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Chapitre 1

Les Coeurs Secrets de la Prière

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~36 min

On doit les avoir semés depuis, continuait de penser Haruhiro.

Était-il naïf ?

En expirant silencieusement avec son nez, il grimaça faiblement.

Son corps n’était pas en mauvaise forme. Il n’avait mal nulle part en particulier, et il se sentait agréablement détendu. Il avait faim, mais sans pour autant être affamé. Son problème était du côté psychologique.

C’était dur de courir dans tous les sens. Mais au final, il allait enfin se débarrasser de ses poursuivants. Mais à chaque fois qu’il ressentait ce sentiment de soulagement…

—U-oh, u-oh, u-oh, u-oh, u-oh…

Il entendait ces voix. On aurait dit qu’il était encore en train de se faire poursuivre. C’était plus que de la simple persistance. Son poursuivant avait un degré de ténacité anormalement élevé.

Il était peut-être à cinquante mètres derrière. Non, plus proche que ça. Il voulait jeter un coup d’œil derrière l’arbre auquel il était adossé et le voir de ses propres yeux.

Mais je ne le ferai pas, d’accord ?

Le sens de l’odorat de la chose était apparemment plus développé que chez les humains, mais pas pour autant aussi développé qu’un ours. Il n’avait pas l’ouï d’un chien ou d’un chat non plus, et sa vision ne devait pas être bien meilleure que celle d’un humain. Et pourtant, ces choses étaient capables de détecter la présence d’un être vivant qu’un humain ne pourrait percevoir. Peut-être que ce n’était pas qu’ils étaient particulièrement doués, mais que les humains étaient juste nuls.

Ils sont supérieurs à nous.

Avec cette pensée fermement ancrée dans son esprit, Haruhiro allait devoir agir avec prudence, petit à petit, et avec une couche de prudence en plus de la prudence de mise.

En ne bougeant que sa tête et ses yeux, il regarda autour de lui.

Vert.

Vert.

Vert.

Vert, vert, vert, vert, vert, vert, vert, vert, vert, vert.

Il y avait aussi d’autres couleurs, mais il y avait des feuilles vertes, de l’herbe verte, des lianes vertes, et de la mousse verte partout, donc qu’on aurait dit que la seule peinture utilisée ici était du vert.

Ils se trouvaient au sud-ouest des montagnes de Kuaron. Les wyvernes vivaient au nord, donc il était parti du fait que cet endroit était relativement sans danger. Il n’avait pas vu de wyverne les survoler, donc il n’avait probablement pas à s’en faire. Le flanc de la montagne était couvert de forêt, et pas qu’un peu. La pente était parfois impraticable, tandis que parfois elle était douce, et il y avait les branches des arbres qui couvraient les rayons de soleil, ce qui rendait certains endroits assez sinistres. Il n’y avait pas beaucoup de lumière qui arrivait jusqu’au sol, ce qui rendait les choses plus simples.

Quand il y repensait, les endroits autour d’Alterna et du Trou-Ô-Merveilles pouvaient devenir insupportablement chauds ou froids selon les saisons, mais ils n’étaient jamais restés là-bas bien longtemps. À cause de ça, il n’avait jamais pensé aux saisons. En plus, comme ils étaient restés en Darunggar pendant près de deux cents jours, Grimgar était actuellement en plein milieu du mois de juillet, d’après lui, même si ce n’était pas vraiment ce qu’il ressentait.

C’était l’été. Alors même qu’il restait silencieux, il pouvait sentir la sueur perlait sur sa peau. Mais comme il était à l’ombre, ce n’était pas aussi terrible que cela aurait pu être. Cela dit, il faisait quand même assez humide.

—U-oh, u-oh, u-oh, u-oh…

Ses poursuivants hululèrent à nouveau. Est-ce que ce hululement caractéristique, qui était produit par une vibration de la poitrine et de la gorge, était fait pour transférer une information au reste du groupe ? Ou était-ce pour jauger la réaction de leur cible, Haruhiro ? Quoi qu’il en soit, les cris étaient un peu plus proches que d’habitude cette fois. La chose était en train de se rapprocher de lui.

Où étaient-ils tous ? Se pourrait-il qu’ils soient juste à côté de lui ? Ses propres camarades devaient être à environ vingt-cinq mètres d’ici, en train de se cacher, soit dans un trou dans le sol ou derrière des buissons.

Il devait avoir des yeux effroyablement endormis. Il n’était pas fatigué, bien entendu. Pas le moins du monde.

Devrait-il faire demi-tour et rejoindre ses camarades ? Il était assez confiant dans son Camouflage, mais que se passerait-il si ses poursuivants le détectaient ? Il voulait prendre le moins de risque possible, mais s’ils continuaient à se rapprocher de lui comme ça, il allait se faire découvrir tôt ou tard. Il ne pouvait pas s’en charger seul, alors il allait avoir besoin de l’assistance de ses camarades, quoi qu’il arrive.

Il eut du mal à se décider pendant une seconde, peut être deux. Une fois qu’il eut pris sa décision et qu’il utilisa Camouflage, il commença à entendre des bruits de pas et quelque chose qui entrait violemment en collision avec les arbres et qui les déracinait.

—Ho, ho, ho, ho, ho ! hurla son poursuivant.

Il était en train de courir. De courir vers lui. S’était-il fait repérer ? Ce n’était pas le moment de se la couler douce et d’utiliser Camouflage.

Cours. Cours. Cours, cours, cours !

Mais il se trouvait dans une forêt dense dans les montagnes. Le sol était jonché de racines d’arbres, de rochers qui dépassaient tels des boutons, et de mousse qui couvrait les deux précédemment citées, ce qui les rendait glissants.

Ses poursuivants se déplaçaient à quatre pattes, avec leurs mains sur le sol. Ce genre de positionnement leur permettait de ne pas perdre l’équilibre, même sur un terrain accidenté. S’ils avaient été sur un terrain plat, il ne dirait rien, mais là, il était clairement en désavantage. Et pas qu’un peu, de surcroît.

Il allait l’atteindre en un rien de temps. S’il avait le dos tournait vers lui, il allait se faire tuer. Que devait-il faire, alors ?

Se retourner et lui faire face. Appeler ses camarades. Résister à l’assaut de ses poursuivants. Gagner du temps jusqu’à ce que ses camarades le rejoignent. C’était la seule chose à faire.

Quand il s’arrêta, il entendit un puissant et aigu, Funyaaaaaaaaaaow !

—Kiichi ?! cria Haruhiro.

Un nyaa. C’était la voix d’un nyaa. Il se retourna.

