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Chapitre 2

S’il Vous Plait.

Lecture ~27 min

On aurait vraiment dit comme si leur assaillant avait escaladé la falaise pour attaquer Yume. Haruhiro et le groupe mirent une bonne distance de sécurité entre eux et la falaise tandis qu’ils progressaient vers l’avant.

Ils savaient que vu que la magie de lumière avait fonctionné, cela voulait dire que la bénédiction du dieu de la lumière Lumiaris atteignait ce monde. Cependant, de ce que leur avait dit Merry, quand elle avait lancé Sacrement, cela avait été bien plus épuisant à utiliser que d’habitude. Cela avait mis aussi beaucoup plus de temps pour que les blessures de Yume ne se referment. Haruhiro trouvait ces deux faits étranges. En temps normal, Sacrement était un sort qui soignait instantanément toutes les blessures.

Ils avaient essayé de faire invoquer à Ranta son démon pour voir ce qui arriverait, et il apparut comme convenu. Il ressemblait à une personne avec un drap violet qui recouvrait sa tête, avec deux trous pour les yeux, et en dessous se trouvait une sorte de bouche en forme de balafre. Il portait une sorte de lame couteau dans sa main droite, et une sorte de matraque dans sa gauche. Il avait des jambes, bien qu’il se contentait de flotter dans les airs. C’était le démon de Ranta, Zodiac-kun… mais il faisait un tiers de sa taille usuel.

Donc la malveillance de Skullhell atteignait ce monde aussi. Cependant, à cause de la distance, peut être, ou une autre cause, Lumiaris et Skullhell ne pouvaient que procurer un tiers de leur bénédiction habituelle.

Enfin, que ce soit un tiers ou un quart, c’était toujours mieux que rien. Grâce à ça, Yume avait survécu. Loué soit Lumiaris.

Bien qu’ils soient en quelques sortes capables d’utiliser la magie maintenant, ils ne pouvaient toujours pas se permettre de se relâcher. Haruhiro était en train d’observer attentivement la moindre présence. Naturellement, c’était épuisant. A chaque fois que cela devenait trop dur pour lui de continuer, l’image de Yume aux portes de la mort lui revenait à l’esprit. Il ne voulait plus jamais revivre cette expérience. N’était-ce pas trivial de se concentrer par rapport à cette scène abominable ? Il devait juste tenir bon. S’il pouvait tenir bon, cela signifiait qu’il n’était pas à sa limite.

Peu importe combien de temps passa, le ciel ne devint pas plus lumineux. Le soleil dans ce monde était incroyablement timide, semblerait-il. Au final, le soleil ne se leva jamais, et la sorte de flamme qui leur procurait une once de lumière jusque là rendit son dernier souffle. Quand la nuit tomba, tout devint complètement sombre, ce qui le fit réaliser que cela avait tout de même été relativement lumineux au milieu de la journée.

Tout le monde était silencieux. Ranta disait occasionnellement des choses stupides, comme s’il se souvenait que c’était son rôle, mais cela ne se développa jamais sur quelque chose qu’on pourrait appeler une conversation. Quand quelqu’un s’arrêtait de marcher, ils prenaient une pause.

Le matin qu’il ne pouvait pas considérer comme le matin vint, et la nuit qui était plus profonde que la nuit vint. Ses espoirs avaient été trahis quand il avait attendu la matin. Cela dit, quand les flammes de l’horizon se tarissaient, il sentait sa poitrine se serrer avec un sentiment de détresse.

Ils étaient tous des soldats volontaires, même s’ils n’en étaient pas des très bons, donc ils avaient tous sur eux des rations de survie d’urgence et de l’eau. Leurs réserves arrivèrent rapidement à leur limite.

Ranta invoquait parfois son démon Zodiac-kun et il discutait avec lui. Il avait dû essayer de se distraire. Haruhiro commença à douter de sa propre santé mentale. Même s’il voyait des lumières devant eux, il pensa que c’était un rêve ou une illusion. Il voyait des choses qui ne pouvaient pas être réelles. Elles devaient être des illusions.

Il y avait des lumières comme des feux de joie qui vacillaient ici et là ,par là-bas et par ici. Cela ne ressemblait pas à un phénomène naturel. Si ce n’était pas une illusion, ils avaient sûrement été allumés par des formes de vie intelligentes. Y’avait-il un lien entre ces formes de vie intelligentes et l’embusqué qui avait failli tuer Yume ? Il ne pouvait en aucun cas le savoir.

Le sol penchait légèrement vers le bas. A quelle distance étaient-ils de la lumière ? Un kilomètre peut-être ?

Tandis qu’ils se rapprochaient, il se rendit compte au fur et à mesure de la situation. Les lumières n’étaient pas une illusion. Il pouvait clairement voir un bon nombre de bâtiments. Il fut aussi capable de confirmer la présence d’une tour de garde. Les lumières semblaient provenir de feux de camp et de lampes. Il y avait des feux allumés sur le bord des toits des bâtiments et en haut des tours de garde. Il devait y en avoir vingt environ.

