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Chapitre 3

En Restant Proche Ensemble

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~21 min

—Haru-kun ! Cria Yume. Kuzakkun est là !

—Hein ?! Où ça ?

—Ici ! Par ici ! Par là, Haru-kun !

La voix de Yume venait de plus bas en direction du torrent. Haruhiro s’écarta de la berge de la rivière, utilisant la puissance du courant pour nager en direction de Yume.

Il n’allait pas plus loin tant qu’il avait pied. S’il se faisait emporter, il aurait quelques soucis. Il n’était pas particulièrement bon nageur, donc il pourrait couler et se noyer.

Il faisait nuit noire, mais avec les reflets de la lune et des étoiles sur l’eau, il pouvait plus ou moins distinguer certaines choses. Cependant, il ne pouvait pas voir plus loin que la berge.

—Shihoru ?! Merry ?!

—Oui, je t’entends ! répondit la voix de Merry.

—Je viens vers toi moi aussi ! S’exclama Shihoru …Est-ce que tout va bien, Haruhiro-kun ?! Sois prudent !

Haruhiro répondit, « Merci, Shihoru ! » tandis qu’il se dépêchait de descendre la courant.

Mais tout de même, il se demandait, y’avait-il des créatures dangereuses qui vivaient dans la rivière ? Cela commença soudainement à l’inquiéter, mais ce n’était pas le moment de penser à ça.

Il la vit. Il y avait une personne dans les hauts-fonds, en train de tirer quelque chose de grand. C’était probablement Yume, et elle était en train de tirer Kuzaku. Était-il inconscient ?

—Yume, Je vais t’aider ! J’arrive ! cria Haruhiro.

—Meow !

Haruhiro se dirigea vers les hauts-fonds. Sur le chemin, il marcha sur une grande pierre au fond de la rivière, il perdit l’équilibre, et il finit par avaler un peu d’eau, mais il finit par arriver auprès de Yume.

Yume était en train de tirer Kuzaku par son bras droit, grognant sous l’effort que cela lui demandait.

Haruhiro prit le bras gauche du garçon.

—Kuzaku, t’es encore en vie, pas vrai ?! T’es juste inconscient, c’est ça ?! Kuzaku ! Kuzaku !

Tout en hurlant le nom de leur camarade, Haruhiro et Yume travaillèrent de concert pour sortir Kuzaku de l’eau. Merry et Shihoru crièrent quelque chose tandis qu’elles se précipitaient vers eux.

Kuzaku portait toujours son heaume. La première chose que fit Haruhiro fut de le retirer.

—Kuzaku ! Kuzaku ! Kuzaku !

Cria-t-il en écartant le bouclier et l’épée qui étaient accrochés à son dos. Yume l’aida elle aussi. Haruhiro chercha la bouche de Kuzaku. Sa mâchoire était flasque.

—Kuzakkun, est-ce qu’il respire, Haru-kun ?!

—Il ne respire pas !

Haruhiro déposa ses doigts contre le poignet de Kuzaku. Pas de pouls.

C’est pas possible, pensa-t-il. Non, il est encore trop tôt pour en être sûr.

—Son armure ! Elle gêne ! Aide-moi à l’enlever !

—D-D’accord !

Alors qu’ils lui retiraient son armure, Merry et Shihoru arrivèrent jusqu’à eux. Il avait eu l’impression que quelqu’un lui avait demandé, « Comment il va ?! »

Haruhiro ne répondit pas. Il posa la tête de Kuzaku, sa bouche tournée vers le ciel, et il appuya sur son torse avec la paume de sa main. Il appuya, encore et encore, avec un rythme rapide.

—Fais-le environ trente fois !

Lui dit Merry, donc il s’arrêta. Il posa sa main droite sur le front de Kuzaku, et il utilisa sa main gauche pour relever son menton. Que devait-il faire déjà ? Ah oui. Libérer les voies aériennes. Ça devrait être suffisant. Maintenant, lui pincer le nez, et …

—Souffle dans sa bouche deux fois ! cria Merry … Ensuite recommence les compressions thoraciques !