On aurait dit que son poursuivant avait été surpris, lui aussi, car il regardait au-dessus de lui sur sa gauche.

Haruhiro ne pensa pas, C’est l’occasion parfaite ! Et pourtant, son attention n’était pas sur lui en ce moment. Au moment où il s’en rendit compte, son corps bougea de sa propre volonté. Dégainant son poignard et son couteau avec une garde, il chargea en direction de son poursuivant.

Il devait faire dans les deux mètres de haut. Il ne se tenait cependant pas droit, donc sa tête devait se trouver à environ un mètre cinquante du sol. Et pourtant, il était énorme. Un singe. On aurait dit un gros singe, même si la surface de son corps était recouverte d’une sorte d’armure d’écailles noires et brunes, comme une sorte d’exosquelette. C’était comme s’il portait une armure.

Les mâles avaient une espèce d’épaisse et longue crinière qui partait de l’arrière de leur tête et se prolongeait dans le dos, et elle devenait rouge quand ceux-ci atteignaient la maturité.

Ces mâles, que l’on appelait dos-rouges, formaient des troupeaux, qui comportaient un certain nombre de femelles ainsi que leurs progénitures, en se mettant au centre de cette société et vivant leurs jours en chassant.

Les Guorellas. C’était comme ça qu’ils s’appelaient.

Les femelles étaient similaires aux mâles, mais son poursuivant était un dos-rouge mâle. Ses bras, sa nuque, ses épaules, son torse, son ventre, ses hanches et ses jambes avaient tous l’air effroyablement dangereux. Même en un seul regard, on pouvait voir qu’il avait beaucoup de muscles. À dire vrai, même une petite femelle pouvait facilement briser la nuque d’un humain. Les dos-rouges étaient puissants. Si puissants que, si Haruhiro se battait à la loyale contre lui, il n’aurait pas la moindre chance de l’emporter.

Bien entendu qu’il avait peur. Mais cela n’avait-il pas été le cas pour tous les autres ennemis qu’il avait rencontrés ? Pour la faire courte, c’était toujours la même chose.

—Je vais le faire ! cria-t-il, se résolvant à se battre et en appelant ses camarades. Et puis il se jeta sur le dos-rouge.

Le dos-rouge se tourna vers lui et cria :

—Du-hoohhh !

Ses bras. Il était en train de l’attaquer avec son bras droit. Si Haruhiro se prenait un coup de ça, il serait à terre en un coup.

Il s’arrêta net, comme il l’avait prévu. Sa main droite passa devant lui, juste devant ses yeux. Sans le temps de prendre une pause, le bras gauche vint à lui. C’était un coup horizontal. Il tendit sa main. Si son bras gauche l’attrapait, c’en était fini de lui. C’était pour ça qu’il devait garder son calme.

Regarde bien. Se dit-il. Esquive. Ne recule pas. C’est ça. Devant et sur la droite. Saute par là-bas.

Effleurant son bras gauche en passant à côté, il alla sur sa gauche. En roulant, il essaya de se placer derrière lui. Le dos-rouge n’allait pas le laisser faire, et il sauta sur place et tourna sur lui-même.

Sans perdre une seconde, Haruhiro changea de direction. Quand il roula en arrière, le dos-rouge fut un petit peu trop lent.

Il attaqua. Ou c’était ce qu’il voulait lui faire croire, et le dos-rouge se raidit.

Mais il vit rapidement que c’était une feinte. Que c’était une menace sans suite. Cette proie n’avait rien d’effrayant.

Sentant cela, il sortit ses canines et il se jeta sur lui.

Maintenant qu’il en était arrivé là, les menaces et les tours de passe-passe n’allaient plus fonctionnaient. Il était en train de se rapprocher de lui. Avec une vitesse époustouflante.

Haruhiro recula. Il pourrait ne pas être en mesure d’esquiver la prochaine.

Mais même si ce n’était qu’un petit peu, il avait réussi à gagner du temps. Cela avait été le but depuis le début.

—Obscur, fonce ! Il entendit la voix de sa camarade.

Il abaissa immédiatement sa posture. Quelque chose vola au-dessus de sa tête. Puis une chose humanoïde, ou plutôt en forme d’étoile, noire, Obscur l’élémentaire, entra en collision avec le dos-rouge.

—Ah ! Fuh !

Tout son corps trembla et sa tête fut projetée en arrière. On aurait dit que ça pourrait suffire à le mettre à terre, mais il tint bon.

Cela dit, il avait tout de même pris des dégâts. C’était le moment.

Haruhiro se tourna. Pas pour s’enfuir. Il devait mettre de la distance entre eux.

—Haruhiro !

Beugla un grand homme. Il portait un heaume qui avait la forme d’une tête de corbeau, il avait un bouclier de métal, et il avait un large katana à une main. Tout en chargeant devant lui, il hurla,

—Ohhhhhhhhhh !

Un grand homme dont le corps était couvert de tissus écarlates et indigo lui emboîta le pas. Était-ce un homme ? Eh bien, il avait sûrement dû l’être à un moment donné, mais il n’était plus un homme désormais. C’était un golem de chaire.

—Kuzaku, Enba, je compte sur vous ! cria Haruhiro.

—Oui m’sieur ! Kuzaku lui donna une réponse enthousiaste, alors qu’Enba resta silencieux.

Les deux passèrent devant lui.

Quand il se retourna, Kuzaku était en train de balancer son katana, et Enba était en train de lancer son long et épais bras gauche sur le dos-rouge.

—Nurrrrrrrrrrrrrraghhhhhhhh ! hurla Kuzaku.

—Nu-hooooooooooooohhhh ! cria le dos-rouge.

Il effectua un combo composé de Force et de Châtiment. Le dos-rouge recula. Enba avait l’air de vouloir se placer derrière lui. Ils étaient en train de le faire reculer. Non. Il était encore trop tôt pour penser ça.

Le dos-rouge avait son dos appuyé contre un arbre – ou c’est ce qu’on aurait dit, mais tout à coup il sauta. Vers l’arrière. Ensuite, donnant un coup de pied à l’arbre, il se jeta sur Kuzaku.

—Gah ?!

Kuzaku se défendit in extremis de l’attaque-surprise du dos-rouge. Cependant, il finit par se faire repousser par son coup de pied, bouclier devant lui, et il fut projeté au sol.

Enba essaya de s’interposer pour aider, mais le dos-rouge le balaya avec un coup violent de ses bras. On aurait dit que Kuzaku avait compris qu’il ne pouvait pas s’enfuir. Il essaya de se couvrir la partie supérieure de son corps avec son bouclier.

—Ha ! S’exclama le guorella.