Ce n’était pas assez grand pour que ce soit une ville. Un petit village peut-être.

Le problème était les résidents. Il les appelait résidents, mais bien évidemment, ils n’étaient pas des gens.

—On… devrait faire quoi ? demanda Haruhiro en hésitant.

—Mec, tu veux dire quoi par « quoi » ? soupira Ranta. … Qu’est-ce qu’on va faire ?

—Keehe… Ne demande pas, baveuse pourriture, Ranta… Souffre et agonise… jusqu’à ce que tu meurs… Ehehehe.

—Parle pas comme ça, même en blaguant, Zodiac-kun, dit Ranta. Pas maintenant. C’est genre déprimant. Mais genre beaucoup trop…

—Ne t’inquiète pas… Kehe… Kehehe…

—Bah, je le suis pas, tu sais ? dit Ranta en se plaçant sur la défensive. Je comprends que c’est juste ton côté humour sombre, ok ?

—Ehehehehe… Ehe… C’est un malentendu… Zodiac-kun est toujours sérieux… Ehe…

—Pas possible, sérieusement ?! Pour de vrai ?! Et attends, pourquoi t’as dit ça avec une grosse voix ?!

—Ranta-kun est vraiment énergique, huh, marmonna Kuzaku.

Qui avait dit, Si tu as de l’énergie, tu peux tout faire ? Haruhiro ne pensait pas qu’on pouvait tout faire avec de l’énergie. Mais sans énergie, il y avait probablement un tas de choses qu’ils ne pourraient pas faire. Donc ça ne devait pas être une si mauvaise chose que Ranta ait retrouvé de l’énergie, mais il était bruyant et fatigant.

—On devrait pas s’en approcher sans prendre de précautions… dit Shihoru avec hésitation.

—Elle a raison. appuya Merry. On ne sait pas ce qui nous attend à l’intérieur, après tout.

—Mais ça nous donne envie d’savoir c’qui se passe dedans. L’estomac de Yume grogna bruyamment. … Uh. Oof. Yume, elle commence à avoir faim…

Ouais… Bien sûr que t’as faim, pensa Haruhiro.

Pour être honnête, leur faim et leur soif étaient en train d’atteindre un niveau dangereux. Ils devaient se procurer plus d’eau et de provisions sans attendre, ou ils n’allaient pas tenir.

—Je vais aller jeter un œil, dit Haruhiro. Vous restez tous ici.

—On compte sur toi, voleur.

Ranta frappa Haruhiro sur l’épaule. Cela l’irrita, mais Haruhiro prit sur lui en se rapprochant de Ranta et en lui murmurant à l’oreille.

—Si quoi que ce soit arrive, je compte sur toi pour prendre la suite.

—D-D’accord… Enfin, si on en arrive là. R-Reviens, ok, abruti ? En un seul morceau.

—C’est chelou quand tu te comportes comme ça, marmonna Haruhiro.

Haruhiro changea immédiatement son état d’esprit. En premier, il élimina sa présence— Dissimulation. En deuxième, il bougea avec sa présence éliminée— Pas de L’ombre. En troisième, il utilisa tous ses sens pour détecter la présence des autres— Détection.

En d’autres termes, il utilisa Furtivité.

Il s’imagina en train de ramper sous terre sans faire de bruit, en train de devenir une taupe qui bougeait à travers le sol. Tout en rampant en dessous, il laissait dépasser ses yeux et ses oreilles à la surface pour voir et écouter. Ressentir.

Il entendit un bruit.

Clang, clang ! c’était le bruit de quelque chose qui se faisait taper dessus.

La lumière la plus proche était le feu de camp en haut de la tour de garde. Il y avait un fossé à environ 25 mètres de la tour de garde. On aurait dit qu’il faisait deux mètres de large, dans ces eaux-là. Sa profondeur était inconnue. Bien qu’il devait être assez profond.

Il y avait une créature humanoïde qui se tenait assise en haut de la tour de garde. Son torse était anormalement large, tandis que sa tête était petite. Cette petite tête était enroulée dans des sortes de tissus. Était-ce un arc et des flèches qui étaient accrochés à son dos ? Cette créature était un veilleur, sans nul doute. Les résidents de ce petit village se protégeaient contre les intrusions avec le fossé, et ils avaient même un veilleur en poste. Cela n’allait pas être possible de rentrer, finalement.

Non, il était trop tôt pour l’affirmer. Haruhiro tourna à gauche et se dirigea vers où semblait se trouver la rivière. Il tomba rapidement sur une falaise.

Il disait que c’était une falaise, mais il n’y avait que deux, trois mètres de haut. Ce ne serait pas impossible de la descendre. Il y avait le lit de la rivière en dessous. La rivière coulait juste par ici. On aurait dit qu’ils puisaient l’eau de la rivière pour l’amener dans leur fossé.

