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Chapitre 5

Tu M'écorches le Dos, je T'écorche le Tien

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~20 min

Quel est cet endroit ? Se demanda Merry. Qui sont ces gens ?

Une fois qu’ils eurent été obligés de descendre la montagne à cause de cet homme qui se faisait appeler Jessie, un groupe portant tous des manteaux verts tout comme celui de cet homme se précipitèrent vers eux, et Merry et les autres se firent lier les mains par des cordes. Ils pouvaient bouger leurs jambes librement, mais Jessie était à l’arrière en train de porter Haruhiro, donc ils ne pouvaient pas s’enfuir.

S’il disait de marcher, ils devaient marcher, et s’il disait de ramper, ils devaient ramper. C’était actuellement la situation dans laquelle se trouvait Merry et les autres.

Haruhiro pourrait leur dire de l’oublier, mais ils ne pouvaient pas l’abandonner. Ce serait impensable.

Le visage de Haruhiro était affreux, et il était inconscient. Merry avait, bien évidemment, demandé à le soigner, mais Jessie ne l’avait pas permis.

—Si ce n’est que ça, il va s’en sortir, avait-il dit, en affichant un léger sourire. Je me suis retenu, tu sais. Il ne mourra pas. Il est complètement inconscient, alors il ne doit probablement pas souffrir beaucoup.

Est-ce que c’est vraiment le problème ? S’était retenue de dire Merry.

Si elle pouvait le faire, elle aurait voulu cogner violemment l’arrière de la tête de cet homme avec un objet solide, le rendre inconscient, et ensuite dire : « Je me suis retenue, tu sais. Je ne pense pas que tu vas mourir immédiatement. Tu es complètement inconscient, alors tu ne souffres pas trop, non ? »

D’un autre côté, elle reconnaissait aussi le fait qu’elle avait besoin de se calmer. Jessie. Il avait les cheveux blonds, des yeux bleus, et parlait le même langage que Merry et les autres. En d’autres termes, le langage humain. Il ressemblait exactement à ce que devrait être un humain masculin. Mais cet homme avait subi une puissante Attaque Sournoise de la part de Haruhiro.

Merry, qui fut autrefois une prêtresse en recherche d’emplois, avait travaillé avec son lot de voleurs. Les voleurs, par nature, essayaient de se placer derrière leurs ennemis en combat, mais même avec cette idée en tête, il était inhabituel qu’un voleur s’acharne autant que Haruhiro à utiliser Attaque Sournoise. Il était difficile de dire si c’était juste de la dévotion dans son rôle, ou bien autre chose.

Quoi qu’il en soit, bien qu’elle ne sût ce qu’en pensait Haruhiro lui-même, il était loin d’être un amateur quand il s’agissait d’utiliser Attaque Sournoise. Merry était certaine que ce coup avait touché l’un des points vitaux de Jessie. Il était impossible que cet homme aille bien après s’être fait poignarder l’un de ses reins.

Pour les humains, il était même déjà arrivé que la douleur insoutenable que ce genre de blessure pouvait engendrer ait déjà suffi à tuer, et même si cela n’arrivait pas, personne ne tenait bien longtemps. Cependant, après avoir fait tomber les armes à Merry et les autres, Jessie avait tranquillement retiré le poignard de son dos. Il ne s’était même pas embêté à faire les premiers secours.

Il saignait. Cela dérangeait Merry, alors elle continuait à le regarder.

Jessie avait laissé couler bien assez de sang pour repeindre son pantalon et ses bottes. Cependant, l’Attaque Sournoise de Haruhiro aurait dû frapper les reins, là où beaucoup de vaisseaux sanguins se rassemblaient, et aurait possiblement dû détruire quelques artères au passage. Et si tout ça était arrivé, le volume de sang qui s’en était écoulé semblait faible. Qui plus est, Jessie ne semblait pas le moins du monde dérangeait par cette blessure. Son expression était de marbre et il était calme.

Jessie ressemblait à un humain, mais il n’en était pas un. Ou peut-être était-il humain, mais il possédait une sorte de pouvoir spécial. Quelle était la bonne interprétation ?

Et…

Merry comprenait Jessie. Non, elle ne le comprenait, mais elle avait quelques indices pour s’aider. Mais qui étaient ces gens qui semblaient suivre ses ordres ?

Merry et les autres étaient en train de marcher en ligne sur le chemin de terre dur qui séparait les champs dans lesquels du blé ou on ne sait quoi d’autre était en train de pousser.

