—Ils n’apprennent vraiment jamais. L’homme avec les cheveux courts qui portait un uniforme de prêtre plaça son bâton de métal devant lui.
Un orc avec les cheveux teintés de plusieurs couleurs lança délibérément une attaque sur ce bâton avec son katana. C’était tout ce quoi ça avait l’air pour Haruhiro, mais ça ne pouvait pas être ça. L’homme avec les cheveux courts était relativement petit, tandis que l’orc devait se situer dans les un mètre quatre-vingt-dix, même si c’est une estimation assez faible. N’importe qui aurait pensé que l’orc allait être le plus fort des deux, mais évidemment il ne pouvait pas couper le bâton en métal en deux avec son katana.
Cela devait être la compétence de Cheveux Courts : amener son adversaire vers lui, le faire frapper là où il le veut, puis utiliser la propre force de son adversaire pour lui infliger une sévère contre-attaque.
Le bâton en métal de Cheveux Courts tourna sur lui-même, frappant l’orc sur le côté de son visage. Mais les orcs étaient résistants. Même après s’être pris un coup solide de la part d’un bâton fait de métal, ou peut être fait d’un autre matériel tout aussi résistant, l’orc tituba, mais il ne tomba pas. Cheveux courts aurait été plus que capable de faire suivre avec une autre attaque, mais il ne fit rien, préférant plutôt battre en retraite.
—Je m’en charge !
Eruptant de la brume, un homme grand et fin attaqua l’orc par-derrière. Cet homme avait une arme dans chaque main. Il était ambidextre. D’après l’utilisation de cette stratégie qui consiste à attaquer son ennemi par-derrière, l’homme était un voleur. Cependant…
—La raison pour laquelle je ne peux pas être heureux, et la raison pour laquelle je suis hanté par la tristesse, et la raison pour laquelle personne ne reconnaîtra mes accomplissements, et la raison pour laquelle je n’ai pas de harem, tout ça c’est ta faute ! cria-t-il.
Le voleur se mouva d’une façon qui semblait défier les lois de la flexibilité. Il était rapide, oui, mais il se tordit et se pencha comme un serpent, et c’était quelque peu malaisant. C’était une bonne chose qu’il avait poussé l’orc au sol et qu’il l’avait massacré en le plantant, mais était-il obligé de sembler aussi vengeur ? Qui plus est, c’était assez évident que toutes ces choses qu’il avait citées n’étaient pas de la faute de l’orc. Il ne faisait que se défouler, pas vrai ?
En plus de ça, quand l’orc s’arrêta de bouger, l’homme se releva lentement, trempé du sang de sa victime, et il chuchota :
—J’ai encore pêché. Mon dieu, le dieu qui m’habite, est mort !
Ça n’avait aucun sens. Mais peu importe. Il pouvait faire ce qu’il pouvait. Enfin, ce n’était comme si on avait besoin de le lui dire ; il allait apparemment le faire dans tous les cas, parce que le voleur disparut dans la brume une fois de plus en marchant avec sa manière étrange.
Pendant ce temps, Cheveux Courts était en train d’utiliser son bâton en métal pour retenir un autre orc, puis il riposta.
—Nous allons laisser Tsuga et Sakanami régler leurs problèmes, comme prévu. Moyugi repoussa l’extrémité de ses lunettes avec son majeur, puis il commença immédiatement à marcher avec flegme. Nous allons partir pour notre prochain objectif.
Il semblait naturel que Moira allait le suivre en silence, parce qu’elle était son démon, mais pourquoi Kuro lui avait dit « Ça roule », et commença à le suivre lui aussi ? Le prêtre avec les cheveux courts, Tsuga, et l’étrange voleur, Sakanami, étaient leurs camarades, non ? Ils étaient des membres des Typhons Rocks. En dépit de cela, était-ce convenable de juste regarder leurs camarades se battre de loin, sans leur offrir leur aide, et d’ensuite faire comme si ce qui arrivera après ne les concernait pas ?
Alors qu’Haruhiro demeurait confus, une grande main vint se poser sur son épaule. Quand il se tourna pour regarder à qui elle appartenait, le grand chauve avec des lunettes de soleil, Kajita, était en train de lui montrer un pouce en l’air, sa moustache tournait vers le haut dessinant un sourire.
Quoi ? C’est censé dire quoi ça ?
—…Oh. Ok alors, était la seule réponse qu’Haruhiro pouvait donner.
Kajita épaula son épée champignon géante et suivit Kuro. Il marchait tranquillement, ses pas débordant d’assurance. Sa démarche était si arrogante.
Est-ce que les personnes comme lui n’hésitaient pas, ou ne ressentaient pas l’indécision ? Ou si ? Quelle était la réponse ?
Yume donna une pichenette dans le dos d’Haruhiro.
—Haru-kun, on devrait y’aller nous aussi ?
—Oh…Ouais.
Elle avait raison. Ils devaient y aller.
Je continue de penser ça, non ? Est-ce que c’est bien comme ça ?
Il avait été complètement dépassé par les évènements. Ou plutôt, il ne pouvait pas suivre le même chemin que les autres. Il commença même à douter qu’il ait lui-même un chemin à suivre. Haruhiro suivit derrière Kajita avec Yume, en pensant, Rah, je suis tellement fragile, et se sentant honteux de ce qu’il avait fait.
Dans son groupe habituel de six, il était arrivé à les mener d’une manière ou d’une autre, réussissant entre autres à les maintenir ensemble. Mais quand d’autres facteurs entraient en jeu, comme maintenant, il se retrouvait soudainement désespéré. Tout tombait en morceaux sans qu’il le sache, et il n’avait pas la moindre idée de quoi faire en réponse à ça.
Pourquoi… ? Se demanda-t-il. C’est quoi le problème ? Qu’est-ce que je n’ai pas ? Qu’est-ce qui me manque ?
S’il devait répondre « tout » à cette question, il avait le sentiment qu’il ne ferait qu’esquiver le problème. S’il faisait ça, tout serait fini. Il était frustré, et désespérément en colère contre lui-même. Il ne voulait pas rester comme ça.
—Yume… attends, dit soudainement Haruhiro.
—Fwuh ?
—Je veux parler à Moyugi-san.
—M’ok. Pendant que tu fais ça, Yume va rester près de Kajitan.
Kajita se retourna et fit un pouce en l’air. Il ne parlait pas beaucoup, et c’était difficile de savoir à quoi il pensait, mais il dégageait quelque chose de rassurant.
