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Prologue

A la Poursuite De Ce Dos – A tes côtés-

Traduction · Angeloids, Relecture · Shadowadow, Édition · Angeloids / JGarden. Lecture ~9 min

SukaMoka, Tome 1, Prologue — illustration
SukaMoka, Tome 1, Prologue — illustration

Son Beau-Frère s’y était opposé jusqu’au bout. Mais ses parents et ses grands-parents étant trop enthousiastes, son Beau-Frère avait dû céder.

—Refuse immédiatement si tu ne veux pas, avait-il dit, avant de reculer avec regret.

En effet, il s’agissait d’un mariage convenance. Selon les rumeurs le garçon avait dix ans et sa fiancée en avait sept. Il avait été conduit dans un parc verdoyant, loué par les deux familles. Quelque part dans le parc se trouvait sa partenaire, une fille. Le garçon devait la trouver et la rencontrer de manière « providentielle » ; c’est ainsi que débuterait la rencontre arrangée. Elle s’approfondirait au fur et à mesure qu’ils se rapprocheraient l’un de l’autre, et finalement un mariage des plus naturels verrait le jour.

C’est vraiment stupide. Se donner tant de mal pour mettre en place cette mascarade, la qualifier d’œuvre du destin, d’œuvre de la farce plutôt ! Chaque partie du scénario, du début à la fin, n’était pas naturelle.

Il avait entendu dire que ce système avait été créé par un célèbre entremetteur qui avait déjà arrangé une centaine de mariages au cours de sa carrière. Pour sa part, le garçon en avait déjà assez de cette affaire.

Deux cents hommes et femmes ont été réunis par cette méthode incompréhensible ? Permettez-moi de vous présenter mes plus sincères condoléances. Et Souhaitez-moi bonne chance, car c’est à mon tour de subir l’épreuve.

Ces pensées se bousculant dans sa tête, le garçon descendit de sa calèche et entra dans le parc.

Dans le parc, il y avait un petit lac, entouré d’un chemin. Il remarqua également un champ de fleurs, ainsi qu’un bosquet dense qui offrait juste assez de protection contre les indiscrets. La nausée l’envahit.

Qu’est-ce que c’est ? Des tentatives futiles de créer une atmosphère romantique ?

—…Finissons-en.

Il se sentait coupable envers son frère adoptif, qui s’était donné tant de mal pour lui, mais le garçon se fichait éperdument de cette histoire. Il venait d’une famille où les garçons de son âge étaient des outils pour ce genre de mariage. Dès le début, il avait compris que l’amour et la romance étaient des rêves éphémères. Et puis il y avait l’autre question à considérer : l’âge de sa fiancée.

Sérieusement, sept ans ? Trois ans de moins que moi ?

Celui qui avait proposé cette entremise avait sans doute pensé que, puisqu’il s’agissait d’enfants, un léger écart d’âge ne posait aucun problème. Cette personne n’avait probablement rien compris. C’était une erreur typique des adultes que d’êtres si inconscients de l’énorme écart entre trois ans d’expérience de vie pour les enfants.

Chaque adulte a pourtant été un enfant un jour. Comment avaient-ils pu oublier des choses aussi élémentaires ?

… Eh bien, cela n’a pas d’importance. Où est cet enfant de sept ans, d’ailleurs ? Je vais vérifier tous les endroits romantiques un par un.

Un champ de fleurs ? Personne

Le belvédère au sommet de la colline ? Personne

La promenade balayée par le vent. Il en fit le tour complet, mais personne.

Et si, par hasard, elle …

Elle n’avait que sept ans, après tout. Une enfant. Et si elle ne comprenait pas le sens de cette farce mélodramatique ? Pouvait-elle penser qu’ils jouaient à cache-cache ?

Si c’était le cas, la situation devenait soudain problématique. Peut-être que pour renforcer l’illusion d’être tombé sur une expérience unique, il n’avait pas été informé de l’apparition de son partenaire.

Peut-être devrais-je vérifier à nouveau les autres endroits ?

—Quelle galère…

Alors qu’il se retourna, agacé, son regard croisa celui d’une petite fille pas très loin de lui.

—Ah…

—Oh…

En y réfléchissant, c’est logique. Le garçon, qui avait déjà accepté les pesanteurs du monde adulte, et cette fillette de trois ans sa cadette. Leurs points de vue sur la situation ne seraient naturellement pas les mêmes. Bien sûr, la jeune fille, contrainte d’épouser un inconnu, se méfiera de son futur compagnon.