Ces gens qui accompagnaient Jessie étaient neufs, dont trois disposés à l’avant, et trois de chaque côté.

Leurs manteaux avaient une capuche accrochée, et certain la portait, tandis que d’autre non. L’un de ceux juste à côté d’elle ne la portait pas, révélant son visage à Merry.

Elle n’était clairement pas comme Jessie. En d’autres termes, pas humaine. Quelle serait la meilleure façon de décrire sa couleur de peau ? Elle n’était pas blanche ou jaunâtre. Si Merry disait que c’était une sorte de couleur crème avec un soupçon de vert, se rapprocherait-elle de la vérité ?

La couleur de ses cheveux n’était pas bien différente de celle de sa peau. Ses yeux étaient rouges. L’arête de son nez était courte et basse, et ses narines ressemblaient à des fentes. Son front ressortait, mais il était étroit. Ses joues étaient creusées, et sa mâchoire solide et pointue. Entre ses lèvres bien serrées, elle put apercevoir une rangée de dents acérées, et ses gencives étaient d’un orange tapant.

Sa poitrine ressortait assez pour qu’elle soit apparente même avec le manteau par-dessus. C’était pour ça que Merry était partie du fait qu’elle était probablement une femme.

Ayant apparemment remarqué l’attention que lui portait Merry, la femme non humaine se tourna vers elle. Pour une raison inconnue, Merry ne put détourner le regard.

Au bout d’un moment, la femme souffla du nez, avant de replacer ses yeux vers l’avant.

Elle n’est pas humaine.

Elle n’était pas non plus une orc.

Elle était bien plus grande que Merry. Dans les 1,80m. Les autres gravitaient autour de cette taille eux aussi, ou plus grand qu’elle. Ils n’étaient pas tous des femmes cela dit.

Certains semblaient être des hommes.

Même si les hommes n’étaient pas comme elle. La forme de leurs corps, la couleur de leurs peaux, de leurs cheveux, de leurs yeux et leurs visages étaient tous différents. S’il devait y avoir une chose qu’ils avaient en commun, c’était qu’ils avaient tous deux bras, deux jambes et qu’ils étaient bipèdes comme les humains. Ça, et leurs manteaux verts. C’est tout.

Pour ajouter quelque chose de plus, en dehors des habitants qui faisaient leur travail dans les champs, ceux qui avaient interrompu leurs labeurs pour venir observer le groupe, et ceux qui étaient venus sur la route avant de se faire réprimander par Jessie, de ceux-là, peu se ressemblaient. C’était le cas pour certains, mais il y avait beaucoup trop de diversité, et il était difficile de dire qui ressemblait à qui, et qui ne ressemblait à personne.

« Jessie Land », c’était comme ça que cet homme avait appelé cet endroit. Jessie devait être le leader ou l’administrateur de cette ville. Mais Jessie ne ressemblait en rien à ces habitants. En ne se basant que sur l’apparence, Jessie et le groupe auraient dû être d’un côté, et les habitants de l’autre.

Mais après tout, l’apparence humaine de Jessie pouvait très bien n’être qu’une tromperie. Merry et les autres, cependant, étaient humains.

Était-il un ennemi ? Ou un allié ?

C’est une question idiote.

S’il avait été un allié, Haruhiro n’aurait pas fini dans cet état. Mais encore une fois, Jessie avait dit, « Je ne veux pas vous tuer ».

Cela n’aurait pas été étrange qu’il les tue, mais Merry et les autres étaient seulement attachés au niveau des poignets, et ils avaient été laissés en vie. Haruhiro respirait encore lui aussi.

Pour le moment.

—Hé.

Merry ne s’arrêta pas de marcher, mais elle se tourna vers Jessie qui était en bout de file de la procession. Haruhiro, qui pendait sur son épaule comme un vulgaire bagage, ne bougeait pas.

Jessie croisa les yeux avec ceux de Merry, mais ne dit rien. On aurait dit que ces yeux bleus et froids ne laissaient transparaître rien qui pourrait ressembler à une émotion.

Merry trembla, et ses dents se serrèrent. Ses yeux devinrent humides.

Non, se dit-elle. Plus je serai énervée, plus ce Jessie aura l’avantage sur nous. Nous sommes dans une situation plus que désavantageuse. Pour ce qui est de mes sentiments, au moins ça, je ne veux pas perdre face à lui. Je ne peux pas me le permettre. Retiens-toi. Ne laisse pas ta voix trembler.