Haruhiro commença à courir, dépassant Kajita, et ensuite Kuro, avant d’arriver au niveau de Moira. Moira se retourna brusquement et fixa Haruhiro avec ses yeux sans fond.
Noooooooooon… Tu m’as fait peur là, pensa nerveusement Haruhiro.
Non, il n’avait pas le temps d’avoir peur. Il devait absorber des choses. Le supplier pour des enseignements, ou tout ce qu’il pourrait avoir, et absorber tout ce qu’il pouvait. Il devait les faire siennes.
—Um, Moyugi-san, est-ce que—
—Si ta question est stupide, je l’ignorerai.
La façon qu’a eue Moyugi de couper la parole à Haruhiro pour lui dire ça, cela démontra qu’il se pourrait que le chevalier noir pouvait être étonnamment attentionné avec les autres. Soit ça, soit il aimait juste parler.
—Je me suis fait quelques réflexions, mais… Ce plan, normalement on préférerait concentrer les forces, mais vous faites le contraire, dit Haruhiro en hésitant. En vous séparant, est-ce que vous essayez de diviser les forces ennemies écrasantes en nombre, pour ensuite les éliminer par petit groupe, peut-être ?
—Si cela ne tenait qu’à moi, nous ne suivrions jamais un plan aussi stupide que ça.
—…Pareil pour moi. Même en y réfléchissant, je ne pense pas que je pourrais faire ça. c’est trop risqué.
—Cependant, quand on parle de stratégies, il n’existe pas une chose que tu puisses utiliser comme une variable dans une sorte de formule et qui te donnerait la réponse. En récoltant d’innombrables conditions, ton processus changera. Et ton résultat aussi, cela va sans dire.
Haruhiro comprenait tout cela. Même si son groupe avait sa propre forme, tout dépendait contre quoi il se battait. Quel genre d’ennemi. Où ils se battaient. Où ils pourraient lancer une attaque-surprise. Où ils pourraient eux-mêmes se faire attaquer par surprise. Plusieurs facteurs entraient en jeu, et cela modifiait le plan idéal. Ils devaient changer et s’adapter.
—Cette fois, c’est juste que ça s’est déroulé de telle sorte que cela vous a fait choisir un plan que vous n’auriez jamais appliqué normalement…c’est exact ? demanda Haruhiro.
—Pour le dire d’une autre manière, nous n’avons pas de plan, dit Moyugi, sans répondre directement à la question d’Haruhiro. Nous avons les grandes lignes, bien sûr. Comme, voilà comment sont les choses, et voilà ce qu’on doit faire si cela arrive. Mais, même avec ça, il y a des exceptions. Au final, quand il faut prendre une décision, les plans ne sont rien d’autre qu’un autre facteur à prendre en considération. Que penses-tu que la force soit ?
—Huh ?
Il me sort ça comme ça, pensa Haruhiro. Ou y’avait-il un quelque conque rapport avec ce qu’il venait de dire ?
—Eh bien, la capacité à gagner, je dirais, dit Haruhiro. Ça peut sembler un peu banal dit comme ça, mais je dirais un truc du style, « Les forts ne gagnent pas ; ceux qui gagnent sont forts. »
—Il y a une part de vérité là-dedans. Par exemple, moi, le plus fort des chevaliers noirs en activité, ne possède pas des aptitudes physiques exceptionnelles, ou un potentiel rare pour la magie noire.
Tout en pensant :
Il le lâche pas son truc de « plus fort chevalier noir en activité », huh ?
Haruhiro acquiesça.
—D’accord.
—Imaginons qu’il y ait un robuste guerrier qui puisse tuer un dragon avec une pichenette sur le front. S’il était attaqué dans son sommeil, ou qu’il ingérait du poison, il mourrait aisément. À dire vrai, on ne manque pas de héros qui ont trouvé la mort de cette façon. Je sais que c’est vrai. Malheureusement, n’étant pas en mesure de me souvenir de mon monde originel, je ne peux pas offrir d’exemples concrets. Pour quelqu’un ici, peut être que le Roi Mort-Vivant fera l’affaire ?
—La force n’a pas besoin de puissance, dit lentement Haruhiro. Est-ce ce que tu es en train de dire ?
—En avoir ne fait pas de mal. Tu utilises ce que tu as à ta disposition. Cependant, même avec de l’entrainement, tout le monde n’est pas capable de courir les cent mètres en moins de dix secondes, n’est-ce pas ? Bien que, en ce monde, pour le moment du moins, il ne semble pas exister de manière précise de mesurer le temps en dessous d’une seconde. Mais je pense que cela existe dans notre monde originel.
—Tu continues de mentionner des choses de notre monde originel…
—Cela ne te rend-il pas curieux ? Si c’est le cas, alors tu es fou a lier. Bien que je suppose que la plupart des gens sont fous.
—Je ne peux pas affirmer pour sûr si je suis pas fou ou pas, mais… honnêtement, ça m’intéresse, dit Haruhiro.
—Tu es membre des Briseurs du Levant, donc j’ai compris que cela t’intéresserait.
Shima avait dit à Haruhiro, « Nous sommes à la recherche d’un moyen pour revenir dans notre monde originel. »
—Soma a dit qu’il y avait des signes montrant le retour du Roi Mort- vivant, et il a formé les Briseurs du Levant dans le but d’envahir les terres mort-vivantes dans l’ancien Royaume d’Ishmal, dit Moyugi. Mettant de côté si oui ou non ces signes existent, je suis certain que le Roi Mort- vivant, qu’on dit dormir d’un sommeil sans fin au fin fond des terres mort- vivantes, reviendra un jour ou l’autre. Sa malédiction fait encore effet après tout. Quand cela arrivera, pas seulement Alterna, mais l’entièreté du royaume d’Arabakia ne pourra s’en sortir sans quelques cicatrices. Je suis sûr que nous serons forcés de nous battre, que nous le voulions ou non, pour la survie de l’humanité, chacun de nous mettant nos vies en jeu. Si possible, je veux régler certaines choses avant que nous en arrivions là. Détruire le Roi Mort-vivant aussi vite que possible. C’est pour ça que Soma a rassemblé toute cette puissance. Du moins, en surface.
—Mais son réel objectif et de revenir dans notre monde originel ? interrogea Haruhiro.
—Il pourrait arriver un moment où nous allons devoir vaincre le Roi Mort-vivant, donc bien que ce soit la raison que l’on donne pour le grand public, ce n’est pas juste une façade, dit Moyugi. Je veux devenir fort, après tout. Pour défendre ce qui a besoin d’être défendu, pour saisir ce que je désire, et pour réclamer ce que j’ai sans nul doute perdu.
