Ça me va d’être médiocre. Juste, laissez-moi être résolu, pensa Haruhiro. Je veux devenir un leader qui peut faire des décisions éclaires et qui ne laisserait pas ses camarades dans le doute. Je ne peux probablement pas être ce genre de gars qui leur fait penser, « Je veux le suivre, », mais je veux au moins être le genre de leader qui leur fait penser, « Bah, je suppose que je peux le suivre. » Mais ça semble assez dur quand même.
Un pas de plus et ils seraient aux Etendues Crépusculaires, et pourtant les yeux d’Haruhiro avaient toujours l’air endormi. Non… il ne pouvait pas les voir lui-même, mais il savait qu’ils étaient probablement comme ça. Cela devait être une évidence.
La sensation de tension, l’indécision, le regret, le sentiment de, Ouai, on ne devrait pas faire ça finalement, et la pensée de, Non, on doit le faire, le tout mixé ensemble. Dans des moments comme celui-ci, les yeux d’Haruhiro avaient l’air encore plus endormi que d’habitude. Il en était conscient.
Bien entendu, ce n’était pas qu’il était endormi. Il avait la certitude que, là, tout de suite, même si Shihoru le frappait avec le sort Ombre Somnolente, il ne sentirait même pas ne serait-ce qu’un peu fatigué.
En dépit de cela, ses yeux avaient l’air endormis.
Il ne pouvait pas avoir l’air encore moins près à ce qui l’attendait.
—C’est ma faute, Haruhiro, dit Kikkawa, l’air sincèrement contrit.
—Bah, ouais. C’est ta faute. Ranta lâcha un rire du nez. Laisse-moi te dire. Cette faveur va te coûter cher, mec. Tu ferais mieux de t’en souvenir.
—Oh, arrête ! Yume frappa Ranta sur l’épaule. Tu d’vrais pas dire des trucs comme ça. Kikkawa est vraiment très triste là.
—Yumecchi… Kikkawa fonda en larme. On aurait dit qu’il avait l’air vraiment faible à l’instant.
—La magie… je peux l’utiliser, dit Shihoru en se tournant vers Haruhiro. Je peux sentir les élémentaires. C’est bon.
—Je défendrai Shihoru de toute mon âme. Merry frappa le sol avec son bâton court.
—Et pour moi… Kuzaku abaissa la visière de son heaume. … je protégerai tout le monde.
—Vous mettez pas la pression.
Haruhiro se frotta l’arrière de sa tête.
—… Hmm. Non, c’est pas vraiment ça. J’essaie de vous dire ne pas être autant sur le qui-vive, peut-être. Je suppose que c’est la même chose. Enfin juste pour être sûr que vous compreniez tous, ne faites pas de folies. Désolé Kikkawa, mais si ça tourne mal, je suis prêt à ramener tout le monde. Et aussi, il y a un bon nombre de points sur lesquels on a l’avantage sur les Tokkis.
—On a moi ! Le grand Ranta-sama !
Ranta bomba fièrement son torse.
—Tout d’abord, on a des informations.
Haruhiro ignora Ranta naturellement.
—Les cultistes. Les géants blancs. On sait qu’il y a des ennemis ici. On peut rester sur nos gardes. Kikkawa se souvient aussi du chemin jusqu’aux ruines. On est aussi au courant que la magie de lumière et, bien que celui-là c’est juste un extra, la magie noir ne fonctionne pas.
—Et on m’a moi ! Ranta tourna sur lui-même et s’arrêta dans une pose étrange.
—Et aussi, il y a notre nombre.
Haruhiro, cela va sans dire, l’ignora.
—On n’a personne comme Anna-san qui doit être protégée—ok, c’était juste une blague, mais on a Kikkawa, donc on est un de plus. Kikkawa, t’es un tank, pas vrai ?
—Ouais, acquiesça Kikkawa. Tokimune-san est un paladin avec un bouclier et tout ça, mais il a pas l’air très tank-y, si ? C’est pour ça que je suis notre tank principal.
—Bah, avec Kuzaku, on aura deux tanks, dit Haruhiro. Pour l’instant, Kuzaku sera le principal, et on aura Kikkawa comme tank secondaire.
—D’acco d’acc, dit Kuzaku.
