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Chapitre 4

Des Chemins Divergeant Sous Un Ciel Différent

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~24 min

Quand tout le monde se retrouva, ils allèrent faire du shopping. Kuzaku s’acheta un nouveau bouclier et un nouveau heaume pour remplacer ceux qui avaient pris des dégâts considérables. Merry s’acheta un nouveau bâton avec plus de puissance d’attaque. Pour la Traitresse M.II … un nom que, vous vous en doutez, Ranta l’abruti avait donné à sa nouvelle épée… il avait négocié le prix aussi bas que possible. Pour le reste du groupe, ils achetèrent seulement des choses du quotidien.

C’était bien plus amusant que ce à quoi ils s’attendaient. Ils pouvaient mettre la main sur tout un tas de choses à l’Avant-Poste de Champ-Lointain, et ils n’avaient manqué de rien jusqu’à présent, mais Alterna avait une plus grande sélection de produits diverse. Il n’y avait pas photo. Rien que le fait de regarder toutes ces choses éparpillées suffisait à les exciter.

Même pour Haruhiro, qui avait toujours été critiqué pour être ennuyant, déprimant, un rabat-joie, et radin… le fait de faire le tour des étales était une expérience forte intéressante, et il se disait même parfois qu’il allait finit par acheter des choses dont il n’avait pas vraiment besoin, mais il donna tout son être pour ne pas succomber à la tentation.

Quand ils quittèrent Alterna, cela leur manqua un petit peu.

Ils voyagèrent vers l’est à travers les Plaines Ventvif. Sur le chemin, ils campèrent une fois pour traverser les 35 kilomètres qui les séparaient de l’Avant-Poste de Champ-Lointain qu’ils atteignirent à environ deux heures de l’après-midi. S’ils entraient dans les Étendues Crépusculaires et qu’ils atteignaient le camp de base aujourd’hui, ils pourraient commencer à travailler dès le matin suivant. Le groupe d’Haruhiro et les Tokkis avaient prévu de faire exactement cela, cependant…

A l’Avant-Poste de Champ-Lointain, ils tombèrent sur Shinohara.

—Hé, Haruhiro, dit l’homme. Tokimune aussi.

Shinohara n’avait pas changé d’un millimètre depuis la première fois qu’Haruhiro l’avait rencontré. Il avait ce visage de gentlemen, une conduite implacable, et il portait une cape blanche. Cette cape portait une crête avec sept étoiles dispersées en forme de x. La marque du clan Orion.

Haruhiro avait remarqué que d’autres hommes et femmes portant les capes blanches d’Orion étaient éparpillés un peu partout dans l’Avant-Poste. Shinohara n’était pas seul ; Il y avait ce guerrier aux cheveux courts et avec de petits yeux, Hayashi, avec lui, ainsi qu’un homme avec des lunettes et des cheveux coupés en brosse.

Hayashi hocha la tête en direction de Merry, qui lui retourna le geste avec un petit hochement et un sourire. Hayashi eut l’air surpris.

… Attendez, huh ?

Haruhiro était abasourdi, mais heureux de voir Merry pouvoir saluer un vieux camarade avec un sourire. Il supprima cette pensée cynique,

Ouais, et je parie que c’est grâce à lui aussi, huh, en se pinçant la joue avec ses doigts.

—Shinohara, vous vous rendez tous aux Étendues Crépusculaires ?

—Nous ne sommes pas sûrs, dit l’homme.

—Huh ?! Huh ?! Huhhhhh ?!

Les yeux de Kikkawa s’écarquillèrent. Il sauta dans les airs et agita ses bras dans tous les sens.

—Quoi, quoi ? Il s’est passé quelque chose ? Il y a eu un énement-év ?!

—Qu’est-ce qu’un énement-év ? demanda le gars avec les lunettes et les cheveux en brosses.

—Wow, tu vas faire appel à moi pour ça ?! Vraiment ?! Genre, totalement ?! hurla Kikkawa.

—Kikkawa, t’es chiant, yeah ! Anna-san frappa Kikkawa sur le dessus de sa tête.

—Erm, eh bien…

Haruhiro ne voulait absolument pas le faire, mais il se disait qu’il avait au moins le devoir d’expliquer.

—Un énement-év est un événement… C’est genre il a cassé le mot, je dirais…

—Ohh.

Le gars avec les cheveux en brosse commença à glousser.

—Je vois, je vois.

Il pense que c’est… drôle ? Ça l’est vraiment pas.

—Et ? demanda Tokimune en exposant ses dents blanches. Est-ce que quelque chose est arrivé, Sheeno ?

—Sheeno ? répéta dubitativement Shihoru à voix basse.

