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Chapitre 3

Chemin vers L’Inconnu

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~16 min

Le trou faisait à peu près trois mètres de large, donc ils décidèrent d’y pénétrer deux par deux. Les Tokkis auraient pour guide Tokimune, le paladin, suivi de Kikkawa, le guerrier, puis de Anna-san, la prêtresse anciennement mage, puis par le porteur de lunette Tada, le prêtre qui avait été un voleur, puis par Mimori la Géante, la mage qui avait été une guerrière, et finalement, Inui avec son cache-œil, qui avait été un voleur puis un guerrier puis un chasseur.

Pour le groupe d’Haruhiro, lui-même prendrait les devants, suivi par Kuzaku le Tank, Ranta, Shihoru, Merry, et Yume dans cet ordre.

Haruhiro, Tokimune, Shihoru, Inui et Yume portaient chacun une lanterne devant, au milieu et à l’arrière du groupe pour maintenir une source de lumière suffisante. Une fois que l’ordre de passage fut déterminé, Tokimune se dirigea droit dans le trou.

—Bon, eh bien allons-y.

—A-A-Attends, Tokimune, c’est pas… Haruhiro se précipita à ses côtés.

On aurait dit que l’homme n’avait nullement l’intention de se retenir. Le trou s’étendait vers l’avant en ligne droite. Pour l’instant, ce n’était qu’un trou. Il ne ressentait rien de vivant à l’intérieur. Il ne semblait pas y avoir quelque chose là-dedans.

Ils continuèrent pendant peut être, quinze, vingt mètres comme ça. Et puis ils se heurtèrent à un mur.

—Oh,

Tokimune poussa gentiment le mur devant lui avec ses pieds.

—On dirait que la voie se sépare ici, huh.

—T’as raison. Haruhiro dirigea sa lanterne vers la gauche, puis vers la droite. Droite ou gauche, huh.

—Lequel tu préfères, Haruhiro ? demanda Tokimune.

—Plait-il ?

—Droite ou gauche ?

—Huh ? On se sépare ? demanda Haruhiro.

—Huh ? Pourquoi on resterait ensemble ? Après qu’on ait été assez chanceux pour trouver une bifurcation ?

—Err… dit Haruhiro.

Je comprends pas.

Haruhiro n’était pas du tout fatigué, mais il ferma les yeux.

Sa façon de penser, ou son mode opératoire, ou je sais pas quoi de ce gars, je le comprends pas . J’en peux plus. Si tu as deux groupes qui travaillent ensemble, ce serait pas mieux de pas se séparer ? Si on reste tous ensembles, ce serait plus prudent comme ça.

—Ce sera la gauche ! cria Ranta. La gauche c’est ce qui me va le mieux ! J’en suis sûr !

Je le comprends pas lui non plus.

Haruhiro n’avait aucune idée de pourquoi la gauche irait mieux à Ranta. Pas que cela l’intéressait non plus.

—D’accodac. Tokimune lui montra son pouce en l’air. On ira à droite du coup.

Les mots venaient à peine de s’échapper de sa bouche que les Tokkis se dirigeaient vers le chemin qui partait vers la droite. L’un d’entre eux avait même entamé un petit chant.

C’est probablement le gars aux lunettes Tada, pensa Haruhiro. Ouais, il a l’air normal, mais c’est un taré lui aussi. Son histoire de guerrier qui se transforme en prêtre tient pas debout déjà…

—On y va nous aussi… ! beugla Ranta.

Ranta ne tenait pas sur place. Ou, pour être plus précis, il n’y avait que Ranta qui ne tenait pas sur place. Haruhiro soupira.

Je crois que je vais battre mon record de soupir aujourd’hui. Non, pas que j’ai compté, pensa-t-il.

—On va avancer prudemment, dit-il à son groupe.

—Je suis d’accord avec ça, dit Kuzaku.

—Je suis contre ! Contre ! Contre, tu entends ! hurla Ranta.

Ranta, ta gueule, pensa Haruhiro.

—Ça m’va d’y aller tout en douceur, dit Yume. Pas vraie Shihoru ? Merry ?

—…Ouais , dit Shihoru.

—Je suis d’accord, confirma Merry.

—La majorité est pour, donc, dit Haruhiro en soupirant pour calmer ses esprits. Ranta, ferme-là un peu tu veux.

