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Chapitre 3

Qu'est-ce que la Bravoure ?

Lecture ~23 min

—Kuzaku-kun ?! Cria Yume en se retournant sans s’arrêter. Kuzaku-kun ?! Kuzaku-kun ?!

—Shihoruuuuu, Kuzaku-kun ne nous suit plus !

—Non, Yume, on ne peut pas s’arrêter ! Cria Shihoru.

—O-Ouais, mais quand même !

—On doit tout d’abord s’assurer de ne pas se faire capturer par l’ennemi ! C’est notre priorité numéro une ! Je suis sûre que Kuzaku va s’en sortir !

Est-ce que c’était vraiment le cas ? Yume n’en était pas convaincue. Shihoru n’avait pas l’air complètement sereine. Mais pour le moment, comme Shihoru l’avait dit, elles devaient éviter de se faire capturer par l’ennemi. Plutôt que de combattre, elles devaient courir. Ensuite, elles pourraient rejoindre Haruhiro et Merry.

C’était ce qu’elle devait faire, et essayer de ne pas penser à Ranta. Si elle pensait à lui, elle ne pourrait pas bouger. Ce ne serait pas très bon.

Courir. Elle devait courir.

On aurait dit que l’environnement était devenu soudainement plus sombre. La brume était effroyablement épaisse. Et ce n’était pas tout.

—Il pleut ! Cria Yume.

Et une pluie violente, de surcroît. Les gouttes étaient fines, mais la cadence à laquelle elles tombaient s’était accentuée en un rien de temps. On aurait dit que d’innombrables petites lances de la taille d’un cheveu étaient en train de tomber sur la terre.

Étouffé par la pluie, le bruit de la bataille semblait bien loin. Leur champ de vision était aussi extrêmement réduit. C’était presque comme si la pluie avait formé un mur qui se tenait devant eux.

Les ennemis auraient plus de mal pour les trouver. Cependant, si l’ennemi s’approchait d’elles, elles auraient elles aussi du mal à les détecter.

Mais assez parlé de l’ennemi, que faisait Kuzaku ?

Yume et Shihoru ne pouvaient pas voir Kuzaku, et Kuzaku ne savait pas où se trouvaient Yume et Shihoru. Cela étant le cas, ils allaient finir par ne jamais se retrouver.

Devant elles, le sol sur leur gauche était surélevé et était submergé par les arbres. Yume pensait bien que c’était des arbres. Ce n’était pas des humains ou des orcs.

—Shihoru ! Va par là pour le moment ! S’exclama Yume.

—…Okay !

Quand elles s’en rapprochèrent, il y avait tout juste assez de feuillage pour qu’elles puissent s’y cacher. Yume alla dans les buissons avec Shihoru, et elles s’accroupirent toutes les deux.

La respiration de Shihoru était laborieuse. C’était une mage après tout, et elle ne possédait pas une grande endurance, mais elle n’était pas non plus du genre à se plaindre facilement. Elle avait été comme ça depuis que Yume l’avait rencontrée, mais Shihoru était aussi devenue plus forte. Quand ils avaient commencé tous ensemble, elle n’arrêtait pas de pleurer.

—On fait quoi maintenant ? Demanda Yume. Shihoru, tu crois que Yume et toi devez faire quoi ?

—Haruhiro a sauvé Merry.

—Le vieux monsieur de Fonkon ? C’est c’qu’il disait, ouais.

—Tu veux dire Forgan…

—Ohh, dit Yume. Désolée pour ça. Yume, elle s’trompe toujours dans les mots comme ça.

—Ne t’en fais pas. Tu es très bien comme tu as, Yume. C’est moi qui devrais m’excuser. Désolée de toujours te corriger.

—Yume est reconnaissante que tu la corriges. Comme ça elle peut s’améliorer.

—…Je suppose que tu as raison. Shihoru afficha un léger sourire. Comme ce Takasagi de tout à l’heure est revenu, je pense que ça doit signifier que Merry et Haruhiro se sont enfuis. Si c’est le cas, ils vont se diriger vers le point de rendez-vous.

—Ouais, confirma Yume. Ça me semble logique.

—La meilleure chose à faire pour toi, moi et Kuzaku-kun, pour nous trois, ce serait d’atteindre le point de rendez-vous ensemble, mais…

—Mais on a perdu Kuzaku-kun, ouais…

—Ce ne serait pas une bonne idée de partir à sa recherche… ajouta Shihoru. Pour l’instant, attendons ici…

—T’sais, c’est vraiment dur, dit Yume. De juste attendre.