—Parce que c’est Shinohara ! cria Ranta ( la pourriture). C’est pour ça que ça fait Sheeno, huh !

—Donne-lui un -san, au moins. Il a besoin d’un -san, leur dit Haruhiro dans la panique.

Ranta (l’ordure), qui léchait les pieds des puissants et crachait sur les faibles, ne tarda pas avant de s’abaisser et de s’incliner.

—Je suis désolé ! Je me suis laissé emporter ! Non, v’savez, c’est comme ça qu’on parle en fait, ou l’impulsion du moment, on pourrait dire ! Genre la façon dont tu parles de gens célèbres sans les honorifiques !

—Cela ne me dérange pas. Ce fut une réponse mature que leur offrit Shinohara comme on aurait pu s’y attendre.

—Heh…

L’unique œil d’Inui s’illumina intensément. Enfin, ce n’était pas qu’il n’avait qu’un seul œil, c’était juste qu’il cachait l’autre derrière son cache-œil.

—Il est seulement Shinohara, mais il se fait appeler Sheeno, huh…

Whoa, Inui, t’es encore plus impoli que Ranta, tu sais ? Pensa Haruhiro.

—Je ne l’avais jamais entendu avant, dit Mimorin en clignant des yeux.

Huh ? Elle a jamais entendu ce surnom avant ?

—Je viens juste de le trouver là, dit Tokimune avec un clin d’œil et un pouce en l’air. C’est un surnom parfait pour lui, je n’ai pas raison ?

—Personne ne dit le contraire, yeah ?! Anna-san lui donna un sourire rayonnant en lui retournant son pouce en l’air.

—C’est plus mignon que Shinoharadon ou Shinoharacchom, au moins, ajouta Yume en croisant les bras et en acquiesçant comme si ce qu’elle venait de dire avait du sens.

—Quoi ? Tada fronça les sourcils. Est-ce vous êtes tous stupides ?

—Chacun d’entre vous ? Shinoharaiden est mieux.

Kuzaku et Merry se regardèrent en échangeant un sourire étrange avant de rapidement détourner le regard.

Quoi, quoi, quoi ? Pourquoi vous regardez ailleurs ? Allez-y, je m’en fous. Pourquoi vous n’iriez pas dans votre petit monde ensemble ? Vous allez pas le faire ? Hmm. Oh, je vois. Comme si j’en avais quelque chose à faire.

—Tout cela me convient, vraiment, dit Shinohara.

Même après cette discussion sans queue ni tête, il était un adulte, et il était en train de rire joyeusement avec un sourire qui n’était pas forcé.

—Maintenant, pour ce qui est de la réponse à ta question… Oui, quelque chose s’est passé. Pour rester bref, les Étendues Crépusculaires deviennent moins attractives.

—Permettez-moi de vous fournir le reste des explications, s’interposa l’homme avec les lunettes et la coupe en brosse.

Attendez, c’est qui ce type ? Je l’ai déjà vu avant— je l’ai déjà vu, pas vrai ? Mais je connais pas son nom cela dit.

Alors qu’Haruhiro était en train de regarder l’homme d’un air interrogatif en penchant sa tête sur le côté, le gars avec les cheveux en brosse se tourna en direction d’Haruhiro et sourit. Veuillez m’excuser pour ne pas m’être présenté. Je suis Kimura d’Orion.

—…Oh. Haruhiro s’inclina par habitude. Merci. C’est très gentil de votre part.

—Je sais qui vous êtes, dit Kimura. Vous êtes M. Haruhiro. Là-bas il y a M. Ranta. Mme. Yume. Mme Merry. Mme Shihoru. M. Kuzaku. M. Tokimune et M. Tada, M. Inui, Anna-san, Mme Mimori et M. Kikkawa. Ai-je tout bon ?

Il aime vraiment appeler les gens avec des M. et des Mme., mais il s’adresse tout de même à Anna-san avec un -san, comme si c’était la norme. Ce Kimura là, c’est pas n’importe qui on dirait, pensa Haruhiro.

—Kimura-san et Shinohara-san sont des amis intimes, expliqua Hayashi.

—Des amis infimes ? demanda Yume.

Yume, c’est pas ça.

—Bouffonne, c’est des amis incline, évidemment ! Hurla un sombre crétin.

Ranta, c’est pas ça non plus.

—Des amis du cœur, huh… Heh… Inui avait tort lui aussi.

—C’est des amis sirupeux, yeah ? ! Anna-san était complètement à la ramasse.

—Whoa ?! Genre, ils se mettent dans plein de situations juteuses et collantes ensemble ?! beugla Kikkawa.

