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Chapitre 4

Retour à la maison dans la Forêt-Noire

Traduction · Angeloids, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~51 min

Melty m’avait donné trois conditions à remplir pour que je puisse prendre une semaine de congé avec Sylphy.

D’abord, Sylphy devait terminer plusieurs missions : la gestion de la région sud du Royaume de Merinard et les négociations avec la secte des Nostalgiques. Certaines de ces tâches pouvaient être confiées à Melty et aux autres, il n’y avait donc pas grand-chose à faire.

La deuxième condition, c’était qu’on soit prêts à répondre à toute convocation, si le pire devait arriver. J’aurais aimé passer une semaine ininterrompue avec Sylphy, mais on ne sait jamais quand l’un ou l’autre peut être requis. En cas d’urgence, Melty avait besoin d’un moyen de nous joindre.

Le grand communicateur golem que j’avais fabriqué à Merinesburg réglerait ce problème. Et comme nous avions beaucoup de mithril et de joyaux magiques, il était possible d’en fabriquer un encore plus perfectionné.

Je finis par confier son développement à la R&D. Bien sûr, je proposai en échange du mithril, des pierres précieuses et des joyaux magiques en abondance.

Je jure que je ne les achète pas. Promis.

Ils utiliseraient plusieurs établis d’artisanat simultanément pour fabriquer de grands communicateurs golems. En les installant dans nos bases, on pourrait se contacter en cas d’urgence. Cela dit, c’étaient des machines importantes qu’on ne pouvait pas laisser tomber aux mains de l’ennemi, alors je n’allais pas les placer n’importe où.

Puis vint la dernière condition.

—Alors, tu pars pour un voyage d’une semaine, c’est ça ?

—Oui. Sylphy et moi… ma femme et moi allons roucouler.

—Tu dis donc que tu ne pourras pas me nourrir pendant cette période ?

—Oui, malheureusement. Cela dit, tu n’auras pas de travail pendant mon absence, alors tu peux te détendre.

—Hmm…

D’après Melty, puisque je ne serais pas là pour m’occuper de Grande, il était de mon devoir d’amie de la prévenir. Elle avait tout à fait raison.

—Elle a travaillé sans relâche, alors je veux vraiment lui accorder un peu de répit, expliquai-je.

—Je vois… Ça me semble charmant, dit Grande. Où comptes-tu l’emmener ?

—Je n’ai pas encore décidé, mais…

En vérité, je voulais la ramener chez elle, dans la Forêt Noire, et y passer du temps avec elle, mais même en avançant le plus vite possible, on arriverait à peine à destination avant de devoir faire demi-tour.

—Maintenant que tu en parles, tu avais dit qu’une partie de mes fonctions pourrait consister à vous emmener par les airs dans la Forêt Noire, non ?

—Oui, parce que le village des elfes est là-bas. C’est de là que Sylphy vient à l’origine.

—Dans ce cas, pourquoi ne pas aller dans la Forêt Noire ? dit Grande. Je vous y emmène tous les deux.

—Tu es sûre ? Enfin, ça nous aiderait énormément.

Sylphy pourrait vraiment s’y détendre. Et puis je me disais qu’elle aurait du temps à rattraper avec les anciens et ses amis là-bas. C’était sa maison, après tout.

—J’avais aussi l’intention de faire un saut chez moi, vois-tu, dit Grande. En plus, si on est tous les deux dans le coin, je pourrai continuer à manger des hamburgers et ces trucs moelleux.

—Des crêpes ?

—Oui ! Des crêpes, voilà ! Ça te va ? S’il te plaît ?

—Bien sûr, d’accord.

Pour la remercier de m’avoir donné son sang l’autre jour, j’avais préparé à Grande des crêpes géantes garnies de crème et de confiture de fraises.

Depuis, elle s’était prise de passion pour les crêpes, il était possible qu’elle les aime encore plus que les hamburgers.

—J’en parlerai à Sylphy. Donc, tu dis que tu nous emmèneras par les airs jusqu’à la Forêt Noire, puis que tu nous ramèneras ?

—En effet. Je m’attends à des hamburgers pendant ton séjour, mon ami.

—Je sais, je sais. Ce n’est pas la mer à boire pour moi.

J’étais content de ne pas avoir à m’inquiéter de la laisser seule, vu que j’étais le seul à pouvoir communiquer avec elle. Melty et les autres devaient être soulagés aussi.

Bonne idée, Grande ! Il faut que j’en parle à Sylphy au plus vite.


—La Forêt Noire, hein ? Si Grande vous y emmène, ça m’enlève un poids énorme. On évitera tout… incident fâcheux.

Melty réagit plutôt positivement quand je lui en parlai. Elle s’inquiétait de frictions possibles entre Grande et les citadins. Si mon nouvel ami dragon perdait son sang-froid, ce serait un vrai bain de sang.

J’étais pourtant certain que Grande préférerait creuser sous terre ou s’enfuir dans le ciel. C’était une trouillarde, et en plus, une maligne. Je la voyais bien choisir la fuite plutôt qu’une bêtise du genre blesser des gens et causer des tonnes de dégâts.

—Ça te va, Sylphy ? demandai-je.

—Bien sûr. Ça fait un moment que je ne suis pas rentrée chez moi.

Sylphy sourit paisiblement en parcourant des papiers sur son bureau. Depuis que j’avais demandé ce congé, elle était de très bonne humeur.

En fait, elle souriait et avançait dans son travail plus vite que d’habitude, elle devait avoir hâte que ce moment arrive.

—Oh, et j’ai aussi un petit cadeau pour toi, Melty, ajoutai-je. Tu as un moment, là, maintenant ?

—Euh, moi ? Bien sûr…

—Bien, bien. Tu peux t’asseoir sur le canapé et te détendre pour moi ?

Melty émit un son perplexe, mais s’assit docilement sur le canapé. Je passai derrière elle et commençai à lui caresser la tête.

—K-Kousuke ?

—J’aurais dû te demander la permission avant de te toucher la tête, désolé.

—C’est bon, mais, ummm…

Je sentais quelque chose de dur sous mes doigts. Ce devait être l’emplacement d’une de ses cornes. J’écartai ses cheveux sur le côté, révélant le moignon.

—Kousuke, cette zone est assez sensible et, mm…

—C’est ma faute. Tiens bon.

—O-okay… Mn…

Chaque fois que mes doigts effleuraient le moignon, Melty élevait la voix et tremblait.

Je fais ça à des fins médicales, je le jure.

—Ça risque de te faire un drôle d’effet, mais tiens bon, lui conseillai-je.

Je sortis de mon inventaire un flacon de remède en forme d’éprouvette et versai le liquide ambré scintillant sur son moignon.

—Qu’est-ce que tu entends par « drôle d’effet » ? demanda-t-elle, juste avant de crier.

Un grésillement emplit l’air tandis que le liquide s’infiltrait dans le moignon de Melty. Puis ce fut l’autre côté. Et un autre cri.

La potion de régénération avait été absorbée par le moignon une fois de plus, avec des pétillements et tout le reste.

Comment tout cela fonctionne-t-il ? Quelle est la forme de son crâne ? Je suis très curieux !

—Comment te sens-tu ? lui ai-je demandé.

—Ah… Ah…

Le visage de Melty trembla, rouge vif. Le choc avait dû être plus grand que ce qu’elle avait prévu. J’espérais qu’elle allait bien. En fait, j’espérais que l’utilisation de cette potion sur sa tête n’avait pas endommagé son cerveau. J’aurais probablement dû m’en préoccuper plus tôt.

—H-hé, ça va ? redemandai-je.

Sylphy se leva précipitamment de derrière son bureau et s’approcha, l’inquiétude sur le visage.

D’après Ira, les tests sur les animaux s’étaient bien déroulés. Ça aurait dû…

—Mm… ooow ?!

Soudainement, deux cornes jaillirent des côtés de la tête de Melty.

Attends, c’est comme ça que ça marche ? Sérieux ? Je m’attendais à une croissance plus lente, ou quelque chose du genre. Elles sont vraiment sorties d’un coup ?

Melty haletait comme si elle venait de courir un sprint.

—E-est-ce que c’était censé se passer comme ça ? demanda Sylphy.

—Désolé, mais je n’en ai aucune idée.

Les cornes de Melty avaient repoussé, magnifiques, mais elle, manifestement, ne l’était pas. Elle tremblait, avec sur le visage une expression qu’on pourrait qualifier de… lubrique.

—M-Melty, ça va ?

Survival in Another World with My Mistress!, Tome 4, Chapitre 4 — illustration

—Je suis… Whoa… Mes cornes sont bien trop sensibles… Il suffit de les bouger un peu, ou que l’air les effleure, pour que je…

—Je vois…

Pris d’une envie de la taquiner un peu, je soufflai doucement sur ses cornes, mais…

—IIIIIH ?!

Sa réaction fut intense.

C’est hilarant — enfin, euh, pas bien. Et si elle cherchait à se venger ? Elle est dans cet état pour l’instant, mais elle finira par s’y habituer. Et là, qui sait ce qu’elle me fera… Je commence à me faire peur.

—Euh… Sylphy, tu t’en occupes, hein ? Au Revoir !

—Qu-Quoi ?! Hé, attends ! Kousuke ?!

Je filai hors du bureau pendant que Sylphy paniquait et que Melty me lançait un regard courroucé.

Si je devais m’enfuir, c’était le moment, puisque Melty ne pouvait pas vraiment bouger. Il est généralement impossible de fuir une overlord, alors je devais saisir ma seule chance !

Je vais continuer à courir jusqu’à ce qu’elle se calme. Si je mets de la distance entre nous et que je creuse sous terre, même elle ne devrait pas pouvoir me suivre !