—Tu n’as pas pour but de le laisser mourir, n’est-ce pas ? demanda Merry. Alors laisse-moi le soigner.

—Non.

—Pourquoi non ?

—Tu es une prêtresse de Lumiaris, pas vrai ? Si je me souviens bien, il existe un sort de lumière qui ressemble à Parupunteou Hocus Pocus. Si tu l’utilises, je n’ai aucune idée de ce qu’il pourrait se passer, et ça ça m’embête un peu. Ici à Jessie Land, nous avons une Chamane. Je vais le faire soigner par elle.

—Je n’ai pas appris ce sort, protesta Merry.

—Et tu crois que je vais te faire confiance parce que tu me dis ça ?

—C’est…

—Merry.

Shihoru appela son nom. Quand elle se tourna vers elle, Shihoru secoua sa tête. Son visage était tendu. Elle était pâle.

Shihoru était elle aussi inquiète pour Haruhiro. S’ils pouvaient le soigner, c’était ce qu’elle aurait voulu faire. Mais là tout de suite, Ce n’est pas le moment de faire de la résistance, était-ce qu’elle était en train d’essayer de lui dire.

Si c’était le jugement de Shihoru, Merry se devait de s’y conformer. Shihoru était prudente et réfléchie. Haruhiro était le leader du groupe, mais dans des moments où il ne pouvait pas prendre de décision, comme maintenant, Shihoru était la plus apte à prendre les rênes.

Merry se tourna pour regarder devant elle.

Haruhiro.

Je t’en prie, ne meurs pas.

Jessie ne va probablement pas laisser Haruhiro mourir, se dit-elle. C’est ce qu’il a dit, et c’est que Shihoru pense. Je dois faire confiance à Shihoru. Haruhiro va s’en sortir. Je suis sûre que ça va aller. Ce n’est pas la première fois qu’il est aux portes de la mort, alors même s’il a l’air d’avoir déjà un pied de l’autre côté, il nous reviendra, c’est certain. Il nous fait toujours des grosses frayeurs. J’aimerais qu’il arrête de faire ça. Si je l’avais soigné avec la magie cette fois encore, je suis sûre qu’il m’aurait souri, un petit peu gêné, avant de s’excuser. Ce n’est pas quelque chose que tu peux régler en t’excusant. Pourquoi ne comprends-tu pas cela ?

Nous ne pouvons pas nous permettre de te perdre.

Merry eut une révélation soudaine.

Que ressentait Setora ? Merry avait eu l’impression qu’elle aimait profondément

Haruhiro. Elle devait probablement être submergée d’inquiétude. Merry n’avait pas eu la présence d’esprit de s’inquiéter pour elle.

Merry réalisa qu’elle n’était pas la seule à souffrir. Shihoru, Yume et Kuzaku devaient avoir leur part d’inquiétudes eux aussi. Et Setora, qui avait décidé qu’elle était son amoureuse, se sentait probablement le cœur sur le point d’exploser.

C’est que, si… pensa Merry, hésitante. Si Haruhiro était mon amoureux, et qu’il finissait dans cette situation…

Non, c’était quelque chose qu’elle ne voulait même pas avoir à penser.

Même pour elle, qui était juste sa camarade, c’était déjà assez dur. En fait, plutôt que de rester immobile ou assises, Merry préférait marcher. Si elle s’arrêtait, elle avait le sentiment que ses jambes allaient s’effondrer sous son poids.

Si elle pouvait pleurer, elle aurait voulu le faire, mais les larmes ne couleraient probablement pas. Même si elle criait, sa voix ne serait pas si puissante que ça.

Haruhiro. Sans toi, mon monde serait plongé dans les ténèbres.

Merry n’avait pas le courage de se tourner vers Setora pour voir comment elle tenait bon. Elle ne voulait pas voir son visage. À chaque fois qu’elle pensait à quel point cette femme devait souffrir, elle était inondée de pitié pour elle.

Et ce même si je suis une prêtresse, pensa Merry. Même si je peux le soigner.

—Hé, interpella Yume.

—Hm ? Jessie répondit plus facilement que prévu. Qu’est-ce qu’il y a ?

—Chessie, t’es humain ?

Du Yume tout craché. Direct sans passer par les formalités. Et aussi, ce n’était pas Chessie, mais Jessie…

—Tu veux dire Jessie, il la corrigea avec un petit rire. Et, ouais, je suis humain.

