Après une suite d’événements divers et variés, Haruhiro se trouvait à présent seul au coin d’une rue située dans le quartier Nishimachi.
—Logiquement, c’est ici, pensa-t-il tout haut.
Nishimachi était l’endroit où les démunis et les nécessiteux vivaient. En d’autres termes, un des quartiers les plus pauvres de la ville. Les bâtiments, plutôt vieux et décrépis, s’écroulaient suite aux manques d’entretien. La populace était également habillée de haillons, formant un tout misérable. Ce n’était pas le genre de lieu où Haruhiro serait allé normalement. Pourquoi diable avait-il accepté ? Il aurait dû changer d’avis quand il en avait encore le choix. Mais il était trop tard maintenant, il devait continuer.
Arrivé à destination, il décida de faire une rapide inspection du bâtiment. Cela se révéla vite impossible, hormis savoir que celui-ci était constitué de pierre et de bois. Malgré tout, et non sans difficulté, il finit par découvrir un étroit passage et s’y engouffra prestement. Celui-ci aboutit cependant sur un mur qui n’avait d’autre but que de lui barrer la route. C’était un cul-de-sac. Après un certain temps, Haruhiro put apercevoir une porte relativement basse.
En son centre se trouvait un objet qui ressemblait à une sorte d’emblème, surplombé d’une serrure sculptée.
Étrange. Est-ce que c’est une entrée ?
—Excusez-moi !
N’entendant pas de réponse, Haruhiro décida de frapper vigoureusement contre la porte. Il en eut mal à la main et tenta alors de tourner, tirer ou encore pousser la poignée. Aucune réaction. Peut-être était-il au mauvais endroit. Il allait rebrousser chemin quand une voix se fit entendre.
—Que voulez-vous ?
D’où cela venait-il ? Haruhiro l’ignorait. Il n’y avait personne ici et la porte était toujours fermée. Ce n’était probablement pas le fruit de son imagination. C’était bel et bien la voix de quelqu’un.
—Euh… Je voudrais rejoindre la guilde, répondit-il.
—Entrez, dit la voix mystérieuse, tandis qu’un cliquetis venant de la porte se fit entendre au même moment.
Est-ce que la porte est déverrouillée ?
Quand Haruhiro saisit la poignée cette fois, celle-ci fonctionna. Il poussa la lourde porte et l’ouvrit. Elle laissait place à un étroit couloir, qui accessoirement manquait sérieusement d’air frais. Des deux côtés, il y avait des étagères remplies de cordes, d’objets métalliques, de dents et autres babioles inconnues en tout genre.
Alors qu’il fermait nerveusement la porte, il remarqua que l’intérieur du bâtiment était plus lumineux que l’extérieur. La lumière provenait d’un étroit passage au bout du couloir. Haruhiro dût se mettre de profil pour pouvoir passer, et se retrouva dans une pièce sombre.
À cause de la faible luminosité, il avait du mal à évaluer la taille de la pièce. Sur un bureau, une femme était assise, les jambes croisées. Elle faisait nonchalamment tourner un couteau entre ses mains. Ses cheveux étaient suffisamment longs pour ne laisser visible qu’une partie de son visage, mais le reste de son corps était au contraire, très exposé. Ses bras, ses jambes et sa poitrine étaient largement découverts.
—Donc tu veux rejoindre la guilde des voleurs ?
—Oui, répondit Haruhiro.
Il valait sans doute mieux ne pas la fixer, pensa-t-il en détournant le regard.
—Au vu de ton apparence, tu dois être un apprenti de la Red Moon. Tu es le deuxième à venir aujourd’hui.
—Le deuxième ?
—Ce n’est pas un problème. Si tu souhaites nous rejoindre, tu auras droit à un entraînement individuel s’étendant sur sept jours. Je serai ton mentor. Un véritable honneur, n’est-ce pas ?
—Euh, je…
Haruhiro regarda la femme d’un œil discret. Il préféra éviter ses jambes ou sa poitrine, et décida de se concentrer sur son visage. Quel âge pouvait-elle avoir ? Aux alentours de la trentaine, jugea-t-il. Assez loin de ses seize ans. Ça ne changeait rien au fait qu’elle était incroyablement attirante. Elle avait un charme sans précédent. Il poursuivit :
—Un honneur. Oui.
—Si tu n’es pas satisfait, tu peux avoir un autre mentor.
—Non, non, c’est bon !
—Mais laisse-moi te dire une chose.
Elle lécha ses lèvres et planta son couteau dans le bureau.
—Je suis très exigeante. Si tu n’arrives pas à suivre le rythme, tu seras puni.
—J’espère que vous ne serez pas trop dure…
La femme ricana doucement et s’attacha les cheveux.
—Connais-tu les règles et les fondements de la guilde des voleurs ?
À Ortana, il existait plusieurs organisations appelées guildes. Il y avait la guilde des forgerons, des charpentiers, des maçons, des chefs cuisiniers et ainsi de suite. Mais venaient aussi se rajouter la guilde des guerriers, la guilde des mages, la guilde des chevaliers, la guilde des prêtres, la guilde des chasseurs, la guilde des chevaliers noirs et enfin la guilde des voleurs.