Et bien sûr, elle essaierait de retarder le plus possible leur rencontre fatidique, tout en essayant d’observer son partenaire, ne serait-ce qu’un peu, pour se faire une meilleure idée de lui.

—Auh !

La jeune fille poussa un petit cri de détresse cri, tourna les talons et s’apprêta à fuir… mais au lieu de cela, elle marcha sur l’ourlet de sa longue robe d’apparence coûteuse et s’étala magnifiquement de tout son long. La robe coûteuse, décorée de dentelle bleu clair, fut instantanément tachée de saleté.

—Ah…ouah…

La petite fille fit de son mieux. Elle réussit à retenir ses larmes pendant quelques secondes, puis tout sortit dans un gémissement. Le garçon s’approcha d’elle, tenant un mouchoir mouillé par l’eau du lac, et essuya la saleté de son visage et de sa robe autant que possible.

L’expression de la jeune fille restait crispée et son humeur sombre, aussi, bien qu’à contrecœur, le garçon se jeta à son tour sur le sol et se roula jusqu’à ce que son costume soit aussi taché que celui de la jeune fille. Ce retournement de situation sembla surprendre la jeune fille, qui le regarda fixement avant d’éclater d’un rire joyeux.

—Alors ? demande-t-il. Maintenant, même s’ils se fâchent contre nous, nous serons grondés ensemble.

SukaMoka, Tome 1, Prologue — illustration

—Oui ! répondit-elle joyeusement.

Il y eut un bruissement, puis une queue noire et poilue sortit de sous sa robe.


La fille avait des traits d’animaux. Alors qu’elle enleva ses gants sales et commença à brosser sa robe, l’évidence s’imposa. Bien qu’elle soit née dans une famille de Sans-Marques, elle devait avoir quelque part dans sa lignée du sang d’homme bête qui s’était manifesté dans sa génération.

De la fourrure, couvrant ses mains et ses pieds. Une queue noire. De petites oreilles de chaton cachées sous son chapeau. En l’observant de plus près, le garçon s’aperçut que ses iris étaient également félines et que six fines moustaches dépassaient de ses joues.

—Bon à rien, moi aussi.

Elle parlait avec un léger accent, peut-être à cause de sa gorge différente.

—C’est un bon parti pour toi, disent-ils.

—A-ah, je vois.

Elle appartenait probablement à une famille fière, qui aurait considéré un enfant homme-bête comme un déshonneur. Il comprenait enfin pourquoi on avait tant insisté sur leur mariage. Sa famille pouvait se débarrasser de ce qu’elle considérait comme un problème tout en renforçant ses liens avec une autre famille respectable. Cela a dû leur sembler être un plan magistral.

—Tu es une personne normale, Sans Marque ? demanda-t-elle.

—Plus ou moins. Mais je préférerais ne pas qualifier mon absence de caractéristiques de normale, tu vois.

—Mais si tu n’as pas de traits, tu es comme tous les autres. Tu vis une vie normale, n’est-ce pas ?

—Ce serait une… divergence… d’opinions, je suppose. Il y a beaucoup de gens dans ce monde qui diffèrent grandement de ta mère et de ton père.

—Je ne comprends pas. Tu ne peux pas mieux m’expliquer ?

—Tu n’as que sept ans, après tout. J’ai dix ans, donc tu ne comprendrais pas par rapport à moi.

—Ce n’est pas juste ! Moi aussi, j’aurai bientôt dix ans !

—Et j’aurai treize ans. J’étudierai plus et j’en saurai plus que toi.

—U-urk !

SukaMoka, Tome 1, Prologue — illustration

La voir gonfler ses joues de façon enfantine était plutôt mignon. Bien, elle était encore bien trop jeune pour un mariage sérieux. Mais il devait l’admettre : elle était jolie.


Ils avaient fait une sorte de rencontre dramatique et la distance entre eux s’était certainement réduite. Il ne restait plus qu’à faire en sorte que les événements conduisent naturellement au mariage.

Cela n’avait pas pu être calculé par ces organisateurs, mais penser que le résultat pourrait tout de même être le même…

L’idée l’irrita.

—Hum…

La fille, l’air désolé, tirait sur la manche boueuse de son costume.

Ai-je laissé transparaître mon irritation ?

—Je… dois rentrer chez moi maintenant.

—Oh, vraiment ?