—Vraiment ?

—Tu n’as pas l’air convaincu.

—Bah en fait, tu t’es pris un sale coup. Normalement, un coup comme ça fait vraiment mal, et tu peux plus bouger après.

—Eh bien, j’ai eu mal, dit Jessie. C’était un Camouflage sacrément impressionnant. Son Attaque Sournoise était parfaite elle aussi. Ce gosse est un bon voleur.

—Bah oui c’est sûr. Yume l’pense tout le pan.

Je le pense aussi, pensa Merry. Mais, Yume, ce n’est pas le bon mot…

—Tout le temps, hein. Jessie rit. Non, est-ce que t’as dit tout le pan ?

—Hein ? Tout le quand ?

—Toi, toi tu me fais rire.

—Yume fait ça ? Yume crois pas qu’elle est drôle du tout. Yume est supière sérieuse.

—Supière, hein, dit Jessie avec amusement. Est-ce que ce mot existe au moins en Japonais ?

—Japonaiiiiiis ? Fwuh… ?

—Non, oublie. Je me parle à moi-même.

Jessie était en train de parler à Yume avec un ton détaché, ce qui donna l’impression que la pression se relâchait un petit peu.

Mais celle-ci revint aussi rapidement.

—Ça suffit les bavardages. Je vais vous poser des questions. Libre à vous d’y répondre. Si vous essayez quelque chose de stupide, ce gosse ne verra pas la tombée de la nuit.

Le ton de Jessie de changea pas. Il n’était pas froid ; en fait, il était même amical. Cela le rendit encore plus effrayant.

Yume s’arrêta de parler aussitôt, et personne d’autre n’osa dire le moindre mot.

Ils étaient presque arrivés au village. Les bâtiments étaient faits de bois, tandis que les murs et d’autres endroits étaient faits de terre, et les toits étaient en chaume. On ne pouvait pas dire que c’était impressionnant, même si quelqu’un voulait de montrer flatteur, mais c’étaient aussi des bâtiments avec un sol surélevé. Étaient-ce des entrepôts ?

Ils atterrirent sur une place qui devait être le centre du village, et un puits s’y trouvait.

Jessie déposa Haruhiro sur le sol de cette place et fit signe à Merry.

—Viens là, prêtresse. Tu peux le soigner. Tu voulais le faire toi-même, pas vrai ?

Merry courut jusqu’à Haruhiro, avant de s’agenouiller devant lui. Jessie était en train de dire quelque chose. Il parlait de ses mains, ou quelque chose comme ça. Merry écouta d’une oreille, ses yeux grands ouverts étant posés sur Haruhiro.

Ohhh. C’est un mensonge. Un mensonge. Non… ce n’est pas un mensonge. C’est la réalité. Mais, oh, c’est terrible. Son visage est écrasé. Il est plein de sang et meurtri. Au moins ses yeux sont intacts. Comment je peux penser que ce soit une bonne chose ? Ses dents sont inclinés vers l’avant. Plusieurs sont dans cet état. Mais elles ne sont pas tombées pour autant. Il respire. Il est en vie. Il est vivant, mais bon sang, comment ose-t-il ? Comment ose-t-il lui faire ça ? Jessie ! J’ai envie de le battre à mort. Mais avant ça… C’est vrai. Je dois le soigner. Avec mes propres mains. Haruhiro. Je vais te soigner.

Les mains de Merry étaient toutes deux solidement attachées. À cause de ça, cela devenait difficile.

Oh, c’est ça, réalisa-t-elle. C’était ce que Jessie avait dit. Est-ce que tu as besoin d’avoir les mains libres ?

Elle se souvint lui demander ça.

Non, pensa-t-elle. Ça peut attendre.

Portant les doigts de sa main droite jusqu’à son front, elle dessina le signe de l’hexagramme.

—Ô Lumière, puisse la divine protection de Lumiaris te protéger… Sacrement !

Elle n’allait pas échouer. Elle n’allait pas détourner le regard.

La lumière s’insuffla en Haruhiro, et ses os, sa chaire, ses vaisseaux sanguins, sa peau et chaque cellule de son corps se régénérèrent par miracle.

Merry pensa, du fond de son cœur, Je suis heureuse d’être une prêtresse.

