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Chapitre 2

Interdit de Mordre

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~22 min

C’était bizarre. Étrange. Peu importe sous quel angle il se posait la question, ce n’était pas censé se passer comme ça.

Oui, Haruhiro avait pris un risque. Il avait fini le dos-rouge par lui-même. Faire ça était un pari risqué. Il ne pouvait pas le nier.

Il avait eu une idée de sa réussite. Et comment, car s’il n’avait pas eu l’idée dans sa tête qu’il pourrait finir le combat, il aurait choisi une approche bien plus prudente.

Les guorellas formaient des troupeaux d’environ vingt membres. Ils étaient menés par de puissants mâles avec des cornes rouges et poilues qu’on appelait des dos rouges. Suite à la perte de leur leader, les jeunes mâles allaient-ils se battre pour prendre sa position ? Ou alors est-ce qu’une femelle allait temporairement prendre le pouvoir ? Dans tous les cas, le troupeau allait tomber en morceau, si ce ne n’est se disperser complètement.

Les troupeaux de guorellas étaient de persistants et tenaces chasseurs. Ils ne faisaient pas que poursuivre et capturer leurs proies. Ils les suivaient sans hâte ni stress, se rapprochant lentement, et ils attendaient que leurs cibles soient à bout de force. Les dos-rouges étaient particulièrement intelligents, et en dépit du fait qu’ils aient une force grandement supérieure, ils ne la montraient que très rarement. C’était pour ça que cela avait été sa seule et unique chance.

En y repensant maintenant, il se pourrait qu’Haruhiro n’avait pas voulu activement y penser. Penser qu’il devait réussir quoiqu’il en coûte, et alors qu’il ne pouvait absolument pas se permettre d’échouer, ou alors que s’il se ratait, tout serait fini. Plus il pensait à ce genre de chose, plus il se tendait, et cela lui faisait parfois perdre ses capacités. Pour qu’une personne médiocre comme Haruhiro accomplisse quelque chose sans bavure, il avait tout intérêt à se lancer dans un combat avec un esprit lucide.

Avec quelques difficultés mineures, il avait réussi à abattre le dos-rouge. Désormais, les guorellas n’allaient plus les embêter. Enfin, ce n’était pas quelque chose dont son optimisme démesuré lui avait permis de penser, mais on aurait dit qu’ils allaient avoir un certain degré de répit, tout du moins. Si le groupe utilisait ce temps pour se retirer, ils allaient au moins pouvoir reprendre leur souffle. Et s’ils n’avaient plus besoin de courir et de se cacher, ils pourraient se poser et choisir avec attention la route qu’ils allaient prendre.

Cependant, rien de tout cela n’était arrivé.

Il avait tué le dos-rouge, mais les guorellas étaient toujours à leur trousse.

Il avait aussi commencé à entendre les to, to, to, to, to, de leurs tambourinages. Quand la situation était vraiment mauvaise, il pouvait entendre les tambours commencer au nord, puis après un petit moment, d’autres tambours provenant du sud. Il ne pouvait qu’assumer qu’il y avait plusieurs dos- rouges. Mais celui-ci qui avait été censé être le seul dos-rouge de la troupe était mort. Mais que se passait-il à la fin ?

La seule bonne chose, bien qu’il n’était pas entièrement sûr que cela soit une bonne chose, était que les guorellas étaient plus prudents maintenant qu’ils avaient abattu un dos-rouge. Avant, les jeunes mâles les attaquaient de temps en temps. Ce n’était plus du tout le cas désormais, et les moments où il ne pouvait entendre que les respirations et les bruits de pas de ses camarades avaient considérablement augmenté.

Est-ce que les guorellas ont enfin abandonné la poursuite ? Pensait-il.

Mais à chaque fois que ça lui traversait l’esprit, il entendait les tambours ou des cris, ou un arbre frêle se tordre dans un sens au loin, ou une branche qui se faisait broyer.

D’après Setora, Kiichi le nyaa gris trouvait régulièrement des guorellas. Ils étaient là, dehors. Non loin d’eux.

Se rapprochaient-ils pas derrière ? Étaient-ils sur leur droite, ou sur leur gauche aussi ? Peut-être qu’ils étaient même devant eux. Il avait plus ou moins la sensation que le groupe s’était fait encercler.

