Bien qu’ils étaient appelés ceux qui faisaient partie des morts, ils étaient de tailles et de formes variées.
Kuzaku frappa un mort dans le visage avec Heurt. La tête du mort recula violemment en arrière, mais ses quatre bras se débrouillèrent tout de même pour essayer d’attraper Kuzaku.
Ranta arriva de la droite, et Yume de la gauche, les deux en chargeant le mort. Traitresse Mk. II et la machette de Yume de plantèrent dans ses flancs.
Alors que le mort toussait et postillonnait, et qu’il avait une lueur livide dans ses deux yeux blancs tandis qu’il crachait un mucus marron de sa bouche en forme de cicatrice, Haruhiro l’attrapa par derrière en enfonçant son épée courte à travers sa nuque.
En trancher un comme ça n’était pas suffisant pour tuer un mort. Ou pour l’arrêter, plutôt. Ceux qui faisaient partie des morts ne s’arrêtaient pas avant de s’être fait totalement tuer.
En criant sous l’effort, Haruhiro bougea son épée dans tous les sens et il tordit la nuque du mort. D’avant en arrière, de droite à gauche, impétueusement. Elle se brisa. Ou plutôt, elle se décrocha. Toute la force qu’il avait fut soudainement drainée du corps du mort. Il s’effondra. En arrière.
Haruhiro s’en écarta rapidement, ce qui le fit perdre l’équilibre et il réatterrit sur son derrière. Il était sur le point de se débarrasser de la tête détachée du mort, mais il reprit ses esprits, et il préféra la poser sur le sol.
—Aww, ouais ! C’est l’heure du butin ! dit Ranta se jetant comme un animal sur les restes du mort.
Haruhiro se surprenait toujours à penser ça, mais ne pouvait-il pas être un peu moins sauvage dans sa démarche ?
—Haruhiro-kun ! cria Shihoru en pointant quelque chose dans la brume avec son bâton.
Merry se plaça rapidement à ses côtés, bâton court devant elle.
Kuzaku, bien qu’il respirait comme un buffle, leva son bouclier une fois de plus, il fit tourner son bras droit, qui tenait l’épée longue, pour s’échauffer.
Un autre, huh, pensa Haruhiro en se remettant sur ses pieds avec un soupir.
—Ranta, ça donne quoi ?
—Une seconde, bordel de merde ! Ranta laissa échapper un petit rire vulgaire. Ok, on a deux pièces moyennes et une petite ! Ça fait 2 rumas et 1 wen ! Pas dégueu, ma foi !
—Si t’en as fini là-bas, bouge-toi venir aider ici ! Yume donna un coup de genou dans le dos de Ranta.
—Hé, me frappe pas, Petits Seins !
—Kehe… Zodiac-kun s’invita. Peu importe, contente-toi de te dépêcher… Créature insignifiante… Kehehe…
—Zodiac-kun ! Comment oses-tu m’appeler moi, ton invocateur et maitre, une créature insignifiante ?! beugla Ranta.
—Ça te correspond… Haruhiro plissa ses yeux.
Il arrivait. Des yeux blancs. C’était un mort. Il courait vers eux. Celui-ci avait l’allure d’un crabe, Dieu sait pourquoi. Il lui rappelait le crabe géant épicier. Cela devenait un peu plus dur de le combattre, mais il ne pouvait pas se permettre de dire ça.
—Il a l’air dangereux, alors soyez prudents ! s’exclama Haruhiro.
Les morts étaient de formes et tailles variées. Mais il y avait des choses qu’ils avaient tous en commun. En termes d’apparence, c’était leurs yeux. Les morts avaient des yeux blancs. Ce n’était pas qu’ils n’avaient pas d’iris, ou quelque chose comme ça, mais c’était comme si leur orbite avait été remplie d’un liquide blanc. Quand ils mouraient, leurs yeux revenaient à la normale, donc cela avait apparemment un rapport avec le processus qui les avait transformés en mort.
Aussi, on aurait dit que les morts ne ressentaient pas la douleur.
Grâce à ça, sauf si vous les tuiez en détruisant leur cœur ou leur cerveau, où que vous leur arrachiez la tête, ils continuaient à se battre.
L’autre chose qu’ils avaient tous en commun était qu’ils étaient cannibales. Les morts ne bougeaient pas en groupe. On aurait dit que les morts voyaient les autres morts comme leurs ennemis, ou plutôt leurs proies.
