La douzième, la treizième, la quatorzième, la quinzième… L’exploration des salles continua.
Tandis qu’ils allaient toujours plus profondément, les tailles des œufs augmentaient de façon significative, mais seulement petit à petit. En comparant les œufs d’une salle à l’autre, le changement était pratiquement indiscernable, mais en comparant la première chambre avec la seizième, il y avait une grande différence entre les tailles des œufs. Bien qu’ils n’avaient pas doublé, ils étaient au moins à moitié plus gros. Ils n’avaient pas rencontré d’autres Ri-komos depuis.
C’était quoi ce Ri-komo ? Qu’est-ce qu’il était en train de faire avant qu’on le trouve ? Est-ce que ce sont des œufs de Ri-komo ? Ou pas ?
Haruhiro ne le savait pas. La dix-septième salle était énorme. Ou peut-être était-ce juste une impression.
—Il n’y a pas… d’œufs, dit lentement Haruhiro.
Sans source de lumière, la pièce était entièrement noire. Ils n’avaient aucun moyen de s’assurer qu’il n’y avait pas de rikomos. Il n’avait senti aucune présence ici, mais Haruhiro inspecta rigoureusement la pièce avec sa lanterne pour en être sûr.
Il n’y avait pas de Ri-komos.
Il y avait, cependant, un trou dans le coin. Pas dans le mur. C’était un rond ovale dans le sol qui faisait à peu près 1,2 mètre de diamètre. Un trou vertical.
Ils se placèrent tous autour du trou. Haruhiro s’agenouilla et plongea la main qui tenait la lanterne à l’intérieur du trou.
—Le bas est… pas visible, du tout. Ça va pas mal profond on dirait.
—Hmm. confirma Mimorin en mettant son menton dans le trou. Voyons voir.
Pour on se quelle raison, Mimorin était accroupie à côté d’Haruhiro. Enfin, la raison était claire— c’était parce qu’elle voulait faire de lui son animal de compagnie. Cependant, même accroupie, elle était toujours une femme gigantesque. Tout simplement énorme.
—On pourrait utiliser ça, comme, des prises d’escalades, vous pensez pas ? Par là. Même sans échelles, on pourrait, genre, monter et descendre. Vous croyez pas ? Dis Kikkawa en désignant la surface des murs du trou avec son menton.
C’était vrai, il y avait des protubérances qu’ils pourraient sûrement attraper avec leurs mains ou poser leurs pieds dessus. Ce ne serait pas très rapide, mais s’ils le voulaient, ils pourraient descendre.
—Zodiac-kun. Ranta se tourna vers le démon. Tu descends en premier pour nous.
—… Kehe… Ranta… pourquoi je ne te pousserais pas là-dedans… Kehehehehe…
Un refus catégorique.
—Heh… Inui fit virevolter une pièce et il la rattrapa dans la paume de sa main. Essayons avec ça…
—Ouch ! s’exclama Anna-san. C’était ce à quoi Anna-san pensait, yeah ?!
—Trop tard… Heh… Inui jeta la pièce dans le trou.
Ils tendirent l’oreille. Peu de temps après, ils entendirent le bruit. Il semblerait que le trou avait une fin, ça au moins c’était sûr. Ça ne pouvait pas être si profond que ça.
—Bon… Haruhiro soupira faiblement. Je vais y aller.
—Désolé pour ça, voleur, dit Tokimune en faisant rayonner ses dents blanches.
—Fais de ton mieux, dit Mimorin impassiblement.
Ce serait bizarre de juste l’ignorer comme ça.
Haruhiro accrocha la lanterne à sa ceinture, le coin de sa lèvre tremblante tandis qu’il acquiesçait. En se sentant embêté, pas très content, exploité, et en portant tout un tas de sentiments désagréables, il rentra dans le trou. Ou il descendit le trou, plutôt. En accrochant ses mains et ses pieds sur les bosses, il descendit.
Tout en s’enfonçant dans le trou, il commença à se demander,
Est-ce que c’est vraiment intelligent de laisser le leader partir en éclaireur ? C’est un truc que je fais toujours, mais le leader à la lourde responsabilité de prendre des décisions pour le groupe dans son intégralité. S’ils perdent leur leader, peu importe si je suis un leader plat et médiocre, ça finirait mal. Partir en éclaireur comporte un bon nombre de risques. Ça peut apporter des blessures sérieuses ou, eh bien, la mort, alors peut-être que c’est un truc que le leader ne devrait pas faire… ?
