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Chapitre 1

Quelques Fois Comme Un Animal En Chaleur

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~32 min

L’ennemi était noir. Non, pas noir ; noirâtre, et il portait quelque chose qui s’apparenterait à une veste de pluie. Il faisait peut-être 2,5m. Plutôt grand. On aurait pu dire qu’il était humanoïde, plus ou moins.

Sa tête était étrangement petite, tout comme ses bras et ses jambes. Ses épaules étaient effroyablement larges. La forme de son corps ne pouvait pas mieux être décrite que comme un triangle inversé.

Il portait une arme avec une grande allonge. La lame ressemblait à un couteau épais et incurvé, et, bon, en gros, c’était un naginata. Il se reposait sur son manche, il utilisait le naginata comme d’une cane pour se déplacer.

Ces pas ne faisaient aucun bruit, et même le naginata qui raclait le sol n’en faisait pas. Pour on ne sait quelle raison, il était silencieux. Toutes ces interrogations restaient un mystère pour lui, mais Haruhiro avait décidé de tout simplement accepter ces faits.

—Bon, on y va ? demanda Haruhiro.

Kuzaku laissa échapper une profonde inspiration tout en abaissant la visière de son heaume.

—Whew…

Au plus profond du casque crâne de Ranta— sa visière ressemblait à un crâne, donc en tant que servant du Seigneur Skullhell, c’était comme ça que Ranta avait décidé de l’appeler —un grave et menaçant rire se fit entendre. C’était la nouvelle marque de fabrique dont Ranta était si fier ces temps-ci. Peut-être pensait-il avoir l’air cool en le faisant. Peut-être était-il un idiot. Ouais, probablement le deuxième. Il avait toujours été un idiot, il le serait probablement pour toujours.

Yume retira une flèche de son carquois et elle la plaça sur son arc elfique en composite. Elle était toujours meilleure avec sa machette qu’avec son arc, mais elle avait acheté un nouvel arc avec sa nouvelle machette quelques jours plus tôt. Elle avait appris deux compétences de tir à l’arc en plus. Même si elle n’était pas vraiment faite pour ça, elle semblait essayer d’y remédier.

Merry vérifia la marque luminescente sur son poignet gauche qui indiquait que le sort Protection était toujours actif, puis elle fit le signe de l’hexagramme.

—Ô Lumière, puisse la divine protection de Lumiaris te protéger… Soutien.

En un instant, un autre petit hexagramme d’une couleur différente apparut sur le poignet gauche de Kuzaku. L’ennemi avait dû entendre Merry lancer son sort. Il était en train de venir vers eux tout en augmentant graduellement sa vitesse à mesure qu’il approchait. Shihoru commença à incanter et à dessiner des runes élémentaires avec son bâton en bois elfique.

—Ohm, rel, ect, delm, brem, darsh.

Un élémentaire noir et gazeux fit irruption devant eux puis il enveloppa avec douceur le corps de Shihoru. Gardien de l’Ombre. Cela ne fonctionnerait qu’une fois, et il y avait des limites à ce qu’il pouvait supporter, mais il pourrait neutraliser une attaque. Pour une mage qui ne portait pas vraiment d’armure, c’était un sort défensif qui pouvait changer la donne. L’ennemi était déjà proche. Dans peu de temps, il serait assez proche pour frapper avec son naginata.

—Sors de là, Kuzaku, dit Ranta.

Plutôt que de répondre à ce que Ranta venait de lui cracher dessus, Kuzaku avança avec une grande et relâchée enjambée. L’ennemi balança son naginata. Kuzaku ne recula pas. Il s’arrêta, et il tint son bouclier devant lui. Il ne fit pas que bloquer le naginata, non, il le dévia sur le côté. Ce n’était pas la compétence Bloquage, c’était Heurt.

Il y eut un incroyable bruit de fracas, et le naginata de l’ennemi fut renvoyé dans les airs. Kuzaku dirigea son épée droite sur le torse exposé de l’ennemi. Celui-ci recula sans faire le moindre bruit.

Yume décocha une flèche. Elle se planta dans son épaule gauche.

Haruhiro se dirigea vers le côté droit de l’ennemi, tandis que Ranta tenta une avancée sur la gauche. L’ennemi n’apprécia pas cette action entreprenante et il recula encore plus loin.

—Maintenant ! cria Merry.

Bien entendu, tout le monde savait ce que cela signifiait.

—Suuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu…

Il émit un bruit étrange. Ses deux bras s’allongèrent. Durant cet intervalle où ses bras étaient en train de s’étirer, il était totalement à leur merci.

—Foncez ! ordonna Haruhiro.

Haruhiro dessina un cercle et se plaça dans le dos de l’ennemi. Kuzaku plaça son bouclier devant lui et il chargea. Ranta était—

Quoi, encore ? Il aime vraiment faire ça.

—Bwahehehehe… ! Découpe… ! 

Il balança son épée— que Ranta avait décidé d’appeler Traitresse, juste parce que son manche était noirâtre et que ça lui allait assez bien, mais le reste n’était que d’une qualité standard comme s’il dessinait un huit, une compétence d’épée qui était vraiment tape-à-l’œil. Si un chevalier noir autre que Ranta utilisait cette technique, cela pourrait avoir l’air magnifique. La vulgarité de Ranta abaissait la grâce et la dignité de la compétence Découpe. Mais c’était sans importance, du moment que cela n’affectait pas la puissance de ladite attaque. Traitresse découpa le bras droit de l’ennemi. L’épée de Kuzaku creusa aussi le flanc droit. Le bras gauche et la tête de l’ustrel étaient durs, mais le reste de son corps ne l’était pas tellement ; une lame pourrait traverser les zones exposées.

Au moment où le bras gauche de l’ennemi s’était allongé de moitié par rapport à sa taille originale, Haruhiro avait déjà pris position derrière lui. Il n’attaquerait pas tout de suite. Ce n’était pas encore le moment.

Tandis qu’Haruhiro resta tapi dans les ombres, Kuzaku et Ranta se rapprochèrent encore et encore. Quand l’ennemi était en mode long bras, le combat rapproché était la meilleure stratégie.

