Au final, après tout ça, ils tuèrent quatre gobelins, ils les dépouillèrent de leurs possessions, puis ils rentrèrent tôt à Alterna, car Haruhiro n’avait pas bonne mine.
« Bon, dans tous les cas on devait aller à l’office pour la paperasse » était ce qu’avaient dit Yume et Shihoru pour essayer de le réconforter, mais Haruhiro était toujours frustré. Il ne pouvait s’empêcher de se rejeter la faute.
Et pourtant, se torturer sur ça encore et encore n’allait pas arranger les choses. Il ne pouvait pas effacer son erreur, mais par chance il avait survécu, cela lui donnait donc du matériel sur lequel cogiter, et il pourrait améliorer sa façon de prendre les choses en main dans le futur. En réalité, il devait s’améliorer.
Et donc, après s’être acquittés de toutes leurs affaires, tout le monde se dirigea vers la Taverne de Sherry, mais quand ils commencèrent à faire un résumer de la journée, un orage commença à émerger.
Ranta en fut l’investigateur.
—Je vous l’ai dit dès le début, non ? Je ferai les choses à ma manière, s’énerva-t-il.
—Je suis pas équipé pour être un tank de toute manière, donc je vais devoir être mon propre type de tank spécial, pas vrai ? Les tanks sont ceux qui se tiennent sur le front, donc je verrai pas ce qui se passera derrière moi. J’aurai aucune idée de ce que vous serez en train de faire. Donc, c’est carrément logique que vous devriez travailler avec ce que je vous propose, pas vrai ? J’ai dit un truc de faux jusque-là ? Huh ? J’ai raison, non ? En gros, c’est bizarre qu’Haruhiro l’abruti me braille dessus pour me dire de faire ceci ou cela. Me donne pas des ordres. Fais en sorte que les autres travaillent autour de moi, bordel.
—… Je comprends ce que tu me dis, dit Haruhiro.
—Si tu piges ce je dis, alors fais-le ! C’est tout ! On a fini ici, pas vrai ? s’énerva Ranta.
—Nuh-uh, y’a aucune chance pour que ce soit la fin.
Yume se leva à moitié et elle frappa ses mains sur la table.
—Faire en sorte que les autres travaillent autour de toi ? Est-ce que t’es stupide ?! On pourra jamais faire ça !
—Si tu peux y arriver, alors arrête ! Juste arrête-toi ! cria Ranta.
—C’pas quelque chose que tu peux décider, Ranta ! répondit-elle.
—Si tu dis que tu ne peux pas te greffer aux tactiques du groupe, tu peux pas me reprocher si je te dis que tu es inutile ! beugla Ranta.
—Yume s’en va pas ! Toi va-t’en, Ranta !
—Si je me barre, c’est toi qui seras dans la mouise ! Parce que je suis le pilier du groupe maintenant ! cria Ranta.
—… Je crois que tu te vois un peu trop beau, dit Shihoru.
—Oh ? Tu veux te la jouer, Shihoruuuuuu ? ricana Ranta.
—Tu prétends être une fille tranquille, mais, en vrai, pendant tout ce temps tu as été une bête démoniaque qui cachait ses crocs derrière ces énormes seins énigmatiques qui t’appartiennent.
—Je ne cache pas de crocs … et ils ne sont pas énormes, je suis juste grosse … marmonna Shihoru.
—Alors laisse-moi voir, dit en souriant Ranta.
—J’en ferais un diagnostic minutieux.
—Je te montrerai jamais rien, dit-elle froidement.
—Tch. Tu me résistes, huh. T’es tellement ennuyante, tu le sais ça. Ugh, quel ennui.
—J’ai nullement l’intention de t’amuser, Ranta, dit-elle froidement.
—Ouais, je sais, s’énerva-t-il.
—Je le vois ça au moins. Tu pensais que ces mots allaient me faire du mal. Mon coeur est fait d’acier, ok ? Ça ne l’égratignera même pas. Peu importe, à partir de maintenant, je suis notre stratégie. Je suis le centre de tout. Tout commence et tout fini avec moi. Vous pigez ça ? Bon, vous feriez mieux. Vous devez tous m’étudier. Vous devez devenir plus familier avec ma personne et vous devez faire en sorte de bien me servir. Si vous faites ça, tout fonctionnera.