C’était quelque chose qu’il avait remarqué. Là maintenant, ils avaient Tokimune, donc tout irait bien si, théoriquement, quelque chose arrivait à Haruhiro. Il y avait aussi le problème de s’il pouvait déléguer cette responsabilité à l’un de ses camarades. Bien que Ranta et Yume étaient tous deux rapides et qu’ils faisaient toujours leurs travails, aucun des deux n’avait la personnalité pour ça. Ils manquaient de concentration. Qui le faisait pour les Tokkis ? Peut-être Inui, vu que lui aussi avait été un voleur ?
Cela dit, c’était des Tokkis qu’il était en train de parler. Il se pourrait bien qu’ils ne s’embêtent pas à partir en éclaireur et ils font juste, Wham, en chargeant et ils vont bam et boom et ils en auraient fini.
Non, ce n’était pas comme si la reconnaissance était une chose inutile. Il ne détestait pas le faire. Ces genres de travaux qui étaient assez ennuyants, mais que quelqu’un devait faire, et qui avaient un impact assez massif s’ils étaient bien faits, mais qui ne rapportaient pas beaucoup de gloire à la personne qui les faisait, mais qui rapportaient tout de même une vague sensation d’accomplissement en les réalisant, c’était les travaux que, secrètement, Haruhiro apprécié.
Je dois dire, je ne suis pas une personne intelligente, pensa-t-il. Mais c’est pas grave. Moi ça me va.
Même s’il se forçait à changer, il se ferait rapidement démasquer et sa vraie identité serait révélée. D’une façon plane et ordinaire, sans faire le moindre bruit, il s’enfonça dans le trou.
Il atteignit le bas. Il y avait un chemin. Il ne pouvait pas voir où il menait, mais il ne ressentait aucune présence dans les alentours.
—Ça a l’air sans danger. On peut continuer. Descendez, leur cria Haruhiro.
Tokimune et ensuite tous les autres descendirent tour à tour. Dans des moments comme celui-là, Haruhiro se disait qu’il serait peut-être plus favorable si Tokimune descendait en dernier après s’être assuré qu’ils soient tous en bas, mais il décida de ne rien dire.
À partir de là, le chemin serpenta. Il faisait environ deux mètres de haut, moins d’un mètre cinquante de large. Ce n’était pas impossible de marcher deux par deux, mais ils auraient été serrés, donc Haruhiro prit les devants, avec Tokimune derrière sur sa gauche, Kikkawa diagonalement sur la droite derrière Tokimune, et ainsi de suite. Ils avancèrent en une colonne peu orthodoxe en zigzag, ou en demi-colonne. Ce n’était pas juste Haruhiro et son groupe qui étaient silencieux maintenant ; les Tokkis l’étaient aussi.
Quelque chose va probablement arriver ici. Il doit y avoir quelque chose.
Haruhiro sentit son cœur s’accélérer.
Non, calme-toi, se dit-il à lui-même. Garde ton calme. Garde la tête sur les épaules. Je deviens trop nerveux, mon champ de vision diminue et mon corps se rigidifie.
Le chemin était plus ou moins plat et droit. A un moment, Haruhiro remarqua qu’il avançait effroyablement lentement. Il pouvait sûrement accélérer le pas.
A cet instant… Haruhiro s’arrêta de marcher et se tourna dans tous les sens.
—Est-ce que quelqu’un a dit quelque chose ?
—Hmm ? Tokimune haussa les épaules. Ça se pourrait.
—Quelqu’un a dit un truc ?
Personne ne leva la main. Tout le monde secoua sa tête.
—T’as entendu quelque chose ? lui demanda Tokimune.
—Non… Bah, j’ai cru entendre… peut-être ? Ça doit être ça. Oh… Haruhiro plaça son index devant ses lèvres. Tout le monde retint son souffle.
—Je peux les entendre, pensa-t-il.
—… Aruburuburah.
—… Furaguraburubaradirah.
—… Shurubiraburaharafureroh.
—… Pyuraryugadih.
—… Aburaguh.
C’était ce genre de voix qu’il entendait.
—Des Ri-komos… dit Kikkawa à faible voix. … Tu penses, genre, qu’il y en a plein ?
Haruhiro prit une profonde inspiration et il posa la lanterne sur le sol.
—Je vais aller voir.
—Ça va aller ?