—Impossible, s’énerva Ranta. Je préfèrerais mourir que de la fermer, ordure.

—Ouais, si tu veux… marmonna Haruhiro.

En ne lui accordant pas plus d’attention, Haruhiro utilisa Camouflage pour progresser dans le chemin de gauche. Les lanternes étaient ses seules sources de lumière. Quand tout était sombre, il se reposait plus sur ses oreilles que sur ses yeux. On aurait dit que Ranta avait au moins compris cela, donc il garda sa bouche fermée.

Il fait trois mètres de large, comme avant, pensa Haruhiro. Deux mètres de haut aussi. C’est pareil en gros. Je dirais pas que le sol est lisse ; il est irrégulier, mais pas assez pour que ce soit difficile d’y marcher. Les murs sont comme ça aussi.

Ce n’était pas un trou naturel. Il est clair que quelque chose l’a creusé. Ça signifie qu’il y a quelque chose là-dedans. Le chemin tourne légèrement vers la droite maintenant…

—Boo ! cria soudainement Ranta l’attardé.

—Eek !

—Mrrow ?!

—Eep ! cria Shihoru.

Toutes les filles crièrent de stupeur, faisant rire Ranta comme un idiot.

—Gwohyehhyehhyeh . Quelle bande de lopettes !

—S-Sérieux ! cria Yume les larmes aux yeux. Ça m’a fait super peur ! Abruti ! Abruti de Ranta !

—Si seulement il pouvait mourir, marmonna Shihoru avec un ton effrayé.

—Ô lumière, puis la divine protection de Lumiaris te protéger… Merry dessina le signe de l’hexagramme. Pose une malédiction sur Ranta.

—Comme si ça allait marcher ! Je vais carrément bien ! déclara Ranta en caquetant.

—Je dois respecter ce gars, d’une certaine façon, dit Kuzaku en souriant un petit peu.

—Attendez, une seconde… dit Haruhiro en soupirant. Ranta, invoque Zodiac-kun maintenant. Toi t’es inutile— non, pire qu’inutile— pour ça, mais Zodiac-kun lui au moins nous dira si quelque chose approche… S’il en a envie bien entendu.

—C’est quoi cette attitude condescendante ? demanda Ranta. Implore-moi de le faire. « S’il te plait invoque Zodiac-kun, Ranta, je t’en supplie ». Incline-toi et dis-le comme ça.

—Si Zodiac-kun était là, on aurait pas besoin de toi, dit Yume. On sait pourquoi tu veux pas l’invoquer du coup. Vu que ça rend ton existence inutile, et tout ça.

—Bien sûr que non, s’énerva Ranta. Très bien. Si vous insistez, pourquoi je l’invoquerais pas ? Laissez-moi vous le dire, bande d’ignorants. Zodiac-kun n’est rien de plus qu’une part de moi-même, et il fera uniquement ce que je lui ordonne. Si vous voulez que Zodiac-kun fasse quoi que ce soit, vous feriez mieux de faire comme je vous dis. Vous comprenez ça, les blaireaux ?

—Ô ténèbres, Ô Seigneur des Vices, Appel du Démon !

En face de Ranta, quelque chose comme un nuage noirâtre et violacé apparut. Le nuage tourbillonna pour former un vortex avant de prendre une forme familière. Il avait la forme d’une personne avec drap violet qui couvrait sa tête, avec deux trous pour les yeux. En dessous d’eux, il y avait une bouche en forme de balafre. Dans sa main droite se tenait quelque chose qui ressemblait à un couteau incurvé, tandis que sa main gauche tenait une sorte de massue.

Le démon familier du chevalier noir Ranta, Zodiac-kun, avait été plus mignon dans ses précédentes incarnations. Même s’il n’avait pas été comme Anna-san, il avait été un peu comme une mascotte.

Zodiac-kun avait changé quand Ranta avait accumulé assez de vices. Désormais, la forme du démon était plus humaine, et ses jambes étaient étrangement détaillées, avec ses cuisses, ses genoux, ses mollets, ainsi que ses pieds, en dépit du fait qu’il flottait en permanence. Pour être honnête, c’était adorablement répugnant, ou peut être juste répugnant.

—…Kehe…Kehehehehe… Ne m’appelle pas, Ranta, espèce de déjection… Souffre pendant mille ans puis meurs…

—Quoi, c’est ça que j’ai en retour ?! beugla Ranta.

