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Chapitre 2

Le Grand Dragon Grande

Traduction · Angeloids, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~11 min

Ou du moins, c’est ce que je ressentais sur le moment, d’accord ?


—Ouais, je ne suis pas sûr de ce truc.

—C’est bon ! Je te le promets !

Une certaine créature nous barrait la route.

Un dragon, doté d’une unique et magnifique corne, se dressait devant nous. Sa peau était couverte d’écailles ocre. Des crocs gigantesques et terrifiants sortaient de ses mâchoires, et au bout de sa queue se trouvait une excroissance en forme de marteau. Ses ailes massives trahissaient toute sa puissance. Il était terrifiant.

Survival in Another World with My Mistress!, Tome 4, Chapitre 2 — illustration

Tiens, j’ai déjà vu quelque chose comme ça. Mais oui. Ce jeu où on devient chasseur et où on abat des dragons. Ce n’est pas ce type-là qui jaillit du sol dans les zones désertiques ? Tu sais, celui-là.1

—Non. Hors de question. Ce truc pourrait me tuer d’un simple coup. Et je doute que mon fusil d’assaut fasse quoi que ce soit contre lui.

Même avec sa capacité de perforation, mon fusil ne passerait pas à travers ces écailles.

—Et ton bâton magique ? dit Melty, en parlant du lance-roquettes.

—Enfin, ça pourrait marcher, mais…

Je sortis le lance-roquettes anti-char que j’avais préparé au cas où nous croiserions un vrai dragon. Le hic, c’est que ce n’était pas vraiment un lance-roquettes : en réalité, il tirait des projectiles à la manière d’un bazooka, projectiles qui s’accéléraient ensuite grâce au moteur-fusée qu’ils contenaient. Mais bon, c’étaient là des détails.

—Laisse-moi juste tirer un coup, dis-je. Ce gros connard va sans doute tituber un peu, et là tu pourras foncer et l’achever. Ça te va ?

—Hrm, eh bien, si je me retiens, j’ai bien peur que ça te tue.

Melty disait là des choses terrifiantes. Mais je n’avais pas l’intention de me faire tuer, même par un vrai dragon. La queue de ce salaud m’écraserait.

—Hé, Melty, tu pourrais abattre cette chose toute seule s’il le fallait ?

—Si je parviens à m’approcher sans qu’il m’envoie voler, je pense que oui, déclara-t-elle.

Rappelle-moi pourquoi c’est moi qui me mets en danger ?

Mais ce n’était pas juste. Je ne pouvais pas me cacher dans son ombre.

—Où dois-je viser ? lui demandai-je.

—Le visage, le cou ou la poitrine, je dirais. Ah, la membrane des ailes fonctionne aussi.

—Compris.

J’étais heureux que nous soyons sous le vent ; sinon notre odeur aurait porté plus loin et nous n’aurions pas pu lancer d’attaque-surprise.

Je raffermis ma détermination et cherchai une ouverture pour attaquer depuis le couvert.

La bête était si énorme que je n’arrivais pas à évaluer la distance. Elle devait se trouver à une centaine de mètres, bien en deçà de la portée du lance-roquettes.

Le dragon jetait des regards inquiets autour de lui, l’air quelque peu déstabilisé. De temps à autre, il scrutait les environs comme s’il cherchait quelque chose. Aurait-il senti notre intention de tuer, à cette distance ?

—Ce truc n’est pas fait pour le tir de précision, dis-je. Je n’ai aucune idée de l’endroit où la balle va atterrir.

—Je m’en occupe, dit Melty.

—Vraiment ? Euh, d’accord. L’explosion arrière est dangereuse, alors ne te lève pas, d’accord ?

—D’accord.

—Alors j’y vais… !

Je relâchai la sécurité et bondis hors du couvert, capturant le dragon dans ma ligne de mire.

Le dragon remarqua le mouvement et se tourna vers moi, l’air presque perplexe.

—Euh… ?

Quelque chose me parut anormal, mais je ne pouvais pas me permettre d’hésiter ; je pressai la détente. ZOOM, partit la roquette.

VROOM ! C’était le son du moteur-fusée qui s’enclenchait. Le dragon rugit, et quelqu’un cria : Pardon ?!

