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Chapitre 3

Une Histoire de rêves impossibles

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~19 min

—Hééééééééé ! Lèèèèèèèèève-toiiiiiiiiiiiiiii !

—Gwah ?! sursauta Haruhiro.

Quoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Un incident ? Un accident ? Une catastrophe naturelle ? Une catastrophe provoquée par les humains ?

C’était un coude. Haruhiro fut réveillé en sursaut quand Ranta, ce crétin d’enfoiré, lui donna un violent coup de coude dans le plexus solaire.

—…Pou-Pourquoi t’as fait ça, tout d’un coup comme ça ?! Tu te fous de moi, mec ! Ne fais pas ça ! Je ne peux pas supporter trop de tes conneries ! cria-t-il.

—Huhhh ? Pourquoi t’es autant énervé, Haruhiro ? demanda Ranta.

—Tu te réveillais pas alors que le jour était déjà levé, alors j’ai décidé d’être un gars aimable et de te réveiller gentiment, tu sais ?

—J’arrivais pas à m’endormir hier soir ! Est-ce que ça te dérange que je ne puisse pas dormir le soir ?!

—Ouais, ça me dérange ! C’est pour ça que j’en parle, duh ! dit Ranta.

—Qu’est-ce qui pourrait possiblement te déranger là-dedans ?! demanda Haruhiro.

—Quand j’ai tapé un sprint jusqu’ici pour te ramener une extra super info spécial que j’ai entendu, tu étais en train de ronfler comme un bébé, et ça c’était pas bien !

—U-um, Ranta… commença Moguzo.

—La ferme, Moguzo ! Boucle-là toi ! C’est entre moi et Haruhiro ! On est en train de remettre les points sur les i, d’homme à homme ! Hé, Haruhiro ! Ici, et maintenant, on va mettre les choses au clair !

—…Mettre quoi au clair ? interrogea Haruhiro.

—Huh ?! Tu sais quoi ! Cette chose ! Uh, en gros … C’était quoi déjà ?

—Comment je pourrais le savoir ? soupira Haruhiro en s’asseyant.

À chaque fois qu’il bougeait, le lit supérieur craquait. En relevant la tête, il vit le plafond familier de la baraque des soldats volontaires.

—Et donc, dit Haruhiro en se tournant vers Ranta à contrecoeur.

—C’est quoi cet extra super info spéciale ?

—Là, c’est ça ! » sourit Ranta.

Quelle expression faciale incroyablement agaçante. Comment est-ce qu’il fait pour pousser les gens à bout avec un simple sourire ? Ça relève du talent là. Bien entendu, c’est le pire, et le plus affreux talent qui puisse exister.

—Tu ne t’es pas levé à l’heure habituelle, et Moguzo a dit un truc débile du style qu’on devrait attendre que tu te lèves toi-même, et donc moi, j’avais vraiment faim, et du coup je suis allé à la boulangerie. Ouais, la boulangerie. Tu sais d’où je veux parler ? La Boulangerie Tattan, juste un peu en dehors de la Ville Ouest. Bon, quand j’y suis arrivé, il y avait un tas de soldats volontaires qui y était. Ils n’arrentaient pas d’en parler. Là, je parie que tu te demandes de ‘’quoi’ ils parlaient, pas vrai ? Bah, attends une seconde. Il y a une raison précise, une séquence, à tout ça. Un peu comme un rendez-vous, aussi, n’est-ce pas ? Oh, peut-être que c’est trop tôt pour que tu comprennes ça. Tu es toujours un gamin, après tout. Je veux dire, c’est assez évident que tu es encore puceau. Pas moi, cela va de soi. Je suis le roi des aller et retour. C’est comme ils disent, les candidats expérimentés reçoivent un traitement préférentiel. Tu comprends ? Avec ma technique incroyable, je fais monter ces mégères au septième ciel.

—…Ok, pourrais-tu me dire combien de temps je vais devoir écouter tes conneries avant que tu en arrives au sujet de la discussion ? demanda Haruhiro.

—C’est pas des conneries, insista Ranta.

—La seule chose qui sort de ma bouche est la vérité. En d’autres termes, ce ne sont que des faits.

—Et donc, c’est quoi cet extra super info spéciale ? interrogea Haruhiro.