Une guilde protège les droits individuels, offre un endroit d’apprentissage, et les membres d’une guilde se doivent une protection mutuelle. Ceux souhaitant s’engager dans une profession à Ortana sont obligés de rejoindre la guilde appropriée. Quiconque s’essayant à un métier sans être membre d’une guilde verrait vite son activité entravée par la guilde responsable. Et parce que tous en connaissaient les conséquences, personne ne faisait affaire avec ceux qui opéraient en dehors des guildes.
Avoir deux professions était également mal vu. C’est pourquoi la guilde faisait en sorte de développer les talents de ces nouveaux membres en interne. Une fois que vous deveniez membre, la guilde vous apprenait aussi l’artisanat. Au final, il n’existait aucun autre moyen d’apprendre des compétences ou techniques sans rejoindre une guilde.
Bien sûr, il n’était pas si simple de devenir membre d’une guilde. Tous les membres devaient suivre les règles, et s’exposaient à des pénalités s’ils ne les respectaient pas.
Enfin, c’est ce que lui avait raconté Manato. Il avait même informé Haruhiro des règles particulières de la guilde des voleurs. Mais même avec ces informations, la guilde des voleurs restait le choix, certes hasardeux, d’Haruhiro.
—Si je me souviens bien, la règle est qu’il n’y a aucune règle, répondit Haruhiro.
—Exactement.
La femme arracha le poignard et le fit tournoyer.
—Ça ne veut pas dire, bien sûr, que nous n’avons pas de code de conduite. Par exemple, nous n’agissons pas dans une zone déjà revendiquée, et nous n’attaquons jamais nos confrères. En outre, pour les soldats de la Red Moon, il ne peut y avoir qu’un voleur dans chaque groupe. Il est également interdit de voler les membres des forces de réserve. Tu apprendras ce code de conduite progressivement, si tu arrives à devenir un voleur, évidemment.
—Je veux en devenir un… Je pense.
—Ce n’est pas selon ton bon vouloir…
La femme fit face à Haruhiro et lui tendit la main, paume vers le haut.
—Mais selon tes moyens
Rejoindre une guilde ne se limitait pas à une simple demande d’adhésion. Haruhiro sortit de sa poche la bourse en cuir et commença à l’ouvrir. Toujours d’après Manato, un paiement était nécessaire pour rejoindre une guilde, et suivant un accord commun, les frais étaient les mêmes quelle que soit la guilde. Les nouveaux membres suivaient ensuite une formation de sept jours pour apprendre les bases.
Haruhiro commença à sortir les pièces d’argent de la bourse. Une, deux, trois pièces d’argent… Les frais d’admission étaient très élevés à ses yeux, mais il n’avait pas d’autres alternatives. Il était impossible de devenir soldat de la Red Moon sans compétences ou techniques. Haruhiro en avait parfaitement conscience, mais cela restait quand même hors de prix. Quatre, cinq, six, sept… Huit pièces d’argent au total.
Huit pièces d’argent. Huit cents pièces de cuivre. À raison de quatre pièces de cuivre la brochette, ça représentait deux cents brochettes. Rejoindre une guilde était-il vraiment nécessaire ? Oui, il n’avait pas le choix. Tout le monde avait écouté les explications de Manato, et faire partie d’une guilde était un point primordial pour survivre. À l’heure qu’il est, les autres ont sûrement déjà fini leur inscription.
Haruhiro prit une grande inspiration et sans y réfléchir davantage, plaça les huit pièces d’argent dans la main de la femme. Elle ferma la main et sourit.
—Notre méthode de travail repose sur la responsabilité individuelle, la liberté et notre code de conduite. On te fera prêter serment plus tard. Tu es à présent un membre de la guilde des voleurs. Satisfait ?
—J’imagine. Mais maintenant que je suis un membre, je dois avoir un nom de code, pas vrai ?
—Ton nom sera ce qui t’identifiera à la guilde des voleurs. Pour l’instant, tu seras seulement connu comme « Le nouveau ». Ton vrai nom n’est plus utile ici. Après sept jours d’entraînement, moi, ton mentor, te donnerai un nom adéquat. Si tu souhaites un nom respectable, alors travailles dur et apprends vite.
—D’accord. Mais… Est-ce que je dois vous appeler « Maître » ?
—Ah là là…
La femme s’approcha d’Haruhiro et mit sa main sous son menton. Sa poitrine paraissait encore plus grosse de ce point de vue. Haruhiro était à deux doigts de se laisser emporter par l’ivresse de cette perspective.
—Ce n’est pas mal du tout. C’est très gentil de ta part de me donner ce nom.
La femme eut un large sourire et frappa Haruhiro sous le menton avec l’extrémité de son doigt.
—Mon nom est Barbara. Ces sept prochains jours vont être amusants.
Laisser un commentaire
Connectez-vous ou créez un compte pour commenter.