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Chapitre 9

Année 1938, été, jour 5

Traduction · Angeloids, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~3 min

—Mashdale… murmurai-je.

La ville fortifiée, Mashdale. Je connaissais bien son nom. Fidèle à sa réputation, Mashdale avait autrefois été une forteresse imprenable. Elle constituait un bastion solide et robuste, ceinturé par trois immenses citadelles. Et c’était aussi la ville qui devint le théâtre de la célèbre Évacuation de Mashdale. L’armée d’Austin, retranchée dans cette forteresse indestructible, opposa une résistance acharnée aux soldats sabatiens envahisseurs. Tory y avait apparemment pris part.

—Je connais bien cette ville.

Dès que j’entendis ce nom, un froid me saisit. Je connaissais Mashdale. Après tout, lorsque j’étais très jeune — quand mes parents étaient encore en vie — j’y étais né et y avais grandi.

Pour échapper aux flammes de la guerre qui ravageaient tout, mes parents quittèrent Mashdale avec moi lorsque j’étais encore enfant. Ensuite, ma famille abandonna l’Empire d’Austin et s’enfuit.

—Qui…

J’eus l’impression d’être sur le point de me souvenir de quelque chose. Comme une prise de conscience soudaine d’un oubli.

J’avais rencontré quelqu’un à cette époque. À quoi ressemblait son visage ? J’avais le vague souvenir d’une jeune fille plus âgée et mystérieuse, au visage impassible de poupée, qui semblait toujours regarder au loin.

—N-ngh…

Je fus pris de sueurs froides incessantes. Je ne parvenais pas à me souvenir. Et pourtant, j’étais sur le point de retrouver son visage.

Je devais la connaître. J’avais peut-être rencontré Tory Noelle. Mais je ne parvenais à me souvenir de rien.

Des fragments de souvenirs traversèrent mon esprit. Sa respiration chaude. La sensation de la peau fine d’une jeune fille, alors qu’elle me serrait doucement dans ses bras tandis que j’étais couvert de boue.

Cedre, tu ne peux pas salir tes vêtements comme ça.

La voix de quelqu’un résonna dans ma tête. Une voix bienveillante, sincère et un peu tatillonne.

S’il te plaît, ne laisse pas de légumes. Tu ne grandiras pas si tu les laisses.

Oui, bon garçon. Je suis contente que tu aies fait de ton mieux pour les manger.

Désolé. Je dois bientôt repartir encore loin.

Si je reviens en vie, montre-moi que tu as grandi et que tu es en bonne santé.

Mon violent mal de tête accéléra mon rythme cardiaque. Une nausée indescriptible me submergea et le vertige m’empêcha de rester debout.

—Cedre ?! Qu’est-ce qui ne va pas ?

Je ne répondis pas. Ne supportant plus cette épreuve, j’avais quitté ma chambre et m’étais précipité vers l’infirmerie de l’hôtel. J’eus l’impression d’être sur le point de sombrer dans la folie à cause des palpitations et du mal de tête.

—Calme-toi, s’il te plaît. Ça va aller. Ton corps est tout à fait en ordre.

—Je… vois…

—Reprends lentement le contrôle de ta respiration. Respire profondément, encore profondément.

—Je comprends…

Je le savais. Je savais qui avait écrit ce journal.

—Inspire lentement tout en vidant ton esprit.

Si je continuais à y penser, ma tête me ferait mal au point de presque exploser.

Je m’allongeai donc sur le lit de l’infirmerie et me laissai sombrer dans l’inconscience.

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