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Chapitre 16

Viser le Sommet

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~25 min

Le lendemain, quand ils quittèrent leur logement, Shihoru vint soudainement s’excuser auprès d’Haruhiro.

—Je… je suis désolée ! Yume m’a tout expliqué. J’étais convaincue que vous aviez ce genre de relation… Je suis désolée d’avoir tiré des conclusions hâtives !

C’était une bonne chose qu’elle se soit excusée, mais Haruhiro aurait préféré qu’elle ne le fasse pas devant Ranta et Moguzô.

—Ce genre de relation ?

Tout excité, Ranta se rapprocha du jeune voleur.

—Et c’est quoi « ce genre de relation » ? Entre qui et qui ? Hein ?

—Ce n’est rien ! lui répondit-il en reculant un peu.

—Ce n’est pas rien ! Dis-moi ! Parle ! Allez, crache le morceau ! s’écria Ranta.

—Écoute, comme l’a dit Shihoru, ce n’est qu’un malentendu… se défendit Haruhiro.

—Je veux connaître tous les détails. Et surtout, savoir quel genre de malentendu il était question.

—Ça suffit ! intervint Yume.

Pitié, faites qu’elle ne dise pas quelque chose de bizarre.

Malheureusement, c’était le cas.

—C’était hier, poursuivit Yume,

—J’ai demandé à Haruhiro de me serrer très fort dans ses bras. Et, à ce moment-là, Shihoru est arrivée. C’est tout.

En entendant Yume, les yeux de Moguzô s’écarquillèrent et il poussa une exclamation de surprise.

—Quoi ? Bordel, Haruhiro !

Les yeux de Ranta donnaient l’impression qu’ils allaient sortir de leurs orbites.

—T’es sérieux ? T’es putain de sérieux ? ça y est ? Tu nous la joues poteau rentrant ?

—Mais qu’est-ce que tu me dis là ? Et c’est quoi ça « poteau rentrant » ? demanda Haruhiro, avant de s’arrêter.

—Non attends, oublie. Je t’ai dit que ce n’était pas ça.

—Comment ça ? T’étais à deux doigts de le faire ! Vous étiez un peu occupés lorsque Shihoru est arrivé. Vous avez paniqué et vous vous êtes arrêtés, c’est ça ? T’as abandonné à la mi-temps !

—Mais Haru pleurait… tenta d’expliquer Yume.

—Yume, tu n’avais pas besoin de lui dire ça…

—Pleurait ?

Ranta regarda tour à tour Haruhiro puis Yume plusieurs fois avant de passer ses mains dans des cheveux déjà bien désordonnés.

—Je comprends mieux maintenant. Voilà donc ce qu’il s’est passé. Alors la vérité, c’est que… c’est elle qui t’a repoussé ! Yume t’as rejeté ! Pouah ! Elle a eu pitié de toi ! Elle a même dû te réconforter. Je vois. C’est clair maintenant.

—Tu as tout faux, mais oublie. Je ne suis plus d’humeur à te l’expliquer.

—Quoiqu’il en soit… les interrompit Yume, ignorant complètement Ranta.

Une capacité dont Haruhiro était secrètement jaloux.

—J’ai décidé que je ferai de mon mieux pour bien m’entendre avec Merry. Shihoru a dit qu’elle allait aussi essayer.

Shihoru tenait fermement son sac et regardait par terre pour éviter tous les regards braqués sur elle.

—Je ne sais pas si je pourrai le faire, mais je ferai de mon mieux.

—S’entendre ? Avec Merry ?

Ranta fronça les sourcils.

—Ça n’arrivera pas. Cette fille n’a aucunement l’intention de devenir amie avec nous.

—Mais, on ne peut pas continuer comme on le fait maintenant. On doit au moins la convaincre de nous soigner pendant les combats, dit Moguzô en baissant la tête.

Moguzô avait raison. Le problème dépassait le simple cadre de la bonne entente. Elle ne les soignait pas comme il fallait, ou plutôt, elle les ignorait tant que leurs blessures n’étaient pas suffisamment graves. C’était un véritable « déni d’existence ». Elle ne se souciait ni des appels ni des cris de douleurs. Elle ne les soignait que si la blessure réduisait leurs mouvements ou si elle mettait leur vie en danger.

C’était cette attitude qu’ils trouvaient inacceptable. Comment pouvait-elle les laisser souffrir ? Manato, lui, les soignait sur le champ. Peu importait la gravité de leur blessure. Sa simple présence leur procurait un sentiment de sécurité pendant les combats. Avec Merry, c’était le contraire. Et si l’un d’entre eux était gravement blessé et qu’elle refusait de le soigner ? Tous craignaient qu’elle ne les abandonne au pire moment.

—Pour commencer… dit Haruhiro en les regardant à tour de rôle… sauf Ranta évidemment.

—Nous devons avoir plus confiance en elle. On ne fera aucun progrès sinon. Et puis, qui sait ? Merry a peut-être sa propre façon de voir les choses. Peutêtre qu’on ne s’entend pas bien parce qu’on n’a pas essayé de se comprendre.

