Haruhiro et les autres ne faisaient pratiquement rien. Ils étaient juste en train de suivre Gogh et les autres. Et pourtant, malgré cela, c’était une expérience abominable.
Une fois que Gogh avait accepté de changer sa politique, Akira-san était immédiatement revenu sur ce qu’il avait dit plus tôt et ils les avaient envoyés vers la colline initiale.
Mais Akira-san, Soma et leur groupe ne pouvaient pas s’enfuir. Ils ne pouvaient pas se le permettre. Le premier Hydra serait bientôt incapable de bouger quand son dernier tentacule se ferait couper, mais trois autres allaient arriver. Ils y avaient des cultistes et des géants blancs qui courraient vers eux aussi. Ils devaient se retirer tout en affrontant ces ennemis.
Ils utiliseraient les soldats volontaires comme des murs et des boucliers tandis qu’ils s’occuperaient des ennemis dangereux. Une fois qu’une assez grande partie d’entre eux seront morts et que la situation se serait calmée, ils battraient en retraite. Cela avait été probablement la stratégie d’Akira-san. Cependant, c’était parti complètement dans l’autre sens, et désormais Akira-san et les autres servaient d’arrière-garde pour que les autres soldats volontaires puissent s’échapper.
Si Haruhiro ne s’était pas opposé à eux, ce ne se serait probablement pas fini comme ça. Non, pas probablement. Ça n’aurait définitivement pas fini ainsi. En d’autres termes, Akira-san, Soma et les autres étaient en difficultés à cause d’Haruhiro.
Akira-san, Branken, Kayo, Taro, Soma, Lilia et Kemuri— aucun d’eux ne s’en était plain. Ils continuèrent leur procédé de frapper un ennemi et battre en retraite un petit peu, abattre un ennemi et reculer, tirer ou exploser un ennemi et se retirer légèrement, tous en silence. Miho et Gogh lâchaient de temps à autre un sort pour pulvériser un ennemi, mais pas souvent. Ils étaient sûrement en train de conserver leur puissance dans l’attente d’un long combat.
Tokimune et Tada se donnaient à cœur joie de les aider, mais le groupe d’Haruhiro, ainsi que Mimorin, Anna-san et Kikkawa, n’étaient bons que pour former un mur de chaire devant Gogh, Miho et Shima. Haruhiro ne se sentait pas seulement frustré, il ne pouvait pas aussi s’empêcher de se sentir désolé pour tout le tort qu’il leur causait.
Et aussi, il était effrayé.
Après tout, il y avait trois Hydra et environ dix géants blancs, en plus de plusieurs douzaines de cultistes, possiblement plus, qui étaient en train de continuellement fondre sur eux.
Quand ce n’était que les cultistes, Akira, Soma et les membres de leurs groupes pouvaient les tuer en un seul coup d’épée ou de katana, un coup de hache, ou une flèche d’arc. Mais quand c’était les géants blancs, c’était évidemment impossible. Les hydras ne se contentèrent pas de les attaquer directement avec leurs tentacules : ils frappaient aussi le sol avec pour le faire s’effondrer, ou ils projetaient de la terre pour interférer dans leurs mouvements. C’était assez malicieux.
Même s’ils étaient déjà forcés de prendre part à une bataille incroyablement difficile en battant en retraite, Akira-san et les autres ne laissèrent pas les ennemis s’approchaient d’eux. Grâce à ça, pour le moment tout du moins, Haruhiro et son groupe n’avaient pas été touchés par les ennemis. Cela dit, entre les cris quand il se prenait de la terre dans les yeux, les pertes d’équilibre et les chutes imminentes, il avait beaucoup de problèmes— ou plutôt, c’en était gênant et il se sentait pathétique.
—Je commence à être un peu fatigué, marmonna Akira-san alors qu’il esquivait le poing d’un géant blanc et qu’il coupa en deux un Pansuke qui l’attaquait. C’est pas facile de vieillir.
—Huh ? Soma tailla le tentacule d’un Hydra et il se tourna vers Akira-san. Il semblait abasourdi. Tu es si vieux que ça, Akira-san ?
—Si tu y réfléchis un peu, n’est-ce pas évident qu’il est juste en train d‘exagérer pour faire une blague pour sa propre fierté ?! Lilia gronda Soma tout en coupant deux ou trois cultistes.
—Gwahahahahah ! Branken balança sa hache et pulvérisa le genou gauche d’un géant blanc de quatre mètres. Ça c’est bien une elfe ! Ils ont l’air délicats, mais ils manquent de délicatesse !
—Je n’ai pas envie d’entendre ça de la bouche d’un nain barbu ! cria-t-elle.
—Ne te bats pas avec lui, Lilia ! Soma découpa un autre tentacule en réprimandant Lilia. Un nain n’est juste plus un nain sans sa barbe. Tu dois y réfléchir plus que ça.
—Ohh. Tu marques un point— Kemuri arriva contre toute attente à bloquer le poing d’un géant blanc se six mètres avec cette large épée qu’il utilisait. Un nain se doit d’avoir une barbe !
—Vous avez tous l’air de vous la couler douce ! Kayo n’était pas en train de beaucoup agiter son épée. A la place, elle se plaçait entre les ennemis et elle les faisait se cogner entre eux. J’ai pas d’énergie à perdre dans des conversations !
—Maman, s’il te plait, prends une petite pause ! Taro tirait des flèches les unes après les autres en touchant les cultistes dans leurs seuls yeux. Tu peux me laisser tout faire.
—Mec, les ennemis n’arrêtent pas d’arriver ! les dents blanches de Tokimune étaient en train d’étinceler, mais il avait l’air d’être plus fatigué que Kayo. Mais c’est fun !
—Ne force pas trop ! Tada était à l’opposé. Plus il massacrait d’ennemis avec sa masse, plus ces mouvements avaient l’air précis. Je vais le faire ! Je vais les tuer ! Hahahaha ! Je vais prendre toutes ces tapettes ! Je vais tous les écraser jusqu’au dernier !
Haruhiro n’avait rien dit depuis un moment. Il ne pensait pas qu’il devrait dire quelque chose non plus. Il avait la sensation qu’il vomirait, car il y avait un poids lourd qui se reposait sur le bas de son estomac, et cela lui faisait mal. Son corps, en fait, était lourd aussi.
Pourquoi ? Pourquoi Akira-san et les autres avaient été d’accords avec l’opinion d’Haruhiro ? Il n’y avait aucune raison pour qu’ils y adhérent. Il aurait voulu que ce ne soit pas le cas. Si, tout à l’heure, Gogh avait dit, « Qu’est-ce que tu racontes ? » Et qu’il avait refusé, Haruhiro aurait pu immédiatement dire, « Oh, je suis désolé d’avoir été insolent, » et il se serait confondu en excuses.