Il était inhabituel pour Tokimune d’avoir l’air inquiet pour lui comme ça.
C’est mauvais signe, pensa nerveusement Haruhiro. Non, non.
—Si tu veux, je peux t’accompagner, tu sais ? dit Ranta l’air suffisant.
—Si ma seule autre option était d’y aller avec toi, je serais huit millions de fois mieux tout seul, donc non merci, dit Haruhiro
—T’es pas mignon. Augh ! Ranta était en train de se recroqueviller.
Quelqu’un l’avait frappé avec son bâton.
—Haruhiro est mignon.
C’était Mimorin, toujours aussi inexpressive.
—Comment ça ? demanda Shihoru.
Elle avait probablement dû poser la question, car celle-ci était apparue dans sa tête, mais cela restait tout de même un petit peu méchant.
—Sa façon d’être lamentable, mais il se donne toujours à fond même pour les choses les plus triviales, répondit Mimorin.
Je vois.
Haruhiro se donna une pichenette sur le nez.
… Je vois.
C’était vrai, il était lamentable, et il se pourrait bien qu’il en ait fait trop à cause de ça. Pour dire vrai, il était choqué qu’elle soit arrivée à deviner tout ça, et il n’était pas sûr de pouvoir sortir indemne de cette révélation. Bon, même s’il était d’accord avec ça—ce qui n’était pas le cas— de quelle façon cela pouvait-il être mignon ?
—Mimoriiiin… dit Anna-san en s’accrochant aux hanches de Mimorin, ce qui était assez haut étant donné sa petite taille. Maintenant je crois comprendre, yeah.
—Pas vrai ? acquiesça Mimorin.
—Ce bad … Anna-san pense que c’est… arrachant. Non… Attachant ? Un sous-ensemble, un type, de pitié ? Yeah ? Il est pathétique ? C’est ça ? demanda Anna-san.
Mimorin pencha sa tête sur le côté et y réfléchit pendant un moment, mais elle ne finit par ne pas répondre à la question d’Anna-san avant de se tourner vers Haruhiro.
—Haruhiro, tu es mignon.
—Uh… Merci, dit-il.
—Je veux te garder comme mon animal. Laisse-toi faire.
—Je ne peux pas.
—Vraiment ?
—Ouais.
—Ne meurs pas.
—…Ok.
Haruhiro s’en alla comme s’il essayait de s’échapper.
Partir en éclaireur. Je dois faire l’éclaireur. Je vais tout donner en tant qu’éclaireur. Je vais faire mon meilleur job d’éclaireur de tous les temps. Je vais partir en reconnaissance comme personne. Je vais partir en éclaireur. Maintenant, je vais être le maitre éclaireur. Je suis le meilleur éclaireur du monde. Je voudrais être capable de bomber le torse et de le dire avec fierté. Okay, non, pas vraiment, mais là maintenant, il est l’heure de faire la reconnaissance. Pour l’instant, je dois faire l’éclaireur.
Utilisez Camouflage. Ahh, c’est vraiment fun, Camouflage. J’adore ça. Camouflage. Je suis pathétique, mais je vais me donner à fond pour aucune bonne raison. Y’a quoi de mal à se donner à fond ?! Rien. Je fais déjà pitié, donc si je ne me donne même pas à fond, je ferais bien trop pitié, vous savez ? Je serais comme Anna-san. Ahhh… Concentration. Je dois me concentrer.
Le chemin continuait sans déviation. Il continuait à entendre les Ri-komos parler. Il ne comprenait pas vraiment, mais peut-être étaient-ils en train de papoter ? Ils ne semblaient pas particulièrement paniqués. Tandis qu’il avançait, les voix s’intensifiaient, donc la seule chose dont il pouvait être sûr était que les Ri-komos étaient droits devant. C’était une bonne décision que de laisser la lanterne derrière lui— pensa-t-il. Probablement. Il pouvait voir de la lumière devant lui. Une faible et fébrile lumière. Il s’en approcha. Juste avant de faire irruption dans la zone plus large, Haruhiro s’arrêta.
—Aburerah, burareryoh, samuragerasshuh.
—Bagashoburirah, faiabushuh, fakkashuburyoh.
—Rabureshuburaruroh, fanafarabushoh, ireburesshoruttoh.
Ils sont là. Là. Ils arrivent maintenant. Depuis là-bas. La salle est très grande, très large, et très profonde. Mais comment c’est vraiment à l’intérieur ? Et c’est quoi cette faible lueur ?