—Moi je suis d’avis que c’est tout simplement quelqu’un de méchant, ricana Ranta.

—Ça doit être une espèce de maladie. Une maladie mentale ! Le syndrome de méchanceté chronique ! Et apparemment, aucun remède n’a encore été trouvé à ce jour !

—Mais nous avons besoin d’un prêtre…

—Dans ce cas, Haruhiro, tu n’as qu’à en devenir un ! Et alors, adieu Merry ! Problème résolu ! C’est la meilleure idée ! Merde, je suis bon !

En vérité, Haruhiro y avait déjà pensé, mais c’était plus en désespoir de cause. Être un voleur lui convenait bien. Partir seul en repérage, toujours se placer derrière l’ennemi… Il était impatient d’améliorer ses compétences. De plus, il avait réalisé une chose en parlant avec Yume hier.

—Ranta.

—Quoi ?

—Moguzô, toi et moi avons décidé d’inviter Merry à rejoindre notre équipe, n’est-ce pas ?

—Ouais, et c’était une énorme erreur. C’est pourquoi je dis qu’on devrait la virer aussi vite que possible.

—Mais, elle est l’une des nôtres maintenant. Au moment où elle nous a rejoints, elle est devenue membre de notre équipe. J’ai tort ?

Ranta semblait prêt à répondre, mais n’y trouva rien à redire. Il paraissait presque honteux, préférant regarder ses pieds.

—Merry est comme elle est. On ne peut pas lui en vouloir pour ça. Si elle pense qu’on s’est ligués contre elle, elle ne s’intégrera jamais. Même si elle le veut ! Merry n’est pas une machine à soins.

—C’est vrai, répondit Yume en mettant un doigt sur son menton et opinant du chef.

—Merry est froide avec nous, mais peut-être que c’est parce qu’on la traite aussi ainsi.

Moguzô acquiesça lentement pour montrer son accord.

—Peut-être… commença Shihoru avec hésitation comme si elle doutait de ce qu’elle allait dire.

—Peut-être que Merry a bon fond…

—Impossible ! s’écria Ranta en leur tournant immédiatement le dos.

—Y a pas moyen ! Y a pas moyen que ce soit possible. C’est une putain de harpie jusqu’à la moelle ! Je n’en ai rien à foutre de ce que vous dites, je change pas d’avis ! On devrait juste se débarrasser d’elle et faire d’Haruhiro notre prêtre.

—Si je deviens un prêtre, alors je ne te soignerai pas quoiqu’il arrive ! Tu es un chevalier noir. Le dieu des ténèbres Skullhell est l’ennemi du dieu de la lumière Lumiaris. Je ne suis pas assez gentil pour soigner les blessures de mes ennemis.

—Disqualifié ! Tu es disqualifié pour devenir un prêtre ! Moguzô ! Moguzô est… non, on ne peut pas se passer d’un guerrier, alors… Yume ! Deviens une prêtresse !

—Je veux un loup, alors je ne veux pas arrêter d’être une chassieuse, répondit-elle, catégorique.

—Merde ! Sale égoïste ! Shihoru, et toi ?

—Je… Je ne pense pas être faite pour soigner. Si quelqu’un est blessé, je vais paniquer et…

—Inutile ! Vous êtes tous inutiles ! Vous n’êtes qu’une bande de bons à rien, tous autant que vous êtes ! À cause de ça…

Ranta s’éclaircit la gorge.

—C’est toujours mieux d’avoir cette connasse froide avec nous que rien du tout. Priez juste pour que ce soit qu’en apparence, parce que si c’est vraiment une connasse de la tête au pied… Je n’imagine même pas ce qui se passerait si elle tombait amoureuse de moi et qu’elle voudrait devenir ma femme…

—Je doute que cela arrive.

—La ferme, Moguzô ! Hein ? Tu t’y mets aussi, Moguzô ? C’est Moguzô qui m’a dit ça ? Impossible…

Quoi qu’il en soit, leur décision était prise. Ils traiteraient Merry comme l’une des leurs. Il fallait juste espérer qu’elle veuille, elle aussi, s’intégrer au reste de l’équipe. Les choses devaient bien commencer quelque part, et ils étaient tous prêts à faire ce premier pas. Cependant, la voie qu’ils avaient décidé d’emprunter n’allait pas être de tout repos.

Merry les attendait à la porte nord, comme d’habitude. Il valait mieux la saluer convenablement pour commencer et Haruhiro était prêt à jouer l’éclaireur pour ça.

—Bonjour !

Ce n’était qu’une salutation normale, alors pourquoi devait-elle lui lancer ce regard glacial ? N’était-il qu’un insecte ? Voulait-elle le ridiculiser ? C’était comme si elle essayait de lui dire avec ce regard : « Brûle sale déchet. Consume-toi et deviens cendre ».

—Bonjour, répondit-elle froidement en le transperçant du regard.