Cela aurait été mieux— peut être ? Peut être pas ? Il ne savait pas vraiment, mais dans tous les cas, c’était dur pour lui émotionnellement. Juste le fait d’être ici. Il avait le sentiment qu’il n’appartenait pas à cette situation. Mais il était le responsable de tout ça.
Ahhhhhhhhhhhhhh, je veux juste foncer dedans, pensa-t-il. S’ll pouvait charger l’ennemi et se faire tuer, cela aurait pu le faire se sentir mieux. Bien entendu, il n’allait pas le faire, mais il aurait espéré au plus profond de son cœur être un peu moins sensible. Il se questionnait sur sa présence ici toutes les douzaines de secondes.
Si quelqu’un mourait en faisant ça, il n’aurait d’autre choix que d’effectuer le seppuku1. Non, au moment où n’importe qui se ferait blesser, il pourrait par réflexe se planter sa propre dague dans son estomac.
—Qu’est-ce qui ne va pas, gamin ? Gogh le titilla soudainement dans la nuque. T’as l’air anxieux depuis un bout de temps maintenant. Tu ne te sens pas bien ?
« Non, » avait-il voulu répondre, mais il n’était pas sûr que sa voix fût sortie.
—Augh ! Ranta frappa son propre casque en signe de frustration. Arrête de faire ton dégonflé, Parupiro, mec ! Tu m’emmènes aussi avec toi !
—B-Bah, désolé pour être aussi dégonflé !
—Tu ferais mieux d’être désolé, tu sais ?! Cria Ranta. Nous sommes des membres à part entière des Briseurs du Levant, pigé ?!Y-Y-YY-Y’a pas besoin d’être hésitant avec eux, imbécile !
—T’as l’air pas mal hésitant toi-même, frérot… dit Haruhiro.
—C’est parce que je suis super humble, pas comme toi avec ta fausse politesse hypocrite !
—Des membres, huh… marmonna Yume.
—O-On en est, tu sais ?! Ranta regarda Miho et Shima. Pas vrai… ?!
Miho et Shima se contentèrent toutes les deux de rigoler sans lui répondre. Bah, ce n’était probablement pas intentionnel. Il était en train de se faire taquiner, mais Ranta répondit avec un rire pervers. Il était un idiot, et un idiot qui faisait flipper en plus.
Des membres, huh, pensa Haruhiro. Bah, ouais, on en est, mais… On est pas fait pour ça, finit ultimement par penser Haruhiro. Comment nous sommes pour le moment, on est pas assez mûr, on manque de force, et c’est prétentieux de se dire camarades avec Akira-san et Soma. Même en se tournant vers le futur, on sera probablement jamais capable de combattre côte à côte avec eux. Peut-être que ce sentiment d’infériorité ne s’en ira jamais ?
Même s’il devait se mentir ou se forcer, serait-il mieux qu’il se voit comme un membre des Briseurs du Levant ? Peu importe où il irait, il serait toujours lui-même, donc n’avait-il d’autre choix que de passer en force en utilisant son style actuel ?
Son estomac lui faisait mal. Il le sentait se serrer ; c’était comme si on l’avait froissé vraiment fort. Il se sentait sur le point de vomir.
La façon de combattre de Soma et d’Akira-san était vive, sauvage et féroce. C’était tellement incroyable que ça ne pouvait être décrit que comme artistique, et ça faisait mal à regarder. Il ne voulait pas le voir, mais il n’avait d’autres choix que de regarder. Il voulait leur crier, « Je vous en prie, laissez-moi juste faire une pause maintenant. »
Une pause ? Une pause de quoi ? Haruhiro ne le savait pas. Non, il le savait. Basiquement, il voulait courir loin. Il voulait s’enfuir de cette situation. Il ne voulait pas être ici. Pas pendant une seconde de plus. Il n’y avait aucune menace à son bien-être.
Haruhiro n’était pas celui qui faisait face au danger ; c’était Soma, Akira-san et les autres. Cela le frappait vraiment fort.
—Quand tu regardes depuis l’arrière, c’est frustrant, non ? Gogh laissa échapper un rire rauque. J’étais un mage frêle, et ça n’a pas changé depuis que je suis devenu un prêtre.
Haruhiro fut pris de court.
S’il y repensait, Merry et Shihoru avaient dû se sentir comme ça depuis le début. Ceux à l’arrière étaient défendus par leurs camarades qui étaient sujets à différentes formes de stress à cause de la peur de la mort sur la première ligne. Haruhiro n’avait jamais eu cette perspective avant. Avant qu’il ne soit placé dans la même position, c’était dur à voir. Cela avait dû être comme ça depuis longtemps.
Ça montre que toutes les expériences sont bonnes à prendre. Ça étend notre champ de vision. C’est un plus. C’est vrai. Je dois essayer de penser positivement ici. Ouais. Ce serait bien si je pouvais penser comme ça.
—…Je peux pas, marmonna-t-il.
Pour l’instant, juste tenir bon était le mieux qu’il pouvait faire. Tandis qu’il était en train d’endurer, le temps s’écoula. La colline initiale était en train de se rapprocher. Il n’y avait qu’une seule chose qui le motivait : cette souffrance allait prendre fin. C’était son seul espoir. Il voulait faire attendre tout le reste jusqu’à ce que ce soit fini. Il pourrait regretter, et se repentir, et s’excuser plus tard.
Il n’avait certainement pas oublié que leur dernière, et sûrement leur plus grande, barrière à leur liberté était en train de les atteindre à la colline initiale. C’était juste qu’il essayait de ne pas trop réfléchir.
Haruhiro observa la colline initiale pour la première fois depuis un moment, puis il leva les yeux vers le ciel. Non, ce n’était pas le ciel qu’il était en train de regarder.
Le dieu géant !
Sa taille totale était estimée à trois cents mètres. Il ne touchait pas seulement les cieux, on aurait dit qu’il les couvrait. A quelle distance était-il de la colline initiale ? Un kilomètre, dans ces eaux-là ? Plus proche qu’il ne l’avait pensé. Avant qu’il ne le réalise, ils s’étaient effroyablement rapprochés.
Le dieu géant était juste devant lui. Pas juste planté là. Il était en train de bouger. Il était en train de bouger, vous savez ? Il était en train de marcher, ou en train de marcher sur place. Les tremblements étaient incroyables. C’était comme s’il essayait de marcher sur des fourmis.
Pour le dieu géant, les humains ressemblaient probablement à des fourmis.
Les soldats volontaires qui s’étaient enfuis en premier étaient en train de courir désespérément dans tous les sens pour ne pas se faire écraser. Il devait même y avoir des soldats volontaires qui avaient esquivé les pieds du dieu géant et qui s’étaient enfuis des Étendues Crépusculaires. Ou peut-être pas. C’était possible à dire, mais sans faire un grand détour ou sans passer entre les jambes du dieu géant, atteindre leur objectif était impossible. Ils allaient devoir le faire.
