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Chapitre 14

Avec Ces Mains

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~1 h 18

Au final, leurs attentes avaient peut-être été un petit peu trop optimistes. Cachés par la brume, quatre hommes avançaient en portant un palanquin1.

Tout de suite les grands mots, mais ce n’était qu’un simple palanquin. Juste une planche rectangulaire avec deux longues perches à sa base. Une femme habillée d’une crue et immaculée robe était assise au sommet de cette planche. Ou plutôt, on aurait pu dire qu’elle était forcée d’être assise ici. Ses mains étaient attachées derrière son dos, et les cordes autour de son cou, sa poitrine, ses hanches et ses chevilles étaient étroitement attachées aux perches. Elle ne pouvait absolument pas bouger avec toutes ces contraintes. Si elle bougeait sans faire attention, elle pouvait même s’étranglait toute seule.

La femme était assise le dos droit, mais son visage était tourné vers le bas. Ses cheveux étaient courts. Ils ne s’étaient pas simplement arrêtés aux épaules, ils avaient tout coupé jusqu’aux oreilles.

Haruhiro, qui se cachait sur une colline sous l’ombre des arbres pour observer les festivités, assuma que tout cela devait beaucoup l’affecter. Il ne savait pas à quel point, mais il assuma que ça devait être choquant. Après tout, même pour Haruhiro, qui ne connaissait pas si bien la situation, sa première impression en la voyant fut, Ils ont pris bien plus que ce à quoi je m’attendais.

Et même si ce n’était pas très grave, car ses cheveux allaient repousser, elle se faisait tout de même exclure et bannir du village.

Le palanquin se dirigeait vers l’ouest, toujours plus à l’ouest.

D’après les informations qu’avait recueillies Setora avec ses nyaas, c’était là-bas que Forgan avait établi leur camp. Les hommes qui portaient le palanquin devaient très bien le savoir.

Et en effet, à la seconde où le palanquin quitta le village sans le moindre adieu, le village se prépara au combat. Ils ne se préparaient pas pour attaquer. Ils renforcèrent leurs défenses. C’était une position qui voulait dire « Si vous voulez venir, alors venez ». Tout en étant conscients d’une potentielle attaque de Forgan, ils essayaient aussi de communiquer.

Nous n’avons nullement l’intention de commencer quelque chose par nous-mêmes.

L’autre jour, un groupe a attaqué Forgan, et il y avait des gens du village dedans, mais ça ne représente en aucun cas la volonté du village, et ça n’a en fait rien à voir avec nous.

C’était ce que le village était en train d’essayer de dire.

Arara n’était désormais plus Nigi Arara. Maintenant qu’elle avait été destituée de la Maison Nigi, elle était simplement Arara. La petite sœur de la matriarche actuelle avait deux filles, et il semblerait que la plus âgée des deux était désormais l’héritière de la Maison Nigi.

Quand il avait entendu ça, Haruhiro avait été pris de court.

C’est aussi simple que ça ?

Étant l’aînée des filles de la Maison Nigi, plus grande des quatre maisons samouraï, il s’était persuadé qu’il n’allait pas juste dire qu’elle ne convenait plus et la remplacer pour une autre. Qui plus est, Arara était la fille de la matriarche par le sang. Haruhiro s’était attendu à ce que, un peu arbitrairement, sa mère la couvre, et qu’elle s’en sortirait avec deux bonnes claques sur les fesses. Il avait eu complètement faux.

Le village allait jeter Arara et la laisser seul, sans la moindre de ses possessions. C’était pratiquement une peine de mort.

Haruhiro et les autres avaient prévu de se regrouper une fois qu’Arara aurait été relâchée, puis ils allaient essayer de vaincre Arnold et de sauver Merry. Cependant, maintenant qu’il voyait ce qu’Arara était en train de subir, leurs plans avaient été perturbés.

Jusqu’où allait aller le palanquin qui portait Arara ? Ils n’allaient pas la livrer directement dans l’assiette de Forgan, si ?

Les habitants du village semblaient être des personnes fières, donc ils n’allaient pas essayer d’apaiser Forgan comme ça. Ou c’était ce qu’espérait Haruhiro, mais il ne pouvait rien affirmer du tout.

Quoi qu’il en soit, quand quelqu’un se trouvait dans une position importante comme la matriarche de la Maison Nigi, il irait jusqu’à se débarrasser de sa propre fille si elle était jugée comme une nuisance pour le village. Il était facile de condamner cela et dire qu’elle était cruelle, qu’elle avait un cœur de pierre et qu’elle était inhumaine. Mais si la tête de l’une des maisons montrait de la pitié à cause de son affection pour sa fille, et que cela mettait tout le village en danger, elle ferait face à plus qu’une simple condamnation. Quels que soient ses sentiments, elle avait dû être obligée de faire ce choix à cause de sa position de matriarche de sa maison.

—C’est pas bon. Haruhiro ne pouvait plus voir le palanquin de sa position. Ils commencent à être assez proches de Forgan…

Ils pouvaient voir deux issues possibles à cette histoire.

La première était que les hommes allaient lâcher le palanquin avant d’entrer en contact avec Forgan. Dans ce cas-là, ils leur suffiraient de récupérer Arara au moment où elle toucherait le sol.

Cependant, dans la deuxième possibilité, dans celle où ils entraient en contact avec Forgan, pour la faire simple, ça allait devenir compliqué. Cela semblait improbable, mais si le village avait contacté Forgan d’une manière ou d’une autre et qu’ils s’étaient mis d’accord pour remettre Arara, ce serait le pire scénario possible.

Haruhiro marcha prestement le long de colline, s’enfonçant de plus en plus vers l’ouest.

La colline se situait au nord de la route qu’avait empruntée le palanquin. Forgan était établi au nord-ouest de sa position où le sol était comparativement au même niveau, et le palanquin semblait vraiment se diriger vers cette position. Le palanquin allait assez lentement, donc il pouvait en faire le tour sans vraiment avoir à se dépêcher.

Sans vraiment le vouloir, il finit par penser à Merry. Et aussi à Ranta.

Vas te faire foutre, Ranta !

Pas maintenant.

Il bannit ces pensées de sa tête.

La brume s’était épaissie. Il ne le vit pas vraiment, mais il pensa avoir détecté quelque chose qui bougeait sur sa gauche. Un nyaa, peut être ? Est-ce qu’il se faisait des films ?

Haruhiro faillit s’arrêter, mais il repensa son action et accéléra à la place.

Il pouvait faiblement entendre les loups hurlaient. Il avait très mauvais pressentiment.

Pourquoi est-ce que rien ne marche jamais ?

Cela lui donnait l’envie de se plaindre. Bien qu’il n’y avait personne pour l’écouter, ou personne à qui il pourrait le dire.

Cette fois, il était sûr d’avoir ressenti une présence. S’était-il fait trouver par un nyaa qui était en train de le suivre ? Devait-il le vérifier ? Non, là tout de suite, il devait se dépêcher d’avancer. Vers l’ouest. Ça n’avait pas d’importance si ses pas faisaient un peu de bruit. Vers l’ouest.

Le sol des Milles Vallées avait une couche de terre humide avec des roches ici et là, et le plat n’existait presque pas. À certains endroits, il y avait des arbres tombés, recouverts de mousses empilaient les uns sur les autres, et il y avait de grand et larges faussés en forme de balafre partout.

C’était étrangement difficile de se déplacer ici, mais il avait fini par s’y habituer.

Vers l’ouest.

Il le vit.

Le palanquin.

À un moment donné, il l’avait dépassé. Le palanquin se dirigeait désormais vers Haruhiro.

La brume ne semblait pas vouloir prendre congé. Il ne pouvait voir qu’à environ cent mètres autour de lui, mais le ciel laissé entrevoir quelques tâches bleutées. Il pouvait aussi dire où se trouver le soleil. Il était peut-être dix heures du matin.

D’après la carte rustique qu’il avait mémorisée à l’avance, il y avait une formation de terrain qui pourrait ressembler à un petit ravin à environ un kilomètre de sa position. S’ils passaient par cette vallée, ils arriveraient au camp de Forgan. Le palanquin allait-il s’arrêter avant le ravin ou non ?

Espérant que ce soit le cas, Haruhiro continua sa route vers l’ouest tout en faisant attention à ne pas se faire remarquer par les porteurs du palanquin.

Oh, mais…

Non, ce n’était pas son imagination. Il était probablement en train de se faire épier par des nyaas.

Quand il entendit le petit cri aigu d’un animal, son cœur fit un bond. Qu’est-ce que c’était ?

Un nyaa ?

Avançant avec des pas nerveux, il trouva un nyaa noir qui en tenait un autre à rayures dans sa bouche et qui lui mordait la gorge. Le nyaa à rayure se débattait et résistait, mais il était faible. Le nyaa noir le regarda. Les deux faisaient grossièrement la même taille, mais le nyaa noir avait clairement l’avantage.

Il ne dut pas attendre longtemps avant que le nyaa à rayure ne cesse de bouger, à tel point que le nyaa noir agita sa queue et ouvrit sa gueule comme pour miauler, mais aucun son ne sortit. C’était appelé un miaulement silencieux, et c’était apparemment une façon de signaler, « Je suis un ami. »

Était-ce l’un des nyaas de Setora ? Il avait entendu dire que certains nyaas utilisaient des miaulements silencieux pour feinter les humains, donc il ne pouvait pas en être sûr. Il avait aussi entendu dire qu’un détenteur de nyaa pouvait percer à travers ces miaulements hypocrites, mais c’était au-delà des compétences d’Haruhiro.

Le nyaa noir disparut dans la brume. Pour le moment, Haruhiro allait devoir assumer qu’il était dans son camp.

Le palanquin était toujours en train d’avancer. N’allaient-ils jamais s’arrêter ? Effectivement. Ils n’avaient pas l’air d’avoir l’intention de le faire.

—Haruhiro, l’appela une voix de derrière lui.

Il aurait aimé que les gens ne le surprennent pas comme ça.

En regardant derrière lui, il aperçut Kuro. Il était accroupi et il lui faisait signe d’approcher. Quand Haruhiro vint à lui, il lui murmura à l’oreille.

—Bonne nouvelle, ou mauvaise nouvelle. Tu veux entendre laquelle en première ?

—…Ok, commence avec la bonne.

—Il y a…, Kuro afficha un sourire malicieux. …pas de bonne nouvelle.

—Alors ne fais pas comme s’il y en avait une. Qu’est-ce qu’y va pas ?

—Forgan semble avoir remarqué le petit cadeau du village. Ils sont en mouvement.

—Ouais, j’avais le sentiment que c’était le cas, dit Haruhiro avec un air sombre.

—Le plan est de rester caché et attendre à l’entrée du ravin, dit Kuro. Une fois qu’on a récupéré le chargement, vous pouvez aller voler le trésor.

—Désolé pour tout ce désordre… et merci.

Kuro frappa gentiment l’épaule d’Haruhiro, puis il lui fit signe d’y aller. Haruhiro hocha la tête.

Ça commençait.

À cause du châtiment plus sévère qu’attendu d’Arara, ils n’avaient pas eu la liberté de faire des préparations adéquates. Haruhiro n’était pas totalement en confiance, mais ils allaient devoir y aller.

Il suivit Kuro. Il commença à sentir une gêne dans sa poitrine. Il devait faire en sorte de ne pas être trop tendu. Même si le temps était compté, il ne pouvait pas agir à l’improviste. Il devait réfléchir autant que possible, puis choisir la meilleure option.

Le flot du temps sembla soudainement s’accélérer. Ils atteignirent le ravin en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

Le ravin était une vallée, qui faisait peut-être dans les vingt mètres de large, et qui se trouvait entre deux pentes escarpées au nord et au sud. Les côtés nord et sud étaient tous deux asphyxiés par des arbres, ce qui offrait un grand nombre de cachettes possible.

Rock, Moyugi, Kajita, Tsuga et Sakanami étaient déjà sur le flanc nord, tandis que Yume, Shihoru, Kuzaku et Katsuharu étaient en position sur le flanc sud. Setora et Enba étaient quelque part ailleurs en train de donner des ordres aux nyaas. Kuro alla naturellement rejoindre les Rocks ; et Haruhiro se dirigea vers là où se trouvaient Yume et les autres.

Yume fut la première à remarquer Haruhiro, et elle lui fit signe de la main. Shihoru, Kuzaku et Katsuharu semblaient eux aussi l’avoir remarqué. Haruhiro s’accroupit aux côtés de ses camarades.

—Je pense qu’on va sûrement devoir aller sauver Arara-san dans ce coin-là.

—Meow.

Yume hocha la tête en se mordant la lèvre inférieure.

—Pigé.

Kuzaku était assis et immobile, faisant de son mieux pour que sa lourde armure ne fasse pas de bruit.

—De notre côté… dit Shihoru en faisant le moins de bruit possible. Une fois que nous aurons secouru Arara-san, on se concentre sur Merry ?

—Ouais, dit Haruhiro. Les Rocks et Arara-san vont engager le combat avec Forgan. On va les aider tout en cherchant Merry.

—Ça va dépendre de la situation, mais… il serait peut-être plus prudent qu’on agisse en tant que leurre pendant que tu pars à sa recherche seul, Haruhiro-kun, dit timidement Shihoru.

—C’est vrai. Si c’est ce qu’on fait, Shihoru, je compterai sur toi.

Shihoru acquiesça, sans même lui demander par rapport à quoi il comptait sur elle.

—Compris.

Bien entendu, si elle demandait une explication, il lui en donnerait une. Mais c’était hautement rassurant qu’elle n’en ait pas besoin. Il ne voulait pas trop se reposer sur Shihoru, et il n’avait l’intention de se reposer sur elle complètement, mais cela ferait une énorme différence s’il y avait un deuxième pilier dans l’équipe.

Les loups hurlèrent. Ils n’étaient plus très loin d’ici.

Il pouvait à peine apercevoir le palanquin. Il s’arrêta.

Ils étaient encore à environ cent mètres du ravin.

—Eh bien…

Katsuharu essuya ses lunettes avec un doigt.

Le palanquin se remit en mouvement. Si les hommes voulaient bien abandonner le palanquin juste ici, cela rendrait les choses bien plus faciles, mais jamais cela n’allait se passer aussi bien.

Désormais, que ce soit les Rocks ou le groupe d’Haruhiro, les deux n’étaient plus que des invités indésirables au village. Ils ne pourraient plus jamais être en mesure d’y entrer. Et pourtant, autant que cela soit possible, ils voulaient éviter toute forme d’hostilité envers le village. Si le village envoyait des poursuivants à leurs trousses, les villageois connaissaient les Mille Vallées comme leur poche, et cela deviendrait un problème plus qu’autre chose. C’était pour ça que, aussi frustrant cela soit-il, ils ne pouvaient pas prendre d’assaut le palanquin pour sauver Arara. Ils devaient attendre.