—Dépêchons. Je vous suis.

Ça promet, pensa Haruhiro.

Malgré tout, Yume et Shihoru essayèrent d’engager la conversation avec Merry sur le trajet de la vieille ville de Damrow : « Où vivait-elle à Ortana ? Qu’est-ce qu’elle mangeait le midi et le soir ? Depuis combien de temps était-elle soldate volontaire ? ». Les questions étaient anodines, mais Merry évitait soigneusement d’y répondre et ils n’eurent droit qu’à des réponses lapidaires comme : « Dans une maison », « Ce que j’aime. », « Qui sait… ». Finalement, Merry perdit son sang-froid et lâcha un « En quoi ça vous regarde ? », murant Yume et Shihoru dans un silence religieux.

Une adversaire redoutable. Non… C’est notre alliée. C’est l’une d’entre nous.

Même si une conversation normale avec elle était impossible, Haruhiro espérait au moins améliorer leur travail d’équipe.

La chance fut avec eux ce matin puisqu’ils tombèrent sur un groupe de trois gobelins. Haruhiro s’arma de courage et décida d’engager la bataille. S’ils pouvaient travailler ensemble comme une équipe et gagner un combat, les choses s’arrangeraient.

—Moguzô, Ranta, vous prenez chacun le vôtre. Moi et Yume, on s’occupe du troisième. Shihoru et Merry, vous assistez Moguzô et Ranta ! commanda Haruhiro.

Comme attendu, Merry se borna à rester sur place, regardant avec dédain Shihoru frapper les gobelins à l’aide de sorts. Elle fit également la sourde oreille lorsque Ranta poussa un cri de douleur exagéré quand un gobelin lui infligea une légère coupure au bras gauche.

Les coups pleuvaient sur Moguzô. Une attaque lui avait entaillé la tempe et le combat tournait peu à peu à son désavantage. La peur commençait à se lire sur son visage.

—Tu es un guerrier ou quoi ? Pourquoi recules-tu pour si peu ? cria-t-elle sèchement le guerrier.

—Merde ! Tu te prends pour qui ? Tu restes planté là à rien foutre ! s’écria Ranta avant de frapper son gobelin de toutes ses forces.

Il le repoussa, mais le chevalier noir utilisa sa technique coup rageant pour couvrir rapidement la distance, son épée en avant. Le gobelin émit un horrible gargouillis au moment où la lame de Ranta lui traversa la gorge. Il résista violemment pendant quelques instants avant d’arrêter de bouger.

Apparemment les techniques et styles des chevaliers noirs étaient basés sur l’esquive. Il favorisait le combat à moyenne portée et ne se rapprochait que pour attaquer tout en restant hors de portée le reste du temps.

Ce qu’il vient de faire n’est peut-être pas à l’image des chevaliers noirs, mais au final le résultat est le même. Plus que deux…

Dans un grognement d’effort, Moguzô parvint à bloquer la lame adverse avant d’utiliser sa propre épée pour repousser le gobelin en arrière. Il le poursuivit sans hésitation, frappant de son épée la tête de la créature. Le gobelin dans un cri s’écroula sur le sol le crâne ouvert.

Plus qu’un.

—Marik Em Park ! incanta Shihoru en dessinant le glyphe élémentaire avec sa crosse.

Un rayon de lumière de la largeur d’un poing frappa le dernier gobelin en pleine tête, lui faisant pousser un grognement. C’était comme recevoir un violent coup de pied dans la tête. La créature fut sonnée pendant quelques instants, mais cette ouverture suffit à Yume pour faire une attaque circulaire sur le gobelin. Le gobelin fut pris par surprise, mais parvint à esquiver de justesse en se jetant sur le côté. Il tournait à présent le dos à Haruhiro.

Maintenant ! songea l’adolescent, et son corps se mit en action.

Sans reprendre son souffle, il poignarda la créature. La dague transperça son adversaire et s’enfonça dans le dos du gobelin pour ressortir de l’autre côté.

Cette sensation…voilà un coup dont mon maître aurait été fier.

La créature chancela, comme si toutes ses forces l’avaient quitté. Haruhiro poussa la dague davantage dans le gobelin, avant de rapidement la retirer. Son adversaire tomba à la renverse et ne bougea plus.

—Mouhahahaha ! ria Ranta à gorge déployée alors qu’il tranchait la griffe d’un gobelin mort.

—Le travail d’équipe était merdique, mais grâce à mon génie nous avons gagné ! Je suis le meilleur ! J’imagine que les choses ne seraient pas intéressantes si tout le monde s’entendait parfaitement dès le début. Eh ! Merry ! J’ai mal à mon bras ! Soigne-moi maintenant !

La prêtresse l’ignora superbement et se dirigea plutôt vers Moguzô.

—Assis !

—Oui madame, répondit docilement Moguzô en s’asseyant sur le sol à l’image d’un animal de compagnie.