Aussi bizarre que pouvait avoir l’air Zodiac-kun, il ne perdait jamais de temps pour insulter et rabaisser Ranta, ce qu’Haruhiro et les autres avaient plaisir à voir.

—On compte sur toi, Zodiac-kun, s’exclama Haruhiro.

Zodiac-kun hocha la tête sans répondre. Les démons avaient la ferme conviction de ne parler qu’à leurs chevaliers noirs et pas aux autres apparemment.

—Whahahah, Ranta en rigola. Tu t’es pris un vent. Prends ça !

—… Ehehehe… Ehe… Haruhiro… caqueta le démon.

—Huh ? dit Haruhiro.

C’était la première fois que le démon l’appelait par son nom, donc il était surpris. Quand il se retourna, Zodiac-kun faisait face à Haruhiro.

—… Tu vis… Kehe… Kehehehehehehe… Ranta peut mourir… Keheheheheheh…

—Gauuun !

Ranta fit un étrange effet sonore. Celui-là devait l’avoir atteint gravement.

—Zodiac-kun, t’es un bon garçon !

Yume se précipita de lui caresser le dos.

—…Kehe… Kehehehehe… Kehe… Kehehehe…

Zodiac-kun était en train d’essayer de cacher son visage à Yume, mais il semblait heureux.

—… P-P-Putain… !

Ranta était tombé à la renverse et il grinçait des dents.

—Zodiac-kun est censé appartenir à moi et à moi seul ! Tu n’es plus le Zodiac-kun que je connais !

—… Ehehehe… Ranta.

—Quoi, Zodiac-kun… ? C’est un petit peu tard ! J’ai pas envie de t’entendre me supplier de te pardonner !

—… Regarde… Kekeke… Ils m’apprécient… Keheheheh… Pas comme toi…

—Guaughhhhhhhhhhhhhhhhh… ?! gémit Ranta.

Jolie celle-là, Zodiac-kun, pensa Haruhiro. Zodiac-kun pourrait bien être le seul capable de porter des coups efficaces au mental de Ranta.

Grâce à Zodiac-kun, Haruhiro se sentait un tout petit mieux maintenant. Bien que celui-ci était assez méchant avec lui, il pouvait quelques fois tout faire pour protéger Ranta. Il se disait que la précision des alertes qu’il chuchotait à Ranta quand il sentait un danger imminent augmentait à mesure que ses vices s’accumulaient. Bien que, c’était une créature capricieuse, donc du moment qu’ils ne se reposaient pas trop sur lui, il pouvait être une aide bienvenue.

Le chemin continue de tourner vers la droite, pensa Haruhiro en avançant. Il n’y a pas d’inclinaison. La hauteur et la largeur n’ont pas changé. Je ne ressens personne d’autre ici.

Non. Devant nous, je peux voir quelque chose.

Haruhiro avala sa salive.

—De la lumière ? dit-il à haute voix.

—Tu crois qu’il y a quelque chose là-bas ? Demans Kuzaku en posant sa main sur la garde de son épée.

—… On se prépare au combat ? demanda Yume en chuchotant.

Phew, il entendit Merry exhaler. Elle venait probablement de vérifier l’hexagramme lumineux sur son poignet gauche. Protection ne s’était pas encore dissipée.

—Ils sont là ? Ils sont là, ils sont là ? Ranta se lécha les lèvres. Ils sont enfin, finalement là ? A quoi ils ressemblent ?

—… Kehehehehe… Ces ennemies… Ranta… Vont te tuer… Kehehehehe…

—Écoute, Zodiac-kun, si je meurs, tu disparais toi aussi, tu piges ça ? grogna Ranta.

—Mais… Ce serait pas… Shihoru semblait s’en être rendu compte.

C’est vrai.

Haruhiro les appela.

—Tokimune !

—Hé, la réponse vint immédiatement.

La lumière venait des leurs lanternes.

Quand ils avancèrent, les Tokkis étaient tous en train de les attendre. Pour résumer ce qu’il venait de se passer, quand ils s’enfoncèrent dans le premier trou, celui-ci s’était séparé en deux, un chemin vers la droite et un vers la gauche. Ces deux chemins avaient formé un cercle avant de se rejoindre ici.