Suivant les directives de Merry, il couvrit la bouche de Kuzaku avec la sienne. Il souffla aussi fort que possible dans sa bouche. Quand il relâcha son emprise sur le nez de Kuzaku, on aurait dit que celui-ci allait expirer de l’air. Mais ce n’était probablement que l’air qu’il avait lui-même injectait. Il refit la même chose, puis il compressa son torse. Trente fois.

—Si tu te fatigues, Yume prendra la suite !

—Je peux encore tenir !

Ventilation artificielle. Compressions thoraciques. Ventilation artificielle. Compressions thoraciques. Reviens. Reviens avec nous. Kuzaku. Tu es fort.

Je pensais ne pas pouvoir compter sur toi au début, mais tu as réfléchi sur ce que tu avais à faire, et tu as grandi. Tu t’es dépassé. Si tu n’étais pas fort, tu n’aurais pas pu faire ça. Kuzaku. Tu es fort. Tu vas pas mourir parce que tu as avalé un peu d’eau. Réveille-toi, Kuzaku. Reviens. Kuzaku.

—Kuzaku… !

Blugh ! Kuzaku expulsa quelque chose. De l’eau, semblerait-il.

Bien. Bien, bien, bien !

—Haru !

—Mets-le sur le côté ! cria Merry en tournant la tête de Kuzaku vers la droite … Écarte-toi,

—Vas-y ! Je compte sur toi, Merry !

—Je m’en occupe ! Merry dessina le signe de l’hexagramme, appuyant sa main contre la poitrine de Kuzaku … Ô Lumière, puisse la divine protection de Lumiaris te protéger ! Sacrement !

Haruhiro s’assit, plissa ses yeux, et il observa cette lumière aveuglante se poser sur Kuzaku.

—Mrrowr ! Kuzakkun !

Yume était en train de sauter dans tous les sens comme un ressort sur patte.

Shihoru plaça ses mains sur les épaules d’Haruhiro. Elle tremblait. On aurait dit qu’elle avait voulu dire quelque chose, mais elle n’avait pas su trouver la force de le dire. Haruhiro vint déposer sa main droite sur la main gauche de Shihoru.

Oh, merde, réalisa-t-il. C’est pas passé loin. Je me suis pas dit que c’était la fin pour lui, mais… je crois que je vais pleurer.

Haruhiro, Yume, Enba et Kiichi avaient été assez chanceux pour se sortir pratiquement indemne de leur chute dans ce précipice, mais Merry, Shihoru et Setora avaient toutes trois des os brisés, plusieurs écorchures ou d’autres blessures graves.

C’était une bonne chose qu’ils aient Merry avec eux. Ils étaient tous arrivés à atteindre la rive pour se faire soigner avec sa magie de lumière. Tous sauf Kuzaku.

Il avait dû couler ou se cogner contre quelque chose en entrant en contact avec l’eau, comme il n’était pas arrivé à nager jusqu’à la rive. Setora, Enba et Kiichi étaient partis vérifier que les guorellas n’étaient pas à leur trousse alors qu’Haruhiro et Yume, avec Merry et Shihoru avait fouillé la rivière à la recherche de leur paladin. S’ils l’avaient trouvé ne serait-ce que quelques minutes plus tard, qui sait ce qu’il serait advenu de lui ?

Même si Yume l’avait tiré sur la berge, Kuzaku s’était retrouvé en arrêt cardio-respiratoire, sa trachée et ses poumons étant remplis d’eau. Pas encore mort, mais s’ils l’avaient soigné avec Sacrement dans cet état, il n’aurait fait qu’accentuer son agonie. Donc ils avaient pratiqué une RCP 1en attendant de se débarrasser de l’eau dans son corps avant de le soigner avec la magie de lumière.

Cela n’avait pas été une décision pleinement raisonnée. Haruhiro avait perdu son sang-froid, mais par miracle, on ne sait comment, il était arrivé à choisir le bon enchaînement d’action à réaliser.

