Deux lézards géants se faisaient face, plongés dans une atmosphère pesante. L’un d’eux était robuste et portait un uniforme militaire au col rigide. À en juger par sa stature, il devait s’agir d’un mâle. D’après l’élégante robe portée par le second lézard, on pouvait deviner qu’il s’agissait d’une femelle.
Ils étaient restés silencieux, sans échanger le moindre mot.
Derrière eux s’étendait une rangée de vieux bâtiments historiques en pierre. Ils se trouvaient sur un pont voûté surplombant les cours d’eau traversant la ville. Le soleil était couché depuis longtemps, et la faible lumière des lampes à gaz les éclairait dans l’obscurité. Il n’y avait aucune trace d’une autre âme humaine – enfin, non, évidemment qu’il n’y en avait pas – mais sans le moindre signe d’une autre présence, on aurait pu croire que le monde entier avait disparu, ne laissant qu’eux deux.
La langue du lézard mâle sortit de sa bouche. Les yeux ronds de la femelle s’écarquillèrent de surprise. Une certaine intention avait visiblement été communiquée à travers ce simple geste. Les deux se rapprochèrent doucement, ressentant la chaleur de l’autre – était-ce une chose courante chez ces créatures à sang froid ?
Comme pour respecter leur rendez-vous romantique, la lumière des lampes à gaz vacilla, puis s’éteignit. L’obscurité de la nuit se répandit, enveloppant délicatement les deux amants. Puis l’histoire s’acheva dans le calme…
Tink.
Lorsque la représentation du jour prit fin, la lumière scintillante des cristaux emplit de nouveau la salle de projection.
—Hmm.
Pannibal hocha la tête, comme si elle avait compris quelque chose.
—Ooh.
Collon sembla quelque peu impressionnée.
—Wow…
Les yeux de Tiat brillèrent d’admiration.
—…
Lakhesh resta bouche bée.
Il était en fait choquant de voir que les petits, qui couraient toujours avec tant d’énergie autour de l’entrepôt des fées (le nom de leur logement), étaient devenus tranquillement absorbés par l’histoire, chacune exprimant une émotion différente.
Willem assit à côté d’eux, se pressant les tempes pour lutter contre un léger mal de tête.
(…Je n’ai aucune idée de ce qui vient de se passer…)
Tout ce qu’il comprenait, c’était que la projection qu’ils venaient de regarder était censée être une histoire d’amour. Mais il ne pouvait en saisir davantage.
Dans les histoires d’amour, le public devrait normalement pouvoir éprouver de l’empathie envers l’un des personnages, ou du moins apprécier la beauté du casting masculin et féminin. Mais il s’agissait là d’une représentation étrange, où tous les personnages étaient des lézards, ce qui rendait ces deux formes d’appréciation particulièrement difficiles.
Le mur séparant les races de semifer était décidément très épais.

Comme leur nom l’indiquait, les cristaux enregistreurs étaient une sorte de quartz spécial capable de saisir un extrait du paysage environnant et de l’enregistrer. En fonction de la classification, de la précision de la taille et de la pureté des pierres elles-mêmes, la qualité et la quantité des images projetées variaient. En projetant de la lumière dans une direction précise et avec une longueur d’onde spécifique, la scène enregistrée pouvait être projetée à l’extérieur. En modifiant légèrement l’angle, il était même possible de sélectionner les images projetées, et grâce à cette méthode, on pouvait faire défiler les séries d’images enregistrées de manière réaliste lors de la lecture. L’équipement nécessaire n’étant pas très coûteux, il était courant d’installer des cristaux de taille moyenne ou inférieure dans les salles de projection des villes, ce qui était plutôt intéressant.
Toutefois, les aspects techniques importaient peu. L’essentiel était que cette technologie existait sur Regule Aire et que la culture de la projection enregistrée s’y développait rapidement.