Cependant, il était trop tôt pour être déçu. D’autres choses les attendaient.

—Droite ou gauche, c’était tout pareil, huh, dit Tada avec ses lunettes qui rayonnaient Enfin, pour dire vrai, on aurait juste dit qu’elles rayonnaient à cause du reflet de la lumière des lanternes.

—On dirait bien, yeah, dit fièrement Anna-san en tenant son carnet.

Il y avait quelque chose de dessiner à l’intérieur. On aurait dit un cercle déformé, mais avec de petites lignes tordues qui allaient et partaient du cercle.

—Erm…

Haruhiro hésita en regardant Anna-san dans les yeux.

—Qu’est-ce que c’est ?

—Une carte, yeah ! hurla Anna-san. Ça ressemble à quoi d’autre ?! Attends, vous là vous dessinez pas de carte ?! Inutile !

—On est rentré ici, et… Kikkawa désigna tout d’abord la ligne tordue qui descendait, puis celle qui montait là où le cercle déformé se rejoignait, … c’est là qu’on est maintenant ! Continue comme ça, Anna-san ! C’est une carte parfaite !

—Y a quoi de si parfait là-dedans ? se plaignit Ranta l’air contrarié.

Cette fois-ci, Haruhiro se devait d’être d’accord avec Ranta — mais, évidemment, il resta silencieux.

—L’imbécile de Ranta est tellement débile qu’il ne peut pas lire des cartes, yeah, provoqua Anna-san. Idiot, idiot.

—Les yeux du cœur… dit Inui avec un léger sourire tout en réajustant son cache-œil. Tu dois lire les cartes d’Anna-san avec le yeux de ton cœur… Heh…

Non, ça veut rien dire, pensa Haruhiro.

J’ai une montagne de choses à dire. Mais je vais me taire. Je vais juste m’exposer à plus de non-sens sinon. Je dois juste m’y habituer, pensa Haruhiro. Est-ce qu’on peut s’habituer à ça… ?

—Pour l’instant, continuons d’avancer, OK ?

Tokimune leur offrit un pouce en l’air avec un œil fermé.

—Oh, bien sûr, on peut faire ça… dit Haruhiro.

On ferait mieux de se bouger, ou ils vont nous laisser derrière, pensa-t-il. Je suis pas si sûr que ça m’arrangerait d’être laissé derrière à ce stade, mais, non, non, non, on vient juste de commencer l’exploration. En plus, on a rien trouvé d’intéressant encore.

Ils continuèrent d’avancer en deux colonnes, comme avant, quand Haruhiro commença à remarquer que le chemin se mettait à pencher. Il y avait une légère inclinaison vers le bas.

—C’est en train de descendre, pas vrai ? demanda Haruhiro.

—Ouaip. Tokimune semblait prendre son pied. J’ai un bon pressentiment. Genre comme si un truc allait arriver dans pas longtemps.

—J’espère pour toi, pensa Haruhiro. Du moment que c’est pas dangereux.

L’inclinaison s’amplifia, puis le chemin dévia sec vers la gauche. À partir de là, ils continuèrent à avancer gentiment vers la gauche. La pente était toujours dirigée vers le bas.

—Anna-san, dit le porteur de lunettes Tada. Tu crois que tu peux contenir ta vessie ?

—T-T-T-T-T-Tout va bien ! Je vais plus jamais me faire dessus, yeah ?!

—… Donc elle l’a déjà fait avant, chuchota Kuzaku.

—L-Li-l bit ! Juste un petit peu, yeah ! Une fois seulement, OK ?!

—Gehehehe ! Ranta rigola vulgairement. Tu t’es faite dessus ! T’es quoi, une petite gamine ?!

—Frisette, Tokimune rigola sans se retourner et il dit, Ne t’ai-je pas dis de ne pas embêter notre Anna-san ?

—D-Désolé ! Je ferai plus attention ! Ça arrivera plus ! répondit immédiatement Ranta.

—…Kehe… Maintenant… fais-toi couper en rondelle… Ranta… Kehehehehhehe…

—T’sais peut-être, gloussa Yume. Ce s’rait mieux de laisser Ranta avec les Tokkis pendant un petit moment. Comme ça il se calmera un peu, vous pensez pas ?

—Pourquoi pendant « un petit moment » ? Laissons-le pour toujours, dit Shihoru avec un sourire.