Pour les groupes de Soma et d’Akira-san, les Tokkis et le groupe d’Haruhiro qui faisait, techniquement parlant, partie de l’arrière garde, ils devaient accomplir tout ceci tout en se défendant contre les ennemis, ou après qu’une brèche se soit ouverte dans les rangs adverses.
Avaient-ils la moindre chance de réussir ? Ou non ? On n’aurait pas dit que c’était possible…
—Akira-san ! cria Soma en balayant un grand nombre d’ennemis avec un seul coup. Quand je donnerai le signal, pars s’il te plait !
—Compris ! Je prends avec joie cette offre généreuse !
—Tokimune, Haruhiro ! cria Soma. Vous tous aussi !
—Roger ! s’exclama Tokimune.
Tada claqua sa langue et écrasa sa masse sur la tête d’un cultiste.
—Tu veux le plat principal et maintenant le dessert pour toi tout seul ?! Espèce de cochon gourmand !
—T’en as déjà eu assez, yeah ?! Fucking Tada ! Anna-san est heavy fatiguée !
—Bah, si ce sont les volontés d’Anna-san, ça veut dire que j’ai pas le choix ! Je vais me retirer pour toi cette fois !
Haruhiro ne répondit pas d’une manière ou d’une autre. Non, bien entendu, il voulait s’échapper au moment où il pourrait, mais était-ce raisonnable ? Gogh avait dit de rester collé avec lui jusqu’à la fin. Il avait pensé que peut-être il y était obligé. Quoi que, tout de même, ne devrait-il pas obéir à Soma ? … Qui avait la priorité ?
Alors qu’il se le demandait, l’heure fatidique se rapprochait de lui. Ou plutôt, elle arrivait.
—Maintenant, partez !
Soma abaissa ses hanches et prit une position où la partie plane de son katana touchait son épaule. Il y eut un pouvoir anormal qui grandit dans tout son corps. On aurait dit que la partie éclairée de son armure orangée était devenue plus forte elle aussi.
—Hahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !
Il y eut un grand nombre de cultistes, de tentacules d’hydras, et de parties de géants blancs qui se firent plus pulvériser que trancher et leurs morceaux, éclats, fragments, entrailles et leurs fluides corporels furent répandus partout dans la zone. C’était Soma. Personne ne pouvait douter que c’était Soma qui l’avait fait. Avait-il chargé et balancé son katana ? Il avait dû. Mais n’avait-il fait que ça pour accomplir tout ceci ? Bien sûr que non. C’était impossible qu’il n’y ait eu que ça.
Mais la réalité était que ce seul coup de la part de Soma avait dévasté un grand nombre d’ennemis qui étaient dans le pire des cas morts, et dans le meilleur des cas incapables de poursuivre le combat. Avec un seul coup, Soma avait ouvert une brèche gigantesque dans les forces ennemies qui les poursuivaient.
Lilia et Kemuri ne perdirent pas un instant pour s’engouffrer dans cette brèche et l’agrandir. Non, ce n’était pas juste Lilia et Kemuri. Shima. Même Shima alla avec eux en agitant une arme qui ressemblait à une cravache en métal. Est-ce que cette fille plus âgée et sexy allait se battre dans cet accoutrement ensorceleur ?
Puis il y en avait un de plus. L’homme masqué avec des bras beaucoup plus longs que nécessaire qui portait une armure bizarre chargea et dépassa Shima pour aller au centre des ennemis.
Zenmai le golem. Il n’avait pas d’armes. Ou plutôt, ses deux bras étaient renforcés avec du métal et il pouvait s’en servir comme des épées ou des masses.
—Uhuhuhuhuhuhuh… Tu ne vas pas t’enfuir, espèce de déchet ?
Cette voix inquiétante vint d’en dessous de lui. Haruhiro se tourna pour regarder, surpris, et là, avec un physique enfantin et un visage de jeune garçon, mais avec des yeux rappelant un marécage sans fin, se trouvait un nécromancien qui exsudait une présence polluante.
—Tu es sur mon chemin… Dépêche-toi de bouger… dit Pingo.
—O-Oui m’sieur ! D-D-D-Désolé ! jappa Haruhiro.
Vrai. C’est vrai. Si Soma dit de courir, c’est que c’est l’heure de courir. On le doit. On est en retard. On est pas mal derrière. Soma est juste trop incroyable. Non, là c’est pas le moment pour les excuses.
—O-O-O-O-On y va, tout le monde !
Oh, merde. Je panique assez salement. Je peux pas non plus voir correctement les visages de mes camarades. J’ai pas entendu leurs réponses. Mais on doit courir. Est-ce que tout le monde vient ? Je sens que oui. Ranta et Yume, et Shihoru, et Merry, et Kuzaku. Et les Tokkis ? Et Akira-san et son groupe ? Je peux voir leurs dos devant nous. Ils sont assez loin, huh ? On est vraiment loin derrière. Qu’est-ce que je suis en train de faire ?
Mimorin se retourna et cria quelque chose.
Le dieu géant. Il est proche. j’arrête pas de lever les yeux. Il lève son pied droit. Est-ce qu’il essaye de nous écraser ? Ferait mieux d’esquiver ça. Dois courir. A pleine puissance. Tout ce que j’ai. Barre-toi à vitesse maximale. Qui s’en fout de la direction ? J’ai pas envie de me faire marcher dessus.
C’était tout ce qu’il pensa et il fonça. Il y eut un grondement, un tremblement de terre phénoménal, et il faillit trébucher. À partir de là, il savait qu’apparemment il ne s’était pas fait marcher dessus. Si ça avait été le cas, il n’y aurait plus de pertes d’équilibre, plus rien du tout.
Il pouvait voir maintenant pourquoi les soldats volontaires avaient fait des aller-retour. Ils devaient se diriger vers le trou de la colline initial. Dans leurs têtes, ils savaient ça, mais ils ne pouvaient pas le faire.
C’était le dieu géant. Le dieu géant était effrayant. Ils devaient s’écarter de lui. C’était la seule chose qui occupait leurs cœurs. Leurs corps priorisaient cela qu’ils le voulaient ou non.
En plus de ça, la visibilité était mauvaise. A chaque fois que le dieu géant marchait sur le sol, un nuage de terre se levait. Il pleuvait de la terre et du sable. Dans les cas les plus extrêmes, ils ne pouvaient pas voir à plus de quelques mètres devant eux.
