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Chapitre 4

Dire Bonjour

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~23 min

Peu de temps après ça, des personnes qui devaient être les habitants de ces maisons sortirent.

Se basant sur la forme des bâtiments, Haruhiro l’avait plus ou moins anticipé, donc cela ne l’avait pas surpris, mais les habitants étaient bipèdes, comme les humains. La forme générale de leurs bâtiments variait. Aucun d’eux n’était exceptionnellement grand, et aucun d’eux n’était notablement petit non plus. De l’endroit où ils se trouvaient, ils ne semblaient pas particulièrement différents des humains.

Les habitants empruntèrent les routes, se dispersèrent dans les champs, allant à un endroit et se baissant à un autre en utilisant leurs mains, ne faisant que leur travail de fermier.

Des bêtes à quatre pattes qui de toutes évidences étaient, du bétail, étaient elles aussi en train de marcher en ligne droite. Était-ce des vaches ? Ou des ganaroes ? Ou peut-être, en se basant sur leur taille, que c’étaient des moutons. Mais ils ne ressemblaient à aucun des animaux précédemment cités.

C’est une matinée paisible à la ferme.

Ce furent les mots qui surgirent dans l’esprit de Haruhiro. Le village avait l’air paisible. À dire vrai, c’était probablement Haruhiro, qui était en train de furtivement les observer, dont la présence était suspicieuse et inquiétante. Pour la faire courte, il jouait le rôle du méchant.

Et cela était vrai que, quelle que soit leur race, si ces gens étaient juste des fermiers, et que ce n’était qu’un simple village de fermier, Haruhiro et son groupe étaient alors les méchants, rien de plus que les vilains de l’histoire. Ils avaient l’intention de se procurer les ressources de ce village, et il était en train de les observer pour mener à bien cet objectif.

La chose étant, ils étaient affamés. Il voulait de la nourriture. De l’eau potable qu’il pourrait goulûment avaler aussi. Mais il ne cracherait pas sur du lait. Plus il y en avait, mieux c’était. S’ils pouvaient les supplier pour en avoir, il serait ravi d’abaisser sa tête, et de faire tout ce qu’il avait à faire pour avoir ce qu’il voulait.

Mais que se passerait-il s’ils refusaient ? Du point de vue de ces villageois, Haruhiro et son groupe étaient des étrangers, et des humains pour ne rien arranger. Ils n’auraient aucune obligation de les aider. Bien, alors quoi ? Devaient-ils simplement abandonner ? Ou devaient-ils voler ce dont ils avaient besoin ? Les cambrioler ?

Si possible, Haruhiro ne voulait pas avoir recours à la force. S’ils pouvaient discuter paisiblement et arriver à un accord pour obtenir de la nourriture et de l’eau de cette façon, rien ne le rendrait plus heureux, mais il ne savait même pas s’ils pouvaient se comprendre l’un l’autre.

Haruhiro avait laissé ses camarades derrière lui, et il avait descendu la montagne seul. Tout d’abord, il voulait découvrir tout ce qu’il pouvait sur les habitants. Cependant, et tout à fait naturellement, peu importe à quel degré de maîtrise il pouvait utiliser Camouflage, plus il se rapprochait, plus cela devenait dangereux.

Jusqu’où pouvait-il aller ? Est-ce qu’il pouvait vraiment faire ça ? Ne devait-il pas y aller ? Tout en continuant à se poser ces questions, il avança encore un peu plus, petit à petit.

Il ne détestait pas ce genre de boulot. C’était étrange pour lui de dire ça de lui-même, et ce n’était pas vraiment le genre de chose qu’il irait crier sur tous les toits, mais il pensait qu’il était plutôt bon à ça. Même en mettant de côté la question de si oui ou non il avait du talent, il pensait que ce rôle lui allait bien, et il en était secrètement fier.

—J’sais pas, murmura-t-il… Est-ce que je me suis un peu emporté ? Peut-être un petit peu…

Haruhiro se trouvait dans un champ où une plante ressemblant à de l’herbe poussait en nombre. De l’herbe. Pour le moment, il pouvait affirmer que ce n’était pas une rizière. C’était un champ sec, donc peut être que c’était du blé. Il ne pouvait pas en être sûr. Pour être honnête, il n’en savait rien. Ce n’était pas un expert des plantes. Il n’était qu’un simple voleur. Mais ça ressemblait quand même pas mal à du blé, non ?