Quand il se tourna vers la rivière au-dessus du fossé, il trouva une autre tour de garde. Il y avait une feu de camp allumé à son sommet, et aussi un veilleur. Mais celui-ci était beaucoup plus petit que le premier qu’il avait vu. Il avait un petit corps grassouillet qui faisait à peu près la largeur d’un enfant humain. Et tout comme le premier, sa tête était enroulée dans des tissus. En termes d’armements, il semblait lui aussi utiliser un arc et des flèches.

Haruhiro décida de la désigner en tant que Tour de garde B, et la première en tant que Tour de garde A. Il retourna vers la Tour de garde A, et il continua dans la direction opposée.

Le fossé commença à s’incurver. Il pouvait clairement voir plusieurs bâtiments. Ils faisaient tous un étage, et il devait y en avoir une bonne dizaine au total. Il tomba au bout d’un moment sur une autre tour de garde. Tour de garde C. La Tour de garde C était grande et robuste. Une porte. La Tour de garde C faisait partie d’une porte. Il y avait un pont qui s’étendait depuis cette porte ouverte. Fait de bois, huh. C’était solidement construit. Le pont qui passait au-dessus du fossé avait l’air assez solide pour supporter la masse d’une calèche.

Il y avait aussi un veilleur à la Tour de garde C. Celui-ci n’était pas assis. Il se tenait debout. A l’instar des veilleurs des Tours de garde A et B, celui-là avait un physique étrangement long et dégingandé.

Il y avait quelque chose de bizarre avec ses bras. Trop de jointures ? On aurait dit qu’il avait deux, peut être trois coudes ? Comme les autres vielleurs, sa tête était enroulée dans du tissu, mais ses extrémités dépassées. Et en plus de tout ça, il y avait la queue. Le veilleur de la Tour de garde C avait une queue.

Après ces observations, il pouvait affirmer que les veilleurs des Tours de garde A et B appartenaient à une race différente du veilleur de la Tour de garde C. Si Haruhiro utilisait son bon sens, c’était la seule explication possible.

Le veilleur de la Tour de garde C appartenait-il à la même race que le squelette que Ranta avait trouvé ? Il avait une queue. Le corps avait huit doigts aussi. Qu’en était-il du veilleur ? Cela restait à voir. Haruhiro ne pouvait pas dire combien de doigts il avait.

Le veilleur de la Tour de garde C se tourna soudainement vers lui.

Je me suis fait gauler ?

Haruhiro retint sa respiration et resta immobile. S’il paniquait et il essayait de s’enfuir, cela rendrait les choses encore pires.

Le veilleur prit son arc qui avait été posé dans son dos et il encocha une flèche. Il tira en arrière la corde de son arc.

Oh, merde, pensa-t-il. Je veux me barrer. Je dois me barrer. Non… une seconde. C’est pas sûr que je me sois fait repérer. En plus, c’est pas dangereux. S’il décoche une flèche, j’aurai tout le temps de m’enfuir quand il le ferra. Probablement.

Le veilleur relâcha la corde de son arc. Il rangea la flèche décochée. Ensuite, comme pour dire, Ça devait être mon imagination, il pencha sa tête sur le côté.

Ouais, c’est ça. C’était juste ton imagination… ok ?

Haruhiro prit une petite inspiration, puis il commença à bouger.

Ce veilleur ne disait rien qui vaille. Il était futé. Avait-il fait du bruit ? Haruhiro ne le pensait pas. Qui plus est, il y avait un bruit métallique régulier en fond, donc il aurait dû s’en sortir même en faisant un petit peu de bruit. Et pourtant, le veilleur de la Tour de garde C avait détecté quelque chose. Il décida qu’il ferait mieux d’être prudent.

Il continua son infiltration. En traversant le pont, il suivit la courbe du fossé. Après avoir confirmé une Tour de garde D et E, il se trouva devant une falaise. Le lit de la rivière était en bas.

En d’autres termes, ce village formait un cercle et était entouré par un fossé et la rivière.

Pour pouvoir entrer dans le village, ils devaient soit traverser le pont, soit passer par le fossé, soit nager à travers la rivière pour atteindre le lit de la rivière du côté du village.

Ce serait dangereux de nager dans la rivière avec cette luminosité. Ils pourraient très bien se noyer. Ils pourraient probablement traverser le fossé, mais escalader le mur de l’autre côté leur poserait quelques soucis.

Cela signifiait que, fondamentalement, traverser le pont était la seule option. Bien entendu, s’il essayait de prendre le pont sans vergogne, il se ferait probablement tuer par le veilleur. Pouvaient-ils se débarrasser du veilleur avec l’arc de Yume ou la magie de Shihoru ? Et ensuite quoi ? Passer en force ? A six ? Il y avait au moins quatre autres veilleurs armés d’arcs, et il n’y avait aucune garantie qu’il n’y en avait pas plus.

Pouvaient-ils gagner ? Ou plutôt, était-ce une situation où il n’avait d’autres choix que de vaincre ou d’être vaincu ? Ce n’était pas le sentiment qu’il en avait. L’objectif d’Haruhiro et du groupe était d’obtenir de l’eau et de la nourriture, seulement ça. Si le groupe pouvait prouver d’une manière ou d’une autre qu’ils n’étaient pas hostiles, les résidents les laisseraient peut-être entrer ? Ensuite, Haruhiro et le groupe échangeraient leurs biens ou leurs argents, quoi qu’il en coûte, pour des vivres et de l’eau potable ? Était-ce possible ? Était-ce une bonne idée… ?