Si c’était le destin qui l’avait donnée l’opportunité de servir Lumiaris, elle lui en était reconnaissante. Elle offrirait tout ce qui lui appartenait à Lumiaris. Même sa propre vie. Elle donnerait tout, sauf Haruhiro, dont les blessures étaient en train de guérir rapidement.

Même après que ses blessures aient disparu, et qu’il était revenu à son état normal,

Haruhiro ne montra pas le moindre signe d’un quelconque réveil. Eh bien, évidemment qu’il n’allait pas se réveiller. Il avait perdu connaissance à cause de toutes ces graves blessures. Il n’allait pas se réveiller avant un moment.

Merry tendit ses deux mains, essayant de toucher le visage de Haruhiro. Revenant à la réalité, elle plissa les yeux.

Je ne peux pas.

Merry n’était rien de plus qu’une camarade, et l’amoureuse de Haruhiro était Setora, même si cette relation ne se basait que sur un contrat temporaire. Setora était juste à côté d’eux. Elle se dit que cela devait lui briser le cœur, alors, finalement, Merry pensa qu’elle ne devrait pas le faire.

Grimgar of Fantasy and Ash, Tome 10, Chapitre 5 — illustration

Peu importe à quel point elle était heureuse, et peu importe ô combien Haruhiro était important pour elle, il n’était rien d’autre qu’un camarade, et il n’y avait rien de plus derrière. Même si son affection ressortait accidentellement, et même si ce n’était que ça – elle se disait qu’elle n’en avait pas le droit.

Parce que, on pourrait se méprendre à son sujet. Si elle était dans la position de Setora, elle non plus n’aimerait pas ça. Merry ne comprenait pas vraiment les relations entre les hommes et les femmes, mais c’était probablement comme ça que ça fonctionnait.

Elle ouvrit ses yeux, prenant une grande inspiration.

Elle se releva, avant de se tourner pour faire à face à Jessie.

Son expression n’était pas seulement calme ; on aurait pu même dire qu’elle était douce, mais les yeux bleus de Jessie, comme toujours, étaient semblables à deux bassins d’eaux imperturbables, et il était impossible de savoir à quoi il pensait.

Merry s’appuya sur ses hanches, s’inclinant devant lui,

—Merci.

—De rien, rit Jessie. Attends, j’ai l’impression que je devrais pas vraiment dire ça.

—…Whew. Kuzaku tomba à genoux, comme s’il s’effondrait.

Yume miaula comme un chat, avant de se frotter les yeux avec ses deux mains liées. Elle était en train de pleurer.

Quand les yeux de Shihoru croisèrent ceux de Merry, elle sourit un petit peu et elle hocha la tête. Merry voulait la prendre dans ses bras.

Quand Shihoru était-elle devenue si indispensable ? Shihoru aidait Haruhiro. C’était Merry qui avait besoin de Shihoru.

Setora était en train de regarder Haruhiro, mais son esprit semblait être ailleurs. Est-ce que ce grand soulagement avait troublé le cours de ses pensées ?

Soudainement, il vint à l’esprit de Merry qu’elle ne détestait pas Setora. Setora semblait tordue, mais elle était ouverte sur ses sentiments. Elle semblait préférer faire les choses à sa manière, sans se restreindre par rapport aux autres, mais elle ne laissait jamais son golem sur la touche. Elle aimait les nyaas, et elle s’accrochait aux personnes qu’elle trouvait attirantes. À l’instar d’elle-même, Merry pensait que Setora avait un certain charme, et elle était adorable.

Merry aimait les gens comme Setora. En dépit de cela, la suite des événements l’avait amenée à la détester.

C’était parce que Setora essayait de s’accaparer Haruhiro.

Haruhiro était le leader de tout le monde, et on pourrait dit… Ouais, Haruhiro appartenait à tout le monde. Cela pourrait sembler étrange de dire ça, comme s’il était un objet, mais cela offusquerait tout le monde si quelqu’un essayait de se le réserver. Qui plus est, Setora n’était même pas un membre du groupe.

Cela dit, Setora avait bravé à la mort à leur côté. Ils étaient comme des frères de guerre désormais.

Tout va bien aller maintenant, voulait-elle dire à Setora. Ton amoureux, il ne va pas mourir d’un truc comme ça. Je ne le permettrai pas.

Enba était juste derrière Setora, et le nyaa gris était perché sur ses épaules.