Cette plante qui ressemblait à du blé arrivait à hauteur des hanches de Haruhiro, et il avait plein de petites graines dans ses oreilles. Ces graines avaient l’air comestibles. S’ils se donnaient autant de mal pour cultiver ces plantes, c’était qu’elles devaient être comestibles. Il arracha une graine et la plaça dans sa bouche.

—…Ouais.

C’était dur. Il n’arrivait pas à dire si elle avait de la saveur ou non. On aurait dit que ce n’était pas fait pour être mangé directement. S’ils le grillaient, ou qu’ils le faisaient bouillir, ou qu’ils le moulaient en y ajoutant de l’eau avant de les transformer en boule, et qu’ils le mettaient ensuite dans un four, cela pourrait avoir bon goût. Probablement.

Haruhiro se déplaça tel un lézard, rampant à moitié tandis qu’il avançait prudemment, mais sans pour autant arrêter de penser :

Est-ce je ne prends pas un peu trop de risques ? Mon corps est totalement dissimulé, alors peut-être que je me fais trop de soucis ? Ou peut-être que je ferais mieux de rentrer, finalement ?

Levant légèrement sa tête, il observa ses environs. Même les travailleurs les plus proches devaient se trouver à plus de cinquante mètres de lui. Ce n’était pas une distance à laquelle il devait se méfier de se faire découvrir. Il était toujours en sûreté. Pour le moment tout allait bien, mais s’il se rapprochait, il allait devoir être encore plus prudent.

Les habitants étaient accroupis en train de faire quelque chose. Étaient-ils en train de désherber ? Avec leur basse posture, et le fait qu’ils portaient des capuches sur leurs têtes en plus de ça, il ne pouvait absolument pas voir leurs visages. Et pourtant, ils ressemblaient beaucoup à des humains.

Ou ce n’était que le sentiment qu’en avait Haruhiro, mais était-ce vraiment le cas ? C’était leur façon de se tenir, pourrait-on dire. Ils dégageaient une aura d’humain.

Juste un peu plus loin. S’il pouvait avoir un aperçu de leurs visages… Dans des moments comme celui-ci, c’était toujours plus prudent de ne pas bouger plus que nécessaire.

S’il restait immobile là où il se trouvait, il ne se ferait pas découvrir. Et donc il attendit patiemment. Une occasion finirait par se présenter à lui… Enfin, ce n’était pas quelque chose dont il pouvait être sûr, mais si cette technique ne fonctionnait pas, ainsi soit-il, et il pouvait toujours réfléchir à quoi faire ensuite.

Il ne pensait pas avoir fait une erreur. En le questionnant, peut-être aurait-il dit que pénétrer en premier lieu dans les champs avait été sa première erreur. Mais, s’il n’avait pas fait ça, il n’aurait pas pu observer les habitants, donc il n’avait pas eu le choix. Un bruissement se fit entendre derrière lui, et son cœur faillit s’échapper de sa cage thoracique.

Non, attendez. Est-ce qu’il se l’était imaginé ? C’était bizarre. En regardant autour de lui il y a quelques instants, il avait aussi regardé derrière lui. Quelque chose se trouvait-il derrière lui désormais ? Ce ne devrait pas être le cas. Il avait vérifié. Mais, il y a quelques secondes, il était sûr d’avoir entendu quelque chose.

Il devait se calmer. La pire chose qu’il pourrait faire serait de paniquer. Il devait garder son sang- froid. Les bruits. Il pouvait les entendre. Il pouvait toujours les entendre. Cela signifiait que quelque chose bougeait derrière Haruhiro.

Comment allait-il réagir ?

Je fais quoi maintenant ?

S’il voulait vérifier ce que c’était, il allait devoir lever sa tête. N’était-ce pas une mauvaise idée ?

Derrière lui. Et pratiquement juste derrière. Que faisait la source du bruit ? Se rapprochait-il ? Prenait-il ses distances ? Il ne pouvait en aucun cas en être certain, mais il avait la sensation qu’il se rapprochait. Comme si quelqu’un était en train de se fondre dans ces espèces de plantes qui ressemblaient à du blé et qu’il se rapprochait de lui en marchant à travers eux. Il venait vers lui.

