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Chapitre 15

La Ligne de la Mort

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~12 min

Je me suis rappelé quelque chose… je crois.

Il s’était rappelé beaucoup de choses. C’est ce qu’il avait ressenti. Mais il ne s’en souvenait pas. Il avait atteint cet endroit. Cela ne faisait aucun doute. Et pourtant, il ne se souvenait de rien.

Plus maintenant.

Pendant un moment, ça avait été différent. Il s’était rappelé de tout. Mais, de ce que « tout » était, ça il ne le savait pas. C’était impossible qu’il ne le sache pas. Il avait su ce que c’était. Il en avait la profonde conviction, au moins.

Il y avait quelque chose qu’il avait laissé derrière lui.

Juste là.

Au plus profond de sa poitrine.

Il y avait eu quelque chose.

Il n’était plus là désormais.

On le lui avait arraché, et il ne restait qu’un trou béant là ou cette chose demeurait. S’il en traçait la forme, il pourrait affirmer assez facilement ce qu’il représentait.

C’est Choco.

Il s’était rappelé de Choco, puis il l’avait oubliée. C’était quelque chose en rapport avec Choco. Haruhiro avait probablement connu Choco. Elle avait été une de ses connaissances. Ou une amie, ou quelque chose d’autre. Vraiment, c’est tout ce qu’il savait. Il ne restait rien de plus. Même pas un indice.

—Haruhiro…

Ranta le secouait violemment.

—Hé, mec ! Qu’est-ce tu fous ?! Dans un moment pareil ! Tu peux pas te permettre de faire ça… !

—Je…

Je sais. Je le sais ça. C’est vrai. Je le sais ça ? Vraiment ? Non, Ranta a raison. C’est juste comme il l’a dit. Pourquoi est- ce que je me laisse emporter pas mes pensées ? Le Gardien Zoran Zesh, ses intendants, et les sorciers orc sont en train de déchaîner leur fureur sur le premier étage de la forteresse. Il y a des soldats volontaires qui tombent à droite et à gauche. Choco. Ohh. Choco. Choco et son groupe ont péri, eux aussi. Ils sont morts. M.Charmant, M.Rigole, M.Prêtre, Mme. Cheveux Courts, et même Choco. Et M. Grand ? Il est sur le sol collé contre le mur. Il n’est pas intact, c’est tout ce que je peux dire. Il s’est pris un coup sérieux. Ils se sont tous fait tuer. Par les orcs. Choco s’est faite tuer. Oui, je suis en état de choc. Mais bien que je ressente de la tristesse, du chagrin, de la douleur, ce n’est pas si douloureux.

En quelque sorte, ça ne m’atteint pas franchement. C’est comme si je me demandais si tout allait bien. Bien sûr, je suis choqué. Elle était une soldate volontaire, comme moi. Ma cadette. Je lui ai déjà parlé, et je pourrais bien l’avoir connu avant de venir ici. Maintenant elle est morte. Non ce n’est pas ça. C’est plus, eh bien …j’ai l’impression qu’il devrait y avoir quelque chose d’autre. Je devrais me sentir bien plus mal que ça. Choco est morte, et pourtant c’est tout ce que je ressens ? N’est-ce pas désobligeant ?

Ce n’est pas que j’ai des bases sur lesquelles me reposer pour penser ça. Même si l’on se connaissait, je ne sais pas à quel stade notre relation était. On aurait très bien pu juste se connaître et avoir parlé avant. Cependant, ce n’était pas vraiment le moment de s’attarder sur la question. Ranta avait raison. Ils étaient dans une situation tendue. Les soldats volontaires survivants, incluant Renji et son groupe, combattaient désespérément Zoran Zesh et sa troupe. Et pour Renji, lui il échangeait des coups avec Zoran. L’orc lui donnait du fil à retordre aussi. Non, c’était bien pire que cela. Renji ne déviait même pas les cimeterres de Zoran avec son épée. Est-ce qu’il peut le faire ? Se demanda Haruhiro.

Renji esquivait. Il esquivait désespérément. Il était couvert de sang. Il ne semblait pas avoir reçu de coups fatals, mais il avait tout un tas de coupure sur la tête.

—Bordel ! cria Ron en fonçant pour lui prêter main-forte.

Mais Renji lui hurla,

—N’ose même pas venir ici ! Tu vas me gêner ! Que personne ne s’approche de nous !