Vers où devrait-il aller ? Où était la colline initiale ? Haruhiro perdit rapidement de vu le groupe d’Akira-san et les Tokkis. Cela signifiait qu’il n’avait plus ses guides. Il s’arrêta pratiquement. Mais il ne pouvait pas juste s’arrêter. S’il s’arrêtait, il se ferait sûrement marcher dessus. S’il se faisait marcher dessus, il se ferait réduire à l’état de crêpes avant même de pouvoir penser, « je vais mourir. »
—Qui… ? ! cria quelqu’un.
Ouais, tu l’as dit. Qui était-ce ? Ne put s’empêcher de penser Haruhiro en se sentant comme s’il allait vomir du sang. Qui a pensé que ce serait une bonne idée de vouloir essayer de vaincre le dieu géant ?
Bah, ouais. C’était Tokimune. Pas que dire ça maintenant va aider. On peut vraiment rien y faire. Rien y faire du tout.
—Tout le monde est là, pas vrai ?! cria-t-il en goutant la terre dans sa bouche.
—Ouais ! il entendit la voix de Ranta.
—Ici ! suivit Yume.
—Ouaip, dit Kuzaku
—Je vais bien ! dit Merry.
Mais il n’entendit pas Shihoru.
Pas possible,sérieusement, me fais pas ça, s’il te plait.
—Shihoru ? Shihoru ?!
—…Oui ! s’exclama-t-elle.
Oh, bien. Elle est là. Dieu soit loué. Mes yeux me font mal. Cette terre est gênante. C’est dur de respirer aussi. Cours.
Il n’avait toujours pas d’autres choix que de courir. Il était en train de courir pratiquement à l’aveugle, mais il n’y avait rien d’autre qu’ils pouvaient faire. Il ne savait même plus vraiment où se trouvait le dieu géant. Il pouvait entendre des zushing, zushing, donc ils ne devaient pas en être bien loin, il était plus ou moins certain qu’il était toujours proche.
D’après l’inclinaison et les piliers blancs autour d’eux, il se disait que peut-être ils étaient en train de monter la colline ? Si c’était le cas, ils avaient été chanceux. Ils n’étaient arrivés jusque-là que par pur hasard. C’était une coïncidence. Avec de la chance, ils pourraient s’échapper des Étendues Crépusculaire.
—C’est le trou ! dit Yume.
Elle avait raison. La pluie de terre et de sable s’était juste assez tassée pour qu’ils puissent apercevoir un trou devant eux. Il y avait des soldats volontaires qui se précipitaient dedans aussi.
C’était le trou. Le trou. La sortie.
Soudainement, du courage s’éveilla en lui.
On est sauvé, pensa-til. Maintenant on va y arriver. On n’a pas à mourir. On peut vivre.
Haruhiro essaya d’accélérer. Il avait couru aussi vite qu’il pensait pouvoir aller pendant tout ce temps. Pouvait-il courir plus vite que ça ? Il avait le sentiment que oui. Était-ce une poussée d’adrénaline ? Les humains étaient incroyables.
—Oh, merde ! cria Ranta.
Soudainement, quelqu’un tira sur le dos de son manteau, donc il ne fut pas capable de déchainer cette vitesse qui allait au-delà de ses limites. Ranta. C’était la faute de Ranta. À cause de Ranta, Haruhiro trébucha et tomba. Non. Ce n’était pas la faute de Ranta. C’était grâce à Ranta.
Ranta aurait bien pu tout juste sauver la vie d’Haruhiro.
S’il avait continué à courir comme ça, quelque chose de mauvais lui serait arrivé. Haruhiro ne l’avait pas remarqué du tout. Sa concentration avait dû être détournée par cette explosion d’émotions et de pensées quand il avait cru qu’ils pouvaient s’en sortir, qu’ils pouvaient s’échapper, qu’ils pouvaient vivre. Il n’avait pas observé du tout.
C’était le dieu géant. Le pied droit du dieu géant, ou peut être son pied gauche, s’abattit sur la colline, exactement là où le trou se trouvait.
—Nooooooooooon ! Shihoru laissa échapper un cri.
—Il est par— Merry ne pouvait même pas finir son mot.
—Whoa… Kuzaku tomba sur son postérieur.
—Pas moyen d’rentrer à la maison maintenant, huh… Les yeux perdus et dépités, Yume dit quelque chose qui toucha les autres en plein dans le mille. Probablement parce qu’elle était une archère.
…Non, non, non, non, non.
—O-O-O-On doit filer d’ici ! Ranta était sur le point de courir quelque part, puis ses épaules s’effondrèrent. Attendez, o-où est-ce qu’on peut bien aller ?
—Quelque part ! répondit immédiatement Haruhiro.
Quelque part ! C’est où ça ? Je sais pas. On est fini. Mais c’est là que je dois camper sur mes positions, ou plutôt, c’est là que camper sur mes positions ne m’apportera rien de bon mais je dois faire quelque chose, ou alors tout ça à l’air un peu inutile et il n’y a que le désespoir et je veux pleurer.
La pluie de terre et de sable recommença de plus belle une fois de plus. Il ne pouvait rien faire du tout. Pour l’instant, il allait juste descendre la colline.
Le sol était mauvais. Vraiment mauvais. Plus que mauvais. Son pied se fit attraper. Il trébucha, et faillit tomber. Il se rua pour continuer.
Si l’un de ses camarades était à sa portée, il l’attrapait ou alors il le poussait et il le tirait avec lui. A leur tour, ils le poussèrent eux aussi, et ils l’aidèrent en le poussant par-derrière. Quand l’un des pieds du dieu géant s’écrasait quelque part près d’eux, ils appelaient les noms de leurs camarades pour vérifier que tout monde allait bien.
Le premier ordre du jour était de sortir de cette pluie de terre. Cela devint son but. Il ne pouvait pas penser à ce qui arriverait ensuite, et il n’avait pas besoin de le faire.
Le dieu géant ne semblait pas déterminé à quitter la colline initial, donc bien que cela mit leurs vies en péril, Haruhiro et le groupe arrivèrent à leur fin. Une fois qu’ils eurent accompli ça, un nouveau problème difficile se présenta.
Les ennemis.
Ils rencontrèrent des cultistes, et ils furent forcés de décider soit de combattre soit de fuir. S’il y avait eu un ou deux ennemis, ils se seraient jetés dessus et ils les auraient tués rapidement. Mais tous les cultistes et tous les géants blancs des Étendues Crépusculaire étaient en marches direction le dieu géant. En d’autres termes, on aurait dit qu’ils étaient en train de se rassembler à la colline initiale.
Haruhiro et le groupe, d’un autre côté, étaient en train d’essayer de s’écarter de la colline. Cela voulait dire qu’ils allaient inévitablement rentrer dans les ennemis, et s’ils s’arrêtaient de combattre, les ennemis continueraient de venir les uns après les autres jusqu’à ce qu’ils se fassent submerger par leur nombre.
Haruhiro décida de fuir. Il courut dans la direction où il n’y avait pas d’ennemi.
