Après une journée de travail aux Mines de Cyrene, le groupe vendit leurs objets récupérés, ils prirent leur diner, et ensuite ils se dirigèrent tous vers la Taverne de Sherry.
—Bien entendu, je me prends une bière, comme tout homme le devrait, déclara Ranta.
—Bah, m-moi aussi, alors, ajouta Moguzo.
—Je vais prendre de l’hydromel, dit Haruhiro.
—Ah, une pour moi aussi, dit Merry.
—Yume pense qu’elle va se prendre une limonade. C’est tout pétillant et délicieux.
—…Je vais prendre ça, moi aussi, dit Shihoru en hochant la tête.
Peu de temps après, leurs boissons leur furent servies. Ranta se leva alors pour commencer à mettre l’ambiance.
—Ok, tout le monde est servi ?! Beau travail aujourd’hui ! Santé … !
—B-Beau travail aujourd’hui ! dit Moguzo.
—Beau travail, agréa Haruhiro.
—Beau travail, tout le monde, dit Merry.
—Beau travi-travi-travail, dit Yume.
—…Beau travail, ajouta Shihoru.
Ranta et Moguzo trinquèrent leurs bières et ils se mirent à faire le concours de qui la descendrait le plus vite. Moguzo participait probablement, car son adversaire l’avait entrainé là-dedans, tandis que Ranta ne voulait pas perdre face à Moguzo.
Haruhiro, qui sirotait son acidulé, mais sucré hydromel, ne pouvait pas du tout les comprendre.
C’est quoi ce bordel ? Pourquoi est-ce qu’il se met à fond dans ça ?
—Bwahh ! J’ai…gagné… !
Ranta écrasa son mug en céramique vide sur la table.
Qu’est-ce que tu vas faire si tu le brises ? se demanda Haruhiro.
—Moguzo ! Qu’est-ce t’en dis ? J’ai gagné ! Wahahahahahahaha !
—Uh… bien sûr, dit Moguzo en posant son mug sans le finir.
—T- Tu es incroyable, Ranta-kun. Pouvoir tout boire d’un coup comme ça.
—Je sais, pas vrai ? Je suis incroyable, n’est-ce pas ? Toi tu comprends vraiment, Moguzo, dit fièrement Ranta.
—Je n’en attendais pas moins de mon futur partenaire de business.
Yume cligna des yeux sans s’arrêter.
—Partenaire de tristesse ?
—Non, un partenaire de business …
Haruhiro fit au moins l’effort de la corriger.
—Et, attends une seconde, quel genre de partenaire ce serait ? Un partenaire de tristesse …
Soudainement, Shihoru laissa échapper un étrange « Hic. » Quand ils la regardèrent, Shihoru couvrait sa bouche avec ses deux mains et elle regardait vers le sol. Son visage était un petit peu rouge.
—Un problème, Shihoru ? demanda Haruhiro.
—…C-C’est rien… Rien, vraiment … marmonna-t-elle.
—Ah, Ouais,
Ranta afficha l’un de ses agaçants sourires.
—Shihoru. Je parie que tu t’imagines des choses bizarres.
—…D-Des choses bizarres … ?
—Je sais pas ce que c’est. Je ne suis pas équipé d’un engin de fantasme aussi puissant que le tien, tu sais ?
—J-Je n’ai pas d’engin comme ça…
—Donc, cela veut dire que je n’ai pas la même énergie de phantasme qui me traverse que toi, t’as pigé ? continua Ranta.
—Ça ne me traverse pas … !
—Ce sont des méchantes accusations, Ranta ! dit Yume en tenant Shihoru près d’elle.
—Shihoru est pas comme ça. Elle n’a pas d’engrais de fantôme, ou n’importe quelle autre chose bizarre que t’as dit compris !
—…Tu t’es trompé, enfaite, murmura doucement Merry.
—Whuh ?! Est-ce que Yume a encore fait une gaffe ?!
Ranta rigola, moqueusement.
—Tu te trompes bien trop souvent dans tes mots, tu le sais ça ! Ça rend les gens qui t’écoutent complètement fous, alors ne parle pas pendant un moment ! La ferme !