Cela faisait sept jours depuis qu’Haruhiro et les autres avaient commencé à faire l’aller-retour à la Cité de Ceux qui faisaient partie des morts. Durant ce laps de temps, ils avaient pu assister à un repas de mort à de nombreuses occasions. A chaque fois, ça avait été un mort qui en mangeait un autre.
Les morts s’attaquaient entre eux, et le vainqueur de repaîtrait de la chaire et des entrailles du vaincu tout en volant tout équipement qu’il jugerait viable. Et ils prenaient les pièces noires des vaincus. C’était un comportement typique d’un mort. Ou plutôt, ils n’avaient pas encore rencontré un mort qui se comportait différemment.
Si tous les morts étaient comme ça, alors la Cité de Ceux qui faisaient partie des morts était un terrain de chasse particulièrement bon pour Haruhiro et les autres, qui avaient été forcés de rester des soldats volontaires et ce même maintenant alors qu’ils étaient arrivés dans ce Nouveau Monde sombre et dangereux.
Il y avait beaucoup de morts différents. Cela signifiait qu’il y avait beaucoup de variances dans leur style de combat. Il y avait des morts tellement incroyablement forts qu’Haruhiro et les autres ne pourraient pas espérer les tuer, et ils pourraient très bien se retrouver nez à nez avec un comme ça demain… non, aujourd’hui.
Donc il y avait des risques, cela allait de soi. Cependant, en général, ils ne devaient pas construire des stratégies pour pouvoir affronter plusieurs morts. C’était parce que non seulement ils ne formaient pas de groupes, mais en plus parce qu’ils se ciblaient les uns les autres.
Surprenamment, quand un mort avait le choix entre attaquer Haruhiro et le groupe ou un autre mort, il choisissait l’autre mort. Quand deux morts se battaient, c’était une opportunité excellente pour prendre l’avantage. Bien entendu, c’était une chose horrible à faire, mais être un soldat volontaire avait toujours été un sale boulot, l’un de ceux où la considération éthique ne rentrait pas en jeu. Ce n’était pas un passe-temps qu’Haruhiro pourrait recommander à quelqu’un qui serait une bonne personne, ou qui aimait à penser qu’il en était une.
Dans tous les cas, les deux morts ignoreraient Haruhiro et le groupe, complètement obnubilés par leur combat contre l’autre mort dans le but de le manger. Cela étant le cas, Haruhiro et les autres pouvaient se jeter sur les deux morts qui n’ont d’yeux que pour l’autre et les tuer les deux ensemble.
Même s’ils ne le disaient pas à haute voix, la plupart des soldats volontaires penseraient après coup : Merci pour ce repas gratuit.
Accessoirement, ceux comme Haruhiro qui n’étaient pas insensibles à ce qu’ils faisaient, bien que cela pourrait être plus de la couardise que de l’empathie, se créaient des excuses pour eux-mêmes. Ce n’était pas qu’ils se disaient que ce qu’ils faisaient été normal et qu’ils n’avaient pas de doutes là-dessus. « Je dois le faire pour survivre », se disaient-ils pour soulager leur conscience, jusqu’à ce que finalement ils s’y habituent. Même s’ils allaient contre leur morale et qu’ils se dégoutaient en voyant ce qu’ils faisaient, ils l’oublieraient probablement après une bonne nuit de sommeil.
Et c’est ainsi qu’après avoir fini leur septième jour de chasse dans la Cité de Ceux qui faisaient partie des morts, le groupe retourna au Village du Puit.
Ils avaient collecté aujourd’hui 9 rumas et 11 wens. Les équipements des morts étaient de très mauvaises factures, et n’importe quelle pièce ne valait que 1 wen, donc ils ne s’embêtaient pas à les ramener à moins que ça ait l’air de valoir le coup.
Leur pot commun avait dépassé les 20 rumas, et ils avaient dû tous augmenter leurs revenus personnels depuis qu’ils avaient commencé à partager l’argent entre eux il y a de cela trois jours. La nourriture leur coûtait toujours 1 ruma pour les six, donc avec deux repas par jour pour 2 rumas, ils avaient une assez bonne marge dans leurs dépenses désormais.
Aujourd’hui, alors que les filles se baignaient, Ranta commença à boire à l’épicerie.