Ce n’était probablement pas à cause du fait que ce soit un un contre un entre hommes, ou quelque chose dans le genre. C’était parce que c’était dangereux. Les longs et gros bras de Zoran. Ses puissantes épaules en passant par son torse. Ses mouvements. Et enfin, son cimeterre. Zoran était probablement encore plus dangereux qu’Ish Dogran, celui qui avait attaqué Alterna. Il le tuerait en un coup, j’en étais sûr. S’il se prenait un vrai coup bien solide, il en finirait en un instant. Même ses propres intendants devaient avoir peur de se faire toucher, car ils n’osaient pas s’approcher de Zoran.

Par conséquent, Zoran et Renji se faisaient face en un contre un, mais il y avait aussi une bataille entre les intendants et les sorciers orcs contre les soldats volontaires qui se déroulait en parallèle.

Une bataille qu’on est en train de perdre, pensa Haruhiro. Une bataille où on se fait salement rétamer. Ron a bloqué sa lame avec un intendant orc, mais on dirait qu’il prend chère. Chibi-chan, Sassa, et Adachi se sont fait pousser contre le mur. Combien de soldats volontaires sont en train de vraiment combattre un orc ou bien au moins s’en occuper ? Très peu. Le reste pourrait se faire descendre à n’importe quel moment, ou sont en train de se faire descendre.

—Sorcier ! cria Shihoru.

Haruhiro se tourna et vit un orc qui semblait être un sorcier venir dans leur direction en partant du bas des escaliers.

—Hungahh… ! cria Moguzo.

Quand Moguzo se mit en action, le sorcier s’arrêta et décrocha un des pots qui étaient accrochés à sa taille, et il déversa son contenu. Quelque chose sortit de ce pot.

Des insectes, pensa Haruhiro. Des insectes, huh. C’est probablement des insectes. Un essaim d’insectes.

—Ow ?! s’exclama Moguzo prit de court alors que les insectes bourdonnaient autour de sa tête.

Il portait un heaume, mais les insectes étaient petits. Il semblerait qu’ils s’engouffraient à l’intérieur par l’ouverture.

—Gwahhhhhh… !

Moguzo hurla d’agonie en ayant l’air de s’asseoir.

C’est dangereux, pensa Haruhiro. Il ne doit pas faire ça.

—Ne t’assieds pas ! cria Haruhiro en réagissant au quart de tour.

—Moguzo, ne t’assieds pas ! Tu ne peux pas t’arrêter !

—Hungh ! cria Moguzo en balançant son épée dans tous les sens alors qu’il était désorienté.

—Hwahhhh… ! Va te faire voir toi et tes tours de magie qui font pitié ! cria Ranta, mais alors qu’il courait tout droit, il se gela dans une drôle de position.

—…Guh, nghhhhhhh… marmonna Ranta.

—Quoi… ?! s’exclama Haruhiro.

C’est de la sorcellerie ça aussi ?

Le sorcier qui avait lancé les insectes sur Moguzo avait ses mains dirigeaient vers Ranta désormais.

—Est-ce que c’est de la psychokinésie ?! cria Haruhiro.

—Nyeh ! cria Yume en armant son arc et en tirant une flèche.

Le sorcier recula pour esquiver la flèche, mais on aurait dit que Ranta était à nouveau capable de bouger.

Super, mais sa flèche a frôlé le visage de Ron, pensa Haruhiro.

—Faites gaffe ! Hé ! cria Ron

—Wah ! D-Désolée ! s’excusa Yume.

—Tu ne peux pas utiliser ton arc ici, Yume ! C’est une mêlée ! dit Haruhiro.

—D’accord, Ouais, compris !

—Ohm , rel , ect , palam , darsh ! incanta Shihoru.

Un élémentaire d’ombre se propulsa du bout du bâton de Shihoru. L’élémentaire s’envola en spirale, touchant le sorcier et le pénétrant par la bouche et le nez.

C’était Complexe de l’Obscurité.

Elle l’a eu ? se demanda Haruhiro.

Le sorcier hésita pendant un instant, puis il se secoua la tête. Mais c’était tout. Shihoru serra les dents.

—Il y a résisté !

—Laisse-moi faire ! cria Ranta.

—Haine… !

Ranta fit un puissant bon en avant vers lui, mais le sorcier l’avait vu venir. Il recula lestement, laissant l’intendant orc A prendre sa place. Le gahari de l’intendant orc A et l’épée longue de Ranta rentrèrent en collision. Leurs lames se bloquèrent.

—Hah ! Rejet !

Ranta le repoussa immédiatement, essayant de mettre un peu de distance entre eux, mais l’intendant orc A revint vers lui.

—Ooosh… ! grogna l’orc.

—Nwah ! cria Ranta.

Ranta est en train de perdre son équilibre, pensa Haruhiro. C’est vraiment pas bon. Il va se faire avoir. Je dois l’aider. J’en suis capable ? Se demanda Haruhiro.

Je vais le faire.

