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Chapitre 5

C’est comme ça qu’on le ressent

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~16 min

Je le comprends, ça, donc j’ai fait de mon mieux, vous savez…? pensa Haruhiro. Bon, le plus que je pouvais, au moins.

Il avait essayé de parler aux soldats volontaires plus anciens que lui avec qui il avait parlé dans le passé pour leur demander des informations sur le sujet. Le fait que l’affable Shinohara et sa bande n’étaient pas venues au Sherry réduisait ses chances un petit peu —peut-être ?

Shinohara était généralement gentil et poli, bien entendu, et les autres membres d’Orion l’étaient aussi. S’il se présentait à eux et qu’il leur demandait poliment, sans trop leur en demander tout de même, ils lui diraient sûrement ce qu’ils savaient.

Bon, en dehors de Shinohara, la seule personne avec laquelle Haruhiro pouvait parler aisément était Kikkawa, le gars qui était arrivé en même temps que lui à Grimgar, mais qui était super avenant et qui avait un tas de connaissances.

Mais Kikkawa n’était pas là aujourd’hui, bien qu’Haruhiro le croisait assez souvent au Sherry.

Est-ce qu’il s’était lassé de cet endroit ?

En dépit des apparences, Kikkawa était membre d’un des plus anciens groupes de soldats volontaires, le groupe de Tokimune, donc il était allé bien plus loin qu’Haruhiro et son groupe.

En y repensant, il a mentionné quelque chose, je crois. Si je me souviens bien, un endroit qui s’appellerait le Trou des Merveilles serait leur principal terrain de chasse. C’est quelque part dans les Plaines Vent Vif (Quick Wind Plains), pas vrai ? Le Trou des Merveilles, huh ?

Haruhiro était assis dans le hall au premier étage de la baraque des soldats volontaires avec le dos appuyé sur le mur.

Ranta et Moguzo étaient rentrés dans leur chambre, et ils s’étaient endormis rapidement. C’était peut-être à cause de l’alcool, mais leurs ronflements étaient incroyablement bruyants. À cause de ça, Haruhiro n’avait pas pu s’endormir—Bien que cela n’était possiblement que l’une des nombreuses raisons qui l’empêchaient de dormir.

Il avait parlé à une poignée de soldats volontaires séniors qui avaient accepté la sommation, et d’après ce qu’ils lui avaient dit, tout le monde semblait optimiste quant à leurs chances de réussite pour la prise de l’Avant-Poste de Mortecrâne.

Quand il leur demanda pourquoi, c’était apparemment parce que Mortecrâne était tombé de nombreuses fois dans le passé. Ils pourraient garder cette place autant de temps qu’ils le voulaient. C’était juste que les renforts de la Forteresse de Rivefer étaient durs à contenir, alors ils avaient l’habitude de la déserter.

Même si les soldats volontaires les ignoraient, les orcs attaquaient dans de rares occasions Alterna. Même si l’incident comme celui avec Ish Dogran arrivait de temps à autre, cela n’allait pas perturber la cité fortifiée d’Alterna. Même si le pire des cas arrivait, si les orcs ramenaient une armée massive pour les attaquer, ils n’auraient qu’à barricader les portes et à tenir un siège.

Ils avaient des provisions. Ils pouvaient tout de même compter sur le support du Royaume d’Arakabia sur le continent. Vu que les orcs le savaient, ils n’ont jamais envoyé de vraies troupes de guerres à Alterna. La position orc qui était Mortecrâne était simplement un poste de surveillance avancé, et ils ne faisaient que surveiller les humains. Ils ne laissaient pas de force majeure à cet endroit, donc si les humains attaquaient subitement, il tomberait facilement.

Parce que c’était le consensus général, aucun soldat volontaire ne doutait de la réussite de la mission. Cela était acquis qu’ils avaient gagné Mortecrâne, vu qu’il n’y avait jamais eu de vraie attaque sur Rivefer avant, personne ne savait comment cela allait se passer avant d’avoir essayé.

Il semblerait cela dit que les gens pensaient que tout se passerait bien.

Après tout, il semblerait que l’Armée Frontalière avait mobilisé un effectif assez massif pour prendre Rivefer, et pour les soldats volontaires, Soma et ses Briseurs du Levant y participeraient, en plus d’autres clans influents. Cela pouvait fonctionner.