Et oui, exactement. L’épicerie proposait de l’alcool.
Il y avait une grande variété d’alcool disposée dans plusieurs jarres, et les moins chères valaient 1 wen. Haruhiro n’était pas un grand fan du goût, mais ce n’était pas le cas de Ranta, et il avait commencé à boire beaucoup ces temps-ci. La possibilité pour que la plus grande partie des économies de Ranta partent dans l’alcool était très élevée.
Cela étant le cas, Haruhiro et Kuzaku décidèrent de bazarder le Ranta complètement déchiré et d’aller prendre un bain tous les deux après que les filles aient fini.
Le trou dans le lit de la rivière qu’ils utilisaient comme bain avait été creusé dans un endroit où les résidents du Village du Puit n’allaient pas souvent. Ils avaient failli avoir une attaque cardiaque la première fois qu’ils s’étaient lavés, mais maintenant ils se mettent juste nus, et ils se découvrent le visage aussi. Ils gardaient leurs heaumes et autres accessoires à portée de main, juste au cas où ; si quelqu’un s’approchait, ils pourraient simplement se couvrir rapidement. Cela n’avait pas encore pausé de problème, donc c’était probablement accepté.
Les gars n’en avaient plus vraiment quelque chose à faire de se retrouver nus ensemble désormais. Même si leurs yeux s’étaient ajustés aux ténèbres, il faisait toujours sombre. Donc du moment qu’ils n’essayaient pas vraiment de voir quoi que ce soit, ils ne seraient pas en mesure de voir quelque chose.
Ils se lavèrent les mains et le visage dans la rivière en premier. Par le plus grand des hasards, l’épicerie vendait du savon, et il était convenable. Ils lavèrent le reste de leur corps rapidement aussi. Et puis, enfin, ils s’enfoncèrent dans le bain.
L’eau de la Rivière Tiède était plus froide que la température du corps ; elle était, comme le nom qu’ils leur avait donnée, tiède. Ils auraient adoré prendre un bain chaud, mais s’ils commençaient à avoir de telles demandes luxueuses comme ça, ils ne s’en sortiraient pas.
—Whew…
Haruhiro tourna son visage lentement de chaque côté. Il se massa ses propres épaules. S’il s’asseyait en touchant le fond du bain, l’eau était juste assez profonde pour que la surface se trouve au niveau de ses épaules. Il pouvait aussi étendre ses jambes. Cependant, c’était un petit peu étroit pour Kuzaku et son corps plus imposant. Être grand n’était pas toujours un avantage. Bien qu’Haruhiro était encore un tout petit peu jaloux.
—Rahhhh. Kuzaku massa son visage avec ses deux mains. T’sais quoi, aujourd’hui c’était genre… j’sais pas. Bah… Ouais. C’était pas mal épuisant aujourd’hui, huh…
—T’as pas tort, confirma Haruhiro. T’as fait du bon boulot. Tu dois être crevé.
—Oh, non, ça a dû être encore plus éreintant pour toi. Comparé à moi, du moins.
—C’est toi qui te mets en danger sur le front, Kuzaku. Je suis juste, t’sais, caché derrière.
—Tu utilises ta tête, rétorqua Kuzaku. C’est difficile aussi, non ? Dans un sens. Moi, je fais juste ce que tu me dis de faire. Du moment que je le fais, tout fonctionne comme par magie. Genre, tu dois penser à ce qui pourrait arriver, pas vrai ?
—C’est parce que tu fais du bon boulot en tant que tank.
—Sans blague ? Je fais du bon boulot ?
—Je te l’assure, mec.
—Nah, j’ai encore beaucoup de choses à apprendre. Je suis pas si bon.
—Je pense vraiment mes compliments, tu sais, dit Haruhiro. T’es un peu trop dur avec toi-même.
—Un petit peu, ouais… Kuzaku devint soudainement silencieux. Il y eut un blanc étrange avant qu’il ne parle à nouveau. … Umm, j’ai pas souvent l’occasion pour ça— de te parler seul à seul comme ça, je veux dire. Ça te dérange si je te demande quelque chose ?
—Huh ? Oh, vas-y, dit Haruhiro … Qu-Quoi ?
—C’est par rapport à Moguzo.
—… Moguzo ?