Ils devaient être très nombreux. En incluant le dos-rouge, leur groupe en avait tué cinq… non, six. Donc, il devait rester une petite dizaine de ces choses ? Vraiment ? Juste ça ? Il avait la sensation qu’il y en avait plus.

Tout le monde était affreusement silencieux. Qui avait été le dernier à prononcer un mot ? Il ne s’en souvenait pas.

Les guoerellas n’avaient clairement pas perdu Haruhiro et le groupe. Ils les tourmentaient. Ils avaient pour but de les affaiblir, avant de frapper quand ils ne pourraient plus bouger. Donc cela ne devait pas poser de problème de parler. Plutôt que de rester silencieux, une petite discussion pourrait les aider à se sortir cette situation de la tête.

Mais de quoi pouvaient-ils bien discuter ? S’il ouvrait sa bouche, il avait la sensation qu’il dirait, « Je suis épuisé », sans vraiment le vouloir. Quoi d’autre pouvait-il dire ?

Je suis épuisé. Mes jambes me font mal. J’ai le corps lourd. J’en ai assez. C’est bon ça suffit. Il fait chaud. J’ai faim. J’en peux plus.

Se plaindre n’allait le mener nulle part. Tout le monde en avait marre. Ils enduraient tous. Shihoru, en particulier, avait l’air au bord de l’épuisement. Mais elle ne s’arrêtait pas. Ses épaules se soulevaient avec chaque respiration, elle se forçait à mettre un pied devant l’autre. Dans son désespoir de ne pas être laissée derrière, de ne pas être un fardeau pour ses camarades, Shihoru les suivait.

Yume et Merry étaient toujours à ses côtés. Même pour Kuzaku, qui marchait devant les trois filles, il portait une armure et un bouclier stupidement lourd dans son dos. Les autres devaient souffrir plus que ce qu’Haruhiro ne pouvait imaginer.

Seule Setora, qui était toujours à côté ou un petit peu devant Haruhiro, devait se sentir différemment des autres. Après tout, la plupart du temps, Setora était assise sur les épaules d’Enba.

Si Enba le golem se voyait offrir une injection à intervalle régulier d’un liquide mystérieux, et qu’il prenait des pilules spéciales, il pouvait rester opérationnelle pour pratiquement toujours. Quand il bougeait, il était le véhicule de Setora. Même si parfois la route était un peu agitée, cela n’allait pas la rendre malade, et ça devait toujours être plus facile que de marcher par soi-même. À dire vrai, à part Enba, qui avait le visage recouvert, seule Setora affichait une expression de fraîcheur sur son visage.

Et parfois cela énervait Haruhiro.

Mais ce n’était pas grave. Ce n’était pas comme s’il pensait, C’est pas juste, ou, Souffre avec nous, ou quoi que ce soit d’autre. Si elle pouvait conserver son endurance pour quand cela sera nécessaire, elle faisait bien de le faire. Haruhiro s’était mis dans la tête que, dans le pire cas de scénario possible, alors qu’il ne resterait plus rien d’autre à faire, il voulait que Setora et Enba puissent être en mesure de s’enfuir.

Après tout, Setora n’était pas sa camarade.

Même si l’enchaînement des événements les avait conduits à se retrouver ensemble, ils n’avaient pas de véritable connexion, et elle s’était fait embarquer dans une vraie galère. Haruhiro n’était pas optimiste, donc en même temps qu’il voulait croire qu’ils allaient se sortir de là d’une manière ou d’une autre, il ne pouvait pas affirmer que l’avenir leur tendait les bras.

Il était certain que ses camarades étaient préparés pour le pire. Ils en avaient traversé des crises ensemble. Une fois qu’ils auraient fait tous les efforts possibles, ils ne pourraient que se tourner vers les cieux et prier pour s’en sortir indemnes. S’ils faisaient tout ce qu’ils pouvaient, alors peu importe ce qui pouvait se passer, il pourrait accepter le résultat. Haruhiro ne blâmerait pas ses camarades, et il se doutait que ses camarades n’allaient pas lui rejeter la faute non plus. Cependant, Setora n’avait pas à partager leur sort.

Où se trouvait cet endroit… ?