Yume décocha une autre flèche, qui alla se loger dans l’épaule droite.

—Est-ce qu’il vient ? pensa Haruhiro.

Environ deux secondes plus tard, l’ennemi essaya de reculer, mais Haruhiro était pile dans la direction vers laquelle il était en train d’essayer de battre en retraite. On aurait dit qu’il avait même oublié qu’Haruhiro existait.

Haruhiro avait utilisé Camouflage pour essayer de masquer sa présence à son ennemi, ou du moins pour qu’il ne le remarque pas. Cela avait été payant. Haruhiro fut capable de grimper sur le dos de l’ennemi, il planta sa dague dans son corps alors que celui-ci était encore en train d’essayer de comprendre ce qui lui arrivait. Haruhiro fit tournoyer sa lame et il l’arracha, puis il l’enfonça encore une fois.

L’ennemi allait probablement faire un saut vertical pour essayer de se débarrasser d’Haruhiro. Il plia ses genoux et abaissa ses hanches. C’était le signe que ça allait arriver.

Haruhiro sauta avant que l’ennemi ne saute. L’ennemi s’éleva dans les airs avec un demi-saut, puis il abaissa immédiatement sa posture une seconde fois.

—Suuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu…

Les deux bras rétrécirent. C’était une autre ouverture.

—Châtiment ! cria Kuzaku.

—Haine ! beugla Ranta.

Kuzaku et Ranta se jetèrent tous les deux pratiquement en même temps sur l’ennemi en balançant leurs épées diagonalement vers le bas. Celle de Kuzaku frappa violemment la tête et détruisit la capuche que l’ustrel portait, tandis que la Traitresse de Ranta s’enfonça dans son épaule. Après ça, ils lui infligèrent deux ou trois coups supplémentaires avant de battre en retraite quand les bras eurent fini de se recroqueviller. Le crâne métallique qui lui servait de tête était désormais clairement visible.

—Jess, yeen , sark, fram, dart ! 

C’était la Magie Falz de Shihoru. Eclair. L’ennemi fut frappé par la foudre et se mit à convulser. Sa bouche s’ouvrit, mais ses dents étaient fermement scellées.

—Chik , chik, chik, chik, chik, chik, chik, chik, chik, chik, chik, chik, chik, chik, chik, chik, chik, chik.

Il commença à claquer sa langue.

—Kuzaku ! signala Haruhiro.

—Kuzaku répondit, Yup, et chargea en direction de l’ennemi.

Celui-ci avait son genou gauche à moitié levé. C’était le mouvement qu’il faisait quand il préparait un coup de pied sauté. Quand Kuzaku s’écrasa sur lui avec son bouclier, l’ennemi fut déséquilibré.

—Bien joué ! hurla Ranta avec un rire vulgaire tandis qu’il attaquait l’ennemi.

Kuzaku était lui aussi en train porter des coups à l’ennemi.

Haruhiro prit une décision.

Finissons-le maintenant.

Il n’était pas en train d’essayer d’établir un nouveau record de temps ou quoi que ce soit d’autre, mais cela semblait plutôt faisable, et même si l’ennemi répliquait un petit peu, le groupe pourrait parfaitement le gérer.

Était-il en train de devenir trop sûr de lui ? Non. C’était un ennemi qu’ils avaient combattu un bon nombre de fois désormais. Ils savaient plus ou moins ce qu’il avait de différent par rapport aux autres. Pour dire vrai, ils étaient bien conscients de toutes les petites variances qu’il y avait au sein des différents membres de cette race.

Grimgar of Fantasy and Ash, Tome 5, Chapitre 1 — illustration

Les ustrels.

Il n’était pas en train de se surestimer, et après la fin de leur première rencontre avec ce monstre, Haruhiro n’avait jamais pensé qu’un jour viendrait où il pourrait penser cela.

—Ils ne font pas le poids face à nous, pensa-t-il avec confiance.

—Qu’on en finisse ! cria-t-il.

Quand Haruhiro fit sa déclaration, Yume dégaina sa machette et se rapprocha. Merry tint prêt son bâton court sans quitter Shihoru. L’ustrel était en train d’essayer de se relever, mais à chaque fois qu’il essayait, Ranta était là pour balayer ses bras ou ses jambes l’empêchant ainsi de revenir en posture de combat.

—Ranta fait toujours ce genre de chose avec tellement de plaisir pensa Haruhiro. Ça doit venir de sa personnalité pourrie.

Kuzaku était concentré sur la tête et la nuque de l’ustrel, plus en train de le marteler que de le trancher. Kuzaku avait toujours eu la chance d’avoir un grand et robuste corps. Quand le paladin balançait son épée de toutes ses forces, la puissance qu’il y mettait devait être dévastatrice. Il perdait sa capacité à parler quand il était concentré, mais ce n’était pas un problème en soi. Kuzaku continua silencieusement à gratter les dernières forces vitales qui restaient à l’ustrel.

—Meow ! Rage du Tigre ! s’exclama Yume.

Cette compétence de Yume, celle où elle faisait un salto suivi d’un puissant coup sur l’ennemi, était assez dangereuse. A chaque fois qu’il la voyait, Haruhiro pensait,

C’est incroyable qu’elle ne soit pas effrayée de faire ça.

Tout en gardant un œil sur ses camarades, Haruhiro regardait de temps à autre le dos de l’ustrel. C’était, eh bien, juste une habitude. Peu importe qui était leur adversaire, s’il l’observait attentivement, il pouvait deviner quel type de créature c’était— ou du moins il avait la sensation de pouvoir le faire. Il avait le sentiment d’en être capable, bien que cela puisse être faux, mais étrangement, cela le calmait de regarder le dos d’un ennemi.

Une fois de temps en temps, une stratégie lui viendrait à l’esprit tandis qu’il le faisait. Du style, ce truc a l’air faible ici, ou il y a cette particularité dans sa façon de bouger, ou, C’est là qu’on devrait l’attaquer.