Il jeta un coup d’œil à la grande horloge érigée près du lac. En effet, un long moment s’était déjà écoulé depuis le début de leur rencontre.

Il ne reste plus que dix minutes.

—Eh bien, c’était amusant, dit-il en s’étirant.

En jouant le jeu de la farce jusqu’ici, il avait probablement déjà plus ou moins répondu aux attentes de sa famille. Son grand-père lui avait demandé :

—Fais le même si tu dois utiliser tes yeux !

Cependant, il n’en avait ni l’envie, ni le besoin.

Alors, détournons le plan. Ne transformons pas cette petite fille et moi-même en outils pour nos familles. Je ne laisserai pas les choses aller dans le sens qu’ils veulent.

—Tu sais, il serait peut-être bon que tu trouves un moyen de t’échapper de ta maison quand tu seras grande, dit-il.

—Je suis sûr que tu seras mieux ailleurs que cloîtrée à la maison comme tu l’es maintenant.

Elle tira sur sa manche.

—Qu’est-ce qu’il y a ?

—C’est un adieu ?

Il eut un Silence.

—Je veux te parler davantage.

C’est que …

—De mon côté, je n’ai personne avec qui parler…

La poignée de la petite main sur sa manche se resserra. La jeune fille n’avait probablement jamais été autorisée à avoir ce genre de conversation libre avec qui que ce soit avant aujourd’hui. Si elle avait parlé à quelqu’un et appris à connaître le monde, elle cesserait de se sentir honteuse de ne pas être une enfant Sans Marques. Cela ne ferait pas l’affaire de sa famille, et c’était sans doute la raison pour laquelle elle avait été élevée de manière si protégée.

S’il repoussait cette main maintenant, tout serait terminé.

Le garçon retournerait à sa vie d’avant.

La fillette retournerait à sa vie d’avant.

—S’il te plaît…

Elle avait probablement rassemblé tout le peu de courage qu’elle avait. Sa respiration était devenue saccadée.

—Pouvons-nous nous revoir une fois de plus ?

Il n’y a rien à faire. Comment refuser si elle le dit comme ça ?

Je suppose que je n’ai pas d’autres choix que d’applaudir l’habileté d’une certaine personne qui a réuni près d’une centaine de pairs.

—D’accord, d’accord. Je suis d’accord pour te revoir, tu entends ? Alors, arrête de faire cette tête, dit-il en faisant un signe de la main et en admettant sa défaite.

—Mais je te préviens, cette relation risque de durer longtemps, alors prépare-toi à cela, tu comprends ?

—Longtemps… quelque chose comme trois ans ?

—Les gens ne parleraient pas de mariage comme ça si trois ans suffisaient…

Il essaya d’imaginer la fille dans trois ans. De quoi aurait-elle l’air après avoir grandi un peu plus ? Et plus loin encore, à quoi ressemblerait-elle lorsqu’elle serait une femme ? À sa grande horreur, il s’était rendu compte qu’il anticipait un tel avenir.

—Si nous nous rencontrons encore beaucoup, ce serait bien !

—Je vois, je vois… que tu es heureux, je suis content.

Bien qu’il l’ait dit avec désinvolture, ces mots reflétaient ses véritables émotions cachées au plus profond de son cœur. Mais la jeune fille, probablement totalement ignorante des nuances complexes de sa déclaration, prit ses mots au pied de la lettre.

—Oui !

SukaMoka, Tome 1, Prologue — illustration

Il dut se détourner pour cacher son expression face au sourire radieux et éblouissant qui se dessina sur le visage de la jeune femme.


Ses parents étaient ravis, tout comme ses grands-parents. Seul son Beau-Frère arborait un air compliqué. Mais après avoir expliqué que « c’était une fille ordinaire, gentille, alors je suis devenu son ami », son Beau-Frère avait répondu « je vois » en hochant la tête d’un air dubitatif.

Par la suite, le garçon et la fille eurent l’occasion de se rencontrer de temps en temps. Chaque fois qu’ils se rencontraient, la jeune fille le pressait de raconter de nouvelles histoires. Pour répondre à cette attente, le garçon dut se consacrer à ses études avec plus d’ardeur que jamais. Ce n’était pas comme si tout était rose. L’attitude de la famille de la fille, entre autres, lui donnait souvent des raisons de s’irriter.

Cela mis à part, c’était une époque heureuse et amusante. À tel point que, du fond de son cœur, il souhaitait que ces jours radieux se poursuivent pour toujours et à jamais.

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