—Ouais, agréa froidement Merry.

—Aw, les amis. Kikkawa claqua des doigts pour on ne sait quelle raison. Chais pas trop pour ça. On en veut pas vraiment, v’savez ? Je veux dire, vous savez comment est Ranta ? Je pense que c’est un gars amusant, mais… comment dire ? C’est le genre de type qui est mieux quand, genre, tu le vois qu’une fois de temps en temps ?

—On le veut pas. Mimori la Géante coupa court à la discussion.

—Oh, fermez-la ! J’ai pas envie de faire partie de votre groupe de dégénéré non plus ! beugla Ranta.

—… Ehe… Ehehe… Ne te laisse pas abattre… Eheheh… Ranta…

—Z-Zodiac-kun, frérot… est-ce que tu essaies de me réconforter ?

—… Souviens-toi… Kehe… Le monde entier te déteste… Ça ne devrait pas être assez pour t’abattre…

—C’est pour ça ?! cria Ranta.

Ugh, il me fout tellement les nerfs, pensa Haruhiro.

Il n’avait pas encore baissé sa garde… du moment que lui n’était pas concerné. Il ne pouvait pas s’empêcher de se demander s’il en faisait assez, mais c’était dur de rester concentré.

Ne me rejetez pas la faute si ça part en vrille, OK ?

Après quelques minutes de marche, ils arrivèrent devant une autre bifurcation.

Tout droit ou à gauche, nota Haruhiro. Je suppose qu’on va encore se séparer—

Mais Tokimune proposa autre chose.

—En premier, on va essayer d’aller à tout droit. Tous ensemble.

—…Huh ? dit Haruhiro abasourdi. D’accord. C’est ce que tu veux faire ?

—Ouais, dit l’homme. J’ai l’impression que c’est le bon choix.

—Erm… tu te bases sur quoi pour dire ça ? demanda Haruhiro.

—Une base ? Hmm. Tokimune exposa ses dents blanches à Haruhiro. Une intuition, je dirais ?

Sérieusement ? Pensa Haruhiro. C’est quoi ça ? C’est un peu au pif. Ahh, j’ai envie de me plaindre.

Mais les Tokkis semblaient avoir confiance dans le jugement de Tokimune, et ils se préparèrent sans attendre. Cela voulait-il dire que le jugement de Tokimune portait souvent ses fruits ? Si c’était le cas, Haruhiro considéra de lui faire confiance lui aussi.

Quand ils continuèrent tout droit sur le chemin, ils atterrirent dans une salle rectangulaire. Peut-être que ce n’était pas vraiment une salle et plus une section du tunnel plus large, donc cela ressemblait un peu à une salle— Non, il y avait plus que ça à l’intérieur.

—Nous y voilà, Haruhiro, dit Tokimune en frappant avec entrain le dos d’Haruhiro. C’est de ça que je parle. Tu devrais avoir ce genre d’intuition.

—C-C’est quoi ces choses ? bafouilla Haruhiro.

Les murs, et le sol près des murs — ce sont pas des pierres, ces des objets mystérieux. Ils sont… accrochés… peut-être ? Il y en a partout. Assez pour que je n’ai pas envie de les compter. Ils font à peu près 30 centimètres de diamètre ? Ou plus gros ? Ça pourrait être 50 centimètres, peut-être plus. Ils sont ronds, et ils brillent un petit peu. Bleu, vert, jaune— ils brillent légèrement dans une grande variété de couleurs. Presque comme s’ils palpitaient.

—Vous savez…

La voix de Ranta était anormalement basse.

—… on dirait… qu’ils sont en vie, non ? Entre autres…

—Tu en as déjà vu avant ?

Haruhiro vérifia auprès de Tokimune, juste pour être sûr.

—Jamais, dit clairement Tokimune. Pas une seule fois.

Rien de comparable. C’est une expérience toute fraîche. Vraiment fraîche.

—… Ranta… chuchota le démon.

—Oh ? Qu’est-ce qu’il y a, Zodiac-kun ? demanda Ranta. Y’a un truc ?

—… Je vérifiais juste… si tu pouvais répondre… Kehehehehe…

—Pourquoi ça ?! hurla Ranta.