Les guorellas étaient tenaces, et intelligents. Pour éviter une blessure mortelle, Kuzaku avait choisi de se protéger la tête, la nuque, et son torse où se trouvait son cœur. Ce n’était pas une mauvaise idée. C’était le bon choix, mais faire cela rendait sa partie inférieure sans défense. Le dos rouge ne rata pas cette occasion, et il attrapa Kuzaku par la jambe droite et il le jeta de toutes ses forces.

—Kuzaaaakuuuuuu ! cria Haruhiro malgré lui.

Kuzaku s’envola sur cinq mètres avant de se prendre le tronc d’un arbre et de s’effondrer au sol. C’était incroyable que, même après avoir été malmené comme ça, il n’eût pas lâché son katana et son bouclier.

Il va bien, se dit Haruhiro. Je ne sais pas s’il peut se lever, mais du moment qu’il respire encore, on peut s’en sortir.

—Merry, va avec Kuzaku !

—Compris !

—Yume ! cria Haruhiro.

—Meow !

Je n’avais pas besoin de l’appeler, huh, réalisa Haruhiro. Leur chasseresse était déjà en position, les hanches abaissées, ses longues nattes et sa cape s’agitant dans son sillage tandis qu’elle se rapprochait du dos-rouge.

Dans ses mains, elle tenait une épée à tranchant unique. Elle était en train de tenir un katana à deux mains. Ils l’avaient trouvé dans un endroit appelé le mont des Katanas. Les techniques qu’elle connaissait étaient faites pour les machettes, un outil utilisé en général pour couper du bois et passer à travers les branches. Le katana n’était pas une arme de chasseur. Cependant, ses techniques au katana étaient si bonnes qu’on pouvait légitimement se dire que ça n’avait même pas d’importance.

Tout d’abord, elle utilisa Débroussaille comme si elle essayait de découper des plantes, et puis elle enchaîna avec un Coup Croix. Ce combo semblait à dire vrai plus efficace maintenant qu’elle utilisait un katana plutôt qu’à l’époque où elle utilisait une machette ou une épée incurvée.

Quand le dos-rouge sauta sur le côté pour esquiver, Yume fit une roulade avant et elle balança son katana vers le sol.

—Gah !

Rage du Tigre. Intimidé par l’offensive téméraire et osée de Yume, le dos-rouge recula encore plus. C’est là qu’Enba se rapprocha.

Un coup de pied volant. Le dos-rouges prit ce coup de pied sur son flanc gauche et il tituba.

Merry était en train d’aider Kuzaku à se relever. Grâce à Yume et Enba qui gardaient le dos-rouge hors de portée, Merry devait avoir pu être capable de se concentrer sur les soins de Kuzaku sans avoir d’inquiétudes.

Yume laissa échapper un « Hi-yah ! » et Enba attaqua silencieusement le dos rouge. C’est là que ça commença. Pouvaient-ils percer sa peau en forme d’armure ? Celui-ci s’abaissa, prenant une position où il pouvait se protéger la tête avec ses deux bras.

—Ungyah… Le katana de Yume rebondit.

Enba envoya un autre coup de pied volant, mais cette fois le dos-rouge ne haussa même pas un sourcil. Il s’engagea immédiatement dans une contre-attaque. Frappant le sol avec ses deux mains, il utilisa le rebond pour tacler Enba.

Enba ne put esquiver ce coup et fut poussé au sol. Le dos-rouge essaya de se placer au-dessus d’Enba, mais Yume laissa échapper un autre cri étrange et elle déchaîna sur lui une série d’attaques.

Grimgar of Fantasy and Ash, Tome 10, Chapitre 1 — illustration

Ce n’était pas suffisant. Sa peau semblable à une carapace l’avait dévié. Le dos-rouge n’était plus effrayé par le katana de Yume. Si ça continuait, il allait tuer Enba.

Et je ne vais pas le laisser faire.

Haruhiro ne s’était pas roulé les pousses depuis tout ce temps. Il avait rangé son couteau avec la garde, il avait surveillé le combat dans son ensemble, il avait effacé sa présence avec Camouflage, et il était monté sur un arbre. Il n’avait pas pu se placer directement au-dessus du dos-rouge et d’Enba. Mais ça irait quand même. S’il sautait à deux heures de sa position, il pouvait y arriver.

Il sauta. La pointe de son poignard était affûtée. Elle ne pouvait couper qu’à travers peu de choses normalement, mais s’il exerçait assez de force avec le bon angle, elle pouvait même être capable de transpercer une solide pièce d’armure en métal.

Le dos-rouge sembla remarquer Haruhiro. Il essaya de regarder au-dessus de sa tête. C’est à ce moment qu’il frappa.

Haruhiro asséna son poignard sur le sommet de son crâne, légèrement sur la gauche. Il n’avait pas pensé à l’atterrissage, mais il finit par s’accrocher au corps de la bête.

—Nggggggggggggnnnnnnnnnnnnnnnngggggggg !

Le dos-rouge laissa échapper un cri incohérent tandis qu’il se débattait. Il agitait ses deux bras partout autour de lui, martelant au passage Haruhiro. Les impacts étaient puissants, mais il n’allait pas lâcher. Penser qu’il allait lâcher, quelle blague.

Il l’avait ressenti. Le poignard d’Haruhiro n’avait pas seulement percé la peau carapace du dos- rouge, mais aussi son crâne. Il avait même peut- être atteint sa cervelle. S’accrochant avec ses deux mains à son poignard, il y mit toute sa force.

—Gu-aaaaaaahhhh !

Soit le dos-rouge souffrait plus qu’il ne pouvait le supporter, soit il essayait de se débarrasser de Haruhiro, car il commença enfin à se rouler dans tous les sens.

—Haru-kun ! Cria Yume.

—Haru !

Celui-ci ne venait pas de Merry, mais de Shuro Setora. Il n’avait pas le temps de regarder, mais il pouvait entendre les voix de ses camarades.

Pas encore. Il pouvait encore tenir.

Haruhiro enroula solidement ses jambes autour du corps du dos-rouge. Peu importe combien de fois ses cornes poilues le transperçaient, ou que sa tête, ses épaules, son dos, ses hanches se faisaient maltraiter, il allait continuer d’enfoncer son poignard dans sa tête. Il allait faire en sorte que cette chose s’arrête de bouger. Ou au moins, le ralentir. S’il pouvait faire juste ça, ce serait suffisant. Et il voulait le faire en moins de temps que possible.

S’il ne le faisait pas, ils auraient des ennuis.