Bien que Moyugi n’était en aucun cas petit, il n’était pas non plus spécialement grand. La raison pour laquelle il avait l’air aussi haut était qu’il était fin. Il avait le strict minimum de muscle dont il avait besoin, mais on ne pouvait pas vraiment dire qu’il avait la peau sur les os. Ses mouvements manquaient de force et de puissance, il n’était pas agile, et il avait affirmé lui-même ne pas avoir de don particulier avec la magie noire. En vérité, si Haruhiro se mettait dans le bon état d’esprit, il pourrait probablement se placer derrière l‘homme. Pour ce qui est de la force, de l’agilité, et peut-être même de l’endurance, il était possible qu’Haruhiro soit meilleur que Moyugi.
Mais il ne pouvait pas le battre. Même s’il pouvait se placer derrière et lui et préparer une attaque mortelle, les chances de vaincre se retourneraient contre lui. Il ne pouvait pas s’empêcher d’avoir cette sensation.
Il y avait Moira, pour commencer. Qui plus est, si Haruhiro visait le dos de Moyugi, il était évident que Moyugi l’aurait prédit. Il ne se basait sur rien pour affirmer ça, mais s’il s’y attendait, il y avait des choses qu’il pourrait faire en amont. Moyugi anticiperait qu’Haruhiro était meilleur que lui, et il poserait des pièges.
Quel genre de pièges ?
Il ne savait pas. Il ne pouvait pas se l’imaginer.
S’il tombait dans un piège inconnu, s’en sortirait-il vivant ?
Il ne pouvait pas le prédire. Ses jambes tremblèrent de peur. Il ne pouvait pas réfléchir convenablement.
Il était garanti de perdre à ce stade.
—Tout le monde planifie un pas en avance avant d’agir, dit Moyugi.
—Donc tu planifies encore plus loin dans l’avenir, c’est ça ? demanda Haruhiro.
—Je planifie cent pas en avance avant d’agir. Enfin, c’est ce que j’aimerais dire, mais il y trop de possibilités, c’est statistiquement impossible.
—Um… Donc, est-ce tu planifies comme dix pas en avance, alors, Moyugi-san ?
—J’ai toujours trois pas d’avance. Même pour moi, le chevalier noir le plus fort en activité, c’est le mieux que je puisse faire.
C’est pas vraiment beaucoup, était-ce qu’Haruhiro pensa en premier lieu, mais ensuite il reconsidéra cette pensée. Toujours, avait dit Moyugi. Cela signifiait qu’il commençait chaque combat en ayant prédit trois pas à l’avance, mais ça ne s’arrêtait pas là. S’il continuait à penser trois pas à l’avance à chaque pas qu’il faisait, cela signifiait qu’il était en constante réflexion sur ses actions.
Ce serait assommant. Cela le déchirerait de l’intérieur. Ce serait si difficile. Si difficile que son nez en saignerait.
Devait-il aller aussi loin dans le but de devenir plus fort et gagner ?
Oui. Il n’était pas un génie, n’était pas un genre d’élu, donc s’il ne faisait pas au moins ça, il ne serait pas en mesure de l’emporter. Il ne pouvait pas devenir fort. C’était probablement ce que ça signifiait.
Dans ce genre de business, une défaite s’apparentait très souvent à la mort. Si Moyugi ne voulait pas mourir, peu importe que ce soit dur ou non, peu importe que cela l’épuise, il devait le faire. S’il ne le faisait pas, il s’en sortirait tant qu’il arrivait d’une manière ou d’une autre à sortir vainqueur, mais viendra un jour où il perdra et il mourra. S’il ne voulait pas que ça arrive, il devait s’abandonner.
—Um, Moyugi-san, Haruhiro prit la parole.
—Qu’y a-t-il ?
—Merci. C’était très instructif. J’ai beaucoup appris.
Moyugi se contenta de renâcler, sans dire le moindre mot.
Réfléchir. Jusqu’à maintenant, Haruhiro avait pensé que c’était ce qu’il avait fait. Mais si on lui demandait s’il réfléchissait encore et encore et encore jusqu’à atteindre ses limites, il ne pourrait pas bomber le torse avec fierté et dire, « Bien sûr ».
Haruhiro s’était dit qu’il avait beaucoup réfléchi. Mais n’avait-il pas toujours ressenti, qu’en quelque sorte, que c’était suffisant ?
Il n’était pas allé jusqu’à ses limites. Ça c’était sûr. Il avait quelquefois poussé la chose assez loin, mais au final, après avoir atteint un certain point, il avait eu tendance à avoir une approche plus de seconde main et avait laissé les choses faire ce qu’elles devaient faire. Il s’était dit qu’il en avait fait assez, et donc que c’était bon pour lui. Que personne n’allait se plaindre auprès de lui.
C’était donc tout à fait naturel qu’il y ait un fossé entre une personne comme lui, et une personne qui pensait et analysait en permanence.
Ce n’était pas une différence de capacité. Il était question de qui faisait tout ce qui était possible de faire. C’était la seule différence, mais tout ça s’est empilé pour former un énorme fossé entre eux deux.
—En passant… Haruhiro décida de poser une question, même s’il n’attendait pas une réponse. Ces ennemis, qui sont-ils en fait ? Pourquoi vous battez-vous contre eux ?
—Si je devais résumer ça simplement… Moyugi était en fait en train de répondre, à se grande surprise. …C’est un coup de tête.
—Un… coup de tête ? le regarda Haruhiro, intrigué.
Avant qu’il n’ait le temps de digérer ça, le prochain groupe lança une attaque. La brume était toujours aussi dense. À cause de ça, il ne pouvait pas les voir, mais il pouvait entendre les bruits. Il entendit des voix aussi.
Haruhiro s’attendait à ce que Moyugi mène son enquête à nouveau, mais l’homme ne semblait pas disposer à ralentir son rythme de marche.
La zone était comparativement plate, et était remplie d’arbres noirâtres aussi bien épais que fins. Ils devaient se faufiler à travers eux donc ce n’était pas facile d’y bouger.
—Kuro. Kajita.
Sans s’arrêter, Moyugi indiqua quelque chose aux deux autres avec ses mains.
Haruhiro avait failli lui demander des directives, mais il ne pouvait pas faire ça. Il devait d’abord réfléchir.