Zodiac-kun était-il seulement en train de vérifier s’il pouvait obtenir une réponse ? Zodiac-kun était capricieux. Même quand le démon essayait de leur dire quelque chose, il le faisait rarement d’une façon simple et directe. Cela ne leur ferait pas de mal de rester en alerte. Ces objets étaient aussi sur le mur près de l’entrée. Haruhiro se prépara à sortir sa dague en les observant attentivement.

Il y a une faible lumière verdâtre qui s’intensifie et qui diminue encore et encore, pensa Haruhiro. On dirait vraiment qu’ils sont en vie. Ils sont, genre, j’sais pas— comme des œufs. Les œufs ne brillent pas cela dit. Mais si tu plaçais une lumière à travers une coquille vraiment, vraiment très fine, je pense que ça y ressemblerait.

On dirait qu’il y a une sorte d’ombre dans la lumière verte, ajouta-t-il silencieusement. L’ombre à l’air de bouger.

—Qu’est-ce… qu’on fait ? demanda Haruhiro.

C’était en partie par ce qu’il voulait laisser la place à ses ainés, mais Haruhiro demandait à Tokimune quoi faire par rapport à tout. Cela pourrait être mieux de montrer un peu d’indépendance.

—On essaye de les casser ? suggéra Tokimune sans vraiment y croire.

—Huh ? demanda Haruhiro.

—Pour voir ce qu’il y a à l’intérieur, dit l’homme. Tu veux jeter un œil, pas vrai ?

Tokimune dégaina son épée et la planta immédiatement dans l’une des choses brillantes proches. Ils n’étaient apparemment pas si durs que ça. Il y eut un bruit ressemblant à une chaussure qui s’enfonçait dans un marécage. Tokimune écarta la coquille et il retira le contenu avec son épée.

—Oh ! s’exclama-t-il.

On aurait dit qu’il avait attrapé quelque chose. Tokimune agita sa main et il pêcha cette chose, quoi que cela puisse être. L’objet non identifié s’effondra sur le sol en passant par la brèche qu’avait ouverte le paladin. Avec un bruit sourd visqueux, il atterrit sur le sol.

Tout le monde retenait son souffle.

Tokimune s’agenouilla et illumina la chose avec sa lanterne. Il était toujours en train de bouger, bien que très peu. Cela ressemblait à un fœtus de mammifère, faisant peut-être 15 centimètres de large.

Il s’arrêta de bouger.

Il est mort… peut-être, pensa Haruhiro.

—Me demande ce que c’était, Tokimune observa son épée désormais recouverte entièrement de substance visqueuse. C’est une sorte de créature, ça au moins c’est clair et net. Faut croire que ce sont des œufs, après tout ? Genre, c’est un genre d’incubateur ?

—Il y a en a tout un tas, de ces œufs, dit le porteur de lunettes Tada en renâclant. S’ils éclosent tous, on va bien s’amuser.

—Des œufs, okay… Anna-san était en train de dessiner dans le carnet qui était apparemment son livre des cartes avec une expression sérieuse sur son visage.

Mimori la Géante s’accroupit près de Tokimune. Elle était en train d’analyser les restes du fœtus de la créature.

—T’en veux un pour toi ? demanda Tokimune.

—Pas vraiment, Mimori secoua sa tête. Est-ce que ça se mange ?

—Heh…

L’œil non couvert par le cache-œil d’Inui s’ouvrit soudainement en grand.

—Comme si on le savait !

Ce mec s’est soudainement énervé contre elle, pensa Haruhiro, surpris. Fallait vraiment s’énerver pour ça ? Je comprends pas du tout ce gars. Il fait flipper. Non, mais, les créatures en forme de fœtus dans leurs œufs sont plus effrayantes.

—On se les fait tous ? demanda Kikkawa aussi aisément que s’il suggérait de faire une petite pause.

—Il y en a trop. Ranta fit le tour de la salle avec ses yeux. Combien tu penses qu’il y en a ? On en aurait pour la journée.

—… Kehehe… Ranta… Tu dis des choses raisonnables… Tu vas mourir bientôt… Kehehehe…

—Me porte pas la poisse comme ça ! hurla Ranta.

—Ranta à raison pour celle-là. Tokimune se leva et haussa les épaules. Ça nous servirait à rien de tous les écraser. Genre, de toute façon, j’ai pas l’impression qu’ils vont éclore, si ? Probablement pas une menace.

—Pas ceux-là, en tout cas. Pas encore.

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