J’aurais juré qu’une fille criait, en même temps que le dragon rugissait.

Peu après, le souffle de la roquette résonna dans toute la zone. Je ne voyais plus la bête à cause de la fumée, mais elle avait sans doute esquivé l’attaque.

Tout en essayant de recharger en vitesse à couvert, je me tournai vers Melty.

—Un truc cloche ! On aurait dit une gamine !

—Hein ?!

Melty fit déraper ses pieds sur le sol en ralentissant à l’approche du dragon, puis s’arrêta net.

La poussière retomba à cet instant, révélant la silhouette massive du dragon. Il avait dû esquiver maladroitement, vu la façon comique dont son corps était étalé au sol.

—Euh…

Melty n’avait aucune idée de ce qu’elle devait faire. Malgré son désarroi, une aura de combat absurde émanait d’elle.

—Ce sera dangereux si on ne l’achève pas.

—Je sais, mais il y a quelque chose qui cloche. Attends une seconde.

Je quittai mon couvert et observai le dragon, le lance-roquettes toujours en main. La bête leva les pattes comme pour me dire de me calmer et d’attendre. Étais-je en train de me faire des idées ?

—Il a l’air… effrayé, dis-je. Comme s’il ne voulait pas se battre.

Peut-être avait-il senti l’aura écrasante de Melty ?

—Vraiment ? Melty était dubitative. J’ai plutôt l’impression qu’il se met en position de combat.

—On dirait surtout qu’il nous fait signe d’arrêter. Euh, petite question : les dragons sont-ils vraiment intelligents ? Genre, capables de communiquer ?

Le dragon pointa désespérément l’un de ses doigts minuscules vers moi, comme pour dire :

Ouais, ça !

—Je n’ai jamais entendu d’histoires de ce genre… dit Melty.

—Il comprend clairement ce que je dis. Pas vrai ? demandai-je au dragon.

Le dragon hocha la tête.

—Tu vois ? Regarde ça !

—Quoi…

L’expression de Melty était on ne peut plus déconcertée, ce qui se comprenait. Les dragons étaient censés être méga puissant et dangereux. Mais dans mon monde à moi, il y avait des tonnes de fictions mettant en scène des dragons doués d’intelligence. Était-ce différent dans ce monde-ci ?

—Essaie de lui parler, l’encourageai-je. Vas-y.

—Alors… lève ta main droite, s’il te plaît, demanda-t-elle.

Curieusement, le dragon ne sembla pas comprendre ce qu’elle disait. Il pencha la tête, ne sachant que faire.

—Tu ne comprends pas ce qu’elle dit ? Elle veut que tu lèves la main droite.

Le dragon hocha la tête et leva la main droite.

Attends…

—Je crois qu’il ne comprend que moi, dis-je.

—Vraiment ?

Le dragon me pointa de nouveau du doigt, comme pour dire :

Exactement !

—Tu peux parler aux dragons, maintenant ? C’est forcément une nouvelle compétence, observa Melty.

—C’est plutôt génial, mais je doute de pouvoir m’en servir souvent.

Inutile de me demander comment ou pourquoi c’était arrivé. Mes capacités restaient une énigme, même pour moi. Cependant, s’il fallait avancer une raison, je pouvais hasarder une hypothèse éclairée.

—Quand je suis arrivé dans ce monde, j’ai pu communiquer avec tout le monde, alors même que j’étais un Visiteur Légendaire.

—C’est vrai.

—Et pour une raison ou une autre, je peux lire et écrire la langue d’ici. Je ne devrais pas en être capable.

—Ah, je vois. Donc, en tant que Visiteur Légendaire, tu peux parler, lire et écrire toutes les langues de ce monde ?

—C’est possible. Qu’en penses-tu ?

—Euh, moi ? répondit le dragon d’une voix féminine. Comprends-tu mes paroles, humain ?

À mes oreilles, le dragon parlait d’une voix de fille tout en rugissant. Quelle puissance vocale ! Aïe, mes pauvres oreilles.

—Pourrais-tu parler un peu plus doucement ? demandai-je. Et puis, ton haleine empeste.

—De quoi ?! Comment oses-tu employer un tel langage avec une demoiselle telle que moi, humain !

Le dragon ouvrit la gueule, stupéfait. Ses crocs avaient l’air bien aiguisés.