Et puis, dans de plus rares cas, il verrait cette ligne. Pour être plus précis, c’était une faible lueur qui ressemblait à une ligne. Cela semblait être une visualisation, ou quelque chose du genre : Mon adversaire va bouger comme ça, et il a ce genre de faiblesse, donc je devrais faire ça. C’était une sorte de prédiction instantanée. Une qui se matérialisait sous la forme d’une ligne.

En mettant de côté le fait que c’était une ligne ou non, il se disait que tout le monde avait ce genre de visualisation. En général, elles étaient plus faciles à voir dans des situations difficiles. Dans quelques cas, il avait même entendu dire qu’on pouvait voir plusieurs lignes. En d’autres termes, certaines personnes étaient capables d’instantanément faire plusieurs prédictions.

Cela différait de personne en personne. Beaucoup, à vrai dire. Dans tous les cas, c’était une capacité que tous les voleurs avaient. Rien de spécial.

—Bien sûr que ça n’a rien d’extraordinaire, pensa Haruhiro. Ça ne me dérange pas, pour de vrai.

Haruhiro n’était vraiment pas agacé par cela.

Une capacité unique rien que pour moi. Ce serait bien d’en avoir une, je dis pas ça, mais je doute que j’en aurai une un jour. Et, comme on peut le voir, je n’en ai pas. La vie est faite comme ça. Je n’ai pas ce que je n’ai pas.

Cela dit, si on disait que j’ai— qu’on n’a rien, ce ne serait pas vrai du tout. On pourrait faire pâle figure en termes de quantité, de qualité et de variété de ce que l’on a comparé à un génie, mais même les gens ordinaires ont quelque chose. Ils doivent faire les choses avec ce qu’ils ont. Il y a des choses que les gens ordinaires peuvent faire. Les gens ordinaires peuvent grandir. On peut devenir plus fort avec notre fade et ordinaire manière.

Il y eut un crissement assourdissant. L’ustrel était déjà en train de baver et maltraiter ses dents. Il était aux portes de la mort.

—Prends ça, et ça, et ça, et ça, et ça, et ça !  hurla Ranta.

Il planta vigoureusement Traitresse dans le dos de l’ustrel à de multiples reprises. Kuzaku recula en regardant Haruhiro. Le voleur acquiesça. Nul besoin de dépenser plus d’énergie qu’il ne leur en fallait. Ranta aimait tourmenter ses ennemis mourant avant de leur arracher leur dernière étincelle de vie.

Ce n’était pas qu’Haruhiro ne se questionnait pas sur les actes plus ou moins immoraux de Ranta, qui restait un être humain, mais son manque cruel de pitié les avait aidés à quelques reprises. Bien entendue, si vous demandiez à Haruhiro s’il aimait ou non ce gars, il répondrait qu’il le détestait avec chaque fibre de son être.

—Oh, ouaiiiiiiiiii cria Ranta en montant sur l’ustrel inerte et en commençant à faire quelque chose. Probablement essayait-il de mettre la main sur du butin.

En parlant de ça, les ustrels n’étaient pas une bonne source de revenus. Les seules choses qui en valaient la peine étaient leurs crânes métalliques et les naginatas qu’ils portaient. Les deux étaient lourds, et étaient bien trop embêtants à ramener avec soi. Particulièrement les crânes métalliques. Ils ressemblaient à des heaumes, mais ils étaient en réalité des sortes d’exosquelettes, et ils ne pouvaient pas être retirés, donc il fallait tout ramenait pour obtenir la tête. Ils avaient essayé juste une fois, mais avec tous les efforts que cela leur avait coûtés, ils furent déçus par ce que cela leur rapporta. Haruhiro ne voulait plus jamais le faire.

Ce que Ranta voulait était de prendre une partie du corps de l’ustrel, juste parce que garder des trophées était l’une de ses lubies dégoutantes —non, pas vraiment. Les chevaliers noirs prenaient une oreille, une griffe, ou une autre petite partie de leurs ennemis qu’ils avaient personnellement tués pour les donner en offrande à Skullhell. Ils accumulaient des vices de cette façon, ce qui leur permettait d’apprendre la magie et les techniques de combat des chevaliers noirs, ou de renforcer leur magie de chevalier noir en s’attirant les bonnes grâces de Skullhell.

—M’enfin, c’est une brute, pensa Haruhiro.

Dans un groupe de vingt soldats volontaires, vous seriez chanceux de trouver ne serait-ce qu’un chevalier noir. Il était facile de deviner pourquoi ils étaient si peu nombreux.

—Je pourrais pas supporter de faire ça, pensa Haruhiro. À moins que ça ne colle vraiment bien à ta personnalité, tu peux pas devenir un chevalier noir.

Pire encore, même si tu ne pouvais pas le devenir, quiconque en devenait un ne pouvait pas changer de job. Ils étaient forcés de jurer loyauté à Skullhell et à lui seul, et ils ne pouvaient pas le trahir aussi longtemps qu’ils vivraient. En d’autres termes, leur code disait qu’il ne pouvait pas arrêter d’être un chevalier noir. S’il quittait la guilde, ses confrères chevaliers noirs le poursuivraient jusqu’à la mort. Il se ferait tuer.

Effrayant. Les chevaliers noirs étaient vraiment trop effrayants.

—Uhehehehehe ! caqueta Ranta tandis qu’il retirait quelque chose enveloppé de sang noirâtre.

Une des dents de l’ustrel, apparemment. Haruhiro se couvrit la bouche avec le dos de sa main pour retenir son envie de dégobiller.

Ouais, je suis sûr qu’il va bien s’en sortir. Ce job lui convient à merveille. En vrai, c’est un chevalier noir pure souche. C’est sa voie, j’en suis certain.

Après que Ranta eut fini son boulot, Haruhiro et le groupe décidèrent de laisser les restes de l’ustrel et d’avancer. Ils étaient aux portes du nid des muryans. Les fourmis géantes nettoieraient les restes, cela ne faisait aucun doute.

Le Trou-Ô-Merveilles. Cela faisait maintenant quatre mois depuis leurs premiers pas dans cet endroit. Pour être honnête, ce n’était pas vraiment profitable. Dans les faits, ils utilisaient tous leurs gains dans la nourriture, la boisson, les bains, les équipements et dans quelques voyages retours à Alterna pour apprendre de nouvelles compétences.