Oh, c’est donc pour ça, pensa Haruhiro, mais il pensa aussi ensuite, Qu’est-ce qu’il aurait pu me demander d’autre à part ça ?
Quoi qu’il en soit, la question l’avait pris de court. Il ne s’était pas attendu à entendre le nom de Moguzo sortir de la bouche de Kuzaku.
—Bien sûr, ça me dérange pas. Bien sûr que non. Mais, Kuzaku, um… Tu n’as jamais, enfin, tu n’avais rien à voir avec Moguzo, pas directement du moins, n’est-ce pas ?
—Bah, non. Je savais qui il était, c’est tout.
—… Ça te dérange ? demanda Haruhiro.
—Genre, vous n’en parlez jamais. Genre, vous ne me comparez jamais à Moguzo, pas vrai ? Enfin, vous ne me dites jamais quand vous le faites tout du moins.
—Je ne le ferais pas… non.
—Mais, t’sais, je pense à ce truc. Comme, y’a pas moyen que tu ne me compares pas à lui. Je me demande des trucs comme, « Est-ce que je fais aussi bien que Moguzo ? » Ou « Est-ce que j’arrive à combler le vide qu’il a laissé ? », Désolé.
—Non… Pas besoin de t’excuser comme ça de nulle part.
—Non, je pensais juste, ce n’est pas bien de parler comme quoi je puisse combler un vide. C’est pas un truc que je peux combler. Ce n’est pas une chose qui peut être comblée. C’est comme ça entre camarades, non ? Moi, après tout le temps que j’ai passé avec vous, je peux le sentir. Irremplaçable, c’est le mot que je cherche. C’est ce que sont des camarades, ouais. C’est pas la meilleure façon de le dire, mais juste parce qu’un type est mort, tu peux pas laisser un autre gars le remplacer. C’est pas aussi simple. Même si t’es forcé à le faire, c’est pas bien, on pourrait dire. Je peux pas bien l’exprimer avec des morts. Genre, jamais je ne serai le remplaçant de Moguzo. Mais, d’un autre côté, je veux trouver une façon de tous vous protéger, d’une manière différente que le faisait Moguzo. Je suis un paladin, même si j’en suis pas un bon, donc, genre, j’ai le sentiment que je dois tous vous protéger.
—… Mec…
Oh, c’est pas bon, pensa Haruhiro. Il se balança de l’eau sur le visage. C’est quoi ce bordel, mec ? Arrête ça. Tu me prends par surprise là. Je sais pas quoi dire. Je suis pas bon pour ce genre de truc.
Ce n’était pas que Kuzaku avait au fur et mesure pris goût à son rôle et qu’il avait naturellement grandi en tant que Tank. Tout en faisant face à un mur nommé Moguzo qu’il ne pouvait pas voir, il avait fait face à l’ennemi et à lui-même, et il avait combattu de toutes ses forces. Il avait un grand sens du devoir, faisant couler son sang pour ses camarades tandis qu’il s’améliorait pas à pas en faisant des efforts minutieux.
Haruhiro avait-il été capable de voir ça ?
Haruhiro avait-il été capable de voir toutes les difficultés que Kuzaku était en train de traverser ?
Il n’aurait pu le voir en aucun cas. Ses pensées avaient été trop occupées ailleurs. Pour la faire courte, il galérait assez pour s’occuper de lui. Que des excuses cela dit. Dans les faits, Haruhiro n’avait pas donné à Kuzaku tout le crédit qui lui était dû.
Désolé pour être un leader aussi nul, et d’être inutile pour tellement de choses, pensa désespérément Haruhiro.
Ce serait facile de baisser la tête. Mais à quoi bon s’excuser auprès de Kuzaku ? Haruhiro pourrait se sentir mieux, mais ce serait probablement tout ce qu’il accomplirait. Ce ne serait que de la pure satisfaction personnelle.
—Moguzo était…
Haruhiro se donna une pichenette sur le nez et il respira par la bouche.
Oh, putain. Je crois que je vais pleurer. Non, je vais bien. Je peux le retenir.
—C’était quelqu’un d’important. Ouais. Je ne pense pas qu’il puisse être remplacé. On ne peut pas l’oublier, et on ne le fera pas. Et pourtant… Il est mort. Il est parti. Moguzo n’est plus là désormais. Je ne veux pas dire que c’est pour ça, mais maintenant— Kuzaku, tu es le tank de notre groupe, et je pense que tu es le seul à pouvoir l’être.