—Je vois pas comment, dit Shihoru.
—Yume est d’accord avec Shihoru ! s’exclama Yume.
—Et toi, Merry-chan ?
—Huh—ah, je suis …
Merry semblait ne pas savoir quoi dire.
—Merry-chan, tu vas pas t’entendre avec Ranta, pas vrai ? demanda Yume.
—Après tout, c’est de Ranta qu’on parle.
—C’est…
—Hmph.
Ranta posa ses coudes sur la table et il reposa sa tête sur ses mains avec un air irrité.
—Vous pouvez dire ce que vous voulez. Mais, souvenez-vous-en. Moi aussi, je dis tout ça après avoir réfléchi à ce qui serait le mieux pour le groupe. C’est pas comme si je voulais juste faire ce que je veux, ou un truc comme ça, pigez ? Si vous êtes tous en désaccord avec moi, ça me va. Mais, si c’est ce que vous voulez, alors présentez un plan alternatif. Une alternative. Si vous avez quelque chose, j’ai hâte de l’entendre. Alors, Haruhiro ?
—Un plan alternatif.
Haruhiro marmonna ces mots comme un idiot tout en tenant son mug en porcelaine avec ses deux mains. Il avait pratiquement touché l’hydromel avec ses doigts.
—… Bah, voyons. Un plan alternatif — en vrai… Si on fait de Ranta le tank, c’est évident que l’on va devoir lui rendre la tâche plus facile d’une manière ou d’une autre. Bien sûr, Ranta va avoir besoin de penser à comment devenir plus tanky et à toutes ces choses. Si on garde les choses comme elles le sont, je crois qu’on va avoir du mal pendant un moment …
—Tu commences à être carrément falot là, mec ! dit Ranta alors qu’il commençait à piquer du nez.
—C’est une mauvaise blague si tu penses que tu peux être le leader comme ça. Je veux dire, t’as vraiment fait n’importe quoi cette après-midi toi aussi.
—Ouais, c’était ma faute, dit Haruhiro.
—Je me suis déjà excusé, non ?
—Oho ! cria Ranta.
—Est-ce que tu t’énerves contre moi ? Tu t’énerves contre moi alors que c’est moi qui devrais être énervé contre toi, c’est ça ? Si tu me reproches quelque chose après ce qui est arrivé, c’est que t’as clairement pas retenu la leçon, mec.
—… Oui, j’ai compris.
—J’sais pas, dit Ranta.
—Je vois pas où. Pas avec cette attitude.
—Ça suffit ! cria Yume en gonflant ses joues pour montrer son énervement.
—Tu peux pas pomper ton sang dans ton ventre ! Tu dois penser aux sentiments des autres !
—Espèce d’idiote ! Si tu devais dire quelque chose dans cette situation, ce serait « ne pas remuer le couteau dans la plaie », ça va de soi ! beugla Ranta.
—Huh… ?
—Réfléchi un peu, comment je pourrais pomper mon sang dans mon ventre ? C’est même pas possible ! cria-t-il.
—P-Peut être que c’est possible ! Si tu essayes vraiment fort ! cria Yume.
—Très bien, fais-le ! Fais-le maintenant ! Fais-le ici ! Si tu y arrives, je m’inclinerai ! Je danserai à poil et je m’inclinerai devant toi ! Bouge-toi et fais-le ! hurla Ranta.
—Hnnngh…
Le visage de Yume tourna au rouge vif et on aurait dit que de la vapeur sortait de ses oreilles.
Un plan alternatif…
Haruhiro amena son mug à ses lèvres et il était sur le point de prendre une gorgée d’hydromel, avant de s’arrêter.
C’est vrai. Je dois réfléchir à un truc du genre. Un plan alternatif. Je veux dire, j’ai pas envie que ce soit Ranta qui mène la danse. Mais, dans le but d’éviter ça, je dois mettre une idée en avant. Je dois trouver un rôle fixe pour chacun de mes camarades. Du style, à tel et tel moment, ils font ça, si ça ou ça arrive, ils font ça. Je dois y réfléchir un minimum.