L’Avant-Poste de Champ-Lointain avait une branche de la Banque Yorozu et, s’ils ignoraient les frais supplémentaires exorbitants de retrait, ils pouvaient retirer de l’argent qu’ils avaient déposé dans la branche principale, mais leurs économies n’avaient pas du tout augmenté. Pire que ça, Haruhiro avait perdu de l’argent, et cela n’aurait pas été surprenant qu’il en soit de même pour les autres membres du groupe.

—On peut aller un peu plus profondément maintenant, pensa Haruhiro. Kuzaku s’est habitué au groupe, et maintenant c’est un tank fonctionnel. Chacun d’entre nous est devenu plus fort à sa manière, à un tel point qu’on peut facilement balayer un ustrel sur le côté. On fait des progrès solides… je crois ?

C’est dur à dire. Je pense qu’on avance à une bonne allure cela dit. Des fois les choses tournent mal, et c’est vraiment le bazar. Il y a aussi des fois où je me retourne la tête pour savoir quoi faire. Et d’autres fois où je me dis qu’y réfléchir encore et encore n’y changera rien et que je ferais mieux de me concentrer sur l’instant présent.

Est-ce que c’est vraiment bien de faire comme ça ? Se demanda-t-il. La réponse à cette question change pratiquement tous les jours. Pour le moment, ouai, c’est suffisant, ou du moins pas trop mal je dirais.

Pas trop mal. Enfin, ça devrait pas l’être.

Haruhiro se tenait devant le groupe en gardant un œil attentif à la zone qui les entourait et aux nombreux tunnels du nid des muryans à mesure qu’ils s’y enfonçaient. Vu que cet ustrel s’était montré, les muryans s’étaient tous enfouis et ne se montraient pas.

—Mec… dit Ranta en soufflant du nez. Les choses sont devenues, j’sais, un peu répétitives, non ? Ces derniers temps, j’veux dire.

—… Et c’est reparti, dit Shihoru en soupirant.

—Huh ? T’as dit quelque chose, seins flasques ? demanda Ranta.

—Ils… Ils ne sont pas flasques ! s’exclama Shihoru.

—J’sais pas, dit Ranta. Je les ai pas vus. Tu devrais me laisser vérifier par moi même. Ouais, c’est ça. C’est ce que tu dois faire. On peut pas dire s’ils sont flasques ou pas sinon. J’ai pas raison, Kuzacky ?

—Tu pourrais arrêter ça ? demanda Kuzaku. M’appelle pas comme ça.

—Kuzackyyyyy !

—T’es quoi, un gamin ? demanda Kuzaku .

—Je. Suis. Un. Adulte. Je suis un adulte, peu importe ce que t’en dis. Je suis trop adulte, je suis bien trop adulte. T’es d’accord avec ça, pas vrai, Kuzacky ?

—Mec… dit Haruhiro en se maudissant d’être rentré dans cette conversation dont il savait que la meilleure chose à faire était de rester silencieux. Bien entendu, il maudissait Ranta encore plus pour tout ça. Un demi-million de fois plus. T’as pas autre chose à faire que d’embêter les gens ? T’as pas honte de vivre comme ça, en tant que personne ?

—J’ai clairement pas honte, dit Ranta. Je le fais avec fierté, et tu le sais. Je vis sans montrer la moindre restriction envers qui que ce soit. Tu t’en rends pas compte, abruti ?

—Tu es un bon exemple d’un mal grandissant., dit froidement Merry.

—Ta haine, dit Ranta avec un profond et sinistre gloussement, elle me donne de la force. Tu piges ça ? C’est parce que je suis un chevalier des ténèbres, un chevalier noir. Je suis les ténèbres. Capiche ? Et en passant, Yume, les seins de Shihoru, ils sont flasques, pas vrais ?

—Huh ?

Yume fronça les sourcils, et ensuite, probablement sans y réfléchir au préalable, elle posa ses mains sur sa poitrine et elle fit comme si elle portait quelque chose de lourd.

—Attends, y a pas moyen que Yume te dise ça, Ranta, espèce de pervers !

Haruhiro détourna hâtivement le regard. Ses yeux rencontrèrent ceux de Kuzaku par hasard. Ils eurent une conversation silencieuse.

—… En vrai, ils ont l’air plutôt lourds…

—Ouais. Vraiment lourd…

Non, non, non, non, non. Pensa Haruhiro avec insistance. Arrête. C’est chelou de penser ça de mes camarades. C’est mieux si j’y pense pas. Je devrais pas y penser. Si je les considère comme des hommes et des femmes, ça devient vraiment bizarre. Mais, bon, avec Kuzaku—

Haruhiro regarda en direction de Merry.

Hmm. Je me le demande. Je n’ai pas vraiment de preuve absolue qui me confirme quoi ce soit ça. Pas que j’ai essayé d’en trouver. Je veux dire, ils sont libres de faire ce qu’ils veulent, ouai ? C’est pour ça que, bah, je sais pas vraiment ce qui se trame quand, certaines nuits, Kuzaku quitte la tente. Quand je le suis discrètement, des fois lui et Merry discutent dehors. Juste tous les deux. Je les ai surpris à faire ça pas mal de fois.

J’sais pas, mais j’ai l’impression qu’ils font de surprenants petits progrès… ? M’enfin, je dis ça, ce n’est pas comme s’ils se voyaient l’un l’autre de cette façon.

Bien sûr, ils sont libres de faire la chose.

Haruhiro se dit à lui-même qu’ils devraient faire ce qu’ils voulaient. Il avait suivi Kuzaku les premières fois uniquement, car ils s’inquiétaient pour lui, car il avait rejoint le groupe tardivement. Du genre, qu’il pourrait se sentir un peu à l’écart.

Enfin voilà quoi, qui ne se ferait pas du souci dans une situation pareille ? Pensa Haruhiro. Je suis supposé être le leader et tout ça. Donc, en partant de là, on aurait dit que Merry lui donnait des conseils, et moi j’étais là en mode, Oh, super. Mais est-ce qu’elle lui donne que des conseils ?! Est-ce que c’est vraiment tout ?! S’il y avait quelque chose entre eux, j’aurais aimé qu’ils viennent m’en parler ! J’aimerais qu’ils arrêtent de se retrouver derrière mon dos ! Je veux dire, je suis curieux… j’ai cette sensation au fond de moi, mais, bon, je suppose que c’est bien comme ça ?