Avant que la situation ne bouge, il fallait juste attendre.

—Ils sont là, murmura Yume.

Les bêtes. Elles étaient en train de foncer dans leur direction à travers la vallée. Des loups ? C’était une meute de loups noirs. Les Rocks n’avaient toujours pas bougé. Katsuharu posa sa main sur la garde de son épée.

L’air était difficilement respirable. On aurait dit que quelque chose leur appuyait sur la poitrine.

La meut de loups noirs hurlèrent, les uns après les autres. Le leader de la meute était déjà à deux, trois mètres du palanquin.

Les hommes lâchèrent enfin le palanquin. Tout en brandissant leurs armes, ils commencèrent à battre en retraite.

—Ça devrait être bon maintenant ! dit Katsuharu en jaillissant de sa cachette.

Bien que c’était peut-être un petit peu trop tôt, Katsuharu s’était retenu jusque-là, alors même qu’il devait être mort d’inquiétude pour sa nièce. Difficile de lui en vouloir.

Maintenant que l’un d’eux avait bougé, le reste devait suivre. Quand Haruhiro agita sa main pour donner le signal, Kuzaku bondit à son tour et Yume le suivit. Haruhiro allait rester en arrière, se contentant de protéger Shihoru pour le moment.

Les Rocks agirent en réponse à Haruhiro et aux autres. C’est Kajita qui mena leur charge.

—Ohhhhhhhhhhhhhhhh ! Kajita laissa échapper un puissant Cor de Guerre.

La meute de loups tressaillit, obligée de s’arrêter, et ils se tournèrent tous à l’unisson vers le flanc nord. À cet instant, le reste des Rocks s’était déjà séparé et personne ne savait où ils étaient.

Katsuharu se dirigea droit vers le palanquin en criant

—Vous là… ! cria-t’il aux hommes qui ne s’étaient toujours pas retirés. Forgan arrive ! Partez !

—Sale mendiant ! Cria l’un des hommes en se retournant. La prochaine fois que j’aperçois ton visage, je l’empalerai au bout de ma lame !

Les uns après les autres, les trois autres se mirent à s’enfuir.

—Non, je ne suis pas tombé aussi bas pour me faire découper par des gens comme vous !

Katsuharu fonça vers le palanquin et il découpa les cordes qui retenaient Arara avec son katana.

—Arara, est-ce que tu vas bien ?

—Oui, mon oncle ! Je suis désolée que tu aies dû faire tout cela pour moi !

—Mais non ! Je me devais d’aider ma nièce bien aimée ! Katsuharu releva Arara, puis il lui tendit un deuxième katana avec son fourreau et tout l’attirail qu’il avait apportait pour elle. Si nous devions échouer maintenant, il ne nous resterait que les regrets. Prends ta vengeance pour Tatsuru, Arara. Si cela te satisfait, tu pourras trouver un ou deux amours après ça.

—Je ne… Arara sépara son katana de son fourreau …trouverai pas un autre amour ! Je vais pourfendre l’assassin de Tatsuru de mes mains, et je lui resterai loyale ! C’est mon seul souhait !

Rock avait dit qu’il ne voulait rien en retour, donc peut être que ça n’avait pas d’importance, mais quand Haruhiro entendit Arara déclarer cela avec autant de certitude, il se sentit un petit peu désolé pour Rock, même si ce n’était pas du tout ses affaires.

Les loups noirs étaient en train de remonter la pente pour attaquer Kajita. Y’en avait-il d’autres ?

Il y en avait. Ils arrivaient. Des orcs, Des morts-vivants. Et bien d’autres encore arrivant de derrière la vallée.

—Montre-toi Arnold ! Cria Arara en levant son katana, mais on aurait dit qu’elle avait du mal à bouger.

Ça devait être sa robe. Quand ils l’avaient rencontré pour la première fois, elle avait porté un manteau et un pantalon d’équitation, un peu comme Katsuharu, mais là elle portait un kimono qui descendait jusqu’à ses chevilles et qui était fermement maintenu par un obi.

C’était aussi contraignant que ça en avait l’air, car Arara cira soudainement, « Argh ! » Et en coupa une bonne partie verticalement.

—C’est mieux comme ça !

Et effectivement, il était évident que ce serait plus facile de bouger maintenant, mais on aurait dit qu’elle ne portait absolument rien en dessous, donc Haruhiro ne savait pas quoi penser entre si elle était trop déshabillée ou pas, mais ça n’avait pas vraiment d’importance.

Sans complètement descendre la pente, Haruhiro et son groupe s’avancèrent vers l’ouest. Le vent soufflait fort. La brume s’épaissit soudainement. En un rien de temps, la visibilité fut réduite à moins de dix mètres.

Yume encocha une flèche sur son arc.

Il y avait quelque chose devant eux. Un orc ?

—Ô lumière, Ô Lumiaris ! Kuzaku leva sa lame noire, en dessinant le signe de l’hexagramme au centre de la garde de son épée. Bénis ma lame de ta protection.

En un instant, la lame noire commença à s’illuminer. C’était le sort de lumière des paladins, Inquisition. La lumière de Lumiaris enchantait la lame du paladin qui ornait son hexagramme. Cette lumière aveuglait quiconque la regardait de trop près, et il y avait un autre effet important : une épée qui rayonnait comme ça, ça ne passait pas inaperçu.

—Wohhhhh !

Kuzaku leva sa lame et chargea droit devant lui et les ennemis se rassemblèrent vers lui. Comme des moustiques autour d’une lumière.

N’en prends pas plus que tu peux tenir ! Voulut lui crier Haruhiro.

Mais il se retint. C’était le rôle de Kuzaku. Kuzaku avec son armure lourde était le seul qui pouvait contenir plusieurs ennemis en même temps. Haruhiro et le reste avaient d’autres chats à fouetter. Et évidemment, encourager Kuzaku n’en faisait pas partie.

Quoi qu’il en soit, il y avait trois orcs. Trois bons orcs en train de se défouler sur Kuzaku.

Kuzaku dévia le katana de l’orc avec Blocage.

—Kwah !

Il utilisa Heurt pour les faire reculer. Agitant son épée sans jamais ne faire de pause, il essayait de faire flancher les orcs.

Les orcs étaient aussi grands voir plus grands que Kuzaku, et aussi bien plus épais. Ils étaient en train d’essayer de se jeter en même temps sur lui pour le réduire en charpie. On aurait dit qu’il allait se faire détruire en un rien de temps, mais Kuzaku tint bon. Et en plus, il était loin d’être à sa limite.

Kuzaku anticipait la force et l’angle de chacune de leurs attaques, décidant ainsi s’il devait la bloquer avec son bouclier, l’esquiver ou prendre le coup. Dans un combat en trois contre un, Kuzaku n’avait pas la moindre occasion pour contre-attaquer, mais en le voyant d’un autre angle, cela voulait aussi dire qu’il pouvait se concentrer un fond sur sa défense. Si la seule chose qu’il devait faire était de se protéger, Kuzaku avait un paquet d’astuce en tête pour le faire. Quand un adversaire était fermement ancré dans sa défense, il était difficile de le mettre à terre même pour les plus expérimentés guerriers.

—Obscur.

Shihoru s’arrêta pour invoquer Obscur l’élémentaire. Haruhiro se déplaça vers la gauche de Kuzaku, tandis que Yume alla à droite.

Il ne voulait pas laisser Shihoru seule, mais il ne pouvait pas accomplir de miracle alors qu’ils n’étaient que quatre. Mais ce n’était pas si grave finalement. Kuzaku allait retenir les ennemis, quoi qu’il en coûte.

Yume décocha une flèche à courte portée. La brume l’empêchait de voir, de viser ou de cibler des cibles distantes, mais si elle se rapprochait comme ça, elle ne raterait pas facilement sa cible.

On aurait dit qu’elle avait touché un des orcs. Où, ça par contre, on ne le savait pas vraiment.

Haruhiro, de son côté, était en train d’utiliser Camouflage pour se faufiler derrière les orcs.

Kuzaku était en train d’attirer leur attention, et Yume était aussi dans leur ligne de mire. Grâce à ça, ils n’avaient pas remarqué Haruhiro.

D’autres ennemis ? Pas pour l’instant en tout cas.

Haruhiro se faufila derrière les orcs. L’armure de cuivre qu’ils portaient semblait fine et légère, mais tout jusqu’à leur nuque était solidement gardé. C’était probablement de la bonne qualité. Ils portaient des protections supplémentaires au niveau des coudes, des genoux, des tibia et des mains, et bien que leurs heaumes laissaient à découvert leurs visages, leurs têtes étaient solidement protégées. Ils faisaient plus de vingt centimètres de plus qu’Haruhiro. Leurs corps étaient des caricatures. Il était facile de deviner à quel point ils étaient forts.

Réfléchis. Réfléchis. Réfléchis. Réfléchis vite, et prends une décision.

Il ne pensait pas pouvoir en finir avec une Attaque Sournoise. Araignée avait de grande chance de finir en fiasco. Ce qui lui laissait…

Haruhiro asséna un coup de pied violant dans le dos de l’orc A, celui qui était à droite du point de vue d’Haruhiro, et à gauche de celui de Kuzaku.

Quand l’orc A failli tomber en avant, incapable de maintenir son équilibre, Kuzaku cria, « Rah ! » Et il utilisa Heurt.

L’orc du milieu, l’orc B, essaya de couvrir son camarade. Kuzaku ne s’engagea pas trop loin.

Tandis que l’orc A regagnait son équilibre, il se tourna pour faire face à Haruhiro.

Et pendant ce temps, Haruhiro avait déjà jeté son dévolu sur l’orc C, celui à sa gauche et à la droite de Kuzaku.

La flèche de Yume alla se loger dans le bras gauche de l’orc C. En dépit de cela, il maintenait son katana avec ses deux mains et était sur le point de porter un coup vers Yume.

Il n’avait pas nécessairement besoin de le tuer.

Attaque Sournoise.

Le poignard d’Haruhiro ne put pas pénétrer l’armure de l’orc C, mais il n’avait pas eu l’intention de le faire. Incapable d’ignorer Haruhiro, l’orc C se tourna vers lui.

Profitant de cet inattention, Yume tira pratiquement sur lui.

—Meow !

Trait de choc. Non, il n’y avait pas qu’un seul tir. Elle enchaîna immédiatement avec un autre tir. Tir Rapide.

Elle avait utilisé une combinaison de Tir Rapide et de Trait de Choc. L’une des flèches manqua sa cible, et une autre rebondit sur l’armure. Cela dit, ce fut suffisant pour intimider l’orc C. Voyant que l’esprit de son adversaire semblait faiblir, la brave Yume ne se défila pas elle.

Une flèche. Yume ne l’encocha pas dans son arc, elle s’avança avec la flèche en main et elle la planta dans la cuisse droite de l’orc C.

Dernière Pointe. C’était apparemment une compétence utilisée en cas d’urgence, mais c’était tellement le genre de Yume de l’utilisait sur un ennemi qui battait en retraite.

Haruhiro n’allait pas laisser l’orc râleur s’enfuir, ou le laisser contre-attaquer Yume. Il utilisa Arrêt sur le bras de l’orc C. Il cloua le joint du coude gauche de l’orc C avant de lui balayer la jambe.

L’orc C se prépara pour ne pas tomber, mais comme il avait pris une flèche dans la cuisse, il ne put pas vraiment arriver à sa fin. Quand l’orc C tomba sur un genou, penché en avant, Haruhiro changea la prise de son poignard pour le prendre à revers, et il l’enfonça dans l’œil gauche de l’orc.

Yume dégaina Wan-chan et substitua le katana de la main droite de l’orc C. Haruhiro fit tourner son poignard, le retira un petit peu avant de l’enfoncer à nouveau. Il le plongea, encore et encore, mais l’orc C était encore en vie.

Tout en criant, « Yume, vas aider Kuzaku ! » Haruhiro finit l’orc C.

Il n’y avait toujours pas de renforts ennemis, mais ils ne pouvaient pas se permettre de baisser leur garde. Tout en utilisant blocage sur le katana de l’orc B, Kuzaku cria, « Zwah ! », et il utilisa Force sur l’orc A. Celui-ci dévia l’attaque avec son katana.

Ensuite, Kuzaku utilisa châtiment sur l’orc B. Au même moment, il utilisa Heurt pour repousser une pointe de l’orc A. Quand l’orc A fut légèrement repoussé par le contre de Kuzaku. Yume attaqua. C’était un saut périlleux suivi d’une attaque puissant. Rage du Tigre. Avec ce qui sembla être un réflexe, l’orc A sauta sur le côté pour y échapper.

—Vas-y !

Shihoru lança Obscur.

L’orc A essaya de se tordre pour l’esquiver. Mais Obscur tourna. Il le toucha. Obscur s’insinua dans le corps de l’orc A, comme s’il se faisait aspirer. Des convulsions. L’orc A moussait de la bouche. Ses jambes s’écroulèrent.

Haruhiro ne pouvait pas dire à la Moyugi, « Comme je l’avais prévu, » ou, « Comme je l’avais pensais. » Ils ne se l’avaient pas signalé, et l’espoir qu’il avait que Shihoru le fasse n’avait été rien d’autre qu’un espoir. C’en était presque du hasard.

Tout en se sermonnant, « J’ai encore beaucoup de chemin à faire, » il attrapa l’orc A par-derrière. Araignée.

L’obscur de Shihoru faisait son truc, donc les réactions de l’orc A étaient peu intéressantes. Haruhiro planta rapidement son poignard dans l’œil droit de l’orc jusqu’à son cerveau.

Ce n’était pas fini. Il utilisa toute la force de son corps pour briser la nuque de l’orc tout en tombant avec lui au sol. Aussi puissant un ennemi pouvait-il être, il devenait étonnamment fragile quand il se faisait frapper un point vital avec une attaque surprise.

L’orc A devint tout rigide. Il était mort. Haruhiro s’écarta en sautant de l’orc A.

—Nuwahhh !

Kuzaku continuait de se défendre contre le katana de l’orc B avec son bouclier en utilisant occasionnellement son épée, mais il n’allait pas pouvoir le finir.

Maintenant que les orcs A et C étaient à terre, cela n’aurait pas été étrange pour lui de passer à l’offensive, mais Kuzaku continua d’endurer. Être pratiquement stupidement attaché à son rôle était l’une des forces de Kuzaku. C’était aussi une preuve de sa foi en Haruhiro et ses autres camarades.

Shihoru était en train de garder ses distances. De nouveaux ennemis ? Non. Haruhiro donna le signal à Yume avec ses yeux.

Il aurait été possible pour Haruhiro, Kuzaku et Yume d’attaquer de trois directions différentes, mais ils allaient faire quelque chose de différent.

