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Chapitre 11

Basé sur les échecs

Traduction · Pizzflc, Relecture · Mael7523m. Lecture ~7 min

À l’issue de la première épreuve, le conseil des élèves organisa un buffet pour favoriser les échanges et les rencontres. Seuls les représentants de chaque école, les enseignants et les membres du conseil y étaient conviés, tandis que les spectateurs avaient regagné leurs dortoirs pour le déjeuner. cVoulant se faire la plus discrète possible, Monica s’était isolée dans un coin de la pièce tout en observant les alentours. Elle aperçut Bernie en train de discuter et de manger avec d’autres élèves de Minerva. Même s’il ne cherchait manifestement pas à l’approcher, Monica ne pouvait se permettre de baisser sa garde. Mieux valait maintenir ses distances autant que possible. Alors qu’elle ruminait ces pensées, Elliot et Benjamin s’approchèrent d’elle, une assiette garnie de mets légers à la main.

—J’ai jeté un œil à votre feuille de match, Mademoiselle Norton.

Il avait l’air un peu désolé. Après tout, Monica était la seule de son équipe à avoir remporté sa partie face au « Temple », tandis qu’Eliottt et Benjamin s’étaient inclinés.

—J’espère que je ne les mets pas mal à l’aise sous prétexte que je suis la seule à avoir gagné… se lamenta intérieurement Monica, prise de panique. Sans crier gare, Eliottt s’approcha pour observer son visage de tout près et vint poser son index sur son front.

—Oh, on dirait bien que tu t’es retenue lors de notre match d’entraînement, l’autre fois.

—M-mais non ! Pas du tout, absolument pas !

—Franchement, n’importe qui consultant cette feuille de match croirait à une partie à handicap. C’était quoi, ce match… Entre des coups inédits qui piétinent les stratégies classiques et ce retournement de situation magistral dans les dernières secondes, je suis persuadé que cette partie restera gravée dans l’histoire des échecs !

—J-je ne crois pas que ce soit…

Alors qu’elle cherchait désespérément une excuse, toujours coincée sous la pression de l’index d’Elliot, Benjamin intervint gentiment :

—Ne sois pas si dur avec ta cadette , puis il reprit.

—Un concerto ne peut naître que lorsque les deux interprètes sont à la hauteur l’un de l’autre, et c’est seulement à ce moment-là qu’une belle composition peut voir le jour. » Dans cette partie, son adversaire était redoutable. C’est bien pour cela que Mademoiselle Norton a pu donner sa pleine mesure… Autrement dit, si elle n’avait pas pu exprimer tout son talent jusqu’à présent, c’est uniquement de notre faute à nous. Alors ne te montre pas trop dur avec elle… Ah, si cela avait été possible, j’aurais tellement aimé assister à la naissance de cette magnifique symphonie de mes propres yeux, et non à travers un simple tableau de démonstration ! J’aurais adoré voir ça ! Bon sang, pourquoi a-t-il fallu qu’on me désigne comme représentant ! J’aurais préféré être un simple spectateur.

Même si les propos de Benjamin étaient exagérés, il n’avait pas tort. Son adversaire, Roberto Vinkel, était le joueur le plus redoutable qu’elle ait eu à affronter, ce qui lui avait offert l’opportunité d’explorer de nouvelles tactiques.

—C’était une partie captivante, songea distraitement Monica en apercevant une silhouette s’approcher d’elle. Bien qu’il fût plus jeune qu’elle, il affichait une carrure solide et athlétique, des cheveux noirs coupés court et un visage aux traits vifs et décidés. C’était précisément l’homme dont tout le monde parlait, son illustre adversaire : Roberto Vinkel.

—Mademoiselle Monica Norton.

À l’énoncé de son nom, les épaules de Monica tressaillirent et elle alla machinalement se réfugier derrière Elliot et Benjamin. D’une nature excessivement timide, elle éprouvait une peur panique face aux hommes de grande stature, comme Roberto. Son oncle, qui l’avait autrefois maltraitée, possédait une carrure imposante, et ce spectre la hantait encore. D’ailleurs, même la forme humanoïde de Nero, un homme plutôt grand, lui donnait du fil à retendre. Tandis que Monica commençait à paniquer, Roberto se mit au garde-à-vous et prit la parole.

—J’ai été très impressionné par la partie qu’on vient de jouer.

—M-merci…

—Par conséquent…

Roberto écarquilla brusquement les yeux et fixa Monica, qui tremblait de tous ses membres.

—Je souhaite que nous faisions des fiançailles à travers les échecs !

Sa voix, qui semblait jaillir du plus profond de ses entrailles, résonna dans toute la salle. Cyril recracha sa boisson en s’étouffant, tandis que Neil s’écriait :

—Des fiançailles ?! , s’attirant de la part de Bridget un regard aussi glacial que s’il venait d’inventer le sommet de la bêtise mondaine.

Felix gardait son sourire coutumier, même si une sourde inquiétude le taraudait au sujet de Monica et de ses compagnons. Quant à Elliott, posté juste à côté d’elle, il en avait perdu la voix, les yeux ronds et la bouche bée. Monica, à l’instar de la quasi-totalité de l’assistance, était totalement sidérée. Au cœur de cette atmosphère électrique, Benjamin fut le premier à rompre le silence.

—Comme c’est déplorable !

