—Ok, on va faire un vote, alors.
Une nuit s’était écoulée … et maintenant il faisait encore nuit.
Après avoir fait un profit raisonnable grâce à leur travail en tant que soldats volontaires, ils se retirèrent dans un coin de la Taverne de Sherry, comme d’habitude, Haruhiro et le groupe suivaient leur routine quotidienne. Ils avaient commandé des boissons, qui étaient déjà sur la table, mais personne n’avait encore touché à la sienne.
Haruhiro regarda chacun des visages de ses camarades.
Ranta avait les bras croisés, l’air satisfait et suffisant.
Moguzo devait être assez tendu, car il avait une expression grave sur son visage.
Shihoru avait les yeux baissés.
Yume avait l’air de prier pour que tout se finisse le plus vite possible.
Merry avait l’air de garder son calme.
Haruhiro soupira profondément.
—L’objet de ce vote est de savoir si oui ou non nous participerons à la sommation pour l’Opération « Serpent à Deux Têtes ». Ceux qui sont pour, levez vos mains.
—Ouais !
Ranta leva immédiatement ses deux mains. Moguzo lui emboita le pas. Yume garda sa main au niveau de la table, la levant légèrement, avant de la rabaisser. Merry resta droite et immobile. Quand Haruhiro leva délicatement sa main, Shihoru leva la sienne, comme si elle était emportée par celle-ci.
—…Huh, dit-elle, faisant des aller-retour du regard entre sa main et celle d’Haruhiro.
—…Hoh,
Yume laissa échapper un étrange son sous la stupeur. Les yeux de Merry s’ouvrirent en grand
—…Huh ?
Moguzo cligna des yeux à plusieurs reprises, en penchant sa tête sur le côté,
—Hm ?
—Quo—
Ranta sauta hors de sa chaise, ses yeux comptaient à toute vitesse le nombre de mains levées.
—Une, deux, trois, quatre, cinq…Cinq ?!
—Non, Ranta, t’as juste compté tes deux mains, dit Haruhiro.
—Huhh ?! J’ai pas fait ça ? Comme si je pouvais le faire ! Non, attends, peut-être que je l’ai fait. Ouaiss, j’ai fait ça. Donc, du coup, quatre alors ? Quatre. C’est une majorité, huh.
—Ouais, on dirait bien, dit Haruhiro. Donc, c’est décidé. On va accepter la sommation.
—T-Très bien, dit Ranta, incertain.
—Quoi ? demanda Haruhiro. C’est ce que nous avons voté. Il ne devrait pas y avoir de problèmes.

—Je n’ai pas de problèmes avec ça … Mais, attends ! Haruhiro ! Tu es pour ?! En quel honnor ?! s’écria Ranta.
—Pas « nor ». Tu voulais dire « neur » , pas vrai ?
—La ferme ! Tu me les brises ! On s’en fout complètement ! T’es un lâche jusqu’à l’os, alors si tu votes pour, qu’est-ce que tu mijotes—Non, me le dit pas ! Je sais ! Je sais ce que tu t’es dit ! Je parie que tu t’es dit que tu allais clairement perdre ce vote même si tu votais contre, donc tu t’es dit que ça ferait moins de vagues si tu votais pour, ou un truc aussi pathétique que ça ! Dans le mille, pas vrai ?! Ça te ressemble bien !
Ranta frappa Haruhiro sur l’épaule à plusieurs reprises.
Ça fait mal, tu sais, quand tu me frappes comme ça. Retiens-toi un peu, non ? Tu m’énerves. Pourquoi est-ce que tu dois être aussi impoli ? C’est parce que tu es Ranta ?
—…Ne décide pas simplement comme ça, dit Haruhiro en écartant la main de Ranta. C’est pas du tout ce que j’ai pensé. Qui plus est, si je n’avais pas approuvé, on n’aurait pas eu de majorité.
—Ne sois pas pointilleux sur tous les petits détails, se moqua Ranta.
—Tu es quoi, un miroir grossissant ?
—Les miroirs grossissants ne parlent pas.
—Tu vois, c’est ce qu’on appelle être pointilleux.
—Tu es trop imprécis.
—Je ne fais pas attention aux petites choses, alors appelez-moi magnanime ! s’écria Ranta. Ça veut dire royal ! Parce que je suis fait pour être un roi !
—Non, ça ne veut pas vraiment dire ça, le corrigea froidement Merry.
Avec un « Urkh… » Ranta se tut, seulement momentanément cela dit. Il récupéra en un rien de temps.
—Bon, quoi, alors ?! Haruhiro ! Pour quelle raison tu as voté pour ?! Crache le morceau ! Allez, vomis !
Yume grimaça.
—C’est dégueu…
—Ouais … Son existence même l’est… dit Shihoru, en regardant Ranta comme s’il était quelque chose d’impropre.