Et donc, il allait se faire repérer s’il restait ici. Il ne pouvait pas avancer. Les habitants n’étaient pas loin.

Droite, ou gauche, hein. Essais de ne pas trop faire bouger les plantes… ouais, c’est pas possible ça…

Soudainement, il entendit une sorte de sifflement. Non… C’était quelqu’un qui sifflait. Le genre de sifflement que quelqu’un ferait pour appeler des chiens qui se seraient un trop éloignés. C’était ce genre de son.

Haruhiro se leva, et il se retourna. Il était là. Une capuche venait lui couvrir les yeux, et il portait un long manteau vert, mais Haruhiro pouvait apercevoir sa carrure. Ce n’était pas un orc. Un mort- vivant, alors ? Ou un elfe ? Ou même un humain ?

Haruhiro fonça diagonalement sur sa droite.

Quel était le but de ce type ? Il était en train d’observer Haruhiro à peu près à vingt mètres de lui.

Ou du moins, je pense qu’il m’observe…

Sa capuche dissimulait son visage, donc il ne pouvait en aucun cas savoir dans quelle direction l’individu regardait, mais il devait le regarder. Il était probablement en train d’observer Haruhiro, mais il resta immobile là où il était. Que faisaient les fermiers ? Haruhiro ne pouvait pas se permettre de vérifier.

Je dois courir. Courir aussi vite que possible. Courir. Mais c’est bizarre. Pourquoi est-ce qu’il ne me poursuit pas ? Est-ce qu’il me laisse m’enfuir ?

Il n’eut que quelques secondes pour penser à ça. Ensuite, la personne se mit en mouvement. Il venait. Vers Haruhiro, évidemment.

Oh, alors il vient finalement ? Évidemment qu’il allait faire ça. Ouais. Je le savais. Ce n’est pas comme si j’avais envisagé sérieusement qu’il allait me laisser partir.

Pour le moment, il allait quitter les champs, et se diriger vers les montagnes. Il se trouvait pratiquement à la bordure des champs. Ce type était en train de courir vers Haruhiro, mais il n’était pas si rapide que ça. Cela dit, il n’était pas non plus lent.

Une dizaine de mètres les séparait. Bien que cet écart ne diminuât pas, il ne s’agrandissait pas non plus. Ses pas étaient vifs, et il semblait avoir de l’énergie en réserve. Pourquoi ne se rapprochait-il pas ? C’était étrange. Haruhiro ne pouvait pas s’empêcher d’en être agacé.

Haruhiro se retourna sans s’arrêter. Les habitants avaient arrêté leur travail et fuyaient dans toutes les directions. Il se pourrait qu’ils ne soient rien d’autre que de simples fermiers. Ce type était le seul à le poursuivre. Il était risqué d’en tirer une conclusion, mais pour le moment du moins, c’était ce qu’on aurait dit.

—Dans ce cas… !

Il allait foncer en dehors du champ, sauter par-dessus la barrière, et après ça, la forêt ne serait plus très loin. Mais la forêt n’était pas plate non plus. Il y avait une montée. Et elle était assez prononcée.

Grimpe. Monte-là vite. Et merde.

Sa respiration était rapide. C’était affreusement difficile. Était-ce parce qu’il avait faim ?

Non, il était en vérité épuisé. Mais il ne pouvait pas se permettre de dire ça. Haruhiro vérifia la position de son poursuivant. Il était toujours à la même distance, sans se rapprocher ou bien s’éloigner.

C’était mauvais signe. Si ce n’était qu’une personne, Haruhiro pouvait s’en charger lui-même. Si c’était possible, évidemment.

Pouvait-il le vaincre à lui tout seul ?

S’il essayait d’en finir ici, et qu’il perdait parce qu’il n’était pas assez fort, dans le pire des scénarios, seul Haruhiro mourrait. Ils ne trouveraient pas la position de ses camarades. Dans ce cas…

Je ne peux pas m’empêcher de finir par penser à ça. C’est vraiment une mauvaise habitude. Shihoru va encore me passer un savon.