C’est ce que la plupart des soldats volontaires semblaient penser, et Haruhiro n’avait entendu personne être négatif sur le sujet.

Ça pourrait être sûr de le faire … Peut-être ? Après tout, c’était un or. Une pièce d’or. Converti en argent, c’était 100 pièces.

Récemment, Haruhiro et le groupe s’étaient rendus aux Mines de Cyrene. Il y eut des moments ou, dans les meilleurs jours, leurs gains quotidiens pouvaient s’élever à 30 argents chacun. Bien que, la plupart du temps, il était discutable de savoir s’ils allaient se faire 10 argents chacun ou non. Les talismans des anciens kobolds comme les contremaîtres se vendaient toujours pour environ 5 argents au minimum, alors leurs revenus étaient assez stables. Cependant, leurs dépenses quotidiennes avaient augmenté elles aussi. Tout le monde mangeait clairement mieux qu’avant. Ils buvaient, aussi, et ils sortaient de temps en temps pour acheter ceci et cela.

De ce qu’il avait entendu, bien qu’en combinant le paiement préventif et la récompense après réception cela leur revenait à un or pour chacun d’entre eux, chaque nuit où ils étaient retenus pour la mission leur rapporterait 30 argents chacun.

Cela voulait dire que, probablement, les hauts gradés voulaient en finir en un jour.

Un or en un jour.

C’était une grosse récompense. Une très grosse récompense.

C’était vraiment tentant.

Cela semblait être une bataille gagnable, et la récompense était vraiment séduisante, c’était donc pour ça qu’Haruhiro était aussi hésitant ? Après avoir quitté la Taverne de Sherry, il se dit qu’il devrait en parler à Merry. Ce n’était pas une chose qu’elle faisait tout le temps, mais Merry semblait avoir l’habitude de d’abord sortir avec tout le monde, puis de revenir à l’intérieur et de se reprendre une boisson toute seule. Il avait probablement une opportunité pour lui parler, mais Haruhiro ne fit rien. Pourquoi ça ?

Dans le bar —Non, ce n’était pas seulement ça— il ne savait pas quand cela avait commencé, mais récemment, Haruhiro sentait qu’un mur l’isolait. Un mur qui s’était érigé entre lui et ses camarades. Haruhiro avait l’impression d’être séparé de ses camarades par quelque chose qui ressemblait à un mur.

Cela devait être son imagination, ou plutôt, il psychotait un peu trop. Ça ne pouvait pas être Haruhiro seulement d’un côté et tous les autres à l’opposé. Mais, il y avait un gouffre entre eux.

C’était un fait.

Ses camarades commençaient à se forger de l’assurance. Dans les faits, Haruhiro pensait lui aussi qu’ils gagnaient en force. Quand ils étaient au troisième niveau des Mines de Cyrene, c’était en général assez facile, après tout. C’était en partie dû au fait qu’ils n’avaient plus besoin de se préoccuper de Taches de Mort, mais il avait le sentiment qu’ils ne pouvaient pas perdre. À leur niveau actuel, si Haruhiro et les autres tombaient sur un groupe de sept, non, huit gobelins, ils pourraient probablement les gérer. Aves les kobolds, cela dépendrait du nombre d’anciens, mais il y avait habituellement deux ou trois kobolds ordinaires pour chaque ancien. Même s’ils se retrouvaient face à trois anciens et cinq kobolds normaux, ils n’étaient pas tout à fait impuissants face à eux. Bien qu’Haruhiro ne voulait pas essayer pour le savoir.

C’est ça. Je veux éviter les risques le plus possible. La sécurité avant tout. En tant que leader, je garde toujours ça à l’esprit. Je ne veux pas que l’un d’entre nous se blesse. Je préférerais que ça arrive qu’exceptionnellement. Si possible, jamais. En vrai, jamais ça à l’air jouable. Quoi qu’il me fasse faire, j’aimerais que les risques restent à zéro. J’ai peur. Je veux dire, c’est effrayant. Tous les autres ont l’air calmes et posés. Moi, pas vraiment. Je n’ai pas l’impression que l’on va perdre, mais je suis toujours sur le qui-vive. Si on continue à se dire, « On peut le faire, on peut le faire, » j’ai peur que l’on finisse par se faire avoir. En vrai, quelque chose d’étrange pourrait arriver. L’un d’entre nous pourrait se manquer royalement. Je ne peux pas exclure cette probabilité.