—Okay, dit Kikkawa.
—Maintenant, pour ce qui est de notre troisième avantage—
—C’est moi, pas vrai ?! explosa Ranta.
—Ouais, c’est ça, c’est toi, Ranta, dit Haruhiro. On peut te sacrifier à n’importe quel moment. C’est un énorme avantage.
—Heh heh heh… n’est-il point vrai ? Voilà pourquoi, je suis…
Ranta s’arrêta.
—Attends, me sacrifier ? C’est toi que j’vais sacrifier ! Va crever !
—Et aussi, il y a un avantage de plus, dit Shihoru en désignant Haruhiro. Un leader prudent.
—Huh ?
Haruhiro cligna des yeux.
Là maintenant, je ne pense pas que mes yeux soient endormis.
—Ha ha ! Ahahahah !
Kikkawa, qui avait eu l’air déprimé pendant tout ce temps, semblait un tout petit peu plus joyeux quand il explosa avec ce petit rire.
—Tu peux redire ça. Une fois qu’on rentre dans la danse et qu’on fait notre boom, boom, boom, on est invincible, mais une fois qu’on se fait arrêter, eh ben… on peut être pas mal faible, vous savez. Harucchi, ton groupe semble être assez stable. Peut-être que ton manque d’enthousiasme s’avère positif ici ?
—Y’a quoi de positif à ça ?! beugla Ranta, près à cracher toute sa haine. C’est clairement négatif ! C’est un poids mort ! C’est comme si on était à des funérailles tous les jours ! Essaie de te mettre à ma place !
—Ça rend les choses plus simples pour moi. Kuzaku tourna lentement sa tête.
—Pour moi aussi. Merry leva une main.
—Et moi. Shihoru sourit.
—Yume aussi. C’est facile et tout simple, et c’est vraiment bien, non ?
—La seule chose qui est simple c’est l’intérieur de ta tête, Yumeeee ! hurla Ranta. Y’a que toi, avec tes petits seins, qui le voies comme ça !
—Dis pas qu’ils sont petits !
—Si t’aimes pas ça, essaie de te les toucher jusqu’à ce qu’ils grossissent !
—Quand Yume touche ses seins, elle commence à se sentir toute drôle, donc non ! rétorqua-t-elle.
—… Quoi, t’as vraiment essayé de les toucher ? demanda Ranta pris de court.
—C’est les seins de Yume, si Yume veut les toucher, ou faire chais pas quoi d’autre, c’est Yume qui décide, s’énerva-t-elle en retour.
—B-Bah, ouai, mais c’est pas ce que je voulais dire…
—Pervers. Merry concentra son regard cryogénisant sur Ranta.
—Déviant. Shihoru regarda Ranta avec un mépris palpable.
On dirait que tout le monde est en train de rentrer dans son jeu.
Bien que, pour être tout à fait honnête, Haruhiro s’était déjà dit que sa présence était un avantage en soi. Pas en tant que leader, mais en tant que voleur actif, et comme éclaireur. Haruhiro lui-même pensait que sa personnalité collait bien avec son métier de voleur. Il se pouvait qu’il ne soit pas si fort en combat, mais en termes d’exploration et d’infiltration, il se disait qu’il était tout de même assez utile.
En mettant de côté sa propre opinion de lui-même, il était heureux de recevoir des encouragements de la part de ses camarades. Cela l’aidait à se motiver.
—Harucchi.
Kikkawa tapa le dos de sa main gantelée sur l’épaule d’Haruhiro.
—Je te laisserai dire quand on battra en retraite, et je suivrai cet ordre. Pour l’instant, tu peux me considérer comme l’un des tiens. J’en ai peut-être pas l’air, mais je suis assez utile, tu sais ?
—Je compte sur toi. Haruhiro frappa Kikkawa sur le bras. Ok. Je vais prendre les devants. Tout le monde, suivez-moi avec à peu près dix mètres entre vous et moi. L’ordre sera Kikkawa, Kuzaku, Ranta, Shihoru, Merry, Yume. Yume, surveille nos arrières pour moi.
—Bien compris-meow ! s’exclama-t-elle.
Une fois qu’il eut entendu l’étrange réponse de Yume, Haruhiro commença à marcher. Il posa ses pieds dans les Etendues Crépusculaires.