C’est bien comme ça —non ?

Genre, vous savez, c’est bien tant qu’ils s’entendent bien et tout ça, ouais ? Mais, s’ils se séparent ou je sais pas quoi d’autre, est-ce que ça deviendrait pas bizarre ? Ou peut-être qu’ils arriveraient à trouver des compromis ?

Ils y arriveront ? Haruhiro ne le savait pas. J’ai pas le recul pour ça. Non, je ne me rappelle pas de ma vie avant de venir en Grimgar, mais ça m’étonnerait que ça m’est arrivé ? C’est le sentiment que j’ai. J’ai définitivement pas une tonne d’expériences. Ça au moins j’en suis sûr. Il y a aucune chance pour qu’un gars comme moi ait été populaire avec les dames. Enfin voilà quoi, je le suis pas maintenant. Des fois, j’ai la sensation que Yume, Shihoru et Merry ne me voient pas comme un membre du sexe opposé. Et qu’est-ce qu’il y a de mal à ça ?

C’était en vérité plus convenable de cette façon. Cela signifiait que quand quelque chose arrivait au sein du groupe, Haruhiro était le seul qui pourrait approcher les filles avec la même distance émotionnelle qu’avec les gars. Si un conflit éclatait entre les deux parties, Haruhiro pourrait se tenir au milieu pour essayer de calmer le jeu.

C’est vraiment chiant de l’être, et je me demande vraiment pourquoi je devrais le faire, mais je suis le leader, se dit-il à lui-même. Je dois l’accepter. Je suis bien conscient que je manque de compétences en matière de leadership. Mais un bon camarade, un relativement bon ami, quelqu’un qui accorde de la valeur à l’harmonie au sein du groupe, et qui, même s’il ne peut pas tirer tout le monde avec lui, trouve un moyen d’avancer pour tous sur ce chemin semé d’embuche, ce genre de figure centrale… c’est à ça que j’aspire être. Bah, je pense que c’est ce que j’aimerais être, si je peux. Uniquement si je peux.

—Seins flasques, chanta Ranta. Seins flasques, flasques. Seins. Flasques. Seins. Flasques.

Si je n’avais pas l’autre abruti de Ranta et ses chansons pourries, ce serait possiblement pas aussi dur, vous savez ? Je vais te faire une Attaque Sournoise, pensa vicieusement Haruhiro. Non, ignore-le, juste ignore-le. C’est toujours mieux comme ça. Tout le monde fait comme ça désormais. Même Shihoru se retient. Désolé, Shihoru, que tu ais à supporter ce petit merdeux. Ils ne sont même pas flasques. Ils ne le sont pas, n’est-ce pas ? Cela dit, s’ils sont aussi gros, tu peux pas combattre la gravité pour toujours…

Non, non, non, arrête.

Haruhiro secoua sa tête. Les murs de pierre devant eux dépassaient nettement de la paroi et ressemblaient à des bâtiments. Non, pas ressemblaient, c’était des bâtiments. Assez impressionnant, qui plus est. Ils avaient presque atteint le royaume des diables.

—Ranta, on s’arrête pas, compris ? demanda Haruhiro.

—… Ouais, je le sais déjà, dit Ranta. T’as pas besoin de me le dire à chaque fois. Je me suis juste loupé la première fois.

Et à cause de ça, on a fini dans de beaux draps, pensa Haruhiro.

Haruhiro et les autres mirent un pied dans le royaume des diables, qui ressemblait à un temple encastré sur les bords de la cave. Depuis les fenêtres de ces bâtiments, quelqu’un — plusieurs quelqu’un — les observaient.

Pas des humains, bien entendu. Bien qu’ils soient similaires aux humains, leurs jambes et les parties inférieures de leurs corps étaient couvertes de fourrures épaisses, et ils avaient des cornes de boucs sur leurs têtes. Ils avaient tous une houlette qu’ils gardaient avec eux en tout temps. On disait des houlettes, mais certains de ses bâtons ressemblaient plus à des gourdins et à des masses, tandis que d’autres avaient des lances ou bien des lames accrochées au bout. Ils étaient tous plutôt imposants.

Les baphomets. Aussi connu sous le nom de diable.

—Bonjour, bonjour, dit Ranta avec un rire forcé, et puis l’exacte même voix lui répondit.

—Bonjour, bonjour, dit un diable.

Ranta ne s’était pas répété. C’était l’un des diables. Ils ne comprenaient pas nécessairement le langage humain, mais ils étaient incroyablement forts pour les imiter.

—Hé, arrête ça ! cria Yume en frappant Ranta dans le dos.

Un autre diable parla avec la voix de Yume.

—Hé, arrête ça ! dit-il.

Les diables n’étaient pas spécialement amicaux envers les humains, mais ils n’étaient pas hostiles non plus. Cependant, à partir du moment où un humain disait quelque chose, ils l’imiteraient comme ceci. On ne savait pas vraiment pourquoi. Ils avaient dû penser que cela était amusant, et on aurait dit que c’était inné chez eux, ou peut être voulaient-ils voir comment les gens réagiraient. Pour être honnête avec vous, c’était assez irritant.

Tout ce que feraient les diables était d’observer les humains en imitant minutieusement chacune de leurs déclarations. Avant qu’ils n’atteignent ce royaume des diables, Haruhiro et le groupe avaient acquis cette information. Aussi frustrant que cela puisse être, du moment que le groupe ne commençait rien, la pire chose qu’ils devraient endurer serait d’avoir leurs voix imitées. Dans ce cas de figure, tout ce qu’ils auraient à faire serait de fermer leurs bouches. S’ils restaient silencieux, les diables en feraient de même.

Comme vous vous en doutez, c’était la théorie. Les diables avaient un grand sens de l’architecture et de la sculpture, et ils accordaient beaucoup de valeur à leurs houlettes. Cependant, sans compter leurs bâtons et leurs sculptures, ils n’avaient pas de choses de valeur sur eux. Ils étaient aussi très nombreux.