Si la salle de projection locale possédait tous les cristaux d’enregistrement nécessaires, n’importe qui pouvait assister à un spectacle sans avoir à se rendre jusqu’au théâtre de la grande ville. Certes, les spectacles n’avaient pas de son et les images n’étaient pas très nettes, mais au moins, ils existaient. Ces projections avaient joué un rôle majeur dans la diffusion de la fiction au sein de Regule Aire, mais…
Il sortit de la maison de projection en entraînant les quatre petits
.
—C’était merveilleux ! s’exclama Tiat, l’air pétillant autour d’elle.
—Adultes ! s’exclama Collon d’une voix insensée.
—Mm-hmm ! Pannibal souffla, redressant les épaules.
—Un jour, moi aussi… Lakhesh se pâma, le regard dans le vide.
Willem fut le seul à soupirer, les épaules tombantes.
Il n’y avait pas très longtemps que ces filles étaient « nées » en tant que fées. Comme elles avaient l’air et se comportaient comme des enfants n’ayant pas plus de dix ans, Willem devait les accompagner en tant que gardien lorsqu’elles voulaient se rendre à la maison de projection.
Et c’est ainsi qu’il s’était retrouvé à accompagner les quatre filles.
—Je suis épuisé…
L’apparence des Leprechauns était similaire à celle des « sans traits ». Elles n’avaient ni cornes, ni crocs, ni écailles, ni oreilles d’animaux, et elles ressemblaient étrangement aux emnetwiht qui fleurissaient jadis sur le continent.
La seule différence était que la plupart d’entre eux avaient des cheveux et des yeux de couleur vive. Alors pourquoi avaient-elles ressenti cela après avoir vu une histoire d’amour avec un lézard ? Peut-être était-ce leur sexe. Ou leur âge. Ou la différence de génération. Ou peut-être que tous ceux qui étaient nés sur Regule Aire appréciaient naturellement ce genre de choses, et qu’il était la seule exception. Ugh, il n’y a plus aucune décence dans ce monde.
—Hum, il y a un problème ?
Il avait entendu une voix attentionnée venant de quelque part en dessous de lui. Lakhesh le regardait fixement, pensant probablement que quelque chose n’allait pas.
—Courage, Willie !
Au moment où il pensait que quelque chose allait se précipiter sur son dos, les petits bras et les petites jambes de Collon grimpèrent rapidement le long de son coude droit et sur son épaule. Elle était vraiment adroite avec son petit corps.
—Yah ! Il faut avoir du cran ! Du cran !
—Hmm, si tu vises l’artère carotide, ce sera parfait.
—S-s-s-stop ! Collon, descends vite, et Pannibal, arrête de l’encourager comme ça !
Oui, Lakhesh était une bonne fille. Et Collon et Pannibal étaient de mauvais enfants. Eh bien, il était important que les enfants soient énergiques, donc dans ce sens, ils étaient tous de bons enfants. Au fait, ce mouvement m’a fait très mal, alors comment vais-je faire pour l’enlever ? Son esprit, encore légèrement douloureux, était vide alors qu’il pensait à tout cela.
…A ce moment-là, il sentit les yeux de quelqu’un qui le fixaient dans le dos, et il se tourna vers la dernière fille.
—Tiat, qu’est-ce qui ne va pas ?
—Hein ?
—Tu penses à quelque chose ?
Elle sembla surprise un instant, comme si elle ne s’attendait pas à ce qu’il l’appelle.
—Eh bien, euh… Je pensais que peut-être, la raison pour laquelle tu as été si déprimée ces derniers temps, c’est à cause de nos aînés…
—Vos aînés ? Oh, tu veux dire Chtholly et les autres ?
—Oui.
C’était intéressant. Il était un peu étrange d’utiliser le mot « ainés » pour désigner des personnes qui étaient essentiellement des membres de la famille. Mais ces fées étaient toujours membres de la Garde – plus précisément, elles étaient des atouts militaires. Bien qu’ils soient très différents les uns des autres, il n’était pas étrange qu’ils témoignent d’un certain respect pour leurs aînés.