—Kousuke, je commence à trouver ça dangereux, dit Melty.

—Mais non, mais non. Elle parle normalement. Je me tournai de nouveau vers le dragon. Dis, penses-tu pouvoir nous laisser passer ? demandai-je.

Soudain, le dragon découvrit ses crocs et ricana.

—Tu cherches à traverser mon territoire, humain ? Ne tiens-tu donc pas à la vie… ?

—Bon, tant pis, cette chose est peut-être malfaisante. Melty, fais ton affaire.

—Comme tu veux !

Melty s’avança, le sourire aux lèvres, les mains luisant d’un éclat redoutable.

—Attendez, attendez, je vous demande pardon ! hurla le dragon. C’est une overlord, n’est-ce pas ? Elle est terriblement dangereuse ! Je ne veux pas être blessée ! Je ne veux pas mourir !

Qu’était devenu ce ton hautain ? Et maintenant, on fait quoi ?


—Pourrais-tu m’expliquer comment on s’est retrouvés à déjeuner avec un dragon ? me demanda Melty.

—Allons, allons. J’ai une idée.

—C’est délicieux !

Le dragon leva les yeux au ciel et poussa un rugissement d’enthousiasme. Notre table de salle à manger était un bloc de bois de deux mètres de haut, deux mètres de long et deux mètres de large. Dessus s’entassaient des hamburgers que le dragon s’enfournait dans la gueule.

—Et c’est quoi, cette idée ?

—Regarde, dis-je. Si tout se passe bien, on pourra raccourcir considérablement notre voyage… Je me retournai et m’adressai au dragon. Hé, prends quelque chose à boire.

—À boire ?

—C’est de l’hydromel elfique. Tiens, prends-en un peu.

Je sortis la bouteille de mon inventaire, retirai le bouchon et la tendis au dragon. Elle renifla la bouteille, la saisit d’une main et en but une gorgée.

—Délicieux ! Et si doux !

Le dragon se mit à marteler le sol avec sa terrifiante queue en forme de masse, tout heureux. De l’autre main, elle attrapa un nouveau paquet de hamburgers.

—Hé, où sont passées tes manières ?

—Ah, mes excuses, humain.

Le dragon jeta les hamburgers écrasés dans sa gueule et lécha le ketchup sur ses doigts. C’était tout aussi grossier, mais peu importe.

—Je vais manger, moi aussi, dis-je.

—Bah… grommela Melty. Très bien.

Nous nous joignîmes au dragon pour le repas. Le meilleur moyen de se rapprocher de quelqu’un, c’est de partager un repas, pas vrai ? Elle nous observa avec grand intérêt pendant que nous mangions nos hamburgers.

—C’est plutôt étrange que les humains et les dragons mangent la même chose, observa-t-elle.

—Ah bon ?

—Kousuke, qu’est-ce qu’elle dit ?

—Elle trouve bizarre qu’on mange tous la même chose, expliquai-je à Melty.

—J’imagine que c’est vrai, dit Melty en hochant la tête.

L’était-ce vraiment ? Les humains, les chiens et même les ours sauvages pouvaient tous se régaler de hamburgers.

La nourriture était universelle.

—Mais c’est délicieux, non ?

—Tout à fait ! Es-tu un mage, humain ? Comment peux-tu produire des choses à partir de rien ?

L’hydromel avait dû faire son effet, car le dragon s’était mis à rugir joyeusement en me bombardant de questions.

Pouvait-elle faire moins de bruit ?

—Je suis un Visiteur Légendaire, alors je suis un peu spécial. Cela dit, je suis le seul à pouvoir faire des hamburgers.

—Tu… quoi ?

Le dragon resta muet, sous le choc. D’autres pouvaient faire quelque chose de similaire, mais pas exactement la même chose, ni en aussi grande quantité d’un coup. Du moins, pas dans ce monde.

—Tu en veux encore ? demandai-je.

—Avec plaisir, oui.

—Aimerais-tu en manger tous les jours ?

—Ça me plairait.

—Alors, tu veux venir avec nous ? Je suis le seul à savoir préparer ces hamburgers

Le dragon acquiesça trois fois.

—J’aimerais beaucoup.

Parfait, la nourriture avait fait son effet.