—Ouais… Shihoru posa une main sur le bas du dos de Yume. Mais je suis quand même là avec toi.

—C’est vrai, huh. Yume sourit. Elle eut le sentiment qu’elle devait sourire, même si elle devait s’y forcer. En y réfléchissant, Shihoru et Yume sont presque tout l’temps ensemble.

—Je pense que c’est parce que tu veux toujours te retrouver avec quelqu’un que tu apprécies.

—C’est pas vrai du tout, protesta Yume. T’es mignonne, Shihoru, et …. t’es mignonne. T’es mignonne, ok ?

Shihoru ricana…

—Tu ne fais que te répéter.

—Nngh, si seulement Yume pouvait trouver d’autre chose à dire. Même quand un mot lui vient à l’esprit, c’est pas vraiment le bon.

—Je comprends. Tes sentiments m’atteignent quand même de cette façon, donc… je pense que je comprends.

—Pour de vrai ? Demanda Yume.

Pourquoi était-ce arrivé ? Quel fut l’élément déclencheur ?

Pendant un moment, son esprit se vida. Puis elle eut l’impression que quelque chose coula dans sa tête vide et la remplie. Elle se remplit, finissant par déborder, et ce liquide s’échappa par ses yeux.

—…Yume ? Shihoru regarda le visage de Yume. Qu’est-ce… qui ne va pas ?

—Qu’est-ce… qui ne va pas, huh ? Yume ferma énergiquement ses yeux. Yume le sait pas elle-même.

—…Est-ce que c’est Ranta-kun ?

Maintenant que Shihoru l’avait dit, Yume le réalisa.

Ranta.

Grimgar of Fantasy and Ash, Tome 9, Chapitre 3 — illustration

Elle avait essayé de pas penser à lui, et c’était ce qu’elle avait fait. Y penser n’allait pas résoudre quoi que ce soit. Ça n’allait que la mettre en colère. Ranta était toujours comme ça. Il l’avait toujours été.

Comment quelqu’un peut être aussi déplaisant.

Ça avait été sa première impression de lui. Et la chose la plus incroyable chez lui était qu’il n’avait jamais changé.

Bien entendu, il y avait des fois où Ranta pouvait dire quelque chose de bien, pour Ranta, ou il pouvait être mignon, pour Ranta, ou il pouvait même être quelqu’un sur qui se fier, pour Ranta. Mais c’était seulement de temps en temps, et ça ne durait jamais plus d’un instant. Il ne pouvait pas garder cette apparence.

Et pourtant, il restait un camarade. Même si elle le détestait. Ranta lui avait appris encore et encore ce que signifiait, « Oh, c’est donc ça de détestait quelqu’un. »

Elle le haïssait. Mais, même si elle s’en plaignait tout le temps, ils avaient été dans le groupe depuis le commencement. Il était un camarade irremplaçable.

Elle ne remettait pas en question sa haine envers lui, mais c’était son ami. Non, ce n’était pas ça. Plutôt qu’ami, il y avait un mot plus approprié.

Une famille.

Oui. Pour Yume, le groupe était comme sa famille. Et Ranta en faisait aussi partie.

—Yume… Shihoru, Yume, elle…

—Mh-hm… marmonna Shihoru. Quoi ?

—On était une famille. Yume, et tous les autres… tout le groupe était comme une famille pour Yume.

Yume ouvrit les yeux. Elle essuya ses larmes avec une main. Mais elle pouvait s’acharner autant qu’elle le voulait, ses larmes, tout comme la pluie, ne voulaient cesser de couler. Et pourtant, elle continua à se frotter les yeux. Elle ne pouvait pas garder ses yeux fermés indéfiniment, après tout.

—Au début, il y avait Haruhiro, et il y avait Shihoru, et il y avait Moguzo … et il y avait Manato, et il y avait Ranta, oui. Et il y avait aussi Yume. Puis on a perdu Manato, et Merry a rejoint la famille. Puis Moguzo a rejoint Manato, et Kuzakkun est arrivé… pour Yume, tout le monde était un membre de la famille. Comme, avant d’venir en Grimgar, genre, Yume pense qu’elle devait avoir une maman et un papa. Sinon, Yume serait jamais venue au monde. Mais, Yume, elle se souvient pas d’eux, tu vois ? C’est pareil pour toi aussi, pas vrai, Shihoru ? C’est pareil pour nous tous. C’est pour ça qu’on est tous une famille. L’amour, la haine, on a tous ce genre de sentiment pour les autres, mais la famille c’est la famille. Pas vrai ?