Haruhiro courut derrière Yume.

Yume se rapprocha de l’orc B par-derrière.

L’orc B la remarqua rapidement et il sauta derrière lui en diagonale pour essayer de se placer de telle sorte à ce que Yume et Kuzaku soient devant lui.

Haruhiro s’abaissa et sauta de l’ombre de Yume. Reculer. Reculer.

Kuzaku et Yume se rapprochaient de l’orc B. Il recula. Il n’avait pas d’autres choix. Il avait complètement perdu de vue Haruhiro.

Quand il fut en position pile dans le dos de l’orc B, Haruhiro prit une courte inspiration. Sa cible ne l’avait pas remarqué. Haruhiro était à un bras du dos de son adversaire. En un instant, il eut la sensation qu’il avait compris sa victime. Bien entendu, ce n’était qu’une douce illusion, mais Haruhiro voulait présenter sa théorie que, alors qu’on disait que les yeux en disaient plus que la bouche, ils devraient plutôt croire que le dos en disait plus que la bouche. Du moins, ce qu’il allait faire ensuite lui apparut comme évident.

L’orc B reposait sa masse sur son pied droit sur lequel il avait reculé, reculant son coude droit pour faire en sorte que son katana soit du côté droit de son visage.

Quand Haruhiro planta son poignard dans ce bras droit, l’orc B fut tout d’abord choqué. « Qu’es-tu ? Qu’est-ce que tu fais là ? » C’était ce que son visage disait.

Bien que ses doigts n’étaient pas complètement inutilisables, il n’allait pas pouvoir les utiliser correctement à part son pouce. L’orc B attrapa la garde de son katana avec sa main gauche. C’était tout ce qu’il pouvait faire.

—Gaarah !

Kuzaku tacla l’orc B avec son bouclier et il le poussa au sol. Il appuya son bouclier contre le bras gauche de l’orc tombé, l’empêchant d’utiliser son katana. Sans perdre une seconde, il utilisa sa lame noire pour découper le visage de l’orc B, et l’orc ne pouvait rien faire pour l’en empêcher. On aurait dit que Kuzaku pouvait se charger du reste, mais ce n’était pas le moment de se sentir soulagé.

—Haruhiro-kun ! Cria Shihoru.

Ils sont là, huh, pensa Haruhiro. Les renforts.

Est-ce que c’était ça ?

Il y avait quelque chose de grand en train de charger à travers la brume.

—…Un géant ?

Cela rappela à Haruhiro les géants des Étendues Crépusculaires. Il avait l’air aussi gros que ça.

Non, il n’était pas si grand que ça à vrai dire. Mais il avait en tout cas l’air plus dangereux. Kuro avait dit :

Une fois qu’on aura récupéré le paquet, vous pourrez aller voler le trésor.

Le but du groupe d’Haruhiro n’était pas combattre Forgan. Ce grand gaillard était en train de venir vers eux, mais, ou du moins si c’était possible, ils ne voulaient pas courir vers lui.

—On y va, dit Haruhiro avec une voix rauque, s’enfuyant vers le sud-ouest.

Ses camarades le suivirent en silence. Tout en escaladant la pente sud du ravin à la diagonale, il observa les mouvements du grand.

On est bon !

Voulut crier Haruhiro en guise de joie, mais bien évidemment il se retint. Le grand type n’avait pas changé sa course. Il ne semblait pas avoir pour objectif leur localisation. Quoi que, une fois qu’il aurait découvert les corps des orcs, il pourrait se lancer à la poursuite des coupables. Ils devaient s’en aller, et rapidement.

La brume rendait la lecture de la bataille impossible, mais des coups étaient échangés ici et là entre alliés et ennemis. Étaient-ils en train de gagner ou bien de perdre ? Si les Rocks, Arara et Katsuharu se faisaient tuer ou battaient en retraite, Haruhiro et les autres seraient laissés à l’abandon. Ce serait particulièrement mauvais.

Il y aussi le problème d’où ils pourraient trouver Merry. Même s’ils la trouvaient, pourraient-ils lui porter secours ? En regardant en arrière, la sous-estimation de la punition d’Arara les avait mis dans une situation peu avantageuse. Cela leur avait causé beaucoup de tort.

La pente devenait de plus en plus raide. Il allait être difficile d’aller plus haut.

—On voit pratiquement rien… se marmonna Kuzaku.

Haruhiro était sur le point de dire quelque chose, mais il se tut. Il y avait un bruit au-dessus, et des graviers avaient dévalé la pente.

Haruhiro leva les yeux et cria sans attendre, « Au-dessus ! » Mais, pour être honnête, il n’avait pas la moindre idée de quoi faire.

Ce n’était pas le grand costaud de tout à l’heure, mais cet ennemi avait l’air bien dangereux lui aussi. C’était lui. Le loup géant. Descendant agilement la pente. Sur le dos du loup était se trouvait un gobelin. Onsa le gobelin maître des bêtes.

—Dégagez de là !

Kuzaku écarta en grand ses bras et poussa Shihoru et Yume.

Non, ça ne va pas marcher !

Haruhiro essaya de l’arrêter. Il était trop tard.

Le loup géant dégagea Kuzaku en grognant. Mais Kuzaku ne fut pas envoyé dans les airs. Est-ce qu’il s’était accroché à lui ? Il avait fait plus que ça, mais quand cela fut évident que ça n’allait pas marché, il contorsionna son corps.

—Rahhh ! Cria Kuzaku.

Le loup géant dévala la pente en roulant sur le côté avec Kuzaku. Les deux glissèrent jusqu’en bas. Onsa attrapa le collier du loup comme si c’était des reines. Il avait dû essayer de faire relever le loup.

Mais Kuzaku ne le laissa pas faire. Il roula avec lui.

Kuzaku et le loup géant luttèrent tandis qu’ils descendaient la pente sud.

Onsa prit du temps avant de se faire éjecter. Il se releva rapidement et poursuivit le loup géant et Kuzaku.

—Kuzaaaaaku !

Haruhiro se lança à la poursuite d’Onsa comme s’il descendait un escalier deux ou trois marches à la fois.

—Yume, surveille Shihoru !

Kuzaku !Kuzaku !Kuzaku ! Putain de merde ! Cria Haruhiro dans sa tête.

Il n’avait pas été capable de bouger. Il n’avait pas été capable de faire quoi que ce soit. Kuzaku l’avait sauvé.

—Hou, hou, hou, hou, hou, hou, hou, hou !

Onsa était en train d’émettre un bruit étrange.

Qu’est-ce que c’était censé dire ? Haruhiro avait un mauvais pressentiment. Est-ce qu’il était en train d’appeler quelque chose ?

Kuzaku et le loup finirent par s’arrêter. Le loup géant se secoua la tête.

Et Kuzaku ? Haruhiro ne pouvait pas le voir. Où était-il ? En dessous ? Il commença à s’agiter en dessous du loup géant.

Kuzaku.

Il bouge ! Il est vivant! Voulut crier Haruhiro.

Mais pas encore. Il était trop tôt pour les réjouissances.

—Va te faire ! cria Kuzaku tandis qu’il se débattait.

Onsa allait bientôt atteindre le loup géant et Kuzaku. Ils allaient le tuer.

—Funahhh !

C’était Yume. La voix de Yume. Une flèche. Une flèche s’envola.

Elle égratigna l’épaule d’Onsa. Onsa se précipita dans l’ombre d’un arbre proche sans même se retourner.

Très bien, pensa Haruhiro. Bien ! C’est notre chance !

Haruhiro se mit plus à sauter qu’à courir. À chaque fois qu’il touchait le sol, il s’envolait sur deux ou trois mètres, et il sautait, encore et encore. C’était dangereux, et super effrayant, mais c’était bien plus rapide que de juste courir. Enfin, il dépassa Onsa. Il continua et se jeta sur le loup géant.

—Dégage de Kuzaku ! Hurla Haruhiro.

Il s’accrocha au dos du loup géant en plantant son poignard dans sa nuque. Il la retira et la plongea à plusieurs reprises. Le loup géant se tordit de douleur, se débattit sauvagement, et il essaya de se débarrasser d’Haruhiro, mais en vain.

Je vais pas te lâcher !

Peut-être que le loup géant avait décidé que faire quelque chose par rapport à Haruhiro était sa priorité, car il se leva et commença à courir.

Quoi ?Quoi ?Quoi ? Huh ? Pourquoi est-ce que tu cours vers cet arbre ?! T’es devenu cinglé ? On va rentrer dedans !

—Ngah. ! Cria Haruhiro.

Haruhiro lâcha le loup géant à la dernière seconde possible, et il finit par rouler à côté de l’arbre. Le loup finit par frapper l’arbre avec son dos, mais il avait l’air peu affecté. Le temps qu’Haruhiro se remette sur ses pieds, le loup géant avait déjà ses crocs tournaient vers Haruhiro. Le poignard ne semblait pas avoir eu grand effet. Les blessures étaient sûrement peu profondes grâce à sa fourrure épaisse qui couvrait sa peau.

Kuzaku s’était mis à quatre pattes, mais il en se relevait pas. Était-il blessé ? Il ne pouvait pas s’en être sorti indemne.

À quel point était-ce grave ?

Où était Onsa ?

Non. Ce n’était pas le moment de s’inquiéter de lui. Le loup géant bondit.

Il était impossible de réfléchir. La seule chose que savait Haruhiro, c’était que son corps se déplaçait tout seul.

Le loup géant sauta au-dessus de lui.

Pourquoi Haruhiro était-il allongé sur le dos ? Il ne le savait pas, mais on aurait dit qu’il avait fini ainsi en glissant sur le sol. Grâce à ça, il avait pu l’esquiver. Cependant, le loup géant se retourna immédiatement, et il était sur le point de revenir vers lui. Haruhiro se remit sur les pieds, mais-

Est-ce que ce serait pas genre impossible ?

Il ne pouvait pas esquiver la prochaine attaque. Il allait l’avoir. Mais ce n’était pas comme s’il avait baissé les bras. Sa gorge. Il allait protéger ça. S’il plongeait ses crocs dans sa gorge, c’en serait fini de lui. Plutôt que de péniblement essayer de s’enfuir, il ferait mieux de se tenir prêt et d’essayer d’éviter un coup mortel. Ne pas mourir était la clé. Il ne mourrait pas spontanément. Quoi qu’il en coûte, il pouvait le garantir.

Le loup géant arrivait.

Il arrivait.

Il se rapprochait.

Quand une flèche vint se loger dans son œil droit il pensa :

Yume ?

La tête du loup géant recula. Il grimaça de douleur en reculant et en se plaignant.

—C’est pas que j’en quelque chose à faire de mes cadets, dit froidement Kuro.

Kuro, huh ? Pensa Haruhiro.

Le guerrier qui était un ancien chasseur était étonnamment proche d’eux. Il sortit de l’ombre d’un rocher qui se trouvait à cinq mètres d’Haruhiro.

Kuro lâcha deux flèches.

—Te fais pas tes idées, le bleu.

Le loup géant changea soudainement la direction de sa tête. Grâce à ça, les flèches allèrent se planter dans son épaule. Haruhiro ne savait pas à quel point cela l’avait affecté, mais les flèches étaient solidement ancrées. Quel arc puissant.

Il y eu un sifflement, et le loup géant se retourna. C’était le sifflement d’Onsa. Allaient-ils s’enfuir ?

—Kuzaku ?! Haruhiro se tourna vers Kuzaku.

—Je vais bien. Kuzaku s’était mis à genoux. Il tourna sa tête vers Haruhiro. On va dire ça comme ça.

—Je veux ce type mort.

Kuro commença à prendre Onsa en joug.

Onsa sauta sur le côté pour esquiver, puis il sauta une deuxième fois pour atterrir sur le dos du loup géant. Kuro décocha une autre flèche, mais Onsa abaissa sa tête et l’esquiva.

—Hou, hou, hou, hou, hou, hou, hou, hou, hou !

Encore cette vocalisation étrange.

Qu’est-ce que c’est censé être ? Se demanda Haruhiro.

Haruhiro se précipita vers Kuzaku. Celui-ci se leva tout seul, puis leva la tête vers la pente sud. Haruhiro regarda aussi dans cette direction. Yume et Shihoru étaient en train de descendre.

—Putain de petit gobelin de mes deux.

Kuro encocha une flèche sur son arc. Il tira la corde. Mais à mi-chemin, il s’arrêta et regarda le ciel.

—…Huh ?

Il y avait des bruits d’ailes. Des oiseaux ? Ils étaient proches. Il se rapprochaient. De grands insectes ? Des oiseaux ? Ou des chauves-souris peut-être ? Il y en avait plein. Haruhiro rentra sa tête en criant, « Whoaaaaaaa ?! » Alors qu’il agitait ses bras dans tous les sens.

Les oiseaux, ou les chauves-souris, ou quoique c’était… ces choses étaient en train de se jeter sur lui. Sur ses bras, son dos, son torse, ses jambes, sa tête et son visage. Ils le frappèrent violemment.

Il les vit, même si ce n’était pas clairement. Ce n’était pas des oiseaux. Ce n’était pas non plus des insectes. Ils étaient proches des chauves-souris, mais différents.

Des lézards ? Comme des lézards ailés.

La taille de deux mains mises côte à côte et ouvertes. Des dragons ? On aurait dit des dragons modèles miniatures, mais il était évident que ce n’était pas des modèles. Ils bougeaient, et volaient. Ils étaient en train d’attaquer Haruhiro et les autres. Cependant, s’ils pouvaient voler aussi facilement comme ça, ils devaient être assez légers. Même quand ils le frappaient, ils ne faisaient pas si mal que ça, donc ce n’était pas un énorme problème. Ils étaient juste extrêmement agaçants.

—C’est quoi ce bordel ?!

Haruhiro utilisa son poignard pour couper l’une des elles d’une des minis wyvernes. La mini wyverne laissa échapper un cri et alla s’écraser au sol. Quand il vit ça, ce fut le moment de – enfin, non, même s’il n’avait pas vu, ça aurait été quand même le moment de courir.

L’essaim de mini wyverne se dispersa à mesure qu’il courait. Haruhiro ne pouvait plus voir le loup géant. Onsa avait-il utilisé sa vocalisation bizarre pour appeler ces mini wyverne comme distraction ?

La mini wyverne qui avait une aile arrachée était en train de se traîner pour essayer de s’enfuir. Il eut envie de lui donner un bon coup de pied, mais il se retint.

—Ça m’a surpris…

Kuzaku releva sa visière et soupira.

—Il s’est barré, huh. Kuro s’esclaffa bruyamment puis il claqua sa langue. Oh, voilà Kajita.

Et effectivement, ils pouvaient entendre tout un tas de cris de guerre virils provenant de voix graves. Mais à qui pouvait bien appartenir l’autre voix ? Elle était grave et profonde, comme l’écho de la terre. Elle n’avait pas l’air humaine. Donc c’était un ennemi.