Les tuer serait inutile. En dépit de cela, après s’être fait imiter quelques fois, Ranta s’énerva et commença à crier.

Les diables avaient dû interpréter cela comme un signe d’agression, car ils les avaient attaqués. Haruhiro et les autres étaient arrivés à s’échapper d’une manière ou d’une autre, mais depuis ce jour, quand ils approchaient du royaume des diables, ses habitants se rassemblaient autour d’eux pour les intimider. En fait, ils s’étaient fait attaquer deux fois et ils furent forcés de battre en retraite. Haruhiro se disait qu’ils allaient finir par mourir un de ces jours.

Ils avaient traversé la vallée connue sous le de domaine des trois demi-humains pour atteindre le nid des muryans, mais sans passer par le royaume des diables, ils ne pourraient pas aller plus loin. Le royaume de diables avait une topologie complexe. Peu importe le niveau d’un groupe, cela serait difficile pour eux de traverser cette zone en combattant les diables tout le temps. C’était pour ça qu’ils maintenaient une bonne relation avec les diables. Tout le monde le faisait, et Haruhiro avait prévu de faire de même, mais à cause de Ranta qui s’était comporté comme un crétin finit, les diables les détestaient désormais. Pire encore, les diables semblaient avoir une bonne mémoire, et ils n’étaient pas près d’oublier ce qu’Haruhiro et son groupe avaient fait. Même s’ils attendaient que les hostilités cessent, nul ne saurait dire combien de temps cela prendrait. Haruhiro et le groupe avaient tout essayé pour améliorer leur relation avec les diables.

—Ugh, ces gars me foutent les nerfs… on pourrait pas juste les buter ? marmonna Ranta dans un ton étrangement joyeux.

—Ugh, ces gars me foutent les nerfs… on pourrait pas juste les buter ? Imitèrent les diables.

—C’est un idiot certifié, dit Shihoru d’un ton noir.

—C’est un idiot certifié, imitèrent les diables.

—Sérieusement mec, arrête ça… dit Haruhiro en soupirant.

—Sérieusement mec, arrête ça… dirent les diables, même en imitant son soupire à la perfection.

—Mais, en vrai, ça doit vous énerver, caqueta Ranta. Ha ha ha !

—Mais, en vrai, ça doit vous énerver, Ha ha ha !

—Tu peux juste te boucher les oreilles, dit Merry avec un ton plus froid que la glace.

—Tu peux juste te boucher les oreilles, imitèrent les diables, pas moins froids qu’elle.

—Et pourquoi on ne parlerait pas pour commencer, dit Yume.

—Et pourquoi on ne parlerait pas pour commencer,

—La ferme, petits seins.

—La ferme, petits seins.

—Dis pas qu’ils sont petits !

—Dis pas qu’ils sont petits !

—Ça va me rendre fou… marmonna Kuzaku.

—Ça va me rendre fou…

—Si ça te suffit à te faire péter un câble, c’est que t’es vraiment faible, Kuzacky ! Espèce d’asperge ! beugla Ranta.

—Si ça te suffit à te faire péter un câble, c’est que t’es vraiment faible, Kuzacky ! Espèce d’asperge !

—Aurais-tu l’obligeance de la fermer ? dit Haruhiro en se bouchant les oreilles pour ne pas entendre l’imitation des diables. Cela fut inutile.

—Aurais-tu l’obligeance de la fermer ?

Je peux encore les discerner assez bien, vous savez, pensa Haruhiro. Est-ce qu’il y a quelque chose de spécial dans la voix des diables ? Je sais pas pourquoi, mais mes mains sur mes oreilles ne bloquent pratiquement pas leurs voix. Je suis pas Kuzaku, mais j’ai vraiment l’impression que ça me rend fou. En vrai, si Ranta pouvait juste garder sa bouche fermée, personne ne dirait rien. C’est la faute de Ranta. Tout est de la faute de Ranta.

Haruhiro eut un combat intérieur pour garder sa santé mentale intacte tandis qu’ils traversaient le royaume des diables. Ils y avaient des lumières qui s’échappaient des fenêtres, donc l’endroit était assez éclairé, mais les routes étaient étroites et tortueuses, ce qui rendait leur progression difficile. Parfois ce qu’ils pensaient être une route n’en était pas une aussi. Il y avait tout un tas de culs-de-sac. S’il relâchait son attention, ils pourraient finir par se perdre en un rien de temps. Il avait considéré la possibilité de faire une carte, mais il avait abandonné l’idée. Il n’avait pas une bonne perception des distances et des directions, donc ce serait dur pour lui d’en dessiner une. Ce serait probablement impossible, vu qu’il n’arrivait pas à mesurer tout ce qui l’entourait.Une estimation à la baisse du temps qu’il leur fallut pour traverser le royaume des diables était de 40 à 45 minutes.

Je pense qu’on a déjà marché 45 minutes, pensa Haruhiro.

Les bâtiments de la cave en forme de temple étaient un petit peu plus loin derrière eux, et l’environnement était devenu plus sombre. Haruhiro sortit une lanterne pour éclairer leur chemin.

—Huh… ? dit-il.

C’est bizarre.

Haruhiro s’arrêta. Il éclaira la zone avec sa lampe.

—C’est le puits de mine, non ? demanda-t-il. Ça devrait être…

—Qu’est-ce que j’en sais moi ? cracha Ranta. C’est toi qui nous diriges, Parupiro. On te suit parce qu’on te fait confiance. Si tu me dis que tu as trahi notre confiance et que tu nous as amenés dans je sais pas quel endroit que tu connais pas, alors c’est un gros problème, frère, un très gros problème. C’est ta responsabilité ! Maintenant tu dois t’ouvrir le ventre en signe de repentance, espèce d’idiot !

—On a pris le bon chemin… où on devrait l’avoir pris, Shihoru ignora Ranta et appuya l’hypothèse d’Haruhiro. Si je ne me trompe pas, tout du moins…

Elle ne semblait pas si confiante que ça.

