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Chapitre 13

Ne Décide Pas de Faire Quelque Chose, Résous-toi à le Faire

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~17 min

Quand l’aube se leva, le village fut enveloppé dans une brume matinale. L’épaisseur de cette brume n’était décidément pas naturelle. La visibilité était tellement mauvaise qu’on ne pouvait même pas voir ses mains si on les étendait.

Haruhiro avait pensé que peut-être quand le matin se serait levé, il aurait pu avoir une vue d’ensemble du village. Pas la moindre chance que ça arrive. Il ne pouvait même pas discerner la retraite de Katsuharu, qui était juste à côté de lui, et il ne remarqua pas Rock avant que celui-ci ne lui donne une tape dans le dos.

—On y va Haruhiro. Suis-nous.

—…Huh ? Où ça ?

—Vous voulez sauver vos camarades qui ont été capturés par Forgan, pas vrai ? Nous on veut écraser Arnold. Je peux pas dire que nos intérêts se rejoignent parfaitement, mais ce serait impossible pour vous de le faire tout seul. On veut toute l’aide qu’on peut avoir. Donc, coopérez avec nous. Vous faites ça, et nous on vous aide en retour.

Haruhiro n’avait pas d’objection. C’était exactement ce qu’il voulait entendre, mais Arara n’était pas revenue, et il n’avait pas entendu qui que ce soit discuter de quoi faire avec elle, donc qu’est-ce qu’ils allaient faire ?

Ils dirent qu’Haruhiro était le seul à devoir venir pour le moment, donc avec Rock, qui avait Gettsu sur ses épaules, Moyugi, le plus puissant chevalier noir en activité, Tsuga, le prêtre avec les cheveux rasés, et Katsuharu, pour un total de cinq personnes et un animal, ils s’enfoncèrent à travers la brume si dense qu’on ne pouvait pas voir à un mètre devant soi.

Il y avait beaucoup d’élévations dans le village. Le chemin était bien tracé comme une route de jeu vidéo, mais ils pouvaient à peine distinguer les bâtiments à travers la brume, et il n’y avait pas le moindre signe de vie.

Cependant, Haruhiro n’attendit pas longtemps avant de remarquer une sorte de présence. Probablement des nyaas. Ces créatures mi-chats, mi-singes étaient en train de les surveiller quelque part dans cette brume. Il n’y en avait pas juste un ou deux. Il y en avait beaucoup plus.

La raison de leur présence ne se fit pas attendre. Les instincts d’Haruhiro étaient tous en alerte. Le bâtiment était deux fois plus grand que la retraite de Katsuharu, avec probablement le triple en largeur et en profondeur.

Des fourrures étaient disposées sur les murs et le toit. Ceux-ci avec des nyaas. Des nyaas aux fenêtres, dehors, et aussi sur le toit. Il y en avait partout. Un nombre impressionnant. Tous les nyaas étaient en train de les scruter minutieusement. C’était assez effrayant.

—E-Est-ce que c’est la maison des nyaas… ou quelque chose dans le genre ? Bafouilla Haruhiro.

—Voici la demeure de Setora, de la Maison Shuro, répondit Katsuharu. Vous, attendez ici. Si vous avancez plus loin sans permission, je ne saurais dire ce qu’il vous arrivera. Laissez-moi aller expliquer notre requête.

—On va d’voir attendre et voir comme ça se passe, huh ? Rock était en train de sourire.

Moyugi pressa son majeur de la main droite sur le pont de ses lunettes sans dire un mot. À dire vrai, il n’avait presque rien dit de la matinée. Il semblait être de mauvaise humeur, et il n’essayait pas vraiment de le cacher.

—Il est toujours comme ça quand il se lève, murmura Tsuga à l’oreille d’Haruhiro. Bien qu’il se croie au-dessus, il reste assez enfantin, huh.

—Tsuga, dit Moyugi avec une voix menaçante. Je t’entends très distinctement.

—Et comment, dit Tsuga comme si de rien n’était. Je l’ai dit dans le but que tu l’entendes. Si je n’avais pas fait ça, ce serait comme parler dans ton dos.

Moyugi claqua sa langue, et Rock s’esclaffa bruyamment.

Katsuharu s’approcha de la maison de Shuro Setora, qui n’était pas du tout la maison des nyaas. Immédiatement, les yeux de tous les nyaas se concentrèrent sur Katsuharu.