Quelque part proche d’ici, Kajita était affairé avec un ennemi. Et un puissant on aurait dit.

—Kuzaku-kun !

Shihoru de précipita vers Kuzaku. Elle était en train de porter son bouclier.

L’avait-il fait tomber au milieu de la bataille.

Yume était aux côtés de Shihoru avec l’arc brandi, les yeux en alerte.

—Vous feriez peut-être mieux de rester avec nous finalement. Pour le moment au moins, dit Kuro avant de disparaître dans la brume.

Haruhiro voulait du temps pour réorganiser ses idées. Il savait, cependant, qu’il n’avait pas une telle chose.

Quelque chose arrivait vers eux de l’ouest. Des ennemis, sans nul doute. De l’est aussi.

Ici. Cet endroit allait probablement devenir le théâtre de combats acharnés.

—Restons ensemble ! Haruhiro fonça auprès de Kuzaku. Pour l’instant, restons et aidons les Rocks !

Cette silhouette qu’il pouvait à peine discerner dans la brume, était-ce Kajita ?

—Zweh !

Kajita balança son épée champignon géante, et le type ridiculement grand qu’ils avaient vu plus tôt, sûrement un orc, vociféra « Fuuuuuuugh » tandis qu’il la bloqua avec son katana.

Kajita était assez grand lui-même, mais cet orc avait bien une ou deux têtes de plus – non, même plus que ça. Trois mètres de haut semblaient un peu beaucoup, mais il devait faire au moins deux mètres cinquante. Et à cause de ça…

—Goahhhhhh !

Le katana géant que l’orc géant avait levé au-dessus de sa tête et abaissé en diagonale avait une inertie démentielle. C’était clairement un coup à esquiver à tout prix, mais Kajita essaya de lui résister avec son épée champignon géante.

—Doehh ! Cria Kajita.

Il n’aurait jamais pu l’arrêter. Le corps de Kajita se souleva dans les airs.

Hé, attendez, réalisa Haruhiro. Il vole vers moi.

Je fais quoi ? Est-ce que je devrais le rattraper ? Non, je peux pas faire ça. Mais, cela dit, je ne sais pas si je peux vraiment l’esquiver non plus.

Pour le meilleur ou pour le pire, Kajita s’écrasa sur le sol avec un lourd fracas, juste devant Haruhiro. Il avait les bras complètement écartés. Ses lunettes de soleil étaient sur le point de tomber.

—Ka…Kajita-san… ? Haruhiro appela son nom timidement.

L’orc géant était en train de traîner les pieds vers lui.

—Ha-Haruhiro-kun, cours ! Cria Shihoru.

L’orc géant leva son katana géant au-dessus de sa tête.

Impossible ! Il était déjà à porter ? Pouvait-il l’atteindre d’ici ? Vraiment ? Haruhiro avait lui aussi le sentiment que oui. Peut-être que la taille démesurée de cet orc géant avait déréglé l’appréciation des distances d’Haruhiro.

Pas d’autres choix, pensa Haruhiro. Je vais devoir courir.

—Heh !

Kajita se releva en faisant preuve d’une force surnaturel provenant de ses jambes, ses abdominaux et de son dos. Il bloqua le katana géant de l’orc en faisant pivoter son arme sur le côté. Cette fois-ci, il l’arrêta. Non seulement ça, mais en plus Kajita poussa en avant et fit reculer l’orc. Il s’avança, avant de lancer un coup diagonalement vers le bas.

L’orc géant ne le bloqua pas avec son katana géant. Avec un, « Gwah ! », il se tourna sur le côté. Il était étonnamment agile.

Kajita poursuivit son assaut démesuré en croisant le fer avec l’orc géant.

—Nghhhhh ! Nuhhhhh !

—Guhhhhh! Ohhhhhhgh !

—Zwehhhh ! Humph ! Zeahahh !

Kajita utilisa la force brute pour repousser l’orc, puis, dans un mouvement rapide durant lequel il remit ses lunettes en place, il tint son épée champignon géante avec une posture basse.

—Hmph… Quel est ton nom ? Dit Kajita dans une langue qui était étrangère à Haruhiro.

—Gai, Godo Agaja ! Dajinba ?

—Mon nom est Kajita.

—Den, dogaran…

—Ha ha ha ! Moi aussi.

C’est quoi leur problème ? Se demanda Haruhiro. Ils parlent clairement des langues différentes, mais ils arrivent à avoir une discussion ?

Je ne devrais pas m’impliquer. Laissons-les tranquilles. Bon, c’est pas comme si je pouvais faire quelque chose, et ces deux-là ont l’air de bien s’amuser, donc laissons-les prendre autant de bon temps qu’ils le souhaitent. Moi j’ai déjà des trucs à faire.

De plus en plus d’orcs et de morts-vivants étaient en train d’arriver par l’ouest. Ils allaient vers l’est – était-ce Arara ? Katsuharu était là lui aussi. Ainsi que Rock.

Gettsu le mirumi était en train de courir juste derrière Rock. Ils étaient trois personnes et une créature, s’avançant vers l’ouest à travers la vallée. Non loin derrière se trouvait Tsuga et ses cheveux rasés. Puis Moyugi. Sakanami le voleur manquait à l’appel.

Tsuga et Moyugi semblaient être poursuivis par des orcs et des morts-vivants. Non, vu que c’était de Moyugi qu’on parlait, peut-être ne battait-il pas volontairement, et qu’il était en train d’amener ses ennemis là où il voulait qu’ils soient.

On aurait aussi dit que des ennemis étaient en train de venir vers Haruhiro et les autres, qui n’étaient toujours pas complètement en bas de la pente sud.

Deux orcs, et deux morts-vivants. Quatre contre quatre, huh. Difficile, mais ce n’était pas comme s’ils pouvaient s’enfuir. Ils devaient se préparer au pire. Ils allaient devoir se battre.

—Kuzaku, tu t’occupes du front ! Shihoru, Yume ! Cria Haruhiro.

—Kay !

—Ok ! Obscur !

—Meow !

Yume décocha une flèche. Obscur s’envola devant eux. Kuzaku se mit en place comme un bouclier.

Haruhiro était à la recherche d’ouvertures, attendant le bon moment pour en finir en un seul coup s’il le pouvait. S’il le pouvait, cela va de soi. La bataille se transforma en une mêlée chaotique en un rien de temps.

Tu te dis que tu vas peut-être perdre la boule, mais concentre-toi. Regarde autour de toi.

Il ne pouvait pas voir à travers la brume. Ce n’était pas seulement une vérité pour Haruhiro ; c’en était aussi une pour les ennemis. Ce n’était pas un désavantage qu’eux seuls avaient. Cela signifiait qu’ils étaient sur un pied d’égalité. Son champ de vision était extrêmement limité.

Calme-toi.

Kuzaku était en train de garder les ennemis de devant sous contrôle. Cela ne voulait pas dire qu’il pouvait se détendre, mais il devait croire en lui.

Ce n’était pas juste Haruhiro. Shihoru était aussi en train de regarder autour d’elle. Yume faisait aussi de temps en temps quelque chose de similaire.

N’essaie pas de tout faire tout seul.

De toute façon, il ne pouvait pas le faire. Il ferait de son mieux, soyez-en sûr. Lui, ses camarades, et tous les autres allaient faire tout ce qu’ils pouvaient.

On a pas besoin de s’attarder à tuer des ennemis. Survivre est la clé. D’abord, se défendre.

Tenir bon. Ensuite, être tenace. Ne jamais laisser l’ennemi se reposer.

Ne reste pas à un seul endroit non plus. Bouge.

Il n’y avait aucune raison pour eux d’affronter les ennemis de front. Ils pouvaient attaquer les groupes d’ennemis qu’Arara, Katsuharu et les Rocks étaient déjà en train d’affronter depuis les côtés ou par-derrière. Une fois qu’ils les auraient un peu embêtés, ils pourraient se retirer et prendre d’autres ennemis pour cible.

Ressens les choses. Si les Rocks, Arara et Katsuharu commencent à repousser les ennemis et qu’ils avancent, suis-les immédiatement. Si ça stagne, ne te mets devant sous aucun prétexte.

Pour résumer, ils allaient rester prêts à se retirer, et ils allaient servir de trouble-fête pour l’ennemi. Ils n’avaient pas besoin de s’inquiéter à délivrer des coups puissants et décisifs. À dire vrai, ça ne devrait même pas leur traverser l’esprit.

Il y eut de nombreuses fois où ils avaient eu du mal avec un ennemi, et que la seule chose qu’ils avaient pu faire était de protéger Shihoru. Peu importe la peur qu’ils avaient ressentie, ils n’avaient jamais paniqué.

Les Rocks avaient Kuro, qui aimait abattre les ennemis avec des attaques surprises, et il était très bon pour ça. Sakanami était comme lui. Haruhiro ne comptait pas complètement sur ces deux-là pour les sauver, mais il ne pensait pas qu’ils allaient rater la chance parfaite quand celle-ci allait se présenter devant eux.

N’importe qui se retrouvait le plus exposé possible quand il faisait une poussée. Même s’ils savaient qu’ils ne devaient pas baisser leur garde, c’est dans des moments comme ça que des ouvertures avaient naturellement tendance à se créer. Si l’ennemi montrait le moindre soupçon d’une quelconque ouverture, Kuro les abattrait avec un tir bien placé avec son arc puissant, ou Sakanami les assassinerait avec une attaque embusquée si franche qu’on pourrait dire qu’il se déchargeait de toute sa rancœur intérieure.

Haruhiro avait commencé à les cerner. Les Rocks ne faisaient pas quelque chose qu’on pourrait appeler de la coordination. Ils agissaient tous à leur sauce de manière individuelle. Rock et Kajita se battaient avec leur style, et même Moyugi était un électron libre. Tsuga, étant le prêtre, gardait un œil sur la situation, se baladant par ici et par là, mais Kuro et Sakanami disparaissait la plupart du temps pour pouvoir prendre leurs ennemis en embuscade.

Dans le groupe d’Haruhiro, c’était un pour tous, tous pour un. Si un seul d’entre eux venait à manquer, leur puissance de combat plongeait en chute libre. Ils pourraient même devenir complètement dysfonctionnels.

Et d’un autre côté, les Rocks étaient différents. Ils étaient chacun une unité à part entière. Pour Moyugi, leur commandant, s’il s’incluait lui et son démon Moira, il avait sous la main pas moins de sept unités dont il pouvait disposer et établir des stratégies avec.

Si le groupe d’Haruhiro pouvait lui aussi augmenter leur nombre d’unités, cela leur donnerait plus d’options. Cela élargirait leur horizon.

Pouvaient-ils faire ça ?

Tout d’abord, il y avait Merry. Merry était indispensable. Quoi qu’il arrive, ils devaient la reprendre.

Et puis… Ranta.

S’ils avaient Ranta…

Non, Ranta les avait trahis. La lumière sur cette histoire n’avait pas encore complètement était faite, mais il avait probablement dû se retrouver dans une situation où il était sur le point de se faire tuer, et il avait dû se jeter à terre pour supplier Forgan de le laisser les rejoindre.

Ranta était un ennemi. Ils ne l’avaient pas encore rencontré, mais ils pourraient se montrer devant eux en tant qu’ennemi à n’importe quel moment. Les Rocks l’avaient peut-être même déjà tué. Si c’était le cas, eh bien, ainsi soit-il.

Mais les avait-il vraiment trahis ?

Ce type avait été avec eux depuis ses premiers instants en Grimgar, donc peut-être qu’Haruhiro ne voulait tout simplement pas croire que c’était vrai, mais il y avait quand même quelque chose qui le dérangeait. Mais quoi ?

Ce n’était pas le moment de penser à Ranta. Bien que cela démontrait qu’Haruhiro avait beaucoup de temps à perdre pour se permettre de dériver dans ses pensées comme ça.

Rock se trouvait à l’avant et avançait durablement. La résistance ennemie était faible.

Haruhiro et son groupe étaient en train d’avancer eux aussi en prenant rarement part au combat. Bien que la brume s’était épaissie, il faisait incroyablement lumineux. Aveuglant, même.

Ils arrivèrent sur une zone ouverte. Ils avaient enfin traversé la vallée.

—Ha ha ha ha ha ha ha ha !

Rock laissa échapper un rire bien trop forcé.

Quand il rigolait ainsi, Haruhiro ne faisait pas le poids face à lui. Rock donnait l’impression que rien n’était impossible. S’ils restaient avec lui, tout irait pour le mieux d’une manière ou d’une autre.

Il ne faisait pas que pousser les gens vers l’avant ; il les amenait avec lui. La force de propulsion que créait Rock avec sa seule présence était phénoménale. C’était ce qu’on devait appeler le charisme. Ça avait l’air dangereux, mais ils n’avaient pas d’autre choix que d’avancer.

Haruhiro regarda derrière lui tandis qu’il courait. Ils avaient mis en place un système dans lequel Haruhiro prenait les devants pendant qu’ils se déplaçaient, et quand ils rencontraient des ennemis, ils échangeaient rapidement de place avec Kuzaku. Kuzaku et Yume se déplaçaient avec des pas étrangement légers. Il n’y avait que Shihoru qui, étant prise en sandwich entre les deux, regardait de droite à gauche sans s’arrêter, se demandant si la situation était acceptable, et s’il n’y avait pas le moindre problème.

—Merry devrait être devant ! Dit Haruhiro à ses camarades. Restez prudents, et avançons autant que possible !

—Meow !

—Kay !

—D’accord !

Rock. Arara. Katsuharu. Ces trois-là étaient devant sur la gauche du groupe d’Haruhiro.

Kajita était-il en train de combattre Godo Agaja quelque part ? Tsuga était derrière Rock et le reste. Moyugi était quelque part, mais pas avec eux. Kuro et Sakanami étaient en train de se cacher dans la brume ?

Ce n’était pas seulement Haruhiro et son groupe ; aucun d’eux n’échangeait de coup avec l’ennemi. Bien qu’il y en avait toujours. Il pouvait voir des silhouettes qui ressemblaient à des orcs et des morts-vivants ici et là.

Une minute, on ne serait pas en train de se faire attirer… ?

Il y eut hurlement résonnant et perturbant qui venait du loup géant.

Il y avait une colline devant eux. Au sommet de cette colline, des personnes attendaient. Trois personnes, et un animal. Il y avait aussi une personne sur un animal, donc ça faisait quatre personnes.

Et puis, au pied de cette colline, le nombre d’ennemis était encore supérieur.

Rock, puis Arara, Katsuharu, et Tsuga s’arrêtèrent tous les uns après les autres. Haruhiro et son groupe furent forcés eux aussi à s’arrêter.