Il ne tarda pas de regretter sa décision en pensant que cela avait pu être une erreur. Le nombre de cultistes en train de les poursuivre était en train de grimper exponentiellement, et ils seraient bientôt plus de dix lancés à leur poursuite. S’il y repensait calmement, c’était une situation où cela se terminerait inévitablement par leur défaite et leur élimination.
La faute me revient à moi seul, pensa Haruhiro.
Parce qu’Haruhiro avait fait le mauvais choix, tout le monde allait mourir. Dans cet endroit horrible. Où était cet endroit, en fait ? Il pouvait voir le dieu géant s’adonner à son massacre près de la colline initiale, donc il pouvait se faire une idée de la localisation. Seulement une petite cela dit. Il n’y avait pas beaucoup de particularités géographiques ou de bâtiments dans les Étendues Crépusculaire qui pouvaient être utilisés comme point de repère, donc c’était dur d’identifier leur localisation actuelle. Aussi difficile que cela puisse paraître, cela ne l’empêcha pas d’y réfléchir.
Ranta était tout à l’arrière du groupe, derrière Shihoru, qui était complètement à court de souffle. C’était intentionnel, sans aucun doute. Il était en train de protéger Shihoru. Ce type avait du bon en lui finalement.
Haruhiro était devant, avec Yume, Kuzaku et Merry derrière lui dans cet ordre. Ce n’était pas un ordre de marche qu’il avait décidé. C’était juste comme ça qu’ils avaient fini.
Les cultistes n’étaient pas si rapides que ça. Ils montraient aussi une certaine hésitation à continuer de poursuivre Haruhiro et le groupe. Si le groupe avait plus d’énergie, ils auraient pu être capables de les semer. Grâce à ça, ils furent épargnés. Pour le moment, entendons-nous bien.
Ce n’était qu’une question de temps cela dit. Shihoru, pour sa part, était proche de sa limite. Si l’un d’entre eux, pas juste Shihoru, venait à s’arrêter, ils devraient combattre. S’ils combattaient, il s’était dit qu’il y avait neuf chances sur dix pour qu’ils perdent.
La vérité était, il avait un plan. Cependant, il ne pouvait pas dire qu’il était vraiment réalisable. Les probabilités étaient assez basses, il devait l’admettre. Quand il regarda derrière lui, le nombre de leurs poursuivants s’était encore envolé. Étaient-ils quinze ? Seize, peut-être ?
Si seulement Kuzaku avait son bouclier. Non, ça n’aurait pas fait la différence.
Il voulait dire quelque chose à ses camarades. Faire quelque chose qui les encouragerait. Que pouvait-il dire ? Quand cela allait au mieux juste leur donner une petite pause mentale ? Si Haruhiro, Kuzaku et Ranta travaillaient ensemble, pourraient-ils tenir les ennemis pendant quelques minutes ? Alors qu’ils le feraient, Yume, Shihoru et Merry s’enfuiraient— Elles s’enfuiraient, et quoi ensuite ? Devraient-ils s’essayer dans un bon combat en tout ou rien pendant qu’il était encore capable de penser rationnellement comme ça ?
C’était du seize contre six. Il n’y avait pas que des Pansukes— Il y avait aussi un ou deux Tori-san. Ils ne pouvaient pas gagner, si ? Pas moyen, n’est-ce pas ? Peut-être avaient-ils, genre, un pour cent de chance de l’emporter ? Pouvait-il miser sur ce un pour cent de chance ? Allaient-ils mourir, juste ici ?
Une mort instantanée écrasée par le dieu géant aurait été plus facile.
—Hé ! les appela une voix féminine. Ce n’était pas Yume, Shihoru ou Merry.
D’où ça venait ?
Haruhiro observa les environs.
Il y avait une dépression devant eux sur leur gauche. Quelque chose en sortit en sautant. C’était une personne. Deux personnes. Un homme et une femme. La femme était grande. Ils portaient tous les deux des tenues plus qu’inhabituelles. Celle de la femme en particulier était folle.
Il n’y avait pas tant de peau exposée que ça, mais les petits coins qui étaient exposés étaient tous du genre à faire penser, « Attends, tu montres ça ? » Le faisait-elle exprès ?
Et puis, il y avait son visage. Sa poitrine, ses fesses, ses cuisses… Tout ceci avait une quantité de chaires parfaite. Elle avait aussi un visage de mannequin et de longs bras et jambes. De splendides cheveux bouclés. Son apparence était tapageuse au possible. Des yeux éblouissants et de larges pupilles. Des lèvres d’un rouge profond.
—On va vous sauver, alors donnez-nous un coup de main ! dit la dominatrice.
L’homme passa comme une balle devant Haruhiro. Il avait des cheveux blancs, et la partie inférieure de son visage était couverte par un masque. Il portait des habits noirs moulants, ou une armure, on ne savait pas vraiment, et il passa devant lui à quatre pattes comme un chien.
Pourquoi cet homme avait-il un collier autour du cou ? C’était comme s’il était un vrai chien.
Un homme et une femme qui ne lui étaient pas familiers… n’étaient pas ce qu’ils étaient. Haruhiro ne leur avait jamais parlé avant, mais il les avait vus. C’était un duo que personne ne pouvait oublier. Ils étaient un petit peu connu dans leur milieu.
Lala et Nono.
La dominatrice Lala, et l’homme aux cheveux blancs avec le collier et le masque était Nono. Pourquoi étaient-ils ici ? Il n’y avait aucun moyen de le savoir.
Nono passa devant Ranta en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, puis il attaqua les cultistes. Il les attaquait tout comme un chien le ferait. Nono glissa sous les lances tendues, puis il mordit un Pansuke à la gorge— ou du moins c’est ce qu’on aurait dit. Mais la bouche de Nono était couverte par un masque. Il ne pouvait pas mordre comme ça, il n’était pas un chien, c’était un humain. Il ne mordit pas le Pansuke. Il avait dégainé un couteau de sa ceinture juste avant de sauter, et il l’avait enfoncé dans le visage du cultiste.
Pas de risques, pas de récompenses dit le dicton. Eh bien, Nono venait de le prouver. Cela allait sans dire que foncer au milieu d’un groupe d’ennemis était dangereux, mais c’était dur pour l’ennemi de s’en occuper aussi.
Tout particulièrement quand les armes des Pansuke étaient de longues lances. Si Nono se rapprochait, ils auraient du mal à riposter. Qui plus est, Nono était plus agile. Il était davantage un chat qu’un chien pour ça. Il s’était instantanément rapproché et entré en contact, puis il avait délivré un coup mortel avec le couteau dans sa main droite.