Clank ! Clank !

C’était le bruit de quelqu’un frappant à une porte en acier. À chaque coup, l’épaisse porte se déformait davantage.

Pas question, pas question ! Comment sait-elle que je suis là ?

CLAAANK !

Un poing fracassa la porte en acier.

Pétrifié de peur, je sortis mon couteau en mithril et reculai jusqu’à la paroi.

Oh, merde, je n’ai qu’un mur derrière moi ! Je n’aurais jamais cru qu’elle me trouverait ici, alors je n’ai pas prévu d’autre issue que la porte d’entrée !

Je peux peut-être en creuser une maintenant…

Melty retira son poing et jeta un coup d’œil par le trou, à la manière d’un certain tueur en série de fiction.

—Tu as de la visite, Kousuke, lança-t-elle.

Personne ne peut fuir une overlord. Je payai un lourd tribut pour mes péchés.


—Tu es sûre ?

—Je l’aurai pour moi toute seule pendant une semaine, et demain c’est Ira, puis les harpies. J’en profiterai pour me préparer au voyage de retour. Et puis, je sais que tu es juste timide et mignon.


—Aujourd’hui, c’est mon tour.

—J’ai l’impression de t’avoir entendue dire ça il y a quelques jours.

J’avais joué avec Melty toute la journée de la veille, alors c’était au tour d’Ira. J’allais m’absenter d’Arichburg une semaine avec Sylphy, alors je devais profiter des autres tant que je le pouvais encore.

—Cela dit, on fait quoi ?

—Hm…

—Mais j’imagine qu’on n’est pas obligés de faire quoi que ce soit de spécial.

—Oui. Faisons comme d’habitude.

Nous acquiesçâmes et nous nous assîmes côte à côte sur le canapé pour bavarder. Nous parlâmes surtout de ce que j’avais fait pendant mon absence, de Grande, et de ce qu’Ira et les autres avaient fait pendant ce temps.

Le sujet finit par revenir sur l’époque où j’avais été enlevé.

—Ça a été très difficile d’empêcher Sylphy de filer te chercher elle-même, dit Ira.

—Je l’imagine tout à fait.

Après avoir localisé ma position grâce à la magie de détection d’Ira, Sylphy avait apparemment tenté de se glisser seule dans Merinesburg. Honnêtement, ça aurait pu marcher, mais vu sa position, c’eût été une mauvaise idée.

—Finalement, c’est Melty qui est partie. Elle a coupé ses cornes, rasé la fourrure de ses oreilles, mis un chapeau et une capuche. Elle ne se distinguait pas d’une humaine normale. Les oreilles de Sylphy sont longues, et si quelqu’un regardait mon visage, il verrait que je suis un demi-humain borgne.

—C’est logique… Et merci d’avoir retenu Sylphy.

—Mm, ça a été très difficile.

Ira me ceintura de ses bras sur le côté.

—Ne pars plus, ne disparais plus, d’accord ?

—Oui. Je ferai plus attention.

Parler de mon absence avait dû lui rappeler combien elle s’était sentie triste et seule à l’époque. En retour, je la pris dans mes bras.

Ira est si chaude. Je me demande si sa température corporelle est aussi élevée parce qu’elle est si petite ?

—…J’aime bien ça. C’est agréable. Serre-moi plus fort…

—C’est noté. Mais si je serre plus fort, je risque de te faire mal.

—Fais-le, répondit Ira en me serrant plus fort, et j’en fis autant.

Comme elle ne disait rien de plus, je la tins ainsi quelques minutes. Elle se mit à respirer très fort.

—Tu vois, je t’avais dit que je pourrais te faire mal…

Le visage d’Ira était tout rouge.

—Je vais bien. Encore un peu…

—Tu es sûre ?

Je finis par la serrer fort jusqu’à ce qu’elle soit satisfaite.


—Kousuke !

—Maître !

—Maitre.

—Oui, oui.

Après mon temps avec Ira, je passai les deux jours suivants avec les harpies. Elles étaient plutôt directes pour montrer leur affection. En gros, du peau à peau : beaucoup d’étreintes, de caresses de leurs ailes et de leurs plumes, des chants et des danses pour moi, des plats qu’elles cuisinaient elles-mêmes. Honnêtement, le train de vie classique d’un harem.

—Quand vous me traitez comme ça, je ne peux pas m’empêcher de me demander si je mérite tout cet amour.

—Pour nous, tu es notre sauveur.

—Exactement. Si l’on prête attention à nous aujourd’hui, c’est uniquement grâce à toi, Kousuke.

—En plus, tu es un sacré pourvoyeur… Tiens, ouvre grand.

L’une des harpies me remplit la bouche de fruits frais semblables à du raisin, pendant que je me posais la question. Il est vrai que leur statut s’était amélioré une fois que j’avais mis au point les bombes aériennes des harpies et les communicateurs golems. Leur influence au sein de l’Armée de libération s’était considérablement accrue depuis cette époque.

—En plus, ça a toujours été une grande part de notre culture.

—Ça l’est ?

—Oui ! Nos mères étaient comme ça aussi. La moitié des filles ici sont mes sœurs d’une autre mère.

—Whoa, pour de vrai ?

Quelques filles aux alentours acquiescèrent.

Mince, sérieux ? Mais pas toutes, si ?

—Moi, Ingrid et Aja avons des lignées différentes.

—Mon père est le même que celui de Capri. Aja et Rei sont demi-sœurs, de mères différentes, c’est ça ?

La harpie aux plumes brunes nommée Aja et la harpie aux plumes noires nommée Rei hochèrent la tête à la question de Flamme. Il semblait que les quinze harpies se répartissaient en trois groupes de mères différentes.

—Même si nos pères et nos mères diffèrent, avec Kousuke, nous formons une seule grande famille.

—C’est vrai, c’est vrai !

—Une famille, hein… ?

Je n’avais pas beaucoup de bons souvenirs liés au concept de famille. Sans trop en dire : j’étais fils unique, et le temps que j’atteigne l’âge adulte, mes parents avaient divorcé. Leur relation s’était dégradée et j’avais été élevé entièrement par ma mère. Mon père était parti vivre avec une maîtresse ailleurs… D’ailleurs, vu ma situation actuelle, son sang coule vraiment dans mes veines, hein ?

—Kousuke ?

—Ah, désolé. Ce n’est rien.

Mes sentiments devaient se lire clairement sur mon visage, car Pirna me regardait avec inquiétude. Je lui caressai doucement la tête pour faire diversion.

—Alors on a intérêt à former une grande famille heureuse, hein ? dis-je.

—…Oui !

J’avais vu comment les familles pouvaient mal tourner, mais ça voulait simplement dire que je serais moi-même plus attentif aux pièges.

Le mariage dans ce monde et dans l’ancien était fondamentalement différent. Je m’en tiendrais aux règles et aux traditions d’ici, et je ferais en sorte que tous ceux à qui je tiens soient heureux.

—Alors on a intérêt à agrandir notre famille.

—Oui, oui.

—Pour la prospérité de notre famille !

—D’accord, j’ai compris. Calmez-vous. Je n’ai rien contre tout ça, mais on pourrait y aller un peu plus doucement ? Nourrissons notre amour, remplissons nos cœurs, vous voyez ?

—Ouais ! Tu vas sûrement remplir quelque chose ! Pessa me sauta joyeusement sur la poitrine.

Hé, attendez ! Je ne peux pas m’occuper de vous toutes en même temps !


—J’ai mal partout.

—Ça va, humain ? Veux-tu toucher ma queue ?

Le matin du troisième jour après ma nuit de folie avec les harpies, je me rendis chez Grande pour lui préparer son petit-déjeuner. J’étais touché qu’elle s’inquiète pour moi, mais toucher sa queue terrifiante n’allait pas faire grand-chose pour mon corps et mon âme exsangues. Son inquiétude me suffisait amplement.

—Tes amies devraient vraiment apprendre à te ménager, dit-elle.

Je pense que c’est ce qu’elles font, sans doute. C’est juste qu’il y avait trop de harpies. Melty cherchait à compenser sa timidité, mais Ira était douce avec moi.

En fait, Ira avait tellement pris goût à jouer la grande sœur dans notre relation qu’à chaque fois qu’on s’aimait, elle était toujours comme ça.

—J’ai le moral au beau fixe et tout le monde est très gentil avec moi. C’est juste que mon corps en prend un coup.

—Je vois… As-tu besoin de mon sang ? demanda Grande.

—Ça va aller. Je ne vais pas te blesser pour une raison aussi bête.

—…Oh.

Grande frappa le sol de sa queue tout en mangeant un hamburger. Elle était d’excellente humeur, comme toujours, grâce à la bonne chère.

Mes courbatures se dissiperont un peu une fois que je me serai reposé. Ce n’était pas si grave. Ce n’est pas comme si je ne dormais pas. Au réveil, soit Ira me tenait bien au chaud, soit les harpies m’entouraient en formant un lit de plumes naturel, alors je n’avais vraiment pas à me plaindre.

J’aurais juste aimé que Melty soit un peu moins brutale avec moi. Mais elle était si inexpérimentée et novice qu’elle s’emballait. Je devais m’efforcer de mieux la guider. Sylphy et Ira étaient comme ça au début elles aussi, alors elle finirait par s’habituer.

—Alors, quand est-ce qu’on part ? demanda Grande.

—Demain matin. Après le petit-déjeuner, on s’envole d’ici. On fera quelques arrêts en chemin, d’accord ?

—Pas de problème. Depuis peu, j’aime bien voir de près où vivent les petites gens.