Ce n’était pas les Milles Vallées. C’était la partie sud-ouest des Montagnes Kuaron. Il le savait, mais où étaient-ils exactement ? Vers où se dirigeaient-ils ? Vers l’est. Plus ou moins. Qu’allaient-ils atteindre s’ils continuaient dans cette direction ? La mer ? Non, il aurait fallu faire un long trajet encore pour s’y rendre. Mais à quel point ce long trajet pouvait être long ? Des centaines de kilomètres ? S’ils allaient aussi loin, les guorellas ne les suivraient sûrement pas jusque-là. Il ne se basait sur rien pour dire ça, mais il espérait que ce soit vrai.

Si cet idiot était là, je suis certain qu’il serait en train de se plaindre. Il m’insulterait, en faisant une grosse affaire, et il piquerait une crise. Rien que d’y penser, cela énervait Haruhiro.

C’était une bonne chose que ce type ne soit pas là. Ils étaient bien mieux sans lui dans les parages. Il n’était plus un de leur camarade. Il avait toujours été une source d’inquiétude. Haruhiro ne voulait même plus revoir son visage. Il y avait même eu des fois où il n’avait pas voulu respirer le même air que lui.

Il avait fait du bon travail pour pouvoir s’entendre avec ce type. Cela l’avait rendu plus patient. C’était quelque chose comme un effet secondaire, mais ce type était si détestable qu’il avait la sensation que n’importe qui d’autre pouvait être préférable. Cela avait-il aidé Haruhiro à grandir en tant que personne, de devoir côtoyer une personne si affreusement épouvantable ?

Maintenant qu’il n’était plus dans ses pattes, c’était vraiment silencieux. Ou « mort » pourrait être une autre façon de le dire. Enfin, ils étaient bien sans lui. C’était bien plus agréable de ne pas l’avoir avec eux, lui qui était trop bruyant pour son propre bien.

Hé, mec, aurait dit ce type. Si tu continues à cracher autant de conneries, tu vas le regretter, tu sais ? Je veux dire, t’es déjà en train de le regretter, pas vrai, Parupiro ? Alors ? Hmmm ?

—Oh, merde… marmonna Haruhiro. Il commençait à avoir des hallucinations auditives.

Non, il ne l’avait pas vraiment entendu. C’était juste une chose que ce type aurait dit pour sûr. Cela était juste apparu soudainement dans son esprit, et il avait joué le scénario dans sa tête. Bien qu’il voulait oublier ce type.

—Shihoru. Il entendit la voix de Merry.

Quand il se retourna, Shihoru était accroupie, s’accrochant à son bâton et appuyée contre un arbre. Ses épaules se soulevaient frénétiquement.

Yume, qui était penchée vers elle, était en train de caresser le dos de Shihoru et elle se tourna vers lui. « Haru-kun » fut tout ce qu’elle dit.

La tête de Shihoru était tournée vers le bas. Le visage de Yume était un petit peu sale, et elle avait l’air épuisée. Quand Merry agita sa tête, de la sueur s’envola dans tous les sens.

Kuzaku laissa échapper un soupir d’exaspération et s’assit. Il était en train d’exprimer qu’il avait atteint sa limite en extrapolant ses gestes pour que Shihoru n’ait pas le sentiment d’être un fardeau. Cela ressemblait tellement à Kuzaku de montrait sa considération comme ça.

—Reposons-nous, dit Haruhiro en reprenant son souffle.

En levant les yeux, il put apercevoir le ciel écarlate entre les branches des arbres. C’était déjà le soir ? Il voulait s’asseoir. Non, dormir. Ce n’était pas bon. Au loin, les tambours des guorellas retentirent à nouveau. To, to, to, to, to, to…. Sérieusement ? Est-ce qu’ils étaient surveillés ? Étant donné le timing, il ne pouvait que le suspecter.

Shihoru releva sa tête. Elle était en train d’essayer de se relever. Ouais, bien sûr qu’elle voulait se lever. Ils n’avaient d’autre choix que de partir. De bouger.

Haruhiro se mit en mouvement. Setora se plaça devant lui.  »Repose-toi.

—Non, mais…

Haruhiro essaya de contester, mais il ne poursuivit pas. Son corps s’y refusait. Était-il épuisé à ce point ?

—Kiichi et moi allons chercher les ennemis

Setora regarda Haruhiro, ses lèvres se tournant vers le haut pendant un bref instant.

—Vous, vous restez là. Je doute que vous puissiez vous détendre, mais essayez d’être au moins opérationnels quand je reviendrai.

—Désolé. On compte sur toi.