—C’est un peu comme …

Haruhiro attrapa sa tête entre ses mains.

Comme si, vous savez … Je ne croyais pas… en mes camarades … ? Mais, plus important que ça, comme si je ne croyais pas en moi. Est-ce raisonnable ? Est-ce vraiment raisonnable qu’un gars comme moi soit le leader ?

Haruhiro se torturait de savoir si un quelconque groupe avec lui à sa tête arriverait à marcher droit. Cela dit, à cet instant, peut-être était-il en train de sur interpréter les choses ?

Ce n’était pas comme s’il avait échoué d’une quelconque façon qu’il soit. C’était juste que, il avait le sentiment qu’il allait se louper, et cela le pétrifiait, voilà ce qu’il en était.

Si je fais une erreur, et que —qu’est-ce qui se passerait si l’un de mes camarades se blessait ? Qu’est-ce qui se passerait s’ils mouraient ? Ces gens-là, ne pensent-ils vraiment pas à ça ? Si c’est le cas, ils ne seraient pas un peu naïfs ? Ils sont beaucoup trop optimistes. Au final, c’est sûrement parce qu’aucun d’entre eux n’est le leader. Ils ne sont pas dans une position ou ils ont des responsabilités, alors ils peuvent se la couler douce.

—Ahh… gémit Haruhiro.

C’est vraiment un poids tout ça. Bon, c’est toujours comme ça, cela dit. Peut-être que je devrais ne pas m’en préoccuper. Je n’ai pas besoin d’y réfléchir autant. En parlant de la sommation, j’ai qu’à faire un vote, et si tout le monde veut le faire, faisons-le. Je ne peux pas vraiment faire grand-chose de plus.

—Non, non…

Haruhiro secoua sa tête d’avant en arrière en la gardant entre ses mains.

C’est pas bon. Je dois faire plus attention que ça.

—Augh…

Alors qu’il était en train de gémir, il entendit des bruits de pas, mais ces bruits s’arrêtèrent instantanément. Vu qu’il était en train d’émettre d’étranges sons, celui à qui appartenaient ces bruits de pas devait avoir pensé qu’il était fou et dangereux.

Il releva la tête, et à l’autre bout du couloir, la fille avec les cheveux en bob se tenait là, avec les pieds rentrés en dedans.

—Ah,

Haruhiro relâcha sa tête et baissa les mains qui la tenaient.

—Erm…

La fille commença à marcher dans sa direction. Pas lentement et prudemment, comme si elle était intimidée, mais elle approchait d’un pas nonchalant.

Elle allait sûrement passer devant lui en l’ignorant. Eh bien, évidemment qu’elle allait faire ça. C’était indéniable, n’est-ce pas ? Pour commencer, pourquoi était-elle là en fait ?

L’heure du coucher était très largement dépassée. Il n’aurait jamais imaginé pouvoir la rencontrer. Il n’y avait pas pensé, mais peut-être que, au fond, il avait espérait la voir. Non, c’était exagéré de dire qu’il avait juste espéré la voir.

Je l’ai déjà vu une fois avant, alors peut-être que je vais la revoir.

Il ne pouvait pas dire que cette pensée n’avait pas traversé son esprit. Bien entendu, étant donné l’heure qu’il était, il n’y avait aucune garantie qu’il puisse la voir. Il n’aurait pas dû la rencontrer. Elle aurait dû dépasser Haruhiro sans lui parler. À la place, elle s’arrêta. Ensuite, comme s’il avait eu un petit moment d’hésitation, elle pencha légèrement sa tête vers lui. Et puis :

—…Salut, dit-elle, avec un ton extrêmement brusque.

Selon la personne à qui elle s’adressait, cette attitude aurait fait penser qu’elle cherchait la bagarre. Même Haruhiro s’énerva un petit peu.

C’est elle qui m’a salué ! Elle pourrait s’en aller n’importe quand maintenant, et pourtant elle ne l’a pas encore fait.

La fille ne fit aucun effort pour avoir un contact visuel avec Haruhiro. On aurait dit qu’elle voulait partir, mais s’en aller aussi rapidement serait étrange, alors elle ne savait pas quoi faire.