—Avant ça, gars, descends de là. C’est extrêmement déplaisant que de devoir parler à un gars qui se tient au-dessus de moi alors qu’il est inférieur à moi.

Oui, c’était en effet un lit superposé, mais il n’était pas si haut que ça. Le niveau du haut était à peu près à l’épaule de Ranta, qui se tenait debout sur le sol. Mais, vu qu’Haruhiro était assis sur le lit, il devait baisser la tête pour pouvoir regarder Ranta. Il ne se réjouissait pas particulièrement de le faire, mais cela ne le dérangeait pas non plus.

—C’est mort.

—Et pourquoi t’irais pas crever alors ? Huh ? explosa Ranta.

—…Mec, tu chouines pour tout et n’importe quoi, marmonna Haruhiro.

—Huh ? Est-ce que tu viens de dire quelque chose ?

—Ouais, j’ai dit quelque chose, dit Haruhiro d’exaspération.

—J’ai dit que tu ressemblais à un sale insecte casse-pieds. Ah, désolé. C’est pas ça. J’ai dit que tu étais un sale insecte casse-pieds.

—Bouffon ! Je ne suis pas un sale insecte casse-pieds, je suis un insecte bénéfique.

—Alors quoi, ça te dérange pas d’être un insecte ?

—Huh… ?

Fatigué de cette chamaillerie puérile, Haruhiro descendit de son lit, et il s’assit sur celui du bas.

—Alors ? C’est quoi cet extra super info spéciale ? demanda-t-il.

—Attends, combien de fois je vais devoir te demander la même chose avant d’avoir une réponse ?

—N’essaie pas d’obtenir des trucs sans travailler pour les avoir, dit Ranta.

—Je raconte des trucs de vieux maintenant !

—Hah, hahaha…

Moguzo se mit à rire, ce qui fit craquer Ranta qui laissa échapper un sourire.

—Tu comprends, Moguzo. Pas comme l’autre Haruhiro là. Tu comprends ce qui rend une blague drôle. Haruhiro est un cas désespéré. Il pige que dalle. Il n’a pas un seul os fun dans son corps.

Haruhiro fit de son mieux pour contenir son envie de meurtre qui grossissait dans son cœur.

—Donc ? C’est quoi cet extra super info spéciale ?

—Tu te répètes, Haruhiro-kuuuun, dit Ranta.

—Donc ? C’est quoi cet extra super info spéciale ?

—Oh ! En revoilà une ! Tu t’obstines beaucoup maintenant.

—Ça suffit !

Haruhiro sauta du lit, il attrapa Ranta par la gorge et il commença à l’étrangler.

—Dis-le-moi ! Tu vas me le dire maintenant ! Pendant que je me retiens encore !

—T-Tu te retient pas du tout … ! Ow ! Ça fait mal ! Arre— T’essaies de me tuer ?! Très bien ! Je vais parler ! Je vais parler, ok ! Ok ?!C’est une sommation ! Il y a une sommation !

—Une sommation … ?

Haruhiro échangea des regards avec Moguzo. Son estomac grogna. Son visage tourna au rouge clair.

—Ah. D- Désolé. J’ai faim…

—Non, tu n’as pas à t’excuser pour ça, dit Haruhiro.

—Tu ne peux pas t’empêcher d’avoir faim. Regarde, on dirait bien qu’on a du pain, alors pourquoi on en mangerait pas ?

—Je l’ai acheté, et tu le sais ! s’énerva Ranta.

—À la Boulangerie Tattan, la boutique pas chère de la Ville Ouest ! J’ai acheté le pain, alors il est tout à moi !

Ranta était un radin, alors Haruhiro et Moguzo décidèrent d’aller prendre le petit déjeuner. Peut-être ne voulait-il pas être seul, parce que Ranta se joignit à eux, en grignotant son pain. Sur le chemin, il expliqua ce qu’une sommation était, se comportant comme si cette connaissance faisait de lui, entre autres, quelqu’un d’important.