Merry examina son front et l’arrière de son crâne avant de toucher sa coupure à la tempe. Quand Moguzô grimaça, l’adolescente lui dit quelques mots, mais elle parlait trop bas pour qu’Haruhiro puisse l’entendre. Merry forma ensuite un hexagone avec sa main.

—Par la protection de Lumiaris, Soin.

—Après la bataille, elle est plutôt disposée à nous soigner, marmonna Haruhiro pour lui-même, tout en rassemblant les sacs des gobelins.

Le butin s’élevait à deux pièces d’argent, deux pierres brillantes et quelques crocs. Selon la valeur des pierres, Haruhiro estima que le total s’élèverait à quatre pièces d’argent.

—Eh, ma petite Merry ! Pas besoin de t’attarder sur Moguzô ! Viens ici me soigner ! s’exclama Ranta.

—Tes blessures ne sont rien de plus que des égratignures.

—Ce n’est pas vrai ! Regarde ! J’ai pissé le sang partout ! Ça s’est juste arrêté tout seul…

—Mets de la salive dessus et frotte. Et arrête tout de suite avec les petits surnoms. Ma patience a des limites.

Ranta recula, gelé sur place. Haruhiro devait l’admettre. Ce chevalier noir braillait comme un bébé et se roulait par terre à la moindre égratignure.

En y repensant, Manato était très attentif au bien-être de chacun et ne s’arrêtait que quand tout le monde était en pleine forme. Cependant, maintenant qu’Haruhiro y repensait…

Était-il vraiment nécessaire de recourir à des sorts de soin à la moindre petite blessure ? C’était peut-être un peu exagéré, surtout quand cela concernait Ranta. Ce gamin aimait se faire dorloter.

Une fois les corps des gobelins fouillés, Haruhiro s’approcha discrètement de Merry.

—Est-ce qu’on a tort de fonctionner ainsi ? demanda-t-il directement.

—En tant que prêtresse, tu dois bien savoir comment les choses se font. Est-ce que les autres équipes font comme ça ?

—Quoi ?

Haruhiro grimaça. Ce simple mot de sa part a failli me faire perdre mon sang-froid. Elle est vraiment trop effrayante. Il se força tout de même à continuer.

—Ce n’est rien. Ne t’inquiète pas, mais… est-ce que tu sais s’il y a différents types de prêtres ? Des différences de philosophies ou quelque chose comme ça ? C’est juste que, je ne sais pas grand-chose sur vous. Je manque cruellement d’expériences dans ce domaine…

Merry le fixa quelques secondes, ouvrit la bouche pour répondre, mais poussa finalement un long soupir comme si donner une réponse était trop ennuyeux.

—Qui sait ? dit-elle froidement en détournant le regard.

Et voilà, une fois de plus, elle tentait de couper court à la conversation.

Haruhiro commençait à se sentir de plus en plus agacé.

—Tu ne veux vraiment pas me l’expliquer ? Je suis un voleur. Je ne sais presque rien sur les prêtres. On n’arrivera jamais à se comprendre si on continue comme ça.

—C’est ton avis. Pas le mien. Je pense que c’est très bien ainsi.

—Ce n’est pas…

Haruhiro s’arrêta et prit une profonde inspiration pour se calmer.

Ce n’est pas passé loin. J’ai bien failli lui crier dessus. Elle va me rendre dingue. Qu’est-ce qui ne va pas avec elle ? Pourquoi doit-elle être si froide ?

—Je ne te demande pas de me raconter toute ta vie, persista Haruhiro.

—Dans un combat, on doit connaître le rôle et la position de chacun. Je pense que c’est quelque chose dont on doit parler. On est une équipe.

—Pourquoi ne pas dire directement que tu n’aimes pas ma façon de faire ? répondit sèchement Merry.

—Je partirai tout de suite.

—Ce n’est pas ça…

—Alors il n’y a pas de problème.

—Euh… Si, mais…

Quelqu’un, s’il-vous-plaît, dites-moi. Y a-t-il un moyen de communiquer normalement avec elle ? Peut-être qu’il n’existe pas. C’est ça. Il n’y en a pas…

Plus tard, Yume et Shihoru tentèrent vaillamment d’engager la conversation avec Merry, mais elles furent repoussées à chaque tentative. Haruhiro retenta lui aussi sa chance, mais Merry ne prit même plus la peine de lui répondre.

Le soir venu, ils avaient tué sept gobelins. Cela faisait un gain de deux pièces d’argent et cinq de cuivre chacun. Ce n’était pas trop mal pour un groupe comme eux. Cependant, Haruhiro ne pouvait s’empêcher de se comparer à Renji qui jetait des pièces d’or comme si c’était de la petite monnaie. Il ne put que serrer les dents devant leur maigre butin.

Merry partit dès qu’elle reçut sa part. Les cinq restants dînèrent, puis allèrent à la taverne de Sherry.

—Il y a beaucoup de monde ici. Par contre, je n’ai pas envie de boire d’alcool. Je prendrai un jus de fruits à la place, dit Yume en rentrant dans la taverne.