Attendez, son existence même ? Pensa Haruhiro. Un petit peu sévère là, non, Shihoru ? Enfin, Ranta n’a pas l’air de s’en préoccuper, alors c’est bon, je suppose. Cela dit, c’est incroyable qu’il puisse le prendre comme ça. Si elle me disait ça, ça me ferait très mal, et je ne récupérerai pas avant un moment.
—J’aimerais savoir …
Moguzo prit une gorgée de sa bière.
—J’aimerais savoir ta raison, moi aussi …si tu veux bien nous le dire ? Je pensais que tu t’y opposais, car tu t’inquiétais pour nous tous. Tu sais … comme tu es notre leader.
—Soit dit en passant, il est vraiment nul comme chef !
Ranta frappa sa bière contre la table, avant de s’esclaffer chaleureusement.
—Ce n’est pas vrai, protesta Moguzo. Haruhiro-kun fait de son mieux pour nous !
—Ouais, Ouais ! Moguzo a raison ! Haru-kun fait du bon boulot ! ajouta Yume.
—…Je le pense aussi, appuya Shihoru.
—Bien d’accord, finit Merry.
—C’est quoi ça ? cria Ranta. Vous vous mettez tous contre moi ?! Bah, je m’en fous, ça ne m’atteint pas le moins du monde ! Amenez- vous !
Haruhiro se couvrit la bouche avec ses mains.
Oh, gars. Oh, gars. Je dois avoir le sourire le plus débile du monde sur mon visage en ce moment. Il semblerait que, ils ont une meilleure opinion du travail que je fournis que moi… ? Enfin, l’opinion de Ranta était un peu à part. Mais bon, Ranta lui-même est un peu à part. Mais ce n’est le moment de m’exciter pour ça.
Haruhiro toussa poliment.
—Ils y a des raisons variées à ça …
Comme m’inquiéter pour Choco.
Il ne savait pas grands choses du groupe de Choco, mais il était certain qu’ils n’étaient pas un de ces bleus hyper compétents comme l’équipe de Renji. S’ils l’étaient, les autres soldats volontaires en auraient parlé, et Haruhiro en aurait entendu parler lui aussi.
Le groupe d’Haruhiro n’était pas particulièrement puissant, mais si un groupe encore plus expérimenté que le leur se joignait à l’attaque du fort orc, ce serait une décision irréfléchie. C’était clairement bien trop dangereux.
Cela dit, même s’ils rejoignaient eux aussi l’opération, cela ne voulait pas dire qu’il pourrait protéger Choco. Après tout, ils n’étaient pas dans le même groupe. Mais s’il était près d’elle quand quelque chose arrivait, il serait en mesure de l’aider un petit peu.
Mais je ne peux pas dire ça. Je ne peux pas dire ça à mes camarades, bien entendu. En plus, le fait que Choco soit là n’est qu’un bonus.
Plus que tout, Haruhiro avait décidé qu’ils devraient accepter la sommation dans leur propre intérêt.
—D’abord, il y a la récompense, dit-il. Le fait que l’on se fasse un or entre le paiement préventif et le reste du paiement est un point important. Si on n’en finit pas en un jour, à partir du deuxième jour on recevra 30 argents par jour. Et aussi, il pourrait y avoir des compensations spéciales pour certaines actions effectuées sur le terrain, aussi, pas vrai, Ranta ?
—Ouais, dit Ranta, en haussant les épaules.
Il essayait probablement d’avoir l’air cool, mais il ne l’était pas.
—Si on abat de puissants ennemis, comme leurs commandants, je suppose. J’ai entendu dire qu’il y avait beaucoup de trucs comme ça.
—Enfin, je ne pense pas que l’on devrait penser activement à faire ce genre de choses si ça nous pousse trop à bout, dit Haruhiro, en giflant la table avec ses mains.
—C’est ça le truc.
—Hmm ? demanda Yume, en tordant sa tête et en la penchant sur le côté.
—C’est quoi le truc ?
—Tu sais, pour cette sommation, on est payé rien que pour y participer, pas vrai ? interrogea Haruhiro.
—Même si on ne peut pas accomplir —ou qu’on n’accomplit pas — quoi que ce soit, on recevra le paiement initialement prévu. Si les choses ont l’air de mal tourner, on n’aura pas besoin de faire des folies.
—T’es qu’un lâche dégonflé !
Ranta lui fit un doigt d’honneur et il laissa dépasser sa langue.
—T’es un loser !
—Appelle-moi comme ça te chante. J’en ai rien à faire.
—T’es une mauviette, Haruhiro ! cria Ranta.
—Ouais, Ouais.
—T’es une merde !
—…C’est bon, mec.
—Tu en as une petite en plus ! ajouta Ranta.
—Ça n’a rien à voir là-dedans !
—Petite … ? demanda Yume en gonflant l’une de ses joues et en penchant sa tête sur le côté.