Pourquoi est-ce que Kikkawa était-il en train de s’exciter ?

—Les gyudons* sont juteux, acquiesça Mimorin.

Il y en a un, en plus. Un endroit qui sert des gyudons. Dans Alterna. Mais il y a pas de bœuf dedans, va savoir pourquoi.

—Des amis intimes… Merry semblait en train d’y réfléchir sérieusement. Qu’est-ce que ça signifie ?

—Oh, um… Kuzaku ne semblait pas savoir lui non plus.

Des amis intimes, huh. Ouais, c’est difficile à définir. On utilise pas vraiment ce terme souvent. Je ne suis pas surpris qu’ils ne sachent pas.

Accessoirement, Haruhiro l’avait déjà entendu auparavant, et il pouvait entre autres supposer le sens de ce mot. Il était probable que cela veuille dire qu’ils étaient proches, ou quelque chose comme ça, pas vrai ? Des confidents intimes, ce genre de truc ? Shinohara et Kimura ? Cela formait un couple un petit peu curieux.

—Heh, he he. Kimura laissa échapper un mystérieux rire qui fit trembler ses épaules. Moi, l’ami intime de Shinohara ? Vous exagérez. Nous sommes simplement amis. Bien entendu il n’y a pas de genre de BL entre nous. N’ai-je pas raison, Shinohara ?

—Ouais.

La réponse de Shinohara était toujours complètement amicale. S’il y avait du BL entre Kimura et Moi, ce serait juste dégoutant.

—Uwah ha ha ha ! Kimura rit si fort que cela dut lui faire mal au bide.

—BL est l’abréviation pour « boys love », expliqua rapidement Hayashi.

—Je le sais déjà ça, imbécile ! lui cria Anna-san.

Mais quel joyeux bazar, se dit Haruhiro à lui-même. Cette conversation ne va nulle part…

Non, il serait plus exact de dire qu’elle était allée nulle part. Après une bonne bouffée de rire, Kimura leur expliqua soigneusement et intelligiblement ce qu’il s’était passé.

C’était une chose qui avait commencé il y a cinq jours quand les Phalanges de Fer avaient attaqué une autre base de cultiste et qu’ils avaient massacré tous les cultistes là-bas.

L’assaut en lui-même fut un succès, mais deux jours après, ou depuis trois jours, des changements étaient apparus dans les Étendues Crépusculaires.

Fait incroyable, un dieu géant, une créature humanoïde si massive qu’on dirait qu’elle touche les cieux, était apparu et avait commencé à poursuivre les humains qu’elle croisait sur son chemin.

Ce dieu géant avait déjà été vu auparavant. Haruhiro et les autres l’avaient vu eux-mêmes de nombreuses fois. Cependant, le dieu géant ne s’était jamais approché d’eux, et il semblait se tenir à l’écart de la colline initiale.

Ils avaient entendu que loin au sud-ouest de la colline initiale se trouvait un bassin, le Grand Chaudron des Dieux, et que le dieu géant patrouillait dans cette zone. Ils avaient aussi entendu dire que ceux qui avaient découvert le Grand Chaudron des Dieux et qui lui avaient donné ce nom étaient Lala et Nono.

Le dieu géant était si énorme qu’on aurait du mal à le croire réel, et il était clair que lui chercher des noises serait dangereux. C’était pour ça que, naturellement, personne n’avait été assez stupide pour essayer, et même s’il apercevait des personnes, il n’y faisait pas vraiment attention. Il était vu comme essentiellement inoffensif.

Cependant, cela avait soudainement changé— apparemment.

Il y avait un « apparemment » parce que personne n’avait encore vraiment combattu le dieu géant. C’était pour ça qu’ils ne pouvaient pas dire avec certitude s’il cherchait la bagarre ou non.

Il était dur de s’imaginer que quelqu’un soit assez ambitieux, ou plutôt, assez stupide pour provoquer un combat avec une créature aussi grande. Au moment où ils réalisaient, « Oh, merde, il est là », tout le monde s’enfuyait. Une fois qu’ils étaient hors de distance, celui-ci ne les poursuivait plus, mais la distance exacte demeurait inconnue. S’ils devaient désormais y faire attention tout le temps, cela rendait la chasse aux cultistes et aux géants bien plus épuisante.

« Oh, ça part en sucette », avaient-ils décidé, donc Orion s’était temporairement retiré des Étendues Crépusculaires.

La situation pourrait changer, donc ce n’était pas définitif. Ils avaient décidé de ne laisser qu’un seul groupe derrière eux tandis que Shinohara et les autres s’en iraient trouver un autre endroit pour se faire de l’argent pour le moment que cela durera.