Moyugi les rattrapa en marchant arrogamment. Sa fine lame était rangée. Il appuya le majeur de sa main droite sur le pont de ses lunettes.

—Tout se déroule comme prévu, à ce que je vois.

Disait-il la vérité ? Cela ressemblait à un mensonge éhonté, mais, même si c’était la vérité, c’était ça qu’il avait prévu ?

—Dohhhhh ! Cria Kajita.

Quelque chose de gros s’envola vers eux depuis l’arrière.

—Tiens donc, hé, mais ce serait pas Kajita-san par hasard ?

Kajita atterrit juste à côté de Tsuga. Les bras écartaient, bien entendu, comme avant. Il n’avait pas l’air mort, mais il ne bougeait pas.

L’orc géant Godo Agaja s’approcha d’eux avec son épée géante posée sur son épaule. Il y avait une armée d’orcs et de morts-vivants derrière lui. Des loups noirs aussi. Il y avait aussi tout un tas d’autres races qu’Haruhiro ne reconnut pas. Pas beaucoup, mais il y en avait.

Peu importe le point de vue, les Rocks, Arara, Katsuharu et le groupe d’Haruhiro avaient été pris dans une embuscade. Qui plus est, Sakanami et Kuro n’étaient pas là, il y avait donc dix personnes et une mascotte.

L’ennemi n’était pas juste une centaine, ce qui serait déjà dix fois leur nombre. Ce n’était pas possible de tous les compter, mais ils étaient probablement plusieurs centaines.

Les quatre personnes et l’animal au sommet de la colline étaient, en partant de la droite, le grand loup avec Onsa sur son dos, l’humain avec un seul œil et un seul bras, Takasagi, le petit orc avec un aigle noir perché sur son épaule, et un mort-vivant double-bras avec quatre bras, Arnold.

Il y avait un visage familier dans la masse des membres de Forgan au pied de la colline. Non, ils ne pouvaient pas voir son visage. Il portait son heaume. Mais ça ne pouvait pas être quelqu’un d’autre.

Il croisa ses bras en faisant ressortir son torse. Plus arrogant que n’importe qui d’autre. On aurait dit qu’il avait déjà trouvé sa place parmi les Forgan.

—Rantaaaaa ! Kuzaku s’avança, en pointant Ranta. Comment oses-tu montrer ton visage devant nous ! Je savais que t’étais un enfoiré, mais j’arrive toujours pas à y croire !

Ranta haussa silencieusement ses épaules. Il n’allait pas répondre ?

Haruhiro serra les dents.

C’est pas toi, mec, Ranta.

C’était un méchant, arbitraire, dépourvu de bon sens, stupide et attardé, mais tout de même rusé, étrangement confiant, grossier et agaçant chevalier noir avec sa seule présence suffisant à être une nuisance, et qui avait un personnalité pourrie jusqu’à l’os, donc il devait avoir en magasin au moins une centaine de réponses à pouvoir sortir ici. C’était un chevalier noir après tout.

—Murrgh ! Yume frappa du pied. Elle avait les larmes aux yeux. Yume te déteste, Ranta !

—Yume…

Shihoru tendit sa main et caressa le dos de Yume.

—Et ? Takasagi tourna lentement sa tête. Qu’est-ce vous voulez vous là-bas, nous combattre ? Vous voulez juste vous battre ? Si c’est le cas, nous vous affronterons. On ne crache pas sur un petit combat de notre côté. Si c’est ce que vous voulez, on va le faire bien. Nous vous écraserons tous. Nous vous tuerons tous jusqu’au dernier.

—Je ne suis pas ici pour te combattre. Rock se mit à rire et leva son épée en direction d’Arnold. Arnold ! Je veux un duel avec…

—Non ! Arara sauta en avant pour se tenir devant Rock. Rock ! Je te suis reconnaissante pour m’avoir menée jusqu’ici, mais là, c’est quelque chose que je ne peux pas te laisser ! Arnold la Tornade Sanglante ! Si tu es un guerrier d’honneur, affronte-moi en duel !

Haruhiro vit Katsuharu baisser les yeux et agiter sa tête. Kajita ne s’était toujours pas relevé.

Et Kuro ? Sakanami ? Il n’avait pas ressenti un autre nyaa depuis que le nyaa noir avait tué celui à rayures. Setora avait-elle neutralisé les nyaas de Forgan pour eux.

S’ils voulaient se battre en un contre un, Haruhiro serait plus que ravi de les laisser faire. Pour cette partie, il voulait s’en aller d’ici le plus vite possible. Il devait trouver Merry et la sauver.

Il espérait pouvoir s’échapper avec son groupe de quatre, mais ça pourrait être compliqué. Et au final, même si Haruhiro devait y aller tout seul, n’était-ce pas impossible pour lui de se fondre dans la masse pour s’enfuir ? Forgan était devant et derrière eux, mais pas sur les côtés. S’il prenait le bon timing, ça pourrait ne pas être impossible ? Pas vrai ?

Le timing. Le timing était crucial. Mais même si Haruhiro arrivait à s’échapper tout seul, et supposons qu’il arrive on ne sait comment à sauver Merry, qu’allait-il faire pour ses camarades ? Qu’allait-il faire pour les trois autres ? Ferait-il mieux d’abandonner Merry, et d’essayer de s’en sortir vivant tous les quatre ? S’il choisissait cette option, cette aventure n’aurait servi à rien. Mais en mettant de côté la raison de leur venue, ne devrait-il pas utiliser la meilleure méthode, le meilleur chemin possible pour lui dans la situation actuelle ? Haruhiro était le leader du groupe après tout.

Comment cela avait-il fini ainsi ? En quoi cela avait de l’importance ? C’était juste comme ça que ça avait fini. Même sans se jeter ou chercher à avoir des problèmes, ils allaient se retrouver dans ce genre de situation compromettante. Des choses comme ça arrivaient tout le temps. Sans plaindre n’allait pas faire avancer les choses. La question était que faire quand ils se retrouvaient dans une telle situation. Ou, s’il pouvait faire en sorte de changer la situation, de la mettre à leur avantage, même si ça ne changeait presque rien. Et dans l’idée d’atteindre cet objectif, il avait besoin de réfléchir, et d’agir.

—Pour quelle raison ? Dit le petit orc en langage humain sans le moindre accent.

Cela prit un peu Haruhiro par surprise. C’était Jumbo. Jumbo, le leader de Forgan, huh.

—Femme du village, dit Jumbo. Pour quelle raison cherches-tu à te battre en duel avec mon compagnon Arnold ?

—Il y avait un homme, dit Arara. Je l’aimais. Et lui aussi, il m’aimait. Cependant, nous étions séparés. Il était méprisé parmi les villageois. En gagnant sa renommée au combat, il espérait faire reconnaître et accepter au village son amour pour moi.

—Il y eut en effet quelqu’un qui est venu de nuit pour affronter Arnold, dit Jumbo.

—Ohh… Tatsuru-sama…

—Le combat ne dura pas plus longtemps qu’un seul coup, dit Takasagi en renâclant. Je ne l’ai pas vu, j’en ai juste entendu parler plus tard, mais cet homme a été tué par Arnold plus facilement que s’il avait eu à se débarrasser d’une mouche.

—…Il n’est jamais revenu, dit lentement Arara.

—Évidemment que non, rétorqua Takasagi. S’il avait été doué, certains de nos morts-vivants auraient voulu lui prendre un bras, ou une jambe, ou les deux. Personne n’a voulu se servir de ce corps de faiblard.

—Tu oses souiller sa mémoire ?! Hurla Arara.

—Je ne fais que dire la vérité. Et puis quoi ? Tu t’es mise dans la tête quelque chose de faux et tu as fait porté le chapeau à Arnold, et t’en en train de me dire que t’as foutu tout ce bordel juste pour faire un duel avec lui ?

—Ma vengeance n’est pas fausse ! Le premier à avoir commis un acte outrageux de violence fut Arnold ! C’est pour cette raison que Tatsuru-sama est parti pourfendre Arnold, l’ennemi juré du village !

—Oh, ouais, t’as pas tort, huh, médita Takasagi. Bon, d’accord, Arnold devient assoiffé de sang et fait des trucs pas nets de temps en temps. C’est comme un tic. Quand ça arrive, même nous on peut pas l’arrêter. Il fait de son mieux pour se contrôler et pour ne pas attaquer ses camarades. On peut juste le laisser livré à lui-même. Il ne pensait pas à mal en faisant ça, alors pardonnez-le.

—T-Tu penses que ce qu’il a fait est pardonnable ?!

—Ouais, tu marques un point.

Cet homme, Takasagi… il était difficile de dire s’il se moquait d’elle, ou s’il était sérieux. Dans tous les cas, le fait qu’Arara était enragée et prête à exploser lui donnait l’air d’un jouet aux yeux de Takasagi. Il ne faisait pas que la retenir ; il jouait avec elle. Il n’aurait pas pu la traiter plus dérisoirement.

—C’est bon, Arara, dit tranquillement Rock.

Avec une seule phrase, l’ambiance changea drastiquement. Rock avait le dos tourné vers Haruhiro, donc il ne pouvait pas le voir, mais il ne devait pas être en train de sourire. Pas le moins du monde. Les poils d’Haruhiro avaient déjà commencé à se redresser, et ils étaient maintenant complètement tendus.

—Quand une personne… Rock fit un pas en avant. Haruhiro eut un haut-le-cœur. Qu’elle soit humaine, ou quelque chose d’autre, quand une personne… Rock était en colère. Elle a risqué sa vie pour te demander en face un duel équitable avec elle, et c’est comme ça que tu la reçois ?

À chaque pas en avant que faisait Rock, l’estomac d’Haruhiro se contractait de cinq millimètres à chaque fois. C’était ce genre de sensation.

—Vous êtes pitoyables, Forgan. On m’a dit que vous aviez des orcs, et des gobelins, et même des humains, donc je me suis dit que vous seriez un groupe assez intéressant. Mais je me suis trompé. Je ne vois que des sous-merdes ici.

La plupart des Forgan ne devait pas comprendre le langage humain. Et pourtant, pouvaient- ils tout de même comprendre les insultes ? Les membres de Forgan se mirent soudainement à les regarder agressivement et à geindre de partout.

—Vos gueules ! Beugla Rock.

Rien qu’avec ça, il réduit Forgan au silence. Rock commença à marcher vers la colline. Personne ne pouvait l’arrêter. Ni Arara, ni personne.

Gettsu se leva sur ses pattes arrière et observa Rock partir. Les membres de Forgan au pied de la colline semblaient paralysés et incapables de bouger.

—Amenez-vous. Rock s’arrêta à quelques mètres de la colline en leur faisant signe d’approcher avec une seule main. Vous tous, amenez-vous. Je vous enverrai tous au tapis jusqu’au dernier. Vous me comprenez ? Je suis en colère. Pensez pas vous en sortir avec quelques bleus après m’avoir foutu en rogne. Je suis un gars sympa, mais, vous savez, une fois qu’on me fait péter un câble, je ne pars pas avant d’avoir bien fait les choses. Et ça, ça arrivera quand j’aurai mordu la poussière, ou que je vous aurais tous butés. Je n’aime pas particulièrement tuer, mais vous là, je vous tuerai. Laissez-moi voir ce que vous valez. Je suis venu ici pour ça de toute façon. J’ai pas prévu de partir d’ici vivant. On peut pas vivre en ayant peur de mourir. Si on est toujours effrayé, on peut pas apprécier ce qu’il y a à apprécier. Je vais vous montrer à tous. Cette étincelle de vie aveuglante qui brûle en moi. Montrez-moi la votre. Vivez, combattez, et mourrez ici. Divertissez-moi. Si le combat est ennuyant, je ne vous laisserai pas vous en sortir comme ça. Tuez-moi. Si vous pouvez, bien entendu. Je vais tous vous tuer. Je me battrai, encore et encore, et je vous tuerai. On y va ? Vous êtes prêts ? Qui veut mourir ? Qui est-ce qui va me divertir ? Je prendrai n’importe qui. J’aime les gens qui me divertissent. Amis ? Ennemis ? Peu importe. Alors ? Pourquoi personne ne vient ? Vous allez pas me dire que vous avez peur, si ? Vous êtes si pathétiques que ça ? Allez, motivez-vous. Montrez-moi comment vous vivez et comment vous mourrez !

—Je veux… duel av… toi….

Était-ce… une voix ?

Arnold sauta en bas de la colline. C’était un mouvement fluide qui ne laissa pas transparaître son poids. Le grand faucheur était descendu. C’était ce qu’on aurait dit.

Rock ne tressaillit pas. Arnold était en train d’approcher Rock.

Il y avait moins d’un mètre en eu désormais. Quand cet écart se réduit à cinquante centimètres – non, trente centimètres – Arnold finit par s’arrêter.

—Ce sera notre deuxième rencontre. Il y avait enfin une teinte de rire dans le ton de Rock. Allons-y, Arnold. Je ne suis pas le même que la dernière fois, donc fait attention. Je suis au top niveau mental et physique.

—Je v…te.. tu…

—Quand tu veux. Essaie donc.

Et voilà. Encore. Ils parlaient des langues différentes. Comment faisaient-ils pour se comprendre l’un l’autre ? Takasagi se frappa le front avec sa main gauche et soupira.

—Vous allez vraiment faire ça ?

—U-Um… Arara tendit sa main dans les airs. Et pour ce qui est… de moi… ?

—Je vais être direct, Arara, dit Rock en faisant face à Arnold. Cet homme est putain de fort. Seule, tu n’as pas la moindre chance contre lui. Peut être que ça te va de perdre et de te faire tuer. Mais c’est pas mon cas. Je vais venger Tatsuru pour toi. Laisse-moi faire.

Plutôt que de camper sur ses positions, Arara baissa la tête. Haruhiro ne put que le deviner, mais Arara avait très bien pu être consciente de la différence de capacité entre elle et Arnold depuis le début. Même s’il n’avait pas la moindre chance, elle avait dû vouloir en faire autant que possible, avant de rejoindre Tatsuru. Si ça avait été son plan, eh bien, c’était sans nul doute du suicide. Cependant, peut être qu’Arara avait changé d’avis, et que cela avait bouleversé sa résolution à le faire et à mourir en essayant. S’il n’avait plus envie de mourir, elle ne pouvait plus combattre Arnold. Même Haruhiro pouvait voir à quel point il était dangereux.

L’aigle noir s’envola de l’épaule de Jumbo. On aurait dit qu’ils étaient sur le point de commencer. Ça pouvait partir à n’importe quel moment.

Mais attendez, ce serait…

Ne serait-ce pas la chance d’Haruhiro ?

Une fois que le un contre un entre Arnold et Rock aurait commencé, amis et ennemis auraient les yeux rivés sur eux. Pendant ce temps, il pourrait silencieusement se faufiler hors d’ici.