—…Whoa.
—Huh ?
—Ha ha… Kuzaku se couvrit le visage avec ses grandes mains. Je chiale là. Quelle blague…
—Je me moquerais pas de toi, t’inquiètes…
—En vrai, ce serait mieux si tu le faisais, dit Kuzaku. Putain, c’est trop gênant.
—Non, pas du tout.
—Tu pourrais me faire une faveur et ne pas parler de ça aux autres ? Particulièrement à Ranta-kun.
—… Tu pensais que je le ferais ?
—Non, pas vraiment. Je le dis juste au cas où.
—Je n’en parlerai pas. Pour on ne sait quelle raison, Haruhiro utilisa son doigt pour balancer de l’eau à Kuzaku.
—Hé ! Kuzaku riposta. C’était quoi ça ? T’es vraiment qu’un gamin !
—Non, c’est toi.
—T’as commencé.
—Je le ferai plus, ok ?
—Tu le jures ?
—Je le jure, je le jure, dit Haruhiro, puis il amassa immédiatement de l’eau et la jeta sur la tête de Kuzaku.
—Je savais que t’allais faire ça !
Kuzaku ne se fit pas prier.
Mais qu’est-ce qu’on fout à la fin… ?
Haruhiro commença à se sentir stupide, et il décida d’arrêter cette bataille d’eau, mais cela prit tout de même un peu de temps avant que le cesser le feu ne vienne.
Honnêtement, qu’étaient-ils en train de faire ?
Mais c’était drôle. C’était si stupide, il ne pouvait pas s’empêcher d’en rire. Là maintenant, il avait le sentiment qu’il pouvait en parler.
Je devrais lui en parler directement, pensa Haruhiro.
Il avait besoin de mettre les choses au clair. Aussi bizarre que cela puisse paraître, il voulait vraiment que Kuzaku trouve le bonheur.
Était-ce une exagération ? Non, il ne le pensait pas. Aux dernières nouvelles, Haruhiro et les autres allaient devoir vivre ici de force. Que se passerait-il si cela durait un ans, deux ans, cinq ans, une décennie, ou encore plus que ça ? Ils ne pouvaient pas rester des soldats volontaires pour toujours, ne faire que chasser, manger et dormir. Ils avaient aussi besoin d’avoir un semblant de vie autour de ça. Ils pourraient obtenir la permission des résidents du Village du Puit de se construire une maison pour eux à l’intérieur du village, par exemple. Ou, avec un œil tourné vers le futur, ils pourraient se trouver d’autres travails que la chasse.
Si les deux parties le souhaitaient, ils pourraient former des couples. Si des enfants naissaient de ces unions, ils pourraient se protéger et prendre soin les uns les autres, et cela pourrait bien fonctionner pour tous les motiver.
Dans l’état actuel des faits, tout ça n’était que rêveries, un frêle fragment de son imagination, mais ça pourrait arriver. Tout pourrait très bien arriver.
—Écoute, Kuzaku, dit Haruhiro. Ça te dérange si je te demande quelque chose moi aussi… peut-être ?
—Bien sûr. Quoi ?
—C’est assez personnel vois-tu.
—Te retiens pas. Toi et moi on est potes, mec.— Non, peut être que je suis allé trop loin là. Je fais encore n’importe quoi…
—Maintenant c’est vraiment dur pour moi de le dire…
—Je sais, pas vrai ? dit Kuzaku. Désolé. Oh, mais pour de vrai, tu peux me demander n’importe quoi. Je ne pense pas cacher quelque chose.
—T-Très bien, alors. Haruhiro se racla la gorge.
C’est quoi ça ? Un bourdonnement dans mes oreilles ? Un truc comme ça ? Ou c’est autre chose ? Je suis effroyablement tendu. Comment j’amène ça ? Je suis pas bon pour parler de ce genre de chose. Mais en vrai, y’a-t-il un truc où je suis bon ? Pas vraiment, huh. Ouais, je n’ai rien. Oh, bon. C’est bien d’être normal. Je vais le demander cache. C’est la seule façon.
—C-Comment ça se passe ? Avec M-M-M… M-Merry ?