Pour le moment, tout le monde allait bien. Nul ne saurait dire ce qui allait leur arriver après ça, mais ils allaient s’en sortir, quoi qu’il en coûte. Croire en ça, et faire un pas après l’autre, étaient les seules choses qu’ils pouvaient faire pour le moment.

—Bien, maintenant.

Jessie fit le tour entre Merry et les autres avec son regard avant de donner des directives au groupe des manteaux verts. Ses mots étaient d’un langage que Merry et les autres ne parlaient pas. Il semblait similaire au langage des orcs, mais ce n’était peut-être pas le même.

Le groupe des manteaux fit reculer Merry, avant de tourner Haruhiro pour le mettre sur le côté.

—Par rapport à ces questions, dit Shihoru en faisant un pas en avant. C’est moi qui y répondrai.

Jessie dégaina son épée, dirigea la pointe vers la gorge de Haruhiro, puis il tourna ses yeux bleus vers Shihoru. Qui êtes-vous ?

—Ce à quoi nous ressemblons. Des soldats volontaires d’Alterna.

—Je vois aussi une nécromancienne du village cachée. Et en plus, il y a un nyaa avec vous.

—C’est une… amoureuse des nyaas.

—De ce que je sais, les dresseurs de nyaa ont rarement qu’un seul animal à leur botte.

Shihoru regarda Setora. Celle-ci avait encore la tête dans les étoiles, et ne semblait pas écouter leur échange.

—À l’heure actuelle, il n’y a que celui-là, dit Shihoru. Nous avons eu des mésaventures, et nous avons été séparés.

—Des mésaventures, hein. Je vois. Jessie haussa les épaules. On dirait que vous étiez en train de fuir quelque chose. Si c’étaient des orcs ou des morts-vivants, il se pourrait que nous ayons quelques soucis.

Shihoru fronça les sourcils, se mordant la lèvre inférieure. Elle réfléchissait. Merry trouva cela suspicieux.

Ils se trouvaient dans les Montagnes de Kuaron, au nord-est des Hautes-Terres de Nargia. Elle ne s’y connaissait pas particulièrement en géographie, mais cet endroit se trouvait probablement dans l’ancien territoire du Royaume d’Arabakia ou du Royaume d’Ishmal. Quoi qu’il en soit, cette terre était un territoire ennemi pour les humains, et le domaine des orcs, des morts-vivants et autres alliés. Pourquoi cela serait une mauvaise chose si le groupe se faisait poursuivre par des orcs ou des mort- vivants ?

Jessie ne ressemblait pas à un orc ou à un mort-vivant, mais il n’était pas du côté du groupe. Il devait être de mèche avec l’autre côté, non ?

Merry s’était dit que la situation était aussi simple, mais n’était-elle pas dans le déni ?

—Ce n’étaient pas des orcs, et ce n’étaient pas des morts-vivants non plus, répondit Shihoru.

Ce n’était pas toute la vérité, mais ce n’était pas un mensonge. Le dernier groupe à avoir pris Merry et les autres en chasse n’était certainement pas un groupe d’orcs et de morts-vivants. Nous étions en train de fuir des bêtes.

—Vous êtes des soldats volontaires, non ? Jessie releva son sourcil gauche. Si vous étiez seuls, je pourrais comprendre, mais vous êtes tout un groupe. Si ce ne sont que des bêtes, débarrassez- vous-en. Vous faites pitié.

—C’était un troupeau de guorellas, dit Setora dans ce qui semblait être un murmure. Nous en avons tué plusieurs, mais ils n’ont jamais abandonné la traque.

—Ohh. Les yeux de Jessie s’écarquillèrent. Ça c’est une chance de pendu. Si vous dites la vérité, évidemment.

—C’est un fait, dit Shihoru avec un ton qui, pour elle, devait être un ton incroyablement intimidant. Nous avons enfin réussi à les semer, après avoir cru que ce serait la fin plus d’une fois, et nous avons trouvé ce village. Mais nous ne savions pas quel genre de personne vivait ici, alors Haruhiro et parti tout seul en reconnaissance.

—Pour que vous puissiez voler un peu de nourriture, c’est ça ? demanda Jessie.

—Si nous avions pu donner quelque chose en échange, nous l’aurions fait, dit Shihoru. Mais nous… nous ne savions pas si nous pouvions négocier avec ces gens, et nous avions besoin de s’en assurer avant.

—Je suppose que c’est une explication assez raisonnable. Jessie rétracta son épée.