Si Haruhiro s’était retrouvé au centre de l’attention comme ça, il se serait probablement arrêté malgré lui. Katsuharu continua d’avancer comme si ça n’avait pas d’importance. Cependant, il n’arriva pas jusqu’à la porte. Avant qu’il ne l’atteigne, celle-ci s’ouvrit de l’intérieur, et quelqu’un sortit.

C’est… un humain ? Réalisa Haruhiro. C’est lui Shuro Setora ?

Pas le moindre centimètre de peau de cet homme n’était exposé. Son visage était recouvert d’un tissu écarlate et indigo, ou de cuir, ou d’un autre matériel inconnu.

Il faisait à peu près la même taille qu’Haruhiro. Mais il avait l’air énorme. Et pour être franc, il était énorme. Pour ce qui était énorme chez lui, c’était ses bras. Ils n’étaient pas longs ; ils étaient épais. Et, en plus de ça, ils étaient enroulés dans une espèce d’armure en métal.

Mais que pouvait bien être Shuro Setora ?

—Oh, dit Katsuharu en faisant un pas en arrière. Enba, huh.

Ce n’était apparemment pas Shuro Setora. Enba demeura silencieux, tournant sa tête à droite deux fois, puis trois fois à gauche.

C’est carrément effrayant, tu sais ? Pensa Haruhiro.

—Enba. Katsuharu fit à nouveau un demi-pas en arrière. Je suis ici pour discuter de quelque chose d’important avec Setora.

—Quelque chose d’important à discuter avec moi, dis-tu ? Dit une autre personne, qui fit dépasser sa tête de la fenêtre du deuxième étage.

La personne était aussi recouverte de motif écarlate et indigo. Mais dans ses vêtements, il y avait un grand espace pour ses yeux, et une paire d’yeux en ressortait.

—Que veux-tu, vagabond ? Demanda Setora. D’après le ton de sa voix, c’était une femme. Rien d’utile, je suppose.

—En voilà des manières de me saluer, Setora, rétorqua Katsuharu. Après tout le temps que j’ai passé avec toi à jouer alors que tu n’étais qu’une petite fille.

—Ça veut juste dire que tu n’étais qu’un bon à rien avec trop de temps déjà à cette époque. Aucune personne respectable ne perd son temps à jouer avec des bambins.

—En effet. Je ne peux pas vraiment répondre à ça.

—Setora, Rock prit la parole.

Attendez, il faisait déjà tomber l’honorifique ?

—Je te demande une faveur.

—Je refuse. Setora rentra sa tête à l’intérieur.

—Tu es toujours aussi rustre Rock, dit méchamment Moyugi en soupirant et tirant sa frange vers l’arrière avec ses doigts. Vous, la charmante jeune demoiselle là-haut. Pourrais-je vous demander de nous offrir un moment de plus de votre présence resplendissante ? Ne serait-ce qu’un moment. S’il vous plaît, permettez-moi de vous offrir un poème exultant à votre grandeur.

Whoa, c’était quoi ça ? T’es carrément flippant mec, pensa Haruhiro. Mais, aussi surprenant que cela soit, après un court instant, Setora refit dépasser sa tête de la fenêtre.

—Qu’est-ce qui ne va pas chez cet étranger ? Demanda-t-elle. Sa cervelle était-elle pleine de vers ?

Moyugi dit :

—Voyez, je l’ai maintenant, dans sa barbe, puis il se tourna vers Setora avec un sourire. Shuro Setora, je m’appelle Moyugi, le plus puissant chevalier noir en activité, ici rien que pour vous voir.

—Quel type bizarre, marmonna-t-elle.

—Préférez-vous les ordinaires ? Demanda Moyugi. Vous n’en avez pas l’air.

—Enba, débarrasse-moi de lui.

Avant même qu’Haruhiro n’ait le temps d’être surpris, Enba attaqua Moyugi. Si ces bras l’atteignaient, il allait très certainement mourir l’instant d’après. Cependant, Moyugi semblait avoir anticipé cela, s’échappant du bras droit d’Enba avec un mouvement fluide.

Alors qu’Enba enchaîna avec un direct du gauche, Rock se rapprocha. Il passa en dessous du bras d’Enba, se rapprochant de lui, et alors qu’Haruhiro se demandait ce qu’il allait faire, incroyablement, Rock enroula ses bras autour du torse d’Enba. Puis il s’attrapa les bras et souleva Enba.