Il plissa ses yeux.
Pas bon. Je peux pas voir.
Haruhiro tourna sa nuque, puis ses épaules. Il hocha la tête et il fit dépasser sa tête un petit peu.
C’est énorme—, mais bon, cela dit, ce n’est pas ridiculement vaste. Bon, peut-être dix mètres de large. À peu près. J’sais pas à quelle hauteur est le plafond, ou jusqu’où il va. Il y a de la lumière partout. Il y a plein de trous, petits et grands, dans le mur en pierre, et on dirait que c’est une lumière bleue qui s’en échappe. On dirait que les Ri-komos sont dans ces trous. Là où les trous sont—suspendus au plafond ?
Il y a des Ri-komos là aussi. Et les Ri-komos, ils sont en train de parler de quelque chose ? On dirait bien. Est-ce que c’est un nid de Ri-komos ? C’est sûrement ce qu’est cet endroit.
Haruhiro tourna les talons avant que les Ri-komos ne le découvrent. Le jeune voleur fut accueilli par un silencieux groupe de onze soldats volontaires et d’un Zodiac-kun.
—On dirait un nid de Ri-komos, dit Haruhiro. Il y en a tout un tas. Plus que dix ou vingt. Foncer dedans serrait, eh bien, quelque chose que je ne voudrais pas faire. Pour ma part.
—Hmm… dit Tokimune avec un air pensif sur son visage.
—Laissez-moi faire, dit Tada qui avait les lunettes rayonnantes à cause de la lumière des lanternes. D’après ce que j’ai vu, les Ri-komos n’attaqueront pas. Je vais y aller et vérifier ça. Vous, soyez au moins prêt à courir si besoin.
—Une minute, dit Ranta avec un demi-sourire de défi qui était plutôt un mix entre de la peur et de la bravoure. On ne peut pas laisser les Tokkis tout faire pour nous. Laisse-moi venir avec toi.
—… Kehe… Abandonne… Ranta… Keheh… Tu peux essayer d’avoir l’air cool, mais tu ne le seras jamais…
—C’est pas vrai ! J’étais putain de cool à l’instant, non ?! cria Ranta. J’étais à un tel niveau qu’on aurait pu tomber raide dingue de moi sans le vouloir, pas vrai ? Hein ? Allez ? Pas vrai ?
Ranta regarda les filles. Il reçut des regards glacés à la place d’une réponse.
—Non, um… Haruhiro se frotta la tête. C’est clairement risqué, donc peut être que tu devrais laisser tomber ?
—Non. Tada réajusta ses lunettes avec son index gauche. Absolument pas. Écoute, Tokimune. Si ça tourne au vinaigre, enfuis-toi sans moi.
—D’accord, dit Tokimune. OK, faisons ça.
—Il a accepté ça facilement… marmonna Kuzaku.
—T’es OK avec ça, ouai, Haruhiro ? demanda Tokimune
Le fait que Tokimune lui demande son avis fut en soi une grosse surprise.
—Okay, tu peux y aller, Tada.
Enfin, j’ai toujours pas donné ma réponse, peut-être ? pensa Haruhiro.
Tada posa sa masse de guerres sur son épaule et il chantonna tandis qu’il s’en allait d’un pas nonchalant.
—À-Attends, attends ! Moi aussi ! Moi aussi !
Ranta et Zodiac-kun lui emboitèrent le pas.
—Wow…
Yume observa la scène, abasourdie. Merry se racla la gorge. Elle avait dû vouloir essayer de se calmer. Haruhiro soupira. Il semblait ponctué tout et n’importe quoi avec un soupir. Les soupires étaient les seules choses en lesquelles il pouvait croire. Non, ce n’était pas une question de croire ou de ne pas croire. Seulement…
—Je vais suivre Tada-san un petit peu en retrait, dit-il. Tokimune-san, juste au cas où, fais en sorte que tout le monde soit prêt à courir
—Okay. Acquiesça Tokimune. Merci de te donner autant de mal.
—Haruhiro.
Mimorin hocha la tête vers lui sans la moindre expression. Vis.
—…Ok.
Il était au moins content qu’elle s’accroche à lui. Non, peut-être pas tant que ça. Haruhiro resta trois mètres derrière Ranta et Zodiac-kun.
Tada était toujours en train de fredonner. Ce gars était bien trop heureux d’être ici. Il devait lui manquer une case. Celui qui avait l’air normal n’était pas juste fou, il était le plus fou de tous. C’est finalement comme ça qu’étaient les membres de ce groupe.