Du temps où Moguzo était avec eux, Haruhiro n’avait pas besoin de se concentrer tant que ça sur le détail. Haruhiro et les autres avaient perdu Manato, ils avaient gagné Merry, et ensuite ils avaient lentement construit des stratégies sur cette base-là. Ils avaient tous su ce qu’ils avaient à faire. Ils l’avaient gravé dans leurs corps, pas dans leurs têtes. Cette empreinte avait suinté de leur esprit. Désormais, la plupart des choses qu’ils avaient apprises ne servaient plus à rien.
Moguzo n’avait pas seulement été un tank. Moguzo attirait l’attention des ennemis, il se défendait de leurs attaques, puis il se plaçait sur leur chemin comme un obstacle, portant ainsi le coup de grâce. Moguzo avait été le bouclier ultime, mais il avait aussi été la lance ultime. Il était le pivot à la fois de leur défense et de leur attaque. Quand on parlait de la puissance d’attaque et de la puissance défensive, Moguzo avait clairement été le numéro un.
Personne dans le groupe ne lui égalait.
En d’autres termes, Moguzo les avait tous portés sur son dos. Moguzo avait tenu tellement de rôles. Cela avait dû être une pesante responsabilité pour lui. Moguzo avait tout pris sur lui sans jamais gémir ou même se plaindre. Et ainsi, il avait grandi.
—Moguzo était…
Quand Haruhiro mentionna son nom, les restes de ses camarades se turent.
—Il était vraiment incroyable. Mais, quand même. Moguzo était incroyable c’est sûr, donc je ne crois pas qu’il soit devenu plus fort comme nous autres. Non, je veux dire, bien sûr je crois qu’il avait un talent pour ce qu’il faisait, mais je crois aussi qu’il n’y avait pas que ça. Il était forcément effrayé, mais il était toujours celui qui était le plus au-devant en train de combattre des ennemis de malade. Et pourtant, Moguzo ne s’est jamais enfui. Je pense qu’il l’a fait pour nous. Tout en faisant ça, Moguzo est devenu plus fort. Je me suis trop reposé sur lui.
J’aurais dû m’en rendre compte, pensa Haruhiro. Bien plus tôt. J’avais absolument besoin de le voir. C’est comme l’a dit Ranta. C’est une mauvaise de blague de penser que je peux être le leader comme ça.
—J’avais besoin d’alléger le fardeau de Moguzo, dit tristement Haruhiro.
—Il devait y avoir des trucs que j’aurais pu faire. C’est trop tard maintenant, cela dit. À partir de maintenant, on doit prendre sur nous l’énorme fardeau que Moguzo portait et on doit le diviser entre nous cinq. Chacun d’entre nous va avoir besoin de savoir-faire plus de choses. Je ne pense pas que notre force actuelle nous suffise.
—Je… dis Shihoru en se mordant la lèvre une fois avant d’hocher la tête.
—Je crois que j’ai besoin d’apprendre au moins un sort puissant …
—Hmm…
Yume s’affala sur la table en posant son menton sur la table.
—Yume, bah, ce sera dur, mais elle va travailler sur sa puissance d’attaque. Elle veut un chien loup, aussi, en vrai …
Ranta cracha un dédaigneux « Ha ! » et il croisa les bras.
—Tu peux dire ça autant que tu veux, mais écoute. Les gens ne peuvent pas faire ce qu’ils ne peuvent pas faire. Ils doivent se contenter de ce qu’ils savent faire. Un tas des compétences des chevaliers noirs sont des mouvements ou des attaques faites pour être utilisées après une attaque, donc si je reste immobile, je ne pourrais pas montrer ma vraie valeur. C’est pas comme si je pouvais changer de boulot de chevalier noir à guerrier non plus. Maintenant que j’ai juré fidélité à Skullhell, je dois rester un chevalier noir jusqu’à la fin de mes jours.
—Changer de boulot, huh…
Haruhiro posa son doigt sur ses lèvres en jetant un regard vers Yume.
—Meow ? Est-ce que Yume peut faire quelque chose ? demanda-t-elle.
—Non… marmonna-t-il.