Haruhiro prit le même chemin pour revenir sur ses pas en observant le village au-delà du fossé en rentrant.

Il y remarqua un bon nombre de résidents. Il fut surpris. Ils n’étaient pas juste des gens. Non… il y en avait certains qui n’étaient pas humanoïdes. C’était une meilleure façon de le dire.

Le plus extravagant avait six bras d’insecte, avec un bas comme une boule de fourrure. Ils avaient eux aussi la tête enroulée dans quelque chose. Les résidents de cet endroit n’étaient-ils pas tous un peu trop différents… ?

Quand il revint à ses camarades et qu’il leur donna une version abrégée de ce qu’il avait vu, Ranta frappa son torse en renâclant tout excité.

—Laissez-moi faire. J’ai une idée.

—Kehe… j’ai un bon pressentiment dessus… Kehehehehe… j’ai le sentiment que Ranta se dirige vers son sommeil éternel…

—Hé, ça m’a pas l’air d’un bon pressentiment du tout pour moi, tu sais ? lui rétorqua Ranta. Et puis, comme je te l’ai déjà dit, si je m’endors pour toujours, tu disparaitras toi aussi, pigé, Zodiac-kun ?

—Ô chevalier noir… Ehe… Laisse le Seigneur Skullhell nous étreindre ensemble… Ehehe…

—J-Je crois qu’il est un petit peu tôt pour ça, ouais ? Écoute, um, y’a toujours beaucoup de choses que je veux faire… genre jouer avec des nichons, et— Attends, qu’est-ce tu me fais dire ?!

—Personne ne te fait dire quoi que ce soit… Haruhiro massa ses sourcils avec ses doigts.

—Tu voulais juste dire « nichons », dit Yume.

Haruhiro pensa qu’elle avait probablement raison.

—T’es le pire. Merry lui cracha pratiquement les mots dessus.

Shihoru dit quelque chose d’effroyablement blessant dans sa barbe.

—J’espère que Zodiac-kun a raison… avec ses prédictions…

—Hmph ! Ranta ne se laissa pas décourager. Ne pensez pas que des personnes aussi médiocres que vous puissiez me blesser avec ces diffamations pitoyables. Bah, contentez-vous d’observer. Dans peu de temps, vous vous mettrez tous à genoux et vous me supplierez de vous pardonner, j’en suis sûr. Je jouerai avec vos tétons ensuite. Aucune réclamation ne sera acceptée. Oh, juste pour les filles, je parle, bien sûr.

—… T’as vraiment un sacré de cœur de pierre, Ranta-kun, dit Kuzaku.

—T’as putain de raison, Kuzacky. Mon cœur est fait de diamant, ok ? Maintenant, vous tous, suivez-moi. Je vais vous apprendre la seule vraie façon de gérer ça.

Ce n’était pas comme si Haruhiro avait une idée alternative. Si ça tournait au fiasco, ils retourneraient juste à leur point de départ. Il décida de laisser Ranta s’en charger. Donc ils se rapprochèrent tous du pont.

Ranta enfila son heaume, abaissa sa visière, et puis il dit à Haruhiro et aux autres,

—Vous la plèbes vous attendez ici, avec un ton suffisant.

—Qu’est-ce que t’as prévu de faire ?

Naturellement, c’est Haruhiro qui lui demanda.

—Tout va bien se passer, alors contente-toi de la fermer. Si j’ai vu juste—

—Kehe… Tu es toi, Ranta… Tu dois avoir tort… Kehe… Kehehe…

—On va vite le découvrir, ok ? dit Ranta, puis il commença à marcher.

Pas possible, pensa Haruhiro. Juste pour être sûr que tout se finisse bien, il prépara le reste de ses camarades à fuir. Tu y vas ? Tu vas sérieusement là-bas ? C’est de la folie, tu le sais ça ? Tu es si désespéré que ça ?

Mais Ranta était en train de marcher avec une quantité phénoménale de confiance en soi. Il commença même à chantonner en y allant. Avait-il enfin pété un boulon ?

Haruhiro et les autres ne pouvaient que retenir leur souffle et le surveiller en silence. Ranta s’était déjà beaucoup rapproché du pont. Le veilleur de la Tour de garde C remarqua Ranta, dégaina son arc, et encocha une flèche. Même cet abruti de Ranta devait avoir des sueurs froides en voyant ça.

Il se figea— mais il ne s’arrêta pas. Il continua de marcher.

Sérieusement ? Pensa Haruhiro. Non, mec, elle vient pour toi. La flèche. Il va te tirer dessus.

—Ok, ok.

Personne ne pouvait dire clairement à quoi il pensait, mais Ranta dit cela en agitant ses mains.

Il allait bientôt traverser le pont. Il arriva enfin devant.

Le veilleur abaissa son arc.