C’était la seule chose qu’Haruhiro pouvait lui dire. Une fois qu’il fut assis sur le sol, sa respiration devint soudainement laborieuse et rapide. Sa vision de brouilla. Uh oh. On aurait dit qu’il était sur le point de perdre connaissance.

Setora descendit des épaules d’Enba. Allait-elle marcher avec Enba à ses côtés ? Où était Kiichi ? Il n’était pas dans son champ de vision.

Yume prit Shihoru près d’elle et lui caressa la tête.

—Là, là…

Merry leva les yeux, le regard pratiquement absent.

Setora et Enba disparurent dans les arbres en un rien de temps.

Le pouls d’Haruhiro ne voulait tout simplement pas revenir à son état normal. Il avait la sensation que son cœur ne lui appartenait plus. La seule chose dont il se souvint ensuite, c’était que les guorellas avaient arrêté leurs tambours.

—…Est-ce qu’ils se sont enfuis ? Se marmonna Kuzaku.

Un instant plus tard, Haruhiro comprit qu’il parlait de Setora et Enba. Et puis il avait réalisé qu’il avait été imprudent. Elle pouvait les utiliser comme un leurre pour pouvoir s’enfuir en toute tranquillité.

Haruhiro n’y avait pas pensé, mais il ne pouvait pas entièrement rejeter cette possibilité. Mais, bon… Non, probablement pas. Si elle avait eu l’intention de faire ça, elle serait passée à l’acte bien plus tôt. Qui plus est, cela ne lui ressemblerait pas. Setora était froide, ou plus quelqu’un de sans-cœur et sans délicatesse, mais elle était aussi étrangement honnête dans sa parole. Il s’était rendu compte que, peut-être, si elle voulait les abandonner, elle le ferait, et si elle voulait les utiliser, elle le ferait, mais elle s’assurerait de le leur dire avant de faire quoi que ce soit. Elle était peut-être sans pitié, mais elle n’était pas fourbe. C’était le genre de personne qu’était Setora.

—Repose-toi, lui dit Haruhiro.

Kuzaku répondit, « D’acc », et il s’allongea sur le côté. Un instant plus tard, il était déjà en train de ronfler.

—Personne ne t’a dit de t’endormir cela dit… marmonna Haruhiro.

Shihoru pouffa, et les épaules de Yume se soulevèrent tandis qu’elle laissait échapper un étrange rire qui ressemblait à « Funyunyu ».

Ses yeux croisèrent ceux de Merry alors qu’elle réprimait un bâillement. Elle baissa la tête en signe d’embarras.

—…Je suis désolée

—Tu n’as pas…

…à t’excuser, allait-il finir. Mais son pouls, qui avait commencé à se calmer, s’envola soudainement aussitôt.

To, to, to, to, to….

Les tambours. D’une direction différente cette fois.

Putain, voulait-il jurer, mais il se retint. Perdre son sang-froid n’allait pas aider. S’il laissait ses émotions prendre le dessus, il allait donner aux guorellas ce qu’ils voulaient.

…Mais pourquoi cela avait-il de l’importance, en fait ? Ils étaient à court d’options. Pourquoi les guorellas ne se jetaient-ils pas tout simplement sur eux ? Est-ce qu’ils étaient en train de s’amuser ? Le groupe n’aurait pas la moindre chance contre eux.

Ou peut-être que ce n’était pas cas ?

Il se pourrait que, dans les faits, le nombre de guorellas soit plus faible qu’il n’y paraît. Il se pourrait qu’ils soient en train de leur faire croire qu’ils sont plus nombreux.

Non, c’était évident qu’il y avait plusieurs guorellas qui jouaient du tambour sur leurs poitrines. En d’autres termes, plusieurs dos-rouges.

Et encore, c’était juste une chose que leur avait dit Setora. Elle pouvait se tromper. Peut-être que la manière de vivre des guorellas n’était pas si bien comprise, et que ses connaissances n’étaient basées que sur des spéculations. Même si c’était le cas en général que seuls les dos-rouges tambourinaient, il pourrait y avoir des exceptions.

Donc si les guorellas attaquaient de front, ils étaient soient en train d’anticiper qu’ils ne pouvaient pas gagner contre le groupe, soi qu’ils avaient peur de subir beaucoup trop de pertes.

Des pertes, huh.