—…Y-Yume, il voulait dire… commença Shihoru.
Qu’est-ce que Shihoru essayait de lui expliquer en chuchotant ?
Haruhiro ne pouvait pas dire qu’il n’était pas curieux.
—Peu importe, dit Haruhiro, en se frottant la tête.
Il s’était beaucoup tourmenté avant de prendre cette décision. Le fait que le groupe de Choco participait ne lui avait donné qu’une excuse. Ce n’était que ça, une excuse ; cela n’avait pas été un facteur décisif. C’était sa décision après avoir tant réfléchi.
—Plutôt que d’essayer de faire de glorieuses démonstrations de notre héroïsme, ce serait mieux qu’on s’en sort tous sans problèmes, dit Haruhiro. C’est ce que je pense. Mais notre manière de fonctionner n’est pas assez solide pour que l’on puisse traverser ça sans prendre quelques risques ici et là. Si l’on veut vivre plus longtemps dans cet environnement hostile, on doit se renforcer. On a besoin de se faire plus d’expériences. Ils disent qu’on est pas un soldat volontaire tant qu’on a pas tué un orc. Alors il va bien y avoir un moment où l’on va devoir se mettre au défi et où l’on va devoir affronter des orcs. Dans ce cas, pourquoi pas maintenant ? Pendant cette opération, on aura d’autres soldats volontaires avec nous, alors ce n’est pas une mauvaise idée d’essayer, pas vrai ?
Shihoru déglutit. Yume dit « Ooh, » avec les yeux écarquillaient d’excitation. Moguzo regarda attentivement Haruhiro tandis que Merry écouta silencieusement.
—Heh, heh , heh ,heh , heh , heh, heh , heh…
Ranta revêtit soudainement un sourire maléfique.
—Wahahaha ! Gwahahahaha ! Haruhirooo ! Tu es vraiment sans espooooooiir, sérieusement, une vraie poule mouillée pathétique, huh ?! N’es-tu pas gêné d’être ne serait-ce qu’en vie ? Hmmmmm ?
—…Je te retourne la question. Je suis impressionné que tu puisses vivre avec une personnalité aussi exécrable que la tienne.
—Une personnalitééééééé exécrable ? Huhhhhh ? De quoi tu parleeeeeeees ? Je dis juste ce qui eeeeeest, tu saiiiiiiis ?
Si je vois cette ligne la prochaine fois que je suis derrière Ranta, je vais lui faire une Attaque Sournoise sans hésitation. M’enfin, pour l’instant, je dois me retenir. Ouais. Ok. Patience, patience, patience, patience. Si je lui donne ne serait-ce qu’un peu de considération, il va devenir pire qu’il ne l’est déjà. Ignore-le.
—En plus, dit Haruhiro à haute voie,
—Ils peuvent dire ce qu’ils veulent sur nous, mais on est le groupe qui a vaincu Taches de Mort. Et le fort s’appelle Mortecrâne. Les noms se ressemblent. J’sais pas, vous pensez pas que c’est un signe ? Ça se pourrait.
—Wow !
Le corps imposant de Moguzo se pencha en arrière. Il avait dû être surpris, mais il finit par surprendre Haruhiro lui aussi.
—M-Maintenant que tu le dis, c’est vrai ! Taches de Mort et Mortecrâne … J’avais jamais remarqué … !
Yume avait l’air excitée.
—Whoo. Yume aussi. Yume aussi. C’est vrai. Taches de Mort et Mottecrosse, ils sont vraiment similaires. Mais Taches de Mort ça ressemble à Touches d’Amour, huh ?
—…Pas Mottecrosse, Mortecrâne, ok ? la corrigea Haruhiro, comme si c’était son devoir.
—Taches de Mort et Touches d’Amour sont assez proches, cela dit … Dans tous les cas, tu n’es pas contre, Yume ?
—Hmmmeow, dit Yume. Si tout le monde dit qu’ils vont le faire, t’sais, Yume va se dire qu’elle est ok pour essayer, elle aussi.
—Et toi, Merry ? » demanda-t-il.
Merry acquiesça avec quelque chose qui ressemblait à un sourire.
—Si c’est ce que tout le monde a décidé, ça me va. Je ferais tout mon possible pour vous garder tous en vie.
—M-Moi aussi ! dit Moguzo en bombant le torse.
—Mon rôle est différent de celui de Merry, mais si je le fais bien, cela permettra de tous vous protéger ! Je le ferais ! Je vais me surpasser !
—Bien, alors, dis Ranta avec un sourire.
—C’est unanime. Tout le monde est extrêmement en faveur, pas vrai ?
Ranta, l’homme avec le sourire qui énervait les gens. Oh, comme je l’envie. Non, pas vraiment. Comme si j’avais envie d’avoir ce sourire.
Haruhiro leva son mug en porcelaine rempli d’hydromel.
—On le fait alors.
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