Haruhiro zigzagua entre les arbres tandis qu’il gravissait la pente. Ce type était toujours à ses trousses.

Cela lui demanda du courage, mais Haruhiro fit délibérément mine d’avoir du mal à avancer. Pourtant, la distance elle resta inchangée. Bon, il s’y était attendu.

Cela voulait dire que ce type n’avait en aucun cas l’intention d’attraper Haruhiro. Pour le moment, du moins. Il laissait délibérément Haruhiro courir. Dans quel but ?

Cela ne lui ferait pas de mal de se mettre à la place de ce type. Il était sûrement un habitant du village qui avait pour tâche la surveillance de celui-ci. Un jour, pendant sa patrouille de routine, il avait trouvé un individu plus que suspicieux. Une personne qui les épiait à travers les champs. Un intrus. Ce type avait eu pour intention de l’intimider, et l’intrus avait paniqué et pris la fuite.

L’intrus semblait être seul. Mais l’était-il vraiment ? Et si au final il faisait partie d’un groupe, et que cet intrus n’était rien d’autre que leur éclaireur ? N’allait-il pas revenir auprès de ses amis ?

Ce type pouvait très bien être en train de poursuivre Haruhiro dans l’espoir que celui-ci le mène à la cachette de ses camarades. Si c’était le cas, au final, ce n’était pas une si bonne idée que ça de revenir là où il les avait laissés.

Ce type se savait clairement plus fort que lui. Si ça n’avait pas été le cas, il n’aurait pas eu le cran de poursuivre Haruhiro. Si Haruhiro était à sa place, et qu’il avait eu le même genre de raisonnement, il l’aurait suivi discrètement. Ensuite, une fois qu’il aurait découvert le nombre et la localisation des ennemis, il aurait envisagé un plan d’attaque.

Haruhiro avait très peu de chance de vaincre ce type seul. Non, il ne pouvait pas en être sûr, vous voyez ? Tant qu’il n’avait pas essayé, il ne pouvait rien dire de certain.

Mais il pourrait gagner, tout autant qu’il pourrait perdre. « Pourrait » n’était pas suffisant. Cela dit, avec l’aide de tout le monde, ils pourraient s’en sortir. Il avait une bien piètre opinion de ses propres capacités, mais pour ce qui était de ses camarades, il avait confiance en eux, et il pouvait se fier à eux.

Grimgar of Fantasy and Ash, Tome 10, Chapitre 4 — illustration

Quel était le signal ?

Nul besoin d’une telle chose.

Le terrain juste un peu plus loin était quelque peu inhabituel. Un énorme rocher sortait de la terre en plein milieu de la montée, et d’innombrables vignes s’y étaient accrochées, ce qui donnait à l’endroit une sorte de féerie. Peut-être qu’ils pouvaient appeler cet endroit le Rocher féerique.

Quand il tourna ses yeux vers le Rocher féerique, il aperçut la tête de Shihoru qu’elle venait de faire dépasser. Appuyé sur son épaule, une étrange forme qui ressemblait à un humain, ou plutôt une étoile de mer, se tenait prête à agir : l’élémentaire Obscur.

—Va, Obscur !

Shuvyuun ! Fut le bruit qu’émit Obscur en prenant son envol.

Tout en tournant sur sa droite, Haruhiro se retourna pour observer son ennemi. Il s’était arrêté. Était-il stupéfait par cette embuscade ? Si oui, c’était une surprise. Était-ce vraiment lui, le garde négligent d’un paisible village de fermier, qui s’était lancé à sa poursuite sans y avoir pensé ?

Ce ne pouvait pas être ça.

Le type dessina quelque chose dans les airs avec son index droit et chanta.

—Marc em Parc.

C’est…

Haruhiro n’en avait pas vu depuis un bout de temps, mais il s’en souvenait. Ce sort. Ces runes élémentaires. De la lumière. Une boule de lumière apparut devant le visage de la personne.

Aucun doute ne subsistait. C’était Missile Magique. Le premier sort que les mages apprenaient. La base de la base.

Mais, celui-là… Il est énorme.

La taille d’une tête… Non, probablement plus.

Avec une exclamation silencieuse, Shihoru agita son bâton.