Les Milles Vallées, qui étaient entourées à l’Est par les montagnes Kuaron, au nord par les montagnes Blancroc, à l’ouest par le Désert de Nehi, et au sud par sud et les Haute-Terres de Nargia et les monts Rinstorm, étaient longs de deux cent cinquante kilomètres du nord au large de quatre cent cinquante kilomètres d’est en ouest.

Il y avait un grand nombre de rivières majeures, ainsi que d’innombrables affluents. Ceux-ci se rencontraient dans cet endroit, s’entrecroisant et créant un complexe de vallées visiblement infinies et de collines qui obstruaient les chemins des voyageurs.

Il y avait une brume qui ne partait jamais dans la zone centrale qui mesurait environ cent kilomètres de diamètre, ce qui rendait la visibilité vraiment faible, comme si la nature elle-même interdisait aux humains d’y pénétrer.

D’après une théorie, il y a fort longtemps, quand les dieux ont livré une bataille si féroce que la jadis lune bleue devint rouge, les terres furent brisées. On dit que cette brume a été invoquée par la malédiction lancée par un des dieux vaincus, réduits à une simple tête décapitée.

Pour trouver le chemin le plus court vers Alterna, ils devaient juste se diriger vers le sud. Une fois qu’ils auraient traversé les Haut-Terres de Nargia ou les monts Rinstorm, qu’ils auraient atteint l’ancien territoire du royaume d’Arabakia, qu’ils auraient traversé les Plaines de Bordo, qui se trouvaient entre les montagnes Kurogane et Dioze, et qu’ils auraient franchi le Gris Marais, ils se trouveraient dans les Plaines Ventvif, et après c’était une promenade de santé.

S’ils continuaient sur trois-cents et des brouettes kilomètres au sud sud-ouest de leur position, ils arriveraient à Alterna. Tout du moins, c’était ce qui était affiché sur la carte que Shuro Setora avait vu il y a longtemps.

Mais il y avait un problème. Et pas qu’un à dire vrai.

Tout d’abord, c’était un long voyage. Trop long.

Mais encore une fois, si on va devoir se farcir un voyage de huit-cents kilomètres par le chemin le plus court, se plaindre ne va pas arranger les choses. La distance est ce qu’elle est. On va juste devoir l’accepter.

Mais si ce n’était que la distance. Un autre problème était que l’ancien territoire d’Arabakia, de l’autre côté des Haut-Terres de Nargia, avait été divisé entre ceux qui tenaient le pouvoir durant l’Alliance des Rois du Roi Mort-Vivant, et il y avait de nombreuses forteresses et cités dans cet endroit.

Les Milles Vallées étaient peut-être hostiles aux humains, mais c’était un rêve à côté de là-bas. Les orcs, en particulier, captureraient les humains à vue et les tueraient, sans aucune forme de courtoisie. Pour Haruhiro et son groupe, qui ne connaissait rien à ces terres, ce serait comme se suicider que de fouler ce territoire en avançant au jour le jour.

Ils pouvaient toujours éviter les basses-terres et passer à travers les montagnes, là où les orcs ne vivaient pas, mais les montagnes n’allaient pas aussi loin dans le sud, et cela allait sans dire que les randonnées en montagnes comportaient leur lot de danger.

La route la plus courte devait être éliminée de la liste des possibilités. S’ils devaient se dépêcher, ils allaient devoir faire un détour. Même si c’était plus long, ils allaient choisir la route la plus sûre possible.

Les montagnes Blancroc au nord n’étaient pas juste une énorme chaîne de montagnes. Ces montagnes, recouvertes d’un manteau de neige argentée qui ne fondait jamais, abritaient la capitale de l’ancien Royaume d’Ishmal. Ce royaume, ainsi que les forteresses et cités alentours, formaient ce qu’on appelait communément le District mort-vivant- La place forte principale des Morts-Vivants.

Soma et son groupe avaient apparemment pour but d’envahir le District mort-vivant à un moment donné, mais cela voulait dire que si Haruhiro et son groupe essayaient de s’approcher de cet endroit, ils n’allaient pas en ressortir qu’avec quelques rhumes. Ce n’était pas dans la bonne direction de toute façon, donc ils n’allaient pas aller au nord.

Le Désert de Nehi avait été à la base le territoire du Royaume de Nananka. On disait qu’il n’y avait que des roches et du sable à perte de vue, mais il y avait aussi des oasis ici et là. La plupart des oasis avaient une ville autour, et les orcs et d’autres races qui s’étaient ralliées au Roi Mort-Vivant les habitaient. On parlait aussi d’une tribu d’humains, les Zafah, qui auraient vécu dans le désert depuis des centaines d’années, et qui existeraient toujours.

Pour Haruhiro et les autres qui ne connaissaient pas le désert, ce serait trop imprudent d’y aller. Donc l’ouest était hors-jeu, lui aussi.

L’Est était donc la seule option.

Au début, il avait considéré de faire un détour par le nord-est pour passer autour des montagnes Kuaron. Cependant, cela les aurait apparemment menés dans le Royaume d’Ishmal, et cet endroit grouillait de Mort-Vivant. Pour en rajouter encore un peu, des wyvernes vivaient au nord des montagnes Kuaron.

Les wyvernes ne mangeaient vraisemblablement pas de morts-vivants, mais Haruhiro et son groupe leur offriraient un bon repas. Il avait entendu que, il y a longtemps, au Royaume d’Ishmal, ils avaient des techniques leur permettant de rendre les wyvernes inoffensives et ils pouvaient même les dompter, ou quelque chose comme ça. Mais d’après Setora, ce savoir avait été perdu durant la chute d’Ishmal.

Quoi qu’il en soit, ils venaient tout juste de finir un dur combat contre l’une de ces bêtes. Il n’avait en aucun cas envie d’en revoir une de sitôt.

Et donc ils en ont discuté, Bon alors, où est-ce qu’on devrait aller ? Et Kuro des Typhons Rocks apparut et emmena Tsuga, le prêtre avec les cheveux rasés.

—Hé, Tsuga le Bonze, on décolle.

—Oh, ça marche, dit Tsuga. Bien, alors à une prochaine fois.

Ce fut l’entièreté de leur séparation bien trop rapide, et ils étaient tellement abasourdis qu’ils avaient oublié de demander à Kuro, qui semblait être en possession de quelques connaissances en matière de géographie, des conseils. Ça faisait mal.

Désormais, la position des Rocks était une inconnue totale, et ils ne savaient pas plus ce qu’ils faisaient. Si possible, Haruhiro aurait aimé partir avec eux. Ils étaient censés être des membres des Briseurs du Levant, comme eux. C’était beaucoup trop froid de leur part.

Cela dit, même s’ils avaient été ensemble, il avait la sensation que cela aurait apporté son lot de problème aussi.