—Ce n’est pas quelque chose que tu peux pas faire trop souvent, hein ?

—En effet. Toutes sortes de sorts, de flèches et de lances s’abattent sur moi. La plupart sont sans effet contre moi, mais il leur arrive de faire mal, alors mieux vaut ne pas trop m’en approcher.

Grande se racla la gorge. Chaque fois que j’étais épuisé, je finissais par bavarder avec elle. C’était ça, la zoothérapie ? Honnêtement, elle était un peu grande pour un animal de compagnie.

—Quoi qu’il en soit, c’est le marché, dis-je. Je compte sur toi demain.

—Compris. Je te revois au dîner. Je me demande ce que je vais chasser aujourd’hui…

Après avoir pris congé de Grande, je me dirigeai vers la R&D. Ces trois derniers jours, nous avions appris à fabriquer un établi à golem, et je voulais terminer avant de partir.


Nous avions presque finalisé la conception de l’établi à golem.

—Voici le tout nouveau réacteur de joyaux magiques.

—Oooh… C’est une boîte.

Ira me montra un cube blanc argenté. À peu près de la taille d’un Rubik’s Cube, et elle pouvait le tenir d’une seule main.

—Oui, dit-elle. Ses entrailles sont incroyables. Il contient des fils magiques en mithril pur et trois gros joyaux magiques. L’extérieur est aussi en mithril. Impossible de mesurer à quel point c’est précieux.

—Je n’en doute pas.

Le gros joyau magique, de la taille d’une balle de ping-pong, était le premier que j’avais mis au point. Un seul suffisait à acheter une nation, et le cube en contenait trois. D’une valeur inouïe.

De plus, son intérieur et son extérieur étaient en mithril pur. Sans doute plus précieux que n’importe quel trésor national de ce monde.

—Ses caractéristiques sont encore plus folles, poursuivit Ira. Il peut produire de l’énergie magique à l’infini.

—Eh bien, c’est troublant.

—Ça l’est. Selon l’usage, il peut anéantir une vaste zone. Une distance qu’on parcourt en quatre jours, et qui ne laisserait que des plaines désolées. Qui sait quel effet une telle explosion pourrait avoir sur ce monde…

—C’est terrifiant.

Une journée de marche, ça représentait environ 30 kilomètres, non ? Donc un peu moins de quatre jours, ça fait dans les 110 kilomètres. Tout rasé. Ça pourrait détruire le monde, non ?

—Soudain, j’ai trop peur de tenir ce truc.

—Je te l’ai déjà donné, alors fait avec.

Ira croisa les bras et recula. D’ailleurs, en regardant bien, tous les membres de la division R&D s’étaient massés dans les coins, boucliers levés.

Ça ne vous protégera pas si ce truc explose, les amis.

—On n’aurait pas pu faire quelque chose d’un peu moins terrifiant ? demandai-je.

—C’est dans la nature d’un alchimiste de tirer le meilleur des meilleurs matériaux disponibles.

—C’est comme ça… ?

Je regardai les chercheurs munis de boucliers et, par l’interstice qui les séparait, je les vis tendre la main pour me saluer. Bizarres.

—Quoi qu’il en soit, tant que je le garde dans mon inventaire, tout devrait bien se passer, dis-je.

—En effet, on compte sur toi.

—Oui, oui.

Je glissai le réacteur magique dans mon inventaire. Rien d’étrange ne se produisit.

J’espérais un peu acquérir des pouvoirs magiques ou quelque chose en l’ajoutant à mon inventaire, mais hélas, raté.

—On va s’en servir comme matériau pour voir si on peut améliorer l’établi amélioré, d’accord ?

—C’est ça, dit Ira. Même si on fabrique un établi à golem de haute qualité, ça ne sert à rien si tu ne peux pas l’utiliser, alors je pense qu’il est plus logique que tu améliores l’établi dont tu te sers.

—J’imagine que c’est logique.

Mais c’est un peu mystérieux, non ? Quand je vivais encore au village des elfes, j’ai pu tirer de la farine de céréales du moulin de Melty. C’était bien, mais l’établi à golem, lui, ne marche pas, hein ? Quelle est la logique là-dedans ?

—Quoi qu’il en soit, je vais essayer.

—Mm. Bonne chance.

Je sortis un établi amélioré de mon inventaire, ouvris le menu, puis cherchai l’onglet Amélioration.

Améliorer l’établi : Générateur d’énergie magique × 1, Bois amélioré par magie × 10, Argile améliorée par magie × 20, Fer magique × 5, Acier magique × 10, Mithril × 20

—Ohh Oui ! m’exclamai-je avec enthousiasme. Je peux le faire !

—C’est bon à entendre, dit Ira avec un sourire.

J’avais l’impression de pouvoir réunir les matériaux nécessaires, ce qui signifiait que je pouvais enfin faire passer mes établis au niveau supérieur.

Il fallait une grande quantité de mithril, mais je pouvais utiliser celui obtenu en testant ma pioche en mithril. J’avais aussi produit une bonne quantité de matériaux améliorés par la magie en fabriquant mon établi d’effusion, donc pas de souci.

—Très bien, place à l’amélioration !

—Mm, c’est excitant.

—Ah, ça va sans doute briller très fort, alors fais attention.

—Je suis protégée, dit Ira avant de rabattre son tricorne sur son visage.

Elle est tellement adorable.

—Faisons ça.

Dès que je sélectionnai l’option d’amélioration, une lumière aveuglante enveloppa la zone. J’eus l’impression d’être frappé par une puissante onde de choc, mais ce n’était peut-être que mon imagination. Aucun équipement du labo de R&D ne semblait touché, mais…

—Eeeh…

Ira était sur le dos, les yeux en tourbillon. Plusieurs chercheurs qui tenaient des boucliers dans les coins s’étaient eux aussi effondrés.

—Qu’est-ce qui ne va pas ? Ça va ?! demandai-je, inquiet.

—Tout va bien. J’ai juste été surprise par la force de l’onde magique.

—« Onde magique » ? répétai-je.

La lumière éclatante des améliorations précédentes n’était pas magique, alors était-ce l’effet du réacteur à joyaux magiques ? C’est la seule explication qui me venait.

—Kousuke, tu devrais vérifier le nouvel établi, dit Ira. C’est plus important.

—Oui, oui, c’est vrai. Tu es sûre que ça va ?

—Tout va bien.

Ira se leva d’elle-même et gagna une chaise. La voir s’asseoir seule était un soulagement. Elle n’avait pas l’air trop ébranlée.

—Voyons voir… Oh, waouh.

Le produit fini était vraiment très mécanique. Comme les parties réellement mobiles étaient des morceaux de golem, leur couleur était identique, mais divers éléments reflétaient la lumière, faits de fer et d’acier magiques. Quant aux pièces coupantes, elles semblaient faites de grandes quantités de mithril.

Par exemple, la lame de coupe, la plate-forme destinée à recevoir les matériaux à modifier et les autres pièces mobiles étaient toutes en mithril très résistant.

Ouvrons le menu d’artisanat…

—Il n’y a pas autant de nouvelles options que je le pensais, déclarai-je.

Je n’avais pas vraiment l’impression qu’il y avait grand-chose de nouveau à faire. Je décidai de fabriquer quelque chose : une pièce mécanique fastidieuse, longue à produire. Le genre qui prend trente secondes par unité sur mon établi habituel.

—…Oooh !

Deux secondes par pièce ! Quel gain de temps ! Je pourrais fabriquer plus vite et en plus grande quantité. Surtout les pièces longues à produire.

—Alors, ça donne quoi ? demanda Ira depuis son siège.

—Plutôt bien. Un vrai bond de productivité. Tant que j’ai les matériaux, je devrais même pouvoir produire des balles en masse.

Le goulot d’étranglement de la fabrication de poudre avait toujours été l’obtention de salpêtre, mais une ville géante comme Arichburg disposait de grandes quantités de terre issue des latrines. Si je réduisais nettement le temps de fabrication des balles, la production de masse ne serait plus un rêve. Je n’y arriverais peut-être pas, mais c’était tout de même chouette.

—Je pourrais avoir plus de liberté côté création d’établis, dis-je à Ira. Bon sang, il y a tellement de choses que je veux essayer ! J’ai hâte. Merci, Ira !

—Mm, je suis contente pour toi, répondit-elle brièvement avec un hochement de tête et un sourire.

En voyant ce sourire, je me dis :

Il va falloir que je lui rende la pareille bientôt. Je devrais lui trouver un cadeau pendant mes vacances avec Sylphy.


Le lendemain matin, Sylphy et moi préparâmes nos bagages pour le voyage et prîmes le petit-déjeuner avec Grande.

—Des cheeseburgers aujourd’hui ? demanda Grande.

—Oui. C’est peut-être un peu lourd pour le matin, mais tu vas brûler des calories en volant, non ? Le fromage sera parfait pour ça.

Grande acquiesça à mon explication et poussa un faible rugissement.

—Je vois…

Pendant ce temps, Sylphy était assise à côté de moi, tandis que je regardais la dragonne en mangeant mon hamburger. L’expression sur son visage quand elle me regardait était difficile à décrire.

—J’ai l’impression qu’elle rugit, alors que vous êtes en train de discuter, dit-elle. C’est bizarre.

—Je sais, hein ? Chaque fois qu’elle rugit, j’entends une voix féminine superposée, et j’imagine qu’elle comprend mes mots tels quels.

—Comme c’est étrange. D’ailleurs, maintenant que tu le dis, tu ne parles pas notre langue non plus.

—Eh oui ! Pour autant que je sache, je parle la langue de mon pays d’origine. Et quand tu parles, je l’entends dans cette langue. Pour Grande, c’est pareil.