—Hmm. Kuzaku se tourna dans tous les sens. Je ne pense pas que tu ais tort. Personnellement, je pense pareil… Une nouvelle fois, pas vraiment sûre de lui.

—Attendez, une seconde, Yume observa les environs sans s’arrêter. C’est pas le puits de mine ? Il était pas comme ça avant ?

Pour Yume, on aurait dit qu’elle ne se souvenait même pas à quoi ressemblait le puits de mine qu’elle avait visité de nombreuses fois…

—Il y a quelque chose de différent… dis Merry en penchant sa tête sur le côté … peut-être ? Elle ne semblait pas plus confiante que les autres.

Le puits de mine. Il était appelé le Puit de Mine Grimble, pour être plus précis.

Le nom venait des créatures appelées grimble qui y vivaient ils ressemblaient à d’énormes rats, avec une peau aussi dure que la roche ainsi qu’avec une carapace dans leur dos. Quelques rares individus avaient de l’or, de l’argent, et des diamants incrustés dans leurs carapaces, ce qui, cela allait de soi, se vendait pour un très bon prix. Cependant, en raison de leur chasse excessive, leur population s’était réduite —où s’était plutôt ce que pensaient les gens, mais il semblerait que leur population avait tendance à augmenter ces derniers temps.

C’était ce que pensaient Haruhiro et les autres tout du moins. C’était leur septième expédition dans le puits de mine. Les six dernières fois, ils n’avaient pas croisé de grimbles en diamant, mais ils avaient trouvé un grimble en or une fois et quatre grimbles en argent plusieurs fois séparément. Ils n’étaient clairement pas au bord de l’extinction. Même s’ils n’étaient pas encore arrivés à en attraper un, même les carapaces d’argent se vendaient une fortune, alors qu’avait-il à perdre en essayant ?

Cependant, que ce soit des carapaces d’or ou d’argent, cela aurait été mieux pour eux si, une fois qu’ils arrivent à en capturer un et qu’ils gagnent plusieurs connaissances sur le sujet, ils arrivaient à en rassembler le plus possible et à les vendre toutes en même temps. S’ils montraient aux autres qu’il y avait de l’argent à se faire, un bon nombre de groupe viendrait probablement les embêter au puits de mine. Si cela devait arriver, Haruhiro et son groupe ne seraient sûrement pas en mesure de pouvoir rivaliser. Ils devaient se faire un profit solide avant ça. C’était leur plan. Et ils étaient venus au puits de mine pour attraper des grimbles en or et en argent.

—C’était supposé être ça, pensa Haruhiro. Ça fait trois jours cela dit.

Ils ne pouvaient pas se permettre de passer trois jours à rien faire en chassant des grimbles. S’il se passait trop de temps entre deux combats difficiles, leurs sens de combattant se tariraient.

—Trois jours depuis la dernière fois, pensa Haruhiro.

—Ce n’était pas là, dit-il. Pas la dernière fois.

Haruhiro tourna sa lanterne vers ce qui aurait dû être un mur fait de pierre. La lumière fut engloutie par les ténèbres et disparut. Cela avait l’air assez profond.

—… Ce trou, dit Haruhiro.

—Comme ! Je ! L’ai ! Dit ! cria Ranta avec insistance. Tu t’es gouré ! Brorborwo ! T’as pris le mauvais chemin ! C’est pas le puits de mine, mec ! Je veux dire, ils appellent ça un puits de mine, mais c’est juste une cave labyrinthe truc je sais pas quoi ! Il y en a partout ! Cet endroit à juste l’air similaire ! C’est tout ! Utilise un peu de bon sens !

—Non, mais…

J’ai pas pris le mauvais chemin — je ne crois pas, pensa Haruhiro. J’en suis sûr… Mais, bon, pourquoi est-ce que ce trou est là alors qu’il ne devrait pas y être ?

Il faisait trois mètres de large et plus de deux mètres de haut. Ils n’auraient pu en aucun cas ne pas le remarquer. S’ils étaient passés devant, ils l’auraient remarqué pour sûr. C’était un grand et rond trou.

Haruhiro regarda à droite et à gauche. Parce que, comme Ranta l’avait dit, le puits de mine ressemblait à une cave naturelle, avec rien de spécial. Il n’y avait aucune caractéristique spéciale qui le faisait sortir du lot, rien qu’ils puissent reconnaître en un seul regard. Donc, bien qu’il ne puisse rien affirmer de définitif, à part l’existence de ce trou, c’était le même endroit qu’ils avaient visité de nombreuses fois. C’est ce qu’il pensa.

—Des gens, dit Yume distraitement. Ils sont venus le creuser, vous croyez pas ? Ce trou.

—Comme s’ils avaient que ça à faire ! Ranta frappa le sol du pied. Qui creuserait un trou ! Ici dans le Trou-Ô-Merveilles ! Comme si quelqu’un avait le temps pour ça ! Réfléchis un peu avant de parler !

—Tu dis ça, mais le Trou-Ô-Merveilles, c’est juste un grand trou en fait ! rétorqua Yume.

—Hm… ? Ranta croisa ses bras et pencha sa tête sur le côté. Maintenant que tu le dis, ça pourrait être ça… ?

—Ça pourrait ne pas être des humains, dit Shihoru d’un ton conspirationniste. Il pourrait y avoir tout un tas de créatures qui creuserait par ici…

—Wow, dit Kuzaku en enfonçant sa tête dans le trou. Pas un pète de lumière. Croyez qu’y a quelque chose là-dedans ?

—Attends. Merry tira sur le bras de Kuzaku. C’est dangereux.

Ouais, montrez à quel point vous êtes proches tous les deux, pensa Haruhiro. —Ou c’est quelque chose que j’aurais ou je n’aurais pas pu penser. Non, je pense pas à ça, OK ? C’est juste carrément bizarre. Cela dit, c’est quelque chose que je pourrais te dire de ne pas faire, tu sais ? Uh… peut-être ?

Mais, quand Haruhiro s’éclaircit la gorge, Merry sembla retrouver ses esprits, elle se retourna, et elle relâcha le bras de Kuzaku.

