Haruhiro s’accroupit près de Kikkawa. Il ne savait pas quoi dire. Il se demanda ce qu’il devrait dire pendant quelques instants, mais il savait que dans tous les cas il ne serait pas capable de dire ce qu’il fallait dire. C’était pour ça qu’Haruhiro était un être médiocre.
Haruhiro s’abaissa et plaça une main réconfortante sur l’épaule de l’autre homme.
—Um…
Haruhiro le secoua.
—Inui-san ?
—Quo—
Kikkawa regarda Haruhiro, regarda Inui, puis Haruhiro, et puis Inui.
—Huh… ?
—Heh.
Inui bougea légèrement la tête pour regarder Haruhiro avec l’œil qui n’était pas couvert par le cache-œil.
—Comment as-tu su… ?
—Non, c’est pas que je le savais, dit Haruhiro. Tu bougeais un petit peu. Ça m’a fait penser, « Oh, il est en vie ».
—Quooooooo ?!
Kikkawa fit un demi-saut en réatterrissant pratiquement sur son dos.
—Pas, pas, pas poshible ?! J’étais, genre, sûr que t’étais mort…
—I-Il est en vie… ?
Kuzaku semblait étonné.
—Le gars parle, donc un petit peu ouais…
Même Ranta semblait choqué.
—Je pensais qu’il avait mordu… je veux dire, qu’il nous avait quittés, moi aussi… murmura amèrement Shihoru.
—Ouais… acquiesça Merry.
—Hé. Les yeux de Yume étaient grands ouverts. C’est vrai, mais, v’savez. Inuin est vraiment fort pour ça, huh. Faire l’mort.
—Huh…
Tada frappa le sol avec son pied. Ses épaules se soulevaient toujours avec chaque respiration.
—Vous. Pensez. Qu’il. Mourrait. Aussi. Facilement. Huh ?!
—Heh… grogna Inui, comme toujours. Ceci est la technique secrète ultime de mon style de combat à un œil, Dokuganruy… « Inui Mourant, Fait Courir Les Idiots Vivants ».
—Donc, en gros, tu fais juste le mort ?!
Ranta lui fit un doigt d’honneur.
—Ce. Bâtard. Est. Un. Coriace…
Le corps de Tada était toujours en train de trembler.
—Depuis. Toujours…
—Ah…
Haruhiro se remit rapidement sur ses pieds.
—Ta-Tada-san ?!
Tada tomba et perdit connaissance.
—Quo, quo, quo, quo, quo, quo ?!
Kikkawa gesticula sauvagement comme une grenouille en se précipitant vers Tada. Inui essaya de se relever, mais on aurait dit qu’il avait du mal.
—N-Ne peux pas bouger… Heh…
Apparemment, Inui n’était pas indemne, et feindre la mort avait été son dernier recours. Au bout du compte, avant que Tada, qui avait perdu connaissance et à qui le blanc des yeux était visible, revienne à lui, et avant qu’Inui ne soit capable de se lever, le groupe n’avait d’autre choix que de rester sur place.
—Moi et Inui, on est des leurres, leur dit Tada une fois qu’il avait repris ses esprits, qu’il avait bu un peu d’eau, et qu’il était totalement remis. C’était la seule façon de protéger Anna-san. Mimori s’est fait avoir à la jambe, donc elle pouvait pas courir. Moi et Inui on a attiré les ennemis vers nous, puis Tokimune a pris Anna-san et Mimori et ils sont allés se mettre quelque part en sécurité. Enfin, c’est pas comme si on pouvait l’être ici.
—Pour ce qui est de où est allé Tokimune…
Haruhiro retint un soupir, préférant prendre une courte inspiration à la place.
—On en sait rien, huh. On peut retourner là où on s’est séparé, dit Tada.
—Ça suffit.
Haruhiro avait dit ça, mais il ne pensait pas que cela était suffisant du tout. Cependant, il avait le devoir de calmer les nerfs de tout le monde. Tada et Inui n’étaient peut-être pas mortellement atteints, mais ils étaient loin d’être au meilleur de leur forme pour combattre.