C’était jouable. Non, il pouvait le faire. Il allait le faire.

Il ne restait donc plus que le timing. Quand devait-il passer à l’action ? Devait-il en parler à ses camarades ? Allaient-ils tous y aller ? Ou juste lui ? Allait-il partir sans en toucher le moindre mot ?

Jumbo s’abaissa et s’assit sur le sol avec un genou levé. Le grand aigle noir s’envola tandis qu’ils l’observaient, avant de disparaître dans la brume. Tout le monde retint son souffle en attendant que le moment soit venu.

Qui allait faire le premier mouvement ? Dans tous les cas, n’étaient-ils pas un peu proches l’un de l’autre ? Haruhiro n’arrivait pas à décider ce qu’il devait faire. Pouvait-il bouger maintenant en toute sécurité ? Bientôt ?

Il regarda Ranta. Il portait toujours son heaume, mais sa visière était relevée. On aurait dit qu’il regardait Rock et Arnold.

Si Ranta les avait complètement trahis, il aurait pu jeter des regards discrets vers Haruhiro. S’il remarquait quelque chose, il aurait pu en parler à Jumbo, ou à quelqu’un d’autre. Ce serait une mauvaise nouvelle.

Et…Ils commencèrent.

Ce fut Arnold. Le mort-vivant avait quatre bras. Tout en reculant, il utilisa deux de ses bras, un de chaque côté, pour dégainer deux katanas

Rock ne fit pas le moindre pas en arrière. Il les repoussa avec un bruit métallique avec son épée.

Il chargea.

Arnold dégaina deux autres katanas, puis il s’arrêta et attendit. Quatre katanas et une épée entrèrent en collision tandis que les deux se rencontrèrent.

Ni Rock ni Arnold de bougea, comme si les deux étaient plantés dans leurs positions respectives. Ils ne faisaient qu’échanger des coups.

Quoi ? Comment faisaient-ils ça ? Particulièrement Rock ? Son adversaire avait quatre armes, donc comment pouvait-il toutes les dévier avec une seule épée ?

Si rapide.

Les quatre katanas et l’épée unique étaient en train d’accélérer.

Effrayant.

C’était obligé que ce rythme se brise à un moment ou un autre. Si un seul d’entre eux était un petit peu lent à réagir, ne serait-ce qu’un tout petit peu, cet équilibre allait s’effondrer. Et si l’un d’eux devait ralentir, ce serait Rock.

En y réfléchissant bien, il ne pourrait pas continuer à stopper des attaques incessantes venant de quatre directions différentes indéfiniment.

Mais regarde.

Haruhiro avait été complètement à côté de la plaque. L’un des katanas d’Arnold se brisa et s’envola de sa main.

Au moment où il passa à trois katanas, Arnold se déplaça légèrement vers la gauche. Rock rangea son épée dans son fourreau et en dégaina un autre.

Il se rapprocha, et il attaqua.

Arnold bloqua les séries d’attaques de Rock avec ses trois katanas. Tout en se défendant, il allait de plus en plus vers la gauche, comme s’il essayait de dévier l’élan de Rock.

Soudainement, Rock se raidit complètement et échangea à nouveau d’épée.

—On dirait que mes mouvements sont rapides et efficaces aujourd’hui. Qu’est-ce t’en dis, Arnold ? Dépêche-toi de t’y mettre sérieusement.

Haruhiro revint à ses pensées. Il avait été hypnotisé malgré lui.

C’était inattendu. Rock n’était-il pas juste tout simplement trop incroyable ? Honnêtement, Haruhiro avait pensé que ce serait un match nul au moins, ou alors qu’Arnold allait avoir l’avantage. Rock avait dit qu’il était au meilleur de sa forme cela dit, donc peut être que c’était logique.

Pouvait-il gagner ? Rock allait-il gagner ? Peut-être allait-il régler ça aussi facilement et rapidement ?

Si oui – alors quoi ?

S’il dit, « Ok, on a gagné, maintenant donnez-nous Merry, que vous retenez captive, » sera-t-il en mesure de la récupérer ? Ce serait probablement trop espérer. Si tous les autres faisaient comme Rock, qu’ils demandaient un duel, et qu’ils demandaient de la rendre s’ils gagnaient, dans cette situation, il avait le sentiment que ça pouvait passer. Mais qui allait combattre ? Haruhiro ? Contre qui ? Ranta avait dit, « cette femme m’appartient, » ou quelque chose comme ça. Donc contre Ranta alors ?

—KYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYY ! Hurla Arnold.

Les réflexions d’Haruhiro furent interrompues de force. Ce son terrifiant. Arnold avait les bras écartés et son dos courbé vers l’arrière.

Il arrive, il arrive, arrive, là…. !

Arnold fit un saut en tournant. C’était comme s’il s’était transformé en tornade.

C’était probablement la façon d’Arnold de dire qu’il s’y mettait sérieusement. Impossible. Personne ne pouvait se défendre contre ça. Rock devait courir, il n’y avait pas quatre chemins à suivre.

Mais, bien entendu, Rock ne se retira pas. Pire que ça, il s’avança. Il y eut une cacophonie insupportable, et Arnold était en train de se faire repousser.

Comment Rock avait-il fait pour contrer la tornade d’Arnold. L’avait-il dévié ? Haruhiro n’arrivait pas bien à le voir, donc il ne savait pas. Mais dans tous les cas, il était complètement surpris. Et les surprises ne s’arrêtaient pas là.

Même s’il s’était fait repousser, Arnold continua de tournoyer. Et de cette façon, il se rapprocha à nouveau de Rock.

—Ha ha ! Rit enfin Rock.

Il se brisa.

L’un des katanas de brisa.

Rock avait encore repoussé Arnold, et ce n’était pas tout, il avait détruit un autre katana.

—J’arrive, dit Rock.

Il changea encore d’épée tout en se rapprochant d’Arnold. Il avait utilisé ses épées dans une seule main jusqu’à présent, mais cette fois il la tint avec ses deux mains.

—Oorah, oorah, oorah, oorah, oorah, oorah, oorah, oorah, oorah ! Hurla-t-il.

C’était un combo trop rapide pour être suivi par l’œil humain. Et en plus, chaque coup était porté avec une puissance démentielle.

Il était en train de faire reculer Arnold. Il aurait été même plus correct de dire qu’il était en train de le pousser à bout. Oui, c’était plus ça.

Les katanas. Les épées de Rock visaient les katanas d’Arnold. Quand Arnold commençait à balancer ses katanas, Rock les frappait avec son épée. Arnold ne pouvait même pas tournoyer. Il avait de bien plus importants problèmes.

Rock avait deux épées, mais il n’en utilisait qu’une seule à la fois. Cependant, la longueur et l’épaisseur des deux étaient complètement différentes. En choisissant l’épée la plus adaptée à la situation, il rendait les réponses adverses bien plus difficiles. Cette partie était peu orthodoxe, mais pour le reste, c’était des attaques frontales.

Rock ne possédait pas une technique spécialement raffinée. Son attaque et sa défense étaient à dire vrai assez lisibles. Comment était-il aussi fort ?

Il avait un petit physique, mais un degré de capacité physique élevé. S’il ne se trompait pas, ça devait être ses yeux. Rock avait de bons yeux. Sa vision cinétique était époustouflante.

Il n’était pas juste en bonne condition. Rock avait déjà combattu Arnold une fois. Cette fois- là, il avait vu les mouvements d’Arnold.

Rock avait complètement cerné Arnold.

C’était probablement pour ça qu’il était en aussi bonne forme. Rock avait su que s’ils combattaient une deuxième fois, il savait qu’il pouvait gagner. Plus que ça, il avait peut-être même fait exprès de ne pas se donner à fond la première fois qu’il avait croisé le fer avec lui, puis de mettre les choses au clair pendant la deuxième fois.

Le troisième katana se brisa.

Plus qu’un.

Pendant un moment, Arnold s’arrêta de bouger. Avait-il ressenti sa défaite et était-il hébété par cette surprise ? Ou était-ce un piège ?

Dans tous les cas, Rock ne se précipita pour le tuer. Avec son épée levée bien haut avec ses deux mains, il relâcha tous les muscles de son corps. Au beau milieu d’un combat aussi intense, ce n’était pas normal qu’il puisse faire redescendre la tension comme ça. Cela montrait qu’il avait la maîtrise à la fois de son corps et de son esprit.

Arnold lui porta un coup avec son katana. Rock le frappa immédiatement en retour.

Le moment d’après, Haruhiro douta de ses propres yeux.

Arnold était en train de tenir son katana dans l’une de ses deux mains droites. Il porta un coup à Rock avec ses deux mains gauches vides. S’il faisait ça.

Bien entendu, l’inévitable se produisit. Rock trancha les deux bras gauches d’Arnold avec son épée. Ce ne fut pas suffisant pour les détacher.

L’un des bras. Rock coupa l’un des bras gauches d’Arnold, et il s’enfonça profondément dans l’autre. Il ne put le sectionner.

Arnold avait dû sacrifier l’un de ses bras dans le but de dérober l’épée à son propriétaire. Et en effet, la main droite vide d’Arnold se tendit vers Rock. Mais avant que son épée ne lui soit volée, Rock la lâcha lui-même et dégaina l’autre.

—Si tu la veux, je te la donne.

L’épée de Rock fit virevolter le katana d’Arnold. Il infligea une légère coupure sur l’épaule du mort-vivant. L’un de ses bras droits était salement amoché.

Arnold tituba en arrière. À chaque fois qu’Arnold reculait, Rock avançait.

—Zooah, zooah, zooah, zooah, zooah, zooah, zooah, zooah, zooah, zooah, zooah, zooah, zooah ! Hurla Rock.

C’était un massacre.

Arnold courut, essayant tant bien que mal de s’enfuir. Il ne tourna pas le dos à Rock, mais pas par ce qu’il ne voulait pas ; c’était parce qu’il ne pouvait pas.

—Hé, murmura quelqu’un dans l’oreille d’Haruhiro.

Haruhiro eut presque une attaque. Il voulut se féliciter pour ne pas avoir crié et sauté dans les airs. Non, peut-être que ça ne méritait pas des louanges.

Il y avait quelqu’un derrière lui. Ils ne se touchaient pas, mais ils étaient aussi proches qu’il était possible d’être proche de quelqu’un.

Et dire qu’il ne l’avait pas remarqué avant qu’il ne soit aussi proche. Il avait juste était fasciné par le duel entre Rock et Arnold. Alors même qu’Haruhiro avait des choses importantes à faire. Il était tellement pitoyable.

D’après la voix, il avait plus ou moins deviné qui c’était.

Tout en continuant de regarder devant lui, Haruhiro dit,

—….Sakanami-san ?

—Je suis ton substitut, dit Sakanami. Ne laissons pas les nuages voiler la lumière de la jeunesse, ne la laissons pas être maudite par les démons. Nous ne devons pas la salir par le sang. Si le temps te permet de te repentir, embrasse l’ambition. Ton cœur se brisera un jour ou l’autre de toute façon.

—Tu racontes n’importe quoi, mec…

Mais Haruhiro avait compris ce qu’il voulait dire. Sakanami était en train de lui dire, « Va chercher Merry ». Il allait prendre la place d’Haruhiro, être son substitut.

Mon substitut ?

—…Non, murmura Haruhiro. On ne se ressemble pas vraiment, Sakanami-san, donc si on échange de place, on va immédiatement remarquer que je ne suis pas là.

—Nous partageons le même sang.

—Je crois pas non. On est en aucun cas lié par le sang.

—Ton mentor est Barbara ? Est-ce que cette femme t’attache et te fais perdre connaissance ?

—Oh, parce qu’on est tous les deux des voleurs ? C’est un peu simpliste, tu trouves pas ?

—Est-ce que tu pourrais différencier des orcs ou des morts-vivants ? Demanda Sakanami.

—Ouais, non, pas vraiment, se confessa Haruhiro.

Haruhiro comprit. Il devait le faire. Rock était en train d’essayer de tuer Arnold en le poursuivant. Il n’avait pas confiance en ses chances de réussites, il ne pouvait pas prédire l’avenir, mais c’était quand même maintenant ou jamais.

Que faisait Ranta ? Il ne regardait pas vers lui. Il semblait être en train de suivre le combat entre Rock et Arnold. Kuzaku, Shihoru et Yume étaient autant captivés que lui.

Le grand aigle noir n’était pas là. Peut-être était-il un peu paranoïaque de penser que l’aigle était peut-être en train de les surveiller de là-haut.

Haruhiro hocha légèrement la tête.

—Je vais y aller.

—On changera quand j’aurai compté de cinq à huit.

—…Pourquoi pas un, puis deux ?

—Cinq, huit.

Retenant son envie de lui dire, « écoute quand les gens de te parlent, » Haruhiro se retourna et échangea de place avec Sakanami. Quand il se retourna, il fut surpris de voir le dos de Sakanami. Sa posture, la position de son centre de gravité, sa façon de se tenir… C’était Haruhiro. Est-ce qu’il l’imitait ? Quel pouvait bien être ce talent spécial ? C’était flippant.

Shihoru mit sa main derrière son dos et serra le poing. On reconnaissait bien là Shihoru. Elle était la seule à avoir remarqué. Elle était silencieusement en train de dire au revoir à Haruhiro en lui disant, « Fais de ton mieux, » pour l’encourager.

Haruhiro acquiesça.

Camouflage. La brume. La brume qui voile les Milles Vallées. Ne fais qu’un avec la brume.

D’abord, il alla au sud. Il n’y avait personne là-bas. Il fit de son mieux pour se sortir le combat entre Rock et Arnold de la tête. Cela allait le distraire, peu importe à quel point il se retenait.

Te précipite pas.

Envole-toi.

Ne sois pas pressé.

Quoi qu’il arrive, ta respiration ne doit pas être perturbée.

Mon pouls est sous contrôle.

Ce fut la dernière chose à laquelle il pensa avant de paniquer.

—AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHH !

Arnold se transforma en tornade une nouvelle fois. Cette fois, il était bas. En se pliant sur lui-même pour s’abaisser autant que possible, il tourna comme une toupie.

—Oh ? Rock trébucha.

Est-ce qu’Arnold l’avait fait tomber ? N’était-ce pas une mauvaise nouvelle ?

Arnold ramassa rapidement son katana et se lança à la poursuite de Rock. Rock sauta sur ses pieds et se remit au combat.

C’était devenu une mêlée. S’ils finissaient par en venir aux mains, qui aurait l’avantage ? Haruhiro ne le savait pas vraiment. Cependant, la seule chose qu’il savait était que ça allait être bien plus compliqué qu’un combat avec des épées et des katanas qui pouvaient délivrer un coup mortel. Ce serait vraiment un beau bazar.