Faisant demi-tour, Kuro partit à gauche, et Kajita à droite. Yume se tourna vers lui par défaut. Kuro était spécialisé dans les attaques mortelles à distance sans que ses ennemis ne découvrent sa localisation, donc il était plus prudent de ne pas se mettre en travers de son chemin.
Allons aider Kajita sans se placer trop proche ou aller trop loin de lui, décida Haruhiro. Il retourna auprès de Yume, et ils suivirent Kajita ensemble. Moyugi continua son avancer, avec Moira à ses côtés.
Kajita tourna sa tête en direction d’Haruhiro et de Yume et leur fit un pouce en l’air. Ce serait tout simplement méchant de l’ignorer. Haruhiro hésita brièvement, puis il lui fit un pouce en l’air en retour.
Kajita avait l’air satisfait. Ou du moins c’est ce qu’on aurait dit.
Haruhiro ne pouvait toujours pas voir les ennemis, mais il arriva au bout d’un moment à plus ou moins distinguer leurs voix. Il s’agissait probablement de plusieurs orcs. Il y avait un homme humain, et une femme aussi. Un de chaque, huh ? Mais ils ne criaient, ils laissaient juste échapper des cris de bataille de temps en temps.
—Rock ! cria Moyugi, probablement intentionnellement.
Il y eut un immédiat, « Ouais ! » d’un homme qui semblait plus que motivé en guise de réponse.
—Ça se passe tout comme prévu ! Butez-les tous !
—Rarrrrrrrrrrrrrrgh !
Kajita laissa échapper un puissant rugissement qui semblait avoir fait trembler les cieux et la terre. Ce n’était pas n’importe quel cri. Il utilisait une méthode de vocalisation spéciale pour émettre un son que personne ne devrait pouvoir faire, intimidant quiconque l’entendait. C’était le cri de guerre des guerriers. Et même en sachant cela, c’était le plus incroyable de tous les cris de guerre qu’Haruhiro avant entendu jusqu’à présent.
Haruhiro se couvrit les oreilles malgré lui, et faillit même se plaquer au sol. Yume trembla et cligna des yeux sous la stupeur.
Ouais, ça pique sévère, confirma Haruhiro.
Les ennemis étaient en train de venir vers eux. Naturellement, c’était ce pourquoi le cri de guerre avait était utilisé.
—Yume, mets-toi devant moi ! cria Haruhiro.
—Meow !
Yume agita sa tête vigoureusement de haut en bas, puis elle dégaina Wan-chan et se plaça devant Haruhiro.
Haruhiro avait son poignard dans la main droite, et un couteau avec une garde dans sa main gauche. Il équilibra sa respiration, effaça sa présence, et passa en mode Furtivité.
C’était peu reluisant de se cacher dans l’ombre de Yume, mais il ne pouvait pas se permettre de s’inquiéter des apparences. À la place de juste réagir, il allait réfléchir, et ensuite agir de sa propre initiative. Il était nécessaire pour lui de pouvoir faire ça.
À un moment donné, le style de combat dans lequel il utilisait Frappe pour se défendre des assauts ennemis, attendant une opportunité pour attaquer, était devenu une seconde nature chez lui. Mais Haruhiro était un voleur. Frappe ne devait lui servir qu’à se sortir de situations périlleuses. Garder un ennemi occupé n’était pas le boulot d’un voleur. Les compétences des voleurs pouvaient être divisées en trois catégories : les techniques d’embuscades, les techniques de vol, et les techniques de combat létales. Il était fait pour être un attaquant dans un combat. Un orc surgit de la brume.
—En effet !
Kajita alla à sa rencontre avec son épée massive champignon. Il essaya de découper l’orc en deux ainsi que les arbres noirâtres, mais l’orc esquiva.
Un deuxième, puis un troisième orc apparurent, se jetant sur Kajita.
Est-ce qu’il va s’en sortir ?
Était une chose qu’Haruhiro n’avait pas à s’inquiéter. Il devait avoir envisagé cette possibilité, et Kajita n’avait pas besoin qu’une personne aussi insignifiante qu’Haruhiro s’inquiète pour lui. Qui plus est, Haruhiro et Yume avaient eux aussi des ennemis qui arrivaient vers eux. De devant, et de la gauche.
C’était—pas un orc. Un mort-vivant, huh ? Ce n’était pas un de ceux à quatre bras qu’on appelait double bras. Sa nuque était étrangement longue, avec d’étranges épaules rafistolées et de longs bras.
Haruhiro ajusta silencieusement sa position. Il était pile en ligne droite avec Yume entre lui et le mort-vivant. C’était l’endroit. Ici, le mort- vivant ne pouvait pas voir Haruhiro. Il ne pouvait pas le détecter.
Yume fonça vers l’avant. Le mort-vivant fit de même.
Est-ce que je devrais attendre ? Se demanda Haruhiro. Non.
Mettant de force son indécision sur le côté, Haruhiro se mit en mouvement. Il maintint Furtivité, prenant un assez grand détour sur la droite de Yume tandis qu’il approchait furtivement le mort-vivant.
Le mort-vivant n’avait pas encore remarqué Haruhiro. Peu de temps après, la lame incurvée de Yume et l’épée du mort-vivant dégagèrent des étincelles. Juste après ça—non, avant ça— Haruhiro arriva à se placer derrière le mort-vivant. Avec son poignard et son couteau, il dessina une croix dans la nuque étrangement longue de la chose.
Alors qu’il s’effondrait, incapable de résister au coup, Yume déchaina Wan-chan sur le sommet de sa tête.
—Chowah !
Avec sa tête ouverte en deux, le mort-vivant perdit sa force. On aurait presque dit une poupée brisée. Sans s’arrêter pour reprendre son souffle, Haruhiro alla se replacer derrière Yume.
Kajita était en train de se prendre trois orcs à lui seul. Il n’en avait pas encore vaincu un seul. On aurait dit que c’était des durs à cuire.
—Yume, débarrassons Kajita d’un de ses ennemis, dit Haruhiro.
—Meowger. Yume marcha rapidement vers l’un des orcs.
Son ombre. Haruhiro était devenu la brave ombre de Yume.
L’orc remarqua Yume. Le voilà. Juste l’un d’entre eux. Les deux autres qui étaient restés s’attaquaient à Kajita. Celui-ci avec les cheveux attachés et teint en doré, et son arme était un katana. Il devait être aussi grand que Kajita. Aussi grand soit-il, il demeurait tout de même léger sur ses appuis. Le fait que sa tête ne bouge quasiment pas prouvait qu’il avait un centre de gravité stable.