—Mec, tu me surprends… commença à dire Tada, puis il s’arrêta. —Non. Moi et Inui on a semé pas mal d’ennemis. On pourrait se les taper en y retournant.
—Tu veux dire, ces géants blancs ? demanda Haruhiro.
—Ouais. Ils sont mous, mais énormes. Un coup de leur part et c’est pratiquement la mort assurée.
—Quoi d’autre ? demanda Haruhiro.
—Après que Kikkawa se soit enfui, un cultiste avec une épée et un bouclier est apparu. Tu dois faire gaffe à ce type.
—Heh. Les lèvres d’Inui tremblèrent. Une égratignure… de son épée… engourdira ton corps. Même si tu le bloques, ça t’atteint… quand même… Heh…
—Oh ? Ranta devint soudainement sérieux. Ça me plait. Cette épée. Je la veux. Quand on aura vaincu ce gars, son épée est à moi. Pigé ?
—T’es inutilement résilient, tu le sais ça ? dit Tada. Même lui semblait un petit peu rebuté par Ranta.
—Bah, je m’en fiche, mais… Haruhiro n’était plus capable de retenir son soupir. Tu le tueras toi-même, mec. Fais ça, et tu pourras avoir son épée, où ce que tu veux.
—Yes ! C’est acté ! Ranta regarda tout le monde. Si je tue ce type, je prends l’épée ! En fait, même si c’est l’un d’entre vous qui le tue, je la prendrai quand même ! Dans tous les cas, l’épée est à moi ! C’’est décidé !
Tout le monde semblait un peu abattu par les évènements, mais Ranta semblait avoir bénéficié d’un booste de motivation, donc les choses étaient un peu mieux qu’avant. Ou plutôt, tout ce qu’ils pouvaient faire était de le laisser faire ce qu’il voulait. Cela dit, si Ranta leur faisait l’honneur de mourir dans un glorieux combat en combattant le type à l’épée, Haruhiro pourrait éventuellement envisager de le pleurer.
Tada et Inui arrivaient entre autres à marcher tout seuls, mais courir était hors de question. Merry semblait affectée par leur état. Cela devait être extrêmement frustrant pour elle, en tant que prêtresse.
Le groupe allait devoir adapter leur vitesse, ce qui signifiait qu’ils allaient devoir ralentir. S’ils étaient forcés de battre en retraite, cela demanderait de prendre une difficile décision. Mais, si cet instant venait à apparaître, Haruhiro avait déjà pris sa décision.
Il serait désolé— bien que cela ne l’excuserait pas—, mais il laisserait tout de même Tada et Inui derrière. Si Kikkawa disait qu’il restait derrière, il pouvait faire comme bon lui plaisait. Tandis que Tada et Inui leur gagneraient du temps, Haruhiro et les autres sortiraient de cet endroit.
Bien entendu, ce n’était pas une chose qu’il voulait faire. Haruhiro priait du fond de son cœur pour qu’ils ne se retrouvent jamais dans cette situation. Malgré cela, aussi ardentes que pouvaient être ses prières, si cela devait arriver, cela arrivera. Et si ça arrivait, il serait trop tard pour y réfléchir. C’est pour ça qu’il avait déjà pris sa décision, comme ça il serait prêt.
Si ce moment arrive, je dois être sans cœur, se dit Haruhiro. Je peux le faire. Je dois y croire. Pour me convaincre de le faire, et de me forcer à le faire si c’est nécessaire.
Tada et Haruhiro marchaient côte à côte, avec Kuzaku, Kikkawa, Ranta, Shihoru, Merry, Inui et Yume qui les suivaient dans cet ordre.
Tada n’était pas aussi ensanglanté que précédemment, mais sa douleur ne semblait pas s’être atténuée. C’était un gars tenace. Haruhiro voulait dire, « Tu devrais pas te faire autant de mal comme ça », mais la situation était ce qu’elle était. Ne pas faire d’effort n’était pas une option.