—…Ouais, je pense aussi, affirma Shihoru. Une famille. C’est ce que nous sommes.

—Mais Yume elle croit, même avec une famille, y’a des fois où les personnes prennent des chemins différents. Genre, Yume ne pourra peut être jamais revoir sa maman et son papa. Et comme, elle s’en souvient pas, elle s’sent pas triste du tout. Juste un peu seule… mais quand même. Quand même…

—Yume… Shihoru étreignit Yume, se frottant la tête l’une contre l’autre. Je ne sais pas quoi dire, mais je…

—Avec ces choses-là… Yume laissa échapper un long et délibéré soupire. On peut jamais prédire que ça va arriver… Même Ranta ne pouvait pas le savoir. Quand tu penses qu’on pourrait ne jamais se revoir… Ouais, Yume veut pas ça.

—Yume… Shihoru frotta tendrement le dos de Yume. Nous ne savons toujours pas ce qui est arrivé… comment ça s’est passé. Pas tous les détails en tout cas. Non ?

—…Ouais.

—Et donc, quand on ne connaît que la surface d’une information… il est préférable de ne pas nous laisser influencer trop par ces pensées.

—Tout d’abord… Bon, pas grave, on doit retrouver Haru-kun, huh ? Demanda Yume.

—C’est ça. Allons-y une chose à la fois.

—Une chose à la fois, huh. Yume hocha la tête en appuyant son index contre ses lèvres.

Quelqu’un se rapprochait. Non, pas quelqu’un – c’était… une bête.

Le grand loup noir. Il y avait un gobelin qui le montait sur le dos. Yume se souvint du nom de Onsa. Le maître des bêtes gobelins.

Il n’y avait pas que le grand loup noir qu’il montait-il y avait aussi plusieurs autres loups noirs qui le suivaient.

Quand elle vit ces loups noirs, elle ne put s’empêcher de penser au Dieu Noir Rigel. Pour les chasseurs qui vénéraient la Déesse Blanche Elhit comme leur protectrice, les loups noirs étaient considérés comme de viles créatures qu’ils devaient haïr. La Déesse Blanche Elhit et le Dieu Noir Rigel étaient en réalité frère et sœur, mais Rigel avait mangé leur mère Carnia peu de temps après sa naissance, et cela avait provoqué la fracture de la fratrie.

La progéniture d’Elhit, les loups blancs, étaient de fières créatures, formant des groupes consistant uniquement en un couple et leurs enfants. Ils ne chassaient que les bêtes plus grandes qu’eux. Mais les descendants de Rigel, les loups noirs, formaient de grandes meutes pour chasser et abattre leur proie. Ils attaquaient humains et orcs sans distinction, dévorant leur enfant en premier, et c’était pour cela qu’ils étaient autant détestés et crains.

Onsa avait apprivoisé ces loups noirs.

C’était incroyable… mais Yume savait que ce n’était pas le moment pour de l’admiration. Ce n’était pas juste des loups noirs ; les loups en général ne se soumettraient jamais à une autre espèce. Ils ne grandissent jamais près d’eux.

C’était pour ça que les chasseurs avaient choisi de croiser des loups avec des chiens pour créer une nouvelle espèce mi-loup mi-chien. Les chiens-loups avaient la loyauté d’un chien avec la robustesse et la férocité d’un loup.

En général, les loups étaient plus forts que les chiens. Même parmi les loups, les loups noirs étaient anormalement obstinés et rusés, avec des sens extrêmement affûtés.

Onsa allait finir par les trouver. C’était une certitude. Même s’il pleuvait, les loups noirs n’allaient pas rater Yume et Shihoru. Il ne faudrait que très peu de temps avant qu’un loup noir ne renifle Yume et Shihoru dans les buissons. Il hurlerait ensuite et se lancerait à leur poursuite. Si cela arrivait, elles ne pourraient jamais s’en sortir. Elles devaient agir en premières. C’était leur seule option.

Yume prépara son arc et y encocha une flèche. Shihoru avait dû être surprise, mais elle resta immobile, ne disant pas le moindre mot. Elle plaçait ses espoirs en Yume.

Près d’ici. Mais pas trop loin, pensa Yume.

Les loups noirs étaient intelligents, mais pas autant que les humains. S’ils remarquaient une flèche, ils regarderaient dans la direction de sa trajectoire.