D’après Ranta, les sommations étaient destinées aux soldats volontaires et étaient délivrées par le Corps d’Armée, La Lune Pourpre. Cependant, bien que ce soit un ordre d’appel, personne n’avait l’obligation de le suivre. Les soldats volontaires décidaient si oui ou non ils le suivaient. Cela dit, si quelqu’un de tout à fait apte à faire ce travail décidait de ne pas s’engager, cela aurait souvent pour effet de le rabaisser aux yeux des autres soldats volontaires. Bon, c’était tout à fait logique enfaite, s’il y avait une sommation qui avait l’air complètement faisable, il serait plus judicieux de la fermer et de la régler en vitesse. Bien entendu, il y avait une raison plus concrète qui leur faisait accepter une sommation.

L’argent.

La récompense d’une sommation consistait en un paiement préventif et en un autre paiement après la tâche effectuée. À partir du moment ou un soldat volontaire avait accepté la sommation, il pouvait collecter son avance. Le reste serait remis après que la tâche ait été effectuée selon les conditions initiales.

S’il empochait l’avance, mais qu’il n’accomplissait pas la sommation, il y aurait une contravention. Si le soldat volontaire était reconnu coupable d’avoir agi dans le but de récupérer la somme sans prendre part à la tâche, il serait convoqué au quartier général du corps des soldats volontaires. S’il ne répondait pas présent à cette convocation, sa tête serait alors mise à prix, et il deviendrait alors la cible des chasseurs de prime.

Par ailleurs, la capture des cibles mises à prix était considérée comme une sommation. Quelquefois, il y avait des primes qui étaient placées sur des criminels ou sur des marchands malhonnêtes, et il y avait des soldats volontaires qui préféraient travailler en tant que chasseur de prime en poursuivant ces cibles.

Les compensations des sommations n’étaient pas de l’argent à proprement parler, mais plutôt des certificats de paiement militaire utilisé par l’Armée Frontalière. Elles étaient appelées des titres militaires, et elles se présentaient sous la forme de fines notes de dettes faites de cuivre. Pour faire simple, les soldats volontaires étaient payés avec des promesses de paiement. Les titres militaires pouvaient être échangés à la Banque Yorozu contre de l’argent, ou ils pouvaient substituer l’argent dans certaines transactions avec des institues qui avait un contrat avec l’Armée Frontalière ou le Corps des Soldats Volontaires.

Alors que Ranta était en train d’expliquer tout ça, Haruhiro et Moguzo décidèrent de se rendre au village des stands de nourriture qui était à côté de la ville des artisans pour manger un met à base de nouilles appelées soruzo.

Le village des stands était occupé par les artisans même tôt le matin, et à cette heure de la journée, c’était encore plus animé que la place du marché dans le district nord. Le soruzo était un plat fait de viande que l’on avait ajouté dans un bouillon salé avec des nouilles jaunes faites à partir de farine de blé. Haruhiro n’avait pas été incroyablement surpris à la première dégustation, mais le goût lui semblait étrangement familier, c’est pourquoi il revenait en manger de temps en temps. Après en avoir mangé pendant un certain temps, il avait vraiment accroché au goût, et cela lui semblait bien plus savoureux désormais.

Tandis qu’Haruhiro et Moguzo soufflaient sur leurs plats pour les refroidir, Ranta, qui avait englouti tout son pain pendant ce temps-là, succomba finalement à la tentation et en commanda un bol.

—Yum… ! C’est ça qu’on veut ! C’est tellement bon ! Les soruzos sont trop bons !

—Oh, sérieux, t’en fais un peu trop là… Et aussi, ton nez coule, Ranta, dit Haruhiro.

—Bien évidemment qu’il coule ! Il va couler comme jamais ! Haruhiro ! Tu comprends pas ? ! Ce soruzo, il est parfait !

—L-Les soruzos sont délicieux, huh, dit Moguzo, déjà en train de commencer son deuxième bol. Non—

—Moguzo, corrige-moi si je me trompe, mais est-ce que c’est ton deuxième— non, troisième bol ? demanda Haruhiro.

—O-Ouais . C’est facile à manger, tu sais, alors j’arrête pas de les engloutir de plus en plus vite …

—Gwahahaha ! rigola Ranta.

—Beau boulot, Moguzo ! Tu n’es pas mon rival pour rien ! Mais… je m’en refais une moi aussi ! Je m’en fais un second ! Patron ! Apportez-m’en dont un autre !