Soudainement, Merry se sentit respirer bien plus facilement, comme si elle n’avait pas respiré pendant tout ce temps.

Si elle avait pu, elle aurait voulu échanger de place avec Haruhiro. Quoi qu’il se passe, ils ne pouvaient pas se permettre de le perdre. Quoi qu’il en coûte, elle devait protéger Haruhiro. Elle ne voulait plus le voir blessé.

Connaissant Haruhiro, il était toujours en train de s’inquiéter pour ci ou pour ça, essayant de tout faire par lui-même, et il ne faisait rien pour se reposer. Merry voulait lui offrir de la bonne nourriture, et le laisser se reposer.

—Quelque chose ! Incapable de se retenir plus longtemps, Merry cria.

Elle pensa immédiatement, Qu’est-ce que je fais ? avant de profondément le regretter, ressentant un immense sentiment de honte.

Son visage était chaud. Tellement chaud qu’elle en souffrait. Elle voulait creuser un trou sans fin sous ses pieds et sauter dedans.

Bien évidemment, elle ne pouvait pas faire ça.

Cela va de soi.

—Quelque chose ! Ajouta Merry avec un ton plus normal. Y’a-t-il quelque chose que je puisse faire ? Je ferai n’importe quoi.

Jessie cria, « Wow ! » levant l’une de ses mains, avec un air surpris sur son visage.

—Ce n’est pas quelque chose qu’une fille devrait dire.

—Je…Je ne voulais pas parler de ça…

—Attends, si tu dis que tu feras n’importe quoi, ça veut pas un peu dire que ce genre de chose est inclus ?

—S-Si tu le demandes…

—M-Merry, non ! Tu ne peux pas ! Dit Shihoru en paniquant.

—O-Ouais ! Appuya Kuzaku avec une voix tremblante. C-Ce n’est pas bien, du tout ! Je veux dire, moi je ferai n’importe quoi, d’accord ?! Si c’est moi, je ferai vraiment n’importe quoi ! Pour moi ce n’est rien, d’accord ?!

—Elhit ! Yume fera n’importe quoi aussi ! Cria Yume. Comme, elle peut imiter la Déesse Blanche

—Oh ? Jessie se frotta le menton. Voyons voir ça. Montre-moi ton Elhit.

—Ça marche ! Yume courba son dos comme un loup, et hurla. Awooooo ! Awoooo ! Woof, woof, woof. Awooooooooooooooo !

—Hmpl. Donc c’est à ça que ressemble Elhit ?

—Oui ! Yume, elle voit Elhit dans ses rêves parfois, et Elhit elle hurle comme ça ! Awooooo ! Elhti-chan est trop mignonne, t’sais. Toute poilue et gentille !

—Ohh, dit Jessie. Très bien, dans ce cas. Tu es une chasseresse après tout. Moi aussi j’en étais un.

—Fwuh ?! Alors peut-être que tu connais le maître de Yume ?! Um, attends, son nom était Itsukushima.

—Ouais, je le connais. Tu es la pupille d’Itsukushima, hein ?

—Ouaip ! Yume n’avait pas vu son maître depuis vraiment longtemps. Ce serait bien de le revoir…

—J’espère que tu pourras. Jessie afficha un grand sourire, mais bien que celui-ci ne semblait pas faux, il semblait quelque peu vide.

Il était important de ne pas oublier que cet homme avait subi un coup fatal de l’Attaque Sournoise de Haruhiro, mais il se tenait là. Il semblait humain, et était apparemment un ancien soldat volontaire. Il avait dit qu’il était un chasseur comme Yume. Et pourtant, il ne ressemblait en rien à un humain normal.

—Comme je l’ai déjà dit, ce n’est pas comme si j’adore avoir du sang sur les mains, dit Jessie. Je le ferai si je n’ai pas le choix, et ça ne m’empêchera pas de dormir, mais…ouais. Ce qui se passera ensuite ne dépendra que de vous.

—Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda Shihoru, en se rétractant sur elle-même.

—C’est simple. Jessie rengaina son épée. S’ils prenaient ce geste comme un signe de réconciliation, ils se fourraient le doigt dans l’œil. C’est du donnant donnant. Vous me suivez ?

Qu’est-ce que Merry et les autres allaient devoir donner à Jessie ? Au même moment, Merry y réfléchit. Que pouvait-elle faire pour repayer tout ce qu’avait fait Haruhiro pour elle jusqu’à présent ?

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