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Chapitre 22

Notre Offrande

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~5 min

Je me suis toujours demandé ce que je pourrais dire dans ces moments-là…

Haruhiro avait l’impression qu’ils se connaissaient depuis très longtemps. Cependant, cela n’avait pas été si long que ça. Non, vraiment pas très long. Certains pourraient même dire que le temps passé ensemble avait été trop court. Beaucoup trop court.

Je pensais le connaître… mais je me trompais totalement.

Haruhiro avait trouvé Manato gentil, sociable et intelligent. Il était un homme capable de tout, un chef que l’on pouvait suivre. Un être parfait, peut-être. Mais peut-être qu’Haruhiro n’avait vu aucun de ses défauts. Ou alors les avait-il bien cachés. Cependant, s’ils avaient passé plus de temps ensemble, sans doute qu’Haruhiro aurait découvert d’autres facettes de sa personnalité.

Il aurait voulu en apprendre plus. Il aurait voulu découvrir le vrai Manato. Il aurait souhaité plus de temps. S’ils avaient partagé plus de temps, ils auraient aussi sûrement partagé plus d’expériences. Peut-être se seraient-ils disputés, voire fâchés. Peut-être auraient-ils commencé à se détester. Ou bien leur amitié se serait au contraire, renforcée. Qui sait, Shihoru aurait peut-être pu confesser ses sentiments ?

Haruhiro ne voulait pas croire que les sentiments des vivants ne parviennent pas aux morts. Il ne voulait pas penser que tout ce qu’il avait dit était inutile. Mais plus il y songeait, plus le nœud dans son estomac se resserrait. Parce qu’il savait que l’ami dont il se souvenait quant il fermait les yeux avait cessé de bouger, avait brûlé dans les flammes. Il n’était plus que cendres, dans cette tombe qui le protège.

—Nous avons acheté nos badges de soldats volontaires, lui dit finalement Haruhiro.

Il posa un insigne, semblable à une pièce d’argent, sur la pierre tombale gravée d’un croissant de lune et d’un nom.

Ranta, Moguzô, Yume et Shihoru aussi, montrèrent leurs médailles à celui qui n’était plus parmi eux. Merry restait à l’écart, les yeux baissés et les mains contre sa poitrine.

—Cela ne nous a pas pris beaucoup de temps pour rassembler l’argent, poursuivit Haruhiro, resserrant sa main sur le badge.

—Mais nous avons décidé de régler quelques affaires avant ça.

Ranta toussa.

—En fait, je m’en moquais. C’est vous qui avez décidé ça.

Yume lui mit un coup de coude.

—Ranta, idiot. Pourquoi dois-tu toujours l’amener dans ces moments-là ? C’est pour ça que tout le monde te déteste.

—Parce que je suis exceptionnel. Je suis un chevalier noir. Et je me moque de ce que les autres pensent de moi.

Shihoru tira doucement sur la cape de Yume.

—Euh, Yume. C’est « la ramener », et pas « l’amener » …

—Vraiment ? répondit Yume, perplexe.

Moguzô les interrompit, regardant Shihoru.

—Euh, est-ce qu’on ne devrait pas… Tu sais ?

Shihoru s’avança vers la stèle et s’agenouilla devant. Elle sortit de sa poche un badge identique aux leurs. Elle hésita un peu avant de se tourner vers la pierre tombale comme pour placer le badge dans la gravure.

—Attends Shihoru, pas là, dit brusquement Haruhiro.

Shihoru se retourna, toute rouge.

—Désolée ! Euh, je me demandais quel était le meilleur endroit, mais…

—Eh bien, ça serait bien ici aussi. Mais ça ne rentrerait pas, la forme est complètement différente.

—Ah, pas faux. Tu as raison. Je suis désolée. Non seulement je ne suis pas douée, mais je peux aussi être bête… Que penses-tu d’ici ?

Shihoru plaça le badge sur le sol à côté de la pierre tombale :

—Manato, voilà ton insigne. On l’a acheté avec l’argent que tu avais laissé. Et on a tous participé pour faire le compte. Merry a aussi participé. Je t’en prie… Accepte-le.

Si Manato pouvait les entendre, peut-être rirait-il et dirait :

—Vous n’aviez pas besoin de faire ça.

Sans doute aurait-il ajouté :

—C’est du gâchis, vous auriez mieux fait de le dépenser dans des armures ou des armes. L’argent est inutile où je suis, mais ce n’est pas le cas pour vous !

Peut-être aurait-il paru cool et calme, comme il l’était souvent. Mais peu importe ce qu’il aurait pu dire, ils ne l’auraient pas écouté. Après tout, nous ne pouvons plus t’entendre à présent, Manato. Si tu veux que nous t’entendions, dis-nous quelque chose… Laisse-nous entendre à nouveau ta voix…

Mais Haruhiro savait que cela était impossible. Qu’adviendrait-il d’eux s’ils mouraient ? Iraient-ils dans une espèce de paradis ? Y retrouveraient-ils Manato ? Il n’en savait rien. Il était impossible de le savoir, sauf en mourant… Mais Haruhiro ne désirait pas mourir pour simplement reparler à Manato.

Le fossé entre la mort et la vie était large et profond, parcouru par une grande et tumultueuse rivière. Peu importait ce qui arrivait une fois cette rivière franchie. Aucun retour n’était possible. C’était un aller simple.

Il n’y eut pas plus de larmes. Cependant Haruhiro souhaitait rester un peu plus longtemps. Il s’assit donc dans l’herbe, un genou replié contre sa poitrine. Les épaules tremblantes, Shihoru posa une main sur la stèle. Yume s’agenouilla à ses côtés, la prenant dans ses bras, lui caressant la tête.

Ranta, les poings sur les hanches, regardait au loin. Moguzô inspira profondément avant de souffler lentement. Merry se tenait face au vent, le regard lointain, les cheveux voletant autour de son visage.

—Nous sommes devenus une bonne équipe, murmura Haruhiro, à son ami qui ne reviendrait plus.

Les cloches sonnaient six heures du soir.

Au-delà de l’horizon, on voyait une demi-lune, écarlate.

Étrange, pourquoi la lune est rouge ici ? Ici ?

Il pivota vers la tour. Cette construction élancée qui semblait les toiser. La tour. Cette tour était vraiment étrange. Haruhiro avait le sentiment d’avoir oublié quelque chose. Ils étaient arrivés ici et s’étaient engagés chez les soldats volontaires, mais avant ça ? Où étaient-ils et que faisaient-ils ? Il l’ignorait. Il ne parvenait pas à s’en souvenir. Haruhiro n’était pas le seul. Les autres étaient dans la même situation.

Avant même de le réaliser, ils étaient là.

Là, où ça ?

Il se souvenait de l’obscurité ?

De l’obscurité ?

Mais il n’en était pas certain.

Où était-ce ?

La tour… Cette tour. Tout était en rapport avec cette tour. Mais quoi ? Il l’ignorait. Plus il essayait de s’en souvenir, plus il était confus. À chaque fois qu’il avait la sensation de comprendre leur situation, elle lui échappait.

Manato… Que nous faisons ici ? Dans quel but ?

Rien que cela le remplissait de doute. Même maintenant, il ne pensait pas obtenir de réponses.

Grimgar of Fantasy and Ash, Tome 2, Chapitre 22 — illustration

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