Cela étant le cas, en priant pour que la brume se dissipe, Haruhiro et les autres avaient fait voile vers l’Est.

Peu de temps après, une délégation de Jumbo des Forgan se rapprocha d’eux, et ils se mirent à courir par ici et par là-bas, sans vraiment savoir quoi faire.

Ils avaient couru jusqu’à une grande rivière, mais ils ne purent la traverser. Ils se cachèrent dans une grotte à la base d’une vallée pour semer leurs poursuivants. Ils se firent attaquer par des bêtes inconnues. Ils attrapèrent de mystérieuses maladies…

Pour ne rien vous cacher, beaucoup de choses s’étaient passées.

Au final, cela lui semblait un miracle qu’ils n’aient pas encore croisé le fer avec leurs poursuivants. Kuzaku et Yume avaient perdu leurs armes, donc cela aidait qu’ils aient pu s’en sortit sans prendre part à un combat. S’ils ne s’étaient pas trouvés dans les Milles Vallées, avec cette brume épaisse et ce terrain désastreux, ça n’aurait pas aussi bien fonctionné.

En échange, il y avait des fois où même Setora se perdait, et donc ils ne pouvaient pas vraiment se rendre dans la direction qu’ils souhaitaient. Même si la distance en ligne droite qu’ils voulaient parcourir était seulement d’environ cinq kilomètres, ils devaient marcher deux à trois fois plus pour arriver à destination. Ce genre de chose était presque devenu une habitude.

Cela dit, même s’ils se décidaient sur une destination, il n’y avait aucune garantie qui leur assurait qu’ils y arriveraient. Ils s’étaient mis en tête d’aller à l’est, mais il se pourrait qu’ils ne puissent pas y aller. Les Milles Vallées étaient une terre indomptée.

Ils s’étaient séparés de Tsuga et Kuro le 15 Juin. Au tout début du mois de juillet, Haruhiro et les autres avaient atteint un endroit qui s’appelait apparemment le Mont des Katanas. D’après Setora, cet endroit se trouvait au sud du village caché, et pas à plus de cinquante kilomètres.

Cela signifiait que, après seize jours, ils n’avaient parcouru qu’un timide cinquante kilomètres. Qui plus est, ils avaient voulu aller à l’est, mais ils étaient au sud…

Ils ne s’y étaient pas attardés cela dit. Le mont des Katanas était un ancien champ de bataille rempli de corps et de pièces d’équipements éparpillaient sur un plateau d’environ trente kilomètres carrés. Ces personnes étaient mortes avant que la malédiction du Roi Mort-Vivant ne touche la frontière, donc ils n’allaient pas commencer à bouger.

Que ce soit leurs corps, ou bien leurs armures et leurs armes, la grande majorité de ce qui se trouvait là-bas était rouillée.

Les habitants du village caché ne s’aventuraient pas dans cet endroit, mais Haruhiro et le groupe s’étaient dit qu’ils pourraient trouver des armes utilisables qu’ils pourraient emporter. De surcroît, s’ils se rendaient au Mont des Katanas, cela leur permettrait de partir bien plus facilement soit vers l’est, l’ouest ou le sud.

Cet endroit était loin d’être accueillant. Les os empilés les uns sur les autres s’étendaient à perte de vue. Et les épées, les lances et autres instruments de mort étaient plantés ici et là comme des pierres tombales pour les guerriers tombés. La brume s’était désépaissie, et une brise humide soufflait.

Est-ce que quelque chose vient de bouger là-bas ? pensa Haruhiro avant de plisser des yeux, mais c’était juste un crâne enfoncé au bout d’une pique.

C’était impossible de marcher sans écraser d’os.

Que ce soit des katanas à tranchant unique, des épées à double tranchant, des lances, des haches, des boucliers ou des armures, ils pouvaient tout trouver ici. Cependant, tout était grièvement rouillé et décrépi, et plus d’un objet s’effondrer au simple contact de leur main.

Ils ne savaient pas si c’était à cause de leur qualité, d’une pure coïncidence, ou à cause d’autre chose, mais en de très rares occasions, il y avait des pièces d’équipements qui étaient seulement poussiéreuses et qui ne s’étaient pas dégradées. Si les katanas, qui étaient en nombre écrasant, étaient l’arme de base qui avait été utilisée ici, alors un sur cent… non, un sur quelques centaines pourrait être en état satisfaisant.

Vagabondant sur le Mont des Katanas, Haruhiro et le groupe trouvèrent un grand et solide katana, un épais et quelque peu court katana, et un large et lourd bouclier. Ou plutôt, ils les avaient déterrés des montagnes d’ossements.

Naturellement, ils avaient besoin d’être affûtés et réparés. C’était quelque peu ennuyant, mais pouvoir faire revenir Kuzaku et Yume dans un état qui leur permettaient de se battre, ce n’était pas rien.

Ils ne s’étaient pas attendus à perdre quelque chose en échange. Même Setora avait semblé ne pas avoir prédit cela, donc ils ne pouvaient rien y faire.

Quelque part, au loin, ils entendirent un hurlement.

Gyahh !

C’était un nyaa. Ils le surent instantanément.

Setora avait élevé des centaines de nyaa au village. De ceux-là, elle en avait déployé environ quatre-vingts dans le conflit contre Forgan, en n’en sacrifiant une dizaine et en n’en perdant une autre dizaine durant leur fuite après la bataille. Et pourtant, il devait rester environ plus d’une cinquantaine de nyaas éparpillés à travers la zone, servant d’yeux et d’oreilles pour Setora.

Le nyaa gris qui s’appelait Kiichi était pratiquement le seul à faire des apparitions fréquentes devant Haruhiro et les autres, et ils ne savaient jamais si les autres nyaas étaient là ou pas.

Une fois de temps en temps, un nyaa se mettait à crier, et Setora hochait la tête en conséquence. Quand cela arrivait, Haruhiro pensait :

Oh, ils sont vraiment là.

Même si elle ne nourrissait pas les nyaas, ils chassaient et rassemblaient leur propre nourriture eux-mêmes, et ils continuaient de servir leur maîtresse. Ils avaient été entraînés pour être plus loyaux que des chiens, mais avec un profond sentiment d’indépendance, et ils étaient mignons aussi.

Sur leur chemin jusqu’au mont des Katanas, les nyaas leur avaient trouvé de la nourriture. Il n’était pas exagéré de dire que les nyaas étaient la ligne de vie du groupe. Sans les nyaas, ils auraient rapidement manqué de vivre.

Ces nyaas étaient en danger. Naturellement, cela voulait dire qu’Haruhiro et les autres l’étaient eux aussi.

