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Chapitre 8

Ce jour, il y a fort, fort longtemps

Traduction · Angeloids, Relecture · Angeloids, Édition · JGarden. Lecture ~5 min

SukaSuka, Tome 1, Chapitre 8 — illustration
SukaSuka, Tome 1, Chapitre 8 — illustration

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Ce jour, il y a fort, fort longtemps

Un long combat touchait à sa fin. Le soleil s’était couché et levé trois

fois encore. L’océan envahit l’espace qui fût autrefois occupé par les montagnes, formant ainsi une vaste baie. Les flammes du purgatoire, dévastant la cime des arbres ne semblaient pas s’apaiser, continuant de répandre la mort et les cendres sur son passage. D’innombrables fragments de métal jonchaient le sol, épars. Si un connaisseur examinait la scène attentivement, cela aurait été évident qu’il s’agissait là de débris de talismans. La majorité avaient été une partie du talisman de Dispersion, créée selon les principes artisanaux les plus sophistiqués de l’atelier central du Saint Empire.

Les éclats de bronze flottant au gré des courants de la baie, étaient des éléments du talisman d’apaisement des maladies, transmis au sein de la fédération des sables germano de l’ouest. Le fer en fusion, rougeoyant et scintillant sur les arbres, était, il y a de cela quelques jours, l’un des secrets de l’école magique de Selenzrode, le talisman de Protection du destin. C’était une collection majestueuse qui comprenait l’apothéose de la magie offensive de l’humanité toute entière, tirant ses origines du monde entier. Ils avaient tous été utilisés, maintenant détruits sur le sol.

—Bon sang, c’est que tu en as pris du temps.

Le jeune homme sentait qu’il n’avait plus l’énergie pour ne lever ne serait-ce qu’un doigt. Il jeta son épée brisée et prit place sur un rocher à proximité.

—Personne ne m’avait dit que j’allais devoir en faire autant pour l’emporter.

—Je devrais être celui qui dit ça, petit.

L’air vibra à cette voix rocailleuse semblant venir du plus profond des abysses.

—Toutefois… Je ne peux que reconnaître que vous avez suivi votre propre voie jusque-là, mettant à l’épreuve cette vie de pénitence qu’est la vôtre.

—Cela ne me rend pas heureux pour autant. Ta reconnaissance ne m’accordera pas plus de temps… En plus, tu es bien loquace, mais tu n’es pas censé être mort ?

—En effet, même moi, avec mon physique en piteux état, dois plonger ce corps dans le silence de la mort durant un siècle. Ce qui communique avec vous, pour le dire simplement, est mon écho.

—Oh, c’est rassurant.

Onze épées de série Perceval avec sept sorts runiques, “aiguisées” au point de destruction. Il s’est même forcé à utiliser les dernières techniques d’épées de brave, ce qui était formellement interdit. Si tout cela ne l’avait pas tué, il n’aurait rien pu faire de plus.

—Je le dis en toute acceptation, mais quel récit tragique. Vous avez tant de puissance tout seul, bien que vous soyez en totale impuissance. C’est vraiment… très effrayant. Si vous aviez utilisé ce pouvoir dans le royaume des Hommes, vous auriez pu réduire en cendres deux ou trois royaumes en une nuit. Mais bien sûr, il semblerait que chaque pouvoir ait un coût.

Le jeune homme renifla. De longs filaments de brumes l’entouraient. Alors qu’ils augmentaient lentement en nombre, ils se rapprochèrent de son corps, comme pour se lier à lui.

—C’est l’ampleur de ce sort. La réaction devient une malédiction et tourmente le lanceur. Il suffit d’en lancer un seul pour briser le corps d’une personne, et il ne serait pas surprenant que son âme disparaisse également. En lancer sept, et c’est le risque d’être en proie à une agonie indicible.

—Si je dois mourir, peu importe que j’en lance un ou sept, et si je ne peux plus me battre, peu importe la douleur et la souffrance.

—Cette logique est douteuse.

—Les gens me le disent depuis des années, mais le fait de l’entendre de la bouche d’un vrai monstre me donne une impression un peu différente.

La voix émit un ricanement

—Vous ne pouvez pas vous opposer aux dieux sans prendre de telles mesures, hmm ? L’heure de la séparation a sonné. Je vais maintenant dormir paisiblement pendant un siècle.

—Dépêche-toi et casse-toi d’ici. Au moins que ma mort soit paisible.

—Très bien. Je reconnais que c’est votre droit en tant que vainqueur…

La voix s’estompa et, en même temps que la sensation étouffante qui entourait le jeune homme, elle s’évanouit dans le vent.

—Hé, t’es déjà mort ?

Demanda-t-il, sans qu’il n’y ait eu de réponse. Il y avait un creux sec sur les pieds du jeune homme. Il utilisa toutes ses forces pour lever la tête et regarder en bas. Il vit que ses chevilles et ses pieds s’étaient transformés en pierres rugueuses et épaisses.

C’est quoi ce bordel ?

Il y eut un chœur de craquements silencieux, puis le gris remonta le long de son corps. Jusqu’aux genoux. Puis par les cuisses. Jusqu’à la taille. Puis plus haut. L’une après l’autre, les sept malédictions qui auraient dû lui coûter la vie… s’entremêlèrent minutieusement, et après une série d’interférences mutuelles, elles se manifestèrent sous une forme complètement divergente. Alors que sa poitrine commença à se pétrifier, le jeune homme sourit à nouveau.

—J’avais pourtant prévu de rentrer chez moi. Comment est-ce que ça a pu arriver ?

Il regarda les cieux, et il transmit à tous les êtres qui lui étaient chers des mots qui ne leur parviendraient jamais.

—Désolé, Lillia. Rentre bien avec le maître.

—Désolé, Suowong. Je veux que tu acceptes toutes les demandes de Lillia à partir de maintenant. Emi, je… je ne t’ai rien promis. Je pense que tu t’en sortiras toute seule, mais, au moins, vis heureuse et en bonne santé.

Et cela continua…

Alors qu’il prononçait ses derniers mots, le corps du jeune homme se transforma en pierre à une vitesse affolante. Il y avait trop de noms à appeler. Il lui restait pourtant si peu de temps. Il n’y avait pas grand-chose à faire. Il passa au crible tous les noms qui lui venaient à l’esprit jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un.

—Almaria, je suis tellement désolé…

Le dernier nom choisit fut celui de sa fille, avec qui il ne partageait aucun lien de sang, qui l’attendait dans un orphelinat lointain.

—Je ne pense pas que je reviendrai pour manger ce gâteau au beurre.

Enfin, il y eut un ding silencieux. Tout ce qu’il restait fut un morceau de roche de la forme d’un garçon.

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