Le ciel qui, à première vue, semblait être celui d’une soirée, mais qui était en fait un enchainement de couleurs aléatoires, se dressait au-dessus d’eux, et le vent soufflait assez fort.
Ce vent est assez problématique, pensa-t-il.
D’après Kikkawa, il n’y avait pas d’ennemis autour de la première colline aujourd’hui. Cela dit, un manque d’attention pourrait causer notre perte. Ces espèces de piliers blancs rocheux éparpillés un peu partout et qui sont recouverts d’herbes, ils sont assez larges pour qu’une personne puisse facilement s’y cacher. Pour ces piliers rocheux, il vaudrait mieux ne pas les approcher d’une seule direction et plutôt bouger de gauche à droite pour éliminer tous les angles morts. C’est pas facile, mais penser à ce que je dois faire et comment je dois le faire tout en marchant, c’est assez marrant.
Haruhiro descendit la colline à une vitesse de marche normale. Quand il se retourna, Kikkawa hocha la tête et pointa devant lui.
On dirait que c’est bien la bonne direction, nota Haruhiro.
Ils avaient laissé leurs tentes, provisions et leurs autres équipements lourds justes en face de l’entrée des Etendues Crépusculaires. Haruhiro et les autres voyageaient léger.
De temps à autre, quand le sol redevenait plat, Haruhiro ressentait une certaine pression sur lui. Il se retournait en regardant la colline de laquelle il était venu.
Toute cette anxiété était-elle nécessaire ?
Il y a des ennemis en haut de la colline. Cette idée avait traversé son esprit, mais la réalité était tout autre. Cette fois, c’était mon imagination, mais c’est bien mieux d’être envahi par un sentiment d’anxiété qui nous garde en alerte plutôt que de se balader les mains dans les poches et de laisser les ennemis nous prendre par surprise. Je vais faire attention à tous les petits détails et être parano à mort.
Au bout d’un moment, ils arrivèrent à un endroit où il était difficile de trouver les piliers rocheux. Cependant, il n’avait pas trouvé quelque chose s’apparentant à un arbre. Y’avait-il des arbres dans ce monde ?
Haruhiro regardait derrière lui de temps en temps pour vérifier auprès de Kikkawa s’il était sur le bon chemin.
—C’est bizarre… maronna-t-il, puis il expira.
La lumière était celle d’une soirée, mais il n’y avait pas de soleil. Il n’y avait ni oiseaux ni insectes qui se baladaient. Le vent ne faisait pas de bruit. Après s’être retourné entre dix et vingt fois, Haruhiro remarqua que quelque chose ne tournait pas rond. Mais, pour savoir de quoi il était question, ça, c’était une autre histoire. Mais tout de même, cela l’intriguait. Il signala au groupe de s’arrêter avec ses mains.
Il observa les environs.
Où ça ? Quoi… ?
Haruhiro avala sa salive.
Est-ce que c’est ça ?
Les piliers de la colline initiale, pensa-t-il. Pas tous. Seulement quelques-uns.
Haruhiro se frotta les yeux. Il n’y avait pas le moindre doute.
Ils bougent.
Les piliers rocheux, peut être un sur dix, ils sont en train de— en vrai, c’est juste un tout petit peu— se déplacer.
Après, si quelqu’un lui avait demandé : « Et alors ? », il n’aurait pas su quoi dire. Si on lui demandait ce qu’ils étaient, et qu’est-ce que cela voulait dire, Haruhiro n’aurait pas eu la réponse. Bien que, le fait était que, pour au moins un petite portion d’entre eux, et même s’il ne pouvait pas être sûr qu’il était en vie, il était sûr qu’ils étaient en mouvement. Ils étaient capables de marcher.
—C’est vraiment bizarre, marmonna Haruhiro.
Je devrais l’expliquer à mes camarades ? Se demanda-t-il. Peut-être pas encore. Si tous les piliers bougeaient, cela voudrait dire qu’on pourrait naviguer avec eux, ce qui serait un problème. On dirait que c’est pas le cas, donc c’est pas un problème—je pense.
Ranta leva ses deux mains sur les côtés en haussant les épaules comme pour dire, « Y’a quoi ? »
« Rien. » Haruhiro secoua sa tête en guise de réponse.