S’ils chassaient dans le but d’avoir de quoi manger, l’idéal serait de ne pas subir de pertes. Haruhiro pensait la même chose. Cela ne le dérangeait pas de subir des blessures qu’ils pourraient soigner avec la magie de lumière, mais il n’accepterait pas d’avoir le moindre mort. Naturellement, les guorellas chassaient avec cette idée comme prérequis.

Haruhiro et le groupe avaient déjà tué des guorellas. Ces créatures auraient dû abandonner. Mais il devait supposer que, là maintenant, ils étaient sur le point de lancer un assaut massif. Il se pourrait qu’Haruhiro et les autres ne puissent leur échapper, mais ils n’allaient pas se laisser tuer gentiment non plus. Ils allaient se battre de toutes leurs forces. Il pouvait garantir qu’ils allaient amener quelques guorellas avec eux.

Les guorellas devaient savoir qu’Haruhiro et le groupe n’étaient pas des adversaires faciles. Ce n’était pas des soldats volontaires de premier choix, ni même de second choix, mais le groupe demeurait tout de même tenace.

Si les guorellas pouvaient parler, Haruhiro aurait voulu leur dire : Vous n’allez pas nous tuer facilement. Si vous ne voulez pas mourir, trouvez-vous une autre proie. Si vous voulez vous battre, amenez-vous. Mais je suis sûr que vous ne voulez pas mourir non plus. Arrêtons-nous là.

Il entendit des feuilles être déplacées.

Haruhiro se jeta sur ses pieds et sortit son poignard.

—Ah !

Il était tellement étonné, il pensait que son cœur allait s’arrêter. C’était Setora et Enba. Étaient-ils revenus ?

—Quoi, Haru ? demanda Setora. Cette expression sur ton visage est vraiment terrifiante.

Incapable de répondre aussi soudainement, Haruhiro ajusta son emprise sur son poignard. Il essaya d’avaler sa salive, mais l’intérieur de sa bouche était sec.

—Kuzaku ! L’appela Merry.

—…Ouais. Je suis réveillé… Kuzaku s’assit lentement, en se secouant la tête.

—Hé, Setora.

Le ton de la voix de Yume était tellement doux, cela semblait irréel, mais Haruhiro le trouva réconfortant

—…Où sont allés tous les nyaas ?

Setora ignora la question de Yume et s’approcha d’Haruhiro. Elle se rapprocha, encore et encore, touchant son bras droit, son épaule droite, ses hanches et ses côtes…

Ça chatouille, tu sais ?

—…Qu-Qu-Quoi ? demanda nerveusement Haruhiro.

—Je ne fais qu’essayer. Ne t’en soucie pas.

—Je crois que je vais m’en soucier….

—Qu-Qu’est-ce que tu ne fais qu’essayer exactement ? demanda Merry pour on ne sait quelle raison.

—Keh…

Shihoru s’était-elle mise à rire, avait-elle toussé, ou avait-elle fait quelque chose d’autre ?

—Haru.

Setora regarda Merry pour une raison inconnue, puis elle porta ses lèvres juste à côté de l’oreille d’Haruhiro. Quand elle fit cela, par nécessité, son corps s’appuya inévitablement contre le sien. Haruhiro faillit reculer. S’il n’était pas dans l’obligation de prétendre qu’il était son amoureux, il se pourrait qu’il ait sauté d’un mètre ou deux en arrière

—… J’ai un plan. Vas-tu m’écouter ?

—Je veux entendre ce que tu as à dire, mais pourrais-tu d’abord te reculer un petit peu… ?

—Je fais ça parce que je ne veux pas reculer, dit Setora. Cela poserait-il un quelconque problème ?

—Ce n’est… pas un problème, non.

—Bien.

Setora blottit son nez contre la nuque et les oreilles d’Haruhiro à la manière d’un chat.

Umm… pensa-t-il, mal à l’aise. Tout le monde nous regarde, tu sais ? Qu’est-ce que tu fais ? Je ne sais… vraiment pas quoi faire.

Grimgar of Fantasy and Ash, Tome 10, Chapitre 2 — illustration

Mais il n’y avait rien qu’il puisse faire cela dit. Il allait juste devoir prendre sur lui.

—Pour ne rien te cacher, j’étais inquiète, dit Setora. Que peut-être, tu me détestes.

—Je ne… te déteste pas.

—Mais tu ne m’aimes pas non plus ?

—Non… Ce n’est pas vrai.

—Tu es un homme honnête.