Yume décocha sa flèche.

Comme elle s’y était attendue, un bon nombre de loups noirs déclenchèrent leurs hurlements, puis ils se dirigèrent dans la direction que le flèche avait prise. Même sans que Yume n’ait à le lui dire, Shihoru était déjà prête à partir. Elles sautèrent hors des buissons, puis elles montèrent la pente.

—Hyahhhh ! Onsa laissa échapper un cri suraigu.

C’était rapide. Elles étaient déjà repérées.

La pente n’était pas très dangereuse, mais elle était remplie d’arbres, et elles ne pouvaient pas la monter en ligne droite. Shihoru, qui était devant Yume, avait l’air à bout de souffle.

Derrière elles, un bon nombre de loups noirs s’étaient déjà rapprochés à moins de dix mètres. Ils allaient les rattraper en un rien de temps si ça continuait comme ça.

Ce n’était pas juste les loups ; beaucoup de carnivores ne montraient aucune pitié pour leur cible fuyante. Mais si elles se retournaient et qu’elles montraient une volonté de combattre, ils deviendraient soudainement prudents avec elles. Les prédateurs étaient fondamentalement méfiants.

Si Yume avait été seule, elle aurait pu peut-être arriver à s’échapper. Mais Shihoru était là. Laisser Shihoru en pâture aux loups était hors de question.

Elle devait le faire.

Elle avait du mal à se voir gagner ça, mais, eh bien, si elle acceptait qu’elle n’eût pas d’autres choix, ce serait bien plus simple à prendre pour elle.

—Désolée, Shihoru ! Courir va pas marcher ! S’exclama-t-elle.

—…Compris ! En se retournant, Shihoru cria, Obscur ! Et elle ouvrit une porte.

Yume n’était pas une mage, donc elle ne pouvait pas voir cette porte avec ses yeux. Mais il y en avait bien une. Et elle s’était vraiment ouverte. De sombres filaments sortirent d’un autre monde, s’entortillant entre eux pour former une spirale, avant de finalement prendre une forme humaine.

Obscur l’élémentaire.

Il était tellement mignon. Mais trêve de plaisanteries, l’Obscur de Shihoru était plus que juste mignon.

Yume fit une halte et tira une flèche. Elle tira, encore et encore. Elle enchaîna les tir sans le moindre repos.

Tir Rapide.

Elle n’avait pas à toucher les loups noirs. Ce n’était pas grave si les flèches se plantaient dans des arbres. Ces tirs étaient là pour dissuader.

Quand ils découvrirent que Yume et Shihoru n’étaient pas des proies timides, les loups noirs devinrent plus méfiants. Et quand les flèches pleuvaient les unes après les autres, le doute s’installa en eux.

—Trouble-les ! Ordonna Shihoru. Obscur s’envola vers les loups noirs.

Vwooooooooooooooooooluuuuuuuuuuuuuuu !

Quel était ce son ? On aurait dit le bruit signature de Aile de la Nuit, mais un petit peu différent. C’était Obscur. Obscur avait émis ce bruit étrange tandis qu’il zigzaguait entre les loups noirs.

Il était efficace. Les loups noirs étaient complètement paniqués, hurlant piteusement tandis qu’il fuyait en provoquant le chaos.

—Obscur-kun est vraiment trop cool ! Cria Yume

—Yume, le plus gros arrive !

—Ça marche !

Yume prit une profonde inspiration, dans le but de faire circuler un maximum d’air dans son corps, puis elle changea la focalisation de ses yeux entre près d’elle et au loin.

Elle entendit la voix de son maître.

Yume, écoute. Tu vas toucher. Touche… Tu vas y arriver.

Visée.

Elle pouvait le voir. Le grand loup noir que Onsa montait, presque comme s’il était juste devant elle.

L’œil droit du grand loup noir était défectueux. Cela ne faisait pas de tant de temps que ça depuis que Kuro l’avait touché. Il devait avoir encore d’autres blessures, mais il semblait s’en sortir quand même.

Si elle devait choisir une cible … Onsa. Yume décocha sa flèche.

C’était bon.

Quand un tir allait faire mouche, Yume le savait au moment où elle relâchait la corde de l’arc.

La flèche de Yume alla se planter dans le torse d’Onsa. Mais elle était un petit peu trop sur la droite. Onsa fut légèrement projeté en arrière, mais il abaissa la partie inférieure de son torse et il s’accrocha au grand loup noir.