La première chose, ou plutôt, la seule chose sur laquelle on a besoin de se concentrer c’est de se diriger vers les ruines. On doit seulement penser à sauver les Tokkis en évitant au maximum le danger.
Haruhiro avança droit devant lui. Le sol était assez équilibré, mais il y avait tout un tas de creux et de bosses. En fonction de la hauteur de l’endroit où il se trouvait, il pouvait voir les piliers rocheux.
On dirait que les piliers rocheux n’aiment pas être au ras du sol, pensa Haruhiro.
Et puis il réalisa qu’il était en train de prendre les piliers pour des créatures vivantes. Quoi qu’il en soit, il vaudrait peut-être mieux ne pas s’en approcher. Mais, pile au moment où il prit cette décision, un chien apparut.
C’était si soudain, mais il semblait tellement naturel. Il était étendu dans l’herbe avec sa queue qui remuait, et il n’était pas si proche d’eux, donc, Huh… fut tout ce qu’il en pensa. Il n’était pas particulièrement étonné.
Au premier abord, entendons-nous bien.
Hé, attendez, pensa-t-il en reconsidérant rapidement la question. On est dans les Entendues Crépusculaires. C’est bizarre qu’il y ait un chien— ou du moins, je ne peux pas en être sûr, mais je devrais trouver ça plus suspicieux.
En y regardant de plus près, ce n’était pas un chien normal de toute façon. Sa taille était entre celle d’un chien moyen et d’un gros chien. Il ressemblait à un chien avec une longue et blanche fourrure, mais il ne savait pas vraiment s’il était un vrai chien. Pour être honnête, ce n’était probablement pas ce que la plupart des gens appelleraient un chien.
Le pseudo-chien, il n’avait qu’un seul œil. Si Haruhiro devait le nommer, il l’appellerait le chien-un-œil.
Il n’avait d’autre choix que de s’arrêter. Les autres s’étaient aussi arrêtés de marcher.
Bon, quoi maintenant ?
Le chien-un-œil regarda dans leur direction, sa posture était basse et sa queue s’agitait comme un chien amical qui avait trouvé des personnes dans un champ inhabité et qui voulait jouer avec eux. C’était comme ça qu’il se comportait. Mais il n’avait qu’un seul œil.
S’il ne les attaquait pas, pouvaient-ils l’ignorer ? Mais cette amicalité planta le doute dans l’esprit d’Haruhiro.
Se pourrait-il qu’il soit le chien d’un cultiste ?
N’allait-il pas les avertir de la présence d’Haruhiro et les autres ? Ou était-il en train de surinterpréter la situation ? Était-il bien plus anxieux que nécessaire ?
Il décida d’attendre et d’observer son comportement. Tout en indiquant à ses camarades de se rapprocher, Haruhiro observa le chien-unoeil. Celui-ci ne bougea pas.
—J’en ai jamais vu un comme ça, chuchota Kikkawa. Oh, mais, maintenant que j’y pense, les cultistes n’avaient qu’un trou pour les yeux, et les géants blancs avec les têtes de lions, eux aussi ils n’avaient qu’un seul œil.
—Donc ce truc est avec eux ?
Ranta commença à dégainer Traitresse.
—Soit ça, commença en hésitant Shihoru. Ou alors c’est possible que toutes les créatures dans ce monde… n’ont qu’un seul œil…
—C’est un peu flippant. Merry semblait suspicieuse. Sa façon d’agiter sa queue.
—C’est comme un chien de compagnie, non ? Kuzaku était apparemment sur la même longueur d’onde qu’Haruhiro.
—C’est un boulot pour Yume, déclara Yume en bombant fièrement sa poitrine. Yume est une chasseresse, après tout. Yume va essayer de se rapprocher, donc gardez bien un œil sur lui.
Haruhiro décida de laisser faire Yume. Bien entendu, il se tenait prêt à bondir et à l’aider à n’importe quel moment.
—Ahem.