On aurait dit que Tada se dirigeait vers une sympathique balade, mais Haruhiro était sur le qui-vive. Ranta se comportait lui aussi joyeusement. Il était complètement terrifié. Comparée à Tada, l’attitude de Ranta était presque mignonne.
C’était une toute nouvelle pensée pour Haruhiro. Ranta qui était mignon.
Tada ne s’arrêta pas une seule fois, ni ne ralentit, avant d’entrer dans le nid. Ranta était hésitant, mais Zodiac-kun le poussa de derrière.
—Whoa… Hé ! Zodiac-kun ?! Arrête ?! J’ai besoin d’être prêt mentalement avant de faire ça, tu sais ça ?!
—… Kehe… Ferme-là et meurs…
—Je vais pas mouriiiiiiiiir… !
—Ranta, l’avertit Haruhiro, même si c’était déjà trop tard, T’es trop bruyant, mec.
—Whoa ?!
Ranta sauta.
—Haha ! Dis Tada en se retournant et balançant sa masse dans les airs. Vous inquiétez pas ! Y’a pas de problèmes ! Si j’ai vu juste, les Ri-komos ne viendront pas et ne nous attaqueront pas !
Les voix des Ri-komos— s’étaient arrêtées. C’était silencieux.
—Voyez ? fanfaronna Tada en se tournant vers le nid. Comme je le pensais. Ces gars sont des trouillards. C’est pas vraiment des combattants.
—Non, mais, Tada-san, t’en as tué un dans l’autre salle, dit Haruhiro.
—C’est là que je m’en suis rendu compte, dit-il avec confiance. Au moment où je l’ai frappé ? Je savais que ce gars était faible.
—Donc, c’’est un comme une sorte de… comment je pourrais dire ça… ? Un instinct, huh ? demanda Haruhiro
—La vie, mec, dit Tada. C’est pas vraiment une question de raisons.
—Ohh ! Ranta tomba sur un genoux en accrochant sa poitrine. Une grande phrase est née ! T’as raison ! « La vie n’est pas une question de raisons », c’est ça ?! Tada-san, t’es génial !
—Arrête de me couvrir de fleurs. Tada frappa sa masse sur son épaule tandis qu’il réajustait ses lunettes. Je vais attraper ta stupidité !
—Whahaha ! Non, non, nooooon ! Te revoilà, le toi de tout à l’heure, Tada-saaaan !
Qu’est-ce qui se passe avec ces deux-là ? Pensa Haruhiro. Ranta a toujours été un idiot, mais peut-être que Tada en est un lui aussi ? Est-ce qu’ils sont tous les deux idiots ?
Le Ri-komo demeurait silencieux sans montrer le moindre singe d’un quelconque mouvement. Enfin, cela dit, ça pourrait être le calme avant la tempête, peut-être ? Haruhiro, pour tout dire, ne se sentait pas du tout en sécurité.
—Haruhiro, tu viens, toi aussi, Tada lui fit signe.
—… Je pense que je ferais mieux de ne pas venir.
—Allez bouge-toi de venir ici, dit Tada.
—Ouais, Parupiroooo, beugla Ranta. Fais pas ta poule mouillée avec nous, espèce d’idiot !
—Bouge-toi, dit Tada. Ou je je vais t’écraser.
—Si tu me frappes avec ce truc, je pourrais facilement en mourir, tu sais… marmonna Haruhiro.
Il n’était probablement pas sérieux. Mais, vu qu’il parlait de Tada, Haruhiro ne pouvait pas en être sûr, donc il n’avait d’autre choix que d’avancer.
Haruhiro entra difficilement dans le nid. Effectivement, le Ri-komo qu’ils avaient rencontré dans une des salles précédentes n’avait pas été très résistant. Cependant, si les Ri-komos se ramenaient ici en masse, ils pourraient devenir une menace. Ou plutôt, étant donné la différence numérique, Haruhiro et les deux autres se feraient émincer en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Il pouvait sentir la mort si proche de lui. Mimorin lui avait dit de vivre, mais cela pourrait ne pas être possible. Ou peut-être que si.
Les Ri-komos n’avaient pas bougé après tout. Leurs voix s’étaient tues.
—Ranta. Tada indiqua le chemin par lequel ils étaient arrivés avec son menton. Va appeler Tokimune. Haruhiro et moi on va rester ici.