—Hooooooorah…. ! Cria Rock.

Il le jeta. Enba n’était peut-être pas si massif que ça, mais il demeurait tout de même bien plus grand que le diminutif Rock. En se basant sur son épaisseur, il devait faire deux fois le poids de Rock. Et pourtant Rock fut facilement capable de jeter Enba. Mais quelle force démesurée avait-il.

Enba se prépara à l’atterrissage et se releva rapidement.

Quand Enba fut sur le point de se jeter à nouveau sur Rock, Setora lui ordonna,

—Stop ! Enba, vu ton état, il va finir par te casser. Pardonne-moi, je n’ai pas su te rendre plus fort.

—Nah, j’avais pas l’intention de le casser de toute façon.

Alors que Rock lui sortit son plus beau sourire, Gettsu monta sur son épaule.

—C’est un de ces golems, huh ? Comme le Zenmai de Pingo.

—…Pingo, dit Setora. Vous êtes des connaissances de Soma, n’est-ce pas ?

—On est dans son clan. Tu vois ce que c’est ?

—Non. Mais je peux me l’imaginer. Enba, attrape-moi.

A l’instant où Setora lui donna l’ordre, Enba se précipita en dessous de la fenêtre. Setora fit un petit saut agile de la fenêtre avant d’atterrir sur l’épaule gauche d’Enba.

—Je vais daigner écouter ce que vous avez à me dire. Mais tout d’abord, laissez-moi m’assurer d’une chose. Est-ce que cela à un rapport avec Arara ?

Il se trouvait que, Setora et Arara avaient le même âge, et elles avaient été des amies d’enfance. Comme elle était la troisième fille de l’une des six maisons, la Maison Shuro qui tenait des traditions de nécromancie, elle avait été associée à Arara, l’aînée des filles de la Maison Nigi, la plus puissante des quatre maisons samouraï.

En dépit de cela, alors qu’Arara était l’héritière de sa maison, Setora qui avait deux grandes sœurs ne l’était pas. En plus de ça, malgré le fait qu’elle soit née dans une maison qui pratiquait la nécromancie, elle avait fini par jeter son dévolu sur les omnitsu et leurs compétences. Comme on pouvait le voir en levant les yeux ici, c’était les nyaas. Elle était tombée complètement amoureuse des nyaas, qui étaient principalement élevés par les espions omnitsu du village.

Bien qu’elle fît quand même des golems de chaire comme une nécromancienne, le plus clair de son temps était dirigé vers l’élevage de nyaas, donc Setora était vue comme une nuisance et une tâche sur le nom de la Maison Shuro.

Haruhiro aurait pu penser, Ok, mais qu’est-ce qu’on en a à faire en fait ? Mais ils avaient probablement leurs propres traditions, leur bon sens, leurs standards, et toutes sortes d’autres choses qu’ils devaient considérer.

L’une était l’héritière de la Maison Nigi, l’autre était une perturbatrice de la Maison Shuro. Cela avait fait d’Arara et de Setora une paire contrastée, une fois de plus. Cela dit, cela ne voulait pas dire que les deux avaient grandi loin de l’autre.

—Quelle idiote cette Arara, de tomber amoureuse d’un faible comme Tatsuru, commenta Setora. Mais bon, je me suis toujours dit qu’elle allait finir par s’égarer à un moment ou un autre. Si elle était le genre de femme qui pouvait la fermer et hériter de la Maison Nigi, elle n’aurait jamais piqué mon intérêt.

—J’avais tort moi aussi. Katsuharu baissa les épaules. J’aurais dû rester un vagabond, et ne pas m’occuper d’Arara. Il se pourrait que j’ai été une mauvaise influence pour elle.

—Ça tu peux le dire, vagabond, dit Setora avec mépris. Tu es la source de tous les malheurs.

—C’est incroyablement blessant. J’ai essayé de me repentir de mes erreurs, vois-tu.

—C’est trop tard. Si elle engage un combat personnel avec Forgan, et que cela se transforme en une étincelle qui tomberait sur le village, ils ne la laisseront pas s’en sortir en l’enfermant dans un cachot. Ils pourraient très bien lui couper les cheveux et l’exclure du village.

—Lui couper les cheveux…. Les yeux de Rock s’écarquillèrent. Attendez, on parle de quelle longueur là ?! Ils ne vont pas tout raser, si ?!