—Les Phalanges de Fer, encore ?! cria lourdement Ranta. Quelle bande de trous du cul ! Ils ne pensent pas que leurs actions ont des conséquences sur les autres ?! Ils nous cassent les bonbons, voilà ce qu’il en est, putain !

—Et c’est toi qui parles, marmonna Haruhiro.

—Huhhh?! Qu’est-ce t’as dit sur moi, Parupiroooo ?!

—Ah… Shihoru désigna quelque chose derrière eux, Quelqu’un des Phalanges de Fer…

—Je suis désowwé ! Ranta sauta immédiatement dans les airs et s’inclina au sol. Je ne voulais pas dire ça. Pour de vrai, pour de vrai, c’était pas moi, notre Haruhiro l’a dit avant, donc… !

—Et voilà, il rejette subtilement la faute sur moi… subtilement, cela dit, marmonna Haruhiro.

—Quoooo ?! beugla Ranta. Ils sont pas là ?! Pas de Phalanges de Fer ! Shihoru, tu t’es moqué de moi ! Espèces de bombardier secret avec les seins flasques !

—Leur donne pas des noms bizarres !

—La ferme seins flasques ! Pour ton crime, la sentence est que tu changes tes vêtements publiquement !

—Heh… Inui portait un sourire maléfique inexpiable sur son visage de vieil homme. Moi aussi aimerais ancrer cette scène dans ma mémoire… Cependant, moi seul devrais être autorisé à la voir !

—Personne ne verra quoi que ce soit.

Shihoru enroula ses bras autour de son corps en signe de défense en regardant Inui comme s’il faisait quelque chose de dégoutant.

—Vous êtes véritablement une joyeuse bande d’amis. Shinohara était tout sourire.

—Ils sont juste chiants. Tada ajusta la position de ses lunettes avec son index. Quelle bande de merde de scarabée.

L’insulte avec l’excrément de scarabée était un petit peu de trop, mais Haruhiro n’aurait pas pu plus argumenter.

—Le dieu géant, huh… Tokimune se tourna vers Haruhiro. Qu’est-ce que tu veux faire ?

Y avait-il quoi que ce soit qu’ils puissent faire ?

En considérant la nature du travail des soldats volontaires, il n’y avait aucune chance qu’ils puissent s’en sortir sans prendre de risques. Cela dit, du point de vue d’Haruhiro, il voulait éviter tous les risques inutiles autant que possible. Ils étaient, techniquement, les pionniers des Etendus Crépusculaires, donc c’était un peu contradictoire de faire ainsi, mais il serait peut-être mieux de considérer d’autres options.

C’était son opinion, et c’est exactement ce qu’il leur dit.

Maintenant, pour ce qui est de la réponse qu’il a obtenue, voilà comment cela s’est passé.

—Whewwwwwww ! Au sommet de la colline initial, Ranta lassa échapper un cri étrange avec les yeux grands ouverts.

Il était une heure de la journée où normalement le soleil se couchait, mais ici dans les Étendues Crépusculaires, il n’y avait ni matin ni nuit. C’était toujours la même chose, ce ciel peint avec des milliers de couleurs qui s’étendaient au-delà de l’horizon.

En dessous de cet indescriptible et éthéré ciel crépusculaire, un supermassif et dégingandé dieu géant se faisait une petite balade en toute tranquillité.

—A quel point cette chose est loin ? demanda Kuzaku avec un soupir. C’est dur de voir la distance.

—Hrmm. Anna-san était en train de monter les épaules de Tokimune. Je dirais quatre-vingts kilomètres ? Dans ces eaux-là ?

—Peut pas être aussi loin, ne put s’empêcher de faire remarquer Haruhiro.

—Cinq kilomètres… peut être, v’croyez ? Yume plissa les yeux en direction du dieu géant. Dix kilomètres, peut-être ? Vingt, peut-être ? Yume a d’mal à s’rendre compte. Whooo. Il est petit, mais il vraiment gros, huh !

—C’est contradictoire, mais t’as raison c’est l’impression que ça donne, dit Shihoru en hochant la tête qui se tenait à côté de Yume.

Ouais, sérieusement.

En prenant en compte la théorie de Yume qui disait qu’il se trouvait à vingt kilomètres, c’était plutôt loin. S’il était à vingt kilomètres dans cette direction, même un géant extra large de deux cents mètres de haut ne serait qu’une tâche dans le paysage. Même ce dieu géant n’était pas assez grand pour qu’ils aient à lever la tête pour le regarder de là où ils étaient.

Mais il était énorme. Ce n’était pas une taille qu’une créature vivante devrait avoir. C’était une montagne. Pas juste une colline, c’était une montagne.