Après avoir descendu un chemin avec une visibilité exécrable et qu’ils aient tourné à gauche, Ils atterrirent à un endroit où les gravats semblaient avoir formé une sorte de toit. Tada se dirigea en dessous de ce toit.
Bien qu’on aurait pu dire que c’était un toit, il y avait de la lumière qui s’échappait d’ici et là à travers des trous. Ce n’était pas sombre, mais il y avait tout de même cette impression oppressante et suffocante. Les gravats leur bloquaient parfois la route, ou divisaient le chemin, ce qui rendait la cartographie de la zone complexe. On aurait dit un labyrinthe.
—On a semé un bon nombre des cultistes ici. Tada utilisa son index pour remonter ses lunettes. Ils pourraient toujours être dans le coin. Restez prudent.
—Tu connais le chemin ? demanda Haruhiro.
—En quelque sorte, ouais.
—… En quelque sorte… marmonna Haruhiro.
—Tadacchi a un bon sens de l’orientation, mec, dit joyeusement Kikkawa. Tout est kay-o, kay-o ! Bablementpro ! Huh ? Celui-là était trop dur ? Probablement !
Haruhiro ne pouvait pas s’empêcher de penser, dire « Probablement » dans ce genre de situation ne va aider personne à se sentir mieux, mais c’était toujours mieux que d’avoir un Kikkawa déprimé. Ou peut-être pas ? J’ai un doute là-dessus.
Il marchèrent à travers le labyrinthe de gravats en faisant confiance à Tada pour les guider. Ils tournèrent à gauche, puis à droite, et ils se retournèrent en marchant.
Attendez, on a fait demi-tour ? Pensa Haruhiro.
—Um, Tada, commença-t-il.
—Quoi ? Fais vite. Je suis occupé là.
—OK, j’irai droit au but. Est-ce que tu es perdu ?
—Moi ? Perdu ? demanda Tada l’air offensé.
—Enfin… Si c’est pas le cas, alors tout va bien.
—T’as complètement raison, dit Tada.
Tout le monde s’arrêta.
On aurait dit que le temps lui-même s’était arrêté. C’était tellement silencieux que c’en était presque magnifique.
Non, ce n’était pas magnifique du tout.
—Je suis perdu. Tada épaula sa masse de guerres avec une expression méchante sur le visage. Y’a un problème à ce que je sois perdu ?
—Il essaie de nous refiler la faute… marmonna Shihoru dans un étonnement total.
—C’est pas ça. Tada claqua sa langue. C’est pas ce que je fais. J’ai pas besoin de refiler quoi que ce soit, alors c’est bizarre que tu dises ça, tu sais ?
—Inui-saaaaan, grogna Haruhiro. En prenant en compte le fait que Tada allait conduire tout le monde à la folie, Haruhiro se tourna vers Inui, qui était derrière lui. Tu connais le chemin ?
—Heh… Inui leva deux doigts. Il n’y a toujours que deux chemins…
—Bien sûr, dit Merry en fermant les yeux en levant la tête vers le plafond.
—Meow… ? Yume avala sa salive avec anticipation. Qu’est-ce que ça veut dire ?
—L’un est celui de ton cœur. Inui perdit son regard dans les nuages. L’autre, c’est celui du vent. Le chemin est toujours l’un de ces deux… Heh…
—Woo ! Kikkawa balança un poing dans les airs sous l’excitation. Trop cool ! Ça c’est notre Inui avec ses réflexions profondes ! T’es le meilleur ! J’ai rien compris, mais bon ! Ahaha !
—Nos propres cœurs, huh… Ranta, étant Ranta, semblait impressionné pour on ne sait quelle raison. C’est ça. Ouais ! C’est ce qu’on doit faire ! Parupiro ! Arrête de perdre du temps et fais-le !
Haruhiro essaya d’écouter la voix de son cœur, mais tout ce qu’elle disait était « J’ai envie de lui en coller une », mais il se dit que ça n’allait pas aider. En d’autres termes, ce n’était pas le moment d’écouter son cœur. Il ne sentait pas beaucoup de vent non plus dans ce labyrinthe de gravats, et ce n’était pas comme s’il allait lui répondre dans tous les cas. S’il commençait à entendre des voix dans le vent, c’est qu’il devait se les imaginer.