—Oui, m’sieur ! hurla Ranta.
—…Kehehe… Tu es comme une marmotte, Ranta… Kehehe… ça te va bien… Kehehehe…
—La ferme ! C’est bon ! Tada est l’homme avec la citation du jour ! Ranta fit une déclaration insensée avant de s’enfuir dans le chemin. Zodiac-kun le suivit.
—Désormais Haruhiro était seul avec Tada. Non… Il y avait un tas de Ri-komos qui les entouraient. Il était difficile de dire qu’ils étaient seuls.
—Haruhiro.
—… Quoi ?
Tada ne dit rien l’instant d’après. Un moment passa avant qu’il ne dise,
—Prends bien soin de Mimori pour moi.
—… Pardon ?
—Elle plus grande que moi, et ses goûts sont plus que discutables, et je n’ai jamais su ce à quoi elle pensait, et elle ne m’a pas laissé l’appeler Mimorin, et elle me tape sur les nerfs, mais on reste des camarades, dit Tada.
—Non… c’est pas à moi de demander ça, dit Haruhiro.
—Tu n’es pas satisfait ?
—Huh ? Non, je ne pense pas que le problème soit là…
—Ses seins sont énormes, mec, dit Tada. Bien qu’elle soit énorme en général.
—Je ne pense pas que ça rentre en jeu, dit Haruhiro.
—Ça compte, dit Tada avec certitude. Mec, tu te moques des seins, mais tu pleureras pour eux plus tard.
—Ah bon vraiment ?
—Quoi ? Tu n’as jamais pleuré pour des seins ? demanda Tada.
—… Jamais.
—Moi oui.
—Huh.
—Tu ne vas pas demander pourquoi ? demanda Tada. Tu ne vas pas demander tous les détails ?
—T’as envie d’en parler ? demanda Haruhiro.
—Bien sûr que non putain, s’énerva Tada. C’est mes affaires à moi. Il doit te manquer une case, mec.
T’es le dernier gars qui pourrait me dire ça.
Haruhiro observa les environs. Les Ri-komos restaient silencieux.
—Ne me dis pas… que t’as fait en sorte qu’on soit seul juste pour pouvoir dire ça ? demanda Haruhiro.
—Ouais, dit Tada. Ne dis pas que je l’ai fait « juste » pour ça. C’est une grosse affaire, tu comprends ?
—Je n’ai pas de sentiments particuliers pour elle, donc voilà quoi, dit Haruhiro.
—Tu es très clair sur ça, huh. T’es un gars honnête. Si t’es aussi aimable, comment ça se fait que ce soit le bordel dans ta tête ? C’est quoi ton problème ?
—C’est quoi le problème avec toi, plutôt, dit Haruhiro.
Peu de temps après, Ranta revint avec Tokimune et les autres. Ranta, Zodiac-kun, et les Tokkis entrèrent dans le nid comme dans un bar, mais Kuzaku, Shihoru, Yume et Merry étaient timides.
C’est normal, pensa Haruhiro. C’est réconfortant de voir ça. La normalité est bien. La normalité c’est le meilleur.
—Ohh. Tokimune ombragea ses yeux avec une main et fit le tour de la salle du regard. C’est le nid des Ri-komos, huh. Hmm. Il y en a tout un tas.
Les Ri-komos étaient restés silencieux pendant tout ce temps, mais désormais ils faisaient un vacarme assourdissant. Haruhiro était empli d’inquiétudes.
—Qu… Qu’est-ce qu’on fait ? bégaya-t-il.
—À partir de maintenant On fonce dans le tas, ça me semble évident, dit Tokimune.
—… Je me disais bien, marmonna Haruhiro.
—Tu veux repartir en arrière ? Alors fais-le. Nous on reste. En vrai, on va même aller encore plus loin, tu sais ?
Tokimune était en train de dire qu’ils n’avaient pas besoin d’Haruhiro pour progresser dans leur exploration. Si Haruhiro avait envie de se retirer, les Tokkis continueraient leur exploration seuls.
—Allons-y, dit Haruhiro.
—On n’a pas vraiment le choix, dit Tokimune avec ses dents blanches resplendissantes.
Je peux pas m’empêcher de me dire qu’on m’a un peu coincé là, pensa Haruhiro, frustré. Tout se déroule au rythme des Tokkis. Mais si je rentre en conflit avec eux pour le contrôle, je ne vois pas comment je pourrais me placer au sommet. Est-ce que je ne peux que suivre le mouvement ?
