

Haruhiro était, bien évidemment, le leader du groupe, donc c’était mauvais pour lui d’avoir des sentiments uniques, ou spéciaux, de la sorte pour un seul membre du groupe comme Merry. Ce n’était probablement pas une bonne chose.

Ou c’est juste l’image que j’en ai. Pas vrai ? Ça doit être ça, pas vrai ?

Mais Akira-san et Miho étaient mariés, se souvint-il. C’était un couple à l’intérieur d’un groupe. Il y avait aussi Gogh et Kayo. Ces deux-là avaient même un fils adoptif.

En y réfléchissant un petit peu, Haruhiro commençait à se dire que, après avoir traversé tellement de danger ensemble, cela était parfaitement naturel que des sentiments pareils commencent à éclore entre eux, et que cela en résulterait avec des liens profonds. Qui plus est, quand il pensait à une relation avec quelqu’un à l’extérieur du groupe, cela ne lui semblait pas réaliste. Dans les faits, ça n’avait pas l’air réalisable du tout. Bon, il y avait des personnes comme Mimorin, mais il n’avait aucun sentiment amoureux à son égard, et ils pourraient très bien ne jamais se revoir dans tous les cas.

Dans ce cas—

Non, non, non, qu’est-ce que je suis en train de penser ? Dans ce cas, que dalle ! Je suis en train d’un peu trop m’exciter, peut-être ? Je dois sérieusement, assurément, précautionneusement me concentrer sur mon job de leader. Parce que je suis bizarre.

Honnêtement, je suis pas bon pour ça. Faire ceci et faire cela en même temps— c’est trop pour moi. Si je me concentre pas sur juste une chose, ma tête commence à partir en vrille.

Haruhiro fit une halte sur une route étroite dans le District Marchand.

Haruhiro le voleur prit les devants. Kuzaku était prêt à s’avancer si nécessaire. Derrière eux se trouvait Yume. Merry était quelque part proche de Shihoru pour la protéger, et Ranta assurait leurs arrières. C’était la formation basique pour explorer la Cité de Ceux qui font partie des morts.

—… Haruhiro ? Kuzaku avait déjà son bouclier et son épée prêts à combattre.

—Meow ? Yume laissa échapper un étrange bruit en observant la zone.

—Huhhh ? Quoiiii ? Ranta se tourna pour regarder derrière lui.

Shihoru prit une courte respiration et se recroquevilla sur elle-même.

Merry se mit immédiatement en position pour protéger Shihoru en abaissant sa posture. Merry était incroyablement courageuse dans des moments comme celui-ci. C’était un fait difficile à réfuter, mais il n’avait pas le temps de la regarder admirativement.

Le sang fut instantanément drainé du visage d’Haruhiro. Il n’était même pas sûr de savoir lui-même comment il avait fait pour réagir. Dans tous les cas, il se jeta vers l’avant. Avant qu’il ne puisse effectuer une roulade, il entendit le bruit d’un objet massif qui venait de s’écraser juste derrière lui, et il ressentit une onde de choc.

—Fuyez ! cria Haruhiro sans vérifier ce que c’était.

D’où était-il venu ? Du ciel ? Bon, les bâtiments autour d’eux étaient en relativement bon état. Il avait dû les observer depuis un des toits, attendant le bon moment pour attaquer Haruhiro et les autres.

Haruhiro et les autres, ou juste Haruhiro ?

Il était en train de venir. Il était en train de le charger.

Effrayant !

Haruhiro courut. Il piqua un sprint démentiel et tourna dans un coin. La seule chose qu’il savait sur son ennemi était qu’il était un mort, et qu’il était assez massif, mais il se dit qu’avec sa grande taille, peut-être ne pourrait-il pas faire des virages serrés ? C’était son espoir.

Comme il l’avait pensé, il ne pouvait pas tourner soudainement, et son virage fut plus large. Cela mit un peu de distance entre eux, donc Haruhiro fut capable de jeter un œil à son poursuivant, même si la vue n’était pas terrible.

Aw, mec, pensa-t-il. Il ressemble vraiment à un lion. J’avais le sentiment que c’était ça, mais on dirait vraiment un lion. Comme un lion que se tient sur ses pattes arrières. C’est à ça qu’il ressemble.

Mais il est un petit peu, non, beaucoup plus petit que le lion qu’on avait vu la dernière fois, non ? Peut-être qu’il a l’air comme ça parce que je veux que ce soit le cas ? Non, pour de vrai, il est petit, pas vrai ?

Si cela avait été le puissant mort qui ressemblait à un lion, Haruhiro serait mort depuis belle lurette. Il était certainement effrayant. Il avait la sensation que son estomac allait ressortir par sa gorge, parce que c’était carrément flippant, mais il s’en serait pas sorti aussi facilement si son poursuivant avait été le vrai de vrai. Si ça avait été l’autre, Haruhiro serait probablement en train de trembler, incapable de bouger avant de se faire gober. C’était pour dire à quel point le puissant mort lion l’était. Celui-ci n’était pas si mal que ça.