Et à cet instant, Yume était déjà en train de tirer sa deuxième flèche. Celle-ci ne fit qu’érafler la tête du loup noir et elle ne toucha pas.

—Yume ! Shihoru avait son bâton dirigeait devant elle. Je vais essayer de le faire.

—Essayer de faire quoi ?

La réponse fut vite venue.

—Obscur, dispersion !

Du point de vue de Yume on aurait dit qu’Obscur, qui avait intimidé les loups noirs avec ses bruits étranges et ses mouvements, fit un boom soudain. Il explosa, éclatant dans tous les sens. Comme Shihoru l’avait souhaité, Obscur s’était dispersé.

La pluie et la brume blanche furent englouties par une brume noire. Qui plus est, la brume noire était plus épaisse que la blanche. Les loups noirs, qui étaient déjà en panique, hurlèrent comme s’ils étaient devenus fous. Ils étaient incontestablement terrifiés. La terreur s’étendit avec la brume noire, et cela ne s’arrêtait pas.

Le problème était ce grand loup noir. L’Obscur dispersé avait un effet spectaculaire bien plus important que n’aurait eu une bombe fumigène. Cependant, il ne semblait pas être en mesure des blesser ou faire souffrir qui que ce soit. Cela étant le cas, Yume ne savait pas si ça allait fonctionner sur le grand loup noir.

Shihoru ne pouvait contrôler qu’un Obscur à la fois. Cela signifiait qu’elle ne pouvait pas faire autre chose que de disperser Obscur pour qu’il rende confus les loups noirs.

Yume devait faire quelque chose. Elle devait. Mettant son arc de côté, Yume dégaina son épée incurvée, Wan-chan. Elle n’avait pas peur.

À l’époque, Manato avait dit, « Je pense que Yume pourrait bien être la plus courageuse d’entre nous. » Il avait aussi dit, « Je suis heureux que Yume soit là si jamais il arrivait quelque chose. »

Elle ne s’était jamais vue comme courageuse avant ça, donc elle en avait été très fière. Fière qu’elle puisse être en mesure d’aider ses camarades. Du moins, c’était ce qu’avait dit Manato.

À la fin, elle n’avait pas pu faire grand-chose. Elle n’avait pas été capable de sauver Manato ou Moguzo. Elle pouvait toujours compter les fois où elle avait vraiment aidé un camarade. Mais ce qu’avait dit Manato à cet instant, qu’elle était courageuse, était toujours encré profondément dans son cœur.

C’était étrange, mais même quand les choses étaient si effrayantes qu’elle ne savait plus quoi faire, elle pouvait toujours se dire, « je n’ai pas peur ». Parce qu’elle était courageuse. Donc, même si ça faisait peur, elle n’était pas effrayée.

Le grand loup noir qui portait Onsa apparut de derrière la brume noire. Il les chargeait. C’était super effrayant, mais elle n’en ressentait aucunement les effets.

—Je n’ai pas peur ! Hurla Yume.

Elle n’avait pas l’intention de reculer. Elle n’esquiverait pas sur la gauche ou sur la droite non plus. Quand le grand loup noir se jeta sur lui – Yume lui sauta dessus.

Rage du Tigre.

Utilisant un saut périlleux pour lancer une puissante attaque sur l’ennemi. De toutes les techniques de machette qu’elle avait apprise, c’était la préférée de Yume.

Le grand loup noir n’avait pas peur, et il continua de charger…et ce fut à cet instant que quelque chose de drôle se produisit. À la fin de sa rotation, elle finit par atterrir sur le cou du grand loup noir.

—Roh… ? Dis Onsa, ébahi.

Juste ici, littéralement sous son nez, se trouvait Onsa. Yume elle-même n’avait jamais imaginé ce cas de figure. C’était une surprise. Onsa était tout aussi surpris qu’elle.

Quand un gobbie à une expression de surprise comme ça, il sont assez mignons, huh ? Pensa-t-elle.

Bah, oui, d’accord, mais… !

Ils étaient ennemis. Yume enroula sa jambe gauche fermement autour de la nuque du loup noir, et elle essaya de toucher Onsa avec Wan-chan. Cependant, Onsa n’allait bien évidemment pas se laisser faire.

Onsa attrapa la jambe droite de Yume avec sa main droite et s’accrochant fermement à la fourrure du loup noir avec sa gauche. Le grand loup noir tourna son corps, essayant de se débarrasser de Yume. Celle-ci renforça ses jambes, et sentant que ça n’allait pas suffire, elle attrapa le bras droit d’Onsa avec sa main gauche.