Si les Ri-komos décidaient d’éradiquer les intrus, Haruhiro et les autres— -à cet instant, ce serait la fin. Il était dur de penser à autre chose que leur totale annihilation.
En prenant la lanterne de Kuzaku et en avançant en deux colonnes, Haruhiro se demanda si tout le monde comprenait ça. Ce n’était pas comme s’ils n’avaient aucun sens du danger. Ils étaient en train de prendre un risque calculé. C’était probablement parfaitement naturel pour les Tokkis.
Donc ils sont comme ça… pensa Haruhiro.
Ils étaient le genre de personne fait pour être des soldats volontaires. Pas des gens ennuyants et quelconques comme Haruhiro, mais des gens comme les Tokkis, ou, eh bien, comme Ranta, qui était un peu limite sur les bords.
Haruhiro était mal adapté à ce qu’il faisait. Y avait-il un sens à faire ce qu’il pouvait, qu’il soit fait pour ça ou non ? Ou y avait-il des tâches qu’il pouvait accomplir justement parce qu’il n’était pas fait pour ça ?
Les Ri-komos embusqués ne montraient aucun signe de relâchement—, mais ils n’entreprirent aucune autre action.
—Si c’était juste ces gars, Tokimune tendit son cou tout en parlant, ils se feraient écraser en un rien de temps. Le Trou-Ô-Merveilles n’est pas un endroit qui pardonne.
Haruhiro comprenait plus ou moins ce qu’il voulait dire. Le Trou-Ô-Merveilles était un endroit où seuls les meilleurs survivaient, où les puissants dévoraient les faibles. Les créatures qui ne pouvaient pas défendre leurs nids se feraient rapidement exterminer.
Même les trois demi-humains, qui étaient vus comme les races les plus faibles du Trou-Ô-Merveilles, pouvaient se montrer assez féroces selon l’ennemi auquel ils faisaient face. Les Ri-komos, cependant, d’après la première impression qu’en avait eue Haruhiro, étaient trop passifs, et trop faibles.
Le chemin s’étendait devant eux. Il y avait des ouvertures pour tourner à gauche, à droite, et à droite, dans cet ordre, mais Tokimune les ignora et marcha droit devant. Et puis ils arrivèrent à une jonction en T.
Les Ri-komos faisaient beaucoup de bruits, mais ils n’attaquaient pas.
Haruhiro et les autres tournèrent vers la gauche.
Il y avait des ouvertures pour tourner sur la gauche. Quand ils passèrent devant, ils s’arrêtèrent pour observer cette faible lueur. Ils n’entendirent plus les voix des Ri-komos.
—Est-ce que c’est la fin du nid ? murmura Haruhiro.
Tokimune désigna quelque chose devant lui.
—Nah, il y a un chemin. Et avec ça—
—Ouais.
Je sais, pensa Haruhiro. Le vent.
Il y avait un courant d’air qui venait de devant eux. Il était juste d’appeler cela du vent. Haruhiro n’avait pas été relâché, mais il se tendit tout à coup pour quelque chose Il ne savait pas qu’elle en était la raison. Haruhiro n’avait pas une base claire pour le savoir, mais les attentes d’Haruhiro étaient plutôt portées vers des bâtiments. Pour on ne sait quelle raison, tous semblaient s’attendre à ça. Le chemin commença à se tordre. Ça, et il développa une légère pente. Vers le haut.
—Huh ? Ranta éleva sa voix en regardant à gauche, à droite et derrière lui. Zodiac-kun est parti…
—T’es à court de temps non ? demanda Yume.
—Ça peut pas être ça. Hmm… Ranta pencha sa tête sur le côté. Bah, pas grave.
Pas grave ? Pensa Haruhiro pendant un moment. Bon, je suppose que c’est pas grave, reconsidéra-t-il en se sentant un peu hâtif. Je veux atteindre le bout de ce chemin le plus vite possible. J’ai le sentiment qu’il y a quelque chose là-bas. Non, il y a vraiment quelque chose là-bas.
Le vent est froid.
Il y a de la lumière au-dessus.
La lumière est—
—Heh… grogna faiblement Inui. Nous sommes dehors, on pourrait dire ?
Dehors, pensa Haruhiro. Non, c’est absurde. Je veux dire, on est quand même pas mal en profondeur. C’est le sous-sol. On peut pas être dehors. Mais… cette lumière c’est comme si on était dehors. Et puis il y a ce vent.