—Eh bien, oui, je suppose. Il répondit honnêtement, pensant qu’il n’avait aucune raison de le cacher. — Hein ?
Pour une raison inconnue, Tiat éleva la voix de surprise.
—En fait, cela me rend anxieux. J’ai même fait un rêve bizarre ce matin parce qu’elles ne sont pas revenues.
—Même dans tes rêves
?!
—Whoa…
Tiat (et, pour une raison inconnue, Lakhesh) ont été éblouis. Elles avaient fait les mêmes grimaces que dans la salle de projection, en regardant l’histoire d’amour des lézards.
—…Attendez, les filles. A quoi pensez-vous ?
—Tu as donc caché ta douleur en attendant le retour de ta bienaimée ?
—Wow… Amour adulte…
Il n’avait aucune idée de ce dont elles parlaient.
—Ooh, un adulte heureux !
—Une confession sincère au milieu de la circulation. Tu es courageux, Monsieur le Directeur.
Il était encore moins sûr de savoir de quoi parlaient les deux derniers. Mais surtout, son bras droit captif commençait à lui faire mal.
—C’est normal de s’inquiéter pour sa famille. L’amour et tout ça, ce n’est pas quelque chose pour lequel il faut se montrer si arrogant. Tu ne t’inquiètes pas du tout pour eux ?
—Pourquoi ?
—Comment ça, pourquoi ?
—Même si nous n’étions pas inquiets, ils rentreraient sains et saufs. Et s’il s’avère qu’ils ne peuvent pas revenir, s’inquiéter ne résoudra rien, a déclaré Tiat.
Elle avait raison. Ces filles étaient des fées, des êtres destinés à être sacrifiés à la guerre. C’était peut-être pour cette raison qu’elles n’étaient pas particulièrement attachées à leur vie. Cette indifférence s’étendait-elle également aux vies des autres races ?
(Je suppose que Chtholly avait brisé ce modèle, d’une certaine manière).
Chtholly avait affirmé qu’elle ne voulait pas mourir. Même si elle ne l’avait pas explicitement formulé, son comportement indiquait clairement qu’elle ne voulait pas mettre en danger les petites fées.
Aux yeux de Willem, la peur ressentie par Chtholly était une bonne chose. Ce sentiment était beaucoup plus proche de celui d’une « emnetwiht » que celui de Willem lui-même, qui ne trouvait plus aucun intérêt à vivre dans ce monde. Il ne l’avait pas remarqué, mais c’était peut-être pour cette raison précise qu’il avait fini par la soutenir.
—Ce n’est pas pour cela qu’il faut s’inquiéter.
Comme il ne pouvait pas bouger son bras droit, il se tordit pour placer sa main gauche sur la tête de Tiat.
—Tu comprendras bien assez tôt.
—H-hey ! Ne me traitez pas comme un enfant !
—Au moins, Chtholly était inquiète. Pour toi.
—…Elle l’était ? Pourquoi ?
—Parce qu’elle est adulte, je pense. Plus que toi, en tout cas.
Tiat gonfla ses joues en soufflant.
Très bien ! Alors on s’occupera d’eux aussi !
Elle fit face au ciel bleu, hurlant une déclaration qui ne fit pas vraiment mouche.
—Yeah !! Collon applaudit, comme si elle n’avait pas tout à fait compris.
—Bonne chance, ajoute Pannibal, comme si cela n’avait pas beaucoup d’importance pour elle.
—Adultes… Ainsi, Mlle Chtholly est vraiment une adulte aux yeux de M. Willem…
Lakhesh se pâma tandis qu’elle murmure quelque chose pour elle-même. Il ferait comme s’il n’avait rien entendu.
—Er, Collon. J’ai l’impression que mes ligaments et tout le reste sont sur le point de se rompre. Descends.
—Je ne t’ai pas encore entendu crier tonton !
—Ohhh, tonton, tonton.
—Woo !
Glissement. Collon sauta légèrement en bas.