—Je… Je sais pas trop pour ça.

—Les nyaas ont leurs chaleurs deux fois par an, mais il ne semble pas exister de saison des amours pour les humains, dit-elle … Alors quand est-ce que nous sommes en chaleur ? Je me le suis toujours demandé.

—O-Oh, vraiment… ?

—Je vois. Donc quand un homme agréable est à côté de moi, c’est cela que je ressens, n’est-ce pas ? Setora appuya son nez et ses lèvres contre la nuque d’Haruhiro, respirant comme si elle le reniflait, puis elle lui souffla un air chaud.

Ses camarades étaient plus hypnotisés que surpris. Même si Haruhiro n’avait pas la moindre idée de ce qu’il devrait faire. S’il n’arrêtait pas Setora, qu’allait-elle faire ensuite ? Qu’est-ce qui allait se passer ? Quoi que cela puisse être, n’était-ce quelque peu de la folie ? Devrait-il la repousser ?

Alors qu’il était toujours en train de réfléchir, soudainement, une douleur sur la droite de sa nuque vint interrompre le cours de ses pensées.

—Ow ! Cria-t-il … Huh ?! T-Tu m’as mordu ?! Tu viens de me mordre là, pas vrai ?! Pourquoi ?!

—Pardonne-moi. Setora recula gracieusement. Son visage était peint en rouge. Je ne puis te dire pourquoi, mais je voulais te mordre. J’observe que quand les personnes sont en chaleur, personne ne sait ce qu’ils pourraient faire.

—C-C’est ce que tu crois… ?

—Il se pourrait que des différences apparaissent selon les individus. C’est aussi ma première fois, le réalises-tu ? L’amour et les relations sexuelles m’ont toujours intéressé, et il est vrai que tu m’as impressionnée, mais jamais je ne me serai attendue à tomber amoureuse de toi.

— Tomber amou… se dit Merry à elle-même, et Shihoru laissa échapper un autre toussotement étrange.

—Haruhiro est un charmeur, hein, commenta Kuzaku.

Il était vraiment en train de dire n’importe quoi. Pourquoi Yume était-elle en train d’acquiescer comme pour confirmer ses dires ?

—Un charmeur? Setora se tourna vers Kuzaku. Qu’entends-tu par là ? Es-tu en train de me dire que Haruhiro a une autre femme que moi ?

—Non, c’est juste qu’il y avait cette autre personne qui a dit qu’elle aimait Haruhiro. Mais elle était dans un autre groupe…

—Que dis-tu ?!

—Mimorin, c’est ça ? Yume croisa les bras et gonfla l’une de ses joues … Ça fait un moment qu’on l’a pas vu, huh. Me demande comment elle va. J’espère qu’elle va bien.

Setora claqua sa langue et serra les dents.

—Il y avait quelqu’un avant moi ? Certes, c’est le genre d’homme dont je peux tomber amoureuse, donc je ne peux m’avouer surprise, mais cela reste vexant.

Incapable de rester muet plus longtemps, Haruhiro corrigea le malentendu.

—Non, je ne sors pas avec Mimorin, compris ?

—Oh, je vois ! Cria Setora avec un sourire rayonnant … C’est une bonne chose ! Je préfère que ce soit la première fois pour nous deux. Je ne veux pas laisser qui que ce soit d’autre te toucher, et je ne veux pas que quelqu’un d’autre que toi me touche. Si jamais je t’aperçois embrasser une autre femme, la découper en petits morceaux ne serait même pas suffisant.

En petits morceaux ? Tu y vas peut-être un peu fort là, et ça me fait peur, tu sais ? Et une seconde, la conversation a carrément dévié, c’est vraiment n’importe quoi…

—U-Um, et par rapport au plan ? Dit nerveusement Haruhiro.

—Ahh…

Setora était sur le point de dire quelque chose quand…

To, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to…

—Pas encore ! Kuzaku frappa le sol.

Shihoru était en train de regarder Haruhiro avec ses yeux tournés vers le haut. Même si elle était complètement épuisée, son regard dégageait une grande force.

—…On dirait qu’on n’aura pas le loisir de décider.

Haruhiro hocha la tête. Elle avait raison. Haruhiro et le groupe étaient déjà dos au mur. Quelque puisse être le plan, cela ne changerait rien.