—… Impossible, dit Haruhiro la bouche béante.

—Bonjour, Bonjour.

Ranta traversa le pont en rigolant.

Pourquoi tu crois qu’un « Bonjour » va rendre la chose plus plaisante, mec ? Pensa Haruhiro indigné. Genre, pourquoi tu vas bien ? Je pige pas.

Quand Ranta eut traversé le pont sans incident, il leva les yeux vers le veilleur de la Tour de garde C.

—Ohh. Moi. Mes. Ami. Mes amis ? Camarades. Ensemble. Je les amène. Ici. Maintenant. Toi ? Ok ?

Le veilleur pencha sa tête sur le côté. On aurait dit qu’il ne comprenait pas un mot de ce qu’il lui disait. Bah, on s’en serait douté.

—Bien. en dépit de cela, Ranta leva ses pouces en l’air. Ok. Mes. Camarades. Ensemble. Maintenant. Ok, ok.

Et puis, en laissant le clairement sidéré veilleur derrière lui, Ranta revint vers Haruhiro et les autres et il était aux anges.

—Là ! Qu’est-ce vous dites de ça ?! J’avais raison, huh ! Inclinez-vous devant moi ! Vénérez-moi ! Et aussi, femmes, laissez-moi vous toucher les seins !

—Je ne te laisserai jamais les toucher… dit Shihoru en se couvrant avec ses deux bras.

—Ranta, tu finirais sûrement par les blesser si tu l’faisais.

Peut-être qu’elle ne comprenait tout simplement pas, mais Yume disait parfois des choses légèrement dérangeantes. Haruhiro aurait voulu qu’elle fasse plus attention à ça, mais c’était dur de lui en parler.

—Mais… Merry pencha sa tête sur le côté. Pourquoi ? Ils semblent être assez récalcitrants à l’idée d’accueillir des étrangers.

—C’est un mystère, ça c’est sûr. Kuzaku ne semblait pas pouvoir l’accepter lui non plus.

—Est-ce que ça pourrait être— Alors qu’Haruhiro allait être sur le point de le dire, Ranta le coupa dans son élan.

—Espèce d’abruti ! C’est mon rôle de donner la réponse là ! J’ai eu une idée de génie ! Ne me vole pas la vedette, Parupirorin !

—Ehe… Ton visage… Tu as caché ton visage… C’est pour ça qu’ils t’ont laissé entrer… Ehehe…

—Zodiac-kun ?! T’es sérieux de leur avoir dit ça ?! Hé ?! Je voulais être celui qui leur dirait, tu sais ?! cria Ranta.

En plus des cinq veilleurs, les résidents qu’Haruhiro avait aperçus avaient tous leurs visages cachés par du tissu ou quelque chose de similaire. Haruhiro avait pensé que cela était louche lui aussi, et cela avait attiré son attention.

De là vint la théorie, Couvrir son visage et la condition pour entrer dans le village. Tout est bien qui fini bien, mais mettre sa vie en péril pour tester cette idée… C’était imprudent.

Était-ce convenable de tout laisser passer car tout c’était bien fini à la fin ? Il s’en inquiétait un peu en tant que leader. Que devrait-il faire ? Il avait une idée.

—Ranta. Haruhiro attira son attention avec une attitude sérieuse. Ça a fonctionné, alors ça va. Mais, quand même. Qu’est-ce que t’aurais fait si ça n’avait pas été le cas ? Que serait-il arrivé ? T’y as pensé à ça, même un petit peu ?

—Huh ? J’ai pas le temps de réfléchir à ces trucs, imbécile. Qui plus est, pour ta gouverne, Ranta-sama n’a jamais tort.

—Tu aurais pu avoir de sérieux problèmes. C’est ce que j’essaie de te dire là.

—H-Hé, c’est ma vie, je peux en faire ce que je veux avec, ok ? Je suis un homme libre, tu vois…

—Ne dis pas ça devant tes camarades, dit Haruhiro. Si quoi que ce soit venait à t’arriver, personne—même moi— ne serait indifférent face à ça.

—La feeeeerme ! A-A-A-A-Arrête ça, tu me gênes à mort ! J-J’ai compris, ok ?!

—Bon, à partir de maintenant, promets-moi que tu seras plus prudent.

—T-Très bien, je dois juste faire ça, pas vrai ? J-Je le promets ! Là, ça devrait te suffire !

—Tu le referas plus jamais, compris ? demanda Haruhiro.

—J-Je le ferai plus !

—Bien.

Haruhiro montra rapidement son dos à Ranta.

Rigole pas, se dit-il à lui-même. Je peux pas craquer maintenant. Je viens juste de sortir le rôle du « Leader Passionné ». Mais tout de même, Ranta est surprenamment faible face à ces trucs. C’est hilarant. Non, non, c’est pas bon. Si je pense à quel point c’est marrant, je vais finir par en rire.