Quand Haruhiro essaya de rentrer dans le combat, l’intendant orc B se mit en place et lui barra le passage.

Il est vraiment intimidant, pensa Haruhiro. J’en ai des sueurs froides. Je dois vraiment faire ça ? C’est débile.

—Osh ! Osh ! Osh ! Osh ! beugla l‘orc.

—Ah ! Ah…! Ah! Ah… ! haleta Haruhiro.

Frappe. Frappe. Frappe. Frappe.

C’est pas bon. Mes mains se font défoncer. J’ai la tête qui tourne. J’ai peur. Bien trop peur. Je peux pas le faire. Il est fort. Il a de la puissance. Je vais me faire tuer.

—Fracasse !

Le timing de Merry était parfait. Elle matraqua l’orc B avec son bâton de prêtre.

Non, ce n’était pas suffisant, huh ? Réalisa Haruhiro.

L’orc B dévia aisément le bâton avec son bouclier, et ensuite, avec son corps toujours tourné vers Haruhiro, il regarda en direction de Merry.

C’était suffisant, pensa Haruhiro. Maintenant.

Haruhiro chargea en direction de l’orc B de toutes ses forces. L’orc B essaya de cogner Haruhiro avec son bouclier, mais Haruhiro glissa en dessous de celui-ci. En continuant sur sa lancée, il copia les mouvements de Sassa et il enfonça sa dague dans la nuque de l’orc B.

Je l’ai presque eu.

—Gwah… ?! hurla Haruhiro.

Des insectes. Il y a des insectes.

Haruhiro ferma immédiatement sa bouche, il verrouilla ses yeux, et il abaissa sa posture.

Insectes. C’est des insectes. Le sorcier. Quand ? Où était-il ? Insectes. Les insectes.

—Recule, Haru ! hurla une voix.

C’est Merry. Elle me dit de reculer, mais ou est-ce que je dois aller ? Attendez, il y des insectes dans ma bouche. J’ai envie de les cracher, mais si j’ouvre ma bouche, je pense qu’il y en a encore plus qui vont entrer. Je ne peux pas ouvrir les yeux non plus. Qu’est-ce qui se passe ? J’en ai aucune idée. C’est pas bon. Vraiment pas bon. Je vais mourir.

Il pourrait y avoir un orc qui serait sur le point de tuer Haruhiro. Il pouvait mourir à n’importe quel moment.

—Haru-kun, par ici ! cria quelqu’un en le tirant par le bras.

Yume, huh ? Pensa-t-il.

Soudainement, une idée lui vint à l’esprit.

L’eau. Utilise de l’eau.

Haruhiro sortit sa cantine, jetant tout son contenu sur lui. Il se rinça le visage et il cracha les insectes.

Je peux voir. Je peux respirer aussi.

—C’est bon maintenant ! s’exclama Yume.

Non, c’est pas bon du tout, pensa Haruhiro. Ranta se fait battre par l’orc A. Il pourrait se faire avoir à n’importe quel moment. c’est peut être à cause des insectes, mais Moguzo à l’air de tout juste gérer l’orc B. Merry est engagée dans un féroce bataille pour protéger Shihoru de l’orc C, mais ça a l’air tendu. Je dois faire quelque chose. Et pour la Team Renji, Renji lui se fait toujours poursuivre par Zoran, et les quatre autres ont l’air d’être sur la défensive et ils arrivent à peine à tenir. Combien de soldats volontaires sont encore en vies ?

Exterminer. Ce mot lui vint soudainement à l’esprit.

Comme si j’allais les laisser faire, pensa Haruhiro. Nous se faire exterminer. Vous foutez pas de moi.

—Yume, surveille Merry ! cria-t-il.

Haruhiro envoya Yume près de Merry et il décida d’aider Ranta pour sa part. Le problème était, comment pouvait-il l’aider ? S’il essayait de se placer derrière l’orc A, il s’inquiéter qu’un autre orc vienne derrière lui.

J’ai vu une épée, pensa-t-il. Elle est sur le sol. Une épée. À qui est-elle ? Peu importe.

Haruhiro ramassa l’épée et il la jeta sur l’orc A. C’est un mouvement désespéré, mais l’orc A utilisa son bouclier pour bloquer l’épée qui arrivait vers lui et il recula un petit peu. Il semblerait que cela avait permis à Ranta de souffler un peu.

—Putain, j’en peux plus … ! se plaignit Ranta.

—Sérieusement ! Sérieusement… !

—Qu’est-ce qui est arrivé à Zodiac-kun ?! hurla Haruhiro.

—Il s’est fait avoir ! cria Ranta.

—En un coup ! Cet idiot est faible ! Colère… !