—Yume !

Elle entendit le cri de Shihoru. Elle ne pouvait pas se permettre de répondre que tout allait bien.

Onsa était en train de crier quelque chose en gobelinois. Il alla chercher une arme avec sa main gauche. Elle n’allait pas le laisser faire.

—Meowwwwwwww !

Yume s’accrocha aussi forte que possible à Onsa. Au contraire des orcs, la plupart des gobelins étaient plus petits que les humains, et c’était aussi le cas pour Onsa.

Dans une compétition de force, elle ne perdrait pas.

—Si Yume tombe, tu viens avec elle ! Cria-t-elle.

—$+£%- ?!

Elle ne savait pas ce qu’il disait, mais Onsa semblait avoir complètement cédé à la panique. Le grand loup noir agita son corps dans tous les sens tout en courant vers une falaise.

—@$%+-§ !

—Tu peux dire ce que tu veux, mais Yume va pas lâcher.

—°$¤#%% ?!

—Yume comprend pas c’que tu dis !

—^$%%++}° !

—Très bien, toi aussi !

—*********** !

—Yume est une expérience tueuse de gobelin, tu sais !

—££#¤¤¤++ ?!

Onsa était en train d’essayer de faire quelque chose. Quel était son plan d’action ? Le corps d’Onsa se releva. À cet instant, Yume s’en rendit compte.

—Yume va pas t’lâcher !

Yume s’était accroché à Onsa, et Onsa s’était accroché au grand loup noir. Onsa avait essayé dans une manœuvre désespérée de se débarrasser de Yume, mais il avait maintenant abandonné cette idée. C’était pour ça qu’il avait lâché le loup fuyant, emportant Yume avec lui.

Ils allaient tomber. Ou plutôt s’envoler.

Yume ne lâcherait pas Onsa. Si elle le lâchait, Onsa se préparerait probablement à l’atterrissage, il se relèverait, et ensuite il remonterait immédiatement le grand loup noir.

Si Yume ne se séparait pas de lui, qu’allait faire Onsa ? Il allait essayer d’atterrir sur Yume. Elle voulait faire l’inverse, et écraser Onsa sur le sol.

Qui allait finir au-dessus de l’autre ? Mais, avant tout ça, il y avait un arbre. Oui, un arbre.

Yume et Onsa s’écrasèrent en pleine chute sur un arbre.

C’était le côté gauche de sa tête, son épaule gauche, sa hanche gauche, sa cheville gauche ou quelque chose comme ça. Yume frappa violemment l’arbre.

Pendant un moment, elle faillit lâcher Onsa, mais pendant un bref instant le méprisable visage de Ranta apparut dans son esprit, et elle pensa :

Y’a pas moyen que Yume laisse ça arriver. Stupide Ranta.

Elle et Onsa roulèrent ensemble. Ils étaient en train de dévaler une pente. Ils s’arrêtèrent.

À cet instant, Onsa ouvrit la bouche juste en face des yeux de Yume. Il était en train d’essayer de la mordre. Cela la prise par surprise, et elle eut peur malgré elle, répondant ainsi avec un coup de pied pour l’écarter.

Cela la frustra. N’était-elle pas censée être courageuse ?

Onsa se releva, s’enfuyant en rampant sur le sol. Yume se releva en sautant. Elle était étourdie et elle titubait. Était-ce parce qu’elle s’était pris l’arbre à l’instant ? S’était-elle cognée à un endroit qu’il ne fallait pas ?

—Une seconde ! Pas de fuite ! Cria-t-elle.

Yume chancela tandis qu’elle le poursuivait, mais la fuite d’Onsa était toute aussi maladroite. Ils étaient tous les deux dans un état second, donc ils étaient à égalité.

Son corps lui faisait mal de partout.

Où est parti Wan-chan ? Se demanda Yume. L’avait-elle lâchée ?

Yume sortit un couteau. Perce-étoile. Elle essaya de le jeter, mais pour on ne sait quelle raison il se retrouva plutôt à ses pieds.

—Non…

Ce n’était pas bon.

Elle devait le poursuivre. Elle devait l’attraper. Onsa essaya de se retourner pour la voir. Il trébucha. Et plutôt que de se relever, il se traîna vers l’avant.

Yume sourit enfin. Onsa était plus blessé qu’elle. Elle pouvait le rattraper.