Ce qu’il avait entendu n’était pas du vent du tout, et il ne se l’était pas imaginé.
Clack… Clack… Clack…
C’était le bruit de deux objets lourds qui s’entrechoquaient.
Avant qu’Haruhiro ne puisse prévenir qui que ce soit, il déboula du coin devant eux.
—Un cultiste ! cria Haruhiro.
Non, ce n’était pas n’importe quel cultiste. A la place d’une lance, celui-ci avait un bouclier miroir et une épée avec une légère aura violette autour. Ces Clack, clack, étaient apparemment la gaine qui dépassait de sous le manteau du cultiste. C’était le son qu’il produisait quand il heurtait des gravats.
—Ça ne pouvait être que toi, huh ! hurla Tada.
Tada abattit sa masse, mais le porteur d’épée la bloqua avec son bouclier. Celui-ci balança un coup sortant avec son épée. Tada sauta hors de portée, bien entendu, mais il ne pouvait pas se réceptionner correctement et il perdit l’équilibre. Haruhiro voulait le couvrir. Mais l’ennemi avait un bouclier. Il ne pouvait pas le faire lui-même.
—Je m’en charge ! Kikkawa sauta littéralement sur le porteur d’épée. Il sauta dans les airs, puis il balança son épée verticalement vers le bas.
Le porteur d’épée attrapa l’épée de Kikkawa avec son bouclier. Sans perdre une seconde, il lui balança une pointe à lui aussi. Il avait fait exactement comme à Tada. Kikkawa semblait avoir anticipé tout ça, car il repoussa l’épée du porteur d’épée avec la partie inférieur de la lame de son épée bâtarde.
Zong ! C’était un sons désagréable.
—C’est quoi… ça ?! Le corps entier de Kikkawa trembla à un tel point qu’il faillit lâcher son arme. Bien qu’il n ‘ait pas effectivement lâché son épée, il demeurait tout de même à la merci de son adversaire.
Le porteur d’épée ne se fit pas attendre. Kikkawa ne pouvait pas esquiver. Il ne pouvait pas le bloquer avec son épée non plus. Il s’enfonça en lui. Dans la partie gauche de sa poitrine.
—Oof !
Kikkawa trembla à nouveau, puis il fut repoussé au sol. En tant que tout guerrier qui se respectait, Kikkawa portait une armure de plaque. L’épée ne pénétra pas à travers celle-ci, mais elle laissa tout même une entaille profonde.
—Urkh… Kikkawaaaaa !
Tada se remit en posture de combat et balança sa masse vers le sol. Il attaqua. Il attaqua sans relâche. Tandis que le porteur d’épée était en train de se défendre contre les assauts de la masse de Tada, le reste du groupe se mit en position pour attaquer.
—Je vais devant ! s’exclama Kuzaku. Il se défendit avec son bouclier et prit la place de Tada.
—L’épée ! L’épée ! L’épée ! L’épée ! ! beugla Ranta. On aurait dit qu’il avait prévu de se placer sur le flanc gauche, là où se trouvait la main qui tenait le bouclier.
Haruhiro alla se positionner derrière ou sur la droite—du moins il commença, avant de reconsidérer ses choix.
—Haru ! l’appela Merry.
Il se retourna.
Derrière nous, huh, pensa-t-il. Il y en a d’autres qui viennent de derrière. Des cultistes. Ceux-là sont des porteurs de lances, donc ils ont l’air de cultistes on ne peut plus normaux. Mais y’en a pas qu’un. Ils sont deux—non, trois.

C’est pas bon. Plus que pas bon. On aurait pu prendre quatre porteurs de lances, mais le gars à l’épée est là, et il est dangereux. Ils essayent de nous prendre en sandwich pour qu’on ne puisse pas laisser tomber Tada et Inui pour courir. Huh ? Est-ce que je suis à court d’idées.