Yume racla sa gorge bruyamment, puis elle se rapprocha lentement du chien-un-œil. Sa façon de marcher était lente et discrète, mais c’était tout de même… normal. Yume n’essaya pas spécifiquement d’avoir un contact visuel avec le chien-un-œil, ou de sortir sa main pour essayer d’avoir une attitude amicale. C’était si normal qu’Haruhiro se devait de se demander, « Est-ce que ça va aller ? »
Le chien-un-œil était en train d’observer Yume avec son unique, mais grand œil. A quoi le chien était-il en train de penser en laissant pendre sa langue ? Il y avait à peu près quatre mètres entre eux.
—Là, là, dit Yume en s’adressant au chien-un-œil pour la première fois. Tout va bien. Yume va pas t’faire de mal.
Le chien-un-œil ne répondit pas. Il continua juste à regarder Yume.
Plus que trois mètres. Deux mètres.
C’est à ce moment que le chien-un-œil se releva de sa position couchée.
Yume commença par s’arrêter, mais elle reprit son avancée. En abaissant ses hanches, elle se rapprocha lentement du chien-un-œil et elle tendit sa main.
—Paw.
—O, o, o, o, o !
Cette voix. Étant donné que le chien avait ouvert sa gueule, cela devait probablement provenir du chien-un-œil. C’était un ton assez grave, une voix étrange.
Yume laissa échapper un « Eek… ! » et elle s’arrêta de marcher.
—O, o, o, o, o !
—Oh putain !
Ranta sortit de moitié Traitresse. A cet instant, le chien-un-œil se retourna et commença à détaler.
—Ah ! Haruhiro le poursuivit. Non, on ne peut pas le laisser partir !
—Ohm, rel, ect, nemun, darsh !
Au même moment où Haruhiro se lança à la poursuite du chien-un-oeil, peut-être même avant, Shihoru commença l’incantation de son sort. L’élémentaire d’ombre s’envola droit devant et il se fixa au sol sur le chemin du chien fuyard. Le chien-un-œil marcha sur l’élémentaire d’ombre avec sa patte avant droite.
—O, o, o, o !
Bien qu’il se débattait de toutes ses forces, le chien-un-œil ne pouvait pas extraire sa patte de l’élémentaire d’ombre.
—A-Attends ! Yume essaya de barrer la route à Haruhiro. Pas encore ! Il court juste. Ça ne fait pas de lui un ennemi !
—Désolé Yume ! Haruhiro la dépassa. On ne peut pas prendre de risque ici !, Non, en vrai…
—O, o, o, o,o, oooooooooo !
Le chien-un-œil se débattait violemment—
Mais c’est pas tout, pensa Haruhiro. Il y a quelque chose… qui est en train de sortir, je crois ?
Ils étaient en train de grandir hors de son corps là et là. Des protubérances osseuses et blanches aves des bouts pointus.
—Eeek ! Quand Yume se tourna et les vit, elle laissa échapper un hurlement. Trop flippant, trop flippant, trop flippant ! C’est pas un p’tit chien !
—Ça c’est sûr. Ranta abaissa la visière de son casque crâne. En utilisant Jaillissement, il sauta en direction du chien-un-œil. Prends ça ! Haine !
—O, o, o, o, ooooo !
Le chien-un-œil ne pouvait pas s’enfuir grâce aux Lien des Ténèbres de Shihoru. Cependant, il contorsionna son corps. Ranta avait sans aucun doute voulu sectionner la tête du chien en deux avec Traitresse, mais il manqua sa cible. L’épée frappa l’une des croissances osseuses qui sortaient de l’épaule du chien, et elle fut déviée.
—Whoa ?! C’est solide ! Dis Ranta avant de sauter en arrière.
—Je vais le faire ! répondit Kuzaku en fonçant dans le tas avec son bouclier devant lui.
Son bouclier et les excroissances osseuses du chien rentèrent en collision. Le chien perdit le rapport de force, mais il y eut un crissement intense. Le bouclier en forme de cerf-volant de Kuzaku était fait de bois renforcé avec du cuir et du métal. C’était une pièce d’équipement solide. Il ne céda pas, mais la surface fut abimée.
—Hah !
Kuzaku n’en avait rien en faire. Il se contenta de continuer à pousser tout en balançant son épée par derrière. Tout en se protégeant avec son bouclier, il utilisait Force. C’était une stratégie basique pour un paladin.
Le chien-un-œil cria, « O, o, o ! » et il essaya d’esquiver l’épée longue. Ces choses osseuses gênées le passage, mais l’épée s’infiltrait entre elles pour frapper le corps du chien. Son sang était rouge.