—Cette longueur, je dirais. Katsuharu montra ses épaules. Quand les femmes du village atteignent leur sixième anniversaire, elles ne coupent plus leurs cheveux. Cela signifie qu’une femme aux cheveux courts n’est plus un membre du village.

—…Genre une coupe au bol, huh ? Rock hocha la tête. Ça lui irait plutôt bien. M’enfin, tout lui va bien à Arara.

Mettant cela de côté, qu’est-ce qu’ils étaient en train de faire ? Rendre visite à Setora la nécromancienne amoureuse des nyaas alors qu’une situation pareille pourrait arriver à Arara ? Haruhiro savait plus ou moins déjà que ça allait lui arriver. Il y avait déjà pensé.

—Je ne m’attendais à la coupe de cheveux cela dit, dit Rock. Son reniement et son expulsion étaient plus ou moins prévisibles. Dans tous les cas, on continuera notre vengeance pour Tatsuru. Je veux que tu nous aides, Setora. Forgan à ce maître des bêtes gobelin qui s’appelle Onsa, et il a avec lui beaucoup de nyaas, tu vois. On va devoir combattre les nyaas avec des nyaas. Je ne peux aller voir personne d’autre pour m’aider avec ça.

Il était vrai que, ce critère des nyaas était un problème. On ne connaissait pas vraiment leur efficacité au combat, mais ils avaient l’air incroyablement agiles, et ils pouvaient se cacher n’importe où et se déplacer silencieusement. Ils étaient sans aucun doute entraînés pour alerter leur dompteur s’ils détectaient la présence d’un intrus. Cela signifiait qu’ils pouvaient être disposés comme un réseau. Si leur adversaire utiliser un réseau de sécurité nyaa, ils allaient n’avoir d’autre choix que d’essayer de passer en force.

Cela voulait dire que même s’ils pouvaient trouver où se cacher Forgan, trouver Arnold demeurerait tout de même difficile. Et cela allait de pair avec Merry qui était retenue captive. Bien évidemment, il serait pratiquement impossible de sauver Merry en toute discrétion.

—Combien de nyaas a Forgan ? L’expression de Setora était totalement illisible, et son ton brusque ne changeait guère jamais.

—Peut-être dix, peut-être vingt… Rock leva ses deux mains en penchant sa tête sur le côté. Aucune idée.

—Je garde au total cent vingt-quatre nyaas. Parmi eux, quatre-vingt-deux sont utilisables.

—Je dirais que l’ennemi en a peut-être trente, tout au plus, dit Katsuharu en se caressant le menton. Bien que ce ne soit que mon intuition, donc peut être qu’on ne peut pas s’y fier.

—En effet, je ne peux pas m’y fier. Setora renâcla. Mais bon, je doute qu’ils aient plus du double de ce que tu as énoncé. Si ce n’est que ça, mes nyaas peuvent les garder sous contrôle.

—Tu f’rais ça pour nous ?! Dit Rock sans cacher sa joie.

—Je refuse.

—Sérieusement ? On aurait dit que t’étais sur le point d’accepter là.

—Ce n’était que ton imagination. Pour commencer, quel mérite en tirerai-je ? Je pourrais vous demander la même chose. Je comprends pour le vagabond, mais pour vous, étrangers, qu’avez-vous à gagner à aider Arara avec sa vengeance puérile ?

—Je suis tombé amoureuse d’elle, donc c’est pour ça, dit Rock.

—…Plaît-il ?

—Je suis amoureux d’Arara. Si la femme que j’aime met sa vie en péril pour accomplir quelque chose, c’est normal que je veuille prendre un risque ou deux pour elle.

—Et tu penses que si tu fais tout ça pour elle, cette femme en question t’aimera en retour ? Tu perds ton temps.

—Huh ? Pourquoi ça ferait qu’Arara m’aime ? Tatsuru est mort y’a genre vraiment pas longtemps. Ça n’arrivera jamais.

—C’est encore moins logique qu’avant, s’énerva Setora. Pourquoi le fais-tu alors ?

—Je te l’ai déjà dit, c’est parce que je suis amoureux d’elle. Je vais réaliser le souhait de la femme que j’aime. Après ça, je me fiche de ce qui arrivera.

—Je comprends, Setora n’en pouvait plus. Tu es complètement stupide Non, vous devez tous l’être.

—J’apprécierais que tu ne me mettes pas dans le même panier que lui, dit Moyugi en pointant Rock. Cet homme est peut-être stupide, mais ça ne veut en aucun cas dire que je le suis.