Haruhiro se dirigea dans l’allée et sauta à l’intérieur d’un bâtiment à travers un mur effondré. Qu’est-ce que ses camarades étaient en train de faire ? S’étaient-ils enfuis tous sains et saufs ? Haruhiro ne pensait pas qu’ils étaient assez méchants pour l’abandonner.

Ils ne s’enfuiraient pas, je pense. Ils ne s’enfuiront probablement pas. Ils ne m’abandonneraient pas à mon sort, j’en suis sûr.

Le— probablement pas si fort mort lion— était en train de poursuivre Haruhiro sans relâche.

Haruhiro quitta le bâtiment en passant par l’entrée. Le lion mort se rua à sa poursuite. Il ne pouvait pas le semer. Cette chose devait être plus rapide que lui.

—Haruhirooooo… ! il entendit la voix de Ranta.

Quand même, je suis étonné d’avoir pu esquiver cette chose la première fois qu’il m’a sauté dessus, pensa Haruhiro en se ruant à l’intérieur d’un autre grand bâtiment.

Il avait deux étages. Il y avait des escaliers. Il les monta à toute vitesse. Ils étaient en bois. Un bois pourrit. Ils s’effondrèrent, et son pied faillit rester coincé. Il n’en avait rien à faire. Il prit les escaliers en sautant une marche à chaque fois et il continua.

Le mort lion détruisit les escaliers tandis qu’il essayait de monter, puis il laissa échapper un rugissement.

Haruhiro arriva au deuxième étage. Il y avait une fenêtre. Il pouvait voir au dehors à travers elle. Ranta était là. Kuzaku était là. Yume, Shihoru et Merry aussi. Ils étaient en train de courir vers lui. Aucun d’eux n’avait encore remarqué Haruhiro au deuxième étage.

Haruhiro se pencha à la fenêtre.

—Barrez-vous ! Allez-y, barrez vous !

—Quoo… ?! Ranta leva la tête vers Haruhiro, avant d’immédiatement lui faire signe. Mec, descends de là tout de suite ! Il est à l’intérieur aussi, non ?!

Haruhiro ne pouvait pas le contredire. Le mort lion était toujours en train d’essayer d’atteindre le deuxième étage. Même si les escaliers s’étaient complètement effondrés, il finirait par arriver à monter. Ranta avait raison. Pour une fois.

Haruhiro— ne sauta pas par la fenêtre. Il n’avait pas le cran pour. Il s’accrocha au rebord de la fenêtre, s’y cramponna fermement, puis il se laissa pendre. À partir de cette position, il lâcha. Il ne ressentit pas vraiment de choc en touchant le sol ; ses jambes semblaient juste un petit peu engourdies.

—Allez, on se casse d’ici, bande de d’abrutis ! Ranta avait déjà commencé à courir.

—Qui sait qu’tu traites d’abricot ! lui cria Yume en courant.

—J’ai pas dit ça, monstre à petits seins ! Hé, les filles, si vous restez proches de ce monstre, vos seins vont se recroqueviller et ils vont finir aussi misérables que les siens !

—… Tu es le pire être humain que j’ai jamais rencontré, marmonna Shihoru en rattrapant Yume.

—Si je suis le pire, ça fait de moi le numéro un, huh ! Hurahh ! Hurahh ! Gahahaha !

—Je respecte ça… Kuzaku courut en faisant du bruit avec son armure.

—Non, allez-y à fond et vénérez-moi ! J’offre de fabuleuses bénédictions ! Vous pouvez devenir cent fois plus érotiques ! Gwahehehehehe !

—C’est pas une bénédiction, c’est un désavantage qu’on ne pourra jamais se débarrasser… Haruhiro força ses jambes légèrement engourdies pour rattraper ses camarades.

—Haru ! lui cria Merry.

—Oui ?!

—Pour ça, à l’instant !

—A-A l’instant ?

Merry faisait une sacrée tête. Non, peut être pas autant, mais elle ne dit rien d’autre avant un moment.

Alors qu’ils étaient en train de se chambrer, le mort lion fit dépasser sa tête de la fenêtre du deuxième étage et il rugit.

Haruhiro se força à accélérer et il rattrapa Merry avant de prendre le tournant. Exactement au même moment, elle le frappa violemment sur l’épaule en le fixant du regard.

—Tu l’as pas volée !

—Quoo… ?!

Qu’est-ce que cela signifiait ? Il avait le sentiment de comprendre, mais aussi celui de ne pas comprendre.

Merry ne le regarderait pas dans les yeux. Était-elle en colère ? Où était-elle gênée ?

Cela devait être les deux en même temps.

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