—Ça arrive !

—Bon, si c’est ça que tu veux…

Haruhiro prit ses nouilles avec sa fourchette en bois et il les amena lentement à sa bouche.

Ok, bien évidemment, ils sont délicieux. Mais, c’est le matin. Je peux pas engloutir de la nourriture comme ça. Ce serait trop lourd à supporter pour mon estomac.

—Mais bon, quand même, Moguzo, c’est délicieux et tout ça, dit Ranta,

—Mais, tu sais quoi ? Si on essayait de les faire nous-mêmes, je suis sûr qu’on y arriverait, tu crois pas ? Alors ?

—Huh… ? Ah, Ouais, uh … j’en suis pas si sûr… ? La soupe pourrait être un peu compliquée …

—Non, gars, on pourrait le faire, dit Ranta.

—C’est facile. T’as juste à jeter un tas d’ingrédients dans une casserole. Tu fais bouillir le tout, et le tour est joué, j’en suis sûr.

—Non… Je ne crois pas que ce soit si simple … Tu sais ?

—Tu crois ? J’ai le sentiment qu’on pourrait se débrouiller. Y a quoi dans cette soupe ?

—Voyons voir, probablement des os de poulets … de la graisse de porc, aussi, peut-être. Et puis il y a les légumes …il y a des oignons et des carottes là-dedans.

—Oh ? Bien joué d’avoir trouvé tout ça, Moguzo. Moi, j’en avais aucune idée, tu sais ?

—… Je suis impressionné que tu es dit que vous pouviez le faire.

Haruhiro provoqua Ranta, mais il se fit ignorer, comme il l’avait prévu.

Ça me dérange pas, se dit Haruhiro à lui-même. Pour de vrai.

Moguzo leva son bol jusqu’a ses lèvres et il but la soupe, les sourcils froncés.

—…Ouais. Si tu ajoutes de l’ail, ou peut-être du gingembre … ça pourrait donner un goût plus satisfaisant.

—Ohh ? Ohhh ?! s’exclama Ranta.

—Moguzo, frère, on pourrait le faire, tu crois pas ? Une fois qu’on se sera fait un peu d’argent, qu’est- ce que tu dirais que toi et moi on ouvre un restaurant ?

—Ah, hahahaha… Mais, on est des soldats volontaires et tout ça…

—Frère, t’occupes pas des petits détails comme ça ! déclara Ranta.

—Si on se fait de l’argent, peu importe quel boulot on fait. En plus, c’est pas comme si on pouvait rester dans ce monde violent pour le reste de nos jours. Un de ces quatre, on se retirera, et alors on aura besoin de commencer une seconde carrière. Tu sais ce que c’est ? Une seconde carrière ? C’est une seconde, uh, tu sais. C’est quoi déjà ? Um, c’est une seconde … carrière, Ouaiss.

—Tu viens juste de redire la même chose, dit Haruhiro avec obligeance.

—Ta gueule, Haruhiro. Juste, ferme là. Pour de vrai. Sérieusement. Tu peux aller te faire voir ! J’ai une discussion importante avec Moguzo là ! Peu importe, qu’est-ce que t’en dis Moguzo ? T’as envie de faire ça avec moi ? Le Magasin se Soruzo de Ranta et Moguzo. On partagera les profits à 70 pour moi, 30 pour toi … c’est ce que j’aimerais dire, mais ça me va de faire du 50-50. On va commencer à étudier dès à présent, comme ça on sera prêt quand le jour viendra. Qu’est-ce t’en dis ? Hm ?

—Un restaurant, huh ?

Moguzo n’avait pas l’air d’être complètement réticent à cette idée.

—Ça pourrait être bien. De faire un truc comme ça. Plutôt que de combattre …Bah, ça à l’air plus simple au moins. Je vais y penser.

—Ouais ! Tu y penses ! Sois super positive par rapport à ça ! On va se faire beaucoup d’argent ! On va s’en faire à foison ! On va ouvrir toute une chaîne de restaurant ! D’abord, on va commencer par dix restaurants dans Alterna ! Notre but sera d’en mettre 1,700 dans tout Grimgar ! Toi et moi, on pourrait nous aussi le faire ! Bon, y a pas mal de chemin quand même !