On aurait dit qu’Obscur avait essayé de contourner la balle de lumière et d’attaquer ce type. Il ne vola pas en ligne droite. Shihoru pouvait contrôler Obscur, jusqu’à une certaine limite, et c’était ce qu’elle était en train de faire. Mais il se fit attraper.

La balle de lumière se déplaça lentement, et elle captura Obscur.

Haruhiro, qui était à environ dix mètres de la scène, allait bien, cela va de soi, mais le manteau du type se fit happer vigoureusement, et sa capuche s’envola.

—Tu…

Haruhiro était sans voix, les yeux écarquillés.

La lumière devint plus intense l’espace d’un instant, puis se contracta comme si elle se faisait neutraliser par Obscur, avant de finalement disparaître.

Les ténèbres tout comme la balle de lumière.

Avec un simple Missile Magique, il avait éradiqué l’Obscur de Shihoru.

Était-il un mage ? Si oui, cela pourrait ne pas être surprenant – peut-être. Après tout, il…

—Uwahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh… !

Partant de derrière le Rocher féerique, Kuzaku était en train de dévaler la pente vers eux avec son bouclier et son large katana. Ce cri débilement puissant était intentionnel. Il essayait d’attirer l’attention sur lui.

Le type se tourna pour observer Kuzaku. Cela arriva juste après.

C’était Yume. Yume avait bondi des buissons. Elle était proche. Pas à plus de cinq mètres de lui. A penser qu’elle s’était cachée là. Haruhiro n’avait rien remarqué du tout. C’était un coup dur pour sa fierté en tant que voleur.

Bien joué, pensa-t-il.

Yume se jeta silencieusement sur le type.

Le type n’était pas tourné dans sa direction. Ses yeux étaient posés sur Kuzaku.

Haruhiro pensa que cela était étrange. Quand le manteau de ce type s’était fait souffler tout à l’heure, il l’avait vu. Ce type avait une épée ou quelque chose dans le genre accroché à sa ceinture. Et pourtant, il ne la dégaina pas. Ce type semblait être un mage, alors peut-être que cette épée n’était là que pour impressionner.

Apparemment non.

Yume lança un coup vers lui. Juste avant qu’elle ne s’exécute, il dégaina son épée.

—Chuwah !

Yume lança son coup diagonalement vers le bas, mais il le bloqua avec son épée. Facilement, et sans même daigner la regarder.

Sans perdre une seconde, il donna un coup de pied dans le ventre de Yume et la repoussa.

—Gwah… ?!

—Sowahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh ! Kuzaku chargea le type.

Il avait de l’élan, et son corps était protégé par son heaume, son armure, et même son bouclier, donc rien ne pouvait l’arrêter. Kuzaku avait clairement l’intention de venir s’écraser sur ce type, pour l’envoyer valser ou bien le mettre à terre, avant de le terminer avec son large katana.

C’était rustre et peu sophistiqué, mais quand Kuzaku, qui avait la chance d’avoir une stature peu commune, faisait les choses de cette façon, il devenait vraiment puissant. Même si ce type essayait de s’écarter de sa trajectoire, Kuzaku utiliserait ses longs bras pour l’atteindre avec son katana ou son boulier. La menace était réelle, et bien que cette approche semblât facilement évitable, elle ne l’était finalement pas tant que ça.

—Nnnngahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !

Le bouclier de Kuzaku pilonna le type. Haruhiro était sûr qu’ils étaient entrés en collision.

Le type s’était-il fait violemment repousser ? Mais quelque chose n’allait pas. Il recula vers l’arrière, ou diagonalement vers l’arrière et en sautant. De surcroît, on aurait dit qu’il avait fait un salto dans les airs.

—Quo… ?!

Kuzaku tituba quelques pas en avant, incapable de s’arrêter, et il leva les yeux. Le type avait déjà atterri derrière lui. Kuzaku avait fini par passer en dessous de lui.

Le type planta un coup de pied dans le dos de Kuzaku. Celui-ci laissa échapper un « Whoa », avant de perdre l’équilibre.

Si Enba n’avait pas sauté de derrière le Rocher féerique pour se jeter sur le type, Kuzaku aurait pu être sujet à une vilaine contrattaque.