—Hm… Je vois. Tu sais, il y a peut-être d’autres races avec qui on pourrait s’entendre si seulement on pouvait se parler, songea Sylphy.

—Avant même que tu poses la question : les gobelins, ça ne marche pas.

—Ah, vraiment ? Je les croyais l’exemple parfait.

—Oui, ça a été un échec total.

Ils sonnaient juste comme de méchants petits gargouillis. Ils avaient l’intelligence d’utiliser armes et équipement de base, alors pourquoi ne pouvait-on pas communiquer ? Étrange. Mais pas au point de me donner envie de pousser la recherche.

—Kousuke, où dois-je t’emmener aujourd’hui ? demanda Grande. Direct vers la Forêt Noire ?

—Non. J’ai d’abord besoin que tu t’arrêtes à la forteresse située à la frontière territoriale avec les Grandes Terres Désolées d’Omitt. On doit y déposer un grand communicateur golem.

—Hm… Je crois voir l’endroit dont tu parles. Celui où il y a beaucoup de soldats humains, près des Terres Désolées, oui ? Je l’ai aperçu en quittant la Forêt Noire.

—Oui, c’est ça. Il y en a trois, mais je veux mettre le communicateur dans celle du centre.

—Ça devrait aller. Qu’est-ce qui vient après ?

—Une fois là-bas terminé, je dois aller à notre base au centre des Terres Désolées. Une fois que j’y aurai installé un communicateur, on filera droit vers la Forêt Noire.

—Compris. C’est quoi, ce ko-mu-ni-ca-teur dont tu parles ?

—C’est un appareil qui permet de parler à des gens très éloignés. Comme si on avait développé par magie les signaux de fumée.

—Oh… Comment ça marche ?

Apparemment, mon explication l’intéressait. Ses yeux brillaient de curiosité. D’ordinaire, Grande n’était pas comme ça.

—Eh bien, je ne connais pas vraiment les détails, mais il utilise la magie pour émettre un code créé par des ondes magiques, et le communicateur golem à l’autre bout traduit ces codes en mots. Tu veux que j’amène quelqu’un qui connaît les détails, la prochaine fois ?

—Hm, je t’en serais très reconnaissante. Si je peux comprendre le code que tu décris, je pourrais peut-être communiquer avec les humains moi-même.

—…Tiens. C’est un bon point. Je pourrais peut-être te fabriquer un traducteur ou quelque chose comme ça.

—Un tra-duc-teur ?

—Un appareil qui traduit automatiquement tes paroles. Ainsi, tes mots de dragon seraient transformés en mots humains, et vice versa.

—Ce serait un appareil bien pratique.

Grande fit claquer sa queue contre le sol, tout excitée. Ce serait une grande avancée si j’arrivais à fabriquer un truc pareil. Un appareil pour parler aux dragons ? Ça, c’est le rêve.

—Kousuke, tu as l’air très proche de cette dragonne, fit remarquer Sylphy.

—Hm ? Oui, je crois. C’est mon amie, après tout. Elle était terrifiante au début, mais une fois habituée à elle, je la trouve plutôt mignonne maintenant.

Même si elle avait l’air terrifiante, ses petits gestes étaient adorables.

Même si son allure était dangereuse, quand je la voyais se prélasser au soleil, se rouler par terre, bâiller ou se servir de ses deux griffes pour manger un hamburger, je ne pouvais m’empêcher de la trouver mignonne. C’était assez étrange.

—Même une espèce capable de terrifier les hommes du monde entier n’est qu’un animal de compagnie pour toi, hein ?

—Hé, ne dis pas ça comme ça. Grande n’est pas mon animal de compagnie. C’est mon amie.

Si Grande se transformait en jeune dragonne, j’aurais l’impression de me retrouver avec une femme de plus. Mais d’après Ira, aucune histoire ne faisait état de dragons capables de se métamorphoser ainsi, et elle ne pensait pas qu’une magie quelconque puisse modifier la taille ou la forme de quelqu’un.

Autrement dit, aucune chance qu’elle devienne une jolie dragonne humanoïde. À moins d’un miracle divin. Ou que je ne fasse une bêtise. Comme mes capacités tenaient quasiment du miracle, il était tout à fait possible que je fabrique par accident un objet qui la transformerait en humaine. Si la magie n’y arrivait pas, un miracle, peut-être.

Au fond, transformer un non-humain en humain tenait à peu près du miracle.

—Mm, délicieux, dit Grande. Alors, on y va ?

—J’ai l’impression que oui. Tu es prête à partir, Sylphy ?

—Oui, je suis prête.

—Ne t’inquiète pas, ce n’est pas du tout effrayant, la rassurai-je. Euh, enfin, l’atterrissage est un peu terrifiant, mais c’est tout.

—Je veillerai à ne pas descendre vite sans prévenir, ajouta Grande avec un hochement de tête.

Sérieux, la descente en vol, c’est terrifiant. L’estomac devient tout bizarre. Tu vois ce que je veux dire, hein ?

—En plus, j’ai fabriqué une selle juste pour l’occasion, ajoutai-je.

J’avais utilisé le cuir que Grande avait obtenu en chassant les wyvernes et demandé à un artisan d’Arichburg de me confectionner une selle d’enfer pour un prix raisonnable. Le pauvre artisan avait l’air au bord de la crise en mesurant Grande, mais l’idée de pouvoir dire qu’il avait fabriqué une selle de dragon en cuir de wyverne était trop belle pour la laisser passer.

Le cuir de wyverne ne suffisait pas pour toute la selle, alors j’avais utilisé d’autres cuirs en réserve. Peut-être qu’un jour je leur en commanderai une entièrement en cuir de wyverne.

—Et voilà, c’est attaché. Grande, ça fait mal ? Tu bouges encore facilement ?

—Ça va très bien, dit-elle.

—Parfait. Sylphy, allons-y.

—D’accord.

Je créai une simple marche avec des blocs de pierre et sautai sur le dos de Grande.

—Prends ma main, Sylphy.

—Oh, merci.

Je lui pris la main et la hissai sur la selle.

Hm… C’est, eh bien…

Il y avait des protubérances semblables à des selles de vélo où s’asseoir, cinq au total.

Il y avait aussi des étriers pour stabiliser la posture et des ceintures de sécurité pour les cinq passagers. Du côté inoccupé, un espace permettait d’arrimer les bagages, équipé lui aussi de ceintures.

En gros, si je parvenais à permettre à d’autres de communiquer avec Grande, on pourrait transporter jusqu’à cinq personnes et une cargaison sans que je sois là. L’engin serait assez solide, mais par précaution, j’enroulai une corde de sécurité autour du corps de Grande et de nous deux. Si ça tournait mal et que Sylphy et moi chutions du ciel, on serait fichus.

On aurait peut-être une chance : Sylphy avait sa magie et moi mes blocs, mais rien de mal à jouer la sécurité.

Tout le monde avait fait ses adieux à notre départ du bureau principal, donc personne n’était là pour nous voir parti, sauf les harpies qui nous observaient depuis les remparts. Il y avait d’autres personnes avec elles aussi, je le vis de loin.

—À plus tard !

—Gardez le fort pour nous !

Sylphy et moi leur fîmes signe, et tout le monde le long du mur répondit de même, agitant mains et ailes.

—Très bien, Grande. Allons-y !

—Mm, ça devrait aller. Accrochez-vous bien, au cas où.

Grande pencha son long cou pour nous observer, puis poussa un puissant rugissement avant de prendre son élan et de déployer ses ailes, s’élançant dans le ciel.

Dès le décollage, je sentis mon corps plaqué vers le bas.On aurait dit que tout s’était déroulé comme prévu.

—Oooh… sursauta Sylphy. C’est donc ça, le paysage vu du dos d’un dragon… C’est incroyable.

—N’est-ce pas ? Honnêtement, je ne me lasse jamais de la vue.

Au début, la vitesse de vol de Grande n’était pas très élevée. D’après elle, elle pouvait accélérer, mais même si sa magie nous protégerait, ce ne serait pas très agreable pour nous.

—Elle est si rapide… On atteindra la forteresse en un rien de temps.

—On n’a pas à suivre des routes sinueuses, quel que soit leur état. Voler est vraiment plus rapide que marcher.

J’avais raison de penser que la vitesse et la capacité de transport de Grande n’auraient pas été exploitées au mieux au combat. L’Armée de libération avait l’avantage des communications grâce à nos communicateurs golems, mais en matière de déplacement et de transport, nous étions à peu près au même niveau que le Saint Empire. Nous avions un net avantage côté armement, et j’avais même quelques tours dans mon sac que je n’avais pas encore sortis au combat.

La prochaine chose sur laquelle je devrais peut-être me concentrer, c’est le transport ? Tu sais, développer des vélos, des voitures ou d’autres véhicules à haute mobilité. Ce genre de chose pourrait vraiment renforcer notre position.

Cela dit, inutile de renforcer notre armée pour l’instant. Nous étions techniquement en plein cessez-le-feu. Et je n’étais pas vraiment utile à la table des négociations : un ancien employé de bureau qui aimait les jeux, pas un fin connaisseur de l’histoire ou des tactiques de combat.

Ceci dit, le transport à haute mobilité n’était pas qu’une affaire militaire. Il pouvait aussi avoir un effet considérable sur l’économie. Si la circulation des marchandises s’améliorait, il y aurait plus d’échanges, plus d’argent qui change de mains, et l’économie tournerait à plein régime. J’imagine qu’il faudrait en discuter avec les marchands qui se déplacent à cheval ou en calèche, ainsi qu’avec les entreprises qui gèrent ces transports, si tout cela se concrétisait.