Il se rappelait la première fois qu’ils avaient vu le dieu géant. Cela avait été quand ils étaient en train de revenir de l’opération de sauvetage des Tokkis qui avaient essayé de prendre de l’avance sur eux.

A cet instant, Haruhiro avait pensé qu’il était effroyablement large, même s’il se trouvait à plusieurs centaines de mètres d’eux. Plusieurs centaines de mètres ? Peu probable. Cette fois-là, il devait être au minimum à cette distance.

Non, plus loin.

C’était comme Kuzaku l’avait dit. Le dieu géant était si énorme, cela désordonnait l’appréhension des distances.

—Il est assez rapide, huh, marmonna Tada.

—Il a de trèèèèèèèèèèès grandes jambes… Kikkawa semblait impressionné pour on ne sait quelle raison. Genre, bien trop longues. Ces mouvements sont surprenamment nets. Wow, wow…

Le dieu géant était au sud de la colline initiale et se dirigeait d’est en ouest. Ces mouvements n’avaient pas l’air si nets que ça pour Haruhiro, mais ils pouvaient voir les mouvements des jambes depuis ici, donc ils étaient sans le moindre doute lents.

—Ah ! Mimorin avala sa respiration et désigna quelque chose au sud-ouest. Il y a quelque chose là-bas.

—Qu’est-ce que c’est ? Merry avait une expression sombre sur son visage.

Kuzaku était en train de la regarder de côté.

—Celui-là a l’air gros aussi. Tokimune se lécha les lèvres.

—Bah, ouais, dit Haruhiro. Je suis sûr qu’il l’est.

Haruhiro se frotta le ventre. Son estomac lui faisait un petit peu mal.

C’est pareil pour tous les Tokkis, mais pourquoi il parle comme s’il vivait sa meilleure vie ? Pourquoi est-ce que c’est aussi flagrant qu’on voit qu’il est excité ?

Je sais. C’est le genre de personne qu’ils sont. Je le sais ça, mais ça m’étonne encore. Je suis habitué cela dit, v’savez ? Je veux dire, on a Ranta.

Ouais. C’était grâce à Ranta qu’il avait été capable de s’entendre avec les Tokkis jusqu’à maintenant. Il y avait clairement une part de ça là-dedans. S’il n’avait pas encore été habitué à Ranta, rien que communiquer avec les Tokkis aurait été compliqué.

L’effet Ranta était quelque chose de très efficace. Si les gens avaient un mauvais côté, ils avaient aussi un bon côté. Il n’y avait pas d’ombres sans lumière.

Cependant, il pourrait aussi prendre la théorie à l’envers, et dire que c’était parce qu’il était trop habitué à Ranta, ils avaient fini par travailler avec les Tokkis, et cela les avait conduits dans des situations dangereuses.

Il pourrait en conclure que, au final, Ranta était une maladie pour le groupe. Et, vraiment, il avait toujours été incroyablement proche de ce qui pourrait être une maladie pour eux.

Cette grande chose qu’ils voyaient là dehors, c’était blanc et ça se tortillait dans tous les sens. Il n’était pas aussi grand que le dieu géant, mais il était assez énorme. Mais qu’est-ce que ça pouvait bien être ? Ce n’était pas humanoïde. Ça au moins il en était certain.

C’est un poulpe… ou quelque chose comme ça ? Bien que j’ai jamais vu d’océan en Grimgar, je sais quel genre de créature est un poulpe. C’est… pas vraiment comme un poulpe. Mais, en quelque sorte, je peux dire qu’il a un tas de genre de tentacules, et c’est comme s’il les agitait pour se déplacer— Non, peut être que c’est une masse de tentacules ?

Depuis cette distance, c’était dur à dire. Il était plus proche que le dieu géant. Deux kilomètres, trois peut-être. Ou peut-être seulement un.

—Il est mignon… Mimorin focalisait un regard empli de passion en direction de la chose.

Haruhiro, Shihoru, Yume, Merry, Kuzaku et même Ranta furent choqués, mais les Tokkis semblaient tout à fait indifférents à cette déclaration.

C’est ça le problème avec Mimorin…

—Um… Haruhiro leva sa main en hésitant.

Tokimune le regarda avec un « Hm ? »

Maintenant qu’ils avaient vu cette chose—non, ces choses— de leurs propres yeux, il était fort probable que même les Tokkis soient d’accord avec Haruhiro. Ou du moins, qu’ils aient la même opinion que lui.

—Pourquoi on rentrerait pas ? dit-il. Ces trucs ne me disent rien qui vaille. Peu importe comment on les regarde.