Haruhiro s’éclaircit la gorge, puis il fit en sorte que ses camarades se couvrent le visage avec quelque chose. Yume avait le regard perdu dans le vide, tandis que Merry et Kuzaku le regardaient tous les deux avec des airs ahuris, et Shihoru avait les yeux tournés vers le sol, probablement pour retenir un rictus. On aurait dit Shihoru avait vu à travers son acte.

Kuzaku, tout comme Ranta, se couvrit le visage avec son heaume. Haruhiro se couvrit le visage avec sa cape. Elle était usée et pleine de trous, mais s’il la positionnait bien, il pouvait y voir. Yume, Shihoru et Merry travaillèrent avec des serviettes pour les transformer en masques élégants. Et pour Zodiac-kun, tout dépendait de comment on l’observait, mais le visage du démon semblait déjà dissimulé. Mais il serait intéressant de se poser la question si oui ou non ils le verraient comme ça. Ils ne pouvaient pas en être sûr, alors ils firent disparaître le démon pour le moment.

Leur groupe d’originaux était maintenant prêt à y aller. Cela allait-il vraiment bien se passer ? Haruhiro n’était pas confiant, mais le veilleur de la Tour de garde C laissa passer Haruhiro et le groupe sans même prendre son arc en main. On aurait dit qu’il allait vraiment les laisser entrer dans le village que si leurs visages étaient cachés.

Il y avait quatorze bâtiments à l’intérieur du fossé. Leurs tailles étaient variées, mais ils étaient tous à un étage. Il y avait une place au milieu du village, avec quelque chose qui ressemblait à un puits en cet endroit. La créature humanoïde et massive qui était assise à côté du puits devait être le garde. Il portait une masse absurdement énorme, ainsi qu’un arc et des flèches dans son dos. Son visage n’était pas visible à travers son heaume.

Ils identifièrent la source des bruits de fracas à répétition. Il y avait cinq bâtiments qui étaient tournés vers la place centrale. L’un d’eux avait un large port-à-faux sur un des côtés de son toit qui était supporté par des piliers. En dessous de ce toit il y avait du charbon, ou quelque chose qui brûlait rouge, et une sorte de grand four.

C’était un fourneau, apparemment. Il y avait une enclume aussi. Il avait une créature humanoïde avec le torse découvert qui était effrayamment musclée, avait un dos courbé, un arrière-train qui dépassait, et de petites jambes. Il avait fixé une barre de fer à l’enclume, et il était en train de taper dessus. C’était là l’origine des bruits.

—Ils ont une forge… marmonna Haruhiro.

La myriade d’armes et d’armures qui avait certainement dû être forgée ou réparée par cette créature bizarre était soit accrochée au mur, soit elles étaient posées contre.

Le forgeron avait une sorte de bandage tout autour de son visage. Mais ses yeux écarlates qui donnaient l’impression qu’il pleurait du sang, et la bouche où était alignée une rangée de dents acérées et dangereuses étaient tous deux exposés.

En y regardant de plus près, ce n’était pas juste le forgeron. Les quatre autres bâtiments qui faisaient face à la place avaient une petite sélection de biens exposés, soit sur leur devanture soit à l’intérieur de l’édifice.

Le bâtiment à côté du forgeron semblait vendre des vêtements et des sacs. Ceux qui étaient achevés étaient exposés sur des étagères ou étaient amassés sur la table. Assis sur une chaise près de la table, il y avait quelque chose avec la forme d’un œuf aplati. Il avait deux bras (?) qui sortaient, et il portait un chapeau, donc peut-être était-il une créature vivante. Il devait être le propriétaire de ce magasin de vêtements et de sacs.

A l’opposé du forgeron sur la place se trouvait un autre bâtiment, ou un cabanon plutôt. Cette cabane s’était fait soit enlever le mur qui faisait face à la place, soit elle n’en avait jamais eu tout court. Dans tous les cas, l’intérieur était clairement visible.

Le mur de la cabane était entièrement recouvert de sacs avec des trous dedans, ainsi qu’avec des masques plus élaborés et des voiles, et aussi avec des sortes de heaumes. Au centre de la cabane était assise une créature humanoïde qui était fine et décharnée comme un arbre mort et séché. Le gérant du magasin de masques avait six bras, et plus de trente doigts étaient répartis d’une manière complexe sur le devant de son torse. Il ou elle avait le visage couvert par un heaume doré et cool qui ressemblait à une œuvre d’art, ce qui collait bien avec la sélection de son magasin.

À côté du magasin de masques, le bâtiment en face de celui de vêtements et de sacs était construit similairement. Cependant, il devait faire le double en taille. Un seul regard suffisait pour dire ce que celui-ci vendait. C’était une épicerie. La viande de bêtes à quatre jambes et des oiseaux déplumés pendaient au plafond, tandis qu’une bonne quantité de plantes diverses était exposée sur l’étable, ainsi qu’avec des sortes de baies. Les ravioles et les brochettes frites prêts à manger attirèrent l’attention d’Haruhiro.