—Nuh-uh, c’est mort ! répliqua Yume.
—Tu n’as pas le droit de refuser là !
—Yume a aussi sa propre opinion !
—Personne n’a parlé de si tu avais une opinion ou non !
—Toi Ranta tu l’as fait !
—J’ai dit que tu n’avais pas le droit de refuser ! Droit ! De ! Re- fuser ! Tu sais ce que c’est ?! Le droit de refuser !
—Yume, elle sait au moins ça !
—Ouaiss, bon, avant que l’on parle de ce que tu sais ou ne sais pas, arrête de te tromper de mot aussi souvent ! Est-ce que tu as des trous au niveau des oreilles ?! cria Ranta.
—Ranta.
Haruhiro mit ses doigts dans ses oreilles.
—Ouais, ils sont là. Les trous de mes oreilles. Tout le monde a des trous aux oreilles. Ou alors t’es aveugle ! Est-ce que tu as des trous au niveau des yeux ?
—Huh… ?
Ranta prit conscience de son erreur, mais cela n’était pas suffisant pour le faire changer d’attitude. Il se releva avec un haussement des épaules sarcastique.
—Et nous y revoilà. C’est ça. Ça là. C’est le problème avec le leader de notre groupe. Il aime se plaindre de toutes les petites erreurs que les gens font ! Cerise sur le gâteau, sa façon de les critiquer est complètement malveillante. Quelle affreuse personnalité !
—Tu es la dernière personne par laquelle j’ai envie d’entendre ça… marmonna Haruhiro.
—Si tu n’as pas envie de l’entendre, alors ne fais pas en sorte que je le dise, huh ? Montre un peu de retenue, ok ?
—…Hé, Moguzo, dit Haruhiro.
—Écoute, je te le dis en tant qu’ami, mais si tu as prévu de lancer une affaire avec ce petit con dans le futur, tu devrais vraiment reconsidérer la question. Il y aucun moyen que ça marche.
Moguzo se mit à rire d’une façon étrange.
—Une affaire ? demanda Merry en penchant sa tête sur le côté.
—Ohhh.
Haruhiro lui expliqua ce qui était arrivé au stand de nourriture.
—…Du coup, une fois qu’ils auront mis de l’argent de côté et qu’ils se seront retirés des soldats volontaires, Ranta suggéra à Moguzo d’ouvrir un magasin de soruzo ensemble, tu vois.
—Ohh, marmotta Yume.
—Les soruzos, c’est le truc qui est comme les ramens, huh.
—Des Ramens …
Pendant un instant, Haruhiro sentit un goût salé se déverser dans sa bouche. Ranta croisa ses bras en réfléchissant.
—…Des Ramens.
—Des Ramens… marmonna Shihoru en touchant ses lèvres.
Moguzo se pencha sur la table.
—…Des ramens.
—Des Ramens… Attendez … dit Merry, avec une sorte de frustration sur le visage.
—Qu’est-ce que c’est déjà ?
—Hein ?
Yume regarda les alentours nerveusement.
—Les ramens sont… Um… Huh ? C’est bizarre. Yume, elle le savait… de quelque part ? Peut-être ? C’était quoi déjà ? Huh ? De quoi parlait Yume avec tout le monde ? »
Haruhiro se frotta la tête.
—… De quoi est-ce qu’on parlait ?
—Des ramens, dit Moguzo avec un ton puissant.
—On était en train de parler des ramens. On … On sait probablement ce qu’est un ramen ? c’est vrai ? Le soruzo, c’est un peu comme les ramens. Quand j’en ai mangé pour la première fois, je me suis dit que ça avait le goût de quelque chose. C’est aux ramens que je pensais. Je n’arrivais pas à m’en souvenir à cet instant. Je me demande pourquoi. J’ai toujours aimé les ramens. Ranta.
—Huh ? Oh… ? demanda Ranta.
—Un jour, faisons-le. Ouvrons un restaurant.
—Huh ?
—Mais, moi, je ne veux pas ouvrir un bar à soruzo, je veux faire des ramens. Je vais économiser de l’argent, je vais étudier, et quand je ferai des ramens qui ont bon goût, on le fera, on ouvrira ce restaurant.