—Espèce d’abruti ! Ranta se jeta sur lui. Tu te dis un homme en disant des trucs pareils ? Est-ce que t’as vraiment une paire de baloches ?! Je te demande si t’as une paire qui se balance entre tes jambes, tapette !

—Est-ce que ça a quoi que ce soit à voir avec ça ? demanda Haruhiro. Que je sois un homme ou une femme ?

—Bien sûr que oui ! Ça compte, non, Tokimune-san ?!

—Chais pas. Tokimune pencha sa tête sur le côté. Peut être pas ?

—Bien sûr que non ! Ranta changea rapidement d’avis. Ha ha ha ! Ça n’a absolument aucun rapport, si ? C’est pour ça que je l’ai dit, Panpirorin ! On s’en fout que tu sois un mec, une meuf, ou si tu as une paire de baloches ! T’es vraiment qu’un petit con qui comprend rien à rien, n’est-ce pas ?

—Baloches, baloches, baloches, la ferme à la fin, yeah ! Anna-san, qui était toujours sur les épaules de Tokimune, s’énerva contre Ranta. T’es trop vulgaire, yeah ?! On a tout un tas de jeunes demoiselles pures ici !

—T’es la dernière qui peut me dire que je suis vulgaire ! Même moi je suis pas aussi pire que toi !

—Do you know ?! Ouch ! Non, attends, qu’est-ce t’as dit ?! Espèce de petite queue de bâtard de smegma !

—Um, quoi qu’il en soit, pour ce qui est de bouger… dit Haruhiro en essuyant les postillons d’Anna-san sur son visage. Pourrait-on se retirer ? Si on part maintenant, on pourra être de retour à l’Avant-Poste de Champ-Lointain dans la journée. On pourra décider de ce qu’on fera à partir de demain là-bas…

—Huh ? Tokimune cligna des yeux. Pourquoi ?

—Hé, Haruhiro. Tada posa sa main sur le front d’Haruhiro. Non, il n’a pourtant pas de fièvre.

—Bien sûr que non. Haruhiro balaya la main de Tada. Si quelqu’un devait avoir de la fièvre ici, je dirais que c’est vous les gars… marmonna-t-il dans sa barbe sans vraiment le vouloir.

—Heh… Pour on ne sait quelle raison, Inui explosa de rire. Heh heh heh heh… Ah ha ha ha ha ha !

Une seconde, il grogne en riant. C’est quoi le problème de ce type ? Est-ce qu’il est humain au moins ? Peut-être qu’il ne l’est pas ?

Il me fout les jetons.

Il me fout vraiment les jetons.

—Écoute, Haruhiro, dit Tokimune en plaçant une main sur l’épaule d’Haruhiro alors qu’Anna-san était toujours sur les siennes. J’ai surprenamment une très haute opinion de toi. Si je dis que c’est surprenant, ça a l’air méchant, peut-être ?

—Nah, t’inquiètes. Surprenant ou je sais pas quoi, c’est bon.

—Bon, peu importe, tu es fade, et tu n’as basiquement aucune passion ou engouement, mais tu es calme, et ta capacité à prendre des décisions est décemment bonne, du coup c’est rassurant de t’avoir comme allié. C’est parce que tu as quelque chose qu’on n’a pas.

—Les flatteries ne t’apporteront rien de moi, tu sais…

—Tu rigoles, pas vrai ? demanda Tokimune.

—Non, je suis sérieux.

—Bah, je ne déteste pas ça chez toi non plus.

—Tu ne le détestes pas, huh.

Je suis heureux de l’entendre, en fait, tu le sais ? Aussi heureux que qui que ce soit puisse l’être.

Il n’en avait pas l’air, mais Haruhiro était heureux à sa propre façon d’Haruhiro. Probablement. Bien que cela n’ait aucun rapport avec le sujet qui était sur la table.

—Donc, on fait quoi ? demanda-t-il.

—J’accorde beaucoup de valeurs à tes compétences, et je t’apprécie, mais des fois, je me dis, « Huh ? »

Vous vous me faites pas penser « Huh ? » que quelquefois, vous me le faites penser tout le temps.

S’il leur disait en face, la discussion tournerait sûrement en prise de tête, donc Haruhiro garda sa bouche fermée. Tokimune lui offrit une petite vue sur ses fameuses dents blanches et rayonnantes.

—Notre objectif est déjà décidé, pas vrai ? Donc tu veux dire quoi par, on s’en va ? Je ne suis pas sûr de comprendre.

—Notre objectif ? répéta Haruhiro.

—Ouais.

—C’est quoi ça ?

—Un objectif est quelque chose que tu vises et qui tu essaies d’accomplir comme part de ton travail, c’est ça ?