Quand Setora claquait de la langue, la voix sur-aigu d’un nyaa revenait à travers la brume.

Tch , tch, tch !

Avec un échange rapide, Setora semblait comprendre quelque chose.

—Nous partons d’ici, Haru. Vite. Je vais faire disperser les nyaas pour qu’ils puissent s’enfuir. Pour le moment, nous ne pourrons plus compter sur leur aide. Maintenant !

—Ok. Haruhiro acquiesça, et Setora laissa échapper un son aigu et fricatif.

Shh, shh, shh !

Elle devait avoir donné les ordres aux nyaas. On aurait dit que quelque chose inattendue venait de se produire. D’après l’attitude de Setora, il comprenait que c’était raisonnablement sérieux.

Mais en regardant en arrière, il devait admettre que cette pensée avait été naïve.

Haruhiro et les autres quittèrent immédiatement le mont des Katanas et ils partirent vers l’est.

Ils faisaient en sorte de minimiser leurs pertes en agissant rapidement, donc ils s’étaient dit qu’ils finiraient par s’en sortir. Ou du moins c’est ce qu’il avait pensé à cette époque. Quelle imbécile.


Enfin, il finit par s’arrêter de bouger.

Bien évidemment qu’il s’était arrêté. Il ne respirait plus. Il était très certainement mort. Haruhiro était accroché au dos du dos-rouge déchu. Son poignard était toujours enfoncé sur le sommet de son crâne.

Il était incroyablement lourd. La moitié… non, les deux tiers de son corps étaient retenus par son cadavre. En plus de ça, ses cornes poilues étaient plantées en lui, et cela lui faisait affreusement mal, ce n’était vraiment pas drôle.

En parlant de douleur, il avait mal partout, à un tel point qu’il se disait qu’il y avait plus d’endroits qui lui faisaient mal que l’inverse. Il s’était vraiment fait maltraiter après tout. Il s’était aussi fait écraser contre le sol et les arbres. Il était aussi en train de saigner. Il devait avoir un ou deux os brisés.

—Une seconde, murmura-t-il.

Je suis surpris d’être encore en vie.

Il se rapprocha presque d’un sentiment de soulagement, mais…

Non, non, non, attendez, attendez, attendez, pas encore, pas encore, pas encore, se rappela-t-il à l’ordre.

Le dos-rouge. Est-ce que cette chose était vraiment morte ? Avec sa main toujours accrochée à la poignée de son poignard, il sentait sa nuque. Il était en train de chercher pour un pouls, mais il ne savait pas vraiment s’il le faisait bien. Ou plutôt, il ne savait pas du tout comment faire. Pour commencer, pouvait-il prendre le pouls d’un guorella comme il le ferait avec un humain ? Il y avait aussi cette peau écailleuse. Il avait le sentiment que c’était impossible. Tout son corps s’était détendu, certainement. Il était affreusement lourd aussi. Qu’il soit en vie ou pas, il devait peser plus lourd qu’un humain, donc il ne pouvait pas se baser sur son poids.

Oh, bien sûr. Bien entendu qu’il était lourd.

Il est lourd. J’arrive pas à respirer. Ça fait mal. Oh, non…

—Haru ! cria Merry. Tout le monde, venez l’aider !

Son sauveur était arrivé. Avec un grognement, Kuzaku leva le dos-rouge, et dans la petite ouverture qu’il venait de créer, Yume tira Haruhiro de là.

—Meow !

Merry. Merry était accroupie à côté de lui, avec une expression incroyable sur son visage. Elle avait l’air d’être sur le point de dire, « Oh, s’il te plaît ! », ou « Encore ? »

Elle était en colère, peut-être ? Il voulait se défendre. Il n’avait rien fait de trop dangereux. Il avait pensé qu’il pourrait en finir. Il y avait aussi eu ce besoin urgent d’en finir avec la bête.

…Désolé. Haruhiro s’excusa dans son cœur. Pour le moment, il allait rester assis et ne pas bouger.

Merry fit le signe de l’hexagramme au-dessus de son front.

—Ô Lumière, puisse la divine protection de Lumiaris te protéger. Sacrement !

Shihoru était accrochée à son bâton et elle regardait autours d’elle frénétiquement. Setora était en train de faire faire quelque chose à Enba, et elle n’avait pas l’air très contente. La lumière descendit sur lui. Elle était aveuglante. Haruhiro ferma ses yeux.

Peu de temps après avoir échappé au mont des Katanas par l’est, ils apprirent que c’était des guorellas qui avaient tué le nyaa de Setora.

—Quelle chance de condamné, dit Setora avec un ton déplaisant. De toutes les choses, il fallait que l’on se fasse prendre en chasse par un troupeau de guorellas. Ils peuvent être impitoyablement tenaces.

Ils n’abandonneront pas facilement.

Setora fit s’enfuir tous les autres nyaas, mais pas Kiichi qu’elle gardait près d’elle. Elle dit que Kiichi était le plus intelligent, le plus loyal, le plus attentionné et le plus adroit de tous ses nyaas. Il était aussi reconnu par les autres nyaas.

Une fois qu’ils auraient réglé ce problème, elle enverrait Kiichi chercher les autres nyaas. Mais il leur tomba vite à l’évidence que le problème n’allait pas être réglé.

Le jour après qu’ils eurent quitté le mont des Katanas, ils virent un guorella pour la première fois au loin. Il était petit, donc ils ne pouvaient pas distinguer la moindre corne touffue sur lui, donc cela voulait apparemment dire que c’était une femelle. Elle était en train de regarder dans leur direction. En d’autres termes, ils s’étaient fait repérer.

La femelle hurla, Po,po, po, po, po, po, faisant ce bruit occlusif. Sans même connaître le comportement des guorellas, il n’était pas difficile de deviner que c’était un signal d’avertissement, ou un rapport.

Si une certaine ordure stupide avait été dans les parages, il aurait sûrement proposé de s’en débarrasser le plus vite possible. Cependant, ce type n’était plus leur camarade, et d’après Setora, les troupeaux de guorellas se composaient d’environ vingt membres. Il n’y avait qu’un seul de ces terrifiants dos-rouges par troupeau, mais les femelles demeuraient tout de même plus fortes qu’un humain, et les jeunes mâles étaient malicieux et vicieux.

A chaque fois que les habitants du village caché étaient amenés à devoir se débarrasser d’un troupeau de guorellas, le groupe formé consistait en une dizaine de guerriers samurais d’élite, de nécromanciens et d’espions omnitsus afin de mener à bien la tâche.