—Ohhhhhhhhhh ! Je peux pas attendre ! Ranta fonça devant eux.
—Espèce de… ! Tada le poursuivit.
—Hahahahahaha ! Tokimune commença à courir alors qu’il était en train de rigoler.
—Pas juste ! Moi aussi, moi aussi, moi aussi ! hurla Kikkawa en les suivant.
—Heh… Inui s’en alla lui aussi.
—Hah ! There is no cure for cool ! Anna-san hurla quelque chose d’insultant et sprinta derrière eux. Et ensuite, j’y vais, moi aussi, vous savez ! Je dois y aller, yeah !
Mimorin était inexpressive, silencieuse, et marcha vers eux avec de grands pas.
Haruhiro regarda Kuzaku, Shihoru, Yume et Merry avant de se lancer à leur poursuite à petit footing. Il comprenait quel genre de sentiment Ranta est les autres étaient en train de ressentir, même s’il ne le voulait pas.
Après tout, et s’ils étaient vraiment dehors ? Il ne pensait pas que c’était ça, bien entendu. C’était impossible.
Mais… et la chance sur un million que ce soit ça ? Ce serait un évènement un peu majeur. Non, ça pourrait ne pas être un évènement « un peu majeur ». Tout du moins, pour le désolant Haruhiro, le gars médiocre qui faisait de son mieux, ce serait un événement majeur.
Même s’il ne courait pas à fond, il était à bout de souffle.
Dehors, pensa-t-il. Ahh.
—Wow ! s’exclama Haruhiro.
Le ciel. Il pouvait voir quelque chose qui ressemblait à un ciel.
—Hyohhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh ! Ranta laissa échapper un cri bizarre sous l’excitation.
—C’est ça cria Tokimune, qui était apparemment devant Tada.
—Haha ! rigola Tada.
—C’est quoi ce schwing au juste ? Dis Kikkawa
—Heh… Hahahahah ! Inui donna un grave rire de méchant.
—Oh, my God ! Oh, my God ! Anna-san était en train de perdre la tête.
Mimorin s‛était arrêtée juste à la sortie et était restée droite depuis. Le vent soufflait. Assez fort pour que les cheveux lisses de Mimorin soient emportés pas la brise.

Haruhiro s’arrêta à côté de Mimorin. Se…
Se trouver en face d’une scène comme celle-ci, et ne pouvoir dire que Ce… était un bon exemple de la médiocrité d’Haruhiro, et ça faisait mal.
—Fwahhhhhh… Yume avait sa bouche ouverte en grand.
—Je peux pas y croire, murmura Shihoru en prenant son chapeau dans sa main.
—Sérieusement ? Kuzaku plissa les yeux.
—C’est —
Merry secoua sa tête d’avant en arrière en tendant sa main vers Kuzaku avant de reprendre ses esprits et de reculer.
C’était la ciel.
Haruhiro et les autres étaient sous un ciel tenté d’un bleu profond d’un bleu avec de légères teintes de rouge, de violet, d’orange, de jaune, de rouge et de toutes les couleurs entre.
C’était un ciel du soir.
Derrière eux se trouvait un trou qui s’ouvrait sur la pente d’une colline, et le ciel s’étendait dans toutes les directions. Ils voyaient le ciel du crépuscule pratiquement tous les jours, mais c’était différent. Les nuances étaient trop vibrantes. Non, ce n’était pas tout. Le soleil se levait à l’est et se couchait à l’ouest. Quand le soleil se couchait, c’était la partie ouest du ciel qui était rouge. Quand le soleil se levait, c’était l’inverse. Mais pas dans ce ciel.
Il ne pouvait pas déterminer les directions cardinales, mais c’était rouge partout, avec du jaune aussi.
Il n’y avait aucun signe d’un quelconque soleil.
C’était presque comme si le ciel avait été éclaboussé pas différentes peintures.
Ranta et tous les Tokkis excepté Mimorin étaient tous en train de courir sur le plateau recouvert d’herbe. Il y avait des sortes de piliers blanchâtres parsemés sur la colline.
Haruhiro remarqua que Tokimune, les autres et les piliers n’avaient pas d’ombres. Bien entendu, il en était de même pour Haruhiro.
—Non, chuchota Mimorin. Ce n’est pas notre monde.
—Ouais, confirma Haruhiro. C’est un autre monde.
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