Ranta aspira bruyamment la soupe du soruzo, puis il lâcha un puant rot de satisfaction.

—Donc ! Finalement, je pense qu’il est l’heure pour moi de parler de la sommation ! Est-ce vous êtes mentalement préparés ? Ferais-je mieux de me lancer ? Je devrais, pas vrai ? Ne me dites pas le contraire alors qu’on est déjà si loin dans la partie.

—Tu me les brises sérieusement là, alors dis-le-nous à la fin … marmonna Haruhiro.

—Haaaaaaruhirooooo ! Quand tu dis que quelqu’un est pénible, toi, tu l’es cent fois plus ! Nay ! Mille fois plus, dix mille fois plus, non, non, non, cinq cents millions de fois plus énervants ! Rentre-toi ça dans le crâne !

—Ouaiss, Ouaiss.

—Tu as juste besoin de dire « Ouaiss » cent fois, dit Ranta.

—Ouaiss—Attend, pas une fois, mais cent fois ?! c’est beaucoup trop !

—Ne me sous-estime pas ! Surprendre avec brio les gens est ce que moi, Ranta-sama, fait !

—…Même Moguzo est en train de rigoler, dit Haruhiro.

—D-Désolé, marmonna Moguzo.

—C’est juste que, celle-là était drôle …

—Moooooguzoooo ! Tu veux dire quoi par « celle-là » ?! C’est pas seulement celle-là, elles sont toutes drôles ! Je suis toujours marrant ! Le roi comédien vagabond, Rantaman, c’est comme ça qu’ils me nomment ! Si tu doutes de mon sens de l’humour que seule une personne sur cent a, même si tu es mon futur associé, je ne serais pas en mesure de te pardonner !

—Un sur cent ? demanda Haruhiro.

—J’ai pas l’impression que ce soit un don spécial.

—Haaaaaruhiiiiiro-kuuuun… dit Ranta.

—…C’est quoi cette manière de dire mon nom ? C’est gênant mec.

—Je voulais dire un sur cent millions, mais j’ai accidentellement dit un sur cent, ouiiiii. Tu as compris maiiiiiiintenant ?

—Bah, si tu le dis, ça me va. Maintenant, parle-nous de la sommation. La conversation n’a aucun sens.

—C’est ta faute ! cria Ranta.

—Ça suffit, contente-toi de parler ! C’est quoi, cette fameuse sommation ?! s’énerva Haruhiro.

—Mwahahahahahahaha ! Ne te fais pas dessus, ok ?!

Ranta se leva soudainement, et il agita ses bras, en imitant … un serpent ? Ou un truc… avec eux.

—C’est ça !

—…Non, il n’y aucun moyen que je puisse en tirer une conclusion, dit Haruhiro.

—C’est un serpent à deux têtes !

Ranta avait sa main droite serpent tournée vers sa main gauche serpent et ils se disaient bonjour.

—Le but de l’opération est de reprendre l’Avant-Poste de Mortecrâne (Deadhead Watching Keep) et la Forteresse Rivefer (Riverside Iron Fortresse), nom de code : « Serpent à deux têtes » ! Participer à cette opération, disons-le à haute voix est la sommation ! Bon, la deadline pour aller à Rivefer est déjà passé, et ils disent que c’est un boulot pour les équipes expérimentées, donc si on veut participer, on devra aller à Mortecrâne. Le paiement préventif est de 20 argents, avec 80 en plus à la clé, ce qui nous fait un or en tout ! C’est une pièce d’or solide ! Et ça pour chacun d’entre nous, tu piges ?! C’est un truc de dingue !

Les yeux de Moguzo s’écarquillèrent, et il laissa échapper un « Oooh… »

—Une pièce d’or …

Haruhiro pensa que c’était une sacrée somme. Mais, en même temps, il se souvint que le jour où ils avaient perdu leur camarade, Renji était venue vers lui et il lui avait dit, « Pour ta peine. Prends-la » et il lui avait jeté une pièce d’or.

Renji doit sûrement être riche, huh, pensa Haruhiro, bien que cela était absurde de s’étendre sur le sujet.

—Maintenant, Mortecrâne, dit Ranta, en se rasseyant dans sa chaise

—C’est là.