Bien que cela ne dura qu’un instant, Haruhiro avait honte d’admettre que ses pensées s’étaient gelées.
—Ohm, rel, ect, el, krom, darsh !
Shihoru commença à incanter tout en dessinant des runes élémentaires avec le bout de son bâton. Un élémentaire d’ombre qui avait la forme d’une brume noire s’envola de son bâton et se dirigea en zigzagant vers les nouveaux ennemis.
C’était Ombre Somnolente— ou pas. C’était la version améliorée, Brume des Ombres. La brume noire était en train d’entrer dans les vêtements des cultistes comme si elle était en train de se faire aspirer par les yeux, les manches et les ourlets.
Mais, est-ce que ça va marcher ? Se demanda Haruhiro. Brume des Ombres, comme Ombre Somnolente, provoque une intense envie de dormir à sa cible. En gros, c’est un sort pour endormir. Mais, quand l’ennemi sait que ça va arriver, ce n’est pas aussi efficace. À moins qu’ils ne savent pas qu’on est ici, ou qu’ils ne pensent pas recevoir de sort magique, c’est dur de les endormir. C’est pourquoi son utilisation est limitée. Genre là maintenant, quand c’est nous qui nous faisons attaquer, c’est le genre de sort qui en gros est inutile. Shihoru, bien sûr, le sait probablement. En vrai, elle devrait le savoir mieux que quiconque.
Et pourtant, Shihoru a délibérément choisi d’utiliser Brume des Ombres. Ça ne lui ressemble pas, mais peut être qu’elle a voulu prendre le pari que ça allait marcher.
Les cultistes titubèrent, puis ils tombèrent les uns après les autres.
—C’est parce que Echo des Ombres était vraiment efficace… Shihoru pencha sa tête pour on ne sait quelle raison. Je suis désolée ! C’est pour ça… Je me suis dit qu’ils étaient sensibles à la Magie Darsh !
—Non ?! T-T’as pas besoin de t’excuser pour ça, si ?! La voix d’Haruhiro devint un petit peu aiguë. C’est incroyable, Shihoru ! Tu es une mage modèle ! Tu nous as vraiment sauvés là !
—A -Arrête… Shihoru se recroquevilla sur elle-même. C’était presque une coïncidence…
—Heh… Inui ajusta son cache-œil, comme si tout allait bien. C’est une femme respectable…
Elle l’est, mais, non— Sérieux, pourrais-tu être un peu plus concentré ? Envie de lui répondre Haruhiro qui se sentait énervé.
On pourrait se poser la question si Haruhiro était en position pour dire quelque chose comme, « Pas touche à notre précieuse mage. Je laisserai jamais un gars aussi ridicule l’avoir. Je l’accepterai pas ». Il ne pensait pas devoir le faire, mais c’était tout de même son ressenti. Mais, bien entendu, ce n’était pas le moment pour ça. Il voulait la faire fermer à Inui, mais il devrait attendre pour ça.
—Yume, Inui-san ! Finissez les cultistes avant qu’ils ne puissent se réveiller ! ordonna Haruhiro. Tada-san, Kuzaku, Ranta, occupez-vous du mec à l’épée ! Kikkawa, ça va ?!
—O-Ouais, on va dire ! s’exclama Kikkawa. Ça fait mal, mais c’est tout, je crois ?!
—OK !
Haruhiro courut devant lui pour s’attaquer à l’un des cultistes évanouis qui était sur les autres.
Un minimum, pensa-t-il. Je dois les abattre en un minimum de temps possible. C’est là qu’il faut frapper.
Uniquement ici.
Le trou.
Il planta sa dague aussi fort que possible dans le trou unique où se trouvait son œil. Il la retourna et la retira, puis il l’enfonça une nouvelle fois.
—Meow-ow ! Yume planta sa machette dans le trou d’un autre cultiste.
—Heh ! Inui fit de même.