—Moi aussi, je ne veux pas d’alcool. C’est vrai que c’est très animé… lui répondit Shihoru.

C’était leur première fois chez Sherry, alors Yume et Shihoru n’arrêtaient pas de regarder partout, les yeux grands ouverts et un peu nerveuses.

—Arrêtez d’être bouche bée, vous deux ! les réprimanda Ranta, en se faisant passer pour un habitué.

—Il n’y a rien qui sort de l’ordinaire ! Ce n’est qu’une taverne normale, alors franchement, arrêtez !

Toutefois, les deux adolescentes n’écoutèrent pas un mot de ce qu’il racontait. Quand la serveuse arriva peu après, ils commandèrent tous et réglèrent leur consommation. Haruhiro évita aussi l’alcool et préféra une limonade. C’était une boisson faite en ajoutant du citron et du miel dans de l’eau gazeuse. L’eau venait des montagnes Tenryuu.

—Le problème maintenant, c’est Merry, commença Haruhiro.

—Oui, acquiesça Yume.

—On a essayé de lui parler toute la journée, mais avec elle, c’est la croix et la jarretière.

—Bannière, la corrigea immédiatement Shihoru.

—Tu veux dire que c’est la croix et la bannière.

—Ah bon ? dit Yume en clignant des yeux.

—J’étais persuadée que c’était jarretière. Tu l’écris comment déjà ? B-a-n-i-è-r-e ?

—Non, avec deux N, b-a-n-n-i-è-r-e.

—Quoi ? Je me suis encore trompée ? s’exclama Yume.

—J’ai l’impression que ça m’arrive souvent…

—Il n’y a pas d’autre choix, dit Ranta, en passant son pouce devant sa gorge en signe de décapitation.

—On n’a qu’à faire ça et on s’en débarrasse. Si on se débarrasse de cette fille alors tout s’arrangera. Ça, je vous le dis.

Ranta avait vraiment l’air d’apprécier ce geste, sans doute parce qu’il le trouvait cool. Si c’était le cas, alors il devait être encore plus dérangé que Yume.

—Euh…

Moguzô s’arrêta et fixa l’entrée de la taverne.

Quand on parle du loup…

Elle était là. Merry. Elle entra, regarda brièvement dans leur direction et fit semblant de ne pas les avoir vus. Toute la tablée était presque certaine qu’elle les avait aperçus. Il y avait un siège libre au bar et Merry s’y installa.

—C’est quoi ce bordel ! s’écria Ranta en frappant du poing sur la table.

—Et c’est quoi cette attitude ? Même si c’est récent, on est dans la même équipe ! C’est normal d’au moins nous faire un signe de tête !

—J’ai le sentiment que… commença Yume avec une moue contrariée et les sourcils froncés.

—Ce qui est normal pour n’importe qui n’est pas normal pour Merry. J’avoue que je me sens un peu blessée…

—Mais on ne l’a pas salué non plus, fit remarquer Shihoru en se tapotant les lèvres.

—C’est un prêté pour un rendu.

Haruhiro se massa la nuque, songeur.

—J’imagine que tu as raison. On s’était préparé à se faire ignorer, et forcément, c’est arrivé. Ouais, ce n’est pas une bonne approche non plus.

—Quelle connerie ! s’exclama Ranta.

—Bordel, pourquoi devrait-on être gentil avec elle ?

—Il faut dire que tu as le chic pour te faire détester de toutes les filles, fit remarquer Yume.

—La ferme ! Les planches à pain ne peuvent pas parler au nom de toutes les femmes !

—Arrête de dire que je suis plate !

—Plate, plate, plate, plate, plate !

—Pfff… répliqua Yume en lançant un regard haineux au chevalier noir.

—Ranta, peu importe où tu iras, tu seras toujours considéré comme la pire des merdes, déclara Haruhiro.

—Ce ne sont pas tes affaires ! répliqua Ranta.

—Je n’en ai rien à foutre des sentiments des filles ! Tout ce qui m’importe c’est leur poitrine, leur cul, leurs jambes et leurs bras !

Shihoru regarda Ranta comme une créature répugnante et détestable.

—Ça me rend malade de penser que quelqu’un comme toi soit humain.

—Tu… Tu n’avais pas à aller aussi loin !

Visiblement même Ranta réalisa qu’il était dans une situation délicate.

—Ce n’est pas seulement la poitrine, le cul, les jambes et les bras… le visage est important aussi ! Peu importe à quel point leur corps est magnifique, si elles ont un visage de cochon… Attends. Pourquoi j’ai le sentiment que t’es encore plus fâchée maintenant ? Pourquoi ?

—Quelqu’un lui parle, l’interrompit Moguzô, en pointant le siège près de celui de Merry.

—Ouah !

Haruhiro cligna des yeux plusieurs fois.

—Tu as raison.