On est arrivé à le garder en vie. La vue d’Haruhiro se troubla rapidement à cause des larmes. C’est pas bon. Je ne peux plus me retenir. Bon, ce n’est pas si mal ?

Il n’essayait plus de les contenir, alors les larmes coulaient avec joie. Peut-être, quand il voulait pleurer, il ferait mieux de ce laisser-aller comme à l’instant. Il y avait du bon car, comme il faisait sombre, il n’avait pas à s’inquiéter que son visage pathétique trempait de larme ne puisse être vu.

—Haruhiro-kun…

Shihoru appuya son visage contre la tête d’Haruhiro. Shihoru ne pleurait pas. Ce genre de petite chose ne la ferait plus pleurer. Elle devait être en train d’essayer de réconforter Haruhiro.

Haruhiro essuya ses larmes avec sa main droite, puis dit, « Merci » avec une petite voix. Shihoru secoua sa tête.

—Oh ! Whuh ?! Kuzaku sauta sur place, arrachant un cri à Merry et Yume.

—Hé ! Cria Setora. Vous avez trouvé la grande perche ?!

Quand sa voix l’atteignit, Shihoru se hâta de s’écarter d’Haruhiro.

Par-delà le lit de la rivière, la berge opposée avait une montée qui n’était pas abrupte, et elle était obstruée d’arbres. Setora et Enba étaient en train d’arriver de cette direction.

—Ouais, plus ou moins. Haruhiro se frotta le visage avec ses deux mains tout en se levant … Comment ça se passe de ton côté ?

Heh ! Hoh, hoh !

Hah, hah, hah ! Hoh, hoh, hoh, hoh !

Avant que Setora ne puisse répondre, les guorellas commencèrent à hululer. Mais leurs voix semblaient assez distantes. En fait, ils devaient encore être au sommet de la falaise de laquelle Haruhiro et le reste du groupe avaient sauté.

—Pour le moment, on dirait qu’ils ne sont pas arrivés de ce côté, dit Setora en désignant la berge opposée avec son menton. Je doute fort qu’ils puissent descendre cette falaise. S’ils font un détour, ils pourront traverser la rivière sans difficulté, mais même s’ils choisissent de faire ça, cela leur prendra du temps.

—C’est l’heure de partir, on dirait, dit Haruhiro.

—En effet, dit Setora … Si la grande perche ne nous avait pas retardés, nous serions déjà partis.

—…Écoute. Tu continues à l’appeler « La grande perche ». Il a un prénom, tu sais. Il s’appelle Kuzaku.

—Je ne peux seulement me rappeler des prénoms qui ont de l’importance pour moi. Si tu insistes, je ferai l’effort de me souvenir du sien, mais tu devras me donner une récompense en retour.

—Une récompense ?

—Je suis sûre que tu as quelques idées derrière la tête. Une tendre caresse, ou un baiser peut-être. Je ne les ai jamais expérimentés, mais cela pourrait convenir, non ?

—Je… Je pourrais pas te dire. Bon, peu importe, oublie ça pour le moment. Je me sens un peu mal pour Kuzaku, mais tu peux continuer de l’appeler « La grande perche ».

—Quel ennui, dit Setora.

C’était un soulagement qu’elle ne le force pas à le faire.

Ils remirent Kuzaku sur ses pieds et ils essorèrent le plus d’eau possible de ses vêtements détrempés. Ils n’avaient pas le temps de les faire sécher.

Haruhiro et le reste prirent la route. Leur guide, cela allait de soi, était Setora, qui était perchée sur les épaules d’Enba. Ils entendaient aussi parfois les miaulements de Kiichi. Setora avait envoyé Kiichi devant eux, et elle se basait désormais sur ce que lui rapportait son nyaa pour décider de quel chemin prendre.

Au bout d’un moment, ils finirent par ne plus entendre les guorellas du tout. Le groupe devait être épuisé, mais la vie semblait bien plus simple maintenant qu’ils avaient sauté de cette falaise. Cela était dû notamment au fait qu’ils n’aient plus de poursuivants.