—Ne…
Haruhiro enfonça son cultiste encore et encore
—…baissez pas votre garde ! Avant qu’il ne s’arrête de bouger—soyez sûr qu’il soit bien mort !
Quatre fois. Cinq fois.
Le cultiste s’est relâché. On dirait qu’il se relèvera pas. Il est mort. Je l’ai tué.
—Ce machin. Yume tenait l’une des lances que les cultistes utilisaient. Peut-être, vous croyez pas que ça pourrait être utile ?
Haruhiro se débarrassa de sa dague en acquiesçant, puis il ramassa la lance du cultiste qu’il venait de tuer. Inui sourit et il rengaina son épée avant de ramasser une lance.
Kuzaku et les autres ont du mal même en trois contre un, pensa Haruhiro. À cause du gars à l’épée. C’est pas un rigolo celui-là. C’est difficile pour Shihoru d’utiliser sa magie en plus, parce qu’on serait dans la mouise si elle touchait l’un d’entre eux.
Bon, et un six contre un alors ?
Haruhiro et Yume, ainsi qu’Inui, attaquèrent le porteur d’épée avec les lances depuis derrière Kuzaku et les autres. Quand le porteur d’épée bloqua les lances avec son épée, zong, il y eut un choc violent qui fit trembler leurs cerveaux. Mais Kuzaku et les autres étaient devant eux, et les lances étaient longues, donc la peur d’une contre-attaque était dissipée.
Même quand Haruhiro et les autres étaient en train de le mettre petit à petit à mort, le porteur d’épée se battit vaillamment. Ce n’était pas qu’il avait juste une épée et un bouclier à la place d’une lance. Il était probablement d’un niveau plus élevé que les cultistes ordinaires. Ses mouvements rapides et fluides ne trahissaient aucune ouverture, et sa technique à l’épée et au bouclier était bonne aussi. Il était bien meilleur que Kuzaku, le paladin.
Mais bon, au final, c’était du six contre un. Le groupe avait une grande marge de manœuvre dans leurs mouvements, tandis que le porteur d’épée ne pouvait pas baisser sa garde une seule seconde. En plus, Haruhiro, avec son instinct naturel de voleur, guettez la moindre opportunité.
Cette brumeuse linge rayonnante est quelque chose que tout le monde peut voir, pensa-t-il. Pour être honnête, c’est juste une question de probabilité. Si des gens font une chose cent, mille, dix mille fois, tout le monde peut devenir bon à un truc. Ils commenceraient à voir des façons de faire et ils se diraient « Si je fais ça, je vais réussir. ». Dans une situation donnée, avec certaines conditions, une voie en laquelle ils ont confiance qui les mènera vers le succès va naturellement émerger. Peuvent-ils voir cette voie sous une certaine forme—une ligne, par exemple, une fois sur cent, une fois sur mille, une fois sur dix mille ? Dans tous les cas, c’est une question de probabilité.
La seule façon d’augmenter cette probabilité c’est d’augmenter le nombre d’essais. Même si la probabilité n’augmente pas, plus il y a d’essais, plus il y aura de succès.
Visualise, et continue de regarder ta cible. Garde ça, avec une sorte d’indifférence, mais une indifférence tenace néanmoins.
Quand je le prends pour cible, il y a quelque chose qui ressemble à une chance toutes les deux ou trois secondes. Je dois juger minutieusement lesquelles sont des chances et lesquelles n’en sont pas.
Même si c’est pas une compétence spéciale ou unique, si je continue de faire ça pendant un moment, je verrai la ligne de temps à autre.
Là. Elle est là.
Au moment où je la vois, je peux pas hésiter. Nul besoin de réfléchir. Nul besoin de peur. Juste fais-le. Suis-la.
Haruhiro agrippa le porteur d’épée par derrière puis il enfonça sa dague qu’il tenait à revers dans le trou de l’œil. Il la retira avant de sauter en arrière sans perdre une seconde.
Le porteur d’épée essaya de se retourner, mais Ranta et Kuzaku, ainsi que Tada, se déchaînèrent sur lui et le poussèrent au sol.