Bien que ce ne soit pas vraiment surprenant que quelqu’un lui parle, Haruhiro ne s’y attendait pas. Et puis, le jeune voleur connaissait l’homme avec qui elle discutait. Ils s’étaient déjà rencontrés et parlé une fois. Ce visage amical. Ces vêtements blancs de la tête aux pieds, cette armure de plaques, et cette épée.

—C’est Shinohara, de Orion, murmura l’adolescent.

—Orion ?

Ranta étira son cou pour mieux voir.

—Sérieux ? Ils sont plutôt célèbres. Attends voir, Shinohara, tu dis ? Si ma mémoire est bonne, il s’agit du maître d’Orion ! Ce n’est pas comme si j’en avais quelque chose à faire, mais pourquoi est-ce qu’il lui parle à elle ? Oh, nos boissons sont là ! Portons un toast, les gars. Santé !

—Santé, Moguzô fut le seul qui répondit.

Haruhiro frappa sa coupe en bois contre celle de Moguzô, Yume et Shihoru avant de boire une gorgée de limonade. Elle était douce et acide. Vraiment délicieuse.

—Eh, Haru, commença Yume en tirant sur la manche de sa chemise.

—C’est quoi un clan ?

—Un clan c’est ce qu’il nomme quand… commença le jeune homme.

En fait, ce n’est pas comme si Haruhiro en connaissait beaucoup sur le sujet, mais de ce qu’il avait compris, les clans étaient des groupes qui se formaient afin d’accomplir un but ou un idéal.

Normalement, les équipes se constituaient de cinq ou six personnes. Il avait entendu dire que c’était parce que le sortilège protection primordiale d’un prêtre ne pouvait couvrir qu’un maximum de six personnes. Cependant, il y avait des cas où six personnes n’étaient pas suffisantes. C’était le cas notamment contre des hordes d’ennemis ou contre des ennemis exceptionnellement forts. Il y avait aussi des endroits où il était trop dangereux pour un groupe d’aller seul. C’était dans ces cas-là que plusieurs équipes se réunissaient pour former un clan.

Après avoir donné une explication à Yume, Haruhiro lui donna quelques exemples.

—Il y a plusieurs clans connus. Les Dark Berserkers, les Iron Knuckles, le clan féminin des Wild Angels. Et bien sûr, Orion qui est tout aussi connu.

Ranta poursuivit en pointant Shinohara.

—Regarde, sa cape a sept étoiles en forme de X sur le côté droit. C’est l’emblème du clan Orion. Il y en a quelques autres qui portent le même emblème ici.

Ranta avait raison. Plusieurs clients portaient les mêmes capes décorées dans la taverne. Shinohara avait dit une fois que lui et beaucoup d’autres soldats volontaires fréquentaient la taverne de Sherry. Peut-être qu’Haruhiro pourrait aller le saluer.

Mais pas maintenant. Je ne veux pas l’interrompre pendant qu’il discute avec Merry. Ça peut attendre. Mais, quelle était la relation entre lui et Merry ?

D’après ce qu’Haruhiro voyait, Shinohara faisait la majeure partie de la conversation pendant que Merry se contentait de brefs commentaires et d’hocher la tête une ou deux fois. Cependant, elle ne paraissait pas particulièrement dérangée. Au contraire, elle semblait désolée. Shinohara partit enfin. Après l’avoir regardé s’éloigner, Merry retourna à sa boisson.

Ranta gloussa malicieusement.

—Ces deux-là sont ensemble.

—Il n’y avait pas ce genre d’ambiance autour d’eux, lui répondit Haruhiro, incertain.

—Haruhiro… Tu es vraiment aveugle. Peu importe comment tu les regardes, c’est obligé ! Ils le font ! J’en suis sûr !

—Je vais saluer Shinohara.

—Eh ! Salaud ! Ne m’ignore pas ! C’est triste de m’abandonner comme ça ! »

Comme si j’en avais quelque chose à faire, pensa Haruhiro en se levant.

Tandis qu’il sortait de table, le brouhaha dans la taverne s’accentua.

—Mais c’est Sôma…

—Si ce n’est pas mon Sôma !

—C’est Sôma !

—Sôma !

—Sôma…

Sôma. C’était le nom sur toutes les lèvres.

Qui est-ce ? Sûrement un homme, mais à part ça…

Un groupe de six, constitué à parts égales d’hommes et de femmes, entra. Sôma devait être l’homme à l’avant. Il avait l’air jeune et différent. Très différent. À commencer par son armure. Tout son corps était recouvert d’une armure noire parfaitement ajustée sans aucun défaut apparent. Le matériau semblait incroyablement léger aussi. C’était sans doute une armure faite sur mesure, constituée d’un nombre incalculable de petites plaques de métal se chevauchant. De temps à autre, de la lumière orange semblait en jaillir pour onduler et scintiller au rythme de sa respiration.

Le bas de son corps était protégé par une tassette1 anormalement longue, probablement une partie du même ensemble d’armures qui couvrait son haut. Bien que son armure soit asymétrique, elle n’en restait pas moins incroyable.

La grande épée qu’il portait sur son dos était incurvée comme un katana.