Un vent froid soufflait sur la ville. Son corps frissonna légèrement, à son insu. Le ciel était haut au-dessus d’eux, avec quelques nuages ici et là. Les saisons commençaient lentement à changer.

Les installations se trouvaient au cœur de la forêt, sur l’île n° 68. Il s’agissait de logements suffisamment grands pour que près de cinquante personnes puissent y vivre ensemble. A en juger par les apparences, il s’agissait d’un bâtiment en bois de deux étages qui semblait assez ancien. Juste à côté, il y avait une minuscule potagère et un parterre de fleurs bien entretenus et un peu plus loin se trouvait un terrain de loisirs, un peu trop petit.
Officiellement, ce lieu était un « entrepôt » destiné à stocker les armes secrètes de la Garde. Personne n’était censé y habiter, hormis le strict minimum de personnel requis pour gérer les équipements. Évidemment, la réalité différait de ce qui était prévu sur le papier : plus d’une trentaine de fées y vivaient au quotidien.
Ces filles, considérées officiellement comme de simples objets, menaient pourtant leurs journées avec une telle énergie et une telle joie qu’il était impossible de les considérer seulement comme des armes.
Sur le toit de l’entrepôt, une grande quantité de linge séchait en flottant au vent.
Oooh, le temps se gâte.
Une femme regardait le ciel en tenant contre sa poitrine un drap qu’elle venait de retirer du séchoir.
—Bonjour, être délicieux. Si tu n’as rien de mieux à faire, pourquoi ne m’aides-tu pas ?
—Je vais t’aider, alors arrête de m’appeler comme ça.
—Quoi ! C’est le plus grand compliment de mon peuple !
—Tu dois rétudier la langue officielle du groupe d’îles à partir de zéro, tout de suite. »
Willem répondit par une plaisanterie et souleva le panier tressé qui se trouvait à côté de lui et commença à y placer les linges les plus proches.
Le vent était légèrement humide. La pluie approchait.
—Boo. J’ai l’impression que tu as été grossier avec les trolls ces derniers temps, Willem.
La femme gonflait ses joues comme une petite enfant. Willem sentit sa joue tressaillir légèrement en réalisant à quel point ce geste lui allait bien. Nygglatho faisait partie du « strict minimum de personnel nécessaire à la gestion des actifs », mentionné précédemment.
Elle semblait avoir une vingtaine d’années. Elle était grande, ses yeux se trouvant quasiment à la même hauteur que ceux de Willem. Elle était aussi très féminine, affectionnant particulièrement les tabliers élégants et les robes à volants.
Bien sûr, elle n’était pas une fée. Comme elle aimait à le préciser elle-même, elle était un troll. Une race imposante et démoniaque qui vivait aux côtés des humains, échangeait volontiers des sourires avec eux, et les dévorait joyeusement
—Ne dis pas ça comme si c’était une blague. J’ai été grossier avec toi depuis le jour où je t’ai rencontré.
—Quelle horreur ! Que dois-je penser d’un homme qui dit cela sérieusement ?
Des nuages cendrés commencent à s’étendre faiblement dans le ciel. Ils devraient se dépêcher. Ils empilèrent d’autres draps sur la montagne de linge débordant du panier.
—Tu n’as pas à t’inquiéter. Tu es la seule personne dans ce monde entier avec qui je peux agir comme ça.
—Hmm. C’était une étrange phrase de drague. Je pense que mon cœur vient de sauter un battement.
Je le répète, toi et tous les vôtres devez réapprendre la langue officielle de cette île.
—Mais tu parles si gentiment à Chtholly et aux autres Plop – une seule goutte de pluie laissa une tache grise à ses pieds.
—Allez, bouge tes mains, pas ta bouche.
—Je sais, je sais !
Ils s’empressèrent d’enlever le linge. La pluie se déversa comme d’un seau renversé. Des nuages sombres, semblant venir de nulle part, couvrirent tout le ciel. Bien qu’il soit encore tôt dans la journée, il faisait nuit noire dehors.