Au premier regard, l’orc semblait portait peu d’équipement, mais il portait en fait une armure qui lui protégeait des coups à la nuque. Il avait des genouillères, des coudières, des grèves, ainsi que des gants armurés. Étant donné le fait qu’il avait réussi à embêter Kajita, il était sans nul doute doué.
Haruhiro essaya de s’avancer sur la gauche de Yume tout en maintenant Furtivité, mais l’orc doré le remarqua immédiatement. C’était un bon. Haruhiro retourna se cacher immédiatement derrière Yume. Immédiatement après ça, l’orc doré et Yume eurent d’intenses échanges armés. Le katana de l’orc était légèrement plus long que le Wan-chan de Yume. L’orc était aussi plus puissant. On aurait dit que Yume arrivait à peine à contenir les coups de l’orc tandis qu’elle reculait.
L’orc doré mettait la pression à Yume, mais il gardait toujours une partie de son attention sur la présence d’Haruhiro.
Je dois aider rapidement Yume, pensa Haruhiro. Je ne peux pas juste agir à l’aveugle. Réfléchis. Dépêche. Garde ton sang-froid.
Réfléchis.
—Yume, en arrière ! ordonna-t-il.
Yume roula rapidement en arrière et sur la gauche. C’était Revirement de la fouine. Haruhiro avança immédiatement. Maintenant l’orc doré de pouvait pas poursuivre Yume. Haruhiro essaya d’avoir l’air aussi intimidant que possible en prenant la posture pour utiliser Assaut.
—Ohhhhhhhh ! cria-t-il en réalisant ce qui était en train de se passer.
S’il ne frappait pas l’orc doré avec tout ce qu’il avait, il pourrait se faire décimer. Il devait tout balancer dès le début.
L’orc doré semblait dire, « Je vais te prendre ». Il n’allait pas sous-estimer Haruhiro. Il allait être un ennemi difficile à affronter.
Et l’arme de l’ennemi avait plus de portée, donc si Haruhiro ne se rapprochait pas, le combat n’allait pas durer longtemps. Haruhiro chargea devant lui comme s’il allait tacler l’orc.
C’était ce qu’il voulait faire croire, mais ensuite il utilisa son pied droit pour envoyer de la boue. C’était l’étonnement. En gros, il envoyait de la terre dans les yeux de son adversaire. Il ne l’avait pas beaucoup utilisé en combat réel, mais la terre vola jusqu’aux yeux de son ennemi comme prévu. L’orc doré n’eut même pas l’air étonné, se contentant simplement de lever son bras pour bloquer la terre. Pendant ce laps de temps, Haruhiro — ne chargea pas devant lui. Il tourna les talons et fonça dans la direction opposée.
—Urga ?!
Cela surpris l’orc doré. Et ainsi, il hésita. Pensant que cela devait être un piège. Et à dire vrai, c’était un piège, d’une certaine façon.
Haruhiro parcourut environ quatre mètres, puis il se tourna pour faire face à l’orc. En marchant de côté, il se plaça à un endroit où il pouvait prendre l’orc par les flancs avec Yume. Haruhiro donna le signal avec ses yeux, mais ce n’était pas nécessaire.
Yume rangea Wan-chan dans son fourreau, avant de sortir immédiatement ses couteaux de lancée et de les utiliser.
—Perce-Etoile, meow !
L’orc doré réagit rapidement en se tordant pour esquiver les couteaux. Haruhiro essaya de se rapprocher de l’orc par derrière— mais il était détecté, donc il se retira immédiatement.
Pendant ce temps, Yume avait encoché une flèche. Elle la décocha.
Trois tirs. C’était Tir Rapide.
L’orc doré esquiva facilement les deux premières, mais il dévia la troisième avec son katana. Après ça, pendant un moment, il perdit de vue Haruhiro.
Quand il remarqua qu’Haruhiro avait utilisé Furtivité pour se mettre à distance de frappe, aussi impressionnant l’orc doré soit-il, il se devait d’être surpris. De sa perspective, Haruhiro semblait vouloir dire, « Là c’est le moment »— mais il n’attaqua pas.
Haruhiro se retira, mettant à nouveau de la distance entre eux.
L’orc doré semblait surpris et déçu, mais aussi sur ses gardes. Il se pourrait qu’il avait déjà percé les intentions d’Haruhiro à jour. Même s’il avait vu à travers lui, il ne devait y avoir rien qu’il puisse faire. À la toute fin, il n’allait pas pouvoir se débarrasser d’Haruhiro et Yume rapidement.
C’était parce qu’ils étaient en train de gagner du temps. Bien entendu, si une opportunité pour abattre l’orc se présentait, ils la saisiraient. Mais ils n’allaient en aucun cas faire quelque chose de trop risqué.
L’orc doré devait choisir entre les prendre sur une bataille d’endurance et laisser la différence de force gagner pour lui, ou alors écraser rapidement Haruhiro ou Yume pour transformer ce combat en un-contre-un. Bien évidemment, s’il avait pu faire la deuxième option, il l’aurait déjà fait. L’orc doré était plus fort qu’Haruhiro ou Yume, mais il n’avait pas un avantage de force si élevé que ça. L’orc doré le savait lui aussi.
Ainsi donc, s’ils devenaient impatients, il serait facile pour lui de les vaincre, mais ça n’allait pas arriver. L’orc doré choisit donc l’endurance. Il avait plus ou moins compris qu’il allait gagner à la fin. Il s’était probablement rendu compte que même si ça allait pendre un certain temps il allait pouvoir gagner, donc il allait les attaquer lentement et sûrement. Sa confiance était probablement inflexible.
Pour dire toute la vérité, si le combat trainait en longueur comme ça, Haruhiro et Yume pourraient se perdre sans même trouver la moindre chance de l’emporter. C’était pourquoi l’orc doré était en train de faire la chose à faire. Haruhiro et Yume avaient aussi choisi la solution idéale dans leur situation, donc du moment qu’aucun des partis ne faisait d’erreur, celui qui méritait de gagner l’emporterait.
Alors que l’orc doré se trouvait là, ne montrant pas le moindre signe d’arrogance, une flèche alla se planter dans le flanc gauche de sa poitrine.
—…Whuh ?
Yume pencha sa tête sur le côté. Le tireur n’était pas Yume.
L’orc doré laissa échapper un grognement grave, mais il prit sur lui et se tourna en direction d’où était venue la flèche. Quand il le fit, une autre flèche alla se loger dans son bras droit. Sans perdre une seconde, une troisième flèche alla se planter au centre de son torse. Elles pénétraient facilement son armure. Quel arc puissant. L’orc doré posa un genou à terre.