Impossible de ne pas être captivé par ce travail d’orfèvre…

La lame à sa hanche était similaire à celle dans son dos. Un peu plus courte, mais tout aussi splendide.

Elle est parfaite ! C’est ce genre de lame qu’il me faudrait.

Le visage de Sôma était tout aussi unique. Il n’était pas particulièrement viril ou beau, mais ses yeux en amande faisaient ressortir un sang-froid et une certaine mélancolie.

Ses compagnons n’étaient pas en reste. Le plus colossal d’entre eux avait la peau sombre et ses pupilles étaient légèrement dilatées.

Il est énorme ! Il doit bien faire une tête de plus que Moguzô.

Ses cheveux étaient tressés en dreadlocks et il était vêtu d’une armure d’argent éblouissante. Son corps, tout de muscles, paraissait disproportionné par rapport à sa tête.

Derrière lui se trouvait l’exact opposé. Un homme un peu rondouillard avec un visage enfantin, mais avec des yeux qui n’avaient rien d’innocent.

J’ai l’impression que je vais être maudit si je croise son regard.

À ses côtés, un troisième homme avait des bras si longs qu’Haruhiro se demandait s’il était humain. Son visage était caché derrière un masque sinistre. Il était donc difficile de déterminer sa véritable nature. Cependant, le jeune voleur avait le sentiment de faire face à une autre espèce. Une armure qui aurait tout aussi bien pu être en cuir ou en métal le couvrait de la tête aux pieds. Sur son dos, se trouvait une immense épée dentelée qui était sans doute aussi mortelle qu’elle en avait l’air.

Quant aux deux femmes derrière lui… Un seul regard suffit à faire battre le cœur de Haruhiro. Il avait le sentiment qu’il aurait pu les regarder toute la soirée. Ces deux femmes étaient de toutes beautés. La première semblait un peu plus âgée, mais son teint halé ne la rendait que plus séduisante. Elle portait une robe échancrée au niveau des jambes, laissant fièrement exposer ses jambes et sa poitrine. Elle était parée de colliers, de bagues et de bracelets. Son équipement était composé d’un bâton, d’une épée courte et d’autres accessoires nécessaires à la magie. Toutefois, malgré tous ces accessoires tape-à-l’œil, elle n’en demeurait pas moins rayonnante.

L’autre femme ressemblait un peu à Merry. Pas physiquement, mais elles avaient la même beauté inhumaine. Elle semblait jeune, mais en même temps plus âgée que lui. Il n’arrivait pas à se décider sur son âge. À part un pectoral ouvragé pour protéger sa poitrine, le reste de son équipement restait sobre. Une épée pendait à sa ceinture ce qui laissait penser qu’elle était une guerrière. Les femmes qui choisissaient cette classe étaient rares. Cependant, c’était ses cheveux qui attiraient le plus l’attention.

Ils sont superbes…

Une magnifique chevelure argentée tombait jusqu’à sa taille. Ils étaient différents de ceux de Renji. C’était comme s’ils avaient été trempés dans de l’argent pur.

Ajouté à cela, des yeux aussi brillants que des saphirs et un teint de nacre semblable à de la neige, accompagné d’une légère touche de rouge. Preuve en est que du sang parcourait son corps. Sa peau semblait émettre une douce lumière.

Merry n’est rien en comparaison. Mais ses oreilles pointues… elle n’est pas humaine ?

—Une elfe ? murmura Ranta.

—Une elfe… répéta bêtement Haruhiro.

Une elfe ? Qu’est ce que c’est ? Je ne sais pas, mais en même temps, je le sais. Une elfe. C’est ça. C’est sûr. C’est une elfe.

—Eh, les gars ! quelqu’un était en train de les héler.

Cette voix beaucoup trop enjouée ne pouvait appartenir qu’à Kikkawa.

—Si ce n’est pas Harucchi, Rantan, Mogchi, Yumeppi et Shihon ! Comment ça va ? Moi ça va super, merci ! Vous l’avez remarqué ? Vous ne trouvez pas Sôma incroyable ? Jamais j’aurais cru le voir en vrai ! Je suis tellement chanceux ! On est tous tellement chanceux !

Kikkawa semblait encore plus excité qu’à leur dernière rencontre. Sans doute à cause de Sôma.

—Kikkawa, qui est-ce ? demanda Haruhiro n’y tenant plus.

—Quoi ! s’exclama Kikkawa incrédule.

—Harucchi, tu n’as jamais entendu parler de Sôma ? Impossible ! Tu te moques de moi, hein ? Ce n’est pas croyable ! Sôma est… Tu sais bien ! Le meilleur de tous les soldats volontaires ! Le guerrier des guerriers !

Kikkawa poursuivit sans ralentir.

—En fait, il y a quelques débats sur ses vraies aptitudes au combat, mais personne ne doute qu’il est le meilleur. C’est la première fois que je le vois en vrai aussi, mais c’est vraiment quelqu’un, hein ? Tellement différent ! Tellement cool ! Si j’étais une fille, je voudrais qu’il m’emmène sur-le-champ ! Sôma, je t’aime ! dit-il en mimant un baiser.