—C’est vrai. Rock tendit son bras et le jeta autour de l’épaule de Moyugi. Je suis peut-être bien stupide, mais mes camarades aiment juste me suivre. Pas vrai, Moyugi ?

—…Voudrais-tu bien me lâcher ? Je déteste qu’un autre homme me touche.

—D’une certaine façon, on est peut-être même pire que Rock. Le sourire de Tsuga était si apaisant qu’il en devenait inquiétant.

—Quoi qu’il en soit. Setora soupira légèrement. Même si vous avez une raison, je n’en ai pas. Si Arara est expulsée du village, elle pourra vivre librement. La vengeance est inutile. Dites à cette ignare d’oublier Tatsuhuru, et-

—U-Un marché ! Explosa Haruhiro.

—Uh oh….

Il n’avait pas réussi à se retenir d’ouvrir sa bouche.

Haruhiro regarda Rock, Moyugi, Tsuga et Katsuharu. Aucun d’eux n’allait essayer de l’arrêter. Enfin, on aurait dit qu’il était coincé. Il allait devoir finir ce qu’il avait commencé à dire.

—…Peut-on passer un marché ? Demanda Haruhiro. On pourrait te donner quelque chose en échange de ton aide. Si on fait ça, tu auras quelque chose à y gagner.

—Penses-tu être en mesure de m’offrir ce que je désire ? Demanda Setora.

—Ça… Je n’en suis pas sûr. Tout dépend de ce que c’est…

—Si je devais le désigner avec un mot, je dirais du matériel.

—Du matériel… Attends ? Pour quoi ?

—Les golems, commença Setora en caressant Enba sur la tête, sont faits en assemblant différentes parties de corps. On dit que, plus la mort est récente, mieux c’est. Mais, en vérité, il se pourrait que ce ne soit pas nécessaire que ça vienne d’un mort. Je ne l’ai pas encore essayé moi-même, mais j’ai entendu parler de méthodes qui utiliseraient des parties de vivants.

—…Donc, en gros, ce que tu me dis c’est, « Donne-moi une partie de ton corps » ? Demanda Haruhiro.

—Un bras.

Setora fit le tour du corps d’Haruhiro avec des yeux glacials. C’était les yeux de quelqu’un qui examinait un produit.

—Non. C’est seulement une expérimentation, donc je peux m’en sortir avec seulement un œil. Oui, pourquoi pas. J’aurais de quoi m’amuser avec ça.

—Juste pour que tu sois informé, expliqua calmement Tsuga, si elle prend ton bras, ou un œil, la magie de lumière ne pourra pas le ramener. Même un chaman ne pourrait pas faire ça.

—N’est-ce pas évident ? Moyugi appuya sur le pont de ses lunettes avec son majeur droit en laissant échapper un soupir léger. On dirait que nous n’avons pas d’autres choix. Laissons tomber pour les nyaas. Notre objectif optionnel sera plus difficile à atteindre, mais ça reste jouable.

—Oh, ouais ? Rock fronça les sourcils. Dommage, huh.

L’objectif optionnel. A quoi pensait-il ? A l’objectif d’Haruhiro et son groupe, sauver Merry. Après tout, Moyugi pourrait avoir eu raison. S’ils pouvaient rendre confus les nyaas,

Haruhiro n’aurait qu’à utiliser Camouflage pour s’introduire en territoire ennemi, puis sauver Merry et courir, ça deviendrait une option viable. S’ils avaient l’intention de s’occuper du système de sécurité nyaa de l’ennemi, ils avaient absolument besoin de Setora et de ses nyaas.

Haruhiro retira sa dague de son fourreau. Il essaya de l’amener jusqu’à son propre œil, mais il ne pensait pas être en mesure de le faire bien. Setora était assise sur l’épaule d’Enba.

—Um, désolé. Haruhiro s’approcha d’Enba, lui offrant la garde de sa dague en premier. Tu pourrais utiliser ça pour le faire ? Si j’essaie de le faire moi-même, et que je me loupe, ce serait du gâchis. Je vais rester aussi immobile que je le peux. Si possible, je préférais que tu prennes l’œil gauche. Parce que je suis droitier, tu vois. Si tu pouvais le faire rapidement, je t’en serais reconnaissant.

Les yeux de Setora se plissèrent légèrement.