Non, il était encore trop tôt pour crier victoire. Les guorellas étaient vraiment persistants. Ils pourraient traverser la rivière même s’ils devaient faire un grand tour pour ça. S’ils partaient du fait que le pire scénario allait arriver, ils ne seraient pas choqués, déprimés ou paniqués quand les choses tourneraient mal.

Haruhiro, tout du moins, se devait d’être préparé à ça. Les guorellas allaient venir. C’était une certitude. Une évidence même.

—Setora, dit-il.

—Quoi ?

—Tu nous as sauvés.

—Ne te méprends pas. Ma propre vie était aussi en jeu. Qui plus est, quoi que je puisse ressentir pour les autres, je ne te laisserai pas mourir.

À chaque fois qu’elle lui disait quelque chose comme ça, il n’avait pas la moindre idée de comment lui répondre, et son cerveau se gelait.

—Ouais, enfin… C’est, um, ouais. Arr, je ne veux pas mourir non plus…

—J’aimerais grandement pouvoir avoir un enfant avec toi.

—…Uhhh. Ouuuuais… arr.. p-prends ton temps avec moi…

—Cependant, bien que je crois savoir comment il faut faire, cela se passera-t-il aussi facilement que ça ? Ce sera une première pour nous deux, donc j’ai l’impression que l’on pourrait rencontrer quelques difficultés.

—Ohh… dit Kuzaku, comme si cela lui rappelait quelque chose.

—T-Tu as déjà expérimenté ce genre de chose ? demanda Shihoru.

—Non, pas vraiment, dit Kuzaku. Oh. Mais je le sais pas vraiment, pas vrai ? De ce que j’ai fait avant d’arriver en Grimgar, hein ? Mais, attendez, c’est pareil pour nous tous, pas vrai ? Donc, ça veut dire que Haruhiro ne peut pas en être sûr lui non plus.

Haruhiro en était certain.

—Nan, je l’ai jamais fait, je peux te l’assurer.

—Tu es grand, après tout, dit Shihoru. Je parie que tu avais la cote, Kuzaku-kun.

—Non, non, Shihoru-san, dit hâtivement Kuzaku. Je suis plus que quelqu’un de grand, tu vois ? En vrai, c’est plus quelque chose qui repousse les gens.

—Maintenant qu’ten parle, s’immisça Yume, Yume, quand elle parle avec Kuzakkun, elle doit toujours lever la tête, et du coup sa nuque lui fait suuuuuper mal, t’sais ?

—Ouais, je vois ce que tu veux dire, Yume-san, dit Kuzaku …Mais je peux rien y faire. Je sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression qu’on m’a dit ça toute ma vie. Je fais sûrement dix centimètres de trop. Mais, en vrai, plus t’es grand, mieux c’est quand t’es un paladin, alors peut-être que c’est pas si mal… ?

—Kuzakkun ! Il y eut un bruit qui devait probablement provenir de la main de Yume qui frappa le dos de Kuzaku. T’es le super pala-dingue ! T’es trop cool !

—T-Tu crois ? Mais c’est juste paladin, d’accord ? Je veux dire, je suis tombé dans la rivière et j’ai failli me noyer…

—Parce que ton armure est lourde, se précipita de dire Shihoru pour le rassurer.

—Tu vois ça ? Je l’avais pas prévu. Je suis stupide pour ce genre de chose. Est-ce que je n’ai vraiment pas le cerveau pour ça ? Ça doit sûrement être ça.

Hmph, Setora souffla du nez.

Merry resta silencieuse. Ne se sentait-elle pas bien ? Ils l’avaient fait utiliser beaucoup de magie pour les soigner, donc elle devait être fatiguée. Haruhiro voulait lui parler, mais cela risquerait de déplaire à Setora, donc il ne pouvait pas. Mais pourquoi le fait qu’il s’inquiète pour Merry pourrait déplaire à Setora ?

Oh, j’ai compris.