En vrai, sérieusement, tu peux t’en aller, ok… ? pensa Haruhiro.

Il le pensait vraiment, mais il voulait aussi au moins lui parler un petit peu. Enfin, ce n’est pas qu’il savait de quoi il voulait lui parler. Les mots ne lui venaient pas. Rien qui ressemblait à des mots ne sortit.

—Ha…Hahaha…

Incapable de sortir autre chose, il essaya de rire discrètement. La fille fit un léger sourire elle aussi.

Ah, réalisa-t-il . Elle va se barrer.

—Attends, » dit-il.

—Huh ?

Elle s’arrêta de marcher.

—…Quoi ?

—Rien …

Oh, mec. Qu’est-ce qu’y a maintenant ? Je me suis lancé et je l’ai stoppé. Mon esprit s’est complètement vidé. J’y crois pas. Je ne peux pas être complètement blanc. Mon visage, par contre, je suis sûr qu’il est plus blanc qu’un fantôme.

—B-Bah… Tu sais. C’était quoi le… ? Bah … Um, ce n’est rien … Vraiment.

—Ah, ok, dit-elle.

—O-Ouais.

—A plus.

Elle se retourna pour s’en aller.

—Ummmmm, écoute.

—Huh ?

—Huh ?! cria-t-il .

—Sérieusement, quoi ?

—Qu-Quoi ? Quoi … Je me demande quoi, balbutia-t-il.

—Er…En … Gros, Ouais, Uh… Hm …

Ouais, c’est pas bon. Qu’importe la façon dont on me regarde, je dois avoir l’air d’un mec chelou là maintenant, n’est-ce pas ? Je devrais peut- être m’excuser ? Dire que je suis désolé ? Ce serait pas bizarre ça aussi ? Trop soudain ? Ce serait nul ? Oh, mec, oh, mec, oh, mec.

—Heh …

Elle se couvrit la bouche avec sa manche.

Est-ce qu’on vient de … se foutre de moi ?

Avec sa manche qui couvrait encore la moitié inférieure de son visage, elle dit,

—T’es bizarre.

—Ah—bizarre ? Je suis bizarre, tu crois … ? essaya-t-il.

—Bizarre, dit-elle.

—Et flippant.

—Pas possible ?!

—Si, possible.

—Sérieusement ? Augh… Ça me fait un gros choc … grommela-t-il.

—Qu’est-ce qu’il y a ?

Elle le regarda de haut en bas.

—Qu’est-ce que tu fais ici ?

—Moi ? Je ne fais… rien de suspect, tu sais ? Je suis juste normal, et bon…je pense à des trucs on pourrait dire …

Ce n’était pas drôle, mais il faillit rire encore une fois avant de pouvoir s’arrêter.

—Et toi, Choco ?

—…Attends, j’ai pas d’honorifique moi ? demanda-t-elle.

—D-Désolé. C’est juste que

Ça me semblait plus naturel comme ça. Mais si je lui dis ça, elle va encore plus me trouver flippant. Mais en vrai, c’est l’impression que ça me fait. Choco-chan, ou Choco-san, peut être —Ouais, non. Ça lui va pas. Choco est Choco.

—Est-ce que tu es, …

Choco plissa légèrement ses yeux.

—…un homme à femmes ? Bien que tu n’en as pas l’air.

—…Je ne le suis pas, ok ? dit Haruhiro.

—Je suis exactement ce dont j’ai l’air. Je n’en suis pas un. Je ne suis pas du tout un homme à femmes. Umm, uh—Choco…chan ? San ?

—C’est bon. Juste Choco.

—Ah. Vraiment ?

—Ouaiss, dit-elle.

—Entre autres …

—Entre autres, quoi ?

—… Ça va te sembler bizarre, mais d’une manière ou d’une autre— Tu sais quoi, oublie ça.

—Huh ? Dis-moi. Tu m’as intriguée, dit-il.

—Je ne le dirais pas.

—V-Vraiment ? Bah …D’accord.

—Alors ça te va comme ça, dit Choco.

—Huh ?! Non, ça ne me va pas vraiment. Mais tu as dit que tu n’allais pas me le dire.

—T’es vraiment une chochotte-faiblard.