N’hésite pas, se réprimanda-t-il. Vas-y.

Avance.

Ton cœur doit être de glace. Tu ne dois plus rien ressentir maintenant.

Si tu vois quelque chose qui a l’air humanoïde, évite-le. Fais bien attention de ne pas te faire voir, et va vers le sud. Puis vers l’ouest.

S’il cherchait à l’aveugle, il ne trouverait jamais Merry. En se basant sur la carte approximative dans sa tête, il connaissait la taille du campement de Forgan, même si ce n’était que vaguement. D’abord, il allait essayait de concentrer ses efforts sur le centre.

C’était comme essayer d’attraper un nuage. Il allait sûrement faire des choses imprudentes. Il allait sûrement faire des choses qu’il n’aurait jamais imaginé faire. Est-ce qu’il pouvait vraiment le faire ? Ne faisait-il pas une erreur ?

Il mit de côté toutes ses hésitations. Selon le déroulement des événements, ça pourrait ne pas avoir d’utilité.

Merry.

Merry.

Je veux te voir.

Je veux entendre ta voix. Je veux voir ton visage. Je veux que tu m’appelles Haru. Je veux savoir si tu vas bien aussi vite que possible. Je suis en train de m’emporter là non ? Ouais, carrément. Ce sont mes sentiments. Je peux pas m’en débarrasser.

C’est pas bon. Mon cœur surchauffe, j’ai l’impression qu’il va bouillir.

On se refroidit. Même si je mets mes sentiments hors de l’équation, je ne pourrais pas abandonner une camarade. Tout d’abord, Merry est notre prêtresse, le centre du groupe. Qu’est-ce qu’on pourrait faire si notre groupe n’a pas de soigneuse ? On a appris ça dans l’autre monde où la magie de lumière était inutilisable. Et là, maintenant qu’on est revenu en Grimgar, voilà ce qui arrive. Ne pas avoir Merry est plus qu’un inconvénient.

J’y vais.

Vers le centre du camp de Forgan.

—Nyaa.

Prenant une respiration hâtive, Haruhiro sortit son poignard et son couteau avec une garde malgré lui. Il avait entendu le miaulement d’un nyaa.

Où ? Pas loin. Il était proche.

Là.

Le nyaa grisé montra un miaulement silencieux à Haruhiro.

Je suis un ami, disait-il.

Pouvait-il lui faire confiance ? C’était difficile à dire.

Quand le nyaa gris émergea des buissons, il s’écarta sur ses quatre pattes. Il alla un peu plus loin, puis il se retourna pour regarder. Il fit un autre miaulement silencieux.

Haruhiro se mordit la lèvre.

—…Tu veux que je te suive ?

Le nyaa gris se tourna pour regarder devant lui, puis il partit à moitié en courant.

Je vais devoir y aller, décida Haruhiro.

L’intuition, c’était comme ça qu’on pouvait l’appeler. Mais il y avait, au moins, un certain raisonnement derrière.

Les nyaas de Forgan étaient en train de se faire neutraliser par ceux de Setora. Cela signifiait qu’il était sûrement l’un des nyaas de Setora. Setora connaissait l’objectif d’Haruhiro. Le nyaa avait dû la trouver. Il allait essayer de mener Haruhiro là-bas.

Cela dit, il avait rassemblé toutes ses pensées pendant qu’il suivait le nyaa gris. Il pensa que c’était logique, mais il était arrivé à ce raisonnement après les faits. L’intuition était venue en premier.

Au final, c’était une bonne chose qu’il y soit allé sur une impression. Comme le nyaa gris était en train de montrer le chemin, il n’avait besoin que du minimum de prudence, et pouvait entièrement se concentrer à avancer tandis qu’ils traversaient deux petites vallées. Derrière elles se trouvait comme un petit bassin, mais profond et large, probablement une centaine de mètres.

Dans le coin de ce bassin, elle était là.

C’était Merry.

Elle était assise, les yeux rivés sur le sol. Était-elle enchaînée ou attachée quelque part ?

Non loin d’elle, était-ce un humain ? C’était une race qui ressemblait en tout point à un humain, ou à un enfant plutôt…. ? Peut-être ? Cette créature était allongée la tête sur ses coudes. Est-ce qu’il gardait Merry ? Si oui, il ne pouvait pas dormir. Est-ce qu’il n’avait rien à faire, alors il se la coulait douce ?

Haruhiro et le nyaa gris étaient en train de faire dépasser leurs têtes de derrière une petite bosse pour pouvoir observer la situation, donc ils étaient encore loin de l’objectif. Le garde de Merry n’avait encore rien remarqué. De ce qu’il avait vu, il n’y avait rien d’autre de vivant à part lui.

Le nyaa gris était en train de regarder Haruhiro. Quand Haruhiro hocha la tête, le nyaa gris fit un autre miaulement silencieux et s’en alla.

Ce n’était toujours pas réel pour lui. Il avait l’impression que ses pieds ne touchaient pas le sol.

Merry était là. Vivante. Cela aurait dû lui suffire pour être heureux, mais il ne ressentit aucune émotion.

Étrange. Était-il calme ? C’était ça ? Il devait l’aider. Très bien. Comment n’avait pas d’importance ; il devait juste aider Merry rapidement.

Merry était tournée vers le nord. Le garde enfantin était au sud-est de Merry, à environ deux mètres, avec son corps tourné vers le nord-ouest.

De derrière. Il allait se débarrasser du garde par-derrière. Il ne pouvait pas se permettre de le laisser s’enfuir. Il ne voulait pas non plus qu’il fasse du bruit. L’assommer ? Non, ce n’était pas une bonne idée. Avait-il oublié l’erreur qu’il avait faite à Waluandin ?

Le garde devait mourir. Il allait devoir en finir en un seul mouvement.

C’est…pas un enfant, pas vrai ? Se demanda Haruhiro. C’est un garde, donc c’est impossible. Il vient probablement d’une race qui est comme ça. En plus, si c’était un enfant humain, ça ne changerait pas ce que je dois faire. Je vais le tuer.

Je peux le faire.

Haruhiro se faufila précautionneusement jusqu’au garde en utilisant Camouflage. Faire une erreur ne faisait même pas partie de son vocabulaire à cet instant. La seule chose dont il devait s’inquiéter était que le garde ne regarde pas dans sa direction. Ou que Merry le voit, et qu’elle alerte le garde de sa présence par accident.

Des accidents comme ça étaient imprédictibles. Si ça arrivait, il allait en finir rapidement. Il était préparé. Mais il préférerait ne pas en arriver là.

Haruhiro avait presque atteint le garde enfantin. Le garde était petit, gros, avec des oreilles pointues, et était en train de fredonner un air joyeux. Haruhiro n’avait pas besoin de se lancer avec un « Un, deux, trois. »

Il se lança sur le garde, et utilisa Araignée. Il couvrit la bouche du garde avec sa main gauche, le bloqua puis il lui enfonça sa dague dans la gorge du garde avant de la lui trancher. Le garde s’agita, mais il était trop tard. Alors qu’Haruhiro utilisait toute sa force pour maintenir le garde en place, Merry releva le visage. Quand elle regarda dans sa direction, ses yeux s’écarquillèrent.

—…Haru, murmura-t-elle.

Haruhiro ne savait pas comment répondre. Pour commencer, il sourit. Ça devait être un sourire effroyablement bizarre. Le garde était encore en vie après tout. Ses débattant désespérément. Mais naturellement, c’était en vain. Et puis, le garde s’arrêta de bouger.

Grimgar of Fantasy and Ash, Tome 8, Chapitre 14 — illustration

Haruhiro était sur le point de s’écarter du garde mort, mais il se ravisa. Merry avait les mains attachées. La clé. Le garde avait probablement la clé.

Il fouilla rapidement le corps du garde. Ce type n’était vraiment pas un enfant humain. Son nez était épais, et incroyablement long, et la forme de sa tête avec son front élancé et prononcé était une forme distinctive aussi. Ses poils abondants étaient comparables à ceux d’un animal.

Il y avait comme une corde autour de son cou. Elle était là. La clé était attachée à cette corde.

Haruhiro fonça vers Merry et lui enleva ses liens. Aucun des deux ne dit un mot. Ils n’avaient pas le temps pour des plaisanteries. Haruhiro offrit sa main à Merry, et il l’aida à se mettre sur ses pieds.

Ils ne pouvaient évidemment pas retourner au village. Ils avaient décidé d’un point de rendez-vous en avance. Cette sortie. D’ici, il devait se diriger vers le nord-est. À environ huit kilomètres. Il voulait courir, mais Merry était épuisée. Il ferait mieux de ne pas trop se malmener. Ils partirent sans attendre.

—C’était vraiment un moment affreux, dit Merry avec une petite voix, puis elle rit un petit peu.

Peut-être avait-elle voulu rassurer Haruhiro en plaisantant. Mais il voulait être celui qui la rassurait.

Un moment affreux. Mais comment avait-il était affreux ? Que lui avaient-ils fait ? Cela le tourmenta. Mais quelle raison avait-il pour demander ? Qu’est-ce qu’il en tirerait ? Il se dit que, au final, ce n’était pas le bon moment.

—Tout va bien maintenant, dit Haruhiro.

—Ouais.

—J’aurais aimé venir plus tôt, quand même.

—Tu as été bien assez rapide. Où sont les autres ?

—Uh, ouais…

Pour être honnête, il ne pouvait pas dire qu’ils n’avaient pas de problèmes, ou qu’elle n’avait pas à s’inquiéter, parce que ce n’était pas nécessairement le cas. Où en étaient-ils du combat entre Rock et Arnold ? Comment s’était-il développé depuis son départ ? Comment allaient Shihoru, Yume et Kuzaku ? Il y avait trop d’inconnues, ou plutôt il n’y avait rien d’autre que des inconnues. Et alors ?

Merry était saine et sauve. Le reste allait fonctionner d’une manière ou d’une autre. Ils pourraient sûrement surmonter cette épreuve. Ils allaient réussir. Et avec cet objectif en tête, il devait continuer de faire fonctionner sa tête. Ne pas se relâcher. Pas ce que s’il ne se relâchait pas, il pourrait le détecter.

Haruhiro s’arrêta et leva une main. Merry s’arrêta immédiatement elle aussi.

Non loin, il y avait un trou qui ne devait pas faire plus d’un mètre de profondeur. Les deux s’engouffrèrent dedans et s’y assirent.

Il l’avait entendu.

C’était faible, mais c’était la voix d’un nyaa. Restait-il encore des nyaas de Forgan ? Non, probablement pas. C’était un nyaa de Setora. Était-ce un signal ? Était-il en train d’essayer de dire quelque chose à Haruhiro ? Quoi ?

—Hé ! L’interpella une voix.

Lui, huh.

Le nyaa était probablement en train d’essayer de lui dire que le propriétaire de cette voix approchait.

—Je sais que t’es là, Haruhiro ! Sors de là, petit merdeux !

Merry se colla à lui. Elle était en train de trembler. Sa respiration s’emballa aussitôt.

Haruhiro fit dépasser sa tête du trou. C’était vraiment lui ? Il arrivait de l’est. Il pouvait voir des silhouettes. Pas très loin. Ils étaient obscurcis par la brume, mais ils n’étaient pas à plus de cinquante mètres.

Ils n’étaient pas seuls. Quatre… non, cinq personnes.

Pas bon. S’ils allaient courir, ils allaient devoir le faire rapidement. Ces types étaient de plus en plus proches. Pour chaque seconde qui passait, leurs chances de s’échapper chutaient en flèche.

Il avait fait le mauvais choix. Pourquoi se cacher ? Ils auraient dû courir sans attendre. Il avait échoué.

Devait-il servir d’appât tandis que Merry pourrait s’échapper toute seule ? Merry ne connaissait pas la zone, donc la probabilité la plus à même de se réaliser était qu’elle se perde. Ils finiraient par l’attraper. Ils devaient s’enfuir ensemble.

Pourquoi Haruhiro hésitait-il comme ça ? Il le savait. Parce qu’il savait que s’il se retrouvaient dans cette situation, ils ne pourraient pas s’échapper. Au final, prendre l’approche la plus évidente n’allait pas fonctionner. À moins que quelque chose ne se produise, ou qu’il faisait quelque chose, ils ne pourraient pas s’enfuir.

Pour la part d’Haruhiro, cela voulait dire qu’il devait réagir. Il ne savait pas quoi faire, mais il allait faire quelque chose.

—Merry, quand je te donne le signal, court, dit-il précipitamment. Avec moi.

Merry prit une courte inspiration.

—… Compris.

Même s’il lui disait, « Vas-y toute seule, » Merry n’allait en aucun cas le faire. Dans tous les cas, ils allaient rester ensemble. Il ne laisserait plus jamais Merry seule. Plus jamais.

—Montre ta vieille tête, Haruhiro !

—Arrête de gueuler.

Haruhiro ne sortit pas seulement sa tête, mais tout son corps du trou.

C’est le pire scénario possible, pensa-t-il en sentant sa poitrine se serrer.

Les autres membres du groupe qui incluait Ranta était l’homme dans la cinquantaine qui n’avait qu’un bras et qu’un œil, Takasagi. En plus de lui, il y avait deux orcs, et un homme fin avec la peau cendreuse et de longues oreilles qui semblait être un elfe.

Ranta, pensa Haruhiro. Putain, Ranta.

Pour les orcs et l’elfe, ça pouvait passer, mais pourquoi, de tous les membres de Forgan, devait-il avoir amené Takasagi ? Le vieil homme était clairement un danger.

Takasagi avait sa pipe dans la bouche et était en train de se gratter la nuque avec sa main gauche. Entre lui et Haruhiro, qui avait les yeux les plus endormis ?

Quand Takasagi s’arrêta et désigna la gauche et la droite avec son menton, les deux orcs allèrent sur la droite, et l’elfe alla à gauche.

—Hé, Parupirori, Ranta marcha tranquillement directement vers lui. Où est Merry ?

—J’sais pas.

—Je parie qu’elle est là pas loin. En train de se cacher.

Haruhiro ne répondit pas et attrapa le manche de son poignard.

Est-ce que je le fais ? Est-ce que je peux le combattre ?

—Je lis en toi. Ranta abaissa sa visière et dégaina Faucheuse. Chaque pensée qui te traverse l’esprit.

—…Comme quoi ?

—Depuis le début, tu avais prévu de nous fausser compagnie pour aller sauver Merry, pas vrai ? J’ai attendu et attendu, mais tu n’as rien fait, alors j’ai cru que tu avais pris peur.

—Comme si

Et merde.

Ses mains étaient faibles. Pas seulement ses mains. Tout son corps.

Vraiment ?

Ranta.

Est-ce que c’est vraiment ça que tu veux… ?