En face du magasin se trouvait une créature qu’on pourrait décrire comme un crabe à taille humaine. Il était en train d’extraire le contenu d’un pot qui se trouvait au-dessus d’un réchaud avec une louche. Le crabe géant qui tenait l’épicerie portait un masque lui aussi, mais ses deux grands yeux en formes de tiges en dépassaient complètement, donc on pourrait se poser la question si son visage était vraiment caché.

Le bâtiment à côté de celui de l’épicier avait divers objets éparpillés un peu partout, exposés de plein de façons différentes. Cela devait être un fourre-tout. Haruhiro ne vit aucune créature s’occupait du magasin. Il devait se trouver à l’intérieur.

—Qu’est-ce vous en pensez ? renâcla Ranta en bombant le torse avec fierté. Une belle petite bourgade, huh ?

—… Pourquoi as-tu l’air si fière ?

Shihoru doucha Ranta avec un regard empli d’une haine bouillonnante. Même avec son visage caché, il était facile de s’imaginer l’expression sur son visage à cet instant.

—Ç’doit être pa’ce qu’il est idiot, dit Yume en soupirant d’exaspération.

—Merry n’arrêtait pas de regarder dans toutes les directions. Ils nous ignorent tous… ?

—Um… Kuzaku fit un signe au garde du puits. S-Salut l’ami.

Le garde géant ajusta sa prise sur sa masse géante. Kuzaku avala sa salive et fit un demi-pas en arrière, mais ce fut la seule vraie réaction que lui donna le garde. Non seulement il ne lui donna pas de réponse, mais en plus il ne regarda même pas dans la direction de Kuzaku.

Ignoré.

Il y avait en toute franchise quelques résidents qui se faisaient une petite balade dans le coin, mais ils ne donnèrent même pas à Haruhiro et aux autres un second regard. Ils se faisaient complètement ignorer.

—Haruhiro croisa ses bras, Hmm… grogna-t-il. Que faire ?

—Ne grogne pas juste en pensant. Ranta frappa le sol avec son talon. Fais quelque chose, leader. Oublie pas, c’est pour des moments comme celui-ci que je laisse un loser comme toi être le leader.

—Tu penses que tu peux t’en sortir en me parlant comme ça, Ranta ?

—Si t’aimes pas ça, alors fais quelque chose de brillant pour me la fermer.

Hm, Attaque Sournoise ou Araignée ? Si je devais attaquer Ranta et le faire se taire pour de bon, quelle compétence devrais-je utiliser ?

Pendant un instant, Haruhiro prit la question très au sérieux, mais il avait des choses plus importantes à faire que de se débarrasser de cette pourriture puante. Il y avait de l’eau et de la nourriture ici. Ils devaient mettre la main dessus, peu importe comment.

Haruhiro s’éclaircit la voix, puis il essaya d’approcher le puits. Le garde du puits ne bougea pas. Mais, tout de même, il était énorme. Même assis, sa tête était plus haute que celle de Kuzaku, qui faisait 1,90m de haut. C’était pas une blague. C’était effrayant.

Et pourtant, Haruhiro rassembla tout son courage et marcha devant lui. Le puits était à cinq mètres. Quatre mètres. Trois mètres. Après ça il serait à portée du garde. S’il lui prenait, le garde pourrait probablement tuer Haruhiro en en seul coup en se levant.

Il avait du mal à respirer. Il avait la sensation que son estomac allait sortir en sautant de sa bouche. Enfin, pas que ce soit possible. Il serait sous le choc si ça arrivait.

Quand il se débarrassa de sa peur et de son hésitation et qu’il fit un pas avant, le garde de leva soudainement à moitié de son siège.

—Eek !

—Meowha ?!

—… !

Il y eut des cris, mais ça ne venait pas d’Haruhiro, ça venait des filles. Haruhiro était pétrifié par la peur, il ne pouvait même pas produire un son.

Oh… Oh… O-O-O-Oh, merde ! Je-Je vais… me faire… tuer… ?

—Je t’offrirai un enterrement décent… peut-être ? murmura Ranta.

—Allez, faisons au moins ça pour lui… rétorqua Kuzaku.

Attendez, attendez, attendez ? Avant de m’enterrer, y’a pas quelque chose que vous devriez faire d’abord… ?

—S-S’il vous plait.

Haruhiro leva soudainement ses mains en l’air. Son corps, il avait bougé. Sa voix, elle était sortie.

Sérieux, « S’il vous plait », vraiment ? Je suis pas Ranta.

Même s’il était au bord des larmes, Haruhiro continua de garder sa main gauche en l’air tandis qu’il utilisait sa main droite pour faire des aller-retour entre le puits et sa gorge.

—E-Eau. Je veux boire. De l’eau. Gorge, sèche. Um, nous sommes des voyageurs. Eau, vouloir… Vous… Comprendre ? Eau, eau ! Pourriez-vous… nous laisser boire ? Eau. Puits d’eau !

Le garde demeura à moitié levé, sans bouger.

C’était un puits avec des seaux. Il y avait deux postes de chaque côté du puits, et il y avait une poutre entre les deux. Il y avait une poulie sur la poutre, et un récipient qui pendait sur la corde qui descendait le puits.