Où on est ? Se demanda-t-elle soudainement. Ça n’avait pas d’importance. Elle avait de plus gros problèmes.

Onsa rampa pour remonter la pente. Bien qu’elle devait parfois poser une main par terre, Yume arrivait plus ou moins à marcher correctement.

Et puis, elle perdit soudainement de vue Onsa. Était-ce à cause de la brume ? Elle était sacrement épaisse. La pluie n’avait, elle aussi, toujours pas tiré sa révérence.

Yume s’en retrouva frustrée et se dépêcha de le rattraper.

Oh, je vois, pensa-telle.

La pente qui montait était arrivée à son terme. De là, le sol devint plat. C’était pour ça qu’elle l’avait perdu de vue. Où était Onsa… ?

Là.

À sa gauche.

Onsa était en train de ramper.

Yume essaya de se rapprocher d’Onsa, puis elle pensa à quelque chose.

Comment allait-elle tuer Onsa ? Et qu’est-ce que le tuer allait lui rapporter ? Cela changerait-il quoi que ce soit ?

—Awoooooo… l’un des loups noirs hurla.

Non, c’était probablement le grand loup noir. Il était en bas. Il arrivait. Le grand loup noir était en en train de rapidement remonter la pente.

Onsa se tourna vers le grand loup noir et il siffla. Il l’appelait. Il avait l’intention de monter son grand loup noir et de s’enfuir. Comme si elle allait le laisser faire.

Yume continua de forcer ses pieds à avancer. Sa vision osciller d’une manière inquiétante. Était-elle fatiguée ? Ça ne devrait pas être le cas. Ce n’était probablement pas le problème.

Onsa ne bougea pas de là où il se trouvait. Il était probablement en train d’attendre le grand loup noir. Grâce à ça, Yume put atteindre Onsa. Elle l’attrapa – ou plutôt, Yume s’effondra sur lui.

Le grand loup noir se précipita vers eux. Il essaya de mordre Yume. Elle s’accrocha à Onsa et elle roula sur le côté, arrivant à peine à esquiver les crocs du grand loup noir.

Onsa cria quelque chose en tendant sa main. Était-il en train de dire, Viens me sauver! Ou quelque chose comme ça ?

Le grand loup noir essaya à nouveau d’attaquer Yume. Elle se tourna vers lui et lui cria, « Wauh ! » Cela le fit hésiter.

Onsa essaya de s’échapper. Elle n’allait pas le laisser faire.

—…Yume te l’as déjà dit !

—$#+%%§… !

Elle ne le lâcherait jamais.

Ils roulèrent tous les deux ensemble. Elle n’avait rien remarqué du tout.

On aurait dit que l’autre côté, celui que Yume et Onsa n’avaient pas gravi, était plus pentu, comme une falaise.

Ils étaient désormais au bord de la falaise. Non, pire que ça, Yume et Onsa étaient suspendus au bord de cette falaise.

—Whah… On va tomber…

Avec un étrange aboiement, le grand loup noir se pencha au-dessus du bord. Onsa attrapa une poignée de fourrure de sa nuque. Par réflexe, Yume fit de même.

Le grand loup noir essaya de planter ses griffes dans le sol.

Pas bon, huh, pensa Yume.

La patte du grand loup noir glissa par-dessus le bord de la falaise. Il allait tomber. À ce rythme, il allait finir par tomber tout en bas.

Si cela arrivait, Onsa tomberait lui aussi. Et bien entendu, Yume avec.

—Shihoruuuuu… ! Hurla-t-elle.

Haru-kun.

Kuzaku-kun.

Merry-chan.

Je vous en prie, qu’ils aillent bien, pensa-t-elle. Je vous en supplie.

Si c’est pas le cas –

Une seconde, et toi ?

Elle eut l’impression d’entendre quelqu’un lui dire ça.

…Quoi ?

La ferme, imbécile.

Ranta.

T’es juste Ranta le débile.

Ça, après avoir trahi Yume et tous les autres. On pourrait ne plus jamais se revoir !

Ranta était la seule personne de laquelle elle ne voulait pas entendre ça. Elle s’énerva, et cela la motiva. Yume serra les dents. Pour le moment, Onsa lui importait peu ; elle devait juste s’accrocher au grand loup noir. Le grand loup noir tira en arrière une fois, puis une deuxième, puis il glissa par dessus la falaise en en arrachant une partie avec ses pattes avant et arrière. Ils ne tombèrent pas, ils glissèrent. On aurait dit une falaise bien droite, mais peut-être ne l’était-elle pas totalement. Peut être qu’ils pourraient atteindre le bas sans trop se blesser – ou plutôt c’était ce que Yume avait commencé à se dire, mais le grand loup frappa quelque chose et ils furent tous projetés dans les airs.