Haruhiro décida de ne pas foncer dedans, mais plutôt de garder un œil sur la situation. Un combat en face à face n’avait pas lieu d’être pour un voleur de toute manière.
—Aw, ouai !
Kikkawa percuta son épée bâtarde sur le chien-un-œil. Celui-ci avait été concentré sur Kuzaku, donc il prit un coup de plein fouet.
—Heh heh heh !
Ranta sauta dans tous les sens en utilisant Jaillissement pour se placer sur le côté du chien, et puis il balança Traitresse en forme de huit.
—Ma super attaque mortelle ! Découpe !
—Oooo, oo, oooooooo, ooooo… !
Le chien fut recouvert de sang en un instant. Peu importe à quel point pouvait-il être tenace, si ses mouvements étaient entravés par de la magie et qu’il était entouré par un paladin, un guerrier et un chevalier noir, il allait passer un sale quart d’heure.
Le chien s’effondra en très peu de temps, mais avant qu’il ne s’arrête de bouger, Ranta continua de le planter sans vergogne. C’était cruel, mais ils ne pouvaient pas se permettre de prendre de demi-mesures.
—Une victoire parfaite ! J’ai pas raison ?! Ranta releva sa visière tout en affichant un sourire sinistre en direction de Yume. C’était un putain de clebs de mes deux ! Ga ha ha ha !
—Ce truc était pas un p’tit chien ! Yume gonfla ses joues en signe de colère.
—… Quand même. Shihoru se tourna cers Haruhiro. Et si… il y avait tout un tas de ces choses…
—Sans hésiter, on serait dans de beaux draps, dit Haruhiro en jetant un coup d’œil aux restes du chien-un-œil. Il avait l’air rapide. Si une grande meute de chien-un-œil nous poursuivait, ça deviendrait chaud à gérer.
Oh, pas bon, réalisa-t-il. Tout le monde est silencieux.
—B-Bon. Haruhiro se força à sourire. C’est une bonne chose. On a découvert qu’il y avait des créatures de ce style ici. Je veux dire, maintenant qu’on le sait, il y a des contremesures qu’on peut prendre.
Mais était-ce vraiment le cas ? Sur le moment, il n’en avait trouvé aucune.
Putain, pensa-t-il. Ça fait peur. Les Etendues Crépusculaires, c’est carrément un truc de fou.
Haruhiro sortit une cantine et prit une gorgée d’eau, et tous ses camarades se réhydratèrent eux aussi, comme s’ils suivaient l’exemple.
Calme toi. Non, je suis calme. Je ne suis pas en train de paniquer.
Quand il regarda Kikkawa, le garçon tenait sa tête entre ses deux mains. Il devait probablement se sentir coupable de les avoir entrainés là-dedans.
C’est la vérité, ouais ? Pensa Haruhiro. Si quelqu’un disait qu’il nous a mêlés à tout ça, ce serait pas totalement faux. Mais on pouvait ne pas s’engager dans cette histoire. On a juste choisi de le faire. C’est pas la faute de Kikkawa.
Est-ce que j’ai pris la mauvaise décision ? Je ne me rappelle pratiquement pas d’un jour où je ne me suis pas posé cette question. En vrai, j’ai pris la mauvaise décision plus d’une fois maintenant. Je fais toujours des erreurs.
Je fais des erreurs, je n’apprends jamais, mais quand même, on est arrivé jusqu’à aujourd’hui d’une manière ou d’une autre, et je sais que je n’ai d’autre choix que d’aller de l’avant. Même si les choix que je fais sont des erreurs, je dois avancer devant moi sans jamais me plaindre. Si je ne fais pas ça, alors tout le monde ne saura plus quoi faire.
—OK, dit Haruhiro. Allons-y.
Haruhiro commença à marcher, puis il jeta un rapide coup d’œil aux alentours.
C’est pas bon. Mais genre, vraiment. C’est un truc de fou.
—O, o, o, o,…
—O, o, o, o, o, o,…
—O, o, o,…
—O, o, o, o, o, o, o,…
Tout en poussant ces terrifiants hurlements, des chiens-un-œil étaient en train de se rapprocher de plus en plus d’eux.