Setora suspectait vraisemblablement qu’Haruhiro pensait beaucoup à Merry. Que, peut-être, il avait des sentiments pour elle. Alors c’était ça.

Eh bien, elle n’a pas tort.

Bien entendu, c’était à sens unique, avec aucune chance pour que cela ne se développe, une simple affection qu’il ne pouvait pas influencer. Haruhiro était la personne la plus consciente de cela. Après tout, ils étaient camarades. Rien de plus, rien de moins. C’étaient les mots de Merry.

De plus, Merry et Haruhiro n’allaient pas bien ensemble. Qu’est-ce que pensait Merry de lui ? Il se sentait stupide rien que de penser à ça. Rien, n’est-ce pas ? C’était pour cela qu’ils étaient camarades, non ?

On aurait dit qu’elle le respectait en tant que leader, et il lui en était reconnaissant, et elle en faisait beaucoup pour l’aider dans son rôle, ce qui lui valait encore plus de reconnaissance à son égard. Il lui était terriblement reconnaissant pour plein de choses.

Merci. Merci. Merci… Non, c’est pas ça.

Il était clairement à côté de la plaque. Ce n’était pas bon. Il était censé être le leader.

Tout d’abord, les guorellas pourraient très bien être à nouveau sur leurs traces. Il devait rester en alerte. Et en deuxième, il devait considérer la possibilité qu’ils pourraient faire la rencontre d’une créature qui n’aurait rien à envier aux guorellas.

Le point culminant de ce voyage, leur destination, était Alterna. Mais Alterna était trop loin. La mer. Oui, la mer. Il voulait aller voir la mer.

S’ils pouvaient atteindre la cité libre de Vele, ces deux villes avaient des routes commerciales. Si des caravanes marchandes faisaient des aller-retours, c’était qu’il devait y avoir un chemin sécurisé. Ils allaient partir pour Vele, puis vers la mer. Et pour cela, ils devaient avancer dans leur voyage pas à pas.

Il tenait bon pour le moment. Il était excité, et son corps bougeait. Mais s’il pensait qu’il pouvait continuer, il avait tort. S’il ne se reposait pas, dans un avenir qui se rapprochait de plus en plus, il allait craquer.

Ils avaient aussi besoin de nourriture. Kiichi pouvait en apporter assez pour Setora, mais Haruhiro et le reste étaient livrés à eux-mêmes. Il y avait une montagne de chose qu’ils devaient faire.

Devraient-ils se trouver un endroit où se reposer, et chercher de quoi manger ? La plupart des bêtes dangereuses étaient nocturnes, et il était assez difficile de s’orienter dans l’espace quand il faisait nuit noire. S’ils voulaient se reposer, serait-il plus prudent d’attendre que le soleil se lève ? Pouvaient-ils tenir jusque-là ?

Cette faible lumière dans les ténèbres leur faisait voir des choses qui n’existaient pas. Il y avait quelque chose par là-bas. Juste là. Et là aussi.

Eek ! Cria quelqu’un. Non, c’était le bruit d’un oiseau dans la nuit. Ça ne pouvait qu’être ça. Était-ce le bruit de quelque chose qui se rapprochait d’eux par derrière ou bien le souffle du vent à travers les feuilles ?

C’est un miracle que nous soyons encore en vie.

Quand il y pensait, Haruhiro se disait qu’ils auraient dû mourir une bonne dizaine de fois déjà. Mais ce n’était pas le moment de regarder le passé. Il devait uniquement regarder ce qui se trouvait devant eux.

Non, ce n’était pas non plus la solution. Il devait faire attention à ce qu’il y avait derrière eux, sur leurs flancs, devant, et en dessous aussi.

Pourquoi devaient-ils en faire autant pour vivre ? La vie avait-elle tant de valeur que ça ? Il était épuisé. Toute cette tourmente était insupportable. S’il devait mourir, alors ainsi soit-il. Où était le problème là-dedans ?

Est-ce que je veux vraiment rentrer à Alterna ? Ce n’est même pas là que je suis né. Qu’est-ce qui peut bien m’attendre là-bas ?