Ils étaient en train de tomber.

Ils tournaient et ils tombaient.

Est-ce que Yume va mourir… ?

Elle avait déjà frôlé la mort en Darunggar. Elle y avait échappé belle. On lui avait attaqué la gorge et son sang s’était répandu partout. Tellement de sang qu’elle n’arrivait même plus à respirer.

Huh, ça se peut que ce soit mauvais, c’est peut-être fini pour Yume, avait-elle pensé. Alors c’est comme ça que ça se termine, huh. C’est arrivé si facilement…

Sa conscience s’était envolée, mais soudain la magie de Merry avait fonctionné, et elle avait pu revenir d’entre les morts.

Là-bas, Haru-kun, il avait pleuré. Il avait serré Yume vraiment fort contre lui.

Cela l’avait rendue heureuse, mais… Yume sait pas pourquoi, mais ça l’avait un peu gêné aussi.

…Oh, réalisa-t-elle.

C’était parce que tout le monde avait été présent. C’était pour ça qu’elle n’avait pas eu peur. Elle n’aimait pas être seule. Elle ne voulait pas mourir en étant seule comme ça.

Le grand loup noir ne voulait pas mourir non plus. Il était désespéré. Onsa, qui s’accrochait au grand loup noir tout comme Yume, ne voulait pas mourir lui non plus.

Le grand loup noir attrapa la pente avec ses pattes avant une nouvelle fois.

Allez vas-y, grand loup noir – Loup-tan, tu peux le faire. Si tu peux pas, tout monde va mourir.

À partir de là, de brefs moments lui restèrent dans la tête dans lesquels ils roulaient verticalement, horizontalement, et diagonalement, se cognant à des choses, et elle eut le sentiment qu’elle allait lâcher prise, mais ensuite elle s’accrocha encore plus, mais tous ses souvenirs étaient brumeux.

La pluie continua de tomber tranquillement.

La brume semblait douce, d’une certaine manière.

Il faisait un petit froid, donc elle enfonça sa tête dans la fourrure du grand loup noir. C’était chaud, et elle sentit ses pulsations. Le grand loup noir respirait. À un moment dont elle ne se souvenait pas, Yume s’était accrochée au ventre du loup. Elle ne savait pas vraiment si lui l’avait remarqué. Yume ne le savait pas.

Mais s’il le réalise, il n’aimerait pas ça, pensa-t-elle. On est des ennemis et tout ça.

Et pourtant, cela ne dérangeait pas Yume. Elle ne voyait plus le grand loup noir comme un ennemi désormais.

Il est vivant lui aussi. Peut-être qu’on pourrait s’arrêter là.

C’était ce qu’elle ressentait au plus profond d’elle-même.

Onsa se releva non sans difficulté et dit quelque chose. Probablement « Garo ». Qu’est-ce que Garo, c’était ce qui était inscrit sur le dos du grand loup noir ?

Le grand loup noir émit un faible aboiement. Peut-être que Garo était le nom du grand loup noir. Ce n’était pas Loup-tan, apparemment. Enfin, ça paraissait logique.

Garo.

—…Garon.

Yume caressa Garo. Elle n’avait pas encore la force de se relever, mais elle pouvait au moins bouger sa main pour le caresser …

—Tu vas bien, Garon ?

Tout le corps de Garo trembla. Peut-être essayait-il de se débarrasser de la main de Yume parce qu’il n’aimait pas ça. Ou peut-être que c’était sa façon de lui répondre.

Onsa plaça une main sur la nuque de Garo tout en regardant Yume. Onsa était bien affaibli lui aussi. Même s’il s’était releva, son dos était courbé, et ses épaules semblaient lourdes.

—Onsan, hé, qu’est-ce que tu vas faire ? Yume sourit. Ce n’était pas qu’elle avait essayé de sourire, c’était venu spontanément. Yume, elle veut pas se battre avec toi, ou avec Garo, elle veut plus… Si tu veux toujours te battre, Yume se battra aussi, mais seulement parce qu’elle a pas le choix… Mais, en vrai, Yume veut pas se battre.

Onsa détourna le regard. Yume le prit comme le fait qu’il n’avait pas l’intention de se battre.

Pour le moment, tout du moins.

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