—Takasagi. Ranta se pencha légèrement vers l’avant et prépara Faucheuse. Laisse-moi être celui qui va le tuer. Je dois prouver ma loyauté. Ça te va, pas vrai ?

—Fais comme tu le sens. Takasagi haussa les épaules. Mais laisse-moi te dire que, moi, je ne doute pas particulièrement de toi.

…Ohh, pensa Haruhiro. Je vois. Donc c’est comme ça.

Haruhiro ne dégaina pas seulement son poignard, mais aussi son couteau avec la garde.

Grimgar of Fantasy and Ash, Tome 8, Chapitre 14 — illustration

Ranta s’envola vers lui. Jaillissement. Puis, hors de portée, il…

—Haine !

Haruhiro s’avança diagonalement sur la droite, esquivant son coup à un cheveu. Esquiver en pouvant contre-attaquer ensuite était trop pour lui. C’était un coup terrifiant, empli de vigueur. S’il ne l’avait jamais vu avant, il aurait pu se faire toucher. Mais il le connaissait.

Plus que ça, il avait vu le Haine de Ranta de ses propres yeux, des centaines de fois, probablement même des milliers de fois. Il l’avait observé tout ce temps.

Mais maintenant qu’il est dirigé vers moi, ce serait pas genre mauvais ?

C’était douloureux. Il avait la sensation que ses nerfs étaient exposés à vif. Ranta utilisa un autre Jaillissement pour essayer d’atteindre les flancs d’Haruhiro. Sa spécialité était de l’enchaîner avec Coupe.

Je vais pas te laisser faire, pensa Haruhiro. Tu ne vas pas me battre.

Haruhiro continua de bouger de telle sorte à ce que Ranta soit toujours devant lui. Mais il pouvait bien bouger tout le temps, Ranta était toujours en train de sauter dans tous les sens avec Jaillissement. Il frappait avec Faucheuse. Il le visait avec. Haruhiro ne pouvait pas reprendre son souffle.

Il était rapide. Ou plutôt, il était époustouflant. C’était difficile.

Haruhiro connaissait toutes les cartes dans la main de Ranta, donc il pouvait plus ou moins toujours l’anticiper. S’il ne connaissait pas Ranta, il aurait déjà subi depuis longtemps une blessure ou deux. Jusqu’à ce qu’il arrive à le percer à jour, le combat allait être compliqué. Il pourrait finir par se faire avoir à cause de l’épuisement.

Il devait s’y mettre sérieusement, ou il allait avoir de gros problèmes. Non, il était sérieux, il était en train de tout donner pour esquiver. Ce n’était pas ça.

S’il ne se mettait pas sérieusement en tête qu’il devait vaincre Ranta, il allait se faire massacrer. Il devait se rentrer dans le crâne que c’était « Tuer ou être tuer ». Il ne pouvait pas rester passif comme ça. S’il devait passer à l’offensif, il devait le faire le plus vite possible. Tant qu’il était encore intact.

—Nuwah !

Ranta utilisa Jaillissement pour essayer d’atteindre le flanc gauche d’Haruhiro.

Haruhiro s’avança diagonalement vers la gauche.

Il dépassa Ranta, et il se retourna.

Il était là.

Derrière lui.

Il devait l’attaquer rapidement avec Attaque Sournoise ou Araignée, et…

—Absence ! Ranta scintilla et disparut.

Non, il était en train d’utiliser un style de mouvement particulier, un mouvement qui pour l’adversaire, qui était, cela va sans dire, Haruhiro, donner l’impression d’halluciner.

À gauche. De la gauche.

Il arriva.

Immédiatement, Haruhiro attrapa la Faucheuse de Ranta avec son poignard. Il était sûr qu’il allait se faire repousser avec Rejet. Avant ça, Haruhiro sauta en arrière pour mettre de la distance entre eux.

Sans perdre une seconde, Ranta se rapprocha. Comme il s’y attendait. S’il continuait à esquiver comme ça, Haruhiro allait finir par être à court d’endurance. Il allait utiliser Frappe.

Frappe. Frappe. Frappe. Frappe. Frappe. Frappe. Frappe. Frappe.

Putain de merde !

Ranta.

Chacune de ses attaques est plus lourde que je le pensais.

—Faible ! Faible ! Faible ! Faible ! Faible ! Faible ! Qu’est-ce qui va pas ?! Pourquoi est-ce que t’es aussi fébrile, huh ?!

Ugh. La ferme. Tu m’agaces. T’es juste Ranta. Putain, abruti de Ranta.

C’était la compatibilité. Il savait que sa personnalité n’allait pas avec celle de Ranta, mais il était également un très mauvais adversaire pour lui. Ranta était du genre à combattre avec agilité, variation, et une grande palette de coup qu’il avait en stock. Tout comme Haruhiro connaissait Ranta, Ranta connaissait Haruhiro, donc c’était mission impossible d’arriver à se placer derrière lui en un-contre-un. S’il ne pouvait pas le surprendre, ne pouvait pas le prendre par-derrière, et ne pouvait pas bouger plus vite que lui, comment était-il exactement supposé gagner ?

Peut-être que je peux pas gagner… ? Perdre, contre Ranta ?

Haruhiro était un voleur. Les voleurs, à l’instar des chevaliers noirs, n’étaient des spécialistes des combats. Leur style était très peu compatible avec les combats directs. Même leurs équipements étaient légers. C’était pour ça que ça déroulé ainsi. Haruhiro n’était en rien inférieur à Ranta. Non, qui était meilleur ou moins bon n’avait pas d’importance. Cependant, avant de s’inquiéter de perdre contre Ranta, ou de comment il ne voulait pas perdre, il y avait le problème plus pragmatique de s’il perdait, ce serait la fin.

Il devait gagner. Il allait devoir tout risquer. Comme quand il avait dû vaincre l’orc sur la Montagne du Dragon de Feu. Il devait accepter ça. Si la puissance de Ranta était de dix, celle d’Haruhiro était de sept, peut-être un huit tout au plus. Ce n’était pas aussi désespéré qu’avec l’orc, mais Ranta était plus fort qu’Haruhiro. Et même avec ça, il y avait des choses qu’il pouvait faire. Il pourrait finir avec quelques coupures et des bleues, mais…

Je peux le faire, non ? Pensa Haruhiro. Ranta, ça te convient ? Tu le sais, pas vrai ? Je ne peux pas me retenir, ok ?

Comment Haruhiro avait vaincu l’orc à la Montagne du Dragon de Feu était quelque chose que Ranta n’avait pas vu. Cela voulait dire qu’il n’avait pas vu Haruhiro donnait absolument tout ce qu’il avait. Ranta n’allait pas pouvoir se préparer à ça.

Frappe.

Frappe.

Frappe.

Frappe.

À chaque fois qu’il utilisait Frappe, ses sens s’affûtaient.

Ranta lança une puissante attaque avec Faucheuse. C’était délibéré.

Haruhiro n’allait pas tomber dans le panneau. Pas encore. Ce n’était pas encore le moment.

Haruhiro utilisa seulement Frappe.

—Heh ! Ranta rit et utilisa un léger Épuisement. Il sauta en ligne droite derrière lui pour mettre de la distance. Mec, qu’est-ce que t’essaies de faire ? Ça roule. Amène-toi. Ça marchera pas sur moi. Je vais te prouver ici et maintenant que, finalement, tu peux pas me battre !

—Si tu le dis. Pourquoi tu viens pas te battre, Ranta.

—T’as pas besoin de me le dire !

Ranta se jeta sur lui avec Jaillissement. Cette posture était pour Colère. Il allait enchaîner cette pointe avec un combo. Haruhiro n’allait pas le laisser faire.

Assaut.

Surpassant ses limites, Haruhiro s’avança avec une vitesse qui trahit les attentes de Ranta.

La pointe de Faucheuse effleura la joue gauche d’Haruhiro. En utilisant son couteau avec la garde, Haruhiro utilisa Torgnole sur la main gauche de Ranta.

Il utilisa le pommeau de son poignard pour cogner la partie frontale du heaume de Ranta tout en balayant sa jambe gauche avec un coup de pied circulaire.

Ranta tomba sur le sol. À cet instant, Haruhiro était déjà derrière Ranta. Il ne réfléchissait pas avec sa tête. Même s’il ne pensait pas avec sa tête, son corps allait bouger de lui-même.

Il enfonça son poignard dans l’épaule droite de Ranta.

—Agh ! Ranta grogna et lâcha Faucheuse.

Tout en retirant son poignard, Haruhiro enroula son bras gauche autour de la nuque de Ranta. Même avec la visière abaissée, le heaume avait des trous pour lui permettre de voir. S’il plantait son poignard à cet endroit

S’il enfonçait son poignard ici…

S’il faisait ça…

—Haru ! Cria une voix.

Haruhiro retira son poignard.

—Non… !

Merry. Elle était debout, et elle criait.

—Haruhiro ! Ranta se libéra du bras gauche d’Haruhiro. Toi…

—Ur…. L’un des orcs se tordit de douleur en se tenant le visage.

C’était une flèche.

Le visage de l’orc avait pris une flèche, probablement dans l’œil.

—Huh ?!

Takasagi dégaina son katana et dévia quelque chose qui volait dans les airs.

Ce quelque chose était une flèche. Quelqu’un était en train de tirer des flèches de quelque part. part.

Haruhiro partit à toute allure. Qui qu’il soit, quelque soit son objectif, ça n’avait pas d’importance. Pour le moment, quelque chose était arrivé. Grâce à ça, ce un pour cent de chance était arrivé jusqu’à lui.

Merry était déjà en train de courir.

Haruhiro la rattrapa rapidement.

—Putaiiiiiiiin ! Haruhiroooooooo ! Merryyyyyyyyy ! Les hurlements de Ranta étaient plus distants chaque seconde.

Et les autres ? Étaient-ils en train de les poursuivre ? Même si c’était le cas, Haruhiro allait les semer.

Haruhiro courut, ne s’inquiétant seulement de la présence de Merry derrière lui. Son corps était lourd à cause des effets secondaires d’Assaut. Un petit gêne comme ça ? Ça n’allait pas le tuer.

Le prochaine chose qu’il remarqua, c’était que la brume était devenue plus dense. Même s’il ne pouvait pas voir le soleil, et qu’il avait perdu tout sens de l’orientation, Haruhiro ne s’arrêta pas.

Le nord. Il savait qu’il devait se diriger à peu près vers le nord.

Ils n’avaient probablement pas de poursuivants. Au moins, il ne pensait pas en avoir proche d’eux.

—Tu m’en dois une, le nouveau.

Aussi surprenant cela soit-il, il y avait une voix. Haruhiro n’avait pas pu compter sur sa capacité de détection. Même si c’était en partie à cause du fait qu’il avait mené un combat difficile contre un adversaire féroce.

Haruhiro s’arrêta et fit le tour avec ses yeux.

—…Kuro-san ?

Un arbre sur la gauche trembla, et il y eut un pluie de feuille. Quand il leva les yeux, Kuro était assis sur une branche.

—Moyugi m’a dit de le faire, tu vois. Il a dit d’aller te donner un coup de main. N’hésite pas à être reconnaissant, ok ?

—Bah, bien sûr que je suis reconnaissant, dit Haruhiro. Tout à l’heure, c’était toi, Kuro-san ?

—…Qui ?

Merry se prépara au combat à côté de lui avec ses épaules qui se soulevaient à chaque respiration.

—Ohh – Il fait partie des Briseurs du Levant… En gros, c’est notre allié, ou notre camarade, plutôt.

—Je suis le gars qui t’a sauvé la vie, ouais ? Si c’est plus simple pour toi.

—Je… suppose que oui, soupira Haruhiro en se secouant la tête juste après.

Ce n’était pas bon. Il avait le sentiment qu’il était sur le point de se relâcher. Il était trop tôt pour faire baisser la tension.

—…Comment vont Rock et les autres ?

—J’sais pas. Enfin, je suis sûr qu’il se débrouille bien. Tout se passe selon le plan de Moyugi, comme toujours.

Kuro posa une main sur la branche, se pendit à elle avant d’atterrir sur le sol avec un, « Oof ». Puis il grogna et s’étirant.

—Allez. Bon bah, à plus alors, le nouveau.

—….Huh Où est-ce que tu vas ?

—J’ai un peu trop bossé aujourd’hui. Je vais allez me taper une sieste quelque part. Je suis fatigué quoi. Oh, ouais. Vous aviez prévu de vous réunir à la grotte, non ? Kuro montra devant eux vers la droite. C’par là. À six kilomètres d’ici je dirais. Bon, maintenant que vous la savez, la bise.

—…Ok.

Kuro leur fit un signe de la main, puis il disparut dans la brume. Ils auraient pu l’arrêter et lui demander des directions, mais Haruhiro ne se sentait pas de le faire. Ce n’était pas juste qu’il ne le sentait pas ; il ne ressentait plus rien du tout.

Ses mains tremblaient un petit peu. Ses pieds ne voulaient plus bouger. Pourquoi se tenait-il là, le regard perdu ? Enfin, non, il n’avait pas le regard perdu. Alors quoi ?

—Haru, est-ce que ça va ?

Il senti la main de Merry dans son dos.

Haruhiro hocha la tête. Lui donner ce hochement était la meilleure chose qu’il puisse faire. Haruhiro aurait-il tuer Ranta si Merry ne l’avait pas arrêté ? À la toute fin, il n’aurait peut-être pas été capable de le faire. Ou il aurait pu le faire.

Ranta avait-il eu l’intention de tuer Haruhiro ? Il se disait que oui, mais il aurait pu prévoir de montrer de la pitié au tout dernier moment.

Dans tous les cas, Haruhiro avait blessé Ranta avec son poignard. Et ce n’était pas un égratignure. Ça avait été une blessure assez profonde. Si elle n’était pas traitée proprement, elle pouvait finir par devenir quelque chose de vraiment grave. C’était une blessure sérieuse. Ce n’était pas quelque chose qu’on faisait à un camarade.

Haruhiro voulut s’asseoir. S’il s’abaissait, Merry allait sûrement le réconforter. Elle allait l’encourager. Elle pourrait même le prendre dans ses bras. Haruhiro voulait ces choses. Pour être honnête, il les voulait terriblement. Mais il ne pouvait pas faire ça.

Il ne voulait pas profiter de la bonté de Merry. Ce n’était pas approprié pour Haruhiro de faire ça. Il n’avait la droit.

Sans grande surprise, il ne pouvait pas pardonner Ranta. Quoi qu’il puisse lui arriver, il le méritait. Et pourtant, du moins sur le moment, il n’était pas prêt à se pardonner ce qu’il avait fait avec ses propres mains, et il n’était pas prêt de le faire.

Il ne voulait pas l’accepter. Que Ranta n’était plus leur camarade.

  1. Sorte de lit ou de siège clos surélevé par des brancards. ↩

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