—De là à penser que tu m’utiliserais.
Kuro émergea de la brume. Son arc était accroché dans son dos, et il avait une épée à tranchant unique dans sa main. Elle était similaire aux katanas que les orcs utilisaient.
—T’es un malin toi.
L’orc doré se releva, échangeant son katana de main pour le passer à gauche. Même si c’était sa main secondaire, ses frappes étaient toujours aiguisées. Et pourtant, Kuro les dévia aisément, avant de décapiter l’orc doré.
—Vous utilisez ? Haruhiro laissa échapper un petit soupire. Vous le dites comme si c’était quelque chose de mal.
—Ne compte pas trop sur moi. Je suis le genre de gars qui va voir ailleurs quand les autres commencent à avoir des attentes sur lui.
Kuro récupera ses flèches sur le corps de l’orc doré avant de leur faire un petit signe de la main et de disparaître dans la brume une fois de plus.
—Haru-kun, t’as pensé qu’Kuroron allait v’nir ? demanda Yume.
—Je me suis dit, qu’au pire, on pouvait le retenir jusqu’à ce que Kajita en ait fini avec les deux autres orcs. C’était l’idée, tout du moins.
Haruhiro se tourna en direction de Kajita. L’homme n’avait découpé que l’un des deux orcs avec son épée champignon massive, donc il n’en restait plus qu’un.
Non, on aurait dit qu’il y avait des renforts. La brume était toujours présente, donc Haruhiro ne pouvait distinguer que des silhouettes à cette distance, mais il y avait un orc et un mort-vivant. Il fit signe à Yume, et ils allaient aller intercepter les renforts en approche quand l’orc s’effondra, et le mort-vivant fit un arrêt soudain. Était-ce l’oeuvre de Kuro ?
—Drahhhhhh ! rugit Kajita, mettant la pression sur l’orc qu’il affrontait.
Il le poussa, et il le poussa.
Non seulement il ne perdait pas en termes de force pure contre l’orc, mais en plus il était complètement en train de le surpasser. Le mort-vivant qui s’était temporairement arrêté fonça vers lui, probablement dans l’idée d’aider l’orc, mais il n’y arriva pas à temps.
L’épée massive de Kajita alla dégommer le katana qui l’orc tenait désespérément pour rester en vie. À cet instant, le combat était décidé.
Kajita s’avança brusquement, poussant l’orc au sol avec un coup de pied, puis il laissa tomber son épée champignon massive sur l’orc. La tête de l’orc fut pulvérisée en bouillit.
Sans s’arrêter pour reprendre son souffle, Kajita se lança à l’assaut du mort-vivant. Il n’avait pas besoin de la moindre aide. Haruhiro et Yume hochèrent la tête l’un l’autre, puis ils décidèrent d’avancer.
Ils sentirent quelque chose les attirer plus loin encore et encore. Le leader des Typhons Rocks, Rock, était devant eux.
Kuro, Moyugi, Kajita, Sakanami et Tsuga. À quoi pouvait bien ressembler Rock, l’homme qui menait se groupe aux personnalités hautes en couleur ? Était-il aussi farfelu que le reste des membres de ce groupe ? Où allait-il avoir une quantité surprenante de bon sens en lui ? Pour être honnête, quand on parlait de soldats volontaires connus, notamment ceux qui menaient des groupes ou des clans, il avait le sentiment qu’ils ne manquaient pas souvent de personnalité. Si l’un d’eux était normal—non, si l’un d’entre eux avait du bon sens— ce serait Shinohara-san d’Orion, et ça devait être tout, peut être ?
Quelqu’un comme Haruhiro ne deviendrait jamais connu. Bien que, étant donné le fait qu’un groupe mené par un plat et médiocre leader comme lui avait intégré les Briseurs du Levant, il était possible qu’ils soient sortis du lot mais dans le mauvais sens du terme. En plus de ça, ils avaient disparu dans les Étendues Crépusculaires, donc tout le monde devait être convaincu qu’ils étaient morts. Ils avaient probablement déjà commencé à les oublier.
Quand les gens apprendront qu’ils étaient en fait en vie, et qu’ils étaient arrivés à revenir, se pourrait-il que tout le monde en parle ? Comme si, peu importe où ils étaient allés, les gens se moqueraient d’eux dans tous les cas ? peut-être feraient-ils mieux de ne pas rentrer à Alterna ?
Bien entendu, il était en train de s’imaginer des choses. Il voyait bien trop loin devant lui. Il n’était même pas encore sûr de pouvoir rentrer. Pour le moment, il devait concentrer son énergie pour rentrer en un seul morceau. Dans le but de faire ça, ils devaient d’abord survivre à cette bataille.
Enfin, peu importe combien de fois il se retournait la tête, et peu importe combien de fois il se triturait le cerveau pour en sortir le peu de sagesse qu’il pouvait y trouver, il y aurait toujours des domaines dans lesquels il ne pourrait jamais espérer mettre un pied dedans.
—…Et c’est parti.
Haruhiro vint s’arrêter.
Yume vint s’arrêter à côté de lui.
—Hochow…
Elle laissa échapper une étrange expression de surprise.
Un-contre-un.
Il y avait un homme humain et un mort-vivant à quatre bras qui était apparemment un double bras en train de se battre en combat singulier.
Les doubles bras sont dangereux.
Haruhiro pouvait le dire après un simple regard. Tout d’abord, il avait quatre armes. Il avait un katana dans chacune de ses mains, et il les contrôlait librement.
Haruhiro était confiant que s’il le prenait de face, il se ferait tuer avant même avoir pu faire quoi que ce soit. Bien que peut être que cela ne s’appelle pas de la confiance.
Et aussi, ses mouvements étaient clairement très rapides. Bien que sa vitesse variait, il ne s’arrêtait jamais, pas un seul moment. Ce double bras était un défilé incessant de mouvement. Les coups de ses quatre katanas avaient une certaine fluidité et une beauté naturelle. Ils étaient gracieux même. Mais cette grâce n’enlevait pas leur férocité. Les attaques du double bras étaient comme un court d’eau paisible, mais aussi une rivière tonitruante, et cet homme était en train d’utiliser seulement une épée pour les dévier, ou les parer.
C’était incroyable.
Après tout, cet homme qui avait les cheveux redressait sur la tête pour on ne sait quelle raison… il était petit.
Si on prenait un autre soldat volontaire comme, « Tête-à-Tête » Max des Phalanges de Fer était sans le moindre doute un grand homme, mais il devait tout de même faire la même taille qu’Haruhiro.