Benjamin secoua sa chevelure de lin et leva les yeux au plafond.

—L’amour est censé être une affaire bien plus passionnée et émouvante ! Il n’y a aucune beauté là-dedans ! Cette proposition n’a rien de musicalement beau ! Ce n’est même pas digne d’un mauvais morceau de musique !

Benjamin exprima son désespoir de tout son être et se mit à disserter sur sa propre vision de ce que devait être l’amour. La situation s’apprêtait à déraper lorsque Elliott, en sa qualité de chef d’équipe, prit les choses en main pour jouer les médiateurs.

—Oh, et puis zut… La musique et tout le reste, passons. Mais au fond, c’était quoi, cette déclaration ? Je veux bien avaler la pilule s’il s’agissait de fiançailles ordinaires, mais des fiançailles basées sur les échecs, c’est bien la première fois que j’en vois de ma vie !

—Veuillez m’excuser, je me suis mal exprimé ! Laissez-moi préciser le fond de ma pensée, et j’espère que Mademoiselle Norton voudra bien y réfléchir sérieusement !

Roberto reprit la parole en se tenant bien droit, avec un sérieux frisant le ridicule.

—J’ai été foudroyé par le talent de Mademoiselle Norton aux échecs. C’est la première fois de ma vie qu’une personne de mon âge réussit à me surpasser. Si c’était possible, j’adorerais continuer à jouer avec elle… mais nous venons d’établissements différents et nos chemins ne se croisent pas. Cependant ! Si nous étions fiancés, cela nous donnerait une excuse légitime pour nous voir tous les week-ends et durant les grandes vacances ! Nous pourrions ainsi faire des parties d’échecs sans limite ! C’est pourquoi je vous demande de bien vouloir accepter de devenir ma fiancée, Mademoiselle Norton !

De fait, la formule « des fiançailles basées sur les échecs » correspondait exactement à le penser, et son explication s’avérait d’une honnêteté confondante.

—Waouh… Il est d’un égoïsme tellement pur que c’en est presque rafraîchissant.

—Ça n’a vraiment rien de musical… ce n’est même pas beau.

Même si Elliott et Benjamin affichaient des mines fermées, Roberto continua de parler sans s’en soucier le moins du monde.

—Je suis le cinquième fils d’un baron du royaume de Randall. Bon, je n’hériterai sans doute pas du titre, mais j’ai la ferme intention de rejoindre un jour les Chevaliers de Randall. Et comme les meilleurs joueurs d’échecs peuvent prétendre au commandement de l’ordre, mon avenir est plutôt assuré, j’en suis fier ! De plus, notre famille baronniale est totalement exempte de dettes ! Mes deux parents sont des gens intègres ! Je m’entends à merveille avec mes frères ! J’ai également trois chiens ! Bref, je vous en prie, n’hésitez pas à envisager une alliance avec notre famille, vous n’avez aucun souci à vous faire !

La situation était allée beaucoup trop loin.

—Quoi qu’il en soit, je dois refuser..

Avant toute chose, « Monica Norton » n’était qu’une identité d’emprunt. Sa véritable nature était celle d’un des Sept Sages, infiltrée au sein de l’école en tant que garde du corps du second prince. Par conséquent, une telle union était tout bonnement impossible.

—Je… je suis désolée ! Je… Je ne peux pas… !

—Pourquoi ? Avez-vous déjà un fiancé ?

—J-je n’en ai pas, mais…

—Quelle réponse d’une bêtise et d’une honnêteté confondantes, pensa Elliot en posant sur Monica un regard stupéfait.

Mais Monica n’était pas assez habile pour improviser un mensonge crédible dans une telle situation. Tandis qu’elle commençait à se tortiller sur place, Roberto en remoua une couche pour la pousser dans ses retranchements.

—Si vous êtes inquiète à l’idée de vous marier dans un autre pays, soyez rassurée. Je ferai de mon mieux pour vous soutenir dans tous les aspects de votre vie : mode de vie, langue et cercles sociaux. Je veux que vous vous sentiez à l’aise dans votre propre vie et vous laisser vous concentrer sur les échecs.

—Non, je veux dire, je suis… je suis désoléééééééé !

Incapable de supporter cette pression une seconde de plus, Monica se glissa dans le dos d’Elliot et détala vers le couloir. Malgré sa course disgracieuse et pitoyable, c’était tout ce qu’elle pouvait faire pour fuir le plus vite possible.

—Mademoiselle Norton ! Je n’ai pas fini de parler… !

Au moment où Roberto s’apprêtait à emboîter le pas de Monica, une paire de mains se posa brusquement sur ses épaules : Felix tenait son épaule droite, et Cyril la gauche. Vues de loin, ces pressions avaient l’air de simples tapes amicales, mais un examen plus attentif révélait qu’elles étaient assez fortes pour creuser des plis profonds dans son tissu.

—Excusez-moi, c’est un membre de notre conseil des élèves. Pourquoi ne pas m’en parler d’abord ?

—Tu te comportes de manière inappropriée dans le cadre d’une réunion d’échange. En tant que membre du conseil étudiant, je ne peux pas laisser passer ça.

Felix souriait, mais son regard restait glacial. De son côté, Cyril affichait un visage fermé et indifférent, dégageant une aura de glace. Quant à Elliott, son visage se crispa à l’idée du chaos qui menaçait d’éclater.

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