De là, et là-bas aussi, pensa-t-il, inquiet. Là, vite fait, je dirais qu’il y en a quatre. Non—
—O, o…
—O, o, o…
—O, o, o, o…
—O, o, o, o, o…
—O, o, o, o, o, o…
De derrière, cinq de plus. Ça en fait neuf au total.— Pour l’instant.
Haruhiro ne pouvait pas être certain que d’autres n’étaient pas en route.
—Hé, Paropiruro… Ranta semblait anormalement peu enthousiaste.
—Qu’y a-t-il, Rantanius ? Cette piètre réplique indiquait clairement qu’Haruhiro était loin d’être calme.
—Et donc, c’est quoi ces contremesures ? demanda Ranta. T’y as pensé, pas vrai… ?
—O-Ouais…
Si Haruhiro se contentait de dire « J’ai rien », il se disait que ce serait peut-être plus facile. Mais cela serait uniquement plus simple pour Haruhiro ; les autres en souffriraient. Il n’en était pas question. Il était le leader après tout.
—R-Retraite, dit-il.
Il se questionna immédiatement, Est-ce que ça va aller ? Mais Haruhiro balaya son hésitation.
—Formez un cercle. On recule. Oh, je suppose qu’en cercle, il n’y a pas vraiment d’arrière, huh ? Je donnerai des ordres pour la direction, donc allez là où je vous dis d’aller. Vite. Mettez-vous en cercle. Bougez-vous, Ranta, Kuzaku, Kikkawa ! Yume, ne traîne pas toi non plus ! Shihoru et Merry, mettez-vous au centre !
Haruhiro, Ranta, Kuzaku, Kikkawa et Yume se mirent en formation autour de Shihoru et de Merry.
Il y avait neuf chiens-un-œil qui encerclaient Haruhiro et les autres. Cela dit, en y regardant de plus près, ce n’était pas comme si les chiens avaient formé un rond avec une distance égale entre eux.
Haruhiro décida d’exploiter l’une de ces ouvertures. Le voleur et les autres avancèrent dans cette direction. Ils ne coururent pas. Armes aux poings, bouclier devant soi, ils avancèrent plus lentement qu’une allure de marche normale tout en intimidant les chiens-un-œil.
—Hé ! Hééé ! Ranta n’arrêtait pas de crier et de balancer Traitresse. V-Vous rapprochez pas, les clébards ! Je vais vous tuer bordel !
—Ha ha ha. Mec… Kikkawa semblait démoralisé. Chais pas quoi faire de ça. Je suis au fond…
—On va traverser ça.
Il était dur de dire si Kuzaku se sentait confiant ou non. … Probablement.
—Nnyoahhhhhhh.
Yume avait encoché une flèche sur son arc en composite, mais elle semblait ne pas savoir si elle devait la décocher ou non.
—Yume va finir par détester les p’tits chiens. Même s’ils ne sont pas des p’tits chiens…
—J-Jusqu’où on va aller comme ça… ? demanda Shihoru.
Peut-être était-elle en train de le demander à Haruhiro ? Il ne pouvait en aucun cas répondre à cette question.
—Si on doit combattre, on combattra, dit Merry.
C’est vrai, pensa Haruhiro. Est-ce qu’on combat ? Est-ce qu’on combat juste ? Est-ce qu’on va se battre ? Ça ira, pas vrai ? On pourrait être capable de gérer ça. Si on donne tout ce qu’on a, si on fait de notre mieux, on pourrait gagner.
Pourrait, huh. Haruhiro grinça des dents. C’est pas bon. « Pourrait », c’est pas suffisant. Même si on gagne, qu’est-ce qui se passera si l’un d’entre nous est gravement blessé ? On peut pas se soigner. En vrai, même si on continue d’avancer comme ça, est-ce qu’il y a la moindre chance que la situation s’améliore ? Qu’est-ce que vont faire les chiens-un-œil ? Quand vont-ils frapper ? Ou est-ce qu’ils vont abandonner ? Qu’est-ce qu’on devrait faire ?
Haruhiro n’arrêtait pas de faire des erreurs, mais cette fois il ne pouvait pas se permettre d’avoir tort.
Qu’est-ce qu’on va faire ?
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