Le soleil allait bientôt se coucher. L’ambiance était sinistre, ou plutôt, il faisait déjà sombre. Les insectes étaient en train de gazouiller. Même s’ils entendaient de temps à autre les tambours des guorellas, les autres bruits ne s’arrêtaient pas. Des bruits qui ressemblaient à du papier que l’on déchirerait ou à du métal que l’on frotterait sur du verre.

Il avait mal aux oreilles, et sa tête allait se déchirer en deux. Pire que ça, son corps lui semblait lourd.

Non, se dit-il. Ne pense pas à des choses déplaisantes et difficiles. Ça ne fera qu’empirer les choses. Il fait plus frais maintenant que durant la journée. C’est vrai. Ce n’est pas si mal.

Avec Setora qui les guidait en étant assise sur les épaules d’Enba, Haruhiro et le groupe s’avancèrent encore et encore vers l’est à travers la partie sud-ouest des Montagnes Kuaron. Bien qu’ils étaient dans les montagnes, ils se trouvaient à leurs bases, donc le terrain était assez praticable, la plupart du temps.

Je peux encore continuer, se dit-il. Mon corps bougera. Ça va aller.

Plus que lui, c’était ses camarades, tout particulièrement Shihoru, qu’il voulait encourager. Mais s’il se retournait et qu’il essayait de parler, il avait la sensation que ses ficelles allaient lâcher. Quelles ficelles ? Il ne savait pas trop, mais ces ficelles n’étaient pas plus épaisses qu’un cheveu, tirées à l’extrême, et si elles lâchaient ou qu’elles se rompaient, il serait vraiment dans une mauvaise posture.

Encore ? Quand allaient-ils atteindre leur destination ? Ils devaient encore continuer à marcher ? Et si les guorellas les attaquaient tout de suite ?

C’était la chose à laquelle il voulait éviter de penser. Si seulement quelques-uns d’entre eux attaquaient, peut-être qu’ils pourraient faire quelque chose, mais si il y en avait plus de dix qui les attaquaient en même temps, le groupe n’allait pas tenir longtemps. S’inquiéter de choses dont il n’avait pas le contrôle était inutile.

De surcroît, ils n’avaient pas encore attaqué. Peut-être qu’ils ne les attaqueraient pas du moment que le groupe était en mouvement. Il se pourrait qu’ils attendent le moment où leurs proies seraient épuisées et dans l’incapacité de se défendre.

C’était un bras de fer d’endurance. Le chasseur, ou le chassé. La traque n’en finirait pas tant que l’un des deux n’abandonnera pas.

Devant eux, Enba s’arrêta. Setora, perchait sur son épaule, leva sa main droite.

Personne ne savait vraiment quand est-ce qu’il était arrivé là, mais il y avait un nyaa gris sur le pied d’Enba. Kiichi.

—Hooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo !

Quoi ?

Était-ce la voix d’un guorella ?

Haruhiro n’avait jamais entendu cet appel.

—Heh !

—Huh !

—Hoh !

—Heh ! Heh !

—Huh ! Huh !

—Heeeh! Hoh !

—Hoooooooh! Huh !

—Heh ! Huh ! Hoh ! Hoh ! Hoh !

—Hoh ! Hoh ! Hoh ! Huh ! Huh ! Ho-hoh !

Des cris qui devaient appartenir à des guorellas apparurent de toute part. Haruhiro se retourna. Kuzaku. Yume. Shihoru. Merry. Tout le monde était prêt à courir. Haruhiro aussi était effrayé.

C’est enfin le moment, hein.

—Hoh, hoh, hoh, hoh, hoh !

—Heh, heh, huh, hoh, huh, hoh, heh !

—Hah, hah, huh, heh, huh, hah, huh, hoh !

—Huh, huh, huh, huh, huh, huh, huh, huh, huh !

Le ciel était encore légèrement éclairé, mais le soleil avait plongé sous la ligne d’horizon à l’ouest, et le crépuscule régnait en maître. Bien qu’il ne pouvait pas discerner leurs silhouettes, leurs voix lui indiquaient que les guorellas étaient en train de fondre sur eux de toutes les directions.

Non, ce n’était pas ça. Ce n’était pas de toutes les directions.

Setora descendit de l’épaule d’Enba. Se rapprochant du sol, elle tendit une main vers Kiichi. Le nyaa laissa échapper un rapide « Nya », puis il courut vers Setora. Setora prit Kiichi dans ses bras et le serra tendrement contre elle. Elle regarda ensuite Haruhiro et les autres.