Il pointa du doigt une zone sur la table.

—…Non, peut-être ici ? Peut-être dans ce coin-là ? Ou peut-être par là-bas ?

—On s’en fiche de quel coin non ? demanda Haruhiro.

—Bah, Ouais. Mais, tu sais. C’est une forteresse orc à 6 km au nord d’Alterna. Quand je dis 6 km, on dirait que c’est assez près. Ou, plutôt, c’est près d’ici. Bien entendu, notre Armée Frontalière a déjà attaqué la forteresse de nombreuses fois, et elle l’a même prise dans le passé. Cependant, ils n’ont jamais réussi à la tenir bien longtemps. Pourquoi ça selon vous ?

—Hmm…

Moguzo croisa ses bras et il se mit à réfléchir en penchant sa tête sur le côté.

—… Parce qu’ils ne sont pas courageux … ou un truc comme ça ? C’est pas ça, huh…

—Bien sûr que non que c’est pas ça ! Non, non ! La réponse est, juste là …

Ranta désigna une zone proche du bord de la table.

—La Forteresse Rivefer. Cette forteresse, elle est à peu près à 40 km à l’ouest de Mortecrâne, sur les rives d’une rivière houleuses, et si tu remontes le courant, tu atterriras dans l’ancien Royaume de Nananka. Tu sais ce que ça veut dire ? Non, je parie que tu ne le sais pas. L’ancien Royaume de Nananka. Ça veut dire qu’il y a des orcs, mec, des orcs. De nos jours, il y a un pays plein d’orcs là-bas. Du coup, ils sont capables de se déplacer en bateau et ils amènent des provisions et des troupes comme ça. Mortecrâne est un minuscule poste, mais quand l’Armée Frontalière attaque, ils envoient des signaux de fumée, ou un truc comme ça. Quand ils font ça, des troupes sont envoyées depuis Rivefer en très peu de temps.

Haruhiro fronça ses sourcils.

—Mais il y a quand même un bon 40 km entre les deux.

—L’armée orc à ce qu’on appelle des dragons, dit Ranta, en prenant une pose comique.

C’est censé être une sorte d’animal ? Un octopus ? Non.

—Ils sont appelés des dragons, mais ils ne montent pas des dragons, ils montent ces énormes lézards, dit Ranta.

—Ces gros lézards sont appelés cheval-dragon. Ils sont incroyablement rapides, et ils peuvent faire la route entre Rivefer et Mortecrâne en moins d’une heure.

—Ah,

Moguzo frappa la paume de sa main gauche avec sa main droite.

—C’est pour ça qu’on les attaque en même temps ?

—Brillamment résolu, tout ce que j’attendais de mon associé.

Ranta essaya de claquer des doigts, mais aucun son ne s’en dégagea. Il essaya encore quelques fois, mais il n’y arrivait tout simplement pas.

On dirait qu’il a enfin abandonné.

—…Chier, grommela Ranta.

—Sois maudite, main moite.

Haruhiro soupira.

—N’essaye pas de rejeter la faute sur ta peau…

—Arrête de couper la parole aux gens tout le temps, même quand je me plains de ma peau ! Tu te prends pour qui, ma belle-mère ?!

—Donc, revenons à nos moutons … De quoi on parlait ? demanda Haruhiro.

—Tu m’ignores, huh ?! T’as du cran, l’ami !

—La Forteresse Rivefer, c’est ça ? interrogea Haruhiro.

—Et l’Avant-Poste de Mortecrâne, ils les attaquent simultanément … Attend, j’ai l’impression que, ça ressemble un peu à une guerre, vous pensez pas ?

—…Tch. Tu continues à m’ignorer. Haruhiro, tu le savais pas ? Nous les humains sommes en guerre avec les orcs, les morts-vivants, et plus encore, depuis tout ce temps.

—Bah, je l’avais un peu deviné. Mais j’avais pas l’impression qu’on était tant en conflit que ça, tu sais ?

—Quand la situation s’y prête bien, on se met salement sur la gueule, dit Ranta.

—Y a pas si longtemps, une bande d’orc s’est introduit dans Alterna, tu te souviens ?

—Ah… Ish Dogran ? C’était ça ? Le gars que Renji a tué.