—Je rigole. Je n’irai pas aussi loin, mais il est incroyable, vous ne trouvez pas ? Tout le monde le respecte beaucoup. J’espère être quelqu’un comme lui un jour…

—Oh que oui ! acquiesça Ranta, des étoiles plein les yeux.

—Bon sang, comment a-t-il réussi à avoir une telle armure ? Je veux la même !

—Je… je voudrais… Moguzô finit sa phrase en fixant le sol.

—Je voudrais bien un casque. Et si possible, une armure de plates. Avec ça, je pourrais être un peu plus…

Shihoru avait une expression peinée tout en se mordant les lèvres.

—Je veux apprendre plus de sorts. Je veux pouvoir tous vous aider dans les combats avec ma magie. Tout ce que je peux faire pour l’instant, c’est…

—Je… Je veux une armure moi aussi, enchaîna Yume.

—Je ne suis pas douée avec un arc, alors je me bats toujours en première ligne. Une bonne armure ne serait pas de trop…

—Pour moi…

qu’est-ce que je veux ? pensa Haruhiro, toujours en train de fixer le groupe de Sôma.

Pour être honnête, contrairement à Ranta et Kikkawa, le jeune voleur n’avait aucun désir de devenir comme Sôma. En fait, il ne croyait même pas qu’ils parviendraient à combler le fossé entre eux et l’équipe de Renji. Devenir aussi respectés et aimés que Sôma et son équipe n’était qu’un doux rêve. Ils n’avaient aucun espoir d’atteindre leur niveau. C’est inutile d’aspirer à être comme eux s’il n’y a aucun moyen de les rattraper.

C’est stupide… Mais est-ce que ça me convient ? Non, non plus.

Il voulait continuer à aller de l’avant. Même s’il ne pouvait pas se comparer à Renji, il voulait continuer à monter, pas à pas. Lentement, mais sûrement, il était sûr de progresser. Manato aurait pensé la même chose. Il voulait qu’ils aillent de l’avant à leur propre rythme. Un peu plus chaque jour. Ils devaient tout faire pour que cela arrive.

Que devrais-je faire ? Et comment ? Économiser de l’argent et s’en servir pour apprendre des compétences ? Acheter du meilleur équipement ? L’argent était important, c’est sûr, mais ça ne faisait pas tout.

Manato a dit qu’il comptait sur moi. Si c’est bien ce que je crois… Il voulait que je prenne sa place… Que je devienne le chef du groupe. Moi ? En suis-je au moins capable ? Quelqu’un doit s’en charger, c’est certain. Mais… Moi ? Je ne veux pas… Je ne pourrai pas supporter ce fardeau. Et Manato ? A-t-il choisi de le faire parce qu’il le voulait ? Peut-être que non. Peut-être se forçait-il à le faire. Peut-être que c’était dur et qu’il voulait abandonner. Mais il a serré les dents et a continué à nous pousser de l’avant. Enfin, je pense…

—Non ! Mais, je te jure ! Kikkawa avait fini par s’installer aux côtés de Ranta. Ils semblaient s’entendre comme cul et chemise.

Être capable de faire ça avec Ranta est impressionnant.

—Je n’aurais jamais cru rencontrer Sôma ! J’avais entendu dire que le vieux Ishmal était son principal terrain de jeu et qu’il revenait rarement à Ortana. J’ai tellement de chance que ça me ferait presque peur ! Pas que j’ai vraiment peur, mais…

—Eh Kikkawa ! Allons sympathiser avec Sôma ! Si c’est nous deux, on peut le faire ! s’exclama Ranta.

—Devenir amis ? Allons-y Rantan ! On y va !

Kikkawa et Ranta se levèrent simultanément. Ils avaient l’air sérieux pour s’approcher et se présenter à Sôma. Haruhiro se leva à moitié et jeta un coup d’œil à la taverne. Le groupe de Sôma occupait une table près du comptoir, et déjà une horde de gens avait déferlé sur eux et continuait à grossir.

Merry était restée à sa place en sirotant sa boisson. Shinohara avait disparu.

Où était-il passé ?

Haruhiro se rassit et but une rasade de limonade. Quand il releva la tête, ce fut pour rencontrer les yeux de Yume. Elle pencha la tête de côté, demandant silencieusement à Haruhiro ce qu’il allait faire. Haruhiro secoua la tête, lui indiquant qu’il ne comptait rien faire, portant son verre à ses lèvres pour une nouvelle gorgée.

Ne rien faire n’était sans doute pas avisé. Moi, un leader ? Est-ce que j’en serais seulement capable ?

  1. Tassette : pièce de l’armure, faite d’un seul morceau de métal ou de plusieurs parties articulées, qui protégeait l’aine et le devant des cuisses sans affecter la mobilité du chevalier, tout en faisant la jonction entre le plastron et les cuissardes. ↩

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