Il bégaya. Il bégaya comme personne n’avait jamais bégayé avant. Il avait voulu le faire avec subtilité, comme si de rien n’était. Il ne pouvait pas. Au final, c’était impossible. C’était le meilleur qu’Haruhiro pouvait produire.
—Uhh…
Kuzaku se mordit la lèvre supérieure avec ses dents du bas. C’était un spectacle plutôt habile, jusqu’au moment où il relâcha son emprise.
—Comment ça, comment ça se passe ?
—Huh ? Haruhiro hésita. Mais. Tu sais, um… Quoi ? Huh ? Je veux dire, tu sais ? Kuzaku, toi et Merry êtes… Eh bien, vous êtes, um…
—C’est quoi ce truc entre Merry…-san et moi ?
—H-Huh ? T-T’es… énervé ? demanda Haruhiro.
—Non, je suis pas en colère.
—Non, mais, en quelque sorte, t’as l’air un peu vénère…
—Non, mec, je suis pas vénéré, ok ?

—Non, non, tu l’es carrément, non ? Je veux dire, t’as l’air hyper pas content.
—C’est pas ça… Ngahh. Kuzaku commença à se frapper la tête avec ce deux mains. Guhh. Comment je pourrais expliquer ça ? C’est pas vraiment ça, vraiment. Je suis pas en colère. De plus, ce qu’il y a entre Merry et moiiii ? Qu’est-ce que tu essais de direeeee ? Aghhh.
—Wh-Whoa, Kuzaku, calme-toi, mec.
—Me dis pas de me calmer, s’énerva Kuzaku.
—Je peux le voir. T’es clairement pas calme. On dirait que tu perds les pédales. Huh ? P-Pourquoi ? Je veux dire, toi et Merry vous sortez en—
—J’ai compris ! Je vais te raconter toute l’histoire, ok ? Kuzaku se mit à table en utilisant de grandes gestuelles en parlant. Écoute, beaucoup de choses se sont passées entre Merry… -san et moi. Non, pas vraiment en fait. Je me disais qu’elle était vraiment bien. En vrai, tu vois ce que je veux dire. J’avais un truc pour elle.
—… Ouais.
—Voilà quoi, elle est pas juste magnifique, elle est drôle aussi. J’sais pas, elle est sérieuse, mais il y a quelque chose de détaché chez elle.
Détaché ? Non, c’est pas ça. Comment dire ? Elle est mignonne.
—… Oh, ouais… Je suppose.
—Moi je le pense, dit Kuzaku. Donc, eh bien, c’est pour ça que je suis tombé amoureux d’elle. J’avais la chance de pouvoir lui parler seul de temps à autre, donc je faisais genre de placer quelques indices par-ci par-là.
—… Genre quand on était à l’Avant-Poste de Champ-Lointain ?
—Huh ? Tu le savais ? T’as remarqué ?
—… Ouais, on peut dire ça.
—Bah, j’sais pas quoi dire, dit Kuzaku. Elle est probablement du genre à abandonner quand tu pousses un petit peu, tu vois. Faut se lancer, on pourrait dire. Donc, quand je lui ai dit que je voulais des conseils sur des trucs qui me tracassaient, elle voulait bien m’écouter, tu vois. Et aussi, moi et Merry… -san, on a rejoint le groupe tous les deux après tous les monde. On avait ça en commun, donc y’avait aussi ça.
—… Je vois.
—J’avais le sentiment que tout se passait bien. Genre, « Peut être qu’elle a un faible pour moi. Ça a l’air de sentir bon, huh ? » C’était ce que je pensais.
—… C’est ce que tu pensais.
—C’est ça ! C’est ce que je pensais. Donc, bien sûr, j’ai dû me lancer.
—… Te lancer pour quoi ?
—Le lui dire, évidemment.
—… Tu lui as dit ?
—Bien sûr que je lui ai dit en face, dit fermement Kuzaku. Je veux dire, je pouvais pas laisser ce sentiment vague pour toujours. Ça aurait pas été correct. Pour nous deux.
—… Alors… c’est comme ça ?
—Ça diffère selon les personnes, dit Kuzaku. Pour moi, cela dit, si je vois une chance et que ça me semble bon, je fonce.
—Est-ce que tu… l’a prise à part ? demanda Haruhiro.
—Ça allait être une longue conversation donc ouais. C’était à l’Avant-Poste de Champ-Lointain.