—Non, je le sais tout ça. Je comprends ce que le mot « objectif » veut dire.

—Bah, qu’est-ce tu veux savoir ? demanda Tokimune.

—Cet objectif que tu penses avoir déjà décidé…

—N’est-ce pas évident ? Tokimune agita son menton. On va défoncer ce truc, non ?

—…Quoooooo ? Haruhiro n’en revenait pas.

Mais qu’est-ce qu’il raconte lui ? Enfin, ça ressemble à ce qu’il nous sort d’habitude. Mais quand même, y’a aucun moyen que ça arrive. Il est fou, complètement fou. Quel genre de chemin de pensée peut possiblement l’amener à cette conclusion ?

Shihoru, Merry et Kuzaku étaient tous les trois en train d’hausser les épaules. Yume avait juste le regard perdu dans le vide ; elle n’avait pas l’air d’avoir la moindre idée de ce qui était en train de se passer. Ranta, étant l’incapable irrécupérable qu’il était, avait l’air excité. Les Tokkis revêtaient un visage imperturbable. Kikkawa était en train d’effectuer une petite danse avec Ranta.

Est-ce qu’ils se croient à une sorte de festival ? Ils sont sans espoir. Je veux dire, sérieux… quand il dit cette chose, il parle de cette chose, pas vrai ?

Soit le dieu géant soit la créature bizarre, c’est ça ?

Peu importe à quel point il y réfléchissait, ou pas, c’était impossible, n’est-ce pas ? Cela allait de soi, non ? C’était le genre de chose qui faisait partie d’une conscience collective que tous les humains avaient, quelque chose que chaque personne avait conscience, non ? C’est ça, pas vrai ? Ouais, c’est ça.

Haruhiro avait raison. Il ne pouvait pas avoir tort. Et donc, quoi maintenant ? Au final, ce temps était venu. C’était là tout de suite. Il avait pressenti que cela allait arriver. Pas qu’il voulait que ça arrive. Il avait espéré que ça n’arrive pas.

Les Tokkis étaient une bande de dégénérés et ils étaient vraiment embêtants, mais c’était des gens marrants avec qui trainer. Si vous lui demandiez si c’était parce qu’il pouvait les utiliser, pour être bien trop honnête, oui, il y avait une part de ça. Aucun des Tokkis n’était particulièrement intéressé par l’appât du gain. Ils n’étaient pas du genre à calculer avec qui s’allier pour y gagner quelque chose. Cela ne voulait pas dire qu’il pouvait les suivre les yeux fermés, mais les Tokkis ne planteraient probablement plus jamais de couteau dans le dos d’Haruhiro.

Ils n’étaient pas le genre de personne qui enfreignaient leur code d’honneur qu’ils tenaient à cœur. Et pourtant, viendra un jour où ils devront prendre des chemins différents.

Haruhiro avait eu peur que ce jour vienne.

Il était prêt à accepter que les Tokkis les entraînent dans des situations qui leur causeraient des dégâts. Ils étaient les Tokkis, après tout. S’il n’accepter pas cette moindre chose, l’alliance n’allait pas pouvoir fonctionner.

Mais cela ne s’appliquer qu’aux situations où les dégâts infligés pourraient être récupérés. Il y avait des limites.

S’ils allaient devoir s’attaquer à l’une de ces choses, il devait s’attendre à plus que quelques dégâts. Des dégâts majeurs, des blessés, des pertes— Il devait être prêt à mourir.

S’ils se retrouvaient spontanément dans une situation où ils n’auraient d’autres choix que de les combattre, ce serait une chose. Cependant, se jeter délibérément dans ce genre de péril était totalement irraisonnable.

S’ils en avaient discuté en tant que groupe, certains n’auraient pas été d’accord. C’est pour ça qu’il ne le ferait pas. Cela allait être la décision d’Haruhiro, à lui et à lui seul. Il avait déjà décidé. Ils allaient se séparer des Tokkis.

Il ne dirait pas quelque chose de naïf comme, Au plaisir de retravailler ensemble si la chance se présente. Ce serait un raisonnement égoïste, ce qui voudrait dire, Vous ne pouvez pas compter sur nous quand c’est dangereux, mais si c’est pas dangereux, on est d’accord pour venir. Travailler de temps en temps avec eux était quelque chose qu’Haruhiro voulait éviter.

Il regarda Tokimune dans les yeux. « Je suis désolé, » était-il sur le point de dire…

Soudainement, sous ses vêtements, cette chose qu’il gardait en toute circonstance près de lui commença à vibrer.

—Whoa…

Sous le choc, Haruhiro oublia complètement ce qu’il était sur le point de faire.