—Vous êtes tous prêts ?

Kuzaku prit une profonde inspiration et dit :

—…C’parti !

—Meow ! Yume fit une sorte de mouvement ressemblant à un salut militaire.

Shihoru hocha silencieusement la tête.

Merry lança un court « Oui », avant de regarder Haruhiro et de lui adresser un sourire discret.

—Houh !

—Huh !

—Hauh !

—Huh ! Hoh-hoh !

—Heh, huh, huh, hoh, huh, huh, huh !

—Hauh, hah, hah, hah, hah, hah, hah, hah, hah !

Proches.

Ils étaient clairement proches d’eux désormais.

Haruhiro et les autres s’avancèrent vers l’endroit où Setora et Enba se tenaient. Passant leur visage par-dessus le bord, un doux frisson leur parcourut l’échine.

C’est vraiment haut…

Pensant qu’il ne vaudrait mieux ne pas exposer son opinion à haute voix, Haruhiro garda ses mots dans sa tête.

C’était un cul-de-sac. S’ils faisaient un pas de plus, il n’y aurait rien pour supporter leur pied. Devant eux se tenait une falaise si abrupte qu’ils ne pouvaient pas la dévaler. Il n’y avait pas seulement une dizaine de mètres. Il y en avait facilement plus de vingt. Des dizaines de mètres. Mais moins de cinquante. Probablement.

Heureusement, il n’y avait pas de terre en bas, mais une rivière. Si ça n’avait pas été le cas, ce plan n’aurait pas fonctionné. Cela va de soi.

Imaginez s’il y avait eu de la terre bien solide en bas. S’ils tombaient, ils seraient sûrs de mourir sur le coup. Étonnamment, l’idée de se suicider en groupe n’était pas apparue dans leur esprit quand ils avaient pensé à comment ne pas se faire dévorer par les guorellas. Même si c’était une mesure de dernier recours, il y avait une faible lueur d’espoir au bout. Le groupe avait l’intention de survivre.

—Hoh, hoh, hoh, hoh, hoh, hoh, hoh, hoh, hoh !

—Heuh ! Hoh, hoh, hoh, hoh, hoh, hoh, hoh, hoh, hoh, hoh !

—Rappelez-vous, les pieds en premiers, dit Haruhiro aux autres … Tombez les pieds en premiers. Il n’y a que ça…

Avant qu’il ne puisse finir, il sauta. Il avait soudainement trouvé le courage de se lancer, et il l’avait fait sous l’impulsion du moment.

S’était-il raté ? Avait-il tout foutu en l’air ? Avait-il fait l’erreur de sa vie ?

Mais, plutôt que de se pousser les uns après les autres, avec des, Toi d’abord, non, toi vas-y d’abord, si quelqu’un faisait le premier plongeon, peut être que cela rendrait les choses curieusement plus faciles pour les autres.

—Whoaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa ?!

Pas possible, pas possible, possible, pas possible, pensa-t-il frénétiquement. C’est haut, c’est haut, c’est haut, c’est haut. C’est beaucoup plus haut que je ne pensais. Oh, merde. J’ai peur. Mes boyaux. Ils vont s’échapper. À travers ma bouche. Mon cerveau est en mode « Guwahhhhhhhhh ! »

Est-ce que c’est ce que je crois ? Un aller simple vers la mort ?

C’est pas mal long aussi. Je ne tombe pas de centaines mètres, donc je me suis dit que ça allait se finir rapidement, et que tout irait bien, vous voyez ?

Je suis un peu en train de me demander, pourquoi c’est pas comme ça ? Et les autres ?

Est-ce qu’ils m’ont suivi ? Est-ce qu’ils ont pu sauter ? Comment ça se passe ?

Oh, merde. J’arrête pas de me dire que c’est long, mais y’a une rivière maintenant. Ce n’est pas long, ou loin. La rivière, la rivière, la rivière. Elle arrive, elle arrive, elle arrive, elle arrive, elle arrive, elle arrive.

—Les pieds devant ! Cria-t-il.

Pourquoi je cris quelque chose que j’ai déjà dit ? Haruhiro se fatiguait tout seul.

Et puis il y eut un incroyable splash, et l’impact, cela va de soi, était monstrueux.

Grimgar of Fantasy and Ash, Tome 10, Chapitre 2 — illustration

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