—Juste à temps. Nous aurions dû tout laver à nouveau si nous avions pris plus de temps.
Ils avaient fini de ranger le linge et se dirigeaient maintenant vers la chambre de Nygglatho, sur sa suggestion de faire une pause thé.
—Et de quoi as-tu besoin ? demanda soudain Nygglatho en allumant la cheminée.
—Hein ?
—Tu n’es pas venu me voir sur le toit parce que tu avais besoin de quelque chose ?
—Oh…
Maintenant qu’elle l’avait mentionné, elle avait raison.
—Eh bien… Je me demandais juste, on ne devrait pas tarder à savoir si elles vont bien, non ?
—Oh, tu veux dire Chtholly et les autres ?
C’était tout à fait exact. Il acquiesça silencieusement.
—Je crois avoir entendu dire que ce combat serait exceptionnellement long.
—Je l’ai entendu aussi, mais ça fait deux semaines ! On ne devrait pas avoir des nouvelles, savoir si elles vont bien ou combien de temps ça va encore prendre ?
—Non
—Pourquoi cette réaction immédiate ?!
—Pourquoi ? Eh bien, c’est comme ça… Veux-tu entendre les détails
?
Il s’assit en silence sur la chaise qu’elle lui désigna du regard. Elle commença à placer le service à thé, qui semblait être apparu comme par magie, sur la petite table.
Tu connais l’ennemi des filles, Timere, n’est-ce pas ?
—Seulement les informations inscrit dans les rapports. Ses propriétés sont inconnues, c’est une chose tenace, et sa taille et sa force sont directement proportionnelles.
—Oui. Il est si tenace parce qu’il grandit et se divise rapidement. Peu importe le nombre de morts, il utilise son propre cadavre comme bouclier et crée un nouvelle être à partir de ces entrailles qui ne sont pas encore mortes. De plus, il devient un peu plus fort à chaque fois. Cependant, s’ils se battent contre ses petits morceaux comme ils le font toujours, il atteindra sa limite de division si elles persévèrent et tuent chaque morceau au moins dix fois. Mais sa taille actuelle pourrait facilement dépasser les deux cents couches, alors cela prendra du temps.
Bien sûr, les filles ne se battraient pas vingt-quatre heures d’affilée chaque jour. Elles arriveraient parfaitement préparées, sachant que la bataille serait longue. Une grande partie des forces d’artillerie des hommes-lézards accompagnerait les fées afin de leur permettre de se reposer.
Même s’il était tentant de dire aux lézards musclés de se battre seuls, l’ennemi ne pourrait pas être endommagé de manière substantielle sans les fées équipées de Carillon, et puisque c’était la raison même de l’existence des fées, il n’y avait pas grand-chose qui pouvait changer cela.
—Puisque nous avons décidé de ne pas laisser Chtholly ouvrir les portes de la patrie des fées, il s’agit seulement de savoir s’ils peuvent continuer à se battre jusqu’à ce qu’ils aient démantelé la dernière Timere. Cependant, il n’y a aucun moyen de savoir combien de fois Timere peut se diviser et combien ils en ont détruit jusqu’à présent. C’est pourquoi il est impossible de savoir combien de temps durera le combat.
Nygglatho avait continué, déclarant à la légère que cela se terminerait un jour, et que puisqu’ils avaient réussi à la dominer avec une puissance de feu de base, les chances n’étaient pas trop mauvaises.
—Alors ils devraient au moins nous prévenir s’ils vont bien.
—Ils ont couvert la zone avec des campements de contrôle stratifiés, donc sans dirigeables, les cristaux de communication ne fonctionneront pas non plus. Et en plus, les courants d’air autour de la zone sont irréguliers, donc l’option de faire travailler des races ailées est également exclue. Tout ce que nous pouvons faire, c’est confirmer de très loin que le combat se poursuit.
Nygglatho tripota ses cheveux roux, les faisant tourner autour du bout de son doigt.