La lumière de la torche attachait à l’un des postes illuminait le garde à l’air monstrueux. A l’air ? Non, peu importe comment vous le regardiez, ce garde était un monstre. Ces bras, ils étaient définitivement plus épais qu’une personne. Il était bien trop énorme. C’était de la folie. De la folie furieuse.

—Laisse-nous… prendre… à boire…

Haruhiro serra les dents et secoua sa tête.

Abandonne pas. Tu peux pas. Y’a des vies en jeu-là, pour de vrai.

—De l’eau ! De l’eau s’il vous plait ! S’il vous plait, de l’eau ! Donnez-nous de l’eau ! Sérieux, on a besoin d’eau, ok ?! Personne ne comprend ?! De l’eau…

Le garde bougea sa main gauche. A cet instant, Haruhiro se vit étreindre par la mort. Mais ce n’était pas sa main droite qui tenait la masse qui avait bougée. Il tendit sa main gauche vers Haruhiro. C’était comme s’il demandait quelque chose.

—Ar— cria Ranta. De l’argent, Haruhiro ! L’argent ! Paie-le !

—Dépêche !

Oh, ta gueule, abruti de Ranta, je peux m’en rendre compte sans que t’es à me le dire.

Haruhiro sortit hâtivement une poignée de pièces d’argent. Il était tellement terrifié qu’il avait le sentiment que son cœur allait lâcher, mais il se rapprocha du garde et il déposa les pièces d’argent dans sa main. Le garde rapprocha sa main gauche de son visage pour scruter les pièces argentées dans la paume de sa main.

Et puis, sans attendre— il les laissa tomber par terre.

Haruhiro faillit perde connaissance.

Cette fois, je suis fini pour sûr, pensa-t-il. Je me suis planté. Mais genre bien. Je me suis planté sévère.

—Celle qui est noire… cria Shihoru

Haruhiro se sentit un petit peu fière de comprendre immédiatement ce qu’elle voulait dire. Bien que tout le mérite revenait à Shihoru pour avoir trouvé cette idée.

—L-L-L-Là ! Haruhiro sortir la pièce noire que le corps avec la queue avait portée et il la montra au garde. Là, ça ira ?! Le puits ?! Est-ce que c’est bon ?!

Le garde tendit sa main gauche une nouvelle fois. Avec des mains tremblantes, Haruhiro plaça la pièce noire dedans.

Quand le garde agrippa la pièce noire, il lui fit un signe avec son menton en lui disant quelque chose comme :

—Ua, goh.

—Ça veut dire quoi ? Ua, goh ? Uagoh… ? Wagon ? C’est pas bon ? C’est pas bon— je crois… ?

—Yahoo ! Ranta fonça vers le puits et fit descendre le seau. De l’eau, de l’eau !

—Non, frère… Haruhiro sentit le sang se vider de sa tête à mesure qu’il regardait le garde.

Il n’est pas… en colère ? C’est cool ? On peut utiliser le puits, alors… ? Apparement, oui.

Au moment où Haruhiro pensa cela, du soulagement et de la joie implosèrent en lui, et tout ce qu’il savait ensuite, c’était qu’il était en train de boire de l’eau directement à l’intérieur du seau.

—L’eau c’est la viiiiiiiiiiiiiie… grogna-t-il.

Pas de doute là-dessus. C’était la meilleure eau qu’il n’avait jamais bue. A penser que l’eau pouvait avoir un goût aussi incroyable. Quel bonheur. Il était heureux d’être né. Heureux d’être en vie.

Ils y burent chacun leur tour, et ils avaient déjà pris chacun trois ou quatre tours, mais personne ne dit que cela était suffisant. Ils pouvaient boire autant qu’ils le voulaient.

Enfin, il devait y avoir une vraie limite, donc Shihoru, puis Merry, Haruhiro, Kuzaku, Yume et enfin Ranta s’arrêtèrent de boire dans cet ordre.

—Ranta s’affala sur le sol en roulant sur son dos. J-J’ai mal. J’ai trop bu…

—Ohh, Yume s’accroupit en se massant le ventre. Yume a jamais été aussi remplie d’eau avant. Son ventre et tout mou…

—Chuis plein. D’eau. Kuzaku tenait une main devant sa bouche.

En y repensant, Ranta et Kuzaku avaient tous deux leurs visières relevées. Leurs visages étaient visibles. Cela n’était-il pas dérangeant ? Le garde ne disait rien, donc ce n’était apparemment pas un problème, mais Haruhiro se sentait mal à l’aise.

—Peut être, qu’avec cet argent… Shihoru regarda vers l’épicerie.

—Tu veux dire que c’est la monnaie d’échange de cet endroit ? s’interrogea Merry tout en étant en train de caresser le dos de Yume.

Haruhiro fit le tour de la place avec ses yeux en passant par le magasin de sacs et de vêtements, le magasin de masques, l’épicerie, le fourre-tout et la forge. Si cela s’avérait vrai, et qu’ils pouvaient trouver comment obtenir plus de ces pièces, ils pourraient survivre pendant un moment, au moins.

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