Il ne voulait pas y penser, et, pour le moment du moins, il ne devrait pas y penser. Malgré tout, il ne pouvait pas s’en empêcher.

Perdu dans ses pensées, il prit une profonde inspiration et il plissa ses yeux. Il affûta ses oreilles. Il leva son pied. Essayant de faire un pas en avant.

Il avançait. Mais vers où ?

Hé, Manato, Moguzo, dites-moi. Est-ce qu’être en vie est si bien que ça ? Comment ça se passe de votre côté ? Est-ce que c’était vraiment mieux d’être en vie ?

Vous êtes peut-être nulle part, en fait. Est-ce que c’est pour ça qu’on essaie de vivre ? Parce que quand on meurt, plus rien de nous attend ? Parce qu’on a peur d’abandonner ?

Mais quand même. S’il n’y a rien, alors on ne le saura pas ça, donc il n’y a rien à regretter. Ce ne sera pas effrayant. On ne ressentira rien. Dans ce cas, c’est pas si mal, pas vrai ?

Il n’y pas de tristesse, de solitude ou d’inquiétudes à avoir. D’une certaine façon, c’est apaisant, on pourrait dire. Pour être honnête, quand on est en vie, c’est dur la plupart du temps.

Il y a des fois où j’aimerais bien m’en être libéré. D’accord, parfois je m’amuse et je suis heureux. Mais la joie et la chance, ça ne dure jamais très longtemps. Une fois qu’elles sont parties, même si je m’en souviens, c’est juste un « Oh, ouais, ça a dû arriver, non ? » La douleur d’une perte, je m’en rappelle parfaitement.

Si vous étiez tous les deux encore en vie, qu’est-ce qui se serait passé ? Quand j’y pense, même maintenant, je ressens une douleur dans ma poitrine.

Moi, est-ce que j’ai envie de survivre ? Quoi qu’il puisse se passer, j’aurai du mal à vous donner une réponse immédiate. Je ne sais pas vraiment.

Cependant, je ne veux pas que nos camarades meurent. Je veux qu’ils vivent. Je le pense de tout mon cœur. Et donc, logiquement, je ne peux pas mourir sans me battre.

Nos camarades doivent penser la même chose. Je me souviens quand on vous a perdu, tous les deux, ce que c’est que de perdre un camarade. Je ne veux pas qu’ils aient à traverser ça.

Au final, je ne vis pas seulement pour moi. Si cette vie m’appartenait pleinement, je m’en serais débarrassé depuis longtemps déjà. C’est difficile de continuer. J’ai vraiment du mal à mettre un pied devant l’autre. C’est ce que j’aurai fait si j’avais été seul.

Mais comme ce n’est pas le cas, je peux vivre. Ça me fait penser « Je vais continuer de vivre. Je ne veux pas encore mourir. Je veux vivre. »

Tout le monde est comme une minuscule et insignifiante lueur brillante plongée dans une infinie et insondable abysse ténébreux. Ces lumières insignifiantes en trouvent d’autres, et se regroupent ensemble. Elles brillent l’une pour l’autre et se réchauffent mutuellement, jusqu’à ce qu’éventuellement, la fin survienne, et que tout disparaisse.

Ce moment pourrait ne pas être proche d’arriver. Cela pourrait être dans un an. Cela pourrait être demain. Peut-être même aujourd’hui. Mais que ce temps restant soit long ou court, les lumières sont attirées les unes vers les autres, et elles scintillent.

Elles se rassemblent tout simplement, et elles brillent.

Ils faisaient un peu plus lumineux désormais. Les oiseaux chantaient à mi-voix. Il ne devait pas faire si froid que ça, mais comme son manteau n’avait pas complètement séché, il ressentit quelques frissons sur sa peau.

Il y avait une fine brume suspendue dans les airs, ce qui lui rappela les Mille Vallées. Il ne voulait plus jamais revoir cette région embrumée. Il ne comprenait pas comment les habitants du village caché pouvaient passer leur vie là-bas.