Si Ranta voulait aller sur l’offensive même dans la situation actuelle, ce serait un petit peu présomptueux. Cependant, l’orc A était encore meilleur. Il balaya l’épée de Ranta comme si elle n’était rien. L’orc A utilisa sa riposte pour frapper Ranta sur la tête.

Sa tête, pensa Haruhiro. C’était sa tête.

—Ow ! grogna Ranta.

Bien sûr, il porte un casque, mais la tête c’est quand même dangereux.

Ranta tituba.

—Je vais pas te laisser le tuer !

Haruhiro chargea l’orc A dans un moment de désespoir— ou c’était ce à quoi cela ressemblait, avant qu’il ne se mette en position défensive quand l’orc A se tourna vers lui.

Amène-toi. Viens attaque-moi. C’est bien. Frappe, frappe, frappe.

—Ressaisis-toi, Ranta ! cria-t-il.

—Pas besoin de me le dire ! Ohhhhhhh ! Les Cent Déchirures de la Repentance !

Cette compétence n’existe pas. Il raconte n’importe quoi, pensa Haruhiro

Ranta était en train d’utiliser son épée pour asséner un déluge de coup sur l’orc A.

Bon, cela dit, ils se font tous bloquer. Mais quand même, l’orc A est sur la défensive. Je sais. Je vais attaquer. Même si ça veut dire que je dois un peu me mettre en danger, je dois attaquer. Je dois réduire le nombre d’ennemis, même si c’est un par un, ou tout ce qu’on fait ne rimera à rien. Derrière lui. Mets-toi derrière l’orc A. Abats-le avec une seule Attaque Sournoise. Je vais le faire. Je peux le faire.

Cela arriva au moment où Haruhiro prit sa décision.

—Myeek ! cria quelqu’un.

C’est Yume, pensa Haruhiro. Ce cri venait de Yume. Elle est tombée sur le sol. Ou plutôt, on l’a poussée sur le sol. Elle était couverte de sang de l’épaule jusqu’à la poitrine. Elle s’est fait toucher ? pensa-t-il. Par l’orc B ?

L’orc C vint attaquer Yume. Merry essaya de se mettre sur son chemin en balançant son bâton, mais, cruellement, l’orc C fut capable de le dévier aisément avec son bouclier.

—Oh, merde !

Haruhiro fonça vers elle.

Je vais pas pouvoir le faire.

Yume, cependant, fit tout ce qu’elle pouvait. Elle projeta un couteau de lancée.

—Perce-étoile !

Orc C fit un pas en arrière pour esquiver le couteau.

Même si ça ne la retarder que de quelques secondes, on dirait que je vais pouvoir y arriver à temps, pensa Haruhiro. Peu importe ce qu’il m’arrive maintenant.

Haruhiro prévoyait de faire face à l’orc C.

Mais c’est quoi ça ? pensa-t-il. Il y quelque chose qui arrive depuis le côté. Une présence sur ma gauche.

Sans vraiment le vouloir, il regarda. Il avait bien fait. C’était le sorcier. Il avait pris une grande inspiration, et on aurait dit qu’il était sur le point de cracher quelque chose.

—C’est quoi ? Qui sort de sa bouche … Du feu… !

Pris par surprise, Haruhiro prit une inspiration hâtive avant de se jeter sur le sol.

J’ai vraiment eu chaud si je puis dire, mais ça brûle, pensa-t-il. Mec, c’est chaud. Attendez, je suis en feu. Ma cape est en feu. Mais avant ça, Yume.

C’était la fin.

Orc C’était sur le point abattre son épée sur elle.

C’était fini. Yume allait se faire avoir.

Non.

—Hungahh… !

Ce n’était pas la fin. Moguzo était là. Haruhiro et les autres avaient Moguzo. Moguzo jeta son corps sur l’orc C pour l’écarter. Mais il y avait toujours le sorcier. Le sorcier venait à nouveau vers eux. En utilisant son lance-flamme. Il cracha des flammes, ce qui transforma Moguzo en une boule de feu. Le sorcier prit la fuite, sûrement effrayé par le zèle encore présent de Moguzo qui agitait frénétiquement Le Hachoir dans tous les sens.

—Retraite ! cria Haruhiro en pensant que c’était leur seule option.

C’est trop. On peut pas gagner ça. On va mourir. À ce rythme-là, on va tous mourir. Je veux pas mourir. Pas parce que j’ai peur de la mort, mais parce que je ne veux pas laisser mes camarades mourir. Je ne veux pas qu’ils meurent. Ils ne peuvent pas mourir. Je ne vais pas les laisser mourir.

—On se retire ! ordonna-t-il.

—Vers là tout où on était avant !

Mais… est-ce qu’on va y arriver ?

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