Yume est étonnamment forte, pensa-t-il. Si elle s’essayait aux bras de fer, elle pourrait probablement tenir tête à des hommes. Elle est courageuse aussi. Même si c’est une chasseresse, elle attaque avec sa machette et elle croise le fer avec nos ennemis bien plus qu’elle n’utilise son arc et ses flèches. Si je pouvais la faire quitter la guilde des chasseurs pour qu’elle devienne une guerrière— Non, je crois que je peux pas. Yume est attachée à son rôle de chasseresse, et elle a pour objectif d’élever un chien loup en plus. Je pense que ce serait mal de la forcer à changer juste parce que ce serait plus simple pour le groupe. Qui plus est, en ayant vu contre quoi Moguzo se battait, ça me la mettrait mal de faire faire ça à une fille. Non, pas juste mal —vraiment mal.
Elle aurait peur, non ?
C’est pas bon. Je peux pas faire ça. Je veux dire, si l’un d’entre nous devait devenir un guerrier et un tank … Shihoru n’est clairement pas faite pour être une guerrière, Merry on doit l’avoir en tant que prêtresse, et Ranta peut pas changer de classe, ce qui nous laisse …
—… Moi ? dit Haruhiro en soupirant et en s’imaginant la situation juste au cas où. Il s’imagina lui, décoré avec une lourde armure et un heaume, balançant Le Hachoir dans tous les sens.
Wow, ça a l’air nullissime, pensa-t-il.
Haruhiro lui-même ne voulait pas se reposer sur cette chochotte-faiblarde pas plus épais qu’un bout de bois pour être le tank du groupe.
Chochotte-faiblarde, pensa-t-il. C’est vrai, Choco est morte, non ? Non, oublie ça. J’ai pas le temps de déprimer sur ça. Je dois me concentrer sur nous.
Tout reposait sur le tank. Sans un tank décent, ils n’avaient aucune chance. Le deux rôles que chaque groupe devait impérativement avoir étaient le tank et le soigneur. En poussant ce raisonnement à l’extrême, tant que le tank et le soigneur étaient solides, les restes pouvaient faire ce qu’ils voulaient.
En l’état actuelle des choses, si quelqu’un devait devenir le tank, cela devait être Ranta, qui a toujours été le plus lourdement équipé après Moguzo. C’était dur à imaginer maintenant, mais s’il grandissait avec ce rôle en gagnant de l’expérience, cela pourrait fonctionner.
Mais, quelles sont les chances pour que ça arrive ? Pensa Haruhiro. Ça pourrait marcher… ? Quand ils eurent perdu Manato, ils avaient intégré une nouvelle soigneuse dans leur équipe. Merry. Était-ce la seule option ?
Haruhiro avait, cela va sans dire, considéré cette possibilité. Il l’avait gardé dans un coin de sa tête. Mais il n’avait pas eu envie d’y penser. Haruhiro observa les visages de Ranta, de Yume, de Shihoru, et finalement celui de Merry. Les quatre avaient une expression différente des autres, et ils avaient tous l’air d’entreprendre une profonde réflexion. Ils avaient tous plus ou moins considéré cette idée. Mais ils ne l’avaient pas mis sur la table. Aucun d’entre eux ne l’avait fait.
—Um, hé, dit Merry en levant légèrement sa main droite.
—Puis-je parler ? Il y a quelque chose que je voudrais vous dire à tous. C’est quelque chose dont je pense devoir vous parler.
Haruhiro regarda Ranta, Yume, et Shihoru.
Qu’est-ce que cela pouvait être ?
Il sentit une douleur dans sa poitrine. Il avait un mauvais pressentiment. Merry était une prêtresse, et il lui avait semblé qu’elle se sentait coupable de la mort de Moguzo. Peut-être allait-elle quitter le groupe.
—B-Bien sûr. Qu’est-ce qu’il y a ? dit-il la voix tremblante.
—J’ai fait quelque chose que je ne peux pas réparer.
Le magnifique visage de Merry était figé comme la glace. Seules ses lèvres bougeaient pour assembler les mots ensemble avec une petite voix.
—Pendant la bataille, j’ai laissé l’effet de Protection se dissiper. Je devais le relancer, mais j’ai complètement oublié. Dans un combat intense comme celui-ci, c’est ce genre de petites choses qui fait la différence entre la vie et la mort. Si j’avais gardé Protection actif, Moguzo ne serait peut-être pas mort. Non. Je suis certaine qu’il serait là avec nous. C’est ma faute si Moguzo est mort. Je l’ai laissé mourir.