—Kousuke, on est presque arrivés, dit Sylphy.

—Quoi, déjà ? C’était pas un peu trop rapide ?

Pendant le court instant où je réfléchissais, nous avions presque atteint notre destination.

—À en juger par la géographie, je suis quasi sûre qu’on y est presque, confirma Sylphy. Grande est vraiment rapide.

—Oui. Va falloir que je la remercie pour ça.

—Hihi, en effet. C’est important, le donnant-donnant.

Je ne pouvais pas me retourner en selle, mais je devinais que Sylphy souriait.

—Tout à fait, répondis-je avec un hochement de tête.

Les relations où l’on se contente de prendre à l’autre ne durent pas. On peut en tirer profit un court temps, mais à long terme, on avait beaucoup à perdre.

Mais même dans les relations « donnant-donnant », il se pouvait que les deux parties ne s’entendent pas sur ce qu’il convenait de faire. Il n’y avait donc pas qu’une seule bonne façon de procéder.

—Si c’est ainsi, j’ai beaucoup de choses à te faire payer, dit Sylphy en riant.

—Non, ça va. Le simple fait d’être avec toi me suffit amplement.

—Je ne suis pas d’accord, répliqua Sylphy. Moi aussi je veux être avec toi, ce qui veut dire que ce n’est pas un juste paiement pour le travail que tu as accompli.

—Alors on a un problème.

—C’est vrai.

Malgré nos paroles, je la sentais sourire derrière moi. Ses bras m’entourèrent par-derrière et me serrèrent contre elle. Je sentais sa chaleur à travers son contact, et cela m’apaisait.

—Désolée de vous interrompre, tous les deux, dit Grande, mais on est sur le point d’arriver.

—Oh, c’est vrai. Tu peux descendre.

—D-désolé.

On paniqua tous les deux un peu après l’appel de Grande. On était plongés si profondément dans notre petit monde, même en sachant qu’on allait bientôt atterrir.

—Alors j’y vais. Accrochez-vous bien.

Grande entama sa descente.

Hé, Mademoiselle Grande ? C’est moi ou cet angle de descente est un peu intense ?

H-hé, attends, attends !

Nous criâmes tous les deux dans le vent.

La descente de Grande pouvait être qualifiée de ridicule. N’avait-elle pas apprécié qu’on flirte sur son dos ? Il faudrait que je m’en souvienne.


Après avoir installé un grand communicateur golem à Alpha, nous filâmes aussitôt vers notre prochain objectif. Les consignes de sécurité leur seraient envoyées directement depuis Arichburg, on n’avait donc pas à s’en charger ; nous étions techniquement en vacances.

—Pour être clair, dit Sylphy, quand on dit qu’on vérifie les arrières et qu’on installe des communicateurs, ce n’est qu’une couverture. Pareil pour nos discussions avec les elfes de la Forêt Noire.

—Compris.

Tout se déroulait comme Sylphy l’avait prévu, même en vacances. La cheffe absolue de l’Armée de libération vérifiait de ses propres yeux l’état de nos bases arrière, installait des communicateurs golems et tenait une réunion officielle avec les anciens du village elfe.

J’étais là en tant qu’assistant. J’étais la seule personne à pouvoir communiquer avec Grande, et le seul « cavalier de dragon ». De plus, grâce à mes capacités, transporter des ressources était facile. De fait, je transportais des fournitures et autres depuis Arichburg dans mon inventaire. J’en avais déchargé à Alpha, et j’en déchargerais à la base des Terres Désolées et à l’arrière.

—Ça fait longtemps que je n’ai pas vu la base arrière, songeai-je. Je me demande comment elle va.

—Il paraît que les attaques de gizmas sont assez fréquentes, mais la situation est plutôt paisible là-bas. La zone est vaste et il n’y a pas de problème de nourriture ni d’eau, expliqua Sylphy.

—J’aimerais que ce ne soit pas seulement un lieu de guérison, mais aussi une base d’ingénierie et de production de masse de cristaux magiques.

—D’ailleurs, n’y a-t-il pas beaucoup de ruines enfouies dans cette région ? Ce serait une bonne idée d’en faire une base pour les explorateurs.

Tout en discutant, nous arrivâmes à la base centrale des Terres Désolées.

—Ça faisait un bail, me salua Sykes.

—…C’est moi, ou tu as l’air plus costaud qu’avant ?

—Pour avoir une chance de survivre, il faut tremper sa force, dit-il en riant.

Sykes avait subi une véritable métamorphose par rapport au faiblard qu’il était. Si mes souvenirs sont exacts, il était presque deux fois plus grand. Son corps avait dû réagir aux conditions extrêmes auxquelles il avait été soumis. Les demi-humains sont fous comme ça.

—Attends, qu’est-ce que tu entends par survivre ? demandai-je. Tu ne te bats pas, si ?

—Si, en quelque sorte.

—Toutes les nuits ?

—Toutes les nuits.

Je vis la lumière s’éteindre soudain dans ses yeux. La branche R&D, ici, était en quelque sorte le harem de Sykes.

Désolé, mon pote, c’est juste que la plupart d’entre nous, moi compris, sommes en première ligne.

—…Bon courage, lui dis-je.

—Merci, répondit Sykes, le regard éteint.

Je lui tendis un sac contenant d’assez gros joyaux magiques et des lingots de mithril.

Sykes et les siens allaient servir de relais pour le réseau de communicateurs golems et faire des recherches sur la radiodiffusion. Les joyaux magiques dotés d’un pouvoir d’amplification et le mithril qui transmet efficacement la magie allaient donc les aider.

Sykes parut assez surpris, alors je lui expliquai que j’avais appris à fabriquer tout ça. Ses yeux s’assombrirent encore.

—Où te mène ton chemin, mon ami… ? s’interrogea-t-il à voix haute.

—On me surnomme la poule aux œufs de mithril et de joyaux magiques, dis-je en haussant les épaules.

—C’est logique…

Ce n’est pas comme si j’accouchais de joyaux ou de mithril, d’accord ? Tout ce que je fais, c’est utiliser des matériaux pour les fabriquer. C’est tout. C’est juste que la vitesse à laquelle j’y arrive est un peu bizarre.

Après avoir déjeuné à la base, nous reprîmes notre vol vers la base arrière.

C’était la première base à grande échelle que j’avais construite, d’une capacité de trois mille personnes. À peine un millier de personnes y vivaient pour l’instant, alors c’était plutôt spacieux.

—Ça bouillonne d’activité, ici, hein ? fis-je remarquer.

—D’après les rapports, il n’y a pas eu d’attaques de gizmas et les récoltes ont été abondantes, dit Sylphy. Les outils magiques qui exploitent la magie infinie de la veine creuse sont désormais très répandus, alors la vie ici est plutôt bonne.

—Ils ont aussi une barrière pour tenir les monstres à l’écart. La plupart des gens qui vivent ici ont connu des vies horribles dans cette mine autrefois, alors c’est peut-être mieux qu’ils s’éloignent un peu des épreuves pendant un temps.

—On a besoin de plus de bras, ça ne peut pas durer indéfiniment. On dirait que ceux qui vont mieux ont exploré les ruines et travaillé à la mine, observa Sylphy.

—Compris.

Les citoyens parurent surpris en voyant Grande pour la première fois, mais heureusement l’information avait dû circuler correctement, car on ne nous attaqua de nulle part.

—Votre Altesse, merci d’être venue.

Nous fûmes accueillis à la base arrière par un homme âgé, chien ou loup demi-humain.

—Merci d’être venu nous accueillir, Donnel.

Le vieil homme que Sylphy appelait Donnel était autrefois un aventurier de haut rang. Une vingtaine d’années plus tôt, pendant la guerre, il s’était retiré de l’aventure et dirigeait la branche de la guilde des aventuriers dans l’une des nombreuses villes du Royaume de Merinard. Il était déjà bien âgé à l’époque.

Ces temps-ci, il mettait son expérience au service de la gestion de la base arrière.

—Dire que vous avez apprivoisé un dragon… Je n’en attendais pas moins de vous, Sir Kousuke.

—Grande est juste mon amie, dis-je.

—Je vois, je vois.

Je ne l’avais pas apprivoisée pour en faire mon animal de compagnie ou ma servante, alors je veillais toujours à reprendre ce genre de propos quand je le pouvais. Même si c’est la combinaison de la force terrifiante de Melty et de ma délicieuse cuisine qui l’avait rendue amicale, Donnel n’avait pas tout à fait tort.

—Sylphy, je vais sortir le matériel, dis-je.

—D’accord, je vais discuter un peu avec Donnel.

Nous nous séparâmes et je me dirigeai vers la zone de stockage. Les personnes que je croisais en chemin avaient toutes un air serein et un teint sain. Les gens avaient piètre mine à leur arrivée, alors j’en déduisis que vivre ici avait vraiment contribué à leur santé.

Quand ils me remarquaient, tous exprimaient leur gratitude.

—Merci beaucoup. C’est grâce à vous que je peux vivre dignement.

—Grâce à vous, je peux élever nos enfants sans souci. Merci.

—La maladie de mon père a disparu depuis que je vis ici ! Merci infiniment !

Les réfugiés demi-humains qui se méfiaient de moi autrefois étaient désormais très chaleureux. Sans mentir, voir tant de gens me remercier me fit vraiment réaliser que j’avais pu sauver de vraies vies.

Mais je ne dirais pas que ce que j’avais fait était juste ou bien. Le monde n’est pas si manichéen.