Les yeux d’Haruhiro d’écarquillèrent en un éclair. Son coeur battait étrangement vite. Ses pulsations n’étaient pas normales.

Qu’est-ce que c’était ? Ces mots. « T’es vraiment une chochotte-faiblarde. » J’ai l’impression de les connaître. Je me fais peut-être des idées. Après, c’est pas commun d’appeler quelqu’un comme ça —enfin, je crois.

Au final, Haruhiro n’avait jamais entendu cette phrase avant.

Non, ce n’est pas vrai. Je l’ai déjà entendu.

—Choco, dit-il.

—Oui ? demanda-t-elle.

—Je parie que tu ne te souviens de rien toi aussi, si ? Comment c’était avant de venir ici.

—…Ouais. Je m’en souviens pas.

—Moi non plus. Même pas ma famille ou mes amis. Je ne me souviens de rien du tout.

—Ouais , dit-elle.

—Et donc, du coup, dit-il nerveusement.

—Est-ce que ça se pourrait que … Genre, pour moi, j’ai rejoint un groupe, et je pense les avoir rencontrés pour la première fois ici, mais ce n’est peut-être pas le cas, pas vrai ?

—…Tu aurais pu les avoir rencontrés avant ? demanda-t-elle.

—Bah, je dis juste que c’est une possibilité.

—Ça se pourrait Par exemple, pour toi et …

Choco regarda Haruhiro. Juste un coup d’oeil rapide. Elle détourna immédiatement le regard après.

—…moi aussi, finit-elle.

Haruhiro prit une profonde inspiration.

—… C’est possible, pas vrai ? C’est une possibilité.

—Mais… commença-t-elle .

—Ouais ?

—…vu qu’on se rappelle rien, ça n’a pas d’importance.

—C’est pas…

…vrai, aurait voulu-t-il dire.

Mais, c’était bien comme elle le disait. Peu importe ce qu’il avait entre eux dans le passé —qu’ils aient été amis, amoureux, ou de la même famille, s’ils ne s’en souvenaient pas, ça ne voulait rien dire.

Cela ne voulait rien dire.

—En y repensant, je ne t’ai pas encore demandé tu t’appelles, demanda Choco.

—Comment je m’appelle ?

Haruhiro se prit un grand coup dans le ventre. Choco ne connaissait pas le prénom d’Haruhiro.

—Ah… Ouais, c’est vrai, hein ? demanda-t-il.

Bien entendu.

Ils venaient tout juste de se rencontrer, alors elle ne pouvait en aucuns cas connaître son prénom. Ce n’était vraiment qu’une simple coïncidence. Avant de venir en Grimgar, Haruhiro avait connu une fille qui s’appelait Choco. Et dans le plus grand des hasards, cette fille aussi s’appelait Choco.

« T’es vraiment qu’une chochotte-faiblarde ». j’ai l’impression de l’avoir déjà entendue quelque part — mais c’est juste une impression. Au final, c’est tout ce que c’était, rien de plus, rien de moins.

—Je suis Haruhiro, dit-il.

—Haruhiro…

Choco abaissa son regard, avant de regarder Haruhiro dans les yeux.

—…Hmm. Du coup, je peux t’appeler Hiro ?

—Bien sûr.

C’était vraiment étrange. Pourquoi est-ce que ses yeux devenaient si chauds ?

Haruhiro ne le comprenait pas. Yume appelait Haruhiro Haru-kun. Pour Merry, il était Haru. C’est comme ça qu’ils faisaient habituellement.

Mais, en quelque sorte … On m’a déjà appelé comme ça avant— C’est comme ça que je le ressens.

Être Appelé Hiro.

Par quelqu’un, quelque part.

—Ça me va, dit-il.

—Je vois.

Choco s’accroupit en regardant Haruhiro.

—…Est-ce que tu vas bien ?

—Huh ? De quoi tu parles ?

Haruhiro se frotta les yeux avec un doigt.

—Je vais bien, tu sais ?

Choco semblait suspicieuse. Haruhiro se leva, en faisant un petit étirement.

—On ferait mieux d’aller pioncer. …Pourquoi tu es debout, Choco ? Il est tard quand même.

—Une balade, dehors, dit-elle.

—Insomnies ?

—Ouais. Ça m’arrive, des fois.