C’était quoi déjà en fait ? C’est vrai, avant ça, il devait s’occuper de ça en premier.

Cette chose pendant à son cou via une chaîne comme un pendentif. Quand il engouffra sa main dans son col et qu’il la retira, la partie inférieure reflétait une lueur verte. C’était un objet qui ressemblait à une pierre noire et plate. Mais ce n’était pas n’importe quelle pierre.

—Qu’est-ce que c’est ? Tokimune leva un sourcil.

—Uh, um, ça c’est…

Alors qu’Haruhiro était en train de décider si oui ou non il devait expliquer, la chose— le receveur— commença à vibrer et à produire du sons. Pas juste de sons, une voix.

—Membres des Briseurs de Levant, m’entendez-vous ? C’est Soma.

—Haeeee ?!

Anna-san laissa échapper un cri de surprise étrange depuis les épaules de Tokimune avec ses yeux qui sortaient de ses orbites.

—Est-ce qu’il vient de dire « Soma » ?

Tada ajusta la position de ses lunettes.

—Par Soma, il veut dire le Soma, pas vrai ?! Kikkawa semblait sur le point de faire une danse de joie à n’importe quel moment.

—Somatique… Mimorin marmonna quelque chose hors de propos.

—Heh…

Pour on ne sait quelle raison, Inui dégaina son épée et fit quelques coups de démonstration. Haruhiro regarda Ranta, Shihoru, Yume, Merry et Kuzaku.

Ils n’avaient pas dit aux Tokkis qu’ils étaient la tache d’encre sur la liste des membres des Briseurs du Levant. Ranta avait voulu s’en vanter, mais Haruhiro l’avait fait taire.

Chais pas. En vrai, c’est encore dur d’y croire. On a le receveur comme preuve, donc y’a pas moyen que cela ait été un rêve. Mais bon, je peux pas vraiment nous voir en tant que membres des Briseurs du Levant de Soma. Ça a juste pas l’air réel. Je veux dire, Soma ne nous a jamais contactés. Je sais pas grands choses des Briseurs du Levant non plus. Même si vous demandez d’y croire, c’est pas un peu difficile ?

C’était difficile.

—Nous prévoyons de retourner à l’Avant-Poste de Champ-Lointain demain dans la nuit, dit la voix de Soma.

Cependant, quand il entendait la voix de Soma comme ça, il pouvait y croire. Il devait y croire.

—Je répète. Nous prévoyons de retourner à l’Avant-Poste de Champ Lointain demain dans la nuit. Si vous pouvez vous y rendre, je vous en prie venez. Je veux vous voir à cette occasion. Lilia, tu veux ajouter quelque chose ?

—Pou-Pourquoi tu me demandes à moi ?! cria une voix.

—Je sais pas une idée comme ça. Tu ne peux pas ?

—Ce n’est pas que je ne peux pas, c’est juste que… !

—Je vois. Tu ne peux pas, huh.

—J-Je peux ! Donne-moi le transmetteur s’il te plait.

—D’accord, dit Soma.

Tout ceci fut suivi par le son de Lilia qui était en train de s’éclaircir la gorge.

—J-Je n’ai rien de particulier à dire, mais pour la plupart d’entre vous, cela fait bien longtemps depuis la dernière fois. J’ai hâte de— Non, je n’ai pas hâte, mais vous êtes libre de faire comme il vous plait. Faites comme vous voulez. Ce sera tout.

Le vibreur arrêta de vibrer et la lumière verte s’évapora.

Haruhiro soupira en relevant la tête pour jauger la réaction de Tokimune. Tokimune était un pleine réflexion.

Mais que pouvait-il bien être en train de penser ?

Haruhiro ne pouvait se l’imaginer.

—Erm… A-A propos de ça… Haruhiro peina à trouver les mots. Bah, qu’est-ce que je peux dire… ?

—Si dans tous les cas on le fait, pourquoi ne pas inviter Soma dans la foulée ? demanda Tokimune.

—Huh ?

—A chasser le dieu géant.

—…Pardon ?

—Soma serait probablement de la partie si on lui proposait, dit Tokimune.

—Quo ? Huh ? Attends, une seconde… Toi et Soma-san vous vous connaissez— Huh… ?

—On s’est engagé à peu près au même moment, et, ouais, on pourrait dire qu’on se connaît, je suppose. On est allé se boire des coups un paquet de fois ensemble.

—Non, mais… Haruhiro ne trouvait plus les mots.

Mais quoi ? C’est quoi ça ?

Genre, qu’est-ce que je devrais faire ?

Qu’est-ce qu’il va se passer là ?

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