—Oohohohohoho !
Ranta gloussa joyeusement tout en le massacrant.
—Hors de mon chemin, espèce de macaque. Mange…
Tada poussa Ranta sur le côté en levant sa masse vers le haut avant de l’écraser sur la tête du porteur d’épée.
…ça !
Il l’écrabouilla.
Haruhiro se précipita de regarder dans toutes les directions. Ils avaient vaincu tous les cultistes. Pendant un moment, on aurait dit qu’aucun autre renfort n’allait arriver.
Haruhiro devait avoir les yeux endormis à cet instant.
Comme toujours.
Moi ça ne me dérange pas, pensa-t-il.
—Beau travail, les amis, dit-il. Débarrassons le plancher vite fait. Kikkawa tu peux bouger, pas vrai ?
—Je peux… ouais ?
Kikkawa était en train de tourner son bras pour voir s’il fonctionnait, et il était debout, donc, eh bien, il allait probablement bien.
—Mais tu pourrais pas être… chais pas. Nah, c’est peut être juste comme ça que t’es, Harucchi, mais quand on fait un truc de ouf comme ça, ça t’excite pas un petit peu ? Genre, t’as pas envie de crier « Hourra » ?!
—Hourra.
—Mec, c’est le hourra le plus pété de l’histoire de l’humanité ! se plaignit Kikkawa. C’est, style, un hourra ultrarare, vous croyez pas ?!
—C’est tout ce que c’est. Ennuyant ! C’est ça qui le définit ! Ranta arracha cette épée spéciale des mains du porteur d’épée. Hyuk hyuk hyuk ! J’ai mon épée ! Pour la paralysie qui picote que tu provoques, je te baptise Épée foudroyante du Dauphin ! Yay ! Oui ! Oui ! Oui !

—Épée Foudroyante du Dauphin, huh. Tada poussa ses lunettes avec son index. C’est pas trop mal.
—Je ne pense pas que ce soit bien, marmonna Shihoru.
—Le dauphin est un mammifère marin, c’est ça ? dit Merry en regardant Ranta avec mépris. Je sais pas d’où tu sors ça, mais c’est bizarre.
—Huh ?! Qui a décidé que le dauphin devait signifier un animal marin ?! cria Ranta. Dans ma tête, dauphin est juste classé dans la partie mot cool, donc Épée Foudroyante du Dauphin c’est cool ! Bam ! Qu’est-ce z’alez faire ?
—Peu importe, dit Haruhiro. Levons le camp.
—Tu dois me donner plus d’attention, Parupirooooo !
—Nah, mec. Je suis ennuyant. Je peux pas.
—Très bien, je le retire ! T’es un mec marrant ! hurla Ranta. Maintenant donne-moi de l’attention ! Donne-moi de l’attention, s’te plait !
—T’es vraiment chiant, marmonna Haruhiro. « Fais attention à moi, fais attention à moi »… quoi, t’es amoureux de moi ou quoi frérot ?
—Y-Y’a pas moyen que je sois amoureux de toi, n’est-ce pas ?! Espèce d’idiooooot ! cria Ranta.
—Ahh. Yume sourit. Ton visage est devenu tout rouge. C’est asseeeez suspicieux, t’sais.
—Je suis pas devenu rouge ! Attends, la visière de mon casque est baissée ! Tu peux même pas voir mon visage !
—J’disais juste ça pour avoir une réaction, sourit Yume. Ta façon d’protester, ça, c’est suspicieux aussi, huh ?
—…Um. Kuzaku releva sa visière et désigna quelque chose devant eux avec ses yeux. Sérieux, c’serait pas le moment de bouger ?
—Heh…
Inui offrit sa main à Shihoru.
—Si cela te convient, que dirais-tu que je t’escorte ?
—Non.
Shihoru recula en secouant la tête.
—Ça ira, merci. En plus, t’es à moitié mort, donc bon…
Inui perdit connaissance à l’instant même où ces mots atteignirent ses oreilles, et il n’essaya pas de se relever avant un bon moment.
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