Cet homme était encore plus petit que Ranta, qui était déjà plus petit qu’Haruhiro. Il se pourrait qu’il ne dépasse pas les 1,60m.
Il y avait des fois ou la flexibilité battait la force brute. Juste parce que quelqu’un était grand, cela ne voulait pas nécessairement dire qu’il était fort. Et pourtant, la taille du corps était une arme majeure. En combat rapproché, plus le corps de la personne est petit, plus il est désavantagé. Même Haruhiro, avec ses un mètre soixante-douze de hauteur, il se devait d’admettre qu’il aurait voulu être plus grand. Même s’il ne pouvait pas l’être autant que Kuzaku, il aurait voulu atteindre les un mètre quatre-vingt.
Le double bras devait probablement dépasser les un mètre quatre- vingt-cinq. Il faisait vingt centimètres de plus que l’homme, et avait aussi deux fois plus de bras. Pour ce qui est des armes, il en avait quatre fois plus.
En plus de ça, l’épée de l’homme n’était pas très grande. Ce n’était pas une petite épée, mais elle ne penchait pas dans les grandes épées.
Il peut pas gagner comme ça, pensa Haruhiro.
Peu importe comment il le regardait, l’homme n’avait pas la moindre chance.
Et en effet, alors que l’homme sautait de droite à gauche, battait en retraite, se jetait au sol et roulait, on aurait dit qu’il avait du mal rien qu’à bloquer et esquiver les quatre katanas du double bras. Cela ne l’aurait pas surpris de le voir se faire toucher à n’importe quel moment. Ce n’était qu’une question de temps. Cet homme était à sa limite, mais il arrivait on ne sait comment à tenir bon.
Haruhiro n’arrivait même pas à avaler sa salive.
C’est effrayant. Le double bras va finir par l’avoir. Il va forcément l’avoir. Je veux fermer les yeux. Attends…
Cet homme, à l’instant là, est-ce qu’il a fait quelque chose ? Il a dégainé une autre épée, peut-être ? Mais il n’en tient qu’une seule. Est- ce que ça veut dire qu’il a dégainé une épée différente, puis il l’a échangée avec celle qu’il tenait déjà ? On dirait qu’il a rangé l’épée précédente dans son fourreau. Pourquoi faire ?
Haruhiro ne le savait pas, mais l’homme lança son attaque à l’exact moment où il avait changé d’épée.
—Ha ha ha ha ! rit l’homme en lançant un assaut féroce.
Le double bras fut immédiatement forcé à passer en défense. Haruhiro n’arrivait pas à suivre les mouvements d’épée de l’homme.
Ce n’était pas à cause de la distance, ou de la brume ; il était juste trop rapide. L’homme agitait son épée plus vite que l’oeil ne pouvait suivre, en avançant pratiquement en ligne droite. Il chargea vers l’avant avec une force démesurée.
Juste au moment où Haruhiro pensa comprendre, l’homme changea sa prise sur l’épée, cette fois en se dirigeant vers le flanc droit du double bras, ou peut être sur son flanc gauche, et il lança des coups diagonaux.
Le double bras était tout aussi incroyable, pour être en mesure de répondre à ses changements soudains. En plus de ça, le double bras commença une contre-attaque. Quand il le fit, l’homme changea sa prise sur l’épée, et passe en mode charge.
Le double bras— ne recula pas. Il attrapa l’épée de l’homme en utilisant deux katanas comme une paire de ciseaux, puis il lança une contre-attaque avec les deux sabres restants. L’homme se défaussa de son épée sans la moindre hésitation, et il en dégaina une autre. Les deux changeaient de rôle d’attaquant et de défenseur à une vitesse époustouflante.
Haruhiro en avait des remontées acides. Sa respiration était courte. Ce n’était pas le moment de regarder avec étonnement, mais il ne pouvait pas retirer ses yeux de ce spectacle.
—Yahhhhhhhhhhhhhhhhhh ! un cri de guerre aiguë vint déchirer le ciel embrumé.
Il n’avait pas anticipé la venue d’une intrusion, donc Haruhiro était complètement ahuri. Est-ce que quelqu’un pouvait intervenir dans un combat sérieux entre cet homme et le double bras ?
Mais elle rentra dans le lard. De longs cheveux noirs. C’était une femme humaine. La femme sauta vers l’avant, katana devant elle, se lançant vers le double bras que l’homme combattait.
—Arara ? ! cria l’homme en se tournant.
Le double bras n’allait pas laisser passer cette opportunité.
Les quatre katanas de double bras se rapprochèrent de l’homme.
Etant au pied du mur, l’homme sauta en arrière.
Quand le double bras essaya d’immédiatement le suivre avec une autre attaque, la femme avec les cheveux détachés vint lui porter un coup.
—C’est pour Tatsuru-sama ! Prépare-toi ! Yahhhhh !
C’était une surprise. La femme n’était pas du tout mauvaise non plus.
Tenant son katana à deux mains, elle frappa une fois, puis deux fois, avec un combo qui ressemblait à une ligne de lances, et elle fit reculer le double bras. Ceci étant dit, elle ne pouvait pas continuer à lancer des attaques directes éternellement. Les mains de la femme finirent par s’arrêter— dans le but d’amener le double bras à contre-attaquer, et quand celui-ci le fit, elle relança une pointe, puis un coup circulaire vers les jambes, et ensuite, quand cela fut esquivé, elle attaqua, et attaqua, et attaqua encore et encore pour le faire reculer.
—Arara !
L’homme ramassa l’épée dont il s’était débarrassé plus tôt, puis il attaqua le double bras une fois de plus.
—Je t’ai dit que je me chargerai d’Arnold !
Deux contre un. Le double bras était dos au mur. C’était le point de vue d’Haruhiro.
—Es-tu en train d’insinuer que je ne peux pas le vaincre avec mon niveau de compétence ?! alors même que la femme lui criait cela en retour, son katana ne trouvait pas de repos. Même si je manque de puissance, je dois abattre ce monstre de ma main !

Haruhiro était en train de se dire qu’il commençait à comprendre leur situation. Cette femme était Arara, et Arnold était apparemment le nom du double bras. Arara a dit quelque chose comme, « C’est pour Tatsuru-sama ! » Quand elle avait attaqué Arnold. Il ne savait pas si Tatsuru-sama était l’une de ses connaissances, ou quoi que ce soit d’autre, mais il était clair qu’il avait été quelqu’un d’important pour elle. Arnold l’avait tué. Arara était en quête de vengeance.