Il se sentait dans les vapes. Uh oh. Il avait besoin de se reprendre. Mais cela n’allait pas être une partie de plaisir.

Il se sentait apathique, mais que pouvait-il y faire. Il avait des nausées. Mais même s’il essayait de vomir, il savait qu’il n’y arriverait pas. Rien ne sortirait.

Si cet idiot avait été là, il se serait assis et aurait commencé à leur casser les pieds, il en était certain.

Ugh, j’en peux plus de marcher. C’est une blague. Tu crois que je peux continuer à faire ça ? J’en peux plus moi !

Si tu as encore la force de crier aussi fort, alors ça veut dire que tu peux toujours marcher, non ? Aurait dit Haruhiro.

La ferme, Parupiron. J’ai un régime différent quand il s’agit de crier ! Même si ça a pas vraiment de rapport avec l’appétit.

Ta gueule, Porupirpin ! File-moi à bouffer alors !

Pourquoi tu enchaînes avec ça ? Il n’y a aucun lien entre les deux choses que tu viens de dire. Pour moi, dans ma tête, elles sont liées. Liées bien fort avec une corde bien solide !

Ils auraient eu plusieurs échanges qui ne vaudraient même pas la peine qu’on les qualifie de stupides.

Ne pouvait-il pas la fermer ? Cela ne faisait que les fatiguer tous les deux. C’était pour ça qu’il détestait ce type. Mais, hein, c’était bizarre. Quand il pensait à lui, pour une raison qu’il ignorait, son visage se détendait.

Est-ce que je suis en train de sourire… ?

Les branches des arbres qui les encerclaient s’agitèrent d’une façon surnaturelle. Quelque chose était-il en train de se déplacer de branche en branche ? Haruhiro s’arrêta de marcher et dégaina son poignard.

Il pouvait réagir à cette menace. Dans des moments comme celui-ci, il pouvait réagir étonnamment rapidement.

Il était sur le point de donner les ordres à ses camarades, mais Setora leva les yeux et dit, « C’est Kiichi ».

En y jetant un nouveau coup d’œil, il vit un nyaa gris perché sur une branche qui se trouvait au-dessus de lui vers sa droite. Kiichi exprima un petit miaulement, avant de se tourner vers l’est.

—Heh heh. Avec un rire satisfait, Setora mit une légère pression sur la nuque d’Enba. Celui-ci se mit en mouvement.

On aurait dit qu’ils allaient continuer d’avancer. Kiichi sauta, et Haruhiro le perdit rapidement de vue.

Haruhiro rangea son poignard et suivit Enba et Setora.

—À quel point les nyaas sont-ils intelligents ?

—Jadis vivait un espion omnitsu qui se nommait Nonae, répondit elle. Elle était mariée à un nyaa qui s’appelait Onaki, et ils restèrent ensemble pour la vie.

—Mariée…

—Ce n’est qu’une légende, cela va de soi. On raconte qu’une nyaa blanc nommait Senju aurait vécu pendant plus de cent ans, et qu’elle aurait commencé à parler le langage des humains. Cela dit, on raconte que Senju serait née avec deux queues, donc peut-être était-elle une sorte de mutant ou une autre sous-espèce particulière.

—Kiichi a l’air plutôt intelligent de son côté.

—Si on ne leur donne pas un but, les nyaas ne feront que dormir et manger, parce qu’ils n’ont pas besoin de faire quoi que ce soit d’autre. Ils connaissent le sentiment de satisfaction, et ils n’ont aucun désir. Cependant, si on leur apprend quelque chose qu’ils doivent faire, ils le feront sans peur. Je présume que cela dépend de comment tu définirais « intelligent », mais d’après moi, les nyaas sont plus sages que les humains.

—Est-ce pour cela que tu les aimes ? demanda Haruhiro.

—Non.

—Alors pourquoi ?

—Parce qu’ils sont mignons.

Merry murmura derrière eux, « …Ça je peux le comprendre. »

Du haut de l’épaule d’Enba, Setora se tourna pour la regarder. Elle avait un regard vide sur le visage.