J’avais sauvé les réfugiés de cette base. Mais j’avais aussi tué bien plus de soldats du Saint Empire et détruit leurs familles. Au bout du compte, ça ne change rien, mais je m’efforçais de ne pas l’oublier. Ce serait formidable si le monde était assez simple pour qu’il y ait une justice absolue et un mal absolu, mais ce n’est pas le cas.

Je finis par atteindre l’entrepôt tout en discutant avec les réfugiés. Une fois là, je sortis les fournitures tout en faisant le plein de surplus. La base arrière produisait surtout de la nourriture, des armes en métal, des armures et d’autres biens courants.

En particulier, ils avaient une abondance de denrées et d’objets en métal. En me renseignant, on me dit que toute la nourriture avait été récoltée dans le champ que j’avais labouré, et qu’elle restait abondante.

Ce bloc agricole avait vraiment fait ses preuves. Je me demande à quoi il ressemble en ce moment ?

Quant aux métaux, ils raffinaient le minerai extrait du site minier voisin dans un grand fourneau. Le tout était travaillé grâce à l’énergie de la roue hydraulique et des marteaux magiques. D’après ce que je voyais, tout ce qu’ils produisaient était de très bonne qualité.

Ils tentaient actuellement de produire en masse du fer et de l’acier magiques dotés d’attributs magiques à partir du minerai raffiné. Si ça marchait, l’équipement de l’Armée de libération s’en trouverait nettement amélioré.

Ils disposaient aussi d’un gros stock de cristaux magiques, si bien qu’en fabriquant des équipements de production, ils pourraient faire toutes sortes de choses rien qu’en lançant les machines. On me dit qu’ils travaillaient à produire ces machines. Les cristaux magiques pouvaient servir de catalyseurs d’enchantement. Et, comme les pierres magiques et la magicite, ils pouvaient aussi alimenter les outils magiques. Ils avaient un meilleur rendement que les pierres magiques, donc même s’ils ne pouvaient pas être transformés en magicite, ils faisaient une source de magie stable.

Je ne saisissais pas vraiment la différence entre pierres magiques et magicite, mais c’était juste mon ignorance.

Après avoir regarni leur stock et m’être réapprovisionné, il se trouva que Sylphy avait fini sa réunion. Il ne restait plus qu’à installer le communicateur golem, vérifier son fonctionnement, puis filer vers notre destination finale : la Forêt Noire.

Cela faisait longtemps que je n’étais pas allé à la forêt elfique. Je l’imaginais peu changée, mais j’avais hâte de retourner dans ce foyer. Une fois sur place, je voulais passer quelques jours avec Sylphy.


Dès que la Forêt Noire se profila, nous nous mîmes à débattre. De quoi, me direz-vous ? Eh bien, du lieu d’atterrissage.

—On ne peut pas atterrir au village ? dit Sylphy.

—Contrairement aux forteresses, il est très probable qu’ils n’aient pas appris que je me suis lié d’amitié avec un dragon, répondis-je. Donc, si on débarquait comme ça…

—On risquerait de se faire attaquer par les archers spirituels elfes, concéda-t-elle. Dans le pire des cas, on pourrait se prendre une attaque d’annihilation par gemme spirituelle.

—D’accord, c’est terrifiant, merci.

Les suppositions de Sylphy avaient fichu la trouille à Grande. Même sans gemme spirituelle, la magie spirituelle des anciens était de niveau catastrophe. Si elle s’attaquait de front à un truc pareil, même Grande finirait mal en point, peau dure ou pas. Et moi, je serais pris dedans et j’y passerais.

Bon, peut-être pas y passer, mais c’était quand même dangereux. Sylphy s’en tirerait sans doute.

—Première option : on atterrit à l’extérieur des bois.

—Facile. On devra marcher un peu, mais c’est l’option la plus sûre. Et une fois qu’on sera descendus, tu pourras rentrer chez toi, Grande, expliqua Sylphy avec un hochement de tête.

Grande nous avait dit que sa demeure se trouvait au cœur de la Forêt Noire.

—Deuxième option : on atterrit dans l’espace dégagé devant le village.

—C’est vrai, il y avait ce grand terrain déboisé en prévention des attaques de gizmas. Les elfes ont peut-être réhabilité la zone, mais on en aura le cœur net en approchant. Grande pourrait se poser hors du village, ce qui nous donnerait de la place pour la présenter. C’est peut-être la bonne façon de procéder.

—Troisième option : on atterrit dans les bois, un peu plus loin, dis-je.

—Les options une et deux sont les meilleures, trancha Sylphy. Je propose la deuxième. Si la zone a été réhabilitée, on se rabattra sur la troisième.

—Très bien. Grande, peux-tu nous amener en vue du village ? À l’extérieur des remparts, il devrait y avoir un grand espace dégagé. Tu peux t’y poser. S’il n’y a plus de place, pose-toi simplement dans les bois à proximité.

—Mm, je comprends, dit Grande. Cependant, si je suis attaquée, je m’enfuis. Je déteste la douleur.

—Ouais, fais ce que tu as à faire, mon amie.

Le village apparut en moins d’une minute. À pied, il nous aurait fallu au moins deux heures de la lisière des bois jusqu’au village. J’imagine que les bois rallongeaient beaucoup le trajet, parce que d’en haut, ça ne semblait pas si loin.

—Kousuke, on dirait qu’il y a un espace dégagé devant les remparts du village.

—Alors pose-toi là. Sylphy, Grande dit que l’espace est toujours dégagé.

—Très bien. Une fois posés, il faudra bien montrer qu’on est avec Grande.

Sylphy se mit à détacher sa ceinture de sécurité.

Hé, c’est dangereux ! Ah, j’imagine que sans ce truc, elle peut juste s’agripper. Pourquoi suis-je surpris ? Elle a déjà l’habitude de chevaucher Grande.

—C’est parti ! dit Grande.

J’applaudis sa vitesse et Grande se contenta de glousser.

Je n’étais pas encore habitué à la vitesse de descente de Grande, mais Sylphy souriait et riait, elle aussi. Bon sang, elle s’est adaptée si vite.

Je sentis mon estomac faire des siennes, puis une pression me poussa vers le bas. Grande avait dû se servir de ses ailes pour freiner notre descente.

—Je passe devant.

—Okay— IIIIH ?!

Sylphy ôta sa ceinture et bondit dans les airs.

Hé, attends un peu ! On est super haut !

La hauteur ne devait rien représenter pour Sylphy. Qui sait, elle a peut-être usé de la magie de l’esprit du vent ou quelque chose du genre. Le temps que Grande se pose, Sylphy levait déjà la main pour héler les gardes de la ville.


—Huh… C’est donc ça, un grand dragon.

—Il est plutôt petit. C’est encore un enfant ?

—Il est certes plus petit, mais sa taille est bien celle d’un dragon adulte. Les jeunes dragons sont moins hérissés.

—J’aurais dû me douter que le compagnon de Sylphy aurait apprivoisé un dragon.

—Tu l’as déjà engrossée ? Le ventre de Sylphy ne semble pas plus gros.

—J’ai hâte de voir le visage de mon petit-fils.

Une fois la situation expliquée, les habitants du village elfe vinrent vite observer Grande. La plupart regardaient de loin, mais, allez savoir pourquoi, les anciens se tenaient tout près d’elle. Certains, à ses pieds, titillaient ses écailles, d’autres grimpaient sur son dos. Ces vieux étaient costauds.

Pendant tout ce temps, Grande ne faisait que frétiller, d’autant que les elfes lui avaient offert un lot d’hydromel et de fruits à déguster. C’était suffisant pour la combler. Elle était si facile à appâter avec de la nourriture.

—Ce sont des cadeaux, vois-tu.

—En plus, c’est évident qu’ils s’entendent bien. Je parie qu’il faudra moins de trois ans avant que ça n’arrive.

—Nous, les elfes, sommes difficiles à féconder, après tout. Veille à bien lui donner toute ta semence.

—Euh, je le ferai.

—Cela dit, tu as fricoté avec d’autres femmes aussi, hm ?

—Et pas qu’un peu. Tu es une vraie bête.

—Hé, ça suffit !

Sylphy parvint à faire taire les vieux qui m’entouraient, une veine saillant sur son front.

—Sylphy est en colère !

—Oh là là, ça sent mauvais. Elle a l’air très sérieuse.

—Retraite, Retraite !

Les anciens commencèrent à se disperser à une vitesse impressionnante pour leur âge. Celle qui ressemblait à une petite fille était peut-être la seule exception. C’est quoi, leur problème, à ces gens ?

—Je te jure qu’ils ont un truc qui cloche… soupira Sylphy. Grande va s’enfoncer dans la forêt après ça ?

—Laisse-moi vérifier. Hé, Grande.

Grande plia son long cou et approcha son visage du mien. Elle sentait l’alcool.

—Tu rentres chez toi après ça ? lui demandai-je.

—Mm, c’est ce qu’il convient de faire. Rester ici ne ferait que créer des ennuis aux elfes.

—Que fais-tu pour le petit-déjeuner de demain ?

—Je passerai du temps chez moi, donc je n’en aurai pas besoin. Mais je reviendrai ici pour le déjeuner ou le dîner, alors n’hésite pas à me donner des hamburgers.

—Compris. Tu veux ramener de l’alcool chez toi en cadeau ?

—Ooh, c’est permis ? J’adorerais !

Grande poussa un rugissement joyeux. Les elfes qui observaient se mirent un peu à murmurer.

—Alors je vais te donner deux grands tonneaux d’hydromel. Tu peux voler avec une telle quantité, non ?

—Mm, c’est parfait.

—Salue aussi tes parents de ma part. Et si possible, demande-leur si je peux venir les voir. J’aimerais beaucoup voir ta demeure.

—Je le ferai. À demain.