Le petit homme avec les cheveux rebroussés vers le haut était probablement Rock. Rock semblait l’aider pour on ne sait quelle raison.
—Donc ce sera un projet commun entre moi et Arara, huh ? s’exclama Rock. Ha ha ! Bien, ça va être drôle pour moi !
—Cesse de dire des âneries !
—Je déconne pas, je suis sérieux là !
—C’est pour ça que tu dois rester concentré !
Bien qu’ils étaient en train de discuter, Rock et Arara étaient synchronisés tandis qu’ils déchainaient une attaque féroce. Ils firent pleuvoir une pluie de coups sur Arnold des deux côtés en succession rapide, donc le double bras n’avait pas beaucoup d’espace à s’accorder. Il était bloqué sur la défensive, et ses mouvements étaient clairement en train de devenir plus chaotique.
—Ha ha ha ha ha ! Rock se plaça derrière Arnold. Ça c’est pour avoir galéré en un-contre-un contre toi !
Au dernier moment possible, Arnold arriva à repousser l’épée de Rock avec l’un de ces katanas. Tout de suite après, Arara cria, « Yahhhh ! » et attaqua directement devant lui.
Bien qu’Arnold tordit sa tête pour l’esquiver, il utilisa aussi deux katanas pour dévier l’attaque en même temps. S’il n’avait fait qu’esquiver, Arara aurait sûrement utilisé un second coup pour infliger une sérieuse blessure à Arnold. Avoir son katana dévié par deux autres katanas fit perdre l’équilibre à Arara, mais Rock était là.
Quand Arnold commença à se tourner, Rock lança un combo sur lui.
—Rah, rah, rah, rah, rah, rah, rah, rah, rah, rahhhh !
Cela frappa Arnold quand il n’était pas en très bonne position. Il arriva à bloquer avec ses katanas jusqu’au sixième ou septième coup. Il manqua celui d’après, laissant Arnold avec une méchante plaie sur l’un de ses bras. Peut-être cela le fit paniquer, car il roula vers l’avant comme s’il avait trébuché.
Maintenant, pensa Haruhiro. Tu peux le faire. Juste là. Vas-y.
Peu importe sous l’angle que l’on regardait, c’était la chance parfaite. Rock était sur le point de se jeter sur Arnold, mais pour on ne sait quelle raison il s’arrêta. Non seulement ça, mais en plus il recula.
—Arara !
Arara prit une grande inspiration. Peut-être avait-elle senti quelque chose. Au lieu de reculer en ligne droite, elle essaya de bouger diagonalement tandis qu’elle mettait de la distance entre elle et Arnold. Il était dur de se dire qu’elle avait été trop lente. Arara avait réagi rapidement. Mais, et pourtant, elle n’y était pas arrivée à temps.
En un instant, Arnold se transforma en tornade.
Ce n’était même pas une métaphore. Quand Arnold sauta soudainement en l’air en tournoyant, il ressembla, en toute franchise, à une petite tornade, et il frappa le dos d’Arara avec la force d’une tornade. Ayant pris une blessure assez profonde pour la faire saigner, Arara s’effondra sur le sol. Si Rock ne l’avait pas prévenu en s’enfuyant, qui sait ce qui aurait pu lui arriver. Arara aurait pu se faire découper en petits morceaux par les quatre katanas d’Arnold.
—Retraite ! hurla Rock en courant. Arara est à terre ! Retraite !
—KYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYY.
Ce bruit ressemblait à celui d’un miasme faisant irruption des profondeurs de la terre pour tout détruire sur son passage. Quelle était cette voix ?
Arnold avait sa tête penchée en arrière, et ses bras écartaient en grand. Était-il en train de venir vers eux ? Ou pas ? Bien sûr qu’il était en train d’arriver.
Haruhiro attrapa le bras de Yume et se mit à courir. Même s’il n’avait pas pris son bras, il lui aurait suffi d’un seul mot. C’était tout ce qu’il aurait eu à faire, mais, pour une raison inconnue, sa voix ne serait pas sortie. Il se disait qu’il ferait mieux de ne pas crier.
Pour le moment, il devait la fermer et courir. Courir pour sa vie. Il devait mettre autant de distance que possible entre eux et cet endroit, et ce type, Arnold, et il devait le faire aussi vite que possible.
Te retourne pas, se prévint-il. Si t’as le temps pour ça, ça veut dire que tu peux courir plus vite.
Yume semblait être d’accord avec Haruhiro. C’était presque comme s’ils faisaient la course pour savoir qui pouvait s’enfuir le plus vite.
Peu de temps après, Kajita revint en ligne de mire. Lui aussi était en train de courir.
Pour l’instant, suivons Kajita, décida Haruhiro. On va courir aussi vite que possible. Aux confins de la terre, si nécessaire.
C’était courir ou mourir.
Il les tuerait à coup sûr.
Arnold. Ce mort-vivant. Ce double bras était dangereux.
Haruhiro pria pour qu’Arnold n’ait pas remarqué Yume et lui. Si Arnold n’était pas à leur recherche, ils pourraient s’en sortir éventuellement. Mais, s’il l’était, courir ne leur serait pas d’une grande aide. Ils pouvaient se débattre autant qu’ils le voulaient, mais il finirait par les attraper et les tuer.
Haruhiro était déjà au bout de sa vie. Sa gorge, sa poitrine, et ses côtés criaient tous sous la douleur. Et pourtant, il ne ralentit pas. S’arrêter pour faire une pause était hors de question.
—Fwah…
Yume s’effondra.
Haruhiro la releva immédiatement sur ses pieds.
Quand il fit le tour avec ses yeux, il vit que Kajita s’était arrêté lui aussi et qu’il était en train de regarder derrière lui. Il se tourna vers eux, et leur fit un pouce en l’air.
On est en sécurité maintenant.
Était-ce ce que cela signifiait ?
Pouvait-il se fier à ça ?
Haruhiro n’en était pas sûr, mais il devait être à court d’énergie, parce qu’il avait la sensation que son corps avait perdue tous ses os. Il était blanc comme un linge. Cela ne pourrait pas être totalement exact, mais il ne pensait pas pouvoir encore courir.
Il avait fait relever Yume pendant un instant, mais elle finit par s’effondrer au sol à ses pieds.
—C…C-C’était vraiment trop flippant… dit Yume.
En tant que leader, Haruhiro voulait afficher une fausse expression de bravoure. Il ne pouvait pas.
—Ç-Ça tu l’as dit…
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