Huh ? Huh, huh, huh ? Pensa Haruhiro. Mais qu’est-ce donc que cette étrange distance que tu essayes de mettre entre toi et Kuzaku, je me le demande ? Peut-être que c’est vraiment bizarre pour elle ? Est-ce que je les ai gênés ? Peut-être que je devrais dire désolé ? Bien que c’était pas ce que je voulais faire.

Haruhiro soupira.

Je devrais arrêter, pensa-t-il. Je veux dire, c’est presque comme si j’étais jaloux. Pas que je le suis. Enfin, ouai, j’ai eu un petit truc pour Merry. Fut un temps où je ressentais ça pour elle. Mais, bon bah, elle est clairement pas au même niveau que moi, vous savez ? Cela dit, si je devais dire si je l’aime ou pas, je dirais que je l’aime bien. Genre, si Merry me demandait de sortir avec elle, bien évidemment que je dirais oui. Mais bon, c’est pas près d’arriver. J’aimerais qu’elle vienne et qu’elle dise, voilà, on sort ensemble tous les deux. Ce serait plus facile à avaler pour moi. En vrai, ça gêne personne d’autre ? Genre, ils ont dû plus ou moins le remarquer, non ? Que quelque chose est en train de se passer entre Merry et Kuzaku ? Genre, ça devrait leur tomber sous les yeux, non ? Ou alors est-ce que tous les autres n’en ont rien à faire ? Peut-être que je m’implique un peu trop ?

Peut-être que je suis en chaleur ? Se demanda Haruhiro en se moquant à moitié de lui-même. En chaleur. Si je dis ça comme si j’étais un animal sauvage en chaleur, ce serait trop flagrant. J’ai pas l’impression que ce soit vraiment ça de toute façon. C’est quoi alors ? J’ai envie d’être amoureux ? D’avoir une petite amie ? Ouais, peut-être que c’est ça.

Je veux une petite amie.

Pas que je puisse en avoir une.

Ouais, c’est bien l’endroit, dit Haruhiro. C’est le puits de mine.

Haruhiro regarda chacun de ses camarades.

J’ai envie de faire un drop avec Ranta. Mais plus que tout, mon groupe actuel est la chose la plus précieuse pour moi, pensa-t-il.

—Mais il y a un trou maintenant, dit Haruhiro. J’sais pas pourquoi. La question est, qu’est-ce qu’on fait de cette information ?

Là c’est pas le moment de dire que je veux une copine. Quand je repense à Moguzo, j’sais pas, j’ai l’impression que ce serait trop tôt pour moi aussi. Je fais pas beaucoup de nouvelles rencontres, donc c’est pas comme si j’avais des options. En plus, si je me laisse distraire par mon cœur et que j’ai la tête dans les nuages, ce serait un gros problème. Je dois rester entier.

—Ça pourrait être une nouvelle découverte, conclut Haruhiro.

Quand Haruhiro dit ça, ses camarades, Ranta en particulier, s’excitèrent.

Une découverte.

Quelqu’un devait avoir, en premier lieu, découvert le Trou-Ô-Merveilles. Ensuite, alors que l’exploration avancée, il y eut de plus en plus de découvertes dans le Trou-Ô-Merveilles, et cela continuait de nos jours.

Par exemple, Soma, le chef du groupe duquel Haruhiro et les autres étaient, techniquement, des membres, les Briseurs du Levant, était toujours en train d’explorer des terres inhospitalières pour trouver une route qui les conduirait aux anciens royaumes d’Ishmal et de Nanaka. Lui et son groupe découvraient de nouveaux endroits et de nouvelles créatures tous les jours.

En règle générale, la gloire des découvertes était attribuée à des groupes comme celui de Soma, ceux qui étaient toujours en train de repousser les limites de cet endroit. Cependant, le Trou-Ô-Merveilles était infiniment vaste. Il se disait même que, la vallée des trous, le nid des muryans et le royaume des diables n’avaient pas encore été totalement explorés, particulièrement quand des désastres naturels ou les créatures qui occuper les lieux changeaient les coins et recoins du Trou-Ô-Merveilles. Personne ne pouvait anticiper ce genre de changement.

En d’autres termes, même Haruhiro et son groupe avaient une chance de faire une nouvelle découverte. Cette cavité pourrait très bien en être une. De l’autre côté de ce trou, il pourrait y avoir un tout nouveau monde que personne ne connaîtrait.

—Qu’est-ce qu’on fait avec ça ? Mec demanda Ranta en se léchant les lèvres.

—J’ai pas besoin de le dire, si ? Il y a qu’une chose à faire.

—J’ai un mauvais pressentiment… Shihoru s’accrocha à son bâton en se recroquevillant et en tremblotant.

—C’est ma faute ?! cria Ranta. C’est ma faute, huh, seins flasques ?!

—Je te l’ai dit, ils sont pas flasques ! cria Shihoru.

—Et moi je te dis, montre-moi !

—Oh… ? dis une voix.

—Huh ? Haruhiro fronça les sourcils.

—D’où ce Oh… ? était-il venu ?

C’était la voix d’un homme. Mais pas celle de Ranta ou celle de Kuzaku. Haruhiro se retourna. Il pouvait voir une lumière venir d’une lanterne ou d’une source de lumière similaire.

Quelqu’un était en train de venir vers eux depuis le royaume des diables. Pas juste une personne. Il ne pouvait pas dire le nombre exact, mais c’était un groupe.

—Ah ! cria un autre homme.

—Huh ? réagit Haruhiro par surprise. Cette fois, c’était une voix qu’il reconnaissait.

Quelqu’un du groupe inconnu se précipita vers eux.

—Hé, hé ! Harucchi ! Si c’est pas mon vieux frère, Harucchi ! Quelle denke-coïnci ! Oh, celui-là était trop dur à comprendre ?! Je voulais dire coïncidenke, une coïncidence ! Et quelle coïncidence c’est, de nous retrouver ici ! C’est’ti pas moi, moi ! Kikkawa ! Yay, yay ! Faisons un rah-hoo pour cette rencontre du destin ! T’as pigé ?

Ils étaient tombés sur Kikkawa.

Grimgar of Fantasy and Ash, Tome 5, Chapitre 1 — illustration

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