—Un restaurant …
Ranta arbora un large sourire, avant d’attraper Moguzo par l’épaule. Bien que cela était Ranta, ce sourire n’était pas un de ceux qui étaient déplaisants à voir.
—Ouais ! Tu seras en charge de la cuisine et du capital initial ! Laisse-moi tout le reste ! Je te jure que je nous conduirai droit vers la réussite !
—Ouais !
—…La cuisine d’accord, mais le capital initial aussi … ? marmonna Haruhiro.
Quoi, tu ne vas pas donner une seule pièce ? Voulu ajouter Haruhiro, mais il se sentirait mal en le disant en voyant Moguzo aussi excité.
Je peux le prévenir à n’importe quel moment. Je suis pas obligé d’être un rabat-joie ici et maintenant.
Quoi qu’il en soit, cela ne se passerait pas avant un moment. Probablement dans un futur très lointain. Le dicton qui parlait des meilleurs plans des souris et des hommes* lui vint à l’esprit, mais Haruhiro n’était pas assez méchant pour leur dire d’arrêter d’en parler. Il sentait que les choses étaient bien telles qu’elles étaient.
Pour être honnête, il était même un peu jaloux. Haruhiro ne pensait qu’au lendemain, peut être trois jours plus tard tout au plus. Même s’il voulait penser à plus loin dans le futur, il n’y arrivait pas. Et, techniquement, il devait prendre une décision sur une chose dans les trois jours, et il ne pouvait qu’y penser de toute façon.
—Enfaite, vu que tout le monde est ici, je voulais vous parler d’un truc, dit Haruhiro.
Quand Haruhiro leur fit un bref résumé de la sommation —
—Putain ! Ouais ! cria Ranta en jetant son poing si violemment dans les airs qu’on aurait dit qu’il allait s’envoler avec lui.
—On doit le faire ! Cela va sans dire. Je veux dire ! C’est une pièce d’or ! Du travail en or ! Ne pas y aller n’est pas une option ! Qu’est-ce qu’on va faire si on y va pas ?!
—…Hrmm…
Shihoru abaissa son regard, elle n’avait clairement pas l’air enthousiaste à l’idée.
Ouais, je m’y attendais, pensa Haruhiro. Je veux dire, c’est Shihoru. Qu’en est-il de Merry ?
Elle avait les yeux baissés et elle se caressait le menton, comme si elle y réfléchissait très sérieusement, mais elle n’avait pas encore approuvé non plus. Elle avait probablement prévu de suivre le choix du groupe. Elle essayait peut-être d’être prévenante. Tout à ce moment précis s’était déroulé comme Haruhiro l’avait prévue.
—Yume, Ouais,
Yume gonfla ses joues et elle regarda le plafond à la diagonale.
—Elle s’en fiche quoi qu’on fasse, peut être ?
—…Ohh. C’est vrai ? demanda Haruhiro.
—Hm ? De quoi ?
—Oh, c’est rien.
Si Ranta disait qu’il voulait faire quelque chose, Yume s’y opposait en général. C’était comme ça que les choses se passaient habituellement, mais on aurait dit que cette fois était différente. Pourquoi ? S’il le pouvait, Haruhiro aurait voulu lui demander, mais s’il faisait quelque chose qui encouragerait l’apparition d’un conflit entre Yume et Ranta, ce ne serait pas très mature de sa part, et il se disait aussi que ce ne serait pas très bien vu que ce soit le leader du groupe qui ait engagé cette dispute. Même si Ranta était un cas irrécupérable, il était tout de même un camarade, et il serait plus sage de ne pas faire de vagues.
Mais, attendez, une seconde ? Cela voulait dire qu’Haruhiro était contre, que Ranta était pour, que Shihoru était faiblement contre, que Merry était neutre, que Yume était aussi neutre …
—Je…
Moguzo avait l’air plus sérieux qu’il ne l’avait jamais été. En quelque sorte, cela donna un mauvais pressentiment à Haruhiro.
Ce mauvais pressentiment s’avéra juste.
—J’aimerais essayer … peut-être ?
—Moguzoooo !