Ou sinon, il les frappait avec son poing gauche. Il enroulait son bras autour de leurs nuques et il leur brisait la nuque. Il utilisait un Pansuke qu’il avait sous le bras pour l’utiliser comme d’un bouclier contre l’Épée Foudroyante du Dauphin d’un Tori-san. Puis il poussa le Pansuke vers le Tori-san et il tua instantanément un autre Pansuke.
—Restez pas là ! cria Lala.
Alors qu’ils étaient concentrés sur Nono, des ennemis étaient venus attaquer Lala aussi. La dominatrice n’était pas une combattante de mêlée comme Nono. Elle utilisait un arc. Il était assez court. Elle encocha une petite flèche dans son petit arc et elle tira.
Encocha une flèche et elle tira.
Encocha une flèche et elle tira.
Yume pouvait utiliser Tir Rapide, mais rien de comparable à cela. C’était rapide. Trop rapide. Et aussi, proche. Lala était en train de tirer à courte portée. Elle tirait comme une folle.
—Oh ?! Ohh ?! Ohhhhh ?! Ranta leva son Épée Foudroyante du Dauphin et chargea l’ennemi.
—Uh… ? Kuzaku regardait Haruhiro.
—V-Vas-y ! Go !
Haruhiro acquiesça et se lança derrière Ranta. C’était un peu négligé, mais ils ne pouvaient pas se permettre de laisser passer cette chance. L’ennemi était clairement en train de paniquer. S’ils ne frappaient pas maintenant, quand le pourraient-ils ?
Pousser. On doit pousser et pousser, et bien sûr qu’on est épuisé, mais on doit faire ressortir ce qui nous reste de force et pousser comme des tarés.
Des seize, Nono en avait probablement eu quatre ou cinq, et Lala tout autant. Le reste fut fini par Haruhiro et les autres sur un pur élan meurtrier. Avant que le dernier d’entre eux ne soit tombé, Nono avait déjà commencé à ramasser les flèches de Lala pour elle.
Avec les ennemis au sol, Lala accepta les flèches que lui avait ramenées Nono et puis elle leur ordonna immédiatement de Courir.
Ce n’était pas comme s’ils avaient l’impression d’avoir le choix de toute façon. S’ils lui désobéissaient, quelque chose d’horrible leur arriverait sûrement. Ils ne s’en sortiraient pas qu’avec une simple fessée.
—P-Pourquoi ? ! demanda Haruhiro en poursuivant Lala et Nono.
—Pourquoi quoi ? lui répondit Lala sans se retourner.
—Non, c’est juste que, Akira-san disait qu’on aurait dit que vous aviez fui tous les deux…
—Tu nous fais passer pour des trouillards, dit Lala. Nos chevaux dragons se sont fait écraser, donc on avait pas d’autres choix que de faire profil bas.
Lala et Nono avaient chevauché des chevaux-dragons de Grimgar jusqu’aux Étendues Crépusculaire. Désormais ils étaient à pied. C’était probablement vrai que leurs chevaux-dragons soient devenus incapables de bouger et qu’ils les aient abandonnés, ou qu’ils se soient fait tuer par les ennemis.
—Err, um… Où est-ce qu’on va maintenant ?! jappa Haruhiro.
—J’ai une idée, dit Lala. Si vous ne pouvez pas suivre, on vous laissera derrière. Nono, porte la fille mage.
Nono hocha la tête silencieusement, fonça vers Shihoru, la mit rapidement sur son dos, et rattrapa Lala en un battement de cils. Elle avait l’air difficile, mais peut-être était-elle une bonne personne malgré les apparences ? Mais elle pourrait très bien avoir aussi prévu de les sacrifier le moment venu. Même si c’était le cas, ces deux-là les avaient sauvés, donc ils ne pouvaient pas vraiment se plaindre.

C’était vrai. Ils étaient sauvés. Pour le moment, tout du moins.
« J’ai une idée, » avait dit Lala. Si c’était la vérité, ils avaient au moins encore un peu d’espoir.
Haruhiro observa ses camarades. Chacun d’entre eux, sans exception, était couvert de sueur et était badigeonné ou maquillé avec de la terre et de la poussière, et tous avaient une mine affreuse. Qu’ils soient encore en vie comme ça, et qu’ils ne soient pas blessés gravement, était assez dure à croire. Il était tellement soulagé, sa force l’abandonna presque.
Non. Ne baisse pas ta garde. Pas encore. On vient juste de commencer. On doit vivre. Rester en vie. Survivre. Nous tous ensemble. Qu’est-ce que je peux faire pour que ça se réalise ? Que devrais-je faire ? Suivre Lala et Nono. Je n’ai pas d’autre plan, donc c’est tout ce que je peux faire pour le moment. Faut juste que je reste prudent, que je ne fasse pas quelque chose que je ne devrais pas, et je dois conserver mes forces autant que possible. On est en train de courir là maintenant, mais ce n’est pas une allure très rapide. Nono est en train de porter Shihoru, donc on est plus que capable de tenir.
Lala s’arrêtait et se couchait de temps à autre en signalant aux autres de faire de même aussi. Nono lui obéit immédiatement, évidemment, et Haruhiro et les autres suivirent son exemple.
Lala devait soit avoir de très bons yeux, soit un incroyable sens du danger. Même quand les ennemis étaient assez loin, elle les détectait en première et elle essayait de les esquiver. Pour éviter que les ennemis ne les trouvent, ils évitèrent les terrains surélevés et ils choisirent les coins les plus bas pour avancer. Une fois que Shihoru fut capable de marcher toute seule à nouveau, ils commencèrent à tendre des embuscades à des groupes de cultistes et ils les éliminaient quand ils étaient en surnombre.
Il n’y avait pas de conversations inutiles. Quand ils traversèrent les basses terres et qu’ils tombèrent sur un groupe de cultistes et un géant blanc, Ranta ouvrit sa bouche et cria, « Whoa ! » pour la première fois depuis un bout de temps.
Lala choisit de fuir plutôt que de combattre. Bonne décision ; bien qu’ils étaient moins de dix cultistes, le géant blanc était une menace, même s’il ne faisait que quatre mètres.
Lala et Nono continuèrent d’accélérer la cadence. Avaient-ils prévu d’utiliser le groupe d’Haruhiro comme d’un leurre pendant qu’ils s’enfuiraient ? Il ne pouvait même s’en énerver. Pour ces deux, Haruhiro et les autres avaient dû être des assurances pour au cas où les choses tourneraient mal. Il avait pensait ça depuis le début. Mais ce n’était pas comme si Haruhiro n’avait pas réfléchi du tout.
—Lala-san, j’ai une idée ! s’exclama-t-il.
Pendant un moment, Lala se retourna. Il n’y eut aucune réponse.