Grande engloutit le reste de l’hydromel et, après avoir délicatement reposé le tonneau sur la plate-forme d’offrandes, s’envola dans le ciel avec de nouveaux tonneaux d’hydromel sur le dos.

—Qu’a-t-elle dit ? demanda Sylphy. C’est clair qu’elle rentre chez elle, mais…

Elle reviendra vers l’heure du déjeuner ou du dîner. Et, comme tu l’as entendu, je vais lui demander de demander à ses parents si on peut leur rendre visite.

—Je vois, alors j’imagine que tu ne t’ennuieras pas pendant notre séjour.

—Si je n’ai aucune raison de sortir, je vais finir par passer toute la journée à la maison avec toi, à m’amuser. Je dois m’assurer de me trouver des raisons de prendre l’air.

Le visage de Sylphy vira au rouge et elle acquiesça.

—C’est une bonne idée. On doit rester vigilants.

Quand on était tous les deux ensemble, il devenait difficile de se freiner. Avant même qu’on s’en rende compte, une semaine s’écoulerait, puis un mois. On ne s’arrêterait pas de faire ce qu’on voudrait.

—Bon, alors rentrons à la maison pour l’instant, dit-elle. Une fois qu’on aura un peu rangé, on pourra aller voir les anciens. Non pas que ça m’enchante.

—Bon plan. Finissons d’abord ce qu’il nous reste à faire.

Il serait difficile de profiter pleinement de nos vacances en ayant des affaires officielles en tête.


Nous nous glissâmes tous les deux à travers le mur de briques que j’avais érigé à mon arrivée dans ce monde et entrâmes dans un terrain géré par le village des elfes. Ils avaient bien réduit la taille des champs magiques empilés comme un parking à étages. Il y en avait moins qu’à mon départ.

À l’époque, ils avaient dû nourrir quelque 300 réfugiés du Royaume de Merinard, mais une fois les réfugiés partis, les elfes avaient sans doute eu des récoltes en abondance sans savoir qu’en faire. J’imagine que ceux qui s’occupaient des champs magiques avaient désormais d’autres occupations.

—Ce mur me rappelle vraiment des souvenirs, dit Sylphy.

—C’est comme ça que j’ai prouvé que mes compétences étaient réelles. Rien que d’y penser, ça me remue.

Le sommet du mur était occupé par des guerriers elfes armés d’arcs. J’avais entendu dire qu’il y avait pas mal de monstres dans la Forêt Noire, et qu’il fallait donc des gens en alerte permanente en cas d’attaque.

L’un des guerriers me lança un regard perçant, puis détourna vite les yeux. Ah, si je me souvenais bien, c’était le type qui m’avait traîné devant la foule de réfugiés en colère, qui s’était battu avec Sylphy et s’était fait botter le train. Comment s’appelait-il, déjà ? Peu importe. C’était lui.

—Kousuke ?

—J’arrive !

Inutile de parler de lui à Sylphy, et je doutais qu’il fasse des bêtises. Je chassai le bonhomme de mon esprit et suivis ma bien-aimée.

—Bienvenue à la maison, Sylphyel.

—On est heureux que tu sois saine et sauve.

Tandis que nous traversions le village, les elfes nous interpellaient l’un après l’autre.

—Ça fait un bail qu’on ne s’est pas vus ! Tu as de la bonne marchandise ?

—Moi, je suis preneur de mithril…

—D’accord, d’accord ! leur lançai-je. Du calme, mes amis. Je déchargerai demain, alors patientez un peu.

Les artisans me lançaient des regards passionnés. En fait, ils étaient plutôt effrayants. Hm, les joyaux magiques étaient encore top secret, donc le maximum que je pouvais leur fournir, c’était du mithril. J’avais beaucoup de pierres précieuses et de pierres brutes, alors j’en ferais mon argument de vente.

C’est ainsi qu’après un brin de conversation avec les elfes, nous arrivâmes enfin chez Sylphy.

—Ça fait du bien d’être à la maison.

—Oui, c’est vrai. Ça faisait bien trop longtemps.

Devant l’entrée, Sylphy contempla sa maison. C’était comme si l’arbre lui-même était devenu une demeure, ce qui était très elfique. Même resté vide des mois, personne n’avait l’air d’y avoir touché. Je me demandai si la maison elle-même était vivante ou quelque chose comme ça.

—Allez, entrons, dit-elle. On a du ménage à faire.

—Oui, compris.

C’est ainsi qu’après de longs mois d’absence, nous étions enfin rentrés chez nous.


Une fois à l’intérieur, je fus surpris de constater que c’était bien plus propre que je ne l’imaginais. Quelqu’un du village devait passer régulièrement faire le ménage, car un nettoyage rapide nous suffit. Nous lavâmes les récipients d’eau, fîmes le plein d’eau fraîche que Sylphy invoqua par magie des esprits, et c’est tout.

Avant de quitter la maison pour notre grand voyage, j’avais jeté appareils et meubles courants dans l’inventaire, alors j’en profitai pour ressortir le nécessaire et tout réinstaller.

Nous avions encore beaucoup de temps avant le coucher du soleil.

—C’est allé bien plus vite que je ne le pensais. Allons voir les anciens, proposai-je.

—Compris.

Mieux valait régler ce genre de choses au plus vite pour pouvoir profiter de nos vacances.

Nous traversâmes tous les deux le village vers la salle de réunion des anciens. En chemin, nous saluâmes les divers elfes que nous croisions. J’étais presque sûr que tout le monde semblait bien plus apaisé que du temps où nous vivions encore ici.

Je savais que la situation était ce qu’elle était, mais j’étais aussi certain que vivre avec des étrangers avait dû être stressant pour eux. D’autant qu’à l’époque, les elfes prenaient en charge la plupart des réfugiés, contraints de s’occuper d’autrui sans pouvoir être aidés en retour. Je comprends que ç’ait pu être difficile à gérer.

Nous finîmes par atteindre la salle de réunion. Sylphy semblait songeuse après avoir vu les villageois.

Alors que nous approchions du bâtiment, l’une des assistantes elfes sortit nous accueillir.

—Tout le monde est à l’intérieur et vous attend. Venez, dit la jeune fille en nous guidant à l’intérieur.

—Drôle de timing.

—Les anciens sont proches des esprits, répondit Sylphy. Ils ont sans doute été prévenus à l’avance de notre arrivée.

—La magie des esprits, c’est quelque chose.

Quand tu deviens un mage spirituel capable de provoquer des calamités, les esprits viennent juste à toi pour bavarder de tout et de rien ? Ne serait-il pas impossible de te prendre par surprise ? C’est complètement fou. Si je devais abattre un mage spirituel de niveau maître comme ces anciens, il faudrait le faire d’un seul coup, hors de leur champ de détection. Un sniper, ou une sorte d’explosion à longue portée…

Pendant que je réfléchissais à la façon de gérer les anciens, Sylphy et moi entrâmes dans la salle de réunion. Je n’avais aucune intention de me battre avec eux, mais chaque fois que je voyais quelque chose ou quelqu’un de dangereux, je ne pouvais m’empêcher d’envisager comment l’affronter. Mon vieil instinct de joueur qui reprenait le dessus.

—Bienvenue, Sylphy et son compagnon.

—Qu’est-ce que c’est que ça ? Déjà là pour les salutations ? Ne vous occupez pas de nous, allez donc faire un bébé.

—Gah ! C’est pour ça que tu es une vraie tête de mule ! Dit comme ça, ils ne pourront pas faire ce qu’il y a à faire. Même un bantam ne pond pas quand on l’observe.

—Ho ho ho, je serais ravi qu’ils fassent des bébés aussi vite qu’un bantam pond des œufs !

—Jeune homme, tu es proche des harpies, n’est-ce pas ? N’en pondent-elles pas déjà un peu partout ?

—Il est aussi en bons termes avec Ira. Et il y en aura d’autres à l’avenir. Je le vois, c’est un vrai joueur.

—Les esprits aiment bien les irréguliers comme lui, alors quand il est là, c’est un peu pénible d’utiliser la magie : ils sont trop occupés à s’amuser.

Les mots continuaient de jaillir des anciens comme des rafales de mitrailleuse. Sylphy et moi ne trouvions pas le moindre interstice pour intervenir.

Des bantams, vraiment ? Ces oiseaux ressemblaient à des poulets, mais en plus gros que ceux que je connaissais, et plutôt agressifs. Les œufs qu’ils pondaient étaient énormes et bourrés de nutriments. Cela dit, les œufs de harpie étaient plus gros et plus savoureux, même si je n’étais pas sûr de vouloir en manger.

—Anciens, je suis ici pour discuter d’une affaire importante en tant que cheffe de l’Armée de libération, dit Sylphy, enfin capable de parler. Pourriez-vous faire preuve d’un peu de retenue ?

Les anciens se turent.

Sylphy souriait, mais la veine qui saillait sur son front et l’immense pression émanant de son aura suffirent à les faire taire. On voyait qu’ils avaient une longue expérience de la vie, car ils savaient quand reculer. Si Sylphy se fâchait pour de bon, ni les anciens ni ce bâtiment ne resteraient en un seul morceau.

Après quelques échanges, les anciens essayant de se forcer à parler, ils s’accordèrent finalement sur l’ancienne qui ressemblait à une petite fille.

—Mm, cheffe de l’Armée de libération et héritière de la lignée Merinard, Sylphyel. Écoutons ce que tu as à dire, déclara la vieille fille d’un ton grave.

Les échanges de tout à l’heure avaient ôté tout le poids qu’auraient pu avoir ses paroles.