Haruhiro et son groupe avait rapidement pris la fuite. Ils ne s’arrêtèrent pas de marcher, même après la nuit tombée, et juste avant l’aube, quand ils pensaient être en sécurité et qu’ils pouvaient se reposer, ils se faisaient prendre en embuscade par une bande de jeunes mâles guorellas.

Le temps qu’ils en tuent un, les autres avaient pris la fuite, mais ils devaient garder à l’esprit qu’il devait y avoir d’autres guorellas lancés à leur poursuite. Cela voulait dire que même s’ils se battaient, ils ne pouvaient pas gagner, donc leurs seules options étaient de fuir et de se cacher.

Haruhiro n’avait pas envie de se souvenir des jours qui avaient suivi cet incident.

C’était trop douloureux.

Haruhiro ouvrit les yeux. Merry était en train de le regarder. Non, elle ne le regardait peut-être pas, mais son visage affichait une expression terrifiante.

Je vais très probablement encore me faire passer un savon, pensa-t-il.

Merry avait l’air d’être sur le point de dire quelque chose, alors Haruhiro se prépara à encaisser.

—Si tu as terminé, alors écarte-toi.

Setora écarta Merry de son chemin.

—Ah ! Merry faillit s’écraser au sol.

Comment Setora pouvait-elle faire cela ? Mais bon, il ne pouvait pas s’en plaindre. Même si ce n’était pas à lui qu’elle avait fait ça, Haruhiro était en colère. Merry devait être encore plus énervée.

En dépit de cela, Merry baissa son regard, prit une courte inspiration, et ensuite, pour on ne sait quelle raison, elle dit « Je suis désolée » à Setora à la place.

—Du moment que tu assimiles.

Setora s’accroupit juste devant Haruhiro. Hautainement.

Ouais, c’était ça. Setora avait toujours cette attitude condescendante. Elle se comportait comme s’il lui devait tout, elle avait la langue bien pendue, et avait bien trop peu de compassion, de considération et d’attention pour les autres.

Il allait être sur le point de lui exprimer son point de vue quand Setora l’attrapa avec ses deux mains par l’arrière de la tête.

—Est-ce que tu tout va bien ?

—Ouais. Um. Er… Merry m’a soigné. Toutes mes blessures sont parties.

—Même si tes blessures ont disparu, cela ne veut pas forcément dire que tu es revenu à celui que tu aurais été si tu ne t’étais pas blessé.

Setora pencha sa tête légèrement sur le côté.

Um, elle se rapproche un petit peu trop. Son visage. Il est à moins de quinze centimètres. Douze, treize peut-être. Est-ce que c’est pas un petit peu trop proche ?

S’il détournait les yeux, qui sait ce qu’elle lui ferait. Est-ce qu’il faisait bien, de la regarder les yeux dans les yeux en étant aussi proche ? N’était-ce pas quelque peu, non, carrément embarrassant ?

Dans tous les cas, ses yeux étaient vraiment grands. Les yeux de Setora. Même si c’était un peu tard pour le remarquer. Ils étaient si grands qu’on aurait dit qu’ils pouvaient tomber de sa tête, et elle avait des cernes en dessous d’eux. Était-ce à cause de la fatigue ? Il avait la sensation qu’ils avaient été là depuis le début.

Huh ? Elle ne ressemblerait pas à quelqu’un ?

Qui cela pouvait être ?

—Haru, ses lèvres insolentes s’animèrent, appelant le nom de Haruhiro.

Il ne lui avait pas spécifiquement demandé, mais Setora devait avoir le même âge qu’Haruhiro, à peu de chose près, peut être un petit peu plus jeune. Mais depuis leur première rencontre, elle avait pris l’habitude de se comporter comme si elle était la plus âgée. Setora était comme ça avec tout le monde. Cette attitude autoritaire était comme innée.

—…Qu-Quoi ?

—Tu es mon amoureux.

Merry toussa.

Haruhiro eut une très forte envie de se tourner vers elle, mais il y avait le risque que cela déplaise à Setora, alors il se ravisa immédiatement. Non, mais attendez ! Il n’était pas son amoureux ; il ne faisait que jouer ce rôle jusqu’à ce que Setora en ait marre de lui.

Il lui était redevable. Il avait emprunté sa force. Elle l’avait aidé. Il avait été conclu qu’Haruhiro la laisserait lui retirer son œil gauche pour le prendre. Il avait accepté ça, et il n’avait aussi nul autre choix que de jouer le rôle de son amoureux.

Si Setora lui demandait, Tu es mon amoureux, oui ? Haruhiro n’aurait d’autre choix que de répondre, Oui, tu as exactement raison. Cela dit, pour ce qui était de s’il était réellement son amoureux ou pas, la réponse était catégoriquement non.

Ce n’était qu’une couverture, comme un jeu d’enfant. Est-ce que Setora comprenait cette partie-là ? Elle devait évidemment le comprendre.

Tu te comporteras comme mon amoureux.

C’était ce qu’elle avait demandé à Haruhiro. Ils s’étaient à peine rencontrés à cet instant, donc cela aurait été incroyablement improbable, mais si elle avait ressenti quelque chose de plus puissant que de la simple curiosité envers Haruhiro, quelque chose qui pourrait se rapprocher de sentiments affectueux, alors les mots Sois mon amoureux auraient étaient suffisant.

En d’autres termes, elle ne faisait que s’amuser avec lui.

—Haru, dit Setora. Je suis inquiète pour toi.

Même si elle venait de lui dire ça avec un visage impassible, il avait du mal à lui répondre.

—… Me- Me… Merci… ?

Quand il arriva à plus ou moins sortir une réponse, Setora pouffa et ébouriffa ses cheveux avec ses mains.

—Tu es vraiment un homme bizarre, tu le sais ça ? Mais c’est aussi ce que j’aime chez toi.

—Je…Je vois…

—Oui. Je ne supporterais pas de te voir mourir dans mes bras.

À cet instant, il eut une forte envie de la taquiner. Oh, sérieux. De quoi tu parles, Setora-san. Ah là là, voulait-il dire. S’il le disait, elle allait probablement le frapper. Alors il n’allait pas le dire, et il ne pouvait pas le dire.

—…Nan, je veux pas, uh, mourir, ou quoi que ce soit, d’autre… tu sais ?

—Tu fais confiance à tes camarades, et tu as fait ça en connaissant tes chances de l’emporter, dit Setora. C’est ce que tu voulais dire, oui ?

—Eh bien, ouais…

—Mais, à mes yeux, on aurait dit un pari dangereux entre toi et la mort. Tu as bien trop peu d’estime pour toi. C’est pour ça que tu peux te mettre au second plan aussi facilement. C’est ta force, mais aussi ta faiblesse. Tu le comprends ?