Si veux y aller, vas-y, pensa-t-il. Je m’en fiche. Il était reconnaissant à Lala et Nono. Grâce à ces deux, ils avaient trouvé le temps de reprendre leur souffle. Même si les deux les abandonnaient là maintenant, ils s’en sortiraient. A la toute fin, ils se battraient jusqu’au bout. Il avait assez récupéré pour pouvoir penser ça.
—Par là ! Allez ! ordonna Haruhiro. Tout le monde, suivez-moi !
—Accrochez-vous !
Quand Haruhiro changea de course, Lala se retourna une nouvelle fois. Elle avait dû avoir du mal à décider.
Fais ce que tu veux, pensa-t-il. Il avait gardé une attention toute particulière sur leur localisation en venant ici. Si Haruhiro ne s’était pas trompé, cela devait être le bon endroit.
—Maudits soient ces deux-là ! cracha Ranta.
Lala et Nono s’évanouirent hors de leur champ de vision. Ils s’étaient vraiment enfuis, huh ? Ce n’était comme si ça ne le dérangeait pas.
—Vous occupez pas de ça ! s’exclama Haruhiro. Tout va bien ! Laissez-moi faire !
—Ça te ressemble pas du tout Parupiro ! Tu dis pas des trucs comme ça !
Oh, la ferme. Je le sais déjà ça. Il me les brise. Mais, bah, c’est Ranta. Y’a rien de nouveau. Comme toujours, ne te soucie pas de ce qui a été fait. Concentre-toi sur le présent. Mets tout ce que tu as sur cet instant. Je vais vivre. Ici, dans le présent.
Cours sur les chemins faciles, où s’est pas trop accidenté, et contente-toi de ne pas prendre les mauvaises directions. Tout le monde garde le rythme. Shihoru a l’air de passer un sale moment cela dit. Accroche-toi. Sérieusement, accroche-toi. On y est presque. On a eu de la chance. C’est pas loin désormais.
—Je l’ai !
Sur leur côté gauche, dans un secteur surélevé qui était comme un talus, Lala et Nono apparurent soudainement.
—Donc c’est ça que tu fais ! Si ça marche, tu auras le droit à mes compliments !
Ne s’étaient-ils pas enfuis finalement ? Haruhiro sourit à Lala.
Ils coururent pour leurs vies, les cultistes et le géant blanc à leur trousse. Il y avait beaucoup de hauts et de bas ici, et ils ne pouvaient pas voir loin devant eux.
—Quoo… ?! cria Yume.
On aurait dit qu’elle avait compris. Le sol s’abaissa et leur champ de vision s’ouvrit. Haruhiro ouvrit ses bras en grand et alla à gauche.
—Dispersez-vous ! Ne marchez pas dessus !
Il y avait des filets avec de l’herbe dessus, mais en y regardant de plus près, cela ne prenait pas beaucoup de temps pour deviner ce que c’était. Ils étaient loin d’être parfaits, mais si vous ne connaissiez rien d’eux, ils pourraient se révéler surprenamment difficile à remarquer.
Il n’attendit pas longtemps avant d’entendre un bruit de chute derrière lui. Quand il se retourna, un cultiste était tombé pile dans le trou à rat. Il y avait un creux dans le filet et de l’herbe était en train de danser dans les airs.
Haruhiro, Kuzaku et Merry étaient en train de courir du côté gauche du trou, tandis que Ranta, Yume et Shihoru étaient à droite. Un cultiste de plus fonça dans le trou à rat et tomba dedans. Les autres cultistes se tenaient là, incapables de bouger. Le géant blanc avait dû essayer de s’arrêter, mais c’était trop tard, parce qu’il se pencha en avant et il tomba.
Ils n’avaient servi à rien dans leur tentative d’abattre l’Hydra ou le dieu géant, mais il était heureux de les avoir creusés. Bien entendu, c’était seulement avec du recul. Ils avaient été chanceux. C’était vraiment la chose à retenir.
Une bonne ou une mauvaise chance pouvait être la différence entre la vie et la mort. Avec une petite mais décisive marge, Haruhiro et le groupe étaient toujours de ce côté. Du côté des vivants.
Les cultistes qui n’étaient pas tombés dans le trou semblaient avoir du mal à décider si oui ou non ils allaient continuer de poursuivre Haruhiro et le groupe, et sur quoi faire. Pendant ce temps, Haruhiro et le groupe coururent aussi vite qu’ils le pouvaient, sans hésitation, pour essayer de mettre le plus de distance possible entre eux.
Au moment où les cultistes étaient hors de vue, Lala et Nono étaient devants Haruhiro. Ils étaient incroyables. Mais Lala avait dit qu’elle avait une idée. Ils avaient prévu de l’utiliser, donc Haruhiro avait pleinement l’intention de les utiliser eux aussi.
—T’étais pas censée me complimenter ?! s’exclama-t-il.
—Redemande ça dans cent ans ! hurla Lala.
Alors c’est comme ça qu’elle veut se la jouer, huh. Elle se comportait tout comme la dominatrice qu’elle était, cette Lala. Sérieusement, elle était incroyable.
Quoi qu’il en soit, les autres trous à rat étaient loin, donc ils ne pouvaient pas réutiliser le même tour. Haruhiro finit par passer du temps avec son estomac qui lui faisait mal. Bien qu’ils avaient la sensation de voir de moins en moins d’ennemis, ils ne pouvaient pas baisser leur garde. Quand Ranta commença à jacasser en disant de tout et n’importe quoi, il était bruyant et gênant et cela ne provoqua que plus de stress.
Quand Lala prenait parfois des pauses, elle faisait mettre à quatre pattes Nono pour se servir de lui comme d’une chaise. Il n’y aurait eu rien d’autre à dire si ça n’avait été que ça, mais elle n’arrêtait pas de croiser et d’ouvrir ses jambes, puis elle se positionnait dans des poses qui accentuaient sa poitrine, donc c’était tentant de regarder. Ce n’était pas comme s’il voulait vraiment, vraiment regarder, mais il ne pouvait pas s’en empêcher vous savez ?
Mais quel genre de relation Lala et Nono avaient-ils… ?
Il n’avait pas le courage de demander, et il y avait d’autres choses qu’il aurait voulu savoir d’abord. Comme vers où ils se dirigeaient. Il essaya de demander, mais Lala ne lui répondit pas. On aurait dit qu’il allait juste devoir la fermer et la suivre.
En se préparant au pire, Haruhiro ne fit que ça. Lala et Nono ne montrèrent plus la moindre intention de courir. Ils marchèrent. Ils marchèrent, et marchèrent, et punaise ce qu’ils marchèrent.
Haruhiro et le groupe n’avaient aucun moyen ce connaître l’heure. Lala sortait de temps en temps de sa poche une montre durant les pauses. Quand il demanda l’heure, elle répondit, Et à quoi ça t’avancerait de le savoir ? donc, bien qu’il ne savait pas l’heure précise, il pensa qu’ils avaient probablement marché pendant un jour entier.