—Ouais, c’est ça. Apparemment, ce serait la revanche de cette invasion. C’est ce qui a déclenché tout ça. Et du coup, si on le fait, plutôt que juste les agacer, on pourrait bien prendre toute la forteresse définitivement, c’est ce que je crois. On a pris Mortecrâne un bon nombre de fois dans le passé, mais ils nous la reprennent toujours en un rien de temps. Et tout ça, c’est à cause de Rivefer. Donc, on ne va pas faire la même erreur une fois de plus. »

Ranta en parle avec un ton condescendant, du style « L’Armée Frontalière a appris de ses erreurs, wahahaha, », mais plus je l’écoute, plus je suis sûr que c’est une guerre.

—…C’est pas un peu dangereux ? demanda Haruhiro.

—Et, attends une seconde, on ne va pas les attaquer avec juste des soldats volontaires … impossible que ce soit ça, pas vrai ?

—Évidemment, l’Armée Frontalière va nous accompagner, ou plutôt, ils sont l’armée principale et nous allons les accompagner, renâcla Ranta.

—Les soldats volontaires sont là en tant que support, bien entendu. Réfléchis un peu. T’es débile ? Faut que t’arrêtes d’observer tout ce que tu vois avec tes yeux endormis comme ça, Haruhirion.

—Mes yeux n’ont rien à voir là-dedans. Je vais te poignarder dans le dos. Et aussi, le Haruhirion là, tu arrêtes.

—Haruhirion n’a pas le sens de l’humour, je vois.

—Sérieux, mec…

—U-Um,

Moguzo les interrompit.

—Combien de personnes vont participer à ça … ? Du genre, en nombre.

—Un nombre ?

Ranta caressa son menton avec son pouce.

—Voyons voir, à Mortecrâne il y en aura cinq cents ou six cents de l’Armée Frontalière, de ce qu’ils disaient. Pour les soldats volontaires, c’était cent ou cent cinquante. Rivefer est une place forte bien gardée, alors je suppose que ça va être un combat assez intense. J’ai entendu dire que Soma des Briseurs du Levant, « Diable Rouge » Ducky des Berserkers, « Tête à tête » Max des Phalanges de Fer, et Shinohara d’Orion participeraient au combat. Honnêtement, c’est un truc de fou. « Si vous n’êtes pas confiant quant à vos capacités », j’ai l’impression qu’ils disent « si tu viens, tu vas mourir, alors ne viens pas, tu vas juste nous gêner. »

Je crois comprendre pourquoi Ranta se comporte comme si ça allait être facile, pensa Haruhiro. Ranta le prend trop à la légère, ça doit être ça. Il pense que prendre la Forteresse Rivefer va être difficile, mais que l’Avant-Poste de Mortecrâne va tomber facilement. En vrai, il pense qu’on aura gagné au moment ou on déclenchera l’attaque.

—Donc, voilà pour les grandes lignes.

Les deux mains serpents de Ranta se mordaient mutuellement.

—Une pièce d’or ! On doit le faire, avec cette récompense ! C’est décidé ! Ouais ! Allons-y et inscrivons-nous tout de suite ! Il reste trois jours avant la deadline, mais vous connaissez le proverbe qui parle de battre le fer tant qu’il est chaud, pas vrai ? Ou alors c’est un idiome ? Bah, qu’importe lequel des deux, c’est une chose à dire, et je dis que je vais aller au quartier maintenant et—

—T-Tu peux pas faire ça, dit Moguzo, arrêtant Ranta avant qu’Haruhiro n’en ait eu l’occasion.

—…O-On doit connaître l’avis de tout le monde avant ça…

—Quoiiiii ? Qui se soucie de ça ? On a qu’à dire, « On le fait, ok, allons-y », et elles vont se ramener dans la seconde. Elles vont même pas comprendre ce qui se passe, pas ces filles !

—Tu ne peux pas dire ça … dit Haruhiro en se frottant la tête.

—Bon, je vais leur en parler ce soir, et on peut prendre une décision après ça. On a encore le temps, alors ça devrait aller.

Ranta renâcla.

—Oh, très bien, si tu insistes.

La prochaine fois, je vais lui en mettre une, se promit Haruhiro.

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