—… Cette fois-là, avant qu’on ne rentre à Alterna ?
—Ouais. Huh ? Pourquoi tu sais tout ça ? Oh, cette fois, tu n’étais pas dans la tente, huh. T’étais dehors en train de regarder, n’est-ce pas ?
—… Un petit peu, ouais.
—Urgh. t’as vu ça, huh. Trop gênant. Ouais, c’était juste après ça. Je me suis lancé et j’ai vidé mon sac à Merry-san. Je pensais que ça allait passer aussi. J’ai eu une réponse immédiate.
—… Immédiate ? demanda Haruhiro.
—Quand ça tourne autour de ce genre de chose, elle est vraiment direct et sèche. Si je me rappelle bien, elle gardait une frontière ferme, tu vois. Je me méprenais juste, tu pourrais dire, ou c’était juste moi qui était bien trop optimiste. Je pensais qu’y avait un vrai truc entre nous deux.
—… Et ?
—Ça s’est passé comme ça. Kuzaku rentra son menton en bougeant sa tête légèrement de droite à gauche. « Non. »
—… C’était censé être une imitation de Merry ? demanda Haruhiro.
—Ouais. Tout comme elle, si je puis dire. C’était une réponse en un mot, finalement. Bien entendu, elle m’a expliqué pourquoi après ça. C’était genre, vu qu’on était camarade, elle pouvait être mon amie, mais rien de plus que ça. Elle n’est pas intéressée à l’heure actuelle. Elle ne voulait pas de distraction. Merry… -san, elle s’en voulait, et ça m’a fait me sentir mal de la mettre dans cette position. Donc, j’étais genre, « Désolé de rendre tout ça bizarre. Continuons à faire comme si de rien n’était si tu veux bien. » On est tombé d’accord pour faire comme ça.
—… Donc à la fin… dit lentement Haruhiro.
Il finit dans sa tête :
… vous deux—vous ne sortez pas ensemble ? C’est ça ? Peut-être… ?
Haruhiro remarqua qu’il était en train de couler. L’eau atteignit son menton. Puis sa bouche. Et puis son nez.
Hé, tu va finir par te noyer, se prévint-il.
—Haruhiro… ? demanda Kuzaku, inquiet.
—Ahh ! Haruhiro se souleva hâtivement hors de l’eau en esquivant une mort par noyade. Alors c’était donc comme ça. Oh… Je… Je vois. Ahh, je pensais… j’sais pas, que vous vous la jouiez discret tous les deux, ou quelque chose comme ça… j’avais… tort, huh ?
—Si ça avait fonctionné, j’avais prévu de tous vous en parler, dit Kuzaku. Ça aurait été bizarre de garder un truc comme ça secret. Genre, si des gens faisaient des trucs dans ton dos, ce serait pas un peu déplaisant ?
—Ça ne me plairait pas trop…, non, dit Haruhiro. T’as raison.
—C’est dommage pour moi si je n’ai pas pu faire ma grande annonce.
—… Bah, ouais.
—Oh, tu essaies de me consoler ?
—… Tu trouves ?
—T’inquiètes, mec. Je suis déjà passé à autre chose. Après, c’est sûr, je l’aime toujours, et je mentirais si je disais que ça me fout pas un peu les boules. Mais on a de plus gros problèmes.
—Ouais… marmonna Haruhiro.
—Je peux faire sans l’amour. Pour le moment, du moins. Je vais laisser ça à Ranta-kun. Bien qu’il soit peut-être à la recherche de quelque chose de différent.
—Dans son cas, c’est plus primitif, presque enfantin…
—Il est juste honnête avec lui-même, dit Kuzaku. C’est ce que j’aime chez lui.
—Moi, je n’aime pas vraiment ça.
Kuzaku rigola en se massant le visage plusieurs fois avec ses grandes mains. Il avait probablement encore cette histoire en travers de la gorge bien qu’il prétendait le contraire. C’était ce qu’Haruhiro avait remarqué. Cela dit, ce type n’avait pas besoin de l’épaule de quelqu’un pour pleurer.
Kuzaku regardait droit devant lui.
Comment était Haruhiro, comparé à ça ?
Il y réfléchit.
Je sais pas vraiment, mais, pour le moment, peut-être que je suis un peu trop soulagé… ? Pourquoi je me sens si soulagé là maintenant ?
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