Il le comprenait plus que bien, pour ne rien vous cacher. Shihoru et Merry le lui avaient déjà fait remarquer. Et pourtant, il n’avait jamais pensé que Setora, elle parmi tous les autres, porterait autant d’attention vers lui.

Honnêtement, c’était inattendu. Inattendu qu’elle montre autant de gentillesse, et qu’elle pense à ce qui serait le mieux pour Haruhiro.

—Si tu venais à mourir… Setora se tourna vers Merry, Shihoru, Yume et Kuzaku. … qu’adviendrait-il de ce groupe ? Ils pourraient se rendre quelque peu utiles ou exceller à une chose en particulier, mais ils sont un groupe fondamentalement bancal. Ils ne peuvent pas s’en sortir sans toi.

—Eh bien, ouais, marmonna Kuzaku. Elle marque un point-là. Je te jure.

—Si Haru-kun n’était pas là, huh… murmura Yume.

—Je ne veux même pas me l’imaginer… appuya Shihoru.

Merry demeurait silencieuse, mais que pensait-elle ?

Setora leva un sourcil d’exaspération.

—Regarde ô combien ils sont pathétiques, dit-elle en soupirant. Ils sont complètement dépendants de toi. Si tu penses à ce qu’il y a de mieux pour eux, tu es la seule personne qui ne peut pas mourir. Si tout le monde devait se sacrifier, tu devrais être le dernier à partir.

—Je ne peux pas faire ça, répondit-il immédiatement, sans vraiment le vouloir. Entre mourir moi-même et laisser les autres mourir à ma place, la bonne chose à faire et de rester en vie et, en tant que leader, faire en sorte que personne ne meurt. C’est ce que tu es en train d’essayer de me dire. Je me le suis déjà imaginé dans ma tête, mais quand je me retrouverai dans ce genre de situation, je ferai sûrement passer la vie de tous les autres avant la mienne.

—Même si c’est mal ?

—Je veux vraiment prendre les bonnes décisions, autant que cela me soit possible. Cependant, je ne peux vivre qu’en étant moi-même. Je ne peux pas devenir quelqu’un d’autre. Je ne peux pas dire à mes camarades, C’est le genre de gars que je suis, mais je veux quand même que vous croyez en moi, si vous le pouvez. Mais passer pour quelqu’un que je ne suis pas pour qu’ils me croient ? Ça n’a pas l’air un peu injuste dans l’idée ? On se fait confiance les uns envers les autres en nous donnant nos vies, ce qui est plus important que n’importe quoi d’autre. Je ne veux pas mentir à mes camarades. Je ne peux pas.

—Je suis jalouse, dit Setora.

—Huh ?

—Je veux t’emporter avec moi maintenant.

—Plaît-il… ?

C’était une attaque-surprise. Setora rapprocha soudainement Haruhiro vers elle. Heureusement, ou malheureusement, ce fut son front. Setora posa ses lèvres sur le front d’Haruhiro, et il y eut un bruit de succion tandis qu’elle l’embrassait. Ses lèvres étaient froides, mais douces.

Merry toussa à nouveau.

Est-ce qu’elle a attrapé froid ? se demanda Haruhiro. Attends, Setora-san ! Qu’est-ce que tu fais ? Tout le monde regarde, tu sais…

Haruhiro pourrait ne pas être en position de refuser, mais, à la toute fin, il voulait au moins que ces camarades ne regardent pas. Cela dit, lui demander de faire cela quand ils n’étaient que tous les deux seuls, avec personne pour regarder, semblait aussi de mauvais augure. Cela pourrait par exemple mener à des malentendus, peut-être ? Était-ce vraiment un problème ici ?

Quelque part, Kiichi le nyaa miaula.

—Nous ferons le reste plus tard. Setora écarta doucement Haruhiro et elle se releva.

Que voulait-elle dire par, « le reste » ? Il ne voulait pas le savoir, mais si elle allait le forcer à faire « le reste », il n’allait avoir d’autre choix que de se plier à ses ordres – n’est-ce pas ?

Haruhiro se releva et se le demanda tandis qu’il regardait autour de lui. Si les guorellas ne les avaient pas poursuivis, qu’aurait-il pu bien se passer ?

Ils continuèrent de courir et courir, mais les guorellas continuèrent inlassablement de poursuivre Haruhiro et le groupe. Après ne pas avoir ressenti leur présence pendant plusieurs heures, peut-être la moitié d’une journée, alors même qu’il commençait à se sentir soulagé que, enfin, tout allât bien, les guorellas allaient les prendre en embuscade, ou sortir de nulle part et les prendre par surprise.

Ils n’étaient pas seulement têtus. Les femelles étaient relativement prudentes, et lentes à attaquer. Ceux qui n’arrêtaient pas de les attaquer étaient les jeunes mâles, plein de vigueurs. Les femelles appelaient d’abord les autres, et ils n’avaient aperçu de dos-rouges que de rares fois avant celle-ci.

—…Meow ? Yume pencha sa tête sur le côté.

—Pourquoi… ? Murmura Shihoru.

—Huh ? Kuzaku avait son bouclier posait dans son dos, avec seulement son large katana de sortit. Qu’est-ce que c’était ?

Merry posa un doigt sur ses lèvres tandis qu’elle regardait le dos-rouge mort. Le dos-rouge…

—Ah ! Les yeux d’Haruhiro s’écarquillèrent. Mais oui. Le dos-rouge. Celui-là n’était pas le leader du troupeau ?

—Il aurait dû l’être, mais… Setora ne dit plus un mot.

To, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to…

Ce bruit. Il l’avait entendu un bon nombre de fois.

—C’est…des tambours, non ?

Les guorellas tambourinaient sur leurs poitrines avec leurs deux mains, comme s’ils frappaient sur un tambour. C’était un comportement qu’on n’observait que chez les guorellas mâles. On pense qu’ils faisaient ça pour intimider les autres, et quand ce bruit apparaissait entre deux mâles, cela signifiait qu’un combat était sur le point de s’engager. Cependant comme les jeunes mâles du troupeau étaient rappelés à l’ordre par le dos-rouge, ils ne le faisaient pas souvent. Normalement, seul le dos-rouge se frappait la poitrine comme ça.

C’était ce que leur avait dit Setora. Mais le dos-rouge était là, mort.

—Nous attarder comme ça ne nous mènera nulle part. Setora claqua le dos d’Haruhiro, puis elle sauta rapidement sur l’épaule d’Enba. Je te l’ai dit. Ils peuvent être bizarrement tenaces. En avant, Enba.

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