Les bras en forme de battes d’Enba se lancèrent dangereusement en direction du type. Mais ratèrent.

Le type avait reculé. Vers la droite, vers la gauche, il battait en retraite en effectuant de petits et vifs pas, utilisant les arbres comme d’une barricade contre les bras d’Enba.

Mais qui pouvait bien être ce type ? Le groupe se battait sérieusement, et avait un avantage numérique, mais on aurait presque dit qu’il était en train de jouer avec eux. L’écart de puissance était-il vraiment trop grand ?

Non, Haruhiro et le groupe n’avaient pas encore pleinement exploité leur avantage numérique. Shihoru et Merry étaient toujours en position près du Rocher féerique. Setora aussi. Haruhiro, Yume, Kuzaku et Enba étaient au front. Il ne voulait pas que Shihoru et les autres finissent par se retrouver au corps à corps, donc en partant du fait que cela n’était pas possible, c’était du quatre contre un. Et pourtant, pour le moment, ils n’étaient parvenus qu’à obtenir de brefs échanges avec ce type. C’était, eh bien, c’était aussi parce que ce type était doué, mais s’ils l’encerclaient, ça ne pouvait que fonctionner. Même si un quatre contre un ou un trois contre un était trop difficile, s’ils pouvaient arriver à avoir un deux contre un…

—…C’est moi, marmonna Haruhiro.

C’était exactement ce pour quoi les voleurs étaient faits, non ? Yume et Kuzaku étaient déjà aux abois avec ce type. Mais ça ne se passait pas bien. Il était en train de gérer les attaques d’Enba tout en se déplaçant à des endroits où ni Yume ni Kuzaku ne pouvaient l’atteindre.

Ce type avec des cheveux blonds qui n’étaient ni longs ni courts, comme s’il ne les coupait que quand ceux-ci commençaient à le déranger. Et sa barbe était tout autant négligé. Une peau blanche. Des yeux bleus. Il était bien plus âgé qu’Haruhiro et sa bande. Il était grand, mais pas aussi remarquablement que Kuzaku.

Quiconque l’observerait dirait que ce type était humain. S’il pouvait utiliser la magie, cela signifiait-il qu’il était un ancien soldat volontaire ?

Il y avait des humains chez Forgan, le groupe mené par l’orc Jumbo, alors peut-être qu’il n’y avait pas de quoi être surpris. Ou plutôt, ce n’était pas vraiment le moment d’être surpris ou d’avoir des suspicions. Qui que puisse être cet homme, quoi que puisse être sa situation, peu importait comment il en était arrivé là, tout cela n’avait pas d’importance.

Haruhiro observa le Rocher féerique. Ses yeux croisèrent ceux de Shihoru, de Merry et de Setora. Shihoru acquiesça, puis elle invoqua Obscur.

Shihoru, au moins, savait ce que voulait faire Haruhiro. Merry, si quoi que ce soit venait à se passer, prendrait soin de Shihoru. Setora se débrouillerait très bien toute seule elle aussi.

Il prit une unique inspiration.

Relâchant tous les muscles de son corps, son esprit plongea dans un endroit profond. Il s’effaça. Camouflage.

Ses pensées et ses sentiments s’éloignèrent de plus en plus, s’amenuisant au fil des secondes. Où était cet endroit ? Quelle importance. Cela pouvait être n’importe où.

S’il devenait un fantôme, il se pourrait qu’il ressente la même chose. Mettant de côté la question de si oui ou non les fantômes existaient. Il n’essaya pas d’éviter de faire du bruit tandis qu’il marchait ; c’était plus comme, quand il marchait, il ne faisait aucun bruit, mais pour une raison qu’il ignorait. Il était dans ce monde, mais il avait aussi la sensation de ne plus vraiment en faire partie.

Respirait-il ? Oui.

Assez lentement. Son cœur battait.

Affreusement apathique.

Kuzaku était complètement incapable de suivre cet homme. Ce type semblait se déplacer avec aisance, et il était plutôt rapide. Enba était capable de suivre parce qu’il était un golem et qu’il ne se fatiguait jamais, mais même Yume avait du mal, et tout ce qu’elle pouvait faire était de courir après ce type. Dans la situation actuelle, prendre ce type en tenaille avec Enba allait être extrêmement difficile.