C’est apparemment la raison pour laquelle nous ne recevons aucun contact lorsque les filles se battent. J’ai posé presque exactement les mêmes questions que toi lorsque je suis arrivée ici. Et la réponse que j’ai obtenue était presque la même que celle que je t’ai donnée. Y a-t-il autre chose que tu veux me demander ?
—…Non.
Il baissa les épaules.
—Tu as l’air terriblement calme à ce sujet en ce moment. Tu as l’habitude ?
Nygglatho poussa un profond soupir.
—Pas tout à fait. Mon cœur bat la chamade. Je n’ai pas d’appétit.
Il aurait été ravi d’entendre cela s’il l’avait sorti de son contexte.
—Mais quelle que soit la raison, les anciens ne devraient pas être les premiers à paniquer alors que le les plus petits vaquent à leurs occupations, n’est-ce pas ?
—Bien sûr.
La bouilloire sur le feu commença à faire de la vapeur. Il observa Nygglatho du coin de l’œil tandis qu’elle s’affairait à préparer le thé et marmonna d’un air maussade :
—Je n’imaginais pas qu’il serait aussi difficile de se contenter d’attendre.
Nygglatho fit passer un sourire sur son visage inquiet.
—Glick m’a dit qu’au début, tu disais des choses si simples. Que tu faisais confiance aux enfants, et que tu accepterais donc n’importe quelle issue.
—Pas seulement au début. Je n’ai pas changé d’avis depuis. Mais… je ne pensais pas que cela prendrait autant de temps à l’époque. Je ne suis ni mal à l’aise, ni déprimée, ni rien d’autre. Je commence juste à m’inquiéter.
—Tu commences à t’inquiéter ?
—Je commence à m’inquiéter. Il y a un problème avec ça ?
—Rien de mal ou de bien, j’ai juste l’impression que ton image de personnage cool et énigmatique commence à s’effriter à nouveau.
Un air pensif traversa son visage.
—Oh, je vois, je comprends. En fait, tu es du genre à ne pas pouvoir faire front à moins que ce soit sur ton propre territoire, n’est-ce pas
?
Gh-
—C’est pourquoi tu ne sais pas quoi faire dans les situations auxquelles tu n’es pas habitué et tu ne peux que courir dans tous les sens. Tu es tout à fait le stéréotype d’un garçon qui n’a pas confiance en lui.
—Urgh-
C’était une bien piètre façon de dire les choses, mais malheureusement, il ne pouvait pas la contredire. Nygglatho croisa les bras sur le bureau et posa son menton dessus.
—Si troublé et si accablé. Je m’amuse tellement à te regarder en ce moment, dit-elle en lui déchirant le cœur avec désinvolture.
—Tu es un démon.
—Je suis un démon. Tu as été méchant avec moi tout à l’heure, alors je me venge.
Le troll tira la langue d’un air taquin.
—Permets-moi de te dire, pendant que tu me traites comme un démon, que si tu restes inactif dans ces moments-là, ton esprit ne cessera jamais de tourner en rond. Une façon d’y remédier est de changer d’environnement ou même de te submerger de choses à faire.
—Je connais tes motivations. Tu veux que je demande du travail, n’est-ce pas ?
—C’est exact.
Le démon sourit d’un air satisfait, pensa Willem. Même si leur échange semblait léger, il y avait une part de vérité dans les propos de cette femme. S’inquiéter pour Chtholly et les autres n’était pas mauvais en soi. Toutefois, il avait initialement prévu de passer ses journées comme d’habitude. Il allait donc les attendre, exactement comme sa famille l’avait attendu autrefois à l’orphelinat aujourd’hui disparu.
Il y avait donc une bonne raison de maintenir ce plan. Ainsi, il pourrait attendre, immobile, leur retour à la maison.
—Très bien. Qu’est-ce que tu vas me faire faire ?
Lorsqu’il répondit par l’affirmative, Nygglatho frappa ses mains l’une contre l’autre.
—C’est un peu loin, mais il y a un endroit que je veux que tu visites, dit-elle
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