Ranta dirigea son poing vers Moguzo.
—Ouais !
—O-Ouais… ? demanda Moguzo.
—Viens par là ! Dis, Ouais ! Ouais !
—…O-Ouais ?
Quand Moguzo frappa timidement la poing de Ranta avec le sien, Ranta dit « Ouais, » et il frappa son poing en retour, puis ils se frappèrent les avant-bras, puis leurs coudes ensemble, en disant « Ouais, » avant de finalement s’attraper leurs bras fermement.
—Wahahahaha ! Sérieusement ! Sérieusement ! C’est pas mon futur partenaire pour rien ! On va tous les deux sur la ligne de front en plus ! Ce n’est pas exagéré que de l’appeler partenaire ! On se ressemble comme deux gouttes d’eau, Moguzo ! Tu crois pas ?! Tu le penses, pas vrai ?! cria Ranta.
—Ah ! Er, Ouais. T-T’as raison. Hahaha…
—Bien, bien, bien, bien ! Hé, Haruhiro !
—Huh ? Qu-Quoi ?
—Un vote à la majorité.
Ranta enroula son bras autour de l’épaule de Moguzo en se léchant les lèvres. En n’observant que ses yeux, on aurait dit un carnivore sur le point de dévorer sa proie.
—Aller, faisons un vote.
—Non… dit Haruhiro.
Attendez, attendez, attendez. Une seconde. C’est pas bon. C’est mauvais. J’aime pas la façon dont tournent les choses. Si Moguzo votait pour, alors avec celui de Ranta cela ferait deux pour. Haruhiro voterait contre, et Shihoru ferait probablement de même, ce qui ferait deux contres. Les votes de Merry et de Yume restaient incertains.
Si on fait un vote, j’ai le sentiment que Yume va me suivre, pensa Haruhiro. Mais, quand je me dis que c’est sûr —je sais pas trop. Maintenant que Moguzo s’est rangé du côté de Ranta, je n’en suis plus si sûr que ça.
—Ah…
Haruhiro commença à parler, mais il se tourna alors vers Merry et Yume, et il les analysa.
Mec. Pour lequel alors ? Est-ce que les deux sont pour ? Ou contre ? Je sais pas.
—Faisons ça demain, dit-il.
—Huhhhhhhhhhh… ?!
Les yeux de Ranta s’ouvrirent en grand.
—Tu veux dire quoi par demain, idiot ?! Ne remets pas à demain ce qui peut être fait aujourd’hui ! Est-ce que t’es stupide ?!
—…C’est bon, dit Haruhiro.
—On a pas besoin de se presser. Il reste encore du temps avant la deadline. On peut se prendre un jour pour y réfléchir proprement, et il ne sera pas trop tard pour décider du coup.
Merry leva sa main pour approuver sa décision.
—Je pense que c’est une bonne idée.
Elle est comme une déesse. Elle a l’air positivement radiante. Oh, je crois qu’elle est toujours comme ça.
—Bon…
Yume s’avachit sur la table. Elle n’avait bu que de la limonade qui était une boisson sans alcool, mais elle se comportait comme si elle était pompette.
—Yume est d’accord avec Merry, peut-être. Ça devrait aller, non ?
Il semblerait que Moguzo n’avait aucune objection.
—Ouais, t’as raison. C’est bon. On est pas pressé.
—Vous là… ! hurla Ranta.
Ranta peut difficilement se contenir, mais tout le monde s’en fiche de lui. Pour l’instant, je dirais que je peux le supporter.
Haruhiro soupira de soulagement en faisant un tour de la taverne avec ses yeux. Le Sherry était toujours aussi bondé que d’habitude. En d’autres termes, c’était rempli de soldats volontaires.
Parmi eux, il devait y avoir un bon nombre d’entre eux qui avait déjà accepté la sommation et qui participerait à l’Opération Serpent à Deux Têtes. Cela pourrait être judicieux de recueillir quelques informations.
—…Je suis pas bon pour ce genre de choses, marmonna Haruhiro.
En vrai, je préférerais ne pas parler à des inconnus. Je ne peux pas me permettre de le dire maintenant, je sais, mais quand même.
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