—Avant tout, je dois vous remercier encore une fois pour le soutien apporté aux citoyens du Royaume de Merinard, dit Sylphy. Sans l’aide du village elfe, ils n’auraient eu d’autre choix que de mourir dans les Terres Désolées ou la Forêt Noire. Si je suis venue en personne, c’est pour vous rendre la pareille.

—Hrm, concrètement ?

—Nous pouvons fournir au village elfe des biens que les gens d’ici auraient du mal à se procurer. Du minerai, des métaux polis, différents types de gemmes et de pierres. Il y a aussi des cultures et des aliments qu’on ne produit pas au village, ainsi que du tissu et du fil.

—Je vois… Cependant, ce ne sont pas des biens acquis par l’Armée de libération, mais en réalité des biens produits par Sir Kousuke, n’est-ce pas ? N’est-il pas injuste de les présenter comme la propriété de l’armée ? On ne peut pas vraiment dire que ces biens sont offerts par votre organisation.

Elle n’avait pas tort, la majeure partie venait de moi.

—Je suis l’adjoint de Sylphy, cheffe de l’Armée de libération, ce qui fait de moi un membre de cette organisation, ajoutai-je en haussant les épaules. Il ne devrait donc pas y avoir de problème.

Ce n’était pas comme si j’étais un étranger à l’armée. Au contraire, j’en étais une figure centrale. Et comme j’avais choisi de vivre aux côtés de Sylphy, c’était comme si j’étais un membre actif de l’armée. J’usais de mon pouvoir pour réaliser les rêves de Sylphy.

—Et c’est ainsi, déclara Sylphy. Au final, peu importe qui a obtenu quoi : une fois que c’est en possession de notre organisation, c’est pareil. Pourriez-vous cesser d’essayer d’en faire ce que ce n’est pas ?

—Mrm, ne pourriez-vous pas vous montrer un peu plus accommodante ?

Sylphy plissa les yeux. Dès que la petite ancienne le vit, elle paniqua et leva les deux mains en signe de reddition.

—Désolée, désolée, dit-elle. Je commence à avoir l’âge où l’on taquine les jeunes. Pardonnez-moi.

—J’aimerais discuter de la quantité exacte de matériel, mais pour l’instant, nous avons apporté des pierres précieuses, du minerai, du tissu et du fil, des choses qui ne se gâtent pas. Demain matin, nous passerons à l’entrepôt commun pour tout y déposer. Quant à la nourriture, nous pensons qu’il vaut mieux la laisser à notre base arrière et à la forteresse elfe des Terres Désolées.

—C’est une bonne idée. Ce serait embêtant de devoir gérer d’un coup une quantité écrasante de nourriture.

—Si nous pouvons faire quoi que ce soit d’autre, nous serons ravis d’aider. Nous contrôlons actuellement la moitié de la région sud du Royaume de Merinard. Nous avons libéré beaucoup de citoyens de leur vie d’esclaves, alors nous avons de la main-d’œuvre.

—Oh, vous avez déjà étendu votre influence jusque-là ? Tu as vraiment travaillé dur, ma chère Sylphy.

—Pourrais-tu arrêter avec le « ma chère »… ? murmura-t-elle. Pour être honnête, c’est en grande partie grâce aux pouvoirs de Kousuke que tout s’est bien passé. Nous sommes actuellement en situation de cessez-le-feu avec le Saint Empire, et nous commençons à avancer vers des négociations.

—Des négociations avec eux ? Je doute que ce soit possible.

—Ils peuvent comprendre les mots, mais ça ne veut pas dire qu’on peut communiquer avec eux, déclara un autre ancien.

—En effet, en effet.

C’est ainsi que tous les anciens semblaient voir les choses. Le Saint Empire était une nation dont la religion d’État reposait sur l’autorité et la suprématie humaines absolues, après tout.

Bien qu’il existait deux niveaux de pouvoir distincts, le Saint Roi qui gouverne la nation et le pape qui dirige l’adolisme, tous deux s’accordaient sur la supériorité absolue de l’homme. C’est pourquoi ils avaient pu s’unir pour combattre l’Empire, une nation composée de toutes sortes de peuples. C’est aussi pour cela qu’ils avaient conquis le Royaume de Merinard et en avaient fait un État vassal.

—Il s’avère qu’il existe différentes sectes au sein de l’adolisme, expliqua Sylphy. Kousuke est entré en contact avec des membres de la secte dite des Nostalgiques. Ils soupçonnent que la forme actuelle de l’adolisme a été altérée par rapport à ce qu’elle était. Ils pensent que c’est très probablement survenu juste après l’effondrement du Royaume d’Omitt.

—Oh ?

—Hm, maintenant que tu le dis, ça me rappelle quelque chose… Ce n’était pas à l’époque où ces gens devenaient fous ?

—C’est vrai, c’est vrai. Je crois que c’était juste après l’écrasement du Royaume d’Omitt, peut-être ?

Tandis que les anciens devisaient tranquillement entre eux, je décidai de leur faire part de mes réflexions.

—Je pense que les survivants du Royaume d’Omitt ont été recueillis par l’adolisme, ce qui a entraîné une modification de ses croyances.

Les anciens restèrent silencieux un moment, puis tentèrent soudainement de changer de sujet.

—Au fait, ce dragon, c’était quelque chose ! J’aurais dû me douter que le mari de notre chère Sylphy dompterait une telle bête.

—En effet, en effet ! Nous pouvons confier notre jolie petite Sylphy à quelqu’un comme toi.

—Le meilleur couple de la forêt !

—Vous êtes bien trop transparents ! Vos yeux fuient dans tous les sens !

Les anciens détournèrent le regard de moi, se tapotèrent le visage, puis se mirent à s’éventer de la main. Certains sortirent même des mouchoirs pour s’éponger.

—Il y a bien des choses que je voudrais dire maintenant, mais ça ne sert à rien d’évoquer un événement vieux de plusieurs siècles.

—Exactement ! C’est vrai ! Vous, les jeunes, devez vivre pour l’avenir.

—Je vais vous briser les os, dit Sylphy.

—Oh là là… Notre chère Sylphy est entrée dans sa phase de rébellion…

L’ancienne qui ressemblait à une jeune fille fit mine de pleurer, entraînant les autres dans son sillage.

—Soyez sérieux, s’il vous plaît, leur demanda Sylphy.

—Franchement, on pensait les avoir coupés à la racine, déclara un ancien.

—On a même demandé aux esprits de la terre de détruire leurs installations souterraines.

—En d’autres termes… dis la petite ancienne.

—Oups ! firent-ils tous en chœur.

Tous les anciens clignèrent de l’œil et tirèrent la langue.

Comment diable ont-ils réussi ça simultanément ? Se sont-ils tous entraînés pour ?

—Très bien, je vais leur briser les os.

—Bon courage, Sylphy ! l’encourageai-je à ce moment-là.

Pour faire court, Sylphy perdit la tête sous l’effet de la colère. Je me réfugiai dans un coin de la pièce pour la soutenir moralement pendant qu’elle se muait en tempête de vent argentée. C’était un peu comme regarder un spectacle de héros quand on était enfant.

—Aaah ! Chère Sylphy, tu ne peux pas ! Tu ne dois pas !

—Nous sommes vieux et fragiles ! Nous ne pouvons pas supporter un tel traitement !

—C’est grave ! Notre chère Sylphy est vraiment en colère !

—Aïe, aïe, aïe ! Ce n’est pas censé plier comme ça !!!

Un vent violent détruisit tout sur son passage ! Les anciens elfes luttaient pour s’enfuir ! La petite ancienne, était prise au piège ?!

J’étais sûr que les choses s’étaient accumulées pour elle, car en l’espace d’une demi-heure, Sylphy captura tous les anciens. Elle les enveloppa dans les lianes de l’arbre et les suspendit la tête en bas. Ils ressemblaient un peu à des chenilles à fourreau, en fait.

—Faites-nous descendre !

—C’est beaucoup trop cruel…

—Quand tu nous attaques à bout portant, on ne peut rien faire… Ce n’est pas comme si on pouvait se permettre de détruire la salle de réunion…

—Tu es sûre que c’est une bonne idée, Sylphy ? demandai-je.

—Je n’avais pas l’intention de les punir pour un événement vieux de plusieurs siècles, mais je n’ai pas pu supporter leur attitude stupide, déclara-t-elle. J’ai perdu mon sang-froid, mais je ne regrette rien.

Sylphy regardait les anciens avec un sourire, mais ses yeux trahissaient ses véritables sentiments.

Attirés par le bruit, des elfes accoururent dans le bâtiment et paniquèrent en voyant leurs aînés suspendus à l’envers. Mais en voyant le sourire de Sylphy, ils se contentèrent de hocher la tête et d’ignorer les supplications de leurs chefs. Il ne fallut pas longtemps avant que des gens commencent à apparaître, alcool et friandises en main, pour regarder les anciens se balancer d’avant en arrière. Quelqu’un passa même avec peintures et chevalet pour immortaliser l’instant.

—Consigner les moments importants ou rares de l’histoire de notre village, c’est un peu mon truc, expliqua-t-il.

Je ne pus m’empêcher de fixer l’artiste tandis qu’il sortait un fusain et traçait habilement une esquisse sur la toile. Quel pro !

—Très bien, il est temps de rentrer à la maison, Kousuke.

Sylphy avait l’air revigorée après avoir humilié les anciens devant le reste des villageois.

—Oui, madame.

Je la suivis comme un chien fidèle jusqu’à la maison. Il ne faut jamais se rebeller contre sa maîtresse. Je ne savais pas combien de fois j’étais parvenu à cette conclusion précise, mais je la gravai néanmoins une fois de plus dans mon âme.

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