—Je pense que nous pouvons nous entendre, prêtresse. Merry, je me trompe ?

—Même si nous ne nous entendons pas, je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas être d’accord sur une chose ou deux.

—Nous ne nous entendons pas ? Pourquoi ? Parce que nous aimons la même chose ?

—L-La même chose ? …L-Les nyaas ? Eh bien, les nyaas sont… Ouais, effectivement je les aime. Et ce depuis la première fois où j’en ai aperçu un. E-Et alors ? C’est un problème ?

Haruhiro arrêta d’écouter l’échange entre Setora et Merry après ça.

Il y avait une grande parcelle de terre ouverte devant eux. C’était le matin. Le soleil était en train de se lever. Haruhiro accéléra le pas.

—Myuoh ! Yume laissa échapper un étrange bruit.

Haruhiro et Yume rattrapèrent rapidement Enba avant de le dépasser.

La zone n’était pas ouverte. Il y avait une pente descendante ici. Grâce à ça, ils avaient une bonne vue sur l’ensemble.

Le ciel était couvert à soixante-dix ou quatre-vingts pour cent de nuages. Et pourtant, le ciel à l’est était clair, et le soleil faisait rayonnait sa lumière à travers les chaînes de montagnes.

Bien, mais la zone entre les montagnes à l’ouest et celles à l’est, là où se trouvaient Haruhiro et les autres, était plate, une rivière s’écoulait depuis le sud, il y avait des arbres ici et et là, et une plaine verdoyante qui s’étendait devant eux.

Non, réalisa-t-il.

Ce n’était pas une plaine.

—C’est un champ de fermier, dit-il en expirant.

Des bâtiments qui semblaient être faits de bois venaient s’ajouter au paysage. Plusieurs routes serpentaient et reliaient les différentes structures. On aurait dit qu’il y avait aussi des enclos. À l’extrémité de ces routes se trouvait quelque chose qui était trop petit pour être appelé une ville, mais cette chose comportait tout de même une bonne douzaine de bâtiments construits les uns à côté des autres.

—Whoooie…. Yume se tenait à côté d’Haruhiro, les yeux écarquillaient. Haruhiro respira profondément pour se détendre. Il était un petit peu sonné.

Calme-toi, se dit-il. Il essaya de faire revenir ses émotions au stade le plus inoffensif possible. Il voulait les garder sous contrôle. C’était pratiquement devenu une seconde nature chez lui.

—Qui vit ici ? demanda-t-il.

—Je n’en ai pas la moindre once d’idée, répondit Setora en haussant ses épaules.

Elle descendit des épaules d’Enba et vint se blottir contre Haruhiro. Quand elle appuya son visage contre son épaule, il faillit s’enfuir sans vraiment le vouloir, mais cela aurait été une mauvaise idée.

…Cela aurait-il été une erreur ?

Sans nul doute, hein. Ouais. Cela aurait été une mauvaise chose à faire dans tous les cas.

—Mais cela ne fait aucun doute qu’ils ne sont pas humains.

—…Ouais, je m’en doute, soupira Haruhiro.

Étaient-ils des orcs ? Ou des morts-vivants peut-être ? Cela pourrait lui porter préjudice de dire cela, mais on aurait dit qu’il y avait bien trop de signes de vie pour que cela soit un village mort-vivant.

Merry, Shihoru et Kuzaku coururent pour les rattraper.

—Un village, huh… dit silencieusement Kuzaku, comme s’il était impressionné.

—…Ouais, c’est un village, confirma Shihoru.

Merry jeta un rapide et discret coup d’œil en direction de Haruhiro. C’était comme si elle vérifiait que Haruhiro était ici, et il n’y avait rien de plus dans ce regard.

Haruhiro tourna les yeux vers Merry.

Merry se mordit légèrement le bord de la lèvre, avec un regard dans ses yeux qui indiquait qu’elle se retenait de dire quelque chose.

  1. Réanimation cardiopulmonaire ↩

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