—Euh, Kousuke, dit Melty en retenant son souffle. J’ai un mauvais pressentiment.

—Ha ha ha, tu te fais des idées !

Melty devinait où tout cela allait nous mener en nous observant, le dragon et moi, mais je faisais mine de rien. Une fois le repas terminé, elle eut droit à une vraie surprise.


—C’est sans précédent, déclara Melty.

—Ah bon ? Je pensais qu’il existait des légendes sur ce genre de choses.

—C’est certain que je n’en ai jamais entendu auparavant.

—Hum.

Je tirai sur la corde aussi fort que possible pour m’assurer qu’elle tenait bien, et le sol trembla violemment.

—Ça gratte, déclara Grande.

—J’ai dû la fabriquer à la va-vite, alors fait avec pour l’instant. Une fois à Arichburg, je t’en confectionnerai une plus confortable.

—Mmm.

Le sol poussa un soupir, comme s’il s’était résigné. Enfin… pas vraiment le sol.

C’était le dragon, celle qui s’était gavée de tous ces hamburgers. J’avais fixé une corde de sécurité à ses écailles et de nous préparer pour un vol à travers le ciel. Nos déplacements sur son dos donnaient au dragon comme des démangeaisons, si bien que de temps à autre elle secouait tout son corps, interrompant le travail.

—Je n’arrive pas à croire que l’idée de monter un dragon t’ait seulement traversé l’esprit, ajouta Melty.

—C’est un thème assez courant dans les romans fantastiques… euh, dans les récits d’aventures.

—Hein ? Il y a des dragons dans ton monde ?

—Non, pas du tout. Pour nous, ce sont des créatures imaginaires. Cela dit, il existait autrefois des créatures qui leur ressemblaient.

Les gens ont sans doute imaginé les dragons après avoir découvert des ossements de dinosaures.

—Vraiment ?

—Un de ces jours, quand nous aurons le temps, je te raconterai tout ça. Bon, nous sommes prêts ! Grande, envole-toi !

—Comme il te plaira. Accrochez-vous bien, les humains.

Le dragon n’avait pas de nom, alors je l’appelai Grande. Elle déploya ses ailes et poussa un rugissement, soulevant un vent puissant.

—Pfiou ! Ça décoiffe !

Dès que le vent vint heurter les ailes de Grande, son corps massif commença à s’élever dans les airs. On aurait dit que les dragons étaient comme les harpies : ils utilisaient la magie du vent pour voler plutôt que de battre des ailes. À vrai dire, je parierais que les dragons en usaient bien davantage. Le vent qui entourait Grande n’avait rien de commun avec ce que les harpies avaient jamais produit. C’était difficile de garder les yeux ouverts.

Au bout d’un moment, le vent ascendant se calma et Grande se mit à planer à travers le ciel à une vitesse assez prodigieuse. Et pourtant, le vent ne nous frappait pas du tout… Pourquoi ?

.

—Alors, humain ? Ma magie qui repousse le vent est impressionnante, n’est-ce pas ?

—Oui, c’est génial ! Tu es incroyable, Grande.

—N’est-ce pas ? Père et Mère ont tous deux loué mes talents.

Je me retournai pour vérifier l’état de Melty, qui était livide et tremblait. Elle avait peut-être le vertige.

—Tu sais où se trouve Arichburg ? demandai-je à Grande.

—Si tu fais référence à la grande colonie humaine, oui : je l’ai aperçue de loin.

—Parfait. Bon sang, quelle vue incroyable !

—Hihi, n’est-ce pas ? C’est un monde normalement réservé aux dragons et aux oiseaux. Profites-en bien.

—Et comment !

Il fallait que je contacte Sylphy tant que je le pouvais encore. Sinon, les choses allaient tourner au chaos dès notre arrivée à Arichburg. Bon sang, ils risquaient même de nous abattre. Depuis la veille, nous n’avions pas réussi à joindre les slimes de Merinesburg, ce qui voulait dire que nous serions bientôt à portée d’Arichburg.

Tout le monde allait être drôlement surpris en nous voyant rentrer à la maison sur le dos d’un dragon. J’avais hâte de voir leur réaction.

  1. Ref : Il parle là du Diablo dans la série Monster Hunter ↩

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