—Tu dis que tu acceptes l’offre ?

—Oui, dit Haruhiro. Oh, ah oui. Aussi, Tsuga-san, quand elle aura fini, soigne-moi la plaie, s’il te plaît.

—Je peux faire ça. Tsuga était toujours en train de sourire. Ce type avait clairement atteint l’illumination.

—…Tu es sûr que ça te convient ? Katsuharu semblait un petit peu frustré.

—Non, ça ne me convient pas, mais c’est juste un œil, pas les deux, donc pas grave, peu importe, dit Haruhiro. La vie de ma camarade est en jeu. Je veux faire grimper nos chances, même si ce n’est qu’un petit peu. Si je ne fais pas tout ce que je peux, et que je fini par le regretter plus tard, j’aimerais pas ça, tu vois ?

Rock et Moyugi se regardèrent l’un l’autre. Ce type est un idiot, était ce qu’ils devaient être en train de se dire.

Était-il un idiot ? C’était dur à dire. Quoi qu’il en soit, il avait dit tout ce qu’il avait à dire. Il y avait quelque chose qu’il pouvait faire pour accomplir son objectif. Donc il allait le faire. Haruhiro n’avait pas exactement les idées assez claires à cet instant. Il n’y avait pas mûrement réfléchi. Il s’était dit qu’il allait avoir peur s’il le faisait, donc il ne réfléchissait pas délibérément.

—Range-moi ça. Setora sauta habilement de l’épaule d’Enba pour atterrir au sol, dégainant une petite épée fine qui reposait à sa ceinture. Je suis plus habile avec ma propre lame. Tu en es absolument sûr ?

—Vas-y. Haruhiro rangea sa dague en se raclant la gorge. … Donc, est-ce je devrais me pencher en arrière ? Pour me mettre à la bonne hauteur. Ou je devrais m’allonger ?

—Assis.

—D’accord. Bon, alors…

Haruhiro s’assit avec les genoux devant lui. Il ne se sentait pas tendu. Ou effrayé. Cela ne dura que jusqu’à ce que Setora ne se penche et ouvre son œil gauche avec sa main gauche.

Ohhhhhh, merde. Sérieusement ? Elle va vraiment le faire ? Ça va faire mal ? Je me doute que oui.

La lame se rapprocha.

Dépêche-toi. Allez, finissons-en.

Haruhiro retint sa respiration. Juste après, elle inséra le couteau entre son œil et sa paupière. Il sentit la douleur, certes, mais surtout le sentiment intense qu’un corps qui n’avait rien à faire là était en train d’entrer. La douleur n’allait pas tarder. Il cligna des yeux malgré lui. La lame avait dû couper quelque chose à cause de ça. Il entendit comme un petit bruit de ciseau, et puis la douleur vint.

Dépêche, dépêche, vas-y, vas-y, vas-y, cria-t-il intérieurement. Huh ? Pourquoi ?

Setora retira sa lame….

—Ça peut attendre.

—Huh… ? Haruhiro cligna des yeux. La douleur était présente dans son œil gauche. Les larmes commencèrent à couler.

—Tu as des choses à faire, non ? Je peux prendre le matériel une fois que tu auras fini. Setora lui tourna le dos. Je vais m’occuper des nyaas de Forgan. Soyez rassurés. Mes nyaas ne perdront jamais.

—Ah… Haruhiro clôt fermement son œil gauche, appuyant dessus à travers sa paupière. Bon sang, ça fait mal. … Merci.

—Je prendrai mon dû. Nul besoin de me remercier.

Et ainsi, Setora rentra dans le bâtiment avec Enba.

Tsuga donna une tape sur l’épaule d’Haruhiro.

—Tu veux que je te soigne ça ?

—S’il te plaît…

—Pourquoi est-ce que, tout s’est passé exactement comme je m’y attendais, se vanta Moyugi en chuchotant, mais Haruhiro pensait que c’était un mensonge éhonté.

—Bien, quoi qu’il en soit, tout est bien qui finit bien, huh ? Rock fit un clin d’œil à Haruhiro.

Peut-être Haruhiro était-il censé le lui rendre, mais son œil gauche n’avait toujours pas été soigné, donc il n’était pas vraiment sûr de pouvoir le faire, et il ne voulait pas non plus le faire. Katsuharu releva ses lunettes sur sa tête en croisant les bras

—Maintenant, il nous reste plus qu’Arara.

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