—Mais c’est faux ! Ranta frappa la table.
—T’as putain de tort ! Essaye pas de dire que c’est entièrement de ta faute. En vrai, c’est pas seulement de ta faute ! C’est de la mienne aussi. Il était mon partenaire, mais je n’ai pas pu combattre côte à côte avec lui. J’étais faible !
—Je n’ai pas tort, dit Merry en secouant faiblement sa tête.
—Peu importe comment tu le vois, laisser Protection s’expirer était une basique et inexcusable erreur maladroite, et Moguzo est mort à cause de ça. J’ai déjà laissé mourir trois de mes camarades dans le passé. Je n’ai jamais voulu en laisser mourir un de plus. Et maintenant, ça recommence. Je n’ai aucunement le droit de me prétendre prêtresse. Comment je pourrais ne pas penser ça ?
—Merry-chan… dit Yume en sanglotant.
—Tu peux pas … Tu peux pas dire ça ! C’est pas une question d’avoir l’droit ou non, ou j’sais pas quoi ! Yume voit pas les choses comme ça…
—Je peux comprendre, dit Shihoru en croisant ses bras et en les posant sur la table.
—Je comprends ce que tu ressens, Merry… c’est peut-être un peu arrogant de ma part de dire ça, mais … Je me sens toujours comme ça. Toujours en train de me demander si j’ai ma place ici. Toujours à me demander si je vous sers à quelque chose … à me demander si j’ai le droit d’être ici…
—Tu ne l’as pas, dit Ranta avec un sourire.
—Comment tu pourrais l’avoir. Tu n’en as pas le droit. On était un groupe de laissés pour compte au début. Depuis le départ, personne parmi nous n’avait le droit de faire quoi que ce soit. Et alors ? Comme si on en avait quelque chose à faire. C’est pas notre problème. On va le faire peu importe si on a le droit ou non. C’est pas comme ça qu’on est allé aussi loin ?
—Ranta a raison, dit Haruhiro en regardant Merry.
Merry abaissa le regard sur la table, sûrement pour ne pas avoir à croiser son regard.
Elle est tellement distante, pensa Haruhiro. Merry est juste là, mais elle est tellement éloignée.
—Tu n’as pas le droit d’être une prêtresse, et tu n’en as pas besoin d’un, dit Haruhiro.
—Tu es notre camarade. Ça nous suffit amplement.
—Merci.
Les lèvres de Merry se relâchèrent un petit peu. C’était trop faible pour appeler ça un sourire. Et pourtant, Merry avait essayé de sourire pour eux.
—Mais j’aimerais du temps. J’ai réalisé quelque chose quand on est allé à Damuro. Le moi d’aujourd’hui, ne peux pas avancer avec vous. J’ai peur. Bien trop peur. J’ai aucune confiance. Ça ne doit pas être nécessairement long. Dix jours — même sept serait suffisant, mais donnez-moi un peu de temps.
—Ça m’a l’air raisonnable, dit Ranta en haussant les épaules, ses coudes posaient sur la table.
—J’avais envie d’apprendre de nouvelles compétences en plus. Bon, si j’ai dix jours, je suis sûr que je peux m’améliorer un max. Mais bon, quand l’ultime Ranta verra le jour, il ne vous restera peut-être plus rien à faire. Heh heh heh.
—Yume est en train d’se dire qu’elle irait bien apprendre de nouvelles compétences avec son maître elle aussi, agréa Yume.
—Elle a l’argent et tout ça.
—Je crois que je vais me mettre au défi d’apprendre une des autres magies, quelque chose d’autre que la magie des ombres de la Magie Darsh … marmonna Shihoru.
—Ok.
Haruhiro ferma les yeux.
Le temps.
C’était le temps. Plus que tout, ce dont ils avaient besoin été du temps. Haruhiro et les autres n’avaient jamais été assez forts pour pouvoir foncer vers l’avenir sans faire de pauses.

Il ouvrit ses yeux.
La scène devant ses yeux n’avait pas changé d’un millimètre, à un tel point où cela en devenait cruel. Dans ce monde immuable, Haruhiro et les autres allaient devoir se changer eux-mêmes, petit à petit.
—Rendez-vous en face de la porte nord, à huit heures dans dix jours à compter de maintenant. Dit-il.
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