Bah, on pourrait bien se recroiser dans ce cas. Qui se soucie d’un passé dont je ne peux même pas me souvenir clairement ? Il y a toujours le futur devant moi. En ce moment, la Choco en face de moi a l’air morose, asociale, et dure à approcher. Ses grands yeux me font penser à un petit animal, prudent, et elle ne regarde pas les gens dans les yeux quand elle leur parle. Mais, quand des fois elle me regarde, mon coeur fait un bon. Elle doit être mon type de fille. Au fond, elle m’intéresse tout de même. Qui a-t-il de mal à ça ?

—Choco, tu es une voleuse ? demanda-t-il.

—…Comment tu le sais ? demanda-t-elle.

—Je l’ai deviné avec ton équipement, on peut dire. Je suis un voleur, moi aussi, après tout.

—Ah. Tu as l’air d’en être un, confirma-t-elle.

—Huh ? Quelle partie de moi te le dit ?

—Tu es tout fin et grand.

—C’est quoi ton surnom ? lui demanda Haruhiro.

—Celui qu’on utilise qu’entre voleurs ?

—Ouais, vu qu’on est tous les deux voleurs, et tout ça.

—…J’ai pas vraiment envie de le dire, dit Choco.

—Non, enfin, je ne suis pas fan du mien non plus…

—C’est un nom qu’une autre personne m’a donné, de toute façon, ajouta-t-elle.

—Bon bah, et si on se le disait en même temps ?

—En même temps ?

—On se le dit au bout du un, deux trois, go.

—Ok, dit-elle .

—Très bien. Un, deux, trois …Go !

—Chat Coquin.

—Vieux Chat.

Ils se regardèrent l’un l’autre. Choco laissa échapper une petite explosion de rires.

—Qu-Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? bégaya Haruhiro.

—Je veux dire, sérieusement, Vieux Chat ?

—Ouais, je sais. On me dit que j’ai des yeux endormis tout le temps. Je suis sûr que je dois avoir l’air d’un vieillard.

—On m’a sûrement donné le mien à cause de mes yeux, aussi, dit Choco.

—Parce qu’ils ont l’air coquins ? Pas parce que tu te comportes comme ça, aussi ?

—Ça se pourrait bien.

—Et attends, on est tous les deux des chats, ajouta-t-il.

—C’est une drôle de coïncidence, dit-elle.

—Est-ce que c’est vraiment …

Est-ce que c’est vraiment une coïncidence ? Bien évidemment, ça en est probablement une.

—Est-ce que ton mentor est Barbara-sensei ? demanda-t-il.

—Qui est Barbara ? répondit-elle.

—Oh, c’est personne. Enfin, elle est là-bas. Il y a une personne à la guilde des voleurs qui s’appelle Barbara.

—Hmm, dit Choco.

—Est-ce que ton mentor est un homme ? demanda-t-il.

—Ouais. Il fait peur.

—Barbara-sensei aussi, agréa-t-il.

—C’est une femme, mais elle est carrément flippante …

—Je n’aurais jamais dû devenir une voleuse, dit Choco.

—J’ai entendu dire que c’était dur dans les autres guildes aussi, donc bon, lui dit Haruhiro.

—Il y a des difficultés partout ? demanda-t-elle.

—Je dirais que oui.

—J’ai envie que ce soit facile, se plaignit-elle.

—Bah, Ouais, si je pouvais me la couler douce, je pense que ce serait mieux, aussi…

—Est-ce que tu trouves que tout est problématique ?

—Ouais, confirma-t-il.

—J’en reviens toujours à me dire. « Ahh, c’est super pénible ».

—Moi pareille.

—Je vois.

—Hé, dit Choco.

—Huh ? demanda-t-il.

—Hiro, est-ce que ton groupa a accepté la sommation lui aussi ?

—La sommation…

Cette fois-ci, il avait vraiment était pris au dépourvu. Pendant un moment, il pensait en toute honnêteté qu’on l’avait frappé légèrement au niveau du torse.

—La sommation … attend, « aussi » ? Choco, ton groupe y participe ? À cette opération … ?

—J’ai pas envie de le faire, cela dit. Ça à l’air assez dangereux.

Quand Choco prit une grande respiration, sa frange bougea faiblement.

—Mais, apparemment, on est de la partie.

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