Un nyaa gris se tenait sur un arbre en haut à gauche de ce type. Kiichi ne semblait pas avoir détecté Haruhiro.

Haruhiro se dissimula parmi les arbres tandis qu’il avançait. Il avait l’impression que ses nerfs s’étendaient au-delà de son corps, et qu’il ressentait tout ce qui l’entourait.

Le sol. L’herbe. L’écorce. Le vent. Il pouvait tout ressentir.

Cela pourrait être la première fois qu’il s’était immergé à ce point. Parfois, quand il avait voulu effectuer une Attaque Sournoise, il avait pu voir une brumeuse ligne de lumière. Cela était-ce son équivalent, mais pour Camouflage ?

Je suis vraiment dedans.

C’est comme si je pouvais voir les choses. Ce n’est pas comme cette ligne. C’est comme si, j’avais l’intuition qu’il fallait faire ça. Ou plutôt, je dois faire ça, peut-être ?

C’est comme si j’avais le choix, mais pas vraiment. A un moment précis de l’existence, en vérité, il n’y a qu’un seul choix faisable. Je ne fais pas ce choix, et on ne me force pas à le faire. En d’autres termes, c’est le destin ? Je ne le décide pas. C’est déjà décidé.

Il avait été décidé depuis bien longtemps que c’était ici qu’Haruhiro allait arriver derrière ce type. Alors que ce type était en train de sauter vers l’arrière pour esquiver les coups d’Enba, son attention était portée devant lui sur sa gauche. Sur Shihoru.

Shihoru était descendue du Rocher féerique avec Merry et Setora. Elle était en train d’essayer de lancer Obscur sur la bonne cible.

—Vas-y ! cria-t-elle.

Obscur s’envola.

L’homme ne recula pas ; il se retourna et se mit à courir. Il était rapide. Tout en mettant de la distance entre lui et Enba, il changea de main son épée pour la mettre dans sa gauche, et il avait probablement l’intention d’utiliser sa main droite pour dessiner des runes élémentaires.

Yume et Kuzaku ne pouvaient pas le rattraper. Enba non plus.

Haruhiro n’avait pas besoin de bouger, parce que c’était déjà ce qu’il faisait. L’homme incanta un sort.

—Marc em Parc.

Une balle de lumière. C’était un autre Missile Magique. L’homme attendit qu’Obscur soit aussi proche de lui que possible, puis il le frappa avec sa balle de lumière.

Il y eut une autre tornade. Il fit son mouvement au même moment.

Haruhiro enfonça son poignard dans le dos de l’homme. Il avait déjà vérifié que l’homme ne portait pas d’armure lourde, notamment grâce au souffle qui avait soulevé son manteau.

La lame de son poignard était robuste, mais fine, et pouvait passer entre les côtes de ce type. Cependant, si Haruhiro attaquait non loin des côtes, avec un angle légèrement incliné vers le haut, là où il ne toucherait pas les côtes, il frapperait les organes internes, donc c’était plus simple. Il pouvait viser les reins de chaque côté. Et il y avait aussi le foie.

Pour chaque organe que toucherait Haruhiro, cela lui causerait de gargantuesques saignements internes, et éventuellement la mort, mais les reins étaient particulièrement douloureux. Quelles que soient ses capacités, la douleur serait insupportable, et ce type allait crier. S’il n’était pas soigné avec de la magie de lumière, il ne s’en sortirait pas vivant. Il allait devoir se faire soigner rapidement. C’était la même chose que ce soit pour un humain, un orc, et probablement même pour un elfe ou un nain.

—Nngh…

Cet homme, cependant, ne cria pas. Il avait à peine grogné, à peine tressailli, et il s’était retourné pour voir ce qu’il venait de lui arriver, reflétant le visage de Haruhiro dans ses yeux bleus. Il releva son sourcil gauche, et laissa échapper une expiration entre ses lèvres. Il était très surpris, mais surtout impressionné. C’était ce que voulait dire son expression.

—Pas mal, dit l’homme. Ensuite, ne voulant pas admettre sa défaite, il sourit. Mais désolé.

—…Hein ?