Ils se trouvaient dans un endroit qui semblait similaire à la vallée où les soldats volontaires avaient établi leur campement. Cependant, il n’y avait pas de source au bout de la vallée, Pas de plantes, non plus. C’était une petite et sèche vallée de ce qu’on pouvait en dire.
—On a parcouru les Étendues Crépusculaires pendant un bon moment, dit Lala avec une voix psalmodique en descendant la pente. On a trouvé une grande variété de choses différentes. On a vendu la plupart de nos informations, mais nous n’avons rien ne dit à personne sur cet endroit. Les vraies découvertes fascinantes on les gardes pour nous, vous voyez. Il n’y a que nous qui savons pour eux. N’est-ce pas adorable ?
Chaque poil du corps d’Haruhiro se hérissa. Lala et Nono pourraient bien soudainement sortir leurs crocs et essayer de tuer Haruhiro et le groupe. C’était le sentiment qu’il avait. Cela était-il une inquiétude infondée ?
Lala et Nono descendirent la vallée en paraissant indifférents. Cependant, cela ne ferait pas de mal de se méfier. Quand Haruhiro ralentit son allure, ses camarades semblaient l’avoir vu et suivirent sa démarche. Mais quand ils atteignirent le bas de la vallée et qu’ils virent ce qu’il s’y trouvait, tout ceci vola en éclats. En dessous d’un affleurement qui était comme le surplus d’un toit, il y avait une gueule ouverte. Grâce à ça, ils ne l’auraient probablement pas remarqué s’ils n’avaient pas descendu la vallée.
C’est un trou.
Je suis sûr que ce n’est pas n’importe quelle cave. Qu’est-ce qui me donne cette impression en faite ?
Haruhiro réalisa rapidement la réponse à sa question. C’était la colline initiale. La zone avait une atmosphère et une apparence similaires à la colline initiale… Non, ce qu’avait été la colline initiale fut un temps. Elle n’était plus désormais. Mais c’était tout comme ce trou, la sortie.
Lala et Nono entrèrent dans le trou sans s’arrêter. Haruhiro et Ranta se regardèrent l’un l’autre. Ranta avait l’air abasourdi. Haruhiro devait avoir le regard endormi, sans le moindre doute.
—…Tu sais à quoi je pense ? demanda Ranta.
—Non, je sais pas, dit immédiatement Haruhiro. J’ai pas la moindre idée de ce qui se passe dans ta tête. Je suis pratiquement sûr que ce serait une mauvaise nouvelle si je le pouvais.
—C’est censé dire quoi ça ?!
—Exactement ce qu’il a dit… Shihoru prit une profonde inspiration. Vous pensez que ça va nous porter jusqu’à chez nous ?
—Fweh ?! les yeux de Yume s’écarquillèrent et elle laissa échapper un cri étrange. Poivré ?! C’est où ça ?!
—Il y a aucun endroit qui s’appelle comme ça, imbécile ! beugla Ranta. Poivré, vraiment ? C’est censé être quoi Poivré ?!
—Si tu dis Poivré, c’est que ça doit être le poivre, t’sais ? dit Yume. Huh ? C’est quoi le poivre, déjà… ?
—C’est une épice… Merry pencha sa tête sur le côté en y réfléchissant. …je pense ? Si je me souviens c’était de la… nourriture ?
—Oh, ouais. marmonna Kuzaku. Il y avait quelque chose comme ça, non ? C’était genre gris… Gris… ?
—…C’était.
Haruhiro hocha la tête. Il était en train de saliver. Les mots que Shima lui avait murmurés revinrent à lui.
—Nous cherchons un moyen de revenir dans notre monde originel.
Leur monde originel. Il regarda le trou, puis il leva les yeux vers le ciel aux mille couleurs.
On doit rentrer.
Haruhiro fit le tour de ses camarades. Leurs visages étaient tous sales. C’était assez comique.
—Allons-y, dit-il.
Personne ne s’y opposa.
Ils marchèrent dans le trou les uns après les autres, avec Haruhiro, Kuzaku, Merry, Yume, Shihoru et Ranta dans cet ordre. Il faisait complètement noir dans le trou. Mais il y avait de la lumière devant eux.
Lala et Nono étaient en train de les attendre. La source de lumière provenait de la lanterne que portait Nono. Lala se contenta se sourire légèrement en marchant devant elle sans dire un mot. C’était un chemin sinueux. Ce n’était pas raide, mais c’était incliné vers le bas. Ils pouvaient sentir une brise. L’air était en train de souffler vers la vallée d’où ils venaient.
C’est la même chose, pensa Haruhiro. Pas juste similaires, c’est pareils.
Le chemin finit par s’agrandir. Il ne descendait plus non plus. Il était plat.
—Nous avons découvert les gremlins il y a de cela plusieurs années, dit soudainement Lala en chantonnant. Nous avons gardé leur existence secrète cela dit. Mais vous les avez trouvés vous aussi, donc on s’est dit, bah, soit. Entre parenthèses, ce n’était pas le premier endroit où nous avons rencontré des gremlins.
—Huh… ?
Haruhiro s’arrêta de marcher malgré lui.
—Ce n’était pas… ici ?
—Exactement, dit-elle. Ce sont des créatures très faibles. Ils se reproduisent assez rapidement, mais ils ne sont pas agressifs, et ils manquent de puissance pour riposter contre les prédateurs. Mais ils ont un étrange pouvoir, ou une caractéristique, et ils sont des survivalistes tenaces. C’est notre hypothèse.
Lala et Nono ne s’arrêtèrent pas de marcher. Haruhiro se hâta de les poursuivre. Le chemin monta. Il y avait une faible lumière en haut. Il pouvait entendre un bruissement.
—Ils ont la particularité de pouvoir passer d’un monde à un autre, dit Lala. Ou la capacité de pouvoir trouver les chemins qui les relis. Soit ça, soit la tendance de les trouver et de fuir dedans.
Là. Ils étaient là. Dans les murs de pierre, il y avait un nombre incalculable de petits et grands trous, et une faible lueur s’en échappait. Ils se trouvaient dans ces trous, ou alors à la bordure de ces trous, en train de parler sans cesse.
Le nid. C’était leur maison. Le nid des Ri-komo—non, des Gremlins.
—Mais voilà ce qu’il en est. Lala se retourna et bomba le torse avec fierté. On a pas exploré plus loin que ça.
—Huh ? Haruhiro était si impressionné par la Lala fière qu’il fit un demi-pas en arrière. E-Et alors, tu sais vers quel genre de monde ça mène, peut-être… ?
—Pas la moindre idée, dit Lala avec un grand sourire. C’est un mystère complet.
- Le hara-kiri ou harakiri ou seppuku, est une forme rituelle de suicide par éventration ↩
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