Haruhiro s’était raté. C’était une douloureuse erreur. Il avait été naïf. Pourquoi avait-il pensé que cela allait suffire pour mettre ce type à terre ? A quel point pouvait-il bien être stupide ?

C’était un manque d’expérience. Il s’était senti invincible, pensant avoir du bagage derrière lui. Pourquoi avait-il pensé que cet homme était un homme comme les autres ? Même si ça avait l’air d’être le cas, il n’en était rien. Cela ne serait pas étrange qu’il soit un monstre ressemblant à un humain.

Plusieurs pensées et sentiments émergèrent dans la tête de Haruhiro, le rendant confus. C’était déjà trop tard. L’homme enroula son bras autour de la nuque de Haruhiro, le tirant vers lui avant de faire tourner ses hanches.

On dirait une technique de judo, pensa Haruhiro. De judo… ?

Il fut soulevé et envoyé dans les airs. Ensuite, la seule chose dont il se souvenait était que l’homme était sur lui et le regardait de haut.

—Je n’aime pas trop frapper les gens. C’est un peu barbare, tu vois le genre ?

Ce qu’il disait et ce qu’il faisait ne corrélait pas. L’homme appuya fortement la paume de sa main contre le menton de Haruhiro.

Oh, mais…Ce n’est pas vraiment un coup de poing, hein.

C’était un coup peu commun qui lui fit vibrer et son cerveau et sa vision, emportant toute la force qu’il avait dans son corps.

Ensuite, tout en dessinant des runes élémentaires avec sa main droite,

—Marc em Parc, incanta l’homme.

…Whoa. Qu’est-ce que tu fais ? Arrête ça.

Missile Magique. La balle de lumière s’abattit.

Je ne vais pas m’en sortir indemne. Impossible.

Peut-être était-ce à cause de son esprit qui était un peu ailleurs, mais il eut l’impression que cela arrivait à quelqu’un d’autre, mais la balle de lumière était en train de se rapprocher des yeux de Haruhiro.

Elle était si brillante.

Haruhiro entendit le bruit d’un os qu’on briserait. C’était probablement son nez. Ou peut-être sa joue. Enfin, quelque chose sur son visage quoi.

Il ne faisait pas sombre, mais il ne pouvait rien voir. Rien du tout.

Blugh… Un soufflement s’échappa de sa bouche. Son nez semblait bloqué. Sa gorge semblait contractée elle aussi, et sa bouche se refusait à bouger. Il était assommé… peut être ?

Il ne le savait pas vraiment.

Ses camarades étaient tous en train d’appeler son nom.

—Ne bougez pas, dit l’homme.

Haruhiro n’aurait pas pu bouger même s’il l’avait voulu.

Désolé, tout le monde. Je suis vraiment désolé.

—Avancez, et ce gamin est mort, dit le type. Je ne veux pas particulièrement le tuer non plus. Donc, vous tous là, restez tranquilles. Compris ? Ok. Bien. Maintenant, vous allez jeter vos armes. Oh, toi là-bas – tu viens du village caché, non ? Essayer de te cacher ne marchera pas. Et en plus, tu as un nyaa qui te suis, à ce que je voix. Le nyaa gris. Tu ferais mieux de lui dire de ne rien tenter du tout non plus. S’il n’y a que lui, cela veut dire qu’il doit signifier beaucoup pour toi. Ok. C’est bien…

—Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Vous êtes six en comptant le golem, un nyaa, et puis ce gosse. Je vais le porter, mais je vais avoir besoin que vous avanciez tous de votre propre volonté. Je pourrais vous tuer ici, mais comme je l’ai déjà dit, ce n’est pas ce que je veux. Je ne prends pas vraiment de vie par plaisir. Vous comprenez ? C’est le bouddhisme. Peut-être pas. Enfin, si le besoin se fait ressentir, je ne vais pas me retenir, mais c’est rare que des humains arrivent jusqu’ici. Je voudrais en savoir plus avant de décider de quoi faire de vous.

Je peux vous tuer quand je veux, après tout, dit l’homme de loin et Haruhiro l’entendit.

Étaient-ils dans une mauvaise situation ?

Il voulait tenir bon. Il voulait être là. Il devait faire quelque chose. Et pourtant…

…Son esprit